Tara et le deuxième élément

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31 décembre 2010

Depuis son départ du Cap pour cette deuxième année d’expédition, Tara a en ligne de mire l’Antarctique, avant de rejoindre le Pacifique. Pour la goélette et une partie de son équipage ayant participé à Tara Arctic, cette étape aura la saveur des retrouvailles avec les milieux polaires, et la glace. Son deuxième élément.

Christian de Marliave, « Criquet », est une mine de connaissances sur les pôles, sa passion. Il a joué un rôle majeur dans l’expédition Tara Arctic grâce à cette expertise. J’ai fait sa connaissance dans ce cadre. Criquet peut vous citer autant une référence d’un livre que seule une poignée de personnes connait ou vous parler du petit mouillage qui attend Tara lorsqu’il arrivera en péninsule, sur l’île du Roi Georges.

Pour Criquet, voilà à peu près le scénario qui nous attend pour cette nouvelle étape : « Après avoir quitté Ushuaia, la ville la plus australe du monde et quitter le canal Beagle, passer le mythique Cap Horn, Tara devra d’abord traverser le passage de Drake. Large d’un peu plus de 1 000 kilomètres, il faut compter entre deux et trois jours, suivant les conditions ». Elles peuvent être très relevées, on est dans les fameux 50èmes rugissants.

« Comme à la fin décembre, nous sommes en plein été austral, la lumière sera quasi permanente ». Pour certains après la nuit polaire sur l’océan glacial arctique, ce sera donc la découverte près du pôle Sud, du « jour polaire ». Un jour presque sans fin.
« Passer le 60ème parallèle sud, « la latitude 60 » comme disent les marins, elle entoure tout le continent blanc, l’atterrissage en Antarctique se fera  normalement sur l’île du roi Georges ».

Les prélèvements d’eau et de plancton devraient avoir lieu principalement dans cette zone où les glaces permettent la navigation en été, en mer de Bellingshausen. Tara aura alors retrouvé le cercle polaire, antarctique cette fois. Le dernier voyage de la goélette ici remonte à 2006.

« Déjà sur l’île et autour de l’île du Roi Georges, le caractère international de l’Antarctique se fera sentir. Sur cette île située dans les Shetland du Sud, archipel qui borde au Nord, la péninsule, il y a une piste d’atterrissage chilienne, des bases scientifiques russe, argentine, coréenne, chinoise et uruguayenne ».

Sur l’île on est à environ 150 kilomètres de la péninsule Antarctique, mais déjà le décor est composé d’icebergs et de colonies de manchots papous ou de phoques de Weddell. « Cette saison estivale est en plus le moment où la vie explose littéralement là-bas ». Intéressant pour la science. « C’est aussi la pleine saison touristique ! ». Criquet hausse les sourcils et ouvre une parenthèse sur l’aventure polaire d’un baleinier, presque agacé par ces évolutions économiques.

« J’espère que vous aurez le temps d’aller aussi à Deception Island. Ce serait un pèlerinage pour Tara, à quatre reprises déjà la coque grise a visité cette baie dans un cratère. Il y a aussi Bailly head où se trouve la plus grande colonie de manchots à jugulaire. Ils sont tous blancs avec un anneau noir autour du cou… »
A force de voyager par la pensée avec Criquet et d’imaginer cet ailleurs, on en entendrait presque les cris de ces ravissants manchots en smoking noir et blanc !
Mais le rêve s’arrête brutalement, le téléphone sonne et Criquet répond. Il est l’une des chevilles ouvrières du voyage de Michel Rocard en Antarctique.

Vincent Hilaire
Propos recueillis en Aout 2010

selon Christian de Marliave (alias « Criquet »), spécialiste des pôles.

 

Christian de Marliave alias « Criquet » est consultant de nombreuses missions polaires, il a une expérience de 20 ans aussi bien en Arctique qu’en Antarctique. Les connaissances et la base de données qu’il a accumulé font de lui un des meilleurs spécialistes de cette thématique. Il a participé à de multiples publications et développe une collection d’ouvrages sur les régions polaires.
« Criquet » était coordinateur scientifique du programme Tara Arctic (dérive arctique de Tara de 2006 à 2008).