A l’occasion de la COP21, Tara a accueilli Monsieur Ban Ki-moon à Paris

A l’occasion de la COP21, la goélette Tara a accueilli le Secrétaire général des Nations unies, Monsieur Ban Ki-moon ce dimanche 6 décembre 2015.


A mi-parcours des négociations sur le climat, le Secrétaire général des Nations unies Monsieur Ban Ki-moon s’est rendu aujourd’hui à bord de la goélette scientifique Tara, amarrée à Paris pour la COP21. Deux ans après sa première visite à New York, il a pu prendre connaissance des avancées des travaux réalisés sur le monde planctonique lors de l’expédition Tara Oceans entre 2009 et 2013.

Accueilli par l’équipage et une dizaine d’enfants, Monsieur Ban Ki-moon a souligné l’importance de l’océanographie et de l’observation de l’océan (monitoring) pour pouvoir anticiper les changements, tout en protégeant les populations. Il a également fait part de son inquiétude concernant l’acidification et l’élévation du niveau des mers qui menace les petites îles du Pacifique.

Le Secrétaire général des Nations unies a ensuite rappelé l’importance de symboles tels que Tara, ambassadeur de l’océan à la COP21, pour permettre à tous de comprendre les enjeux environnementaux et inciter les peuples à dialoguer autour de ces questions. Il a également remercié agnès b. pour son engagement auprès de Tara et pour l’important travail de sensibilisation réalisé avec les jeunes générations.

« L’océan est malade, les Nations unies veulent que vous, les enfants, puissiez hériter d’une planète durable, en bonne santé », a-t-il dit en s’adressant aux enfants venus le rencontrer.

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« Obtenir un Accord de Paris ambitieux et universel est essentiel. L’océan, c’est-à-dire le coeur de notre machine climatique, est encore relativement absent des négociations. Il est important que des mesures concrètes soient développées et qu’elles intègrent progressivement la Convention sur le Climat » a ajouté Romain Troublé, Secrétaire général de Tara Expéditions. Il a également présenté, avec la Global Ocean Commission, la déclaration « Because the Ocean » signée à ce jour par 17 pays en vue d’intégrer l’océan dans le futur régime climatique.

Après cette première semaine de négociations, cette rencontre témoigne de l’importance à accorder à l’océan dans les discussions climatiques et d’une belle reconnaissance pour le travail de mobilisation mené par la Plateforme Océan et Climat, fortement engagée pour faire entendre la voix de l’océan à la COP21 et soutenir un accord ambitieux. #OceanForClimate

COP21 : Les petites îles à l’honneur au Pavillon Tara

Ce mardi 2 décembre, le pavillon Tara consacrait une journée entière à la question des petites îles et de leur fragilité face aux changements climatiques. Un cycle de conférences et de débats pour mettre en lumière les défis que doivent relever les nations insulaires à l’heure du changement climatique.

Kiribati, Maldives, Palau… Les nations insulaires sont les premières victimes du changement climatique et notamment de la montée des eaux. Leurs représentants tirent la sonnette d’alarme depuis la fin des années 1980, tant les menaces pesant sur les petites îles sont concrètes. Après une série de conférences sur les liens entre climat et océan, il était donc logique que le Pavillon Tara « Océan et Climat » accueille une journée dédiée à cette problématique.

Ce sont ainsi trois cycles de conférences sur le sujet qui se sont succédés, ouvertes évidemment au public, et consacrées aux impacts du changement climatique sur les récifs coralliens, aux solutions pour un développement compatible avec les risques climatiques, et enfin aux défis à relever en termes d’adaptation et de limitation de ces risques. Parmi les experts, scientifiques et responsables d’ONG intervenant lors de cette journée, se trouvaient également des responsables politiques en première ligne de ces bouleversements à venir, notamment Philippe Germain, Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et Tommy Remengesau, Président de la République de Palau.

« L’océan, c’est la vie. Il est central dans notre culture, notre économie et notre identité » a rappelé Tommy Remengesau au micro du Pavillon Tara. « Grâce à toutes ces discussions, notamment en petits groupes comme ici, nous pouvons vraiment proposer des solutions réalistes à ceux qui sont les plus touchés par le changement climatique ». Et les 21.000 habitants de l’archipel de Palau font indéniablement partie des plus touchés, comme les autres populations insulaires du Pacifique. Quelle que soit l’île, les menaces sont bien souvent les mêmes.

En premier lieu, la hausse du niveau de la mer, conséquence du réchauffement des océans qui entraine leur dilatation et la fonte des glaciers. Avec une élévation moyenne de 17 centimètres durant le 20ème siècle, les îles les plus basses voient leurs terres peu à peu grignotées par l’océan. Autre menace déjà visible, l’acidification des océans et son réchauffement, qui mettent notamment en péril les récifs coralliens. Une problématique cruciale sur laquelle se penchera Tara lors de sa prochaine expédition, en 2016, le long des récifs coralliens d’Asie et du Pacifique.

La liste des conséquences du changement climatique sur les petites îles est encore longue : probable intensification des cyclones, forte dégradation des mangroves, viabilité de certaines populations remise en cause, etc. Si le changement climatique reste peut-être encore abstrait pour beaucoup d’occidentaux, les populations insulaires observent donc déjà ses premiers effets. « Bien que je vienne de la ligne de front de ce qui arrive avec le changement climatique, je suis également frappé par le fait que nous sommes une fenêtre sur ce qui pourrait toucher le reste du monde » a ajouté Tommy Remengesau. En effet, si les petites îles sont actuellement les plus touchées, elles risquent de présager du futur de la plupart des littoraux de la planète.

Yann Chavance, correspondant de bord

 

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Vidéo : “Ocean and Science days” au Pavillon Tara

Durant les premiers jours de la ‪‎COP21‬, une quarantaine de scientifiques se sont relayés au Pavillon Tara “Océan & Climat” à Paris pour présenter leurs travaux sur le changement climatique, son impact sur les îles du Pacifique, la situation en Arctique mais aussi sur les premiers habitants des océans : les organismes planctoniques.

© Y.Chavance/Tara Expéditions

En vidéo : l’inauguration du Pavillon Tara “Océan et Climat”

 

Le 12 novembre 2015 avait lieu l’inauguration du Pavillon Tara « Océan & Climat » en présence de Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie ; Irina Bokova, Directrice Générale de l’UNESCO et agnès b., styliste et co-fondatrice de Tara Expéditions, sous le pont Alexandre III à Paris.

Un espace de 600m2 installé sur les quais de Seine qui a pour ambition de rendre compte du rôle primordial que joue l’Océan dans le climat. Un lieu de rencontres scientifiques, d’échanges, de découvertes et d’engagement citoyen accessible au plus grand nombre.

La nouvelle exposition Tara « L’océan au 21ème siècle » y est présentée. Tout au long de l’exposition, vous pourrez en apprendre plus sur le rôle de l’océan dans le climat : les services essentiels que nous fournit l’océan et les solutions qu’il peut offrir face au réchauffement climatique.

La visite se conclue par une immersion au cœur de l’océan et de sa biodiversité, à la découverte de la faune marine du littoral breton grâce à un aquarium équipé de caméras révélant des espèces uniques, présenté par Océanopolis, l’aquarium de Brest. Autour d’un bassin abritant des animaux vivants des côtes bretonnes, des animateurs  racontent des histoires d’Océan et de Climat, expliquant les impacts des changements climatiques sur la vie marine et les solutions développées à partir de projets impliquant des acteurs bretons, scientifiques et industriels.

Une série de conférences destinée au grand public ou aux experts et des projections documentaires sont également proposées.

Découvrez le programme

Vidéo : Tara sur Seine pour Paris Climat 2015

L’équipe Tara est à pied d’oeuvre depuis longtemps pour honorer le prochain rendez-vous climatique de Paris. La goélette doit bien sûr démâter pour passer sous les ponts parisiens, remonter la Seine durant 3 jours, puis remâter pour se recoiffer avant son ouverture au public prévue le samedi 14 novembre, le lendemain de l’ouverture du Pavillon Tara “Océan & Climat”. Une véritable épopée et d’impressionnantes manoeuvres de levage à découvrir en images. La goélette scientifique sera donc amarrée sous le Pont Alexandre III et jusqu’au 18 décembre.

Pour découvrir le programme, cliquez ici

© N.Pansiot / Tara Expeditions.org

Tara fait route pour porter la voix de l’océan à Paris Climat

APRES QUATRE MOIS D’UNE ROUTE QUI LA MÈNE VERS LA CONFÉRENCE PARIS CLIMAT 2015, LA GOÉLETTE TARA A QUITTÉ CE VENDREDI L’ÎLE DE NANTES, SA DERNIÈRE ESCALE. RICHE DE SON EXPÉDITION AU GROENLAND ET DE SES ESCALES EUROPÉENNES, TARA ARRIVERA A PARIS LES CALES CHARGEES DE RECOMMANDATIONS POUR MIEUX PRENDRE EN COMPTE LE ROLE MAJEUR QUE JOUE L’OCEAN DANS LA MACHINE CLIMATIQUE.

 

Tara

 

16h vendredi 23 octobre. C’est sous un ciel gris mais des températures douces que Tara et son équipage ont quitté la ville de Nantes et repris la Loire, direction l’océan Atlantique. Depuis les hauteurs du quai, une foule s’est massée pour dire au revoir à la goélette et des représentants de Nantes-Métropole ont souhaité bon vent à Tara et son équipage en leur offrant un panier garni à joindre à l’avitaillement. Pour sa première escale nantaise, Tara aura attiré plus de public encore que ce qui était imaginé. Entre 5 et 6000 visiteurs, enfants et adultes plus ou moins sensibilisés à l’environnement, ont pu fouler le pont de Tara et échanger avec les marins et les bénévoles Tara sur la goélette, ses expéditions, ses résultats scientifiques, la COP21… Et jusqu’à 10 000 visiteurs ont profité de l’exposition Tara “Voyage au cœur de la machine climatique”.

Au milieu de l’effervescence habituelle qui règne à chaque levée d’ancre, il y avait vendredi soir comme un petit souffle de bilan dans l’air. C’était la dernière escale de Tara avant sa remontée de la Seine jusqu’à la capitale. Presque 4 mois jour pour jour après le départ de Lorient, le 21 juin dernier, la route vers Paris Climat 2015 touche à sa fin. C’est le temps des questions qui affluent : la goélette a-t-elle atteint ses objectifs lors de son parcours ? A-t-elle su toucher le public et les décideurs lors de ses escales à Rouen, en Islande, à Stockholm ou encore à Londres ?

 

Après un an passé loin de la haute mer, Tara reprend la route des expéditions scientifiques.

 

Dans le carré, chacun y va de son commentaire, de son souvenir. Pour Daniel Cron, second à bord, c’est l’ “engouement” du public qui l’a le plus touché. Présent lors des étapes à Stockholm et à Nantes, le marin revient avec plaisir sur ses échanges. ” Il y avait un réel enthousiasme pour Tara et son travail (…). Et lorsqu’on évoque le sujet des océans, la réaction est immédiate : les gens sont choqués de découvrir que ceux-ci ne sont pas encore pris en compte dans les négociations climatiques alors qu’ils produisent la moitié de notre oxygène, que les pollutions les touchent particulièrement…”

A ses côtés, Loïc Caudan acquiesce d’un hochement de tête. Ce réel intérêt pour Tara Expéditions, de la part du public mais aussi “de la presse et des partenaires institutionnels”, le marin mécanicien a lui aussi pu le mesurer. “Mais tout de même, on sent qu’on a encore beaucoup à faire en terme de sensibilisation : les gens sont surpris quand on leur parle des océans, de leur intérêt vital et de leur faible prise en compte dans les débats… Et dès qu’on leur en parle, ils veulent signer l’Appel de l’Océan pour le Climat !” Pour Loïc Caudan, l’événement marquant de cette Route vers Paris restera la route difficile, début septembre, pour rejoindre le Groenland. “On a dû s’y prendre à deux fois. On aurait dû passer plus facilement puisque c’était l’été, mais les conditions étaient très difficiles. Une grosse année à glace, cela signifie une grosse fonte de glace mais aussi beaucoup de vêlages d’iceberg… ”

 

La partie émergée d'un iceberg ne représente qu'environ un cinquième de sa hauteur totale

 

La route vers Paris Climat 2015 a aussi permis de nouer davantage de liens avec le monde scientifique et de partager les résultats des expéditions Tara Oceans ou encore Tara Méditerranée. Enfin, et l’on peut “s’en réjouir” rappelle Daniel Cron, elle a permis de partager aussi ces enjeux avec notre nouveau partenaire : BillerudKorsnäs, premier fournisseur suédois de matériaux et d’emballages renouvelables très engagé dans le développement durable de l’océan.

Si la Route se termine bientôt, l’arrivée et le séjour à Paris seront un nouveau moment décisif pour les équipes de Tara Expéditions qui partent à la rencontre du public, des experts du climat et des décideurs de la COP21 pour faire entendre la voix de l’océan et mieux comprendre les enjeux océan et climat.

Vidéo : Exposition “Tara, Voyage au coeur de la machine climatique”

Si Tara est arrivée à Nantes le mercredi 14 octobre, l’exposition “Voyage au coeur de la machine climatique” était, elle, installée sur l’île de Nantes depuis le 26 septembre.

Après 4 semaines, un total de 10 000 visiteurs aura parcouru les allées des containers maritimes dans lesquels étaient retracées deux des expéditions emblématiques de la goélette : Tara Arctic et Tara Oceans. L’occasion de mieux comprendre les mécanismes qui lient si étroitement le climat et l’océan.

©Clémence Lesacq/Tara Expéditions

ITW Fabrice Roussel : Au coeur de l’estuaire nantais, cap sur la COP21

Invitée par Nantes-Métropole et la région Pays de la Loire à participer à la première GreenWeek, Tara a reçu la visite des élus locaux ce jeudi. Dernière escale sur sa route vers Paris Climat 2015, cette visite nantaise a été l’occasion d’échanger avec Fabrice Roussel, premier vice-président d’une métropole reconnue au niveau européen pour ses engagements environnementaux.

Nantes-Métropole a souhaité inviter Tara à la GreenWeek, pourquoi était-ce important pour vous ?
Cette première GreenWeek a pour vocation d’être un lieu d’échange, de rassemblement, pour réfléchir à un nouveau modèle économique et à la transition énergétique. Les travaux de recherche de Tara consacrés aux impacts du changement climatique sur les océans s’inscrivent donc totalement dans cet événement. Le fait que le bateau soit ouvert au public et qu’il y ait un partage des travaux scientifiques de Tara notamment via l’exposition, correspond à cette volonté d’éveiller et d’augmenter les consciences environnementales.

Votre mobilisation intervient à quelques semaines de la COP21…

Oui, et en cela, nous sommes particulièrement honorés que Tara fasse sa dernière escale ici, à Nantes, avant de rejoindre Paris. À l’approche de la COP21, la mobilisation doit devenir de plus en plus importante jusqu’à fin novembre, pour que la pression soit la plus forte possible et permette que des décisions courageuses soient prises par nos dirigeants. La présence de Tara contribue à cela.

Nantes, ville estuaire, est-elle plus sensible aux problématiques de l’océan ?

Les Nantais sont bien sûr attachés à l’estuaire, à la Loire et à l’Océan. Nous avons d’ailleurs récemment eu un débat au niveau de Nantes-Métropole sur la Loire, pour réfléchir à comment mieux la valoriser, la respecter, et concilier développement économique et respect environnemental. Mais l’engagement de Nantes dans ce sens date de plusieurs années. Nantes a été élue capitale verte de l’Europe en 2013, ce qui était une reconnaissance de l’action que nous menions depuis plus de 20 ans, notamment avec notre politique de transport et la préservation des zones vertes. Et nous ne nous arrêtons pas là puisque Nantes-Métropole a fixé un nouveau cap avec l’objectif de moins 50% d’émission de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Selon vous, quel poids peuvent avoir des initiatives aussi locales que la GreenWeek ?

Les collectivités ont un rôle important à jouer dans la transition énergétique. Elles permettent de partager localement les recherches, de mieux faire comprendre les enjeux, d’organiser des débats. C’est la proximité qui permet de mobiliser les citoyens. Les villes permettent aussi également d’encourager les entreprises innovantes, de chercher des solutions… et ces solutions peuvent ensuite être des modèles reproductibles pour d’autres villes. En cela, il faut capitaliser ce qui est fait au niveau local et faire vivre un réseau européen.

Clémence Lesacq

Cap vers Nantes, dernière escale avant Paris Climat

Après un petit mois de repos et de chantier à Lorient, Tara quittait son port d’attache à l’aube du mercredi 14 octobre pour mettre le cap sur Nantes. La goélette y a été invitée à l’occasion d’un événement dédié au développement durable : la GreenWeek. Pour Tara Expéditions, ces dix jours nantais sont une dernière escale cruciale avant Paris et la COP21.

