Vivre sur Tara

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18 janvier 2012

Vivre sur Tara

L’espace de quelques semaines, voir de quelques mois, ce bateau un peu spécial devient pour ses passagers un lieu de travail, bien sûr, mais aussi une seconde maison. En y vivant 24 heures sur 24, les nombreuses tâches à bord laissent tout de même un peu de temps aux distractions. Mais au fait, que peut-on bien faire pour passer le temps sur un bateau perdu au beau milieu de l’océan ?

Sur Tara, pas de télévision, pas de connexion Internet et surtout, pas de sorties possibles ! Hormis les escales et les éventuelles baignades en mer pour fêter la fin d’une station, les distractions pourraient paraître bien maigres. Et pourtant… Une fois à bord, chacun trouve bien vite de quoi occuper son temps libre.

C’est bien souvent dans le grand carré, le lieu de vie commune, que se retrouvent les passagers en quête d’un peu de calme et de repos. Nombreux sont ceux qui viennent y chercher un peu de fraîcheur, allongés sur les banquettes, pour la traditionnelle sieste de l’après-midi, histoire de récupérer un peu de sommeil d’une nuit entrecoupée de quarts de surveillance.

Entre les dormeurs, certains profitent de leur temps libre pour apaiser leur soif de littérature. Si les quelques livres apportés dans les valises sont vite terminés, la grande bibliothèque du bord renferme des heures de lecture en perspective. Grimpant sur les murs dans un coin du grand carré, on y trouve par centaines grands classiques, romans, récits d’expéditions ou beaux livres sur les nombreuses escales traversées par Tara. En français ou en anglais, les livres circulent donc de cabines en cabines, quand ils ne vont pas prendre un peu l’air sur le pont. Quand le temps le permet, on trouve ainsi parfois un lecteur enfoui dans un hamac, profitant d’un bain de soleil tout en parfaisant sa culture littéraire.

Pour les férus du septième art, une centaine de DVD sont également à disposition, classés par genre et par langues. Souvent visionnés en solitaire sur le petit écran d’un ordinateur, des soirées cinéma sont parfois organisées, les films cette fois diffusés (obligatoirement en anglais, la langue officielle sur Tara) sur le bel écran du grand carré.

C’est sur ce même écran que des présentations sont régulièrement proposées le soir, une fois le repas terminé. Les scientifiques peuvent alors y parler de leurs thèmes de recherche, les marins y évoquer leurs précédentes expéditions, photos à l’appui, ou tout simplement permettre à tout un chacun de partager un petit bout de sa vie, son pays, ses voyages ou ses peintures.

Car les artistes en herbe sont légion sur Tara ! Les uns peignent, d’autres écrivent, tandis que certains accompagnent tout ce petit monde en musique. À bord, une guitare et un synthétiseur permettent de rapidement rassembler autour des musiciens une petite troupe de mélomanes, sans parler des instruments parfois emmenés dans les valises. Et pour ceux qui n’ont pas l’âme de musiciens, la chaîne Hi-fi du grand carré, reliée à de puissantes enceintes, permet de partager ses découvertes musicales ou les tubes de son pays avec tous ; pourquoi pas durant une partie de cartes déchaînée.

Enfin, il ne faut pas oublier que de nombreux « Taranautes » ne sont au départ pas marins, découvrant même totalement cet univers en posant un premier pied sur le pont. Ce voyage est donc aussi une parfaite occasion pour découvrir le monde de la marine, en aidant ça et là l’équipage sur le pont pour affaler une voile ou mettre un zodiac à l’eau, voir même en prenant des cours pratiques sur les nœuds marins. Au final, personne n’a donc vraiment le temps de s’ennuyer lors des traversées parfois longues. Et si l’on ne trouve malgré tout rien à faire pour passer le temps, le nez de Tara offre le seul loisir que la terre ne peut pas offrir : le plaisir simple de vibrer paisiblement au rythme des vagues.

Yann Chavance