TARA d’une île à l’autre – Cap sur les Iles Féroé

© P.DeParscau/Tara Expéditions

3 juillet 2015

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Sur la route du Groenland, après plusieurs jours de mer, TARA gagne les hautes latitudes du globe au rythme de l’océan qui martèle la coque la nuit, fait tanguer les passagers dans la coursive. L’océan s’illumine parfois en plein orage dans la manœuvre, de l’eau à perte de vue. Retranchés derrière les murs d’aluminium, les Taranautes ont pris des allures insulaires et le large a transformé peu à peu la vie du bord. De journées collectives au rythme synchronisé, l’équipage est lentement passé à un navire à géométrie variable. Dans cet espace réduit entre poupe et proue, la vie du bord s’est mise en place avec ses habitudes, ses codes et ses horaires. Une horloge dictée par les quarts de nuit que partagent marins et passagers pour des roulements de trois à quatre heures. Des veilles en forme de parenthèses durant lesquelles TARA semble sonner différemment, sous la lune ou sous le grain. Maintien du cap, contrôle des machines, surveillance du trafic et manœuvres nocturnes, autant d’impératifs pour permettre à l’équipage de dormir sur ses deux oreilles. Un chassé-croisé de noctambules dans la coursive et la cuisine, des recommandations échangées d’un veilleur au suivant et le délice de retrouver sa cabine pour les heures qui restent en attendant le prochain quart, toujours différent du précédent.

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Au large et pourtant sédentaire, le corps lui aussi appelle parfois à l’exercice. Sur le pont ou dans les cales, l’imagination est mise à profit pour échapper quelques instants aux limites imposées par le navire. Bientôt un vélo de route s’est changé en vélo d’appartement tout contre l’échelle de la cale avant et les exercices de yoga alternent avec les parcours sportifs sur le pont, contraints parfois par la soudaine fraicheur de l’air. S’imposer des repères, voilà sans doute l’une des clefs de la vie à bord. Car au-delà du travail propre à chaque poste, des tâches collectives et des heures de repas, l’équipage conjugue singularité de la traversée et routine quotidienne.

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Cinq jours après avoir quitté les côtes françaises, la chance était offerte hier d’apercevoir de plus près une côte jusqu’alors masquée derrière l’horizon. Flottants sur une mer redevenue paisible, les îlots des Orcades sont bientôt à vue et avec eux des éclats de vert tendre, vus pour la dernière fois sur les bords de Seine. L’équipage au complet se relaye à la proue de TARA devant le spectacle de ces prairies improbables sur lesquelles les jumelles accrochent les ruines d’une maison de pierre ou les pentes d’une bergerie. Partout la végétation semble avoir capitulé depuis longtemps face aux pluvieux hivers et aux assauts du vent. Un monde au bout du monde en somme et les traces pourtant d’une transition énergétique en marche : l’île d’Eday à tribord présente pour seul arbre le mât d’une éolienne. Plus loin sur cette même côte une étonnante plate-forme attire l’attention, ce que l’on pourrait prendre d’abord pour un site de forage est en réalité le support d’une turbine hydrolienne visiblement en cours d’installation. Falaises abruptes, monts couverts de nuages et jeux d’ombres sur les plateaux herbeux, la traversée des Orcades s’offre comme une jolie récompense après des heures plus agitées.

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Pierre de Parscau