Tara au mouillage devant le Détroit de Magellan

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11 décembre 2010

C’est formidable ces rendez-vous avec l’histoire que nous offre Tara. Depuis la fin de ce samedi après-midi, nous sommes au mouillage juste à l’extérieur de l’embouchure du détroit de Magellan, devant le « Cabo Virgenes ».

C’est en 1520 que le célèbre navigateur portugais financé par Charles Quint arriva ici, comme nous par la mer. Il découvrait ce bout du monde. On imagine qu’il vit comme nous ces falaises surmontées de landes, faisant face à cette mer émeraude. Depuis, le détroit de Magellan est devenu la voie qui permet d’accéder à l’Océan Pacifique sans passer par le redouté Cap Horn.

La nécessité d’un mouillage était devenue une évidence depuis quelques jours avant notre prochaine station. L’hypothèse initiale était de descendre vers l’île des Etats qui prolonge la Terre de Feu vers l’Est. Mais les derniers bulletins météos plus contradictoires les uns que les autres, ont conduit Hervé Bourmaud, notre capitaine, à prendre une sage décision. Le dernier mouillage possible sans descendre plus au Sud avec un temps incertain était celui où nous sommes désormais ancrés.

Si nous étions descendus à l’île des Etats dans des mauvaises conditions, il aurait fallu sécuriser le mouillage sans garantie de se maintenir. Avant de revenir sur nos pas, afin de faire une station scientifique de l’autre côté du détroit de Le Maire.

Actuellement, certaines prévisions font état de 75 nœuds dans le passage du Drake un peu plus au Sud, et au moins 45 nœuds dans la zone de l’île des Etats. Plus au Nord, là où nous sommes, certains modèles annoncent du vent d’Ouest basculant Sud-Ouest, et d’autres du Nord-Ouest. Prudence étant mère de sureté, surtout dans les cinquantièmes, ce mouillage tombait donc sous le sens.

Du coup, nous goûtons à un calme très appréciable, à l’abri des falaises de cette côte argentine. Si Magellan revenait par là, il verrait qu’au dessus du Cabo Virgenes trône désormais une antenne et un phare, qui pour les amateurs ressemblent à celui de Chassiron ou de Loctudy : Rayé noir et blanc. Le noir et blanc semble être ici la charte de couleur en dehors du ciel bleu et de la mer verte. Arborants la même charte bicolore, des dauphins de Commerson sont venus aussi nous accueillir quand nous faisions route vers la côte. C’est une espèce endémique de cette côte du sud de l’Argentine. Il s’agit d’individus d’un mètre et soixante centimètres tout au plus. Ils sont trapus et très vifs, et nous ont offert un show en sautant dans nos vagues d’étrave.

Nous resterons normalement pendant deux jours ici, et descendrons vers le Sud pour réaliser cette prochaine station ensuite, les vents étant annoncés comme mollissant dans la zone qui nous intéresse.

Après ce sera cap sur Ushuaia, terme de cette étape.

Vincent Hilaire