Tara surfe avec la glace

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20 décembre 2007

La nuit du 19, Sam et Marion étaient de quart. Vers 1H00 du matin, Tara a pulvérisé tous ces records de vitesse: 1,3 nœuds soit 2,4 km à l’heure. Pour les terriens, une peccadille. Pour nous, en dehors du temps, du temps de la Terre, de la course effrénée que nous menons tous les jours sur nos bouts de cailloux (je vous rappelle que l’eau occupe 2/3 de la surface du globe), « une perf’ » comme disent les sportifs. Un surf avec la glace suspendu dans la nuit. Je crois que nous goûtons tous en ce moment plus que jamais au luxe de vivre à bord le temps autrement. Un autre rythme. Une vie bien remplie, mais autrement.
Nous longeons toujours la côte du Groenland. Nous avons même franchi avec cette vitesse et ce vent d’est, les 4°29′ Ouest. A “l’aplomb” de Brest. Sortirons nous des glaces encore assez nord, pour que notre escale à Longyearben se justifie ? Ou descendrons nous jusqu’en Islande ? L’aventure continue.
Mais comme les sorties sur la glace sont quasi impossibles, trop dangereuses et que la science est réduite aux seuls enregistrements de l’ozone, il faut souhaiter que cette période ne soit pas trop longue. Avec moins de tâches quotidiennes, l’équipage est moins occupé, ce n’est pas forcément bon pour son moral.

Ca tombe bien il y a Noël. Ce matin, sous l’impulsion de Marion, tout le carré de Tara a été décoré. Des guirlandes, des étoiles, un beau sapin. On ne sait pas par où le père Noël arrivera ? Il est sur ses Terres ici. Peut-être descendra-t-il par le mât ? Par le poêle du carré (notre cheminée) c’est impossible il n’y rentrait même pas sa barbe.
Bref. Mais au fait, passerons nous Noël dans les glaces ? Dur à dire. Ce qui est certain, c’est que nous serons les dix à bord de Tara.
En tout cas, nous nous rapprochons de zones habitées. Ce matin, Hervé le Goff notre scientifique, a avec Hervé Bourmaud, la capitaine, réussi à joindre Longyearben radio. C’est une station des îles Spitzberg qui veille en permanence pour assurer la sécurité des bateaux en mer, ou comme nous en glace.
« Longyearben radio from Tara ». « we’re a polar ship ». A l‘autre bout des ondes, une voix a répondu tout de suite en anglais. « Yes ».Nous avons entendu une autre voix que celle du bord. Sensation étrange. Hervé le Goff a donné notre position et des nouvelles du bord.
Longyearben, Longyearben, ce sera peut-être plutôt « happy new yearben » pour nous. On est quand même très ouest pour passer Noël à terre. Si notre destination finale est le Svalbard (le Spitzberg) bien sûr. Ce qui est bien en tout cas ici, c’est qu’on ne sait jamais quand ni où. On évite ainsi de bâtir des théories fumeuses, ou des plans sur la comète.

Vincent Hilaire