Transatlantique : navigation et autonomie

© Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

14 juin 2016

Partie le 28 mai dernier de Lorient, cela prendra trente jours de mer à Tara pour rejoindre Miami sur la côté est des Etats-Unis (Floride). Une route tout en souplesse entre les aléas de la météo et les impératifs de la recherche scientifique.

 

Centrale de navigation reliée au GPS, au sondeur et à l’AIS (Automatique Identification System).
Centrale de navigation reliée au GPS, au sondeur et à l’AIS (Automatique Identification System) © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Vendredi 10 juin, notre position actuelle est de 33°35′ N – 37°31′ W, un point au milieu de l’Océan Atlantique. La « route fond » qui indique la progression réelle sur la carte par rapport au fond marin est de 195° (cap Sud-Sud-Ouest) et nous avançons à une vitesse de 6 nœuds, soit environ 11 km/h. Les trois voiles, Misaine, Trinquette et Grand Voile s’étirent dans le ciel. Mais, avec seulement 16 nœuds de vent, la voilure ne suffit pas toujours pour déplacer les 140 tonnes de Tara : l’un des moteurs vient parfois en aide. Encore 2270 %milles nautiques% à parcourir (4200 km) le long d’une route qui s’affine chaque jour afin de trouver le meilleur compromis pour répondre aux impératifs de temps inhérents à l’expédition. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’enjeu majeur de cette traversée n’est ni la nourriture, ni l’eau, mais bien le carburant. En effet, le dessalinisateur est capable de fournir jusqu’à 270L par heure et lors de l’avitaillement pour la dérive Arctique, 8 tonnes de nourriture avaient pu être stockées à bord, une capacité largement suffisante pour les deux tonnes de nourriture actuelles.

 

Daniel Cron, chef mécanicien, effectue la première vidange des nouveaux moteurs.
Daniel Cron, chef mécanicien, effectue la première vidange des nouveaux moteurs © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Au départ de Lorient, les cuves ont été remplies à moitié, soit 20 000L de gazole, suffisamment pour naviguer 25 jours avec les deux moteurs en régime de croisière. Ceci correspond en théorie à une consommation maximale de 800L par jour si Tara se trouvait sans vent. « Cela peut paraître énorme, mais c’est très peu comparé aux bateaux classiques. La force de Tara, c’est un faible coût d’exploitation et un impact environnemental très réduit » rappelle Samuel Audrain, le capitaine. Cette estimation prend en compte la production d’électricité stockée par les batteries, et utilisée par les instruments de navigation et le matériel scientifique : réfrigérateurs et congélateur pour conserver les échantillons, appareils de mesures fonctionnant 24H/24… Par exemple, le prélèvement de particules atmosphériques nécessite une pompe qui consomme, à elle seule, 25 Ampères/h sur les 240 Ampères/h fournis par les batteries. Une autonomie limitée à deux heures environ, lorsque le bateau avance à la voile, mais qui tend à augmenter puisque la perspective est de mettre en place plus d’énergies renouvelables.

 

Nicolas Bin, second, monte au mat avant pour remettre en place les écoutes de la voile (misaine).
Nicolas Bin, second, monte au mât pour effectuer une réparation dans les voiles (misaine) © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Idéalement, les alizés, ces vents soufflant de manière continue d’Est en Ouest, au Nord de l’Equateur, pourraient nous pousser jusqu’aux côtes américaines, mais cela implique de plonger au Sud et de rallonger la route avec le risque de ne pas trouver des vents assez puissants. En effet, en cette saison, les vents ne sont pas des plus favorables. Il faut donc trouver le meilleur compromis pour respecter le calendrier d’une expédition de 2 ans et demi. Le choix du cap est établi en fonction des prévisions météorologiques téléchargées quotidiennement par satellite. Ces relevés renseignent sur l’évolution des systèmes anticycloniques et dépressionnaires et donc sur la force et l’orientation du vent. Un outil indispensable au capitaine, pour exploiter au maximum le vent tout en optimisant la distance parcourue. Reste à espérer qu’Eole souffle un peu plus fort !

Maéva BARDY, correspondante de bord

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