Un ours dans la nuit

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8 décembre 2007

Un ours dans la nuit

Ce matin, amis du salon et du web, nous avons une histoire qui à mon avis va vous intéresser particulièrement. Hier soir, après la projection d’un film de l’artiste Elli Ga sur l’histoire du yo-yo, chacun des équipiers a repris le chemin de sa cabine. Dodo, lecture, film, détente en tout cas après une semaine encore bien remplie.

A 23H00, tout le monde s’est retrouvé sur le pont. Excitation générale. Zagrey et Tiksi les deux chiens yakoutz du bord avaient donné l’alerte. Un ours ! A polar bear ! Dans le faisceau du projecteur tenu par Marion, la bête ne semblait pas s’inquiéter de tout ce remue-ménage bien humain. Tranquillement, le quadrupède à la fourrure un peu jaune comparé au blanc de la banquise nous reniflait.
Finalement, après quelques minutes de tête à tête polaire, plus gêné par le puissant faisceau lumineux que par les voix, l’ours décidait d’aller sur le bâbord de Tara. Avant de se cacher derrière un hummock (crête de glace verticale). Le cache-cache ne faisait que commencer.

Une demi-heure plus tard. Je finis de regarder un DVD dans ma cabine. De l’autre côté de l’épais aluminium protecteur de la coque, j’entends détaler dans la neige. Dans un demi-sommeil, je me r’habille en vitesse. Zagrey et Tiksi sont attachés ça ne peut-être que l’ours. Il n’est pas parti. Je me retrouve sur le pont avec le scientifique russe Sacha Petrov, l’homme de quart Hervé le Goff autre scientifique, et Audun Tholfsen le norvégien du bord. L’ours est là une centaine de mètres devant Tara toujours sur bâbord. Même si les chiens le chassent à chaque fois, il revient obstinément près de la coque grise. Il est rongé par la curiosité ou plus, par la faim peut-être. Rusé, progressant systématiquement face au vent, il a réussi à s’approcher du bateau de quelques mètres.
Comme on traque un prisonnier évadé, le projecteur le démasque encore entre les crêtes de glace. Dehors il fait – 25°C. Pas toujours bien équipés, habillés dans l’urgence, nous grelottons à observer ce spectacle fascinant. Contraste : L’ours progresse lui d’un pas nonchalant n’hésitant pas à s’accorder quelques pauses. Il trace tranquillement un cercle autour de notre camps à environ 200 mètres. Mâle ou femelle ? Difficile à dire. Même les empreintes dans la neige autour du bateau ne sont pas d’un grand secours.
Dans la nuit, l’ours pointera encore une ou deux fois le bout de son museau. Mais à bonne distance visiblement toujours gêné par la lumière. A chaque fois la personne de quart ressortira avec un fusil au cas ou nous serions attaqués. Mais heureusement, il n’en fera pas fait usage.
Ce matin, tout est calme. Point d’ours. Mais les conversations dans le carré de Tara font bien sûr principalement référence à cette visite.
Quelques images et quelques photos ont été prises à la sauvette. Vision un peu fantomatique de cette rencontre dans la longue nuit avec le seigneur du pôle nord.

Au fait, le savez vous ? Arktos veut dire ours en grec depuis la mythologie. L’arctique est donc la patrie des ours, et l’Antarctique par opposition le patrie sans ours : « l’ante-arktos ». Ces rencontres ne datent donc pas d’hier…soir !

Vincent Hilaire