Nuit nuageuse et noire sur le port de Lorient. Il est 5h du matin et les premiers mouvements se sont fait entendre à bord de Tara. Rapidement les bruits des moteurs emplissent la goélette, et chaque marin prend sa place : il faut relancer la machine quelque peu endormie après trois semaines de chantier. La route sera courte : 90 miles séparent Lorient de Nantes, prochaine et dernière escale de Tara avant la remontée de la Seine vers Paris.

Une fois la misaine et la grand-voile hissées par l’équipage, la sortie de la rade de Lorient se fait sans encombre, peu après 6h. La goélette avance à bonne allure, 8 nœuds au lieu des 6 de moyenne. Après le passage au large de l’île de Groix, le ciel et la mer, d’un même gris clair, se sont peu à peu teintés de rose. Et c’est sous la lumière d’un soleil rouge que Tara est passée entre Belle-île et la presqu’île de Quiberon.

Au fil de la matinée, l’effervescence du départ retombe, et les nuages se dispersent dans une douce lumière. Un calme relatif s’installe à bord, accentué par l’arrêt d’un des moteurs. « Avec Tara, dès qu’il y a un peu de vent, on avance  vraiment bien. Dans un souci écologique, on peut donc couper un moteur et sortir la troisième voile, le yankee » détaille Martin Hertau, le capitaine. Entre 10h et 11h, Houat et Hoedic sont laissées à bâbord.

Après un déjeuner revigorant (sans cuisinier, mais avec les bons soins de Sylvie Duboué, présidente des Amis de Tara), le long du Pouliguen et de la Baule, Tara continue sans encombre vers Nantes. Le ciel est d’azur. Dans la goélette, on le sait : les dix jours à Nantes marqueront une étape doublement symbolique : la présence de Tara pour la première GreenWeek de la ville et l’ultime escale avant la COP21. « Nous nous rendons à Nantes sur invitation de Nantes Métropole pour la Greenweek, et dans le cadre des Rendez-vous du climat. Pour Tara, participer à un tel événement et soutenir une ville qui souhaite baisser de 50% ses émissions de gaz à l’horizon 2030, c’est totalement à propos ». Comme un prélude aux négociations parisiennes sur le climat à la fin du mois prochain.

C’est peu avant 16h que Tara est passée sous l’impressionnant pont de Saint-Nazaire, signal que la goélette scientifique avait définitivement quitté l’océan pour la Loire. Après quatre heures de navigation sur le fleuve, Tara devrait arriver en fin de journée dans celle que l’on a longtemps surnommée « la Venise de l’Ouest ».

 

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Home sweet home

Après une semaine londonienne riche en rencontres et échanges, Tara parcourait sa dernière ligne droite ce vendredi 18 septembre vers son port d’attache, Lorient.

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©P.Planté/Tara Expéditions

Au départ de Londres, après une descente de la Tamise au soleil couchant, Tara passe une première nuit calme, en mer, pour se réveiller au petit matin dans les eaux territoriales françaises. La vie de bord reprend son cours. Chacun vaque à ses occupations et en profite aussi pour se relaxer. Un moment de détente sur le pont permet d’apercevoir les ailerons élancés de dauphins communs. Quelques instants plus tard, c’est tout un banc qui vient jouer devant l’étrave du bateau. Avec allure et vélocité, nos compagnons de route nous escortent pour le bonheur de tous. « La présence des dauphins, ça se mérite ! » souligne Martin Hertau, Capitaine, avec un large sourire.

Un moment de grâce durant lequel la lumière et les nuages se sont passés le mot pour nous offrir un tableau d’une grande beauté, digne d’une aquarelle impressionniste. Un horizon mêlé de nuages blancs et gris anthracites pour spectacle, peu de vent mais suffisamment pour que la brise gonfle les voiles et la goélette esquive le prochain grain.

Tara toutes voiles dehors pour son retour au port de Lorient

Tara toutes voiles dehors pour son retour au port de Lorient. ©P.Planté/Tara Expéditions

Le lendemain, la journée de navigation se déroule pour le mieux. On ressent néanmoins une légère impatience parmi l’équipage. On rigole, on se taquine, la fin du périple approche et chacun commence à se projeter après l’amarrage au port breton. La préparation du prochain chantier du bateau est déjà dans les esprits.

Loïc Caudan, mécanicien et marin polyvalent à bord, va retrouver les siens, à Lorient. Un moment très attendu pour ce breton d’adoption qui a choisi de poser ses valises et de s’établir dans la cité des Merlus. Ce futur papa va pouvoir, le temps du chantier prévu pour la goélette, savourer d’être auprès de sa famille et assister à la naissance de son premier enfant à la fin de cette année.

 

Loïc Caudan, mécanicien et marin polyvalent à bord, durant son quart de nuit.

Loïc Caudan, mécanicien et marin polyvalent à bord, durant son quart de nuit. ©P.Planté/Tara Expéditions

Encore une nuit à bord et pour son dernier quart, Loïc tracera la route dans le Finistère. Dans la zone de Ouessant et son puissant courant, le Fromveur, il faut rester vigilant et ne pas manquer le balisage. Un passage dans le chenal du Four, un alignement du cap dans l’axe des phares de la pointe Saint-Mathieu et du phare Kermorvan et le tour est joué. Sous une nuit étoilée, la pointe du Raz se devine au loin. Les voiles gonflées, une vitesse moyenne de 7 nœuds, Tara devra  encore naviguer quelques milles avant de passer la baie d’Audierne.

Pour la dernière après-midi en mer, le soleil est au rendez-vous sur les côtes bretonnes. Dans la timonerie, un air de Django Reinhardt. Tara file sous le vent. Face à l’île de Groix, l’équipage décide de hisser la plus grande voile, le Spi de 200 mètres carré. Toutes voiles dehors vers Lorient qui nous tend les bras. Trois semaines de pause et de travaux de maintenance au port breton, puis la goélette se mettra en route pour Nantes pour rejoindre la première GreenWeek nantaise, dédiée au développement durable. Une escale prévue du 15 au 24 octobre avant de mettre le cap sur la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP21) à Paris.

Pauline Planté, correspondante à bord

Vidéo : Du microscope au séquençage génétique

En escale à Londres sur la Route de Paris Climat avec Tara, Eric Karsenti, directeur scientifique de l’expédition Tara Oceans menée entre 2009 et 2012, résume les résultats obtenus grâce à cette expédition. Ce séjour au Royaume-Uni représente également une excellente occasion pour se rendre à Cambridge, au laboratoire EMBL-EBI, où sont stockées les millions de données ADN séquencées à partir des échantillons prélevés en mer tout autour du globe.

©Pauline Planté/ Tara Expéditions

Vidéo : From London to Lorient

Après son escale londonienne, Tara quitte le bassin jouxtant le coeur de la City pour mettre le cap sur Lorient. Une fois passé l’écluse de West Indian Dock, la descente de la Tamise au soleil couchant est plus que paisible. Après quelques miles en mer, à l’approche du port d’attache, une navigation toutes voiles dehors s’offre à l’équipage qui se coordonne pour envoyer la plus grande des voiles avant, un Spi de 200 mètres carré.

© P.Planté/Tara Expéditions

Le retour du canari de la mine de charbon – Entretien avec Romain Troublé

Trois ans après sa dernière escale à Londres, Tara, la goélette scientifique française, est de retour dans le cadre de sa mission de porte-parole de l’océan. Suite à sa récente expédition au Groenland, Tara s’est rendue à Stockholm avant de rejoindre Londres. Son objectif : partager les découvertes scientifiques de l’équipe avec les écoliers, les politiciens et le public en avant-première de la Conférence des Parties sur le changement climatique (COP21), qui se déroulera à Paris à la fin de cette année.

Ayant travaillé sur les problématiques océaniques au cours des dernières années, j’étais désireux d’en apprendre davantage sur Tara Expéditions et je ne pouvais pas laisser passer l’occasion de visiter la goélette lorsqu’elle était amarrée à ma porte. Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, me parle de l’approche unique de l’association et ce qu’ils espèrent accomplir à Paris.

En observant Tara depuis la passerelle à South Quay, au cœur du quartier financier de Londres, je perçois clairement  que la goélette est spéciale. Sa coque en aluminium est bâtie pour les conditions extrêmes, et compte tenu de ses voyages quasi incessants sur tous les océans du globe – notamment ses expéditions aux deux pôles , cela semble préférable.

Au cours des 10 dernières années, Tara a parcouru le monde entier, couvrant 300 000 kilomètres, produisant des résultats scientifiques novateurs et jouant le rôle de « canari dans la mine de charbon » en rapportant l’état de santé des océans, ressource vitale pour notre planète, mais dont l’importance est largement sous-estimée. Pour Romain Troublé, l’océan a le pouvoir d’unir l’humanité et de nous fournir un objectif commun dans notre combat pour créer une planète saine et durable pour les générations futures, car « nous sommes tous liés par cette immense étendue d’eau. »

Pour lui, la santé des êtres humains est intrinsèquement liée à celle des océans, et plutôt que d’en avoir honte, notre intérêt personnel pourrait en fait aider à les sauver : « L’océan nous offre quotidiennement de nombreux services. Aussi, nous ne nous battons pas seulement pour l’océan, mais également pour nous-mêmes. Se préoccuper de l’océan, ce n’est pas seulement se soucier des poissons, des oursins ou des coraux – il s’agit avant tout de prendre soin de nous. »

Romain Troublé est un homme affable et déterminé, marin de longue date et biologiste qui aime les multiples visages de la mer. De prime abord, son but est simple : « donner une voix à l’océan. » Sa mission est née de la constatation à long terme que son océan bien-aimé demeure largement absent des réunions de haut niveau sur les changements climatiques. « En regardant la planète, vous pourriez penser que l’océan, du fait de sa taille, est présent dans chaque conversation au sein des Nations Unies; mais ce n’est pourtant pas le cas aujourd’hui. Depuis 21 ans que nous parlons du réchauffement climatique et des émissions de CO2, ce n’est toujours pas le cas. »

En effet, la plupart des gens seraient surpris d’apprendre qu’une étendue couvrant 75 % de la surface de notre planète puisse être ignorée aussi longtemps. Romain Troublé plaisante à moitié seulement lorsqu’il répond à sa propre question, « Pourquoi? » : « Parce qu’il n’y a aucun électeur dans l’océan. » Et il poursuit en rappelant l’illusion familière collective qui a caractérisé tant d’abus environnementaux au cours des siècles : « Les gens pensaient que l’océan était si vaste et si profond qu’il pourrait faire face à tout ce que nous avons déversé dedans, et que tout développement que nous pourrions faire sur terre n’aurait aucun effet sur l’océan. Mais ce que nous avons vu au cours des 10 dernières années, c’est que nous avons un très gros impact sur l’océan. »

C’est sur ce point que la vision de Romain Troublé d’un océan unificateur et l’approche unique de Tara apportent de l’espoir. Tara continuera de sillonner les océans du globe, rassemblant des données scientifiques cruciales, inspirant de magnifiques œuvres d’art et construisant un discours convaincant autour de l’importance de cette ressource ; mais c’est à son retour de mer que ressort la vraie valeur du travail de Tara Expéditions. Lorsque je l’ai visité, la goélette regorgeait de groupes d’écoliers, enchantés tant par les photos de plancton que par le bateau lui-même. Et c’est grâce à cette sensibilisation vitale – des écoliers, politiciens et du public – que l’impact réel de la recherche scientifique menée à bord de Tara se ressent vraiment. Selon Romain Troublé, « nous avons besoin de témoignages et de toucher ceux qui ne se soucient pas de la planète… Nous devons parler aux enfants parce que, d’ici 20 à 30 ans, ce sont eux qui auront la charge de notre planète ; et nous devons les sensibiliser sur une vision à long terme de l’Océan, de cette planète – notre planète. »

Et c’est cette vision que Romain Troublé et Tara Expéditions porteront à Paris, à la COP21, dans le but d’obtenir pour l’océan la reconnaissance qu’il mérite lors la plus importante réunion mondiale sur le changement climatique.

Propos recueillis par Josh Stride

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Tara à Londres en images
Cap vers la Conférence Paris Climat, COP21

TARA A LONDRES : CAP SUR LA COP21

Tout juste arrivés de Suède, Tara et son équipage ont pris amarrage dans la Marina de West India Docks, à deux encablures de la célèbre Tower Bridge de Londres.

Du 9 au 14 septembre, au beau milieu de l’une des plus grosses mégalopoles européennes, il est question de sensibiliser le plus grand nombre sur l’importance de la préservation de l’océan, en amont de Paris Climat 2015 : la conférence des Nations Unies sur le changement climatique aussi appelée COP 21. Mais au juste, que signifie « COP 21 » et quels sont les enjeux de cette conférence ?

©P.PLanté

©P.PLanté

La prochaine COP, autrement dite « Conférence des Parties », se déroulera à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. S’y rassembleront notamment les 195 pays signataires de la Convention sur le Climat des Nations Unies, des ONG, des associations, des entreprises et des groupements de scientifiques. Cette conférence sera la 21ème depuis sa création en 1995.

Son objectif : trouver un accord pour limiter à 2 degrés le réchauffement climatique, réduire les émissions de gaz à effet de serre, atténuer l’impact des activités anthropiques, permettre aux populations de s’adapter au changement climatique, inciter et soutenir au mieux, les pays du nord comme du sud dans la transition énergétique. Le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat), publié en novembre, est alarmiste. Il prévoit une hausse des températures de 0,3 à 4,8°C d’ici 2100. Ce sommet est une véritable opportunité pour fixer, sur le papier, des objectifs en vue de limiter l’impact de l’homme sur l’environnement et sur l’Océan. Avant de porter haut et fort la voix de l’océan à Paris, pour rappeler aux décideurs et à tous son rôle clé dans la machine climatique, cette escale de Tara à Londres est un moment phare sur la route de la COP21.

Sylvie Bermann, Ambassadeur de France à Londres, n’a pas manqué de saluer l’escale de la goélette, sur les quais de sa ville d’adoption. Pour cette représentante de la France, la présence de Tara à Thames Quay devait être saluée. « C’est important cette rencontre à Londres, c’est l’une des dernières escales avant la COP21 mais c’est surtout le symbole d’une coopération scientifique très riche entre le Royaume-Uni et la France. Une coopération financière également, pas seulement au niveau des Etats, mais aussi des entreprises et de nombreuses institutions. » souligne-t-elle.

 

Sylvie Bermann, Ambassadeur de France à Londres

Sylvie Bermann, Ambassadeur de France à Londres. ©P.Planté

Si cette escale londonienne est un trait d’union entre les pays qui se réuniront à la COP 21, l’Ambassade de France au Royaume-Uni mobilise également le grand public à l’événement phare de cette fin d’année. « Nous avons organisé un cycle de conférences qui s’appelle « Road to Paris ». Il aborde différents aspects du changement climatique de façon à sensibiliser l’opinion publique bien entendu, mais aussi le monde des affaires et les étudiants. » explique Sylvie Bermann, avant de souligner que l’Angleterre attache une attention particulière à la préservation de l’écosystème marin qui l’entoure. « Le Royaume-Uni est non seulement concerné, mais possède des laboratoires scientifiques de renom, et comme la France, l’Angleterre sillonne les mers dans le but de protéger les océans. Je suis persuadée que la collaboration entre les différents Etats est primordiale en matière de recherche. »

Interrogée sur ce qui l’interpelle le plus dans la relation entre l’océan et le climat, elle répond : « Ce qui me frappe, c’est l’importance de la vie du plancton et le potentiel impact négatif du réchauffement climatique. L’écosystème marin est très important pour la vie sur Terre comme les résultats scientifiques émanant des expéditions de Tara le prouvent. L’océan mérite vraiment d’être pris en considération ».

 

Pauline Planté

ITW Lisa Emelia Svensson – Océan et climat, comment informer les décideurs ?

A l’occasion de l’escale de Tara à Stockholm, les membres du projet Tara Expéditions dont Romain Troublé, secrétaire général ont pu échanger avec les représentants politiques suédois. Un avant-goût des échanges envisagés lors de la Conférence Climat à Paris cet hiver. Parmi eux, Lisa Emelia Svensson, Ambassadrice suédoise des océans. Interview d’une femme engagée.

N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

Pouvez-vous nous expliquer votre rôle d’ambassadrice ?

