Sirius, patrouilleur du grand nord

© N.Pansiot/Tara Expéditions

20 août 2015

Tobias Kolhorn, 24 ans, fait partie de l’unité d’élite de la marine danoise : la patrouille Sirius.

Voilà 2 ans qu’il sillonne le Parc national du Groenland pour la marine danoise, 24 mois qu’il n’est pas rentré chez lui, qu’il n’a pas vu ses proches. Pas de réseau téléphonique, pas même de connexion Internet, les Sirius sont coupés du monde extérieur avec qui ils ne communiquent pas.Tobias n’a quitté le cercle polaire qu’une seule fois : pour honorer un contrôle dentaire obligatoire à Reykjavik, en Islande. Lors d’un mouillage effectué en face de la base militaire d’Ella, les Taranautes ont pu découvrir le quotidien du jeune sergent.

Base militaire danoise d'Ella, côte est du Groenland.

Base militaire danoise d’Ella, côte est du Groenland.

Tobias fait partie de l’unité d’élite de la marine danoise : la patrouille Sirius. Un groupe de jeunes hommes trié sur le volet, qui doit répondre à des exigences physiques et psychologiques très élevées. Ils étaient entre 50 et 100 candidats : seulement 7 ont été retenus pour intégrer un programme d’entrainement poussé au Groenland. Sorte de programme « Survivor » sans caméras. Pendant 7 mois, Tobias et ses collègues se sont initiés aux techniques de survie en Arctique et au maniement du traîneau à chiens. Désormais, ils savent comment se comporter face à une meute, ils sont aptes à soigner les animaux en cas de blessure. Et bien sûr, ils maîtrisent le maniement des armes, pour faire face à un ours ou à une autre menace. La mission des Sirius est bien définie : ils doivent effectuer des patrouilles de reconnaissance en traîneau sur de longues distances et veiller à appliquer la souveraineté danoise sur les immensités arctiques.

 

Tobias Kolhorn a été sélectionné pour intégrer l'unité d'élite de la marine : la patrouille Sirius. Coupé du monde extérieur, il sillonne le Groenland en traineau à chiens depuis 24 mois.

Tobias Kolhorn a été sélectionné pour intégrer l’unité d’élite de la marine : la patrouille Sirius. Coupé du monde extérieur, il sillonne le Groenland en traineau à chiens depuis 24 mois.

Cette unité a vu le jour en été 1941, lors de la Seconde Guerre mondiale pour empêcher les Allemands de débarquer le long de la côte nord-est du Groenland. À cette époque, l’ennemi cherchait à établir des bases météorologiques secrètes dans la zone, pour obtenir des informations nécessaires à l’assistance des %UBoot% et prédire l’évolution de la situation climatique en Europe. Aujourd’hui, l’unité opère toujours dans la région, depuis la côte ouest de Hall Land jusqu’à Kap Biot, au nord du Fjord Fleming. Une distance de 2 100 kilomètres à vol d’oiseau qui s’étire en réalité sur 16 000 kilomètres de côtes déchiquetées.

Le jeune sergent effectue une visite guidée de la base militaire d'Ella avec les Taranautes. De gauche à droite : Dominique Limbour, Toboas Kolhorn et Sylvie Duboué.

Le jeune sergent effectue une visite guidée de la base militaire d’Ella avec les Taranautes. De gauche à droite : Dominique Limbour, Toboas Kolhorn et Sylvie Duboué.

Tobias termine un contrat de 2 ans, il s’apprête à rentrer au Danemark où il travaillait comme menuisier avant de rejoindre l’unité. Lorsqu’on lui demande ce qui l’a poussé à s’engager, il répond : «Je voulais vivre cette expérience, découvrir la nature groenlandaise et tester ma résistance dans un environnement inhospitalier. » Ici, le jeune Sirius a découvert une vie simple, rythmée par les patrouilles hivernales, la vie avec les chiens et la discipline militaire. Il a appris sur lui-même, a pu tester ses limites : « Si tu reçois le bon entrainement, que tu es prêt physiquement et mentalement, tu peux tout affronter. Désormais, je sais me contrôler, gérer mon stress et prendre les décisions adéquates au bon moment. »

En été, les Sirius naviguent à travers les fjords pour avitailler les bases et les huttes qu’ils rejoindront pendant l’hiver. Lorsque le soleil ne se lève plus, pendant les longs mois de glace, ils sillonnent le nord du territoire : « Nous patrouillons du 1er novembre au 20 décembre, puis nous passons les fêtes de Noël à la base de Daneborg. Nous repartons entre le 20 janvier et le 20 février. Nous travaillons à 2 avec 13 chiens, nous campons sous tente, parfois dans des huttes. La température peut chuter jusqu’à -35°C. »

Territoire sillonné en traîneau à chiens par les patrouilleurs Sirius.

Territoire sillonné en traîneau à chiens par les patrouilleurs Sirius.

Lorsqu’ils sont en mission de surveillance, les journées débutent à 8h par un appel à la station de Daneborg. Il faut ensuite harnacher les chiens et repartir pendant 6 heures. Le rituel est toujours le même, conduire les traîneaux dans le froid, monter la tente, nourrir les chiens, veiller à ce que chacun ait sa ration et ainsi de suite.

Les patrouilleurs Sirius sillonnent le nord Groenland, une petite partie d'un territoire grand comme l'Europe.

Les patrouilleurs Sirius sillonnent le nord Groenland, une petite partie d’un territoire grand comme l’Europe.

En arrivant au Groenland, Tobias a été frappé par l’immensité des paysages : « Au début, c’était difficile de déterminer les distances à parcourir : 5km ou 25km, impossible à dire. Il n’y a rien pour casser la vue, pour rompre l’horizon. » Ce territoire, il a appris à le connaître et en été, il le parcourt en courant plus qu’en marchant. Ce qui lui manque le plus du Danemark ? Les grands arbres, l’odeur du printemps, ses amis et jouer au football. Les petits riens du quotidien dont il est privé ici.

Durant l'hiver, le Sergent veille sur une meute de 13 chiens groenlandais.

Durant l’hiver, le Sergent veille sur une meute de 13 chiens groenlandais.

Ce qui lui manquera du Groenland à son retour ? Une vie simple, dénuée du superflu et les chiens, auxquels il semble attaché. À son retour Tobias, ne sait pas encore ce qu’il va faire, probablement voyager pendant un temps, puis s’établir et pourquoi pas entrer dans la police. Il souhaite travailler avec les gens et pense pouvoir faire la différence en s’engageant comme gardien de la paix.

Noëlie Pansiot

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