Tara bientôt dans le Gulf Stream, par Catherine Chabaud

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25 janvier 2012

Tara est arrivé vendredi 20 janvier à Savannah, au nord de la Géorgie, dans le sud-est des Etats-Unis. Ce jeudi, la goélette larguera les amarres pour rejoindre New-York et prélever durant l’étape des échantillons d’eau de mer au cœur du Gulf Stream naissant. Parmi les 15 membres d’équipage, la navigatrice et journaliste, Catherine Chabaud, embarque sur cette étape, et retrouve Tara avec un bonheur non dissimulé.

Tous ceux qui sont revenus naviguer sur Tara le savent, retrouver la « baleine » est toujours un moment émouvant. On cherche d’abord ses deux mâts, de même taille, avec leur tâche orange fluo en tête, puis une fois repérée la mâture, on aperçoit les flancs arrondis et hauts sur l’eau. Et reviennent alors les émotions vécues à bord, les skis que l’on déchargeaient avec l’équipe des Montagnes du Silence, au départ de la Route de Shackleton, en Géorgie du Sud, la navigation dans les glaces de la péninsule antarctique, les longues heures d’attente sur le pont, à l’avant, avec le photographe Sebastiao Salgado, dans l’attente de l’apparition d’un léopard de mer, les conversations dans la timonerie ou dans le carré…

Avec Tara Oceans, le pont s’est encombré d’une cabane, le local « humide », qui permet aux scientifiques de filtrer l’eau de mer remontée par la « rosette », qui siège elle  aussi sur le pont à l’arrière. Une cabine est transformée en laboratoire « optique » : les scientifiques passent leurs échantillons de micro-organismes fraîchement prélevés sous l’œil des microscopes, des appareils photos et caméras.

Une chose m’a frappée depuis mon embarquement il y a deux jours : dans les expéditions que j’ai vécues à bord auparavant, en Géorgie du Sud ou en Antarctique, les  stars s’appelaient icebergs, manchots, otaries, et on les photographiait, filmait, sous toutes les coutures. Aujourd’hui, avec Tara Oceans, les stars ont pour noms virus,  bactéries, diatomées, copépodes… Elles font l’objet de toutes les attentions, alimentent toutes les conversations. Un écran les passent en boucle sur une cloison du carré, où ces « poussières de mer », invisibles pour la plupart à l’œil nu, affichent leurs formes si originales et belles.

Dans les jours qui précèdent le départ, c’est l’effervescence à bord : les scientifiques de ce « leg » (étape), préparent leurs tubes, selon le protocole défini au préalable  pour l’ensemble de l’expédition ; avec Loïc Valette, le capitaine, ils analysent les cartes des courants et étudient quel sera le lieu idéal des « stations » du leg ; le matin,
Tara reçoit la visite de collégiens et lycéens de Savannah ; mardi matin, je faisais partager cette expérience aux conseillers du Conseil Économique Social et Environnemental, en direct par Skype ; mardi après-midi, les deux chefs scientifiques de l’étape, Lars Stemman et Daniele Iudicone, présentaient les travaux de Tara Oceans à l’université de Savannah ; et le soir, apéro pour l’équipage, Marc Picheral, ingénieur de recherche au laboratoire océanographique de Villefranche, venait  d’apprendre que le CNRS allait lui remettre le « Cristal », la plus haute distinction pour les ingénieurs de recherche.

Ce jeudi, nous descendrons la Savannah River, à l’instar des porte containers qui transitent par ce que l’on tient pour le deuxième port de commerce des Etats-Unis. La  mer est à une vingtaine de milles et nous devrions avoir des vents portants pour ce départ.

Bon vent à tous et à très bientôt depuis le large !

Catherine Chabaud