Je travaille pour le Ministère des Affaires Étrangères et en tant qu’ambassadrice des océans, je suis une porte-parole et je défends les perspectives suédoises concernant la protection des océans. Je me concentre sur les défis auxquels fait face l’océan, mais aussi dans quelle mesure nous pouvons élever ce débat à un niveau plus politique. Nous avons la connaissance, les publications, ainsi que l’information… Mais il faut encore sensibiliser les gens et leur faire prendre conscience de ces défis ! Comment établir un lien afin que les décideurs puissent réellement mettre à profit l’information et agir en conséquence ? Dans le cadre de la conférence internationale des Nations unies et de l’agenda post-2015, nous avons un objectif clair : l’océan. Alors ce qui compte maintenant c’est de savoir comment pouvons-nous atteindre cet objectif ?

Pour remporter ce défi à la fin de l’année, quelle relation y a t il entre des initiatives privées, comme Tara Expéditions et les initiatives publiques ou politiques ? Quel est le rôle de ces initiatives ?

Tara Expéditions a deux dimensions. Vous êtes un navire scientifique, mais aussi une fondation privée. De notre point de vue, la science devrait être le fondement de toutes les décisions. Car la science nous informe sur ce qu’il se passe et sur cette base, nous devons prendre des décisions politiques. Ces décisions stratégiques ne peuvent être prises ou ne devraient pas l’être sans savoir comment agir. Bien sûr, c’est toujours un défi : quand possédons-nous assez de connaissances  scientifiques ? Que nous dit la science ? La science nous dit parfois à quel point nous en savons peu sur un sujet, comme par exemple, l’océan. Mais nous disons aussi que nous devons appliquer ce principe de précaution avant de prendre des décisions. Et bien sûr quand il s’agit de politique, il y a également beaucoup d’autres éléments et variables à prendre en compte comme l’économie, et les décisions sociales et politiques. Ainsi, lorsqu’on travaille en partenariat avec la science, l’interface avec la politique est cruciale. Tara Expéditions a une vocation scientifique, mais également d’éducation et de communication, comme en témoigne le séminaire d’aujourd’hui.

Quelles sont vos attentes concernant la Conférence des Nations unies sur les Changements Climatiques (COP21) ? Quelles sont nos chances d’aboutir à un accord sérieux ?

Évidemment nous espérons tous un accord, et je pense qu’il est nécessaire que nous soyons tous d’accord sur les instruments juridiques à mettre en œuvre. Il est important de sensibiliser le public au sujet de l’océan  – à la fois pour son rôle de régulateur du climat mais aussi concernant l’impact du changement climatique sur cet écosystème.

Pourquoi les océans ne sont-ils pas plus pris en compte dans la question du climat ?

L’information ne devrait pas seulement concerner les spécialistes du climat. Je pense que la prise de conscience vis-à-vis de l’état de santé des océans est en retard de 30 à 40 ans sur la sensibilisation concernant le changement climatique. Tara travaille sur le plastique depuis 5 ans, aussi la science étudie elle le devenir des déchets plastiques dans l’océan depuis 5 ans.

C’est juste le peu que nous savons. Alors qu’en ce qui concerne le climat et le changement climatique, nous avons accès à des mesures de longue date. Nous en savons donc plus et avons ainsi pu diffuser l’information auprès du public depuis bien plus longtemps. Nous avons des rapports détaillés et suivis sur le climat, des algorithmes et ses évolutions sont prévisibles. En revanche, pour la première fois cette année, nous avons assisté à un séminaire présentant le rapport d’évaluation de l’océan mondial. Nous travaillons actuellement sur un rapport collectif basé sur les connaissances scientifiques dans le cadre de la conférence des Nations Unies. Le rapport final viendra en décembre.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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ITW Mathieu Voluer: Marin sur Tara pour relier science et voile

Parmi les marins de Tara, le petit dernier de la bande est un grand blond aux traits anguleux. A 34 ans, Mathieu Voluer, Officier de Pont, a intégré l’équipage au mois de juin pour participer à la mission Tara Ecopolaris 2015. En se tournant vers Tara Expéditions, ce marin réunit enfin ses passions : voile, science et éducation. Portrait d’un nouvel équipier.

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© N.Pansiot/Tara Expeditions

Mathieu a choisi la mer. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle, l’océan fait partie intégrante de son quotidien. Sa passion, ce sportif la cultive depuis l’enfance : « J’ai grandi au bord de l’eau, à Antibes, avec des proches amoureux de la voile, de l’apnée… Je suis pratiquement né à bord d’un bateau construit par mes parents. »

A 19 ans, il quitte la France pour suivre un cursus en océanographie à l’Université d’Hawaï. A l’issue de son année de maîtrise en biogéochimie, il reste sur place pour collaborer avec l’un de ses professeurs et mener des recherches sur l’acidification des océans. Il se décide finalement à rentrer au pays pour intégrer un master en gestion de l’environnement : « Je me suis rendu compte que j’avais vraiment besoin d’être au contact de la mer. J’ai choisi de faire cette formation à Corte, en Corse. J’ai ensuite travaillé au sein de la réserve des Bouches de Bonifacio pour réaliser une étude sur les interactions entre la pêche et les dauphins dans la réserve. »

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© N.Pansiot/Tara Expeditions

A la fin de ses études, Mathieu a mis de côté la science pour devenir professionnel de la voile, mais son intérêt pour la recherche n’en est pas amoindri. Capitaine diplômé en Angleterre, il réalise des convoyages à travers le monde sur de grands voiliers. Le marin sillonne volontiers la zone Pacifique qu’il affectionne particulièrement. Et lorsqu’il ne navigue pas pour le travail, cette tête blonde ne reste jamais loin de l’élément liquide. Il part à la rencontre des autres, des peuples de la mer, comme à Madagascar, un lieu dont il s’est imprégné pendant 6 mois au contact des pêcheurs locaux. En Polynésie, où il retourne régulièrement, il a découvert une culture tournée vers la mer nourricière. L’océan n’est plus qu’un sujet d’étude ou un terrain de jeu. Ses amis Polynésiens l’ont initié à leur culture et Mathieu a pu apprendre de manière empirique à leurs côtés. Le mot « transmission » revient souvent dans ses échanges. Le trentenaire semble animé par la volonté de partager ses expériences aux plus jeunes, à ses futurs enfants.

A bord, Mathieu n’hésite pas non plus à donner un coup de main aux fourneaux. Et s’il cuisine c’est aussi parce qu’il apprécie les bons produits. Véritable épicurien, il répète volontiers ne pas aimer “se priver” et vouloir “profiter de la vie”. Mathieu suit les aventures de Tara depuis quelques années, mais la rencontre avec la goélette n’a vraiment pu se produire que récemment pour des raisons professionnelles. Cet été, à la croisée des chemins, il n’a pas hésité : « cela fait un peu plus de 3 ans que je cherche à relier science et voile. Naviguer à bord de Tara est une suite logique… »

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

ITW Romain Troublé: Tara et ses partenaires au long cours

Après avoir passé un mois au Groenland pour la mission Tara Ecopolaris 2015, la goélette effectue une nouvelle escale à Stockholm sur la route qui l’emmènera à Paris cet hiver.

Cette occasion permet à Tara Expéditions et aux Taranautes de partager leurs observations et de rappeler combien les services rendus par l’Océan sont importants. À bord, les visites s’enchaînent : partenaires, jeune public, acteurs politiques… Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions souligne l’importance de ce type d’événement.

Quel est le but de cette escale en Suède ?

La Suède est l’un des pays les plus en avance sur le développement durable ! Nous avons organisé une escale de 5 jours à Stockholm pour mieux nous connaître mutuellement avec notre partenaire suédois, pour présenter notre expérience aux scolaires et évoquer la conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris cet hiver. Passer par de grandes métropoles comme Stockholm, Londres et Nantes lors de la Green Week nous semblait intéressant. À chacune de ces escales, nous accueillons des personnalités politiques à bord, comme aujourd’hui avec le Ministre suédois du Développement qui représente le parti vert ou l’ancien Premier Ministre qui s’engage sur les questions forestières. C’est très intéressant de pouvoir échanger sur la thématique des océans avec ces gens. Et puis nous sommes venus rendre visite aux représentants de BillerudKorsnäs, notre nouveau partenaire, très actif dans la préservation de l’environnement puisqu’il est le premier fournisseur suédois de matériaux et  d’emballages renouvelables.

Qui sont les mécènes de Tara ?

Ce sont des gens fidèles : agnès b. bien sûr, notre fondateur, qui avec Etienne Bourgois nous apportent leur vision ainsi que la sécurité financière sur le long terme, si nécessaire à un tel projet. Je pense aussi à notre « maison », Lorient Agglomération, qui nous soutient depuis maintenant 8 ans, tout comme la Fondation Albert II de Monaco. Nous travaillons également avec la Fondation Veolia depuis 6 ans… Les partenaires de Tara sont choisis, il s’agit de personnes engagées dans la réflexion sur le changement climatique et sur le développement durable en général. Certains, comme l’entreprise Serge Ferrari, sont précurseurs et développent des démarches industrielles allant dans ce sens. Et puis, ce sont aussi des gens qui ont les moyens de changer les choses ! Ils ne sont pas forcément irréprochables, mais ils ont la volonté de faire mieux et agissent.

Cette année nous avons établi un premier partenariat d’un an avec BillerudKorsnäs, une entreprise suédoise produisant du papier d’emballage de façon durable. En venant ici à Stockholm,  nous pouvons évaluer l’intérêt et le sens de cette collaboration à plus long terme. Nos partenaires sont aussi de moyennes entreprises françaises, j’ai cité Serge Ferrari, mais il y a aussi le Groupe IDEC, qui se sont rapprochés de nous sur la philosophie et sur le sens du projet Tara Expéditions.
Sans eux, Tara ne pourrait pas exister ! Nous avons aussi un partenaire non financier de prestige : la Commission Océanographique Intergouvernementale de l’UNESCO, qui nous aide beaucoup sur tous les aspects politiques, au sens noble du terme. L’UNESCO nous appuie pour faire passer nos messages aux Nations unies et nous mobilisons ensemble les pays membres autour de la question de l’Océan et de sa place dans le développement durable.

Tara s’investit beaucoup pour la prochaine Conférence climatique (COP21) qui se tiendra cet hiver à Paris…

C’est vrai, mais une COP en France, c’est historique ! Nous devons faire en sorte que l’Océan soit davantage pris en compte dans la réflexion sur le futur : celui du climat et celui du développement durable. Ce qui bloque les négociations climatiques depuis 20 ans, ce n’est autre que le conflit nord-sud pour savoir qui doit payer le fait de moins polluer aujourd’hui. Chacun reste sur ses positions et si la discussion n’est pas abordée sous un autre angle, nous n’aboutirons à rien, ou alors à un consensus mou. Il faut essayer de trouver un objectif ambitieux et commun à tous.

Nous, Tara, pensons que l’océan, sa santé, pourrait être un objectif. L’océan a cette capacité, en tant que bien commun de l’humanité, de fédérer les gens. Il l’a montré par le passé lors de l’Accord sur le Droit de la Mer. Je crois que si nous parvenons à régler les problèmes de l’océan, nous règlerons une partie des problèmes de l’humanité – car l’océan joue un rôle prépondérant dans la machine climatique (puits de carbone, régulateur de température, production d’oxygène) – et c’est ce que nous essayons de faire avec la Plateforme Océan et Climat, et avec l’Appel de l’Océan pour le climat. Voilà pourquoi Tara  sera à Paris près du Pont Alexandre III cet hiver, lors de la COP21, du 12 novembre au 18 décembre.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

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Sirius, patrouilleur du grand nord

Tobias Kolhorn, 24 ans, fait partie de l’unité d’élite de la marine danoise : la patrouille Sirius.

Voilà 2 ans qu’il sillonne le Parc national du Groenland pour la marine danoise, 24 mois qu’il n’est pas rentré chez lui, qu’il n’a pas vu ses proches. Pas de réseau téléphonique, pas même de connexion Internet, les Sirius sont coupés du monde extérieur avec qui ils ne communiquent pas.Tobias n’a quitté le cercle polaire qu’une seule fois : pour honorer un contrôle dentaire obligatoire à Reykjavik, en Islande. Lors d’un mouillage effectué en face de la base militaire d’Ella, les Taranautes ont pu découvrir le quotidien du jeune sergent.

Base militaire danoise d'Ella, côte est du Groenland.

Base militaire danoise d’Ella, côte est du Groenland.

Tobias fait partie de l’unité d’élite de la marine danoise : la patrouille Sirius. Un groupe de jeunes hommes trié sur le volet, qui doit répondre à des exigences physiques et psychologiques très élevées. Ils étaient entre 50 et 100 candidats : seulement 7 ont été retenus pour intégrer un programme d’entrainement poussé au Groenland. Sorte de programme « Survivor » sans caméras. Pendant 7 mois, Tobias et ses collègues se sont initiés aux techniques de survie en Arctique et au maniement du traîneau à chiens. Désormais, ils savent comment se comporter face à une meute, ils sont aptes à soigner les animaux en cas de blessure. Et bien sûr, ils maîtrisent le maniement des armes, pour faire face à un ours ou à une autre menace. La mission des Sirius est bien définie : ils doivent effectuer des patrouilles de reconnaissance en traîneau sur de longues distances et veiller à appliquer la souveraineté danoise sur les immensités arctiques.

 

Tobias Kolhorn a été sélectionné pour intégrer l'unité d'élite de la marine : la patrouille Sirius. Coupé du monde extérieur, il sillonne le Groenland en traineau à chiens depuis 24 mois.

Tobias Kolhorn a été sélectionné pour intégrer l’unité d’élite de la marine : la patrouille Sirius. Coupé du monde extérieur, il sillonne le Groenland en traineau à chiens depuis 24 mois.

Cette unité a vu le jour en été 1941, lors de la Seconde Guerre mondiale pour empêcher les Allemands de débarquer le long de la côte nord-est du Groenland. À cette époque, l’ennemi cherchait à établir des bases météorologiques secrètes dans la zone, pour obtenir des informations nécessaires à l’assistance des %UBoot% et prédire l’évolution de la situation climatique en Europe. Aujourd’hui, l’unité opère toujours dans la région, depuis la côte ouest de Hall Land jusqu’à Kap Biot, au nord du Fjord Fleming. Une distance de 2 100 kilomètres à vol d’oiseau qui s’étire en réalité sur 16 000 kilomètres de côtes déchiquetées.

Le jeune sergent effectue une visite guidée de la base militaire d'Ella avec les Taranautes. De gauche à droite : Dominique Limbour, Toboas Kolhorn et Sylvie Duboué.

Le jeune sergent effectue une visite guidée de la base militaire d’Ella avec les Taranautes. De gauche à droite : Dominique Limbour, Toboas Kolhorn et Sylvie Duboué.

Tobias termine un contrat de 2 ans, il s’apprête à rentrer au Danemark où il travaillait comme menuisier avant de rejoindre l’unité. Lorsqu’on lui demande ce qui l’a poussé à s’engager, il répond : «Je voulais vivre cette expérience, découvrir la nature groenlandaise et tester ma résistance dans un environnement inhospitalier. » Ici, le jeune Sirius a découvert une vie simple, rythmée par les patrouilles hivernales, la vie avec les chiens et la discipline militaire. Il a appris sur lui-même, a pu tester ses limites : « Si tu reçois le bon entrainement, que tu es prêt physiquement et mentalement, tu peux tout affronter. Désormais, je sais me contrôler, gérer mon stress et prendre les décisions adéquates au bon moment. »

En été, les Sirius naviguent à travers les fjords pour avitailler les bases et les huttes qu’ils rejoindront pendant l’hiver. Lorsque le soleil ne se lève plus, pendant les longs mois de glace, ils sillonnent le nord du territoire : « Nous patrouillons du 1er novembre au 20 décembre, puis nous passons les fêtes de Noël à la base de Daneborg. Nous repartons entre le 20 janvier et le 20 février. Nous travaillons à 2 avec 13 chiens, nous campons sous tente, parfois dans des huttes. La température peut chuter jusqu’à -35°C. »

Territoire sillonné en traîneau à chiens par les patrouilleurs Sirius.

Territoire sillonné en traîneau à chiens par les patrouilleurs Sirius.

Lorsqu’ils sont en mission de surveillance, les journées débutent à 8h par un appel à la station de Daneborg. Il faut ensuite harnacher les chiens et repartir pendant 6 heures. Le rituel est toujours le même, conduire les traîneaux dans le froid, monter la tente, nourrir les chiens, veiller à ce que chacun ait sa ration et ainsi de suite.

Les patrouilleurs Sirius sillonnent le nord Groenland, une petite partie d'un territoire grand comme l'Europe.

Les patrouilleurs Sirius sillonnent le nord Groenland, une petite partie d’un territoire grand comme l’Europe.

En arrivant au Groenland, Tobias a été frappé par l’immensité des paysages : « Au début, c’était difficile de déterminer les distances à parcourir : 5km ou 25km, impossible à dire. Il n’y a rien pour casser la vue, pour rompre l’horizon. » Ce territoire, il a appris à le connaître et en été, il le parcourt en courant plus qu’en marchant. Ce qui lui manque le plus du Danemark ? Les grands arbres, l’odeur du printemps, ses amis et jouer au football. Les petits riens du quotidien dont il est privé ici.

