Tara danse l’arlésienne

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19 janvier 2008

Sortira. Sortira pas. Et un pas en avant et deux pas en arrière. C’est exactement le jeu que Tara joue avec la glace et l’océan depuis trois semaines. Nul ne sait quand cette danse avec la banquise se finira. 

Hier, la glace faisait un pas en avant se disloquant en silence après le déjeuner. Pendant ce temps là pousser par le vent d’est, la baleine mettait elle cap sur le nord et l’ouest. Nouveau rendez-vous manqué. L’Arlésienne continue.
Ce matin, nous avons réintégré notre bon vieux tapis roulant, le courant du Groenland qui lui n’en démord pas, il veut nous conduire en Islande. Bref, statu quo. D’autant que depuis après une bonne nuit de compression, bousculée comme une auto-tamponneuse, Tara, est à nouveau cernée par les glaces.

A bord, plus personne ne parie sur rien. Malgré les cartes satellite qui montrent la proximité avec les eaux libres, c’est l’incertitude.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’on sent beaucoup plus qu’on est prêt de cette frontière (ice-edge) entre la glace et l’eau. Par endroits, l’horizon est particulièrement sombre, ce qui signifie qu’il y a des zones d’eaux libres autour de nous. Des fractures, ou l’eau est en permanence à l’air libre. Tant que la houle est là et qu’il ne gèle pas. Les températures sont d’ailleurs très clémentes : – 1° C ce matin.

On a donc changé de régime climatique, c’est le régime de l’Atlantique qui prédomine maintenant. Avec ces wagons de dépressions hivernales. A notre latitude elles génèrent plutôt des vents d’est et de Nord pour l’instant. En France, elles sont plutôt orientées à l’Ouest. Avec ces courants sous marins d’eau chaude qui rabotent peu à peu par en dessous la banquise. Une banquise moins épaisse et donc beaucoup plus dynamique. Lorsqu’elle est soulevée par la houle, cette peau blanche craquelée, ondule sous le passage de chaque vague. C’est d’ailleurs cette houle qui inquiète à bord au moment où nous passerons l’ice-edge. La crainte, c’est que la houle empêche la goélette de pousser cette glace.

« On est prêt, mais c’est la glace qui n’est pas prête » me disait hier le capitaine Hervé Bourmaud. « A la sortie des glaces, il y aura deux routes potentielles : l’Islande ou le Spitzberg. Mais tout dépendra des vents, et du nombre de miles nautiques qui nous séparent de ces deux îles à ce moment là. De toute façon, soit nous sortons à gauche avant l’île de Jan Mayen. Soit nous descendons encore plus bas en glissant sur le courant du Groenland. Mais ça veut dire que nous nous dirigerions alors vers le détroit du Danemark, entre Islande et Groenland. C’est peut-être ce qu’il y aurait de plus délicat pour nous ».

Comme prévue la sortie sera de toute façon un moment difficile. Une fenêtre qu’il ne faudra pas rater. L’objectif est de l’ouvrir au bon moment.

Vincent Hilaire