Une “petite” frayeur pour Tara

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27 mai 2010

Mardi 25 mai.13h40.Tara est en station scientifique, en dérive par 13°06′ latitude Sud, 46°58′ longitude Est.

Hervé le capitaine monte sur le pont: «On arrête tout, on quitte  la zone !».

Toujours aux aguets, il vient de recevoir sur le téléphone iridium  un appel du service de veille de l’Etat Major français à La Réunion: « nous avons été informés d’une possible tentative d’acte de piraterie dans votre zone à 11 h ce matin ».
Après vérifications, il s’avère que nous sommes à 8 milles nautiques (15 km) du navire de pêche espagnol présumé pris pour cible.

Décision est prise. Cap au sud, moteurs à 8 nœuds, renforcement des quarts, surveillance radar, l’équipage est en veille accrue, jumelles à la main.

Tant pis pour la fin de la station démarrée à 22 h la veille.
Malheureusement pour l’équipe scientifique déçue de n’avoir qu’une petite partie des prélèvements envisagés. Surtout que la récolte semblait prometteuse.

Plus tôt dans la matinée, l’équipage de Tara avait repéré non loin du bateau, une petite embarcation non identifiée; plutôt inhabituel dans cette zone. S’agissait-il d’une barque de pêche ou autre, nous n’en saurons rien.

Avant le départ de Diego Suarez, Hervé, prudent, s’était renseigné auprès d’un thonier senneur amarré à quai près de nous. Ensemble avec le capitaine espagnol, ils avaient étudié les cartes, comparé leurs informations. Jusqu’ici la zone semblait calme.

Au moment de l’alerte, proposition est faite par l’Etat Major de nous diriger vers un bâtiment de la Marine à proximité prêt à nous rejoindre en cas de problème.
Cette option de navigation étant plus longue et jugée tout aussi risquée, Tara reprend donc le cap à l’Ouest et navigue toute la nuit en surveillant l’horizon et les échos radars suspects, feux éteints, système de positionnement coupé pour éviter d’être repéré, tout en restant en liaison radio avec les militaires basés à Mayotte.

Grâce aux moyens de communication perfectionnés du bord et aux contacts établis, Tara a pu prendre les bonnes décisions.
Cette fois encore, la solidarité des gens de mer a fonctionné.

Nous sommes maintenant tranquillement au mouillage dans le lagon de Mayotte.

Valérian Morzadec