TARA passe à table

© P.DeParscau/Tara Expéditions

15 juin 2015

TARA passe à table

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Après plus de sept mois à Lorient, il était temps pour TARA de reprendre la direction du large. Ce dimanche, le bateau appareillera pour une navigation de quelques 6 000 milles à travers l’Islande, le Groenland, la Suède et l’Angleterre. Neuf semaines de navigation qui réclament une préparation minutieuse durant ces dernières heures encore à quai et l’opportunité rêvée pour découvrir ce que le navire a réellement dans le ventre.

Hier, TARA en a profité pour remplir ses réservoirs de quelques 20 000 litres de gasoil, de quoi le rendre autonome jusqu’au prochain chantier prévu l’année prochaine. Outre l’outillage, l’équipement, l’accastillage, il est un autre poste du bord particulièrement concerné par l’approvisionnement, celui de la nourriture. La cuisine est avec la salle des machines le second cœur battant de TARA et, pour cette campagne estivale, le royaume de Dominique. Trois ans que cette ancienne infirmière libérale a laissé à terre sa blouse blanche pour le tablier du bord.  « Ça correspondait à une période de ma vie où je pouvais changer de métier, avoir un temps pour moi donc quand j’ai eu la chance d’embarquer, j’ai saisi l’occasion ». Depuis les premiers repas préparés en Irlande, celle que tout le monde à bord a baptisé « Do » a pris goût aux voyages, de la Norvège à la Méditerranée jusqu’au mythique passage du Nord Ouest. Et malgré les impératifs de la cuisine, pas question pour Do d’y rester cantonnée. « Dès que j’entends que ça manœuvre, j’arrête tout et je monte sur le pont. Même si les marins n’ont pas besoin de moi, j’arrive toujours à participer d’une façon ou d’une autre. Je n’ai pas du tout envie d’être seulement cuisinière, j’ai besoin de m’impliquer dans les manœuvres ». Au four et aux moulins à café, ces manivelles du pont servant à reprendre durant les manœuvres, Do doit pouvoir contenter les estomacs de seize équipiers à bord, jusqu’à trente convives lors de certaines escales à quai.

Pour la prochaine navigation vers le Groenland, les quantités embarquées ont de quoi donner le vertige : 150kg de farine, 40kg de sucre, 65kg de pâtes et 100 tablettes de chocolat. « Je dois calculer les quantités nécessaires pour trois mois et demi, sachant qu’au Groenland on ne pourra pas s’approvisionner. Quand on part, généralement on est autonome sur toute la durée de l’expédition, sauf parfois quelques produits frais en escale. »

Avant le départ, Do vérifie soigneusement les quantités

Avant le départ, Do vérifie soigneusement les quantités

Pour mesurer l’ampleur de la tâche, il faut suivre Do lors d’une de ses sorties à Lorient, entre poissonnerie, marché bio et grandes surfaces. Avec sa singulière liste de course, son t-shirt TARA et son sourire, Do a de quoi attirer la sympathie des commerçants et des producteurs. « Les gens sont souvent curieux de ce que l’on fait sur TARA et m’aident. Ils comprennent bien mes besoins, on me réserve des légumes pas trop mûrs pour pouvoir les conserver plus longtemps. Par exemple, l’agriculteur à qui j’ai passé commande ce matin, je suis certaine qu’il n’y aura pas un seul légume d’abimé dans la commande qu’il va nous livrer ». Rencontrer la cuisinière de TARA, c’est un peu l’aventure qui s’invite parmi les étales des marchés. On discute, on questionne, avec le plaisir pour les commerçants de voir leurs produits prendre la mer vers des terres lointaines.  Un pot de confiture, une botte de radis ou quelques poissons, autant de petits cadeaux qui viennent s’ajouter au stock du bord. Des réserves réparties dans les moindres recoins de TARA car les deux grandes étagères en cale avant, le congélateur et les trois réfrigérateurs du navire ne suffisent pas au rangement de cette précieuse cargaison. L’alimentaire s’est alors glissé partout, sous les bannettes des cabines et sous les banquettes du carré. Des garde-manger qui font sourire à coup sûr les visiteurs de TARA. L’imagination culinaire, voilà sans doute le meilleur allié d’une cuisinière de bord. « Quand je n’ai plus beaucoup de produits frais, j’essaie de trouver des recettes qui donneront l’impression de frais. Parfois avec une courgette pour quinze personnes, ajoutée dans des tagliatelles, on a quand même l’impression de manger du vert (rires) ».

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Epices et condiments d’Orient dans les tiroirs de la cuisine

Mais le véritable bonheur pour ces chefs des mers tient en un mot : l’escale. Dans les marchés des ports et les médinas au cours de l’expédition TARA Méditerranées, la cuisine s’est parée de parfums exotiques et de saveurs épicées. Ces trésors collectés, Do veille à leur sauvegarde dans l’un des tiroirs de la cuisine, sorte de petit musée des condiments. Épices d’Algérie, cannelle du Liban et poivre blanc d’Égypte, autant de cartes postales gustatives dont les odeurs envahissent parfois le carré et rappellent que sur TARA, le voyage commence souvent dans l’assiette.

Pierre de Parscau

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