Durant l'hiver, le Sergent veille sur une meute de 13 chiens groenlandais.

Durant l’hiver, le Sergent veille sur une meute de 13 chiens groenlandais.

Ce qui lui manquera du Groenland à son retour ? Une vie simple, dénuée du superflu et les chiens, auxquels il semble attaché. À son retour Tobias, ne sait pas encore ce qu’il va faire, probablement voyager pendant un temps, puis s’établir et pourquoi pas entrer dans la police. Il souhaite travailler avec les gens et pense pouvoir faire la différence en s’engageant comme gardien de la paix.

Noëlie Pansiot

Dans le sillage des Vikings

Aujourd’hui Tara, naviguant sous les latitudes nordiques, vous propose de revenir sur une page de l’histoire, celle consacrée aux Vikings, grâce à la participation de Thomas Birkett, Professeur à l’Université de Cork, en Irlande.

Diplômé d’Oxford, ce chercheur gallois s’est spécialisé dans la culture médiévale et dans l’utilisation de l’alphabet runique (le premier système d’écriture utilisé dans le nord de l’Europe). Utilisées entre le Ier et le XVe siècle dans certaines régions de Suède, les runes apparaissaient sur une grande variété d’objets : dolmens, pièces de monnaie, petits morceaux de bois ou d’os, retrouvés de la Turquie jusqu’au Groenland.

Il semble que le nom « Groenland » provienne des Vikings…

Oui, plusieurs sources médiévales islandaises attribuent ce nom à l’explorateur scandinave Erik le Rouge, qui  avait établi une colonie sur place après avoir été banni d’Islande pour meurtre. Les %Sagas% nous racontent que le Groenland fût découvert accidentellement, quelques années auparavant, lorsqu’un navire à destination de l’Islande dévia de son cap à cause d’une tempête. Erik aurait baptisé le pays « Greenland » – « Terre verte » – pour encourager les colons à s’y établir. Il pensait qu’un nom prometteur les attirerait en nombre.

Erik établit sa colonie dans les années 980, avant que l’Islande n’adopte le christianisme. Au cours des décennies suivantes, deux zones d’installation principales se sont développées : les colonies de l’Est et de l’Ouest, toutes deux situées finalement sur la côte ouest du Groenland ! Sur place, les Vikings ont repris les pratiques agricoles utilisées en Norvège et en Islande, comme l’élevage bovins et ovins. Ils complétaient leur alimentation par le fruit de leur chasse et leur pêche. Il existe des désaccords concernant la taille de ces colonies scandinaves, mais la population s’élevait certainement à plus de 2000 personnes, peut-être même davantage. Plusieurs églises ont été construites sur place, et un évêché établi à Garðar dans la colonie de l’Est. Le site de la cathédrale est l’un des premiers excavé au Groenland et ses fondations sont encore visibles près d’Igaliku.

Avaient-il des liens avec les autres populations du nord ?

Les colons ont conservé des liens étroits avec le reste des colonies nordiques. Ils restaient tributaires de la Norvège pour leur approvisionnement en marchandises : le fer, le bois, et plus important encore, la bière ! En retour, ils échangeaient de précieuses défenses de morses et probablement des fourrures. Comme en Norvège, les Groenlandais utilisaient les runes, et les inscriptions trouvées nous en apprennent un peu plus sur leur mode de vie. Malgré leur isolement géographique, ils n’hésitaient pas à réagir aux développements entrepris dans d’autres régions du monde scandinave. Le témoignage des Sagas et des fouilles archéologiques de plus de 600 fermes scandinaves nous apporte un éclairage sur cette population. On sait par exemple que les plus grandes exploitations possédaient de vastes salles qui devaient servir de centres d’accueil à la communauté : des fêtes y étaient célébrées, des histoires racontées, des invités divertis et des affaires traitées.

Leif Eriksson, fils d’Erik le Rouge, est l’un des plus célèbres Vikings du Groenland. Il dirigea une expédition à Terre-Neuve et fut le premier Européen à explorer l’Amérique du Nord (vers l’an 1000). Ses aventures sur la « Terre des Vignes », y compris ses rencontres avec les Amérindiens sont rapportées dans la Saga des Groenlandais et la Saga d’Erik le rouge. Mais il semble que les vikings aient eu peu de contact avec le peuple Inuit, qui menait un mode de vie de chasseur-cueilleur. Mais des échanges commerciaux ont probablement eu lieu. En fait, leur réticence à apprendre et adopter les pratiques inuits pourrait avoir contribué à la disparition de leurs colonies.

thomas birkett credit Anders Jensen

Connaissons-nous les raisons de leur départ ?

Eh bien, c’est l’une des grandes questions des études menées sur les Vikings et le vieil islandais. Et il n’y a aucun consensus à ce sujet ! Nous savons que la colonie de l’Ouest fut abandonnée avant 1350, et que celle de l’Est disparut dans le courant du XVe siècle.

Certains considèrent qu’il s’agit d’une conséquence directe du changement climatique. Les températures s’étaient certainement refroidies depuis l’an 1300 environ (menant au « Petit Age Glaciaire » en Europe). Le Groenland a toujours été une terre peu propice à l’agriculture, ce changement aurait donc augmenté les pressions qui pesaient sur les Vikings. La colonie de l’Ouest, située plus au nord, a été la première à être abandonnée, ce qui corrobore la théorie de relocalisation due au climat. Malgré tout, le seul refroidissement climatique n’explique pas cet abandon. La répercussion des activités humaines sur la terre peut constituer une composante importante, y compris l’érosion des sols dûe à un surpâturage, et l’abattage du peu de couvert végétal existant. Ces impacts %anthropiques% auraient rendu les pratiques agricoles difficiles à maintenir. Il existe également des preuves d’un déclin dans le régime alimentaire des colons. Des marques de couteau sur un os de chien ont été interprétées par certains comme un acte désespéré pendant un hiver particulièrement rigoureux.

D’autres chercheurs affirment que la colonie n’était pas aussi précaire qu’on le pensait, et qu’elle aurait été abandonnée pour d’autres raisons. Le départ des Vikings peut avoir été précipité par des attaques Inuits ou des pirates européens. Mais peu de preuves appuient cette théorie. Une épidémie de peste, ou une diminution des échanges commerciaux avec la Norvège peuvent aussi expliquer leur déclin. Cet échec pourrait aussi être lié au fait que les colons se sont toujours tournés vers leurs pays d’origine plutôt que vers leurs plus proches voisins. Les Vikings ont toujours refusé d’adopter les pratiques des Inuits, comme la chasse au harpon. Ils se sont obstinément accrochés aux coutumes et traditions européennes d’élevage. La déchéance de leur colonie n’est peut-être pas dûe à une inaptitude à affronter un environnement extrême, après tout, ils avaient mis au point des stratégies efficaces pour le supporter pendant 500 ans. Mais plutôt à une incapacité à modifier leurs comportements traditionnels face au changement climatique, ainsi qu’à apprendre d’un peuple qui s’était adapté depuis bien plus longtemps et qui s’est montré plus résistant au changement.

En fin de compte, la tradition semble avoir été plus importante aux yeux des colons que l’innovation et l’adaptation, et cela aurait conduit à l’inévitable effondrement de la société – peut-être un autre enseignement important pour nous ?

Propos recueillis par Noëlie Pansiot.

Fin de mission – Cap sur Stockholm

Après 3 jours de traversée, entre le fjord de Sofia Sund au Groenland et la côte est de l’Islande, Tara était à quai pour quelques heures à Vopnafiordür.

« Nous sommes sortis de la banquise en 18 heures, une navigation intense, de longues heures de slalom. » précise le capitaine, Martin Hertau. Une traversée réalisée en sécurité à travers les glaces, qui a permis à la goélette de se frayer une voie vers le sud pour poursuivre sa route vers sa prochaine destination : la Suède. « Quand on regarde les cartes aujourd’hui, on voit que le chenal s’est déjà refermé. Nous avons ensuite eu 3 jours de navigation au près serré… Une navigation un peu mouvementée pour certains. »

N’ayons pas peur des mots, celle-ci s’est avérée houleuse. Durant 3 jours, les Taranautes ont déserté le carré pour lutter dans leurs cabines contre une souffrance insidieuse : le mal de mer. Bloqués dans un espace-temps incertain, les corps se sont repliés sur eux-mêmes, les esprits ont divagué dans un tunnel de sommeil sans fin…. Il n’y avait qu’un seule chose à faire : attendre que le mal se dissipe. Ou se réjouir de l’arrivée à quai en Islande…

N.Pansiot/Tara Expéditions

Pour les membres du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) cette escale marquait la fin de la mission Tara Ecopolaris 2015. Brigitte Sabard et Olivier Gilg ont débarqué, cédant leurs places à bord. Malgré des conditions de glace exceptionnelles pour la saison, Brigitte et Olivier ont avancé dans leurs travaux. Les échantillons prélevés cette année, associés à l’étude des colonies ornithologiques, leur permettront de réaliser un état des lieux environnemental, 11 ans après leur première mission au Groenland avec Tara. Ces prélèvements doivent être livrés en laboratoire pour analyses : les taux de polluants seront minutieusement comparés à ceux de 2004. Côté logistique, la goélette a permis au GREA de déposer près d’une tonne de matériel sur place pour que la science se poursuive lors des 3 prochaines années. Olivier et Brigitte retourneront sillonner les mêmes latitudes, comme ils le font depuis 25 ans.

Après seulement 5h à quai, la goélette a quitté la petite bourgade de Vopnafiordür, laissant dans son sillage et sans regret, l’odeur entêtante de l’usine de traitement de poissons. La goélette avance à présent à bonne allure en direction de Stockholm, où elle est attendue dans un peu plus d’une semaine. Prochaine escale sur la route de Paris Climat 2015, cette première rencontre avec les habitants de Stockholm sera l’occasion pour Tara Expéditions de partager son regard sur les perspectives de développement durable des océans. Poursuivant son rôle de Sentinelle, la goélette partagera les découvertes et derniers résultats de Tara Oceans et arborera fièrement le pavillon de la Plateforme Océan et Climat, avant d’inviter tout à chacun à soutenir l’Appel de l’Océan pour le Climat en vue des prochaines discussions climatiques. Objectif : récolter le plus grand nombre de soutiens pour faire entendre la voix de l’Océan à Paris en décembre prochain et ainsi rappeler aux décideurs qu’un océan en bonne santé équivaut à un climat protégé.

Noëlie Pansiot

 

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Quelle logistique pour Tara-Ecopolaris 2015 ?

Membre du GREA, logisticienne de la mission Tara-Ecopolaris 2015, et assistante scientifique, Brigitte Sabard s’implique aussi dans le volet éducation de Tara Expéditions avec l’association “Les Amis de Tara”. C’est d’ailleurs la première fois qu’une mission lui permet de réunir ses trois « casquettes ». Brigitte revient sur son lien avec Tara et sur l’organisation de la mission qui prend fin.

Quel est ton rôle au sein de l’équipe à terre chez Tara Expéditions ?

Depuis Tara Arctique, par amitié pour cette famille polaire et pour Etienne Bourgois, je m’implique dans le volet éducation développé, en lien avec les partenaires éducatifs institutionnels et associatifs. Il se trouve que cela relève de mes compétences professionnelles (consultante en éducation à l’environnement, communication scientifique et de gestion de projet à l’Université). Je me suis donc engagée auprès de Tara et depuis  plus de 8 ans je coordonne ce dispositif, je crée des concepts, ou encore je cherche des financements avec Xavier Bougeard qui s’occupe de la mise en œuvre des actions, de l’animation auprès des enseignants et du lien avec les chercheurs.

Sur quels critères repose la réussite logistique d’une expédition ?

Deux paramètres sont primordiaux : tenir le budget et optimiser le rapport logistique / science, ce qui signifie essayer d’avoir le plus possible de personnes à bord de l’avion qui nous conduit vers notre zone d’étude au Groenland et, à l’inverse, de minimiser le poids du matériel. Il faut que ce ratio soit bon. Et puis il faut savoir quoi emmener et pour combien de personnes, ce qui se conserve ou pas. Cette année, nous avons réparti les denrées dans des fûts par quinzaine de jours.

Ecopolaris est soutenu par des sponsors qui nous font confiance. Et l’argent que nous ne mettons pas dans l’achat de produits ou d’équipements peut être investi autrement, dans le matériel scientifique très coûteux, par exemple. L’institut Polaire Paul Émile Victor finance 50% des expéditions, car nous sommes reliés à l’Université de Bourgogne. Cette année, nous avons des sponsors qui nous ont donné un vrai coup de main pour l’approvisionnement en nourriture, comme Moulin des Moines ou Intermarché qui nous ont offert des produits secs pour les 3 ans à venir, ainsi que pour la mission de cet été avec Tara. Il y en a d’autres : Vitagermine  pour les jus de fruits et les compotes, les Jardins de Gaïa pour le thé, la charcuterie Salaison Sabatier et Les Roches Blanches, Knorr pour les légumes secs ou encore Pomona pour les légumes frais, Columbia pour nos vêtements personnels….

Et je n’oublie pas également tous les partenaires de Tara qui ont aussi permis qu’une telle mission soit possible. Merci !

Quel a été le rôle de Tara durant cette expédition ?

Par delà le riche volet scientifique, 11 ans après la première mission avec Tara, bien sûr, Tara a été d’une grande aide logistique, dans la lignée de sa mission de soutien aux recherches scientifiques. Et puis ils savent que chaque année nous devons acheminer beaucoup d’équipement, que tout ça a un coût et que le GREA est une association de bénévoles qui fonctionne sur fonds propres. Tara s’est donc révélé être un moyen économique et écologique d’acheminer notre matériel. Quand on prend par exemple un kilo de pâte acheminé par avion jusqu’à notre zone d’étude à Hochstetter par 76° Nord, son coût de revient s’élève environ à 15 euros le kilogramme sur place. Nous avons chargé en France pratiquement une tonne d’équipement à bord de Tara, dont l’essence pour les réchauds et les bateaux, des batteries pour les capteurs solaires. Grâce à cet appui logistique, nous avons pu monter trois ans d’approvisionnement sec. Et le long du parcours, nous avons également réalisé deux dépôts pour une future expédition en zodiac et pour une autre expédition annuelle du GREA, le « Karupelv Valley project ». C’est très important pour nous, car cela nous permettra de partir plus léger en zodiac l’année prochaine, d’utiliser moins d’essence et de réaliser un grand parcours de la base scientifique de Zackenberg  au Nord jusqu’à Mesters Vig au Sud où nous pourrons compléter les données que nous avons commencé à collecter avec Tara cet été.

Nous avions aussi prévu de récupérer Eric Buchel et Vadim Heuacker du GREA, qui ont travaillé cet été à Hochstetter et qui finalement nous ont rejoints à Mestersvig pour rentrer avec nous en Islande à bord du bateau.

En fait, l’aide apportée par Tara a trois impacts : écologique, économique et scientifique. Lorsque nous affrétons un avion d’Islande pour nous rendre sur notre zone d’étude, nous sommes donc limités par le poids maximum autorisé dans l’avion, qui s’élève à une tonne. Moins nous avons d’équipement à embarquer dans celui-ci, plus nous pouvons embarquer de scientifiques à bord. En règle générale, une personne compte pour 100kg à bord d’un petit avion. Grâce au dépôt que nous venons de réaliser avec l’appui logistique de Tara, nous pourrons faire venir plus d’hommes sur place pour collecter plus de données.

Les conditions de glace que nous avons rencontrées cet été sont particulières : les plaques de banquise pluriannuelles venant de l’Arctique se sont révélées très denses, tardives et ne nous ont pas permis de monter jusqu’à Hochstetter. Mais nous avons pu déposer notre tonne de matériel à la base militaire de Mesters Vig, ce qui est déjà une belle réussite ! L’an prochain, nous devrons trouver un moyen pour transporter nos fûts plus au nord, peut-être grâce à l’appui logistique de la base militaire danoise de Mesters Vig.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Liens Internet :

Site éducatif de Tara Expéditions

Site du GREA (Groupe de Recherche en Ecologie Arctique)

Confidences en cuisine

À bord de Tara, la cuisinière joue un rôle primordial. C’est un fait établi, reconnu par tous, bref de notoriété publique. Garante du moral des troupes, « Dominique Limbour, dite « Do », veille sur ce que certains appellent « notre deuxième cerveau » : notre ventre. Pour cette infirmière de profession, prendre soin des autres est une seconde nature.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

« Do » est aussi un marin à part entière, elle n’hésite pas à saisir sa veste de quart pour aller prêter main-forte durant les manœuvres. Sa relation à la mer est une évidence. Élément vital pour ce poisson (son signe astrologique), elle a besoin de la voir, de s’y baigner dès qu’elle le peut – même sous les latitudes les plus nordiques – ou de se laisser porter par son mouvement à bord d’un bateau.

