Tsunami, on te fuit !

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12 mars 2011

Jeudi 10 mars 2011 22H00 : A bord de Tara, c’est l’euphorie ! Dans la nuit noire, la joie illumine les visages des membres de l’équipage. Qui aurait cru que le doux son d’un groupe électrogène fasse autant d’heureux… Après une batterie d’examens, le GE2 est officiellement réparé. Les experts chiliens partent le cœur léger malgré le mal de mer. Tara prendra le large demain, pour effectuer la 93ème station, à la frontière du plateau continental.

Vendredi 11 mars 2011 8H00 : A bord de Tara, la joie sur les visages s’est dissipée, certains paraissent même un peu contrariés. Une alerte au tsunami a été donnée au port de Valparaiso. Qui aurait cru que le jour du départ tant attendu, une vague dévastatrice menace les côtes du Chili… En venant récupérer la clearance au port, Tara se retrouve bloquée. Aucun mouvement n’est autorisé.

9H00 : Changement de directive, les responsables du port de Valparaiso donnent l’ordre à tous les navires d’évacuer les lieux au plus vite. Avec une vitesse moyenne de six nœuds, soit près de onze kilomètres heure, difficile de courir, alors mieux vaut partir à point. La baleine grise se lance toutes voiles dehors sur l’Océan Pacifique Sud. A mesure que le port mythique disparaît sous nos yeux, les souvenirs de cette escale resurgissent dans nos esprits, et l’inquiétude grandit pour tous ces portenos que nous laissons dans notre sillage. Espérons que cette terrible vague annoncée ne fasse pas trop de dégâts.

A la barre, Loïc le capitaine semble plutôt détendu. « D’ici quelques heures, on sortira du plateau continental, alors on ne risque rien, je ne suis même pas sur qu’on ressente quelque chose.» Gabriela, une scientifique anglaise, va pouvoir rassurer son père qui vient de la contacter sur le téléphone du bord. Sur le pont de Tara, certains profitent des derniers miles de réseau, pour envoyer des messages à leur famille, à leurs amis. Les autres ironisent sur la situation.

15H00 : A bord de Tara, chacun vaque à ses occupations. Céline sort du four les madeleines qu’elle vient de confectionner. Marcela est plongée dans son livre « Gracias por el fuego ». La voie suave de Chet Baker a envahi le carré. Le tsunami semble s’être retiré des esprits.

Sur le pont, Sarah et Baptiste continuent les tests du treuil en vue de la station de demain. Tout à coup, sous l’eau des formes connues se dessinent, Tara est cernée par des requins !

D’après Gabriela, spécialiste en la matière, il semblerait que ce soit des « Prionace glauca », communément appelés « requins bleus ». Ils sont entre cinq et six à tourner autour du bateau. Ce spectacle captivant durera plus d’une heure.

23H30 : Après une journée très calme, le vent s’est levé et souffle entre 15 et 20 nœuds dans la mâture. Chahutée par les vagues, Tara roule de gauche à droite, tangue d’avant en arrière. Dans leur bannette, François et Baptiste attendent de prendre leur quart. A 23H30 précise, les deux marins ressentent un mouvement anormal du bateau. Cinq minutes plus tard, une seconde vague attire leur attention. Le tsunami viendrait-il d’effleurer Tara ? Que ce soit sur Tara, ou sur les côtes Chiliennes, le tsunami a heureusement fait plus de peur que de mal. Demain matin, les scientifiques pourront démarrer sereinement la 93ème station.

Anna Deniaud