TARA, les compteurs à zéro.

© P.DeParscau/Tara Expéditions

10 juin 2015

TARA,  les compteurs à zéro.

Jean Collet dans l’atelier du TARA

Jean Collet dans l’atelier du TARA

Après sept mois d’expédition en Méditerranée, TARA avait pris un repos bien mérité à l’abri des embruns dans le chantier naval de Keroman. Un carénage afin de préparer l’avenir, entre Groenland et Pacifique, et l’occasion pour la goélette d’une révision en profondeur. Dépose des deux lignes d’arbres des moteurs, réfection complète de Thérèse (le moteur tribord) et déplacement du laboratoire sec au profit de l’aménagement d’une nouvelle cabine, autant de volets au programme de ces quatre mois de chantier. Parmi les priorités du bord, les aménagements électriques comptaient parmi les plus urgentes. L’occasion de faire appel à Jean Collet, l’une des mémoires de TARA et directeur technique.

Avec sa chevelure argentée et ses larges épaules, Jean compte parmi ces silhouettes qui ont accompagné le sillage de TARA depuis sa construction. Une naissance à laquelle il a lui-même contribué au côté de Jean-Louis Etienne en 1989 et qui l’a lié à jamais au destin de la goélette.

« Quand Etienne Bourgois a eu l’idée de racheter Seamaster de Sir Peter Blake je suis parti à Newport  pour expertiser le bateau, se souvient-il dans l’atelier du bord. Je l’avais alors trouvé suffisamment en bon état pour le ramener en France et depuis ce moment là Etienne m’a demandé de m’en occuper techniquement et de superviser la remise en état du bateau. »

Les nouvelles ampoules LED installées cet hiver à bord

Les nouvelles ampoules LED installées cet hiver à bord

Une mission qu’il honore depuis 2003 au sein de l’équipe TARA et qui l’a conduit à diriger le chantier électrique mené l’hiver dernier. Sous la lueur des nouvelles LEDs installées au dessus des établis de l’atelier, Jean revient sur ce chantier attendu depuis plusieurs années. « Depuis que TARA est revenu de sa grande expédition Tara Oceans, le bateau a été très fatigué et nous avions conservé à bord des organes électriques qui dataient de 1989. Ce matériel n’avait pas toujours été transformé dans les règles pour subvenir aux besoins de l’expédition et il nous a donc fallu remettre le bateau à jour. On avait commencé à envisager il y trois ans la réfection des tableaux électriques, analysé la problématique des citernes, des fuites, des moteurs… Un bateau qui travaille autant que TARA réclame un entretien constant.» Le plaisir de travailler sur la mythique goélette s’accompagne pour le superviseur d’une réflexion plus globale autour de la pérennité du matériel. « L’un des enjeux est de savoir jusqu’où on peut aller avec le matériel de bord, explique-t-il. On a par exemple des moteurs qui datent de 1989, la technologie a beaucoup évolué depuis et l’on se demande si l’on peut continuer à les entretenir ou s’il ne vaudrait pas mieux les changer complètement et profiter d’une technologie nouvelle. L’autre point particulier du TARA est sa coque en aluminium. Quand elle est confrontée à des fuites électriques, si le courant passe dans la coque, on peut avoir des corsions qu’on ne voit pas forcement et qui peuvent la fragiliser, d’où l’importance d’une bonne isolation.»

Pour mener à bien ce chantier, TARA a fait appel à des entreprises locales comme Barillec dont l’atelier se niche dans la zone portuaire de Lorient. En franchissant les portes, le large sourire de Romain Evenot tient lieu d’accueil. Ce jeune ingénieur de bureau d’étude a troqué sans regrets le monde de l’industrie pour celui de la marine et a supervisé l’installation du nouveau transformateur du TARA.

Romain Evenot, ingénieur chez Barillec

Romain Evenot, ingénieur chez Barillec

« C’est un tableau que nous avions nous même installé il y a près de vingt ans avec des modifications qui n’étaient plus adaptées aux besoins de l’équipage, explique-t-il au milieu des tourets de câbles de l’atelier. L’objectif était de remettre le tout au clair et en fonction des demandes du bord. » Une amélioration de la distribution électrique qui a parfois pris des allures de défi durant les quatre semaines de chantier. « Sur TARA tout est compact. Le bateau est relativement petit et c’était un challenge pour nous de réussir à tout faire passer dans l’espace dont on dispose. »

Schéma du nouveau transformateur installé sur TARA

Schéma du nouveau transformateur installé sur TARA

Retour à bord. Jean me conduit sur le pont arrière du TARA et embrasse le bateau du regard.
« C’est vraiment comme ça que j’imagine les bateaux d’expéditions comme à l’époque des Lumières et du voyage de Bougainville. Un bateau c’est un outil et ce qui est intéressant dans le cas de Tara c’est de voir comment cet outil est utilisé. L’être humain est par nature curieux et sa manière de progresser c’est de s’intéresser à son environnement et la science pour ça est très importante. On rencontre ici des marins, des scientifiques, des artistes, qui partagent le même regard sur l’humanité, cette même curiosité et c’est ça qui me passionne.»

Une passion qui conduira Jean à s’embarquer sur TARA le mois prochain pour affronter les glaces du Groenland.

Louis Wilmotte et le nouveau tableau du bord

Louis Wilmotte et le nouveau tableau du bord

Pierre de Parscau