Souvenirs d’expédition, partie 2

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19 mars 2012

De l’océan Indien à l’Antarctique en passant par la Polynésie française, Céline Dimier-Hugueney et François Noël sont parmi les piliers de Tara Oceans. Céline est biologiste et François, chef mécanicien. En dehors de plusieurs mois de leur vie, ils ont tous les deux apporté compétences et motivation à cette expédition.

Céline Dimier-Hugueney, biologiste : Un an et demi à bord.

Ton meilleur souvenir ?

- Céline Dimier-Hugueney : « Récemment dans une interview pour la télévision, j’ai répondu l’Antarctique, mais il fallait que je ne donne qu’une réponse. En dehors de ces paysages glacés, en second choix, je dirais la Polynésie, et particulièrement les Marquises. C’est très vert et montagneux. Un mélange de mer et de montagne. Nous sommes arrivés en plus pendant les fêtes du Hiva. Cette culture marquisienne est très riche, il y a beaucoup de sculptures mais aussi des danses, des chants. C’était plus tribal, plus guerrier que ce que j’avais vu aux îles Gambier. Il y avait aussi des beaux mecs bien musclés et avec des tatouages ! J’ai gravé un tatouage en souvenir sur ma peau, une raie manta ».

Qu’est ce que représente pour toi Tara ?

- Céline Dimier-Hugueney : « Avant Tara, j’avais déjà navigué sur plusieurs navires océanographiques : le Marion Dufresne, le Thétys, l’Urania pour l’équivalent du CNRS italien. Tara est différent de ceux là, d’abord parce que c’est un bateau à voile, et c’est rare en océanographie. A bord de Tara, j’ai beaucoup appris d’un point de vue océanographique puisque j’ai mis en application ce que j’avais appris à l’école. Dans le cadre de cette expédition, il y avait en plus une logistique particulière que j’ai mis six mois à maîtriser.

Mais j’ai aussi appris à faire des manœuvres à la voile, à naviguer autrement.

Pour moi Tara, c’est aussi une légende. Je connaissais Antarctica de nom. J’ai visité pour la première fois Tara lors de l’escale à Paris. J’avais postulé à l’époque, mais il n’y avait déjà plus de place pour Tara Oceans. Mais le temps a joué pour moi.

J’avais envie de voyager, Tara m’aura donné cette opportunité ».  

Y a t-il un esprit Tara Oceans ?

- Céline Dimier-Hugueney : « Cette expédition m’aura permis de me connecter avec plein de gens. Pour tous ceux qui n’ont passé que deux ou trois semaines à bord, c’est trop court pour intégrer ce groupe « Tara Oceans », par contre pour ceux qui reviennent régulièrement oui. Donc, en effet, il y a un esprit qui se crée puisque tout le monde se connaît à la longue, mais pour ça il faut embarquer fréquemment. Après il y a de toutes façons une communauté scientifique Tara Oceans formée par tous les porteurs de ce projet.”

François Noël, chef mécanicien : Dix mois et demi à bord.

Ton meilleur souvenir ?

- François Noël : « C’est l’arrivée aux Gambier. Il faisait beau et je n’oublierai pas l’accueil des gens. Il est facile d’y vivre, tu as tout sur place. La nourriture, avec les poissons et les fruits locaux.

Ensuite, il y a la clarté de l’eau et les baignades à 26°C, c’est comme ça que j’aime l’eau ! La vue sous l’eau est incroyable, il y a les coraux et une multitude de poissons multicolores. J’ai aussi découvert les raies pastenagues. Un professeur d’école français sifflait et elles venaient manger dans l’eau autour de nos pieds. On a visité les fermes perlières locales, et l’on a pu suivre le processus de fabrication des perles et leur extraction ».

- Qu’est ce que représente pour toi Tara ?

François Noël : « C’est la curiosité qui m’a conduite au départ vers Tara, l’envie de navigation différente, connaître ce monde de la voile que je connaissais très peu. Avant j’avais travaillé dans la pêche hauturière, le remorquage, les « supply ship » pour les plates-formes offshore, les ferries et plus récemment les bateaux à passagers pour les touristes.

Tara c’était aussi l’occasion de voir du pays, les Gambier mais aussi les glaces de l’Antarctique. A bord de Tara, il faut pas mal donner de sa personne et être attentif à tout ce qui se passe. A bord on a comme une vie familiale, on connaît davantage de monde, c’est moins monotone car il y a des femmes à bord. Dans tous mes autres embarquements, il n’y avait jamais eu de femme.

Il y a aussi des tâches ménagères, c’est un autre type de fonctionnement. Sur les bateaux sur lesquels j’avais navigué avant, le cuistot oeuvrait seul dans sa cuisine, et l’on avait même pas le droit d’y entrer ! ». 

Y a t il un esprit Tara Oceans ?

- François Noël : « Le mélange de toutes ces professions se passe bien, c’est original. Côté science tu apprends beaucoup de choses sur le plancton, et sur d’autres métiers que je n’aurais jamais connu ».

 

Propos recueillis par Vincent Hilaire