Souvenirs d’expédition de Sarah et Marc

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30 mars 2012

À la veille de notre arrivée à Lorient, le dernier volet de notre série consacrée aux souvenirs d’expédition, rend hommage aux ingénieurs océanographes. Infatigablement et quelquefois dans des conditions de vent et de mer sportives, Sarah Searson et Marc Picheral, assistés par de nombreux autres ingénieurs océanographes, ont mis à l’eau des milliers de fois divers instruments pour collecter eau et micro-organismes, pendant ces deux ans et demi d’expédition. Contrairement à beaucoup d’autres leurs meilleurs souvenirs ne concernent pas d’escales en particulier.   

Sarah Searson, ingénieur océanographe : 19 mois à bord

- Ton meilleur souvenir ?
- Sarah Searson : « Certainement toutes les rencontres que j’ai faites, les personnes que j’ai connues. Avant d’embarquer sur Tara, j’avais visité de nombreux pays, déjà rencontré beaucoup de gens. Mais là entre ceux qui se sont succédés à bord, les ports d’escales et les visites de Tara un peu partout, j’ai bénéficié d’une fenêtre extraordinaire sur le monde.
Et c’est d’ailleurs pareil en sens inverse, je crois, pour tous ceux que nous avons rencontrés, Tara leur a donné quelquefois au gré de ces échanges une autre ouverture sur le monde, sur notre monde ».  

- Qu’est ce que représente pour toi Tara ?

-Sarah Searson : « Avant d’embarquer sur Tara, j’avais déjà travaillé sur une quarantaine de navires, tous beaucoup plus grands. Et au final, j’aime plus Tara que les autres pour cette raison. Nous y vivons plus en communauté, tout le monde aide et pas seulement quand ça concerne uniquement ton cœur de métier.
Au départ, j’avais même des doutes sur notre capacité à faire de la science de haut niveau à bord de Tara, à cause de son roulis, à cause de sa taille justement. Mais maintenant je suis très fière de ce que nous avons accompli avec Marc (NDLR : Picheral). Nous avons collecté le maximum de ce que nous pouvions imaginer, je suis très fière et surprise en même temps avec le recul de cette réussite ».

-Y a-t-il un esprit Tara Oceans ?
-Sarah Searson : « Il y a toujours un esprit différent sur les bateaux quelqu’ils soient, c’est parce que tout le monde vit ensemble dans le même espace. A mon avis, il y a effectivement un esprit Tara Oceans, parce que pendant cette expédition beaucoup de gens sont revenus à bord à plusieurs reprises. C’est bon de revoir les gens, ça permet de mieux les connaître peu à peu, et c’est comme ça que la communauté s’est créée. Il y aura toujours eu une bonne camaraderie à chaque étape, du début à la fin ». 

Marc Picheral, ingénieur océanographe : 10 mois à bord

- Ton meilleur souvenir ?
- Marc Picheral : « C’est l’arrivée sous voiles au portant, sur l’île de Sainte-Hélène dans l’Atlantique sud avec une excellente équipe. Nous étions à dix nœuds, et c’était pour moi la première fois de toute l’expédition que j’avais les sensations d’être sur un voilier. Tara naviguait bien, tout roulait.
Avant en Méditerranée, on avait eu beaucoup plus de vent aux alentours de 60 noeuds, mais là pour le coup ce n’était pas vraiment du plaisir. Ensuite, on avait essuyé aussi un coup de chien entre Beyrouth et Port Saïd. Et puis dans l’Indien, on a crevé de chaud, mais surtout on n’a pas eu un souffle de vent ! Et puis enfin Eole a été avec nous ».   


- Qu’est-ce que représente pour toi Tara ?

- Marc Picheral : « Pour moi Tara c’était d’abord Antarctica. Un bateau mythique. J’avais déjà un peu navigué à son bord à l’époque, pour une formation à la mise à l’eau d’instruments océanographiques.
Tara à proprement parler, c’était avant tout un challenge professionnel. Comme Sarah, je ne croyais pas vraiment au début à nos chances de ramener des échantillons et des mesures de première qualité dans le cadre de Tara Oceans. Maintenant, alors que nous rentrons à Lorient, je peux dire que Tara est devenu un vrai navire de recherche. Le mythe initial d’un voilier d’aventure a pour moi laissé place à la réalité d’un bateau de travail ».

- Y a-t-il un esprit Tara Oceans ?
- Marc Picheral : « Pour moi Tara est avant tout une plate-forme de travail avec des contraintes qui peuvent se changer en histoires humaines. Dès que tu passes du temps sur n’importe quel bateau tu crées des liens, la seule différence ici c’est qu’on a passé beaucoup de temps, c’est là que se trouve la différence, et la cause de ces relations ».

Propos recueillis par Vincent Hilaire