Lorsqu’elle ne revêt pas son tablier sur Tara, elle officie à l’infirmerie de la Brittany Ferries. « Do , c’est l’infirmière du cœur », confie Mathieu Oriot, marin plongeur habitué des embarquements en sa présence. « Elle soigne avec la nourriture, la piqûre ou la psychologie. » Sur la goélette, il lui arrive de gérer bobos et blessures en cas de besoin, mais la responsabilité des soins revient au Capitaine. Ici, elle délaisse la pharmacopée pour de bons produits consommables. Des mets qu’elle sélectionne avec soin sur les marchés, en nombre suffisant pour toute la durée des expéditions.

Ses plats font souvent l’unanimité, qu’ils sortent d’un livre de cuisine ou de son imagination. Elle connaît les préférences culinaires de chacun. Daniel Cron, chef mécanicien, le sait : «  elle pensera à moi au moment où il faudra finir une casserole de chocolat chaud… » Mais la cuisinière ne veille pas simplement à la satisfaction de nos estomacs, elle doit gérer les stocks pour que les délices du palais perdurent dans le temps. Comme ici, en région polaire, où les produits frais se font rares.

Douce et calme, jusque dans son timbre de voix, la dame sait prêter l’oreille et sert volontiers de confidente aux Taranautes. Avec Martin, le capitaine, les échanges sont matinaux. Ils discutent souvent devant les fourneaux, à l’heure de préparer thé et café, dans la petite cuisine toute en longueur située en contrebas du grand carré. Alors que tout le monde dort encore, ces deux-là sont déjà complices.

De temps à autre, un marin lui propose de l’aide en cuisine. Do, qui n’aime pas l’intrusion, accepte le coup de main du commis improvisé. Dans le tintement des casseroles et des bruits d’ustensiles, les voix se font basses, les échanges plus personnels. Les protagonistes de la discussion s’isolent naturellement par leurs postures : se tenant face au plan de travail, dos tournés aux équipiers. Le moment se révèle idéal pour évoquer les questions familiales, les maux d’amour, les voyages au long cours…

La dame de cœur de l’équipage tisse des liens de différente nature avec chacun, à son rythme, au gré des conversations et des moments. Louis Wilmotte, benjamin de l’équipage, ne rate jamais une occasion pour la taquiner. Il n’est pas rare  qu’il s’adresse à elle en commençant sa phrase par « maman ». La réaction de Dominique est souvent la même : elle répond en grognant ou en rechignant, pour le principe, mais toujours avec le sourire de celle qui ne résiste pas à l’humour. Pour Louis qui échange quotidiennement dans la légèreté avec ses camarades marins, “lorsqu’une question de fond se présente, c’est vers Dominique que je me tourne”.

Noëlie Pansiot

Tara, en attendant le vent du nord

Alors que Tara navigue vers Kong Oscar Fjord (Groenland), la mission Tara-Ecopolaris s’achève. Il va falloir se frayer un chemin, lentement, entre les glaces. Descendu de la timonerie, le capitaine Martin Hertau fait part de la situation : « Nous sommes entourés par des plaques de glace assez denses. Nous allons passer la nuit sur place ! ».

La progression doit être lente et prudente. Les marins effectueront des quarts pour veiller à ce que le bateau ne se fasse pas prendre par les glaces, il faut donc être prêt à partir. Après 14 heures de repos, les moteurs vrombissent à nouveau, Tara rejoint son dernier mouillage, la base militaire danoise de Mesters Vig avant de choisir une autre voie.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

Ce matin, le Capitaine délivre les dernières infos : « Nous sommes restés en stand-by à attendre un petit coup de vent qui devait nous aider à sortir d’ici » Depuis hier soir, Tara profite de navires à proximité pour établir des communications régulières avec le capitaine d’un cargo militaire d’avitaillement faisant route en direction de Tara. « En soirée, le commandant du navire comptait faire 35 miles. Ce matin, à 7h, il avait seulement avancé du tiers. » Martin poursuit : « Contrairement à nous, ce bateau peut briser une glace de 80 cm à 1 m d’épaisseur, mais il est avant tout conçu pour pousser des blocs. Il pèse 400 tonnes et peut progresser dans une glace relativement dense ». Les plaques pluriannuelles qui s’étirent entre Tara et sa route maritime, se révèlent donc épaisses et denses.

Un coup de vent nord, nord-ouest, de 7 à 8 sur une échelle de 12, devrait souffler dans les 48h. Les marins espèrent qu’il balaiera la côte, dégagera une voie rapide vers le nord de l’Islande. Les prochaines cartes devraient parvenir à bord dans une heure, mais la couverture nuageuse actuelle ne permettra probablement pas d’obtenir des informations satellites précises. Plus qu’une chose à faire pour l’équipage : patienter !

Noëlie Pansiot

Dernières heures au Groenland

Mesters Vig, lundi 6 août.

8h – La mission Tara-Ecopolaris s’achève. Branle-bas de combat sur le pont. Pas le temps de traîner, il faut vider les cales du bateau et charger une demi-tonne de matériel dans les deux zodiacs. Nourriture, bidons d’essence, batteries… Toute cette logistique nécessaire aux missions ornithologiques sera précieusement stockée ici pour les 3 prochaines années d’expéditions du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA). Les marins s’affairent, les bidons qui ornaient le pont depuis le départ de la goélette à Lorient sont débarqués.

©N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

9h30 – Quatre équipiers sont déjà à terre et attendent l’arrivée d’un avion de rotation – entre le Groenland et l’Islande – sur la piste d’atterrissage poussiéreuse de la base militaire danoise. Le petit avion effectuera d’abord un stop à Constable Pynt avant de déposer une partie des Taranautes à Reykjavík. Parmi eux, Christophe Cousin et Fitzgérald Jégo, l’équipe de tournage de Thalassa qui a suivi la mission depuis maintenant 15 jours et dont nous regrettons déjà l’humour. Gabriel Gorsky, dit « Gaby » scientifique et Romain Troublé, Secrétaire général, quittent également le bord. Comme à chaque fois, « Gaby » Directeur de l’Observatoire de Villefranche-sur-Mer nous disait avoir le cœur lourd et ne pas vouloir débarquer.

©N.Pansiot/Tara Expéditions

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15h – à terre, Olivier Gilg et Brigitte Sabard bénéficient d’un coup de main de la part de Kim Hansen, le Commandant  militaire de la base. Ce dernier leur a gentiment mis un 4X4 à disposition pour transférer leur matériel du port jusqu’à une hutte qui doit servir d’entrepôt. Il faut à présent tout ranger et ne rien laisser au hasard avant le départ. À bord, le grand carré s’est transformé en refuge, les rayons du soleil chauffent la bulle protectrice et une délicieuse odeur de chocolat émane de la cuisine. Dominique « Do », notre fée cuisinière, officie pour préparer le dîner. Au menu ce soir : bagel au saumon, salade de choux pamplemousse et gâteau – d’anniversaire – au chocolat. Le gâteau a bien pris au frigo, « Do » procède aux finitions…

©N.Pansiot/Tara Expéditions

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16h – En cale arrière, Daniel Cron, le chef mécanicien a entrepris ce qu’on appelle ici « un chantier » : il doit changer la pompe de réfrigération du réducteur avant le départ de demain. Le trentenaire se montre patient et obstiné, il travaille sur cette pièce depuis plusieurs heures. Le son de sa voix arrive jusqu’à nous dans le carré : « c’est qui le patron ? » Intrigué par tant d’agitation, en se risquant à passer la tête dans l’encadrement de la porte qui mène jusqu’à l’atelier en contrebas, on entend Daniel lancer avec un grand sourire « Ce qui me plaît dans ce métier c’est d’y aller tout en finesse ! »

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19h – L’équipe est au complet, l’heure de la détente a sonné… Demain, les membres du GREA procèderont à la dernière journée d’échantillonnage de cette campagne 2015. Il est déjà temps de quitter le Groenland. Une nouvelle traversée en direction de l’Islande attend les Taranautes  et les cartes laissent entrevoir un difficile passage à travers les plaques de glace…

©N.Pansiot/Tara Expéditions

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Noëlie Pansiot

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« Le climat, les hommes et la mer »

LE PROCHAIN FILM RÉALISÉ EN COPRODUCTION AVEC TARA EXPÉDITIONS ET VIA DÉCOUVERTES, DÉDIÉ À L’ÉMISSION THALASSA, RETRACE NOTAMMENT L’EXPÉDITION TARA-ECOPOLARIS. AUTEUR, RÉALISATEUR DE DOCUMENTAIRES, CHRISTOPHE COUSIN EST AVANT TOUT UN CONTEUR D’HISTOIRES. CAMÉRA AU POING, IL A REJOINT TARA AU GROENLAND À L’ÉTÉ 2015. INTERVIEW

Christophe a longtemps incarné l’un des Nouveaux Explorateurs de Canal +, nous faisant découvrir la vie des nomades à travers le monde. « C’est le voyage qui m’a amené à l’image, confie-t-il,  à un moment où j’ai voulu tourner le dos à une société qui ne me convenait plus, qui m’encourageait à partir en tour du monde à vélo. Et c’est à l’issue de cette expérience que j’ai eu envie de prolonger la rencontre. » 

©N.Pansiot/Tara Expéditions

Que savais-tu de Tara avant d’embarquer ?

La vision de Tara que j’avais ? Un bateau d’expéditions scientifiques qui a pour vocation de mettre en lumière l’avenir des océans, de leurs écosystèmes marins. Je n’avais aucune notion de la dimension humaine et c’est un peu ce que je suis venu chercher à bord. Essayer de mettre en perspective les connexions qu’il peut y avoir entre les scientifiques, qui cherchent du plancton et les navigants, ceux qui sont en permanence à bord du bateau et qui le font avancer.

Voilà deux semaines que tu filmes les Taranautes, quel sera l’objet de ton prochain documentaire ?

L’année dernière, alors que je terminais un film, Via Découvertes, la société de production avec laquelle je collabore, m’a proposé un projet qui allait dans la continuité du précédent film. Les producteurs cherchaient à faire un documentaire qui montrait le rôle des océans dans la machine climatique.

Je dois avouer qu’au départ, cette thématique ne m’était pas familière. Mais en creusant le sujet, j’ai senti qu’il y avait là un enjeu manifeste. Je fais partie de cette génération à qui on a longtemps dit que le poumon de la planète était l’Amazonie, ce qui n’est pas forcément faux, mais il n’y a pas que ça. Et la prise de conscience qui a été la mienne au moment où, il y a à peine 6 mois, j’ai appris que les océans jouaient un rôle là-dedans, m’a donné envie de m’investir dans ce projet. Je ne suis pas scientifique et je suis le premier à être étonné par le sujet, mais j’ai envie de relever le défi et d’essayer de vulgariser ces aspects-là, de faire en sorte qu’un téléspectateur puisse tomber amoureux des océans et donc de la vie. Ça mérite une histoire !

Tout est parti d’une rencontre, avec Romain Troublé, Secrétaire général de Tara Expéditions et la société de production : on s’est retrouvé pour réfléchir à la manière dont on pourrait faire état des relations qui unissent « Le climat, les hommes et la mer ».

Peux-tu nous dire quelques mots sur « Il était une fois l’Arctique », ton précédent documentaire ?

C’était un film que j’avais en tête depuis plusieurs années. J’avais envie de faire le tour de la zone arctique, de dessiner ses enjeux au travers de problématiques géopolitiques, mais sans aller rencontrer les politiques ou les économistes, juste en m’adressant à ceux qui y vivent ou qui sillonnent la zone. Le film intègre quatre histoires qui se répondent les unes aux autres : 150 millionnaires Chinois se rendent au Pôle Nord sur le plus grand brise-glace nucléaire du monde ; des Inuits chassent sur la banquise pour leur survie ; des militaires Canadiens procèdent à des démonstrations de force dans les zones les plus septentrionales du pays et enfin, des Nenets en Russie voient leur transhumance évoluer au rythme des pipelines et des gazoducs. Le film interroge, interpelle sans juger. Raconter l’interdépendance des océans et du climat arrive finalement comme une suite logique, dans cette dynamique de vouloir faire des films qui ont un impact ou qui ont du sens.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

J’ai conscience que ça va être compliqué de toucher un large public parce que l’écologie semble parfois éloignée des problèmes du quotidien. En même temps, l’opportunité était trop belle pour ne pas s’en emparer. La manière dont je vois faire évoluer le film pour qu’il se distingue des autres c’est justement de s’accrocher à la dimension humaine. La science c’est une chose, mais il ne faut pas oublier qu’au milieu de tout ça il y a l’homme, avec son impact, mais aussi sa présence sur terre. Il fait partie d’un tout et on a tendance à l’en exclure. Je rentre d’un tournage en Malaisie avec les Badjaus Laut où on parle beaucoup des aires marines protégées comme un potentiel avenir pour recréer une dynamique de biodiversité, sauf qu’on exclut l’homme dans tout ça. Les Badjaus Laut qui vivent de la mer, ne peuvent plus se rendre sur ces zones traditionnelles de pêche. Et là, on ne parle pas de pêche intensive, on parle de quelques familles qui ont besoin de se nourrir.

Que cherches-tu à travers ces rencontres ?

Dans chaque voyage, à chaque rencontre, pour chaque peuple rencontré, à chaque problématique soulevée, il y a une part de notre histoire à tous. Essayer de comprendre pourquoi on est là, ce qu’on fait là, où on va… Finalement ce qui m’intéresse dans cette multitude et dans leurs différences, c’est l’universalité des émotions…

Comment vois-tu ton travail à la veille de la prochaine conférence sur le climat en décembre prochain ?

Cette conférence climatique, c’est une histoire qui appartient aux grands de cette planète, mais je pense qu’on devrait tous être concernés au quotidien par la notion de climat. Se soucier de ce qu’on fait de la planète aujourd’hui et pas juste lors d’un rendez-vous. Si le fait que les grands de cette planète se rassemblent et arrivent à faire bouger les lignes tant mieux, mais je pense que la solution, s’il devait y en avoir une un jour, passera par la masse et par le nombre plutôt que par l’élite.

C’est la raison pour laquelle je trouve que c’est important de communiquer sur le climat, ou en tout cas de parler du climat par le biais d’histoires humaines. Parce que c’est grâce à ces histoires qu’on se sent concerné et qu’on finira par agir.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Rester en alerte

Deux mots ont suffi pour faire rappliquer les Taranautes sur le pont. Alors que tous se préparaient pour un débarquement, Sylvie Duboué, Présidente des Amis de Tara, donnait le signal : « ours blanc en vue !» Tous ont accouru pour observer le fameux prédateur, jumelles vissées aux yeux. Voilà une semaine que nous espérions l’apercevoir sur une plaque de glace et c’est finalement la zone que nous souhaitions explorer à pied que l’ours sillonnait paisiblement. Après plusieurs regards interrogateurs lancés en direction du bateau, l’animal a fini par décamper, ou disons plutôt par disparaître de notre champ de vision, laissant planer le doute sur sa présence…  L’ours était malheureusement bien trop loin pour nos objectifs, véritable tête d’épingle perdue au milieu de la toundra. Aucun des essais photographiques ne s’est montré concluant.

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Tara, perdue dans le décor. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

Après quelques réflexions, le zodiac a finalement été mis à l’eau pour procéder au débarquement sur la plage de galets de l’île d’Ymers. Carabine en bandoulière et fusées de détresse pour assurer la sécurité de l’équipage, nous avons dû faire preuve de vigilance et renoncer à explorer un canyon aux couleurs rougeoyantes. Les consignes dictées par le capitaine étaient claires : rester groupés, scruter l’horizon avec les jumelles et bien choisir le chemin à emprunter pour éviter de se trouver nez à truffe avec l’animal tapis derrière un vallon.

