Tara dans le Fram

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3 décembre 2007

Tara dans le Fram

Ca y est on peut le dire. On le constate rien qu’à notre vitesse, nous sommes dans le détroit de Fram. Même avec un vent très léger de Nord, alors que nous n’avons pas connu de tempête depuis plusieurs jours, Tara glisse avec la glace à près d’un demi nœud.

Il fait assez « doux » en ce moment et la banquise a cassé sur tribord. Un lac d’eau salé dans lequel se réfléchissait la lune est apparu hier matin en début de matinée. Une petite fracture est aussi visible plus près du bateau toujours sur tribord. Comme dans un tremblement de terre la surface de la glace s’est brisée, laissant apparaître une fissure assez profonde. Elle est longue de plusieurs mêtres comme un mini-canyon. Ces changements dans notre paysage ont constitué l’attraction de la journée d’hier. Un samedi achevé par un magnifique feu de bois sur la glace. Silencieusement, avec recueillement, chacun a profité pleinement de ce moment. La fascination du feu est décuplée dans un tel environnement froid et hostile. Du feu sur la glace. Mais c’est la glace et le froid qui ont eu le dernier mot. Le feu a battu en retraite assez vite. Ses braises n’ont même pas réussi à transpercer ce ciment blanc et froid.

Aujourd’hui, mis à part les tâches habituelles absolument nécessaires à la vie du bord, on peut dire que Tara et son équipage se payent un bon repos dominical. Tricot pour les uns, tri de photos pour les autres, lecture, écriture, lessive, sieste etc. Tout ce qui n’a pas pu être fait pendant la semaine est d’actualité. Car demain, les manipulations scientifiques rédémarrent ainsi que tout le reste : la fin de la préparation du bateau à la navigation. Et puisque nous approchons de l’eau libre, des briefings de navigation. Un exercie incendie. Comme dans un petit village gaulois, tout le monde retourne à sa forge. Exercer sa spécialité : mécanique, menuiserie, art, journalisme ou cuisine.

Cette journée de détente et de repos sera clôturée par le rituel banha. La sauna russe. Les plus courageux iront se tremper dans l’eau gelée de l’océan arctique. Avant une bonne nuit et une nouvelle semaine. Avec une destination toujours inconnue.
Spitzberg ou Islande, la seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que nous descendons assez vite vers le sud par le détroit de Fram. Le nez de Tara regarde donc l’Atlantique !  

Vincent Hilaire