Une semaine agitée

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15 octobre 2009

Une semaine agitée

Nous observons avec envie la côte tunisienne depuis le début de la matinée. Moteur coupé et voile d’avant gonflée contre le vent, nous attendons l’autorisation de rejoindre le port de Bizerte.
Le bateau roule d’un bord sur l’autre, mais tout l’équipage est maintenant amariné après une semaine agitée. Nous profitons de l’attente pour faire un peu de propre, passer l’aspirateur, ranger Tara de la timonerie au carré en passant par les coursives. Le bateau doit être beau pour chaque escale !

La première station de prélèvements s’est déroulée dimanche sans accroc, au large de Nice, en parallèle avec l’un des navires océanographiques du CNRS. Mais la météo s’est gâtée le lendemain. Une grosse tempête de nord-ouest à plus de 60 nœuds et une mer très houleuse.
L’équipage a été secoué. Impossible de travailler dans ces conditions.
Le lendemain le vent s’était un peu calmé, mais les vagues restaient très creuses. Le bateau bougeait tellement que Hervé le capitaine et Marc le responsable scientifique de la semaine, se sont concertés pour finalement annuler les prélèvements du jour. Un peu déçu, Marc plaisante tout de même : « On a couru après la station 13 qu’on devait faire le mardi 13… je ne suis pas superstitieux mais… ».
Parmi les plus éprouvés, Margaux, la benjamine des scientifiques n’a plus trouvé la force de résister au roulis. « Déjà que je suis très sensible au mal de mer en temps normal, alors là avec des rafales à 70 nœuds, c’est plus la peine, je ne suis plus là». Aujourd’hui Margaux a recouvré ses forces, mais Hervé a décidé d’interrompre son voyage plus tôt que prévu, en Tunisie au lieu de Malte. Margaux ne regrette rien : « la vision magnifique de cette journée de gros vent, les vagues… le vent déchainé… je crois que ça valait quand même la peine d’être malade ! »
La tempête a également fait quelques dégâts matériels. Le lourd compresseur pour nos bouteilles de plongée a sauté hors de son logement et il a fallu l’amarrer solidement contre l’un des frigos de la cale avant. L’une des filières qui entourent le bateau a été arrachée. Enfin, selon Samuel, le second capitaine, « on a embarqué pas mal d’eau de mer… ce n’est pas bon pour les aménagements et surtout pour les batteries ». L’escale de Bizerte sera l’occasion de vérifier si rien n’a été plus endommagé à bord.

Pour achever cette semaine, une troisième tentative de station a été amorcée au sud de la Sardaigne. La houle s’est avérée trop importante pour risquer d’envoyer la nouvelle rosette. Floriane, embarquée pour la filtration des virus et des bactéries, reste philosophe : « on est en octobre en Méditerranée. Quand il y a du mauvais temps, on ne peut pas se permettre de perdre des appareils aussi coûteux que la rosette CTD que nous venons d’embarquer à Nice et qui doit rester à bord 3 ans. Il faut en prendre soin ».
L’équipe scientifique a tout de même pu effectuer quelques relevés avec une sonde plus petite pour connaître la salinité, la température et la pression du point de prélèvement. Les autres manipulations d’échantillonnage (filets, pompage…) ont été annulées. On ne plaisante pas avec la sécurité.

Aujourd’hui nous observons avec impatience et curiosité les doux reliefs de la côte tunisienne. Le ciel très gris, se déchire par endroit en laissant passer des rayons éblouissants. On devine plus qu’on ne voit les maisons blanches de la Tunisie tant attendue.

Sacha Bollet