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Dominique Limbour (cuisinière) et Mathieu Voluer (marin polyvalent) scrutent attentivement l’horizon pour éviter la rencontre avec un ours blanc. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

De leur côté, Olivier Gilg et Brigitte Sabard du %GREA% ont emprunté un chemin bien plus escarpé pour regagner le pied d’une falaise en quête d’un nid de faucons gerfaut. Ces habitués des lieux arpentent le territoire depuis près de 25 ans en compagnie de leur fils Vladimir. Il leur est même arrivé de déplier la tente sur place pendant quelques jours. Brigitte se souvient : « Lorsque Vladimir avait 13 mois, je le portais sur mon dos et à 4 ans il montait déjà tout seul. » Pour Vladimir, désormais âgé de 12 ans, cette mission arctique est la 13ème. Le benjamin des Taranautes fait preuve d’une grande maturité, et d’un sens analytique qui en a déjà surpris plus d’un : « Ces animaux sont vraiment beaux à voir, majestueux et ils inspirent le respect. Nous avons observé 3 jeunes faucons puis les adultes sont venus les nourrir. »

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Faucon gerfaut. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

Jour après jour, les membres du GREA poursuivent leurs observations, retournent sur des lieux stratégiques pour photographier, compter les oiseaux, ou effectuer des prélèvements qui leur serviront à faire un état des lieux des espèces, 11 ans après leur première expédition avec Tara. La goélette vient de reprendre la mer, 17h de navigation sont prévues pour atteindre la baie de Myggbukta, plus au nord. Brigitte et Olivier pointent les lieux sur la carte : «  nous allons encore passer devant de très beaux paysages, il faudra rester en alerte. »

Noëlie Pansiot

Crédit photos : Brigitte Sabard et Noëlie Pansiot

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La mission Tara-Ecopolaris rejoint Scoresby Sund

Voilà 4 jours que Tara a quitté l’Islande. L’épais brouillard qui enveloppait la goélette s’est finalement dissipé alors que nous naviguons à bonne allure vers le nord, en direction du plus grand fjord du monde : le Scoresby Sund.

Les Taranautes se sont tous donnés rendez-vous sur le pont pour profiter de paysages à couper le souffle. Difficile alors pour la correspondante de bord de s’enfermer dans le PC Com pour rédiger ce log. Sur le pont, ordinateur posé sur les genoux, un œil sur le clavier l’autre sur les icebergs, les fenêtres de ce bureau provisoire donnent sur de splendides montagnes de roches noires marbrées de blanc. L’ensemble se reflète à la perfection sur l’eau…

Un peu plus tôt, à l’heure du déjeuner, Tara effectuait un stop devant les falaises basaltiques du Cap Brewster, objet de convoitise pour les deux écologues embarqués. Munis de longues focales vissées sur leurs boitiers photo, Brigitte Sabard et Olivier Gilg, chercheurs du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) ont « shooté » avec frénésie l’une des plus grandes colonies d’oiseaux de la côte est.  Ces clichés seront ensuite assemblés et permettront de compter un à un les guillemots de Brünnich et les mouettes tridactyles. Olivier, le sourire en coin, ironise sur le travail qui l’attend au retour de cette mission : « les soirées d’hiver seront longues en Bourgogne… »

Face au mur de glace

Face au mur de glace. ©N.Pansiot/TaraExpeditions.org

Il semble que les interminables journées de travail n’effraient pas ces chercheurs qui l’ont prouvé hier en sillonnant l’îlot pelé de Dunholm pendant 13h en quête de palmipèdes. Sac rempli de provisions sur une épaule, perche à filin sur l’autre, ils avaient pour mission de capturer une dizaine d’eiders à duvet, une espèce de canard marin, afin de réaliser une série de mesures et de prélèvements. Tapis sur leurs nids, les femelles eiders sont parfaitement camouflées. Seul un œil exercé parvient à distinguer les volatiles dont le plumage se fond dans le décor rocheux. Une fois repéré, il faut capturer le volatile à l’aide du filin et la tâche ne se révèle pas aisée.

Olivier s’explique : « c’est un nouveau volet de notre programme scientifique. En 2004, nous nous étions contentés de collecter du duvet pour étudier les polluants. Nous avons réitéré l’opération ce qui va nous permettre de déterminer les niveaux de contaminants, notamment le mercure, mais nous avons aussi effectué des prises de sang sur une dizaine d’oiseaux. Il s’agit d’une première, et nous nous sommes vite rendus compte de la difficulté de la tâche.  Ces nouveaux échantillons vont nous permettre de mesurer les taux de mercures autrement, mais aussi d’hydrocarbures, des polluants qui risquent d’augmenter avec le développement du trafic maritime dans la région. Ces contaminants sont d’origine anthropique : la pollution est amenée par les vents ou par les courants marins depuis nos régions. Ici, il n’y a pas ou peu de source  de pollution. En échantillonnant localement, nous pouvons donc mesurer la circulation des polluants sur la planète. »

Mathieu Voluer, officier de pont et Dominique Limbour, cuisinière, observent une colonie de guillemots de Brünnich au Cap Brewster

Mathieu Voluer, officier de pont et Dominique Limbour, cuisinière, observent une colonie de guillemots de Brünnich au Cap Brewster. ©N.Pansiot/TaraExpeditions.org

Il est désormais 16h, certains Taranautes ont rejoint le grand carré, d’autres s’octroient une sieste réparatrice avant le prochain quart nocturne. La goélette s’est éloignée des côtes et navigue à plus de 7 nœuds pour aller se mettre à l’abri. Le capitaine étudie les cartes : « Nous mettons le cap au nord et c’est un petit coup de poker. Un coup de vent est attendu dans la nuit du 29 au 30 juillet, ce qui nous laisse 35h pour monter et faire 200 miles. »

Noëlie Pansiot

 

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« Les portes du Groenland semblent s’ouvrir »

Tara réitère sa tentative et met une seconde fois le cap au nord en direction du Groenland. La goélette quittait le port d’Akureyri hier pour trouver une mer calme à la sortie des fjords islandais.

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Le voilier navigue paisiblement au moteur, les estomacs des équipiers fraichement embarqués n’ont donc rien à craindre de la houle. Tous prennent leurs marques et s’attèlent à leurs tâches respectives. Parmi eux, Gabriel Gorsky, directeur de l’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer, qui s’affaire sur le pont en compagnie de Christophe Cousin, réalisateur de documentaires. Il faut équiper Gaby d’un micro-cravate pour les besoins d’un tournage qui débute.

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9h40, le premier filet manta vient d’être mis à l’eau devant les caméras, avec l’aide des marins. Le protocole scientifique est bien rodé, la succession de gestes tant de fois reproduite au cours des précédentes missions s’effectue avec aisance. Sous la bulle protectrice qui chapeaute Tara, la fée cuisinière prépare déjà le repas pour les 15 Taranautes. Les effluves des petits légumes qui mijotent parviennent jusque dans le PC Com où Martin Hertau, le capitaine consulte ses emails. Le Malouin ouvre la précieuse carte satellite de la NASA et s’adresse à Olivier Gilg, chercheur au %GREA% en empruntant un ton optimiste : « Viens voir, ça va te plaire ! Ça se confirme, le mouvement de banquise que nous espérions semble s’amorcer. Les portes vont peut-être s’ouvrir dans les jours à venir. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts ! » Pour Martin, il est déjà temps de remonter sur le pont pour aider à relever le premier manta, les 30 minutes de prélèvement se sont écoulées.

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Resté devant l’ordinateur, Olivier poursuit son analyse minutieuse des cartes : « Nous sommes à mi-chemin entre l’Islande et le Groenland. Nous allons donc essayer de rentrer par le sud du Scoresby Sund où il y a toujours un peu moins de glace.  À cet endroit,  il y a des courants importants qui empêchent la glace de se former tout l’hiver. La glace peut donc y être refoulée, et c’est ce que nous souhaitons, ou à l’inverse en fonction des vents, se trouver emprisonnée et poussée vers le fiord. C’est ce qui s’est passé au cours des 10 derniers jours, obligeant Tara à rebrousser chemin. Cette fois-ci, il semble que nous ayons des vents assez favorables. Donc d’ici 3 ou 4 jours le passage se sera peut-être complètement ouvert. Nous allons essayer de viser le Cap Brewster qui abrite une grosse colonie d’oiseaux que nous aimerions compter. »

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Sur le pont, Christophe Cousin et Fitzgerald Jego, chef opérateur du documentaire de 110 minutes destiné à France 3, s’affairent caméra au poing. Il faut saisir les images du filet avant d’arriver dans les glaces en soirée où il ne sera plus possible de l’utiliser.

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Sur le grand plan de travail extérieur, un petit drone blanc équipé d’une caméra siège aux côtés des précieux échantillons qui grouillent de micro-organismes. L’engin va bientôt décoller pour effectuer sa première ronde au-dessus de la baleine. Avant cela, il faut hisser les voiles et mettre en avant les plus beaux attributs de la goélette. Les marins équilibristes entrent en scène : Mathieu Voluer, Officier de pont, avance sur la baume pour libérer la voile. Tout le monde est à son poste. Silence, moteur, ça tourne !

GREA* : Groupe de recherche en écologie arctique.

Noëlie Pansiot

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Les fjords à vol d’oiseau

En route pour la côte Est du Groenland, l’équipage de Tara doit faire preuve de patience et de prudence. Brigitte Sabard et Olivier Gilg, les deux spécialistes du Groenland patientent pour mener à bien leurs observations sur cette côte méconnue du grand continent blanc.

Les glaces qui réduisent considérablement l’accès au fjord Scoresbysund depuis plus de quinze jours n’ont pas encore permis à la mission Tara-Ecopolaris – en collaboration avec Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) – de débuter. Penché sur une carte du Groenland, l’ornithologue Oliver Gilg explique comment il compte orienter ses recherches.

« Depuis que Tara est passé là il y a onze ans, personne n’est retourné voir comment la situation globale de cet endroit, situé loin de toute civilisation, a évolué. C’est l’intérêt de cette mission. Nous allons essayer d’atteindre la côte sud et la longer jusqu’au Cap Brewster situé à l’entrée sud du fjord. A priori, il devrait y avoir moins de glace puisqu’il est un peu protégé du vent de Nord-Est et que les glaces ont tendance à descendre tout droit. »

« C’est là que se trouvent les plus grosses colonies d’eider à duvet avec plus de 500 nids sur certaines îles. Initialement, nous devions capturer des oiseaux pour effectuer des prises de sang. En revanche, nous allons déjà pouvoir récupérer des duvets dans leurs nids vides pour le premier volet scientifique du programme Tara-Ecopolaris, c’est-à-dire travailler sur les polluants et notamment le mercure. Nous allons essayer de ramasser du duvet sur une dizaine de nids par colonies, sur cinq ou six colonies différentes. Nous l’avions déjà fait en 2004 et la comparaison sera intéressante. »

« Il y a une grosse colonie sur le Cap Brewster avec notamment des mouettes tridactyles et des guillemots de Brünnich. Le fjord Scoresbysund est habituellement libre de glace assez tôt et le comptage de cette colonie est fait depuis presque un siècle. Nous pourrons donc voir l’évolution des tendances. Le guillemot de Brünnich est plutôt en diminution, tant sur la côte est que sur la côte ouest. C’est sans doute dû à la chasse car c’est un oiseau très prisé par les Inuits. La mouette tridactyle, elle, est en nette augmentation au Groenland. Plus les glaces se libèrent et plus sa population augmente. Nous avions aussi observé à l’époque des macareux moine, une espèce très rare dans cette région. Nous ne sommes pas certains qu’elle niche sur la côte est du Groenland. Il serait intéressant de pouvoir trouver des nids ou des terriers. »

« Ensuite nous voudrions remonter  le fjord Scoresbysund, où nous avions décelé la présence de goélands marins et de goélands bruns, des espèces qui, il y a onze ans, venaient juste d’arriver au Groenland. Le but est de savoir si leur arrivée est confirmée et si ces populations augmentent. Tout cela dépendra vraiment du temps car il faut compter une journée de navigation pour aller jusqu’à l’extrémité du fjord » (le Scoresbysund est l’un des plus longs fjords au monde avec près de 300 km, ndlr).

« Nous espérons aussi pouvoir aller plus au nord et longer la côte pour compter les deux autres colonies de mouettes tridactyles et guillemots de Brünnich. Dans les autres fjords, il y a beaucoup d’espèces différentes. Il y a plusieurs centaines de nids de sternes arctiques sur les petits îlots, ainsi que des dizaines de goélands bourgmestres, les deux espèces les plus courantes dans les fjords. Comme il n’y a aucune perturbation, ni chasse, ni pêche, les tendances d’évolution de ces populations seront intéressantes. Elles pourront être comparées avec les données du GREA collectées depuis plus de 30 ans. Mais il reste beaucoup de points d’interrogation. L’avantage d’y aller avec Tara, c’est qu’on peut vraiment s’approcher des côtes, se faufiler ou s’y rendre en Zodiac. Ce serait impossible autrement. Tout dépendra de la situation des glaces. »

Propos recueillis par Dino Di Meo à bord de Tara

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Tara dans les glaces

Après trois longs jours d’attente à Akureyri (Islande), les glaces descendues du Pôle Nord le long des côtes du Groenland bloquent toujours l’entrée du fjord de Scoresbysund où Tara a prévu de se rendre pour les besoins de l’expédition Ecopolaris dédiée à l’étude de la faune et dirigée par le GREA  (Groupe de Recherche en Ecologie Arctique).

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A l’heure actuelle, selon les observations satellites et les cartes de glaces fournies par les Norvégiens, la situation météo n’a pas beaucoup évolué et empêche toujours toute incursion de Tara dans le fjord afin de rejoindre Constable Pynt où se trouvent les chercheurs du GREA. Les vents se sont en partie calmés sur cette partie de l’océan Arctique mais les prévisions donnent un retour de vents de nord-est pour le week-end prochain. Ce qui devrait pousser les glaces encore plus vers l’entrée du fjord et en restreindre encore un temps l’accès.

Martin Hertau, le capitaine, semblait peu optimiste après analyse des cartes météo, surtout que la navigatrice Isabelle Autissier avec laquelle Tara est en contact, tente actuellement de se frayer un chemin dans les glaces pour atteindre le petit village de Ittoqqortoormiut situé à l’embouchure du fjord. Elle progressait difficilement à 60 km des côtes,  au niveau où Tara avait dû rebrousser chemin samedi dernier.

Isolés dans un campement-base près de Constable Pynt, Brigitte Sabard et Olivier Gilg (GREA) ont finalement préféré revenir à Akureyri hier après-midi,  attendant patiemment que la situation évolue. Leur matériel logistique se trouvant à bord de Tara, il leur était impossible de débuter leur mission dans de bonnes conditions. L’hiver a été très froid cette année et même la côte ouest du Groenland, pourtant sous l’effet du Gulfstream, s’est trouvée bloquée plus longtemps. A bord de Tara, une bonne fenêtre météo est attendue pour refaire la route en sens inverse. Une décision doit être prise jeudi matin, après avoir comparé cartes météo, cartes des glaces et aussi avoir pu correspondre avec Isabelle Autissier pour avoir une description de la situation réelle sur zone.

Dino Di Meo

Les glaces du Groenland contraignent Tara à patienter

En cette saison, sous les hautes latitudes arctiques, le grand continent blanc n’a pas encore libéré l’accès à ses côtes. Patience et prudence valant règle d’or en navigation, la progression de Tara vers le Groenland prendra un peu plus de temps que prévu.

La goélette engagée dans la mission Tara Ecopolaris avec les membres du Groupe de recherche en écologie arctique (GREA) doit permettre l’étude des oiseaux vivant dans cette région polaire très isolée.

D.Dimeo/Tara Expéditions

D.Dimeo/Tara Expéditions

Comme il y a onze ans, Etienne Bourgois et Jean Collet, premier capitaine du bateau de Jean Louis Etienne en 1989, se sont donné rendez-vous sur Tara en Islande. En 2004, la goélette grise tout juste devenue propriété d’Etienne Bourgois et agnès b., avait inauguré sa série d’expéditions par une mission sur la côte Est du Groenland en compagnie de Olivier Gilg et Brigitte Sabard, deux spécialistes français des écosystèmes arctiques.

Cette fois, les deux ornithologues après avoir déposé leurs affaires à bord du bateau à quai à Akureyri (Islande) s’étaient envolés mercredi dernier pour Constable Pynt, un des seuls endroits qui compte une petite piste d’atterrissage sur la reculée côte Est. Le lendemain, Tara avait quitté le port de la deuxième ville d’Islande et avait fait route vers le Nord pour aller rejoindre les deux scientifiques du groupe de recherche en écologie arctique (GREA). Mais le fjord de Scoresbysund, qui selon les cartes satellite fournies par la NASA semblait alors encore accessible, s’est refermé. Les forts vents de Nord ont repoussé les glaces vers la terre pour en bloquer l’entrée.

Après une traversée agitée, Tara a dû slalomer entre les premiers bouts de banquise qui se trouvaient déjà à 80 milles des côtes. Une deuxième barrière de glace a également été franchie par le bateau polaire mais la troisième s’est révélée plus dense. Et la bataille avec les blocs géants a tourné à l’avantage des éléments. Des vents de 35 à 40 noeuds de nord-est étaient annoncés.

Pour des raisons évidentes de sécurité, décision à été prise de repartir vers l’Islande. Vendredi 10 juillet vers 19 heures, après des heures de zig-zag dans un froid glacial à travers les nombreux blocs de glace, Tara a regagné une zone de sécurité, un peu plus au large, en retrouvant la haute mer.

