Tara en chantier

©

4 mars 2019

Presque quatre mois que la goélette Tara est à sec et n’écume plus l’Océan mais s’y prépare hâtivement avec le précieux savoir-faire de ses marins et des entreprises locales de la région de Lorient. Conçue il y a près de 30 ans par les architectes Olivier Petit et Luc Bouvet, Tara est un navire unique. Bien à l’abri des intempéries dans la “cathédrale” Ouest de l’aire de réparation navale de Keroman, son alcôve, le chantier se poursuit. Menés tous les 3 ans, les travaux comprennent des rénovations lourdes mais aussi de nombreux petits détails…

À l’intérieur de la goélette, le carré est un espace de vie primordial. C’est là où on travaille, accueille les invités ou les autorités, là où on mange, parle et danse même ! Pendant la dernière Transatlantique, l’équipage avait observé de nombreuses fuites à hauteur des panneaux de plexiglass. Les joints ont vieilli, des travaux s’imposent : vider entièrement le carré, démonter les panneaux en suivant une procédure bien définie. Ensuite, préparation du légendaire “Sika”, ce mastic-colle que l’on réchauffe au bain-marie. Pour les deux plus grands panneaux ce sont presque 50 cartouches de Sika qui seront nécessaires, 450 cartouches de ce multicomposant au total.

IMG_2437© Lucas Blijdorp / Fondation Tara Expéditions

Viennent les plexiglass du PC-Com. Pour ceux-là, on remarque que la première peau du double vitrage est fendue. De nouveaux panneaux sont indispensables, mais, pour que la plaque de plexi soit mise à la bonne forme, ils seront moulés puis découpés pour être ajustés. En effet, le plexi est livré plus grand que sa forme finale. Scie sauteuse et grande attention sont requises. À la moindre erreur, le plexi peut se fendre ou fondre, alors il faut effectuer une découpe lente et constamment refroidir le plexi avec un filet d’eau. Un travail rigoureux, précis, au millimètre près.

Remise à neuf du carré

À l’intérieur dans le carré, les vaigrages – qui tapissent l’intérieur de la coque – pourris par les fuites, ont été changés, et un nouveau flocage en liège a été posé pour renforcer l’isolation. Des eaux glaciales de l’océan Arctique aux eaux chaudes et turquoises de l’océan Pacifique, la température à bord de la goélette pose souvent question et demande des aménagements réguliers. Assurer l’isolation thermique et phonique est donc absolument crucial pour que les marins profitent de la chaleur du carré en Arctique, ou de sa fraîcheur dans les régions plus chaudes. Finalement, c’est donc le carré entier qui est remis à neuf !

Tara_Chantier-3-Keroman-2019_FrançoisAurat-FondationTaraExpeditions.jpg.jpgLe carré de Tara mis a nu – Chantier de Keroman février 2019 © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

Les mâts de Tara

Puisque Tara a dû démâter, la dépose des mâts, au sec, dans un autre hangar permet aux marins de faire quelques vérifications et réparations. Première étape : chasser la rouille qui s’est installée dans les parties en inox, comme les haubans, fixés de part et d’autre du mât pour le stabiliser. On badigeonne un produit à base d’acide à rincer abondamment et protéger. On en profite aussi pour inspecter les torons – les cordons de câble qui forment les haubans – et on vérifie également les drisses, comme le textile des voiles. Bien sûr, un coup de peinture orange sur les têtes des mâts pour finir, en guise de signe de reconnaissance, c’est la signature Tara !

Générateurs, guindeau, safran…

Un des grands dossiers du chantier est le changement des deux groupes électrogènes (GE1 et GE2) situés à l’avant du bateau. Pour effectuer les réparations nécessaires, il faut amener chaque GE en cale arrière. Très lourds et ne passant pas les portes, génératrice et moteur sont séparés pour pouvoir les extraire du bateau. L’opération s’avère complexe : il n’y pas d’accroche au plafond de la cale pour fixer un palan. Les groupes seront donc sortis à la force des bras et à l’aide d’un plateau.

Par la même occasion, l’équipage révise, répare et/ou change de nombreux éléments de la goélette : guindeau (qui permet de remonter l’ancre), étai et marocain (câbles qui permettent de maintenir les mâts), système de barre, safran…

Sur le pont arrière, une nouvelle couche de peinture blanche antidérapante est posée et les cabestans électriques – permettant d’enrouler ou dérouler un bout – sont rénovés.

Remise à l’eau

Le chantier a déjà bien avancé mais il reste encore beaucoup à faire sur Tara avant la remise à l’eau. L’équipage et les bénévoles sont sur le pont et veillent à ce que la goélette soit fin prête pour la sortie de la “cathédrale” prévue pour la mi-mars pour son remâtage. Tara repartira ensuite pour une mission européenne sur les microplastiques : départ prévu en juin 2019.

Bon courage à tous sur le chantier de Keroman !

 

Articles associés