Sam, Capitaine des eaux glacées

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21 juin 2013

Adieu Tromsø (Norvège), direction Murmansk (Russie). Ce trajet au milieu des fjords, Tara et Samuel Audrain le connaissent bien. En 2006, avant d’entamer sa dérive arctique, le voilier et le marin avaient emprunté ensemble cette même route. A l’époque Samuel était matelot. Aujourd’hui, il est capitaine !

De Tromso à Doudinka, c’est en effet Samuel Audrain qui prendra les commandes du voilier scientifique. Tout comme Loïc Vallette, son prédécesseur, on peut dire que Samuel savait presque border une voile avant même de marcher ! Chez lui, la mer est considérée comme un proche parent. Dans la famille Audrain, je voudrais l’oncle : il a restauré des vieux gréements. L’arrière-grand-père : il était capitaine au long cours, à l’époque où la vapeur a commencé à faire sérieusement de l’ombre à la voile. La tante : photographe de mer. Le grand-père : il consacre son temps libre à naviguer sur « Jacaré », un Melodi de dix mètres…

Sur les flots de la Loire, à quelques kilomètres de Nantes, Samuel s’essaie dès son plus jeune âge, au Hobby cat 16 et à la planche à voile. « J’avais à peine dix ans quand mon oncle m’initiait à la planche. Je n’étais pas assez lourd pour remonter la voile, alors il me donnait un sac à dos rempli de bouteilles d’eau. » A seize ans, le « marin d’eau douce » réalise son premier convoyage, de la Grèce au sud de la France, aux côtés de son grand-père. Après une si belle aventure difficile de faire marche arrière. Samuel devient moniteur aux Glénans, puis se lance dans un brevet d’état voile, avant de décrocher un BPPV, brevet de patron plaisance voile. En Bretagne ou aux Antilles, le jeune homme passe son temps sur l’eau ou sous l’eau !

Et c’est grâce à ses connaissances en plongée, que Samuel va effleurer pour la première fois le monde de l’exploration. Il se retrouve à embarquer à Clipperton pour participer à une expédition de Jean-Louis Etienne, célèbre explorateur français, ancien propriétaire d’Antarctica, devenu Tara. L’expédition Clipperton consiste à faire un inventaire de la faune et la flore de l’atoll. Sam, lui, fait partie de l’équipe logistique plongée. « Je me suis rendu compte là-bas que je plongeais sans savoir véritablement plonger.». Pour y remédier, il s’inscrit à son retour en formation de plongeur professionnel. Avec cette double casquette, plongeur-marin, Sam se présente à Etienne Bourgois, président de Tara Expeditions. Jean-Louis Etienne lui avait laissé son contact…

Samuel a de nouveau su convaincre ! En 2005, il embarque sur le voilier polaire. Après une escale au Cap Vert, il rejoint la Géorgie du Sud pour une mission scientifique sur le recul des glaciers, l’observation des pétrels et le comptage des otaries. Une seconde mission en Géorgie du Sud, puis un chantier à Lorient, et voilà Samuel à bord de Tara pour convoyer le voilier jusqu’à la dernière escale sibérienne, avant la banquise. « On est passé par les mêmes endroits :Tromso, Mursmansk… C’est sympa de repasser ici, les gens nous reconnaissent ! ». A cette époque, le « voileux » commence sérieusement à lorgner du côté des machines. « Je me suis rapidement rendu compte que sur Tara la machine est très importante ! ». Dans l’espoir de réembarquer, Samuel retourne sur les bancs de l’école pour apprendre la mécanique.

Le diplôme de mécanicien 750KW en poche, son souhait est exaucé. Il rejoint Tara au cours de sa dérive arctique. Il restera onze mois à bord, en tant que mécanicien. Quelques jours avant son embarquement, avec sa casquette de plongeur, Samuel trouve le moyen de se frotter dangereusement à un nouvel élément : la glace.  Il en deviendra complètement fondu ! Les craquements de la banquise ne le soigneront pas. En 2010, entre deux embarquements sur Tara Oceans, Sam se lance dans l’expédition « Under the pole ».  L’objectif de la mission : filmer sous la glace arctique. Dans l’avion canadien qui va les larguer au pôle Nord, Samuel remarque l’autocollant de Tara. « C’était le même pilote qui nous avait largué lors de la dérive ! ». Décidément, le monde de l’exploration n’est pas bien grand…

Insatiable aventurier, insatiable écolier, Samuel décroche en 2011 le capitaine 500. A présent, il a les diplômes nécessaires et surtout l’expérience pour prendre les commandes de Tara. Alors quand Romain Troublé,  lui propose  d’embarquer en tant que capitaine pour une expédition autour du cercle polaire, Tara Oceans Polar Circle, vous pensez bien que le professionnel de la navigation et le passionné de glace ne peut pas dire non ! La suite de l’histoire s’écrira ces prochains jours…

Anna Deniaud Garcia