C’est donc jumelles à la main et vigie en haut du mât que la goélette a repris le chemin vers le sud. « On aurait pu attendre une éventuelle bascule mais les fichiers météo ne l’annoncent pas avant trois ou quatre jours », a affirmé le capitaine Martin Hertau. Rien de dramatique dans la situation polaire de cette année. La dominance de vents du Nord depuis des semaines a poussé les glaces bien au Sud et même la côte ouest du continent est encore sous l’emprise des glaces.

Dimanche 12 juillet vers 22 heures, après une traversée au portant, Tara est arrivée à Akureyri. Amarrée cette fois au petit port de pêche, Tara n’a plus qu’à attendre le feu vert des cartes des glaces pour refaire la traversée dans l’autre sens.

Dino Di Meo, Correspondant à bord de Tara

Tara en Islande, dans le sillage des baleines

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Ce lundi 6 juillet 2015, TARA pénétrait en terre islandaise en empruntant le long fjord reliant l’Atlantique Nord à Akureyri, seconde ville du pays. Une escale de quelques jours pour permettre une rotation d’équipage et la découverte de la culture locale dans des paysages spectaculaires. Parmi les nombreux attraits de ce territoire fait de glace et de feu, l’observation de la faune marine compte parmi les activités les plus prisées par les visiteurs et représente aujourd’hui une large part de l’économie touristique islandaise. Grâce à des eaux froides et donc plus oxygénées, les côtes islandaises se chargent de krill, harengs et plancton pour devenir un véritable garde-manger pour de nombreux mammifères marins. Entre mai et septembre, plus de douze espèces de baleines et cachalots se regroupent en effet dans ces zones riches en nourriture et permettent ainsi aux touristes et aux scientifiques d’étudier de plus près ces géants des mers. Depuis le pont de TARA, l’équipage a d’ailleurs pu observer à quelques encablures du port d’Akureyri le ballet d’une baleine à bosse multipliant les sauts au-dessus de la surface.

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Avec près de quinze mètres de long pour un poids de vingt-cinq tonnes, la baleine à bosse compte parmi les espèces les plus communes en Islande et les plus facilement observables. Arrivant des eaux chaudes des Caraïbes où elles ont passé l’hiver, ces baleines n’hésitent pas à s’engager profondément dans les fjords à la recherche de nourriture. Une alimentation à base de krill dont elles peuvent avaler plus de deux tonnes chaque jour et qui constituera leurs réserves de graisse pour le prochain hiver. Leur comportement curieux à l’encontre des navires en a longtemps fait une cible facile pour les baleiniers et représente aujourd’hui un atout majeur pour les études scientifiques. Laissant voir facilement leur nageoire caudale lors de leurs plongées, les motifs particuliers de leur queue permettent aux chercheurs de quantifier et de suivre les migrations de ces individus à travers les océans. Telle une empreinte digitale, ces marques sont en effet propres à chaque baleine et constituent ainsi une précieuse source d’information.

Au Nord d’Akureyri, la ville d’Husavik regroupe les principaux centres d’observation baleinière et attire chaque année des milliers de touristes dans ses fjords. Les visiteurs sont invités à envoyer leurs photos aux chercheurs locaux afin de constituer une base de données pouvant permettre le suivi annuel des individus sur cette zone. Les études visuelles sont souvent complétées par une méthode d’analyse bien connue des taranautes : l’hydrophone. Une écoute sous-marine qui permet l’enregistrement du chant de ces baleines qui peuvent parfois vocaliser jusqu’à plusieurs jours de suite. Le Professeur Hervé Glotin de l’Université de Toulon qui a récemment fait parvenir un système d’enregistrement sous-marin à bord de TARA a ainsi mené des recherches sur ces chants durant le projet baptisé Baobab. Des sessions d’enregistrement menées sur les côtes de Madagascar,  qui ont permis une première analyse des populations dans le sud de l’Océan Indien, et qui pourraient être complétées par TARA lors de sa campagne au Groenland.

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Mais la relation entre l’Islande et les baleines est loin de faire l’unanimité sur la scène internationale. Malgré les nombreuses signatures collectées, le pays vient en effet de lancer il y a quelques jours sa campagne de chasse à la baleine. Une pêche commerciale traditionnelle interdite en 1986 par la Commission Baleinière Internationale (CBI) et qui pourtant a été reprise en Islande depuis 2006. Avec la Norvège et le Japon, l’Islande compte parmi les derniers pays a refusé le moratoire de la CBI sur la chasse baleinière à des fins commerciales. Un quota de 154 rorquals et 229 baleines de Minke a ainsi été fixé pour la campagne 2015 pour une viande majoritairement destinée aux touristes et à l’export vers le Japon malgré une demande en forte baisse.

Une situation  paradoxale pour ce sanctuaire baleinier et qui a mis le pays dans le viseur des instances internationales, en attendant que l’opinion publique parvienne à faire primer la contemplation face au poids des traditions.

Pierre de Parscau

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TARA d’une île à l’autre – Cap sur les Iles Féroé

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Sur la route du Groenland, après plusieurs jours de mer, TARA gagne les hautes latitudes du globe au rythme de l’océan qui martèle la coque la nuit, fait tanguer les passagers dans la coursive. L’océan s’illumine parfois en plein orage dans la manœuvre, de l’eau à perte de vue. Retranchés derrière les murs d’aluminium, les Taranautes ont pris des allures insulaires et le large a transformé peu à peu la vie du bord. De journées collectives au rythme synchronisé, l’équipage est lentement passé à un navire à géométrie variable. Dans cet espace réduit entre poupe et proue, la vie du bord s’est mise en place avec ses habitudes, ses codes et ses horaires. Une horloge dictée par les quarts de nuit que partagent marins et passagers pour des roulements de trois à quatre heures. Des veilles en forme de parenthèses durant lesquelles TARA semble sonner différemment, sous la lune ou sous le grain. Maintien du cap, contrôle des machines, surveillance du trafic et manœuvres nocturnes, autant d’impératifs pour permettre à l’équipage de dormir sur ses deux oreilles. Un chassé-croisé de noctambules dans la coursive et la cuisine, des recommandations échangées d’un veilleur au suivant et le délice de retrouver sa cabine pour les heures qui restent en attendant le prochain quart, toujours différent du précédent.

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Au large et pourtant sédentaire, le corps lui aussi appelle parfois à l’exercice. Sur le pont ou dans les cales, l’imagination est mise à profit pour échapper quelques instants aux limites imposées par le navire. Bientôt un vélo de route s’est changé en vélo d’appartement tout contre l’échelle de la cale avant et les exercices de yoga alternent avec les parcours sportifs sur le pont, contraints parfois par la soudaine fraicheur de l’air. S’imposer des repères, voilà sans doute l’une des clefs de la vie à bord. Car au-delà du travail propre à chaque poste, des tâches collectives et des heures de repas, l’équipage conjugue singularité de la traversée et routine quotidienne.

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Cinq jours après avoir quitté les côtes françaises, la chance était offerte hier d’apercevoir de plus près une côte jusqu’alors masquée derrière l’horizon. Flottants sur une mer redevenue paisible, les îlots des Orcades sont bientôt à vue et avec eux des éclats de vert tendre, vus pour la dernière fois sur les bords de Seine. L’équipage au complet se relaye à la proue de TARA devant le spectacle de ces prairies improbables sur lesquelles les jumelles accrochent les ruines d’une maison de pierre ou les pentes d’une bergerie. Partout la végétation semble avoir capitulé depuis longtemps face aux pluvieux hivers et aux assauts du vent. Un monde au bout du monde en somme et les traces pourtant d’une transition énergétique en marche : l’île d’Eday à tribord présente pour seul arbre le mât d’une éolienne. Plus loin sur cette même côte une étonnante plate-forme attire l’attention, ce que l’on pourrait prendre d’abord pour un site de forage est en réalité le support d’une turbine hydrolienne visiblement en cours d’installation. Falaises abruptes, monts couverts de nuages et jeux d’ombres sur les plateaux herbeux, la traversée des Orcades s’offre comme une jolie récompense après des heures plus agitées.

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Pierre de Parscau

L’Océan sur écoute

François Aurat (second capitaine) et Louis Wimotte (électricien) testent l’hydrophone avant sa mise à l’eau

François Aurat (second capitaine) et Louis Wilmotte (électricien) testent l’hydrophone avant sa mise à l’eau

Après plusieurs miles de navigation au large des côtes anglaises, TARA a profité de 20 nœuds de vent de sud pour couper ses moteurs et faire rouler sa coque sur une houle bientôt écossaise. Un climat propice aux rencontres, comme ce fut le cas hier avec un groupe de cinq dauphins de Risso venus saluer l’étrave dans une eau turquoise. Une présence animale souvent observée par TARA et qui, durant cette campagne nordique, sera pour la première fois écoutée. Pour cette opération, l’équipage a embarqué à Rouen un dispositif singulier : l’hydrophone. Un micro aquatique, cinquante mètres de câble et un enregistreur : un kit rudimentaire dont l’efficacité avait déjà pu être mise à l’épreuve par un duo bien connu des taranautes : Louis Wilmotte, électricien du bord et Douglas Couet, étudiant en océanographie. Une équipe à nouveau réunie à bord lors de notre trajet le long de la côte bretonne et qui avait mené ensemble l’aventure MareNostrum.

Arrivée de l'équipage MareNostrum à Istanbul après 14 mois de mer

Arrivée de l’équipage MareNostrum à Istanbul après 14 mois de mer

« C’était un challenge sportif et humain de relier Gibraltar et Istanbul en kayak de mer, m’expliquait Doug au large du Cotentin. On a mis 14 mois en autonomie totale pour parcourir ces 8 500 kilomètres de côte et participer à la recherche sur le milieu marin. » MareNostrum embarque en effet sur leur kayak un modèle d’hydrophone développé par le Professeur Hervé Glotin de l’Université de Toulon.
« Dès qu’on le pouvait, on sortait l’hydrophone du kayak à 30 mètres de profondeur et pour enregistrer pendant quelques minutes les sons sous l’eau. Il n’y a pas beaucoup d’études qui ont été faites à ce sujet, tant pour l’étude des cétacés que pour le bruit anthropique, c’est-à-dire le bruit que produit l’homme sous l’eau ». Grâce à cette technique d’observation sonore, les scientifiques sont en mesure d’identifier toutes les espèces dîtes « vocalisantes », soit plus de soixante cétacés ainsi que certains mollusques et crustacés.  Contrairement aux observations en surface, l’hydrophone offre une surface et une profondeur de captage bien plus conséquente, jusqu’à plusieurs kilomètres pour l’enregistrement de certaines fréquences. Des sons parfois très identifiables comme le clic du cachalot que Doug me fait découvrir dans le casque. « Ce gros animal de plus de 20 mètres de long qui chasse le calamar dans les grandes profondeurs va seulement émettre ce petit son pour communiquer et se repérer sous l’eau ».  Sur l’onde sonore dessinée par ce son, les trois pics très rapprochés trahissent à coup sûr la présence d’un de ces cachalots dans la zone d’analyse.

Dauphins de Risso rencontrés par TARA au large de l’Angleterre

Lagénorhynques à bec blanc rencontrés par TARA au large de l’Angleterre

Ces échantillons ont permis un relevé inédit des bruits sous-marins sur tout le Nord de la Méditerranée. Grâce à la signature sonore de chaque espèce, les scientifiques ont pu identifier différentes populations présentes sur le parcours des deux kayakistes mais également quantifier la pollution sonore de ce milieu marin. « Les nuisances acoustiques, suivant leur niveau et leur fréquence, perturbent les communications inter-individu et donc la reproduction, analyse le professeur Glotin. Les bruits produits par l’homme perturbent aussi la chasse et donc l’alimentation des espèces ». Des cas de dauphins retrouvés échoués et les tympans percés en Adriatique mettent aussi en lumière des conséquences physiologiques possiblement liées à des bruits trop forts.  Cet impact sonore de l’homme sur la population marine pour l’instant encore à l’étude interroge pourtant certains élus sur l’état de leurs côtes. La municipalité de Villefranche-sur-Mer a ainsi commandé au Professeur Glotin et ses équipes une analyse sonore du port afin de mieux comprendre les effets du développement en surface sur la vie des profondeurs.

Chaque lieu d'enregistrement est soigneusement inscrit dans le carnet de bord de l'hydrophone

Chaque lieu d’enregistrement est soigneusement inscrit dans le carnet de bord de l’hydrophone

Dans la continuité de ces analyses, TARA va aussi participer à la collecte de nouveaux échantillons durant sa campagne dans les latitudes nord. « Avec ces prélèvements sonores, nous espérons pouvoir effectuer des analyses sur les structures des chants des baleines à bosse dans cette zone et collecter des données sur le comportement et la situation d’autres espèces que nous détecterons ». Une aventure scientifique qui promet de mobiliser l’équipage de TARA durant les semaines à venir, à l’écoute du monde du silence.

Pierre de Parscau

Ecouter les premiers sons enregistrés grâce à l’hydrophone :

Piste 1 : Chant d’une baleine à bosse

Piste 2 : Chant d’un cachalot

 

Cinq Lagénorhynques à bec blanc dans les vagues de TARA

Le 30 juin à 15h22 / position N 54°50 / E 0°11′

Temp air : 15,3°C
Temp eau : 14,6°C

Lancée dans sa campagne vers le Groenland, TARA longeait la côte Est de l’Angleterre quand l’eau turquoise s’est agitée de cinq torpilles blanches et grises. Un groupe de lagénorhynques à bec blanc particulièrement joueurs a régalé l’équipage durant un long quart d’heure. Voltes sous la surface et surf sur la vague, les cinq mammifères longs de plus de deux mètres éblouissent par leur vitesse (plus de 9 noeuds) et leur facilité de déplacement dans une eau transparente. Une dernière plongée et les voilà aussitôt disparus, laissant sur le pont l’équipage de Tara  heureux d’avoir retrouvé son âme d’enfant.

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Pierre de Parscau

Cap au Nord

Cap au Nord

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Ce matin aux petites heures, l’équipage a abandonné les draps des bannettes pour se glisser dans le lit de la Seine. À 5h et sous un ciel orange, TARA s’est doucement laissée prendre dans le courant, comme pour ne pas réveiller Rouen encore toute endormie. La levée du pont Gustave Flaubert a donné le départ d’une campagne de trois mois longtemps attendue. Les yeux encore embués de sommeil mais le cœur léger, marins et passagers ont enroulé les amarres une dernière fois avant la prochaine escale dont le nom à lui seul invite à l’aventure : Akureyri. Quelques boucles de Seine plus tard, une vision toute nordique vint nous saisir sur l’avant du navire : la fraicheur du matin couvrant d’une nappe de brume la surface du fleuve. TARA s’engagea dans la mer de nuages comme sur une banquise de vapeur.

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Tancarville, Pont de Normandie, le Havre : la Seine semblait nous pousser toujours plus vite vers le large. Dans le cours du chenal havrais, l’aiguille de la boussole de timonerie s’est lentement déplacée pour pointer le zéro. : le Nord était devant nous.

Enfin.

Après des mois de chantier, des semaines de préparation, des jours de navigation fluviale et avant Paris Climat en fin d’année, le moment était venu de mettre le cap vers des latitudes familières de la goélette. Face au Havre, un zodiac vint à notre rencontre, le frère cadet de Do, la cuisinière du bord, passé en voisin faire un dernier signe avant la campagne de deux mois et demi qui gardera TARA éloignée des côtes françaises. Un coup de corne de brume pour tout adieu et le voilà qui s’éloignait vers une côte à présent plus lointaine.

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Mais l’activité à bord ne s’était pas fait attendre, surtout avec la montée d’une brise inattendue venue du Nord-Ouest. La chance de soulager l’effort de nos moteurs et le plaisir aussi de se sentir porter par le souffle marin. Depuis le cockpit, Martin le capitaine gardait un œil sur le cap alors que sur le pont l’équipage composé d’anciens et de nouveaux prenait ses marques pour la première manœuvre. Winch électrique, drisses et écoutes, chacun trouva sa place dans le dispositif tandis que grand-voile et misaine se gonflèrent d’un vent enfin plus frais.

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Dans le ventre de TARA, cale avant et cale arrière avaient fait un dernier plein sur les quais rouennais. Pas moins de 9m3 de matériel scientifique et de nourriture destinés pour une large partie à la mission EcoPolaris que TARA ravitaillera lors de son arrivée sur la côte Est du Groenland. Un objectif que le navire devrait atteindre aux abords du 11 juillet prochain. Mais avant de s’engager sur les côtes et les fjords encore englacés, il reste pour TARA à parcourir les quelques 1600 milles qui nous séparent encore des rivages islandais. Un tracé qui nous conduira par l’English Channel et son trafic ininterrompu de gros porteurs, la côte Est du Royaume-Uni et son champ de plateformes offshores jusqu’aux portes du grand large. Sur la carte GPS, la ligne rouge pointillée du cap serpente le long des falaises normandes et entre le trafic des lourds porte-containers qui croisent à l’horizon.

