Tara est parti pour l’Antarctique

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29 décembre 2010

Tara est parti pour l’Antarctique

Il était environ cinq heures de l’après-midi quand Tara a quitté le quai de la marina Afasyn à Ushuaia. Comme à l’arrivée, tout un groupe était sur le ponton pour nous saluer. En l’espace de dix jours, de nouveaux liens se sont tissés. Lentement, Tara a quitté le quai en marche arrière avant de faire un demi-tour sur lui-même grâce à une poussée exercée à l’avant tribord par le bateau pneumatique.

Des mains s’agitaient sur le quai, et Tara reprenait sa route. Ces départs comme ces arrivées sont toujours des évènements en soi. Sur le quai, quelques minutes avant ce départ, derniers échanges d’adresses électroniques, petits cadeaux. « Good luck » « Suerte », « See you » nous disent les équipages des autres voiliers qui comme nous prennent ou prendront la direction du continent blanc. « J’espère qu’on se verra là-bas ! », il y avait une vraie colonie de français, marins amateurs ou charters, dans la marina Afasyn. C’est dans cette marina qu’était passé il y a quelques années Peter Blake à la barre de Seamaster, l’ancien nom de Tara. Une photo souvenir est accrochée sur l’un des murs du club-house. Là où un soir nous avons partagé avec nos copains de ponton, un barbecue (« asado » comme disent les argentins).

Ce mercredi soir, nous sommes au mouillage devant Puerto Williams au Chili, toujours dans le canal Beagle. Demain, nous y ferons notre entrée administrative et un soutage de 7 000 litres de gas-oil. Nous sommes à quelques mètres du voilier « Ada » d’Isabelle Autissier, qui part aussi en Antarctique en famille.

Notre « famille » à nous est d’ailleurs au complet. Quatorze personnes au total. Tous les scientifiques qui participent à ce leg sont arrivés. Marc Picheral, ingénieur océanographe (UPMC-CNRS à l’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-mer) lors de plusieurs précédentes missions sera notre chef scientifique. Nous repartirons demain en fin d’après-midi de Puerto Williams, cap sur le passage de Drake. Les prévisions météo sont bonnes, nous devrions bénéficier d’un vent de Nord-Ouest entre 30 et 40 nœuds de quoi descendre sous voiles, au portant.

Notre première destination est la mer de Wedell, ou très peu d’échantillonnages ont été faits.  Entre autre parce que la glace y est très présente, les vents et la navigation difficiles. Mais là, pour l’instant tous les voyants sont donc au vert. La mer de Weddell se situe à l’Est de la péninsule Antarctique, et il nous faudra à priori quatre jours pour l’atteindre. La première station se fera là, dans des fonds assez importants.

Ce soir, tout est extrêmement calme au mouillage devant Puerto Williams. Après Ushuaia ce bourg chilien nous procure une grande paix. On entend les oiseaux, des parfums de verdure nous entourent, avec une mer plate comme celle d’un lac. A bord de Tara, nous ne sommes plus que quatre debout et les quarts ont repris. Le reste de l’équipage goûte à un repos bien mérité, encore fatigué des heures d’avions pour parvenir au bout « sud » du monde. Avant le grand saut.

Vincent Hilaire