Déjà la ligne blanche des falaises normandes disparaît derrière l’horizon, ne reste qu’une mer gris anthracite autour de TARA et une promesse : celle de l’Angleterre, demain.

Pierre de Parscau

TARA entre en Seine

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Après avoir passé le Raz Blanchard sous les assauts des courants et des escadrilles de fous de Bassan, TARA avait passé la nuit sur une étrange mer d’huile, seulement troublée par une rencontre entre la proue du navire et un casier de pécheur. Le lever du jour fut en forme de lever de rideau, l’embouchure de la Seine encore noyée dans la brume. Tara s’est alors fait toute petite pour croiser les pétroliers de 350 pieds sur fond de port de commerce. Le Havre au matin avait comme des allures d’estampe. À la rencontre entre mer et fleuve, le courant s’est lui aussi réveillé pour atteindre 2,5 nœuds et pousser Thérèse et Brigitte, les deux moteurs du bord, à monter à 1200 tours pour engager la lutte.

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Entrant dans l’entonnoir du fleuve, l’appel du nid de pie était comme irrésistible et l’ascension fit apparaître la ligne du pont de Normandie droit devant. Le mat de misaine se changea alors en ascenseur émotionnel pour Justine, Hélène et Estelle, trois stagiaires de  la base parisienne de TARA fraichement embarquées à Roscoff. Hissées à leur tour sur les flèches du mat elles goutèrent au plaisir des pieds suspendus à vint cinq mètres de hauteur et du regard levé vers les haubans du pont normand.

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Le paysage vira dès cet instant du bleu marin au vert tendre et les falaises du Cotentin cédèrent la place aux chemins de hallage et aux reliefs calcaires. Décor bucolique et plaisirs de l’eau douce glissant sur l’aluminium de la coque. Commence alors la lente remontée vers Rouen pour honorer notre horaire de passage sous le pont Gustave Flaubert prévu avant la nuit. Villequier, Caudebec-en Caux, Saint-Wandrille : l’itinéraire du jour rappellerait presque celui d’une ligne de TER, et l’allure de TARA celle d’un voyage en train. Les boucles de la Seine sont propices aux rencontres et aux saluts depuis les rives, vélos et piétons suspendant leurs ballades pour observer passer notre étonnant navire parmi les péniches. Ce trajet, TARA l’empruntera à nouveau en novembre prochain pour rejoindre pieds du pont Alexandre III à Paris à l’occasion de la COP21. Pour l’heure, ne reste plus qu’à amarrer les 36 mètres de TARA aux quais du centre-ville et à l’équipage de profiter des derniers rayons de soleil pour explorer la ville.

Le calme avant la tempête et les centaines de visiteurs attendus sur les quais jusqu’à samedi. Le temps aussi pour TARA d’ajouter ses deux mats orangés aux cent clochers dressés dans le ciel rouennais.

Pierre de Parscau

Adieux et retrouvailles

Adieux et retrouvailles

Largage d'amarre à Lorient

Après plusieurs mois amarré, TARA avait comme une envie de se dégourdir les voiles. Plusieurs jours déjà que l’on pouvait sentir l’impatience dans les conversations du carré et après le vide laissé sur les pontons lorientais après le départ de la Volvo Océan Race, ne restait plus pour TARA qu’à larguer elle aussi les amarres.

Il était 15h30 ce dimanche quand la corne de brume de TARA a résonné à travers la base de Lorient. Signal de départ et dernier au revoir pour ceux et celles restés à quai, agitant la main jusqu’au bout du ponton jusqu’à voir disparaître la silhouette familière dans la lumière du soleil. La vie de marin en somme, le dernier pincement au cœur et devant la proue de TARA, l’océan et son spectacle. Les manœuvres et le roulement du bateau ont rapidement accroché un sourire sur les visages des marins, trop heureux de se retrouver à nouveau dans leur milieu naturel.

Derniers adieux sur le quai de Lorient

Cap à l’ouest enfin, vent de face et soleil dans les yeux, pour une première navigation côtière avant l’Atlantique Nord, le cercle polaire et le froid groenlandais. Les cales se sont chargées jusqu’au départ des dernières denrées, les cabines elles aussi ont fait le plein d’occupants, ravis de partager avec TARA son voyage jusqu’à Rouen. Olivier, Jules, Doug, Catherine et Gérard, nous voici ainsi douze à faire route ensemble, une route tracée au curseur par le capitaine Martin Hertau sur la carte GPS de la timonerie. Raz de Sein, Iles anglo-normandes, Raz Blanchard, autant de points clés d’un voyage en forme d’échauffement avant le grand large.

Après une rapide escale à Roscoff demain soir à l’occasion de la conférence Jacques Monod, TARA rejoindra le centre de Rouen dans la nuit de mercredi à jeudi. Un séjour attendu au cœur de « la ville aux cent clochers » à la rencontre du public et des scolaires, mais aussi un rôle d’ambassadeur de la question climatique lors du congrès national de l’Association des Régions de France (ARF) qui se tiendra à Rouen le 25 et 26 juin. TARA embarquera également à quai quelques 6m3 de matériel à destination du Groenland pour le soutien logistique de l’expédition EcoPolaris. Nourriture, carburant et matériel seront ainsi largués sur la côte Est pour permettre aux équipes sur place de poursuivre leurs recherches sur les écosystèmes des pays circumpolaires.

Dauphins communs à la rencontre de TARA

Sur tribord la côte bretonne défile dans les jumelles quand un mouvement se fait sentir devant l’étrave. Doug, penché contre le bastingage, pointe une forme sous la surface. Propulsés hors de la vague de TARA, quatre dauphins communs jaillissent hors de l’eau et naviguent comme des torpilles sous la coque de la goélette. Comme si après les adieux des quais, la mer nous souhaitait la bienvenue.

Pierre de Parscau

 

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Vidéo : TARA en première ligne de la Volvo Ocean Race

Vidéo : TARA en première ligne de la Volvo Ocean Race

Cette semaine, l’organisation de la Volvo Ocean Race (VOR) s’était déployée sur les quais de la base à Lorient pour l’ultime escale de cette course autour du monde.
A quelques mètres de TARA, la britannique Sam Davis et ses dix équipières ont franchi la ligne d’arrivée à la surprise générale et ont offert un beau coup de projecteur sur cet équipage entièrement féminin. L’occasion pour nous de rencontrer cette bretonne d’adoption à bord de son bateau SCA et de revenir sur le rôle de TARA sur la ligne de départ avant l’ultime arrivée de la course à Göteborg.

TARA passe à table

TARA passe à table

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Après plus de sept mois à Lorient, il était temps pour TARA de reprendre la direction du large. Ce dimanche, le bateau appareillera pour une navigation de quelques 6 000 milles à travers l’Islande, le Groenland, la Suède et l’Angleterre. Neuf semaines de navigation qui réclament une préparation minutieuse durant ces dernières heures encore à quai et l’opportunité rêvée pour découvrir ce que le navire a réellement dans le ventre.

Hier, TARA en a profité pour remplir ses réservoirs de quelques 20 000 litres de gasoil, de quoi le rendre autonome jusqu’au prochain chantier prévu l’année prochaine. Outre l’outillage, l’équipement, l’accastillage, il est un autre poste du bord particulièrement concerné par l’approvisionnement, celui de la nourriture. La cuisine est avec la salle des machines le second cœur battant de TARA et, pour cette campagne estivale, le royaume de Dominique. Trois ans que cette ancienne infirmière libérale a laissé à terre sa blouse blanche pour le tablier du bord.  « Ça correspondait à une période de ma vie où je pouvais changer de métier, avoir un temps pour moi donc quand j’ai eu la chance d’embarquer, j’ai saisi l’occasion ». Depuis les premiers repas préparés en Irlande, celle que tout le monde à bord a baptisé « Do » a pris goût aux voyages, de la Norvège à la Méditerranée jusqu’au mythique passage du Nord Ouest. Et malgré les impératifs de la cuisine, pas question pour Do d’y rester cantonnée. « Dès que j’entends que ça manœuvre, j’arrête tout et je monte sur le pont. Même si les marins n’ont pas besoin de moi, j’arrive toujours à participer d’une façon ou d’une autre. Je n’ai pas du tout envie d’être seulement cuisinière, j’ai besoin de m’impliquer dans les manœuvres ». Au four et aux moulins à café, ces manivelles du pont servant à reprendre durant les manœuvres, Do doit pouvoir contenter les estomacs de seize équipiers à bord, jusqu’à trente convives lors de certaines escales à quai.

Pour la prochaine navigation vers le Groenland, les quantités embarquées ont de quoi donner le vertige : 150kg de farine, 40kg de sucre, 65kg de pâtes et 100 tablettes de chocolat. « Je dois calculer les quantités nécessaires pour trois mois et demi, sachant qu’au Groenland on ne pourra pas s’approvisionner. Quand on part, généralement on est autonome sur toute la durée de l’expédition, sauf parfois quelques produits frais en escale. »

Avant le départ, Do vérifie soigneusement les quantités

Avant le départ, Do vérifie soigneusement les quantités

Pour mesurer l’ampleur de la tâche, il faut suivre Do lors d’une de ses sorties à Lorient, entre poissonnerie, marché bio et grandes surfaces. Avec sa singulière liste de course, son t-shirt TARA et son sourire, Do a de quoi attirer la sympathie des commerçants et des producteurs. « Les gens sont souvent curieux de ce que l’on fait sur TARA et m’aident. Ils comprennent bien mes besoins, on me réserve des légumes pas trop mûrs pour pouvoir les conserver plus longtemps. Par exemple, l’agriculteur à qui j’ai passé commande ce matin, je suis certaine qu’il n’y aura pas un seul légume d’abimé dans la commande qu’il va nous livrer ». Rencontrer la cuisinière de TARA, c’est un peu l’aventure qui s’invite parmi les étales des marchés. On discute, on questionne, avec le plaisir pour les commerçants de voir leurs produits prendre la mer vers des terres lointaines.  Un pot de confiture, une botte de radis ou quelques poissons, autant de petits cadeaux qui viennent s’ajouter au stock du bord. Des réserves réparties dans les moindres recoins de TARA car les deux grandes étagères en cale avant, le congélateur et les trois réfrigérateurs du navire ne suffisent pas au rangement de cette précieuse cargaison. L’alimentaire s’est alors glissé partout, sous les bannettes des cabines et sous les banquettes du carré. Des garde-manger qui font sourire à coup sûr les visiteurs de TARA. L’imagination culinaire, voilà sans doute le meilleur allié d’une cuisinière de bord. « Quand je n’ai plus beaucoup de produits frais, j’essaie de trouver des recettes qui donneront l’impression de frais. Parfois avec une courgette pour quinze personnes, ajoutée dans des tagliatelles, on a quand même l’impression de manger du vert (rires) ».

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Epices et condiments d’Orient dans les tiroirs de la cuisine

Mais le véritable bonheur pour ces chefs des mers tient en un mot : l’escale. Dans les marchés des ports et les médinas au cours de l’expédition TARA Méditerranées, la cuisine s’est parée de parfums exotiques et de saveurs épicées. Ces trésors collectés, Do veille à leur sauvegarde dans l’un des tiroirs de la cuisine, sorte de petit musée des condiments. Épices d’Algérie, cannelle du Liban et poivre blanc d’Égypte, autant de cartes postales gustatives dont les odeurs envahissent parfois le carré et rappellent que sur TARA, le voyage commence souvent dans l’assiette.

Pierre de Parscau

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Vidéo : Suivez le guide !

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Séjour à quai rime souvent avec portes ouvertes pour TARA. La présence du navire à Lorient à l’occasion de la Volvo Ocean Race n’a pas dérogé à la règle et s’est même incarné en la personne d’une figure familière du bord : Philippe Duflot. Ce retraité plus qu’actif s’est engagé comme bénévole depuis trois ans aux côtés de TARA et en est depuis devenu l’un de ses ambassadeurs. Son art ? Faire découvrir le navire à des dizaines de visiteurs de tous âges chaque jour et accompagner leurs premiers pas à bord de la goélette. L’occasion était trop belle de capter les regards émerveillés des plus jeunes et de rendre hommage à la passion d’un guide aussi patient qu’inépuisable.

Paroles de correspondant

Paroles de correspondant

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Dans le ventre d’aluminium du TARA, le bureau du correspondant de bord tient tout autant du laboratoire que du refuge. Niché en contrebas du carré, cet espace partagé avec le bureau du capitaine a vu se relayer depuis plus de dix ans des raconteurs du bord qui y ont tenu leur quart de plume. Chacun aura laissé son empreinte dans les pages du journal de bord pour mettre des mots et des images sur les aventures du TARA et permettre aux lecteurs de prendre part à ces expéditions hors normes. Des récits qui pour leurs auteurs se sont changés en souvenirs et un flambeau qui continue de se transmettre au fil des embarquements.

Une fois n’est pas coutume, nous étions deux correspondants cette semaine à bord du TARA à Lorient. Deux générations de journalistes, et la longue expérience de Vincent Hilaire face à ma récente découverte du TARA. L’occasion pour moi de placer Vincent de l’autre côté du micro et de l’objectif et de revenir avec lui sur son histoire d’amour avec la goélette. Une romance journalistique qui a débuté en 2007 à l’occasion de l’expédition TARA Arctic, quelque part sur la banquise.

« J’avais atterri sur la banquise à un kilomètre du bateau qui était pris dans les glaces et les équipiers du bord étaient venus nous chercher, se souvient-il à la proue du TARA. On est arrivé sur TARA dans ce paysage incroyable, je suis monté sur le pont, on nous avait préparé un repas d’accueil et là dans le carré j’ai été pris par les odeurs de kérosène, d’humains, de nourriture… c’était pas très appétissant (rires.). C’était tout de même incroyable de se retrouver là sur la banquise pour un temps indéterminé. » Une première impression et un émerveillement du paysage que Vincent n’a cessé de traduire au travers de ces nombreux clichés, alternant couleur et noir et blanc. Pas facile aujourd’hui de choisir celle qui resterait s’il ne devait en garder qu’une seule. « Il y eut tellement de belles choses, confie-t-il dans un sourire. Je garderai sans doute la photo qui est encore aujourd’hui dans le carré du bateau. Cette photo du TARA de face, quelques 80 mètres devant la proue et ce bateau fantôme pris dans les glaces et la nuit polaire. C’était un moment très émouvant et la photo a toujours ce caractère de preuve, la preuve que j’y étais vraiment. Ce sera certainement l’une des images de ma vie. »

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Ce fils de journaliste sportif passé par la rédaction de France 3 et vingt ans de presse écrite quotidienne a pu expérimenter durant un an et demi de présence cumulée à bord du TARA les spécificités du poste de correspondant de bord. « C’est un nouveau métier que je n’avais encore jamais fait, tu es membre d’un équipage et tu filmes en plus l’intimité des gens, ce qui n’est déjà pas simple sur un bateau et l’est encore moins lors d’une expédition polaire par exemple. On est journaliste et on aime avoir des réponses, mais il faut absolument intégrer le fait que tu vis une expérience particulière. Il faut amener beaucoup de psychologie, c’est une position passionnante mais qui demande de s’adapter. C’est un métier différent de celui de journaliste à terre et l’on a ce plaisir de vivre et d’être l’ambassadeur de cette grande aventure. On apprend aussi cette polyvalence entre photo, écriture, vidéo et participation aux manœuvres. » L’implication du correspondant dans la vie quotidienne du bord ne doit pourtant pas l’empêcher de préserver l’essentiel : son point de vue. « Il faut transmettre aussi le travail que tous ces gens font à bord avec beaucoup de modestie, de compétence et de passion. S’intéresser à eux tout en gardant cette petite distance qui permet de rester l’observateur.»

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Écrire jour après jour le récit des aventures de TARA n’est pas une tâche de tout repos et malgré la richesse de ces aventures en équipe, l’homme est parfois mis à mal.  « C’est un enrichissement fabuleux, on doit parfois relayer des choses pas toujours faciles d’un point de vue scientifique, d’autres très fortes d’un point de vue humain et qui touchent le public. On est un peu dépositaire de la beauté de ces équipes et il faudra toujours du sang neuf pour prendre le relais parce qu’un embarquement sur TARA c’est un gros investissement en solo et l’on est parfois content de rentrer à terre. »  Le retour à terre, toujours un moment de répit pour Vincent, jusqu’à ce que l’appel de l’aventure se fasse sentir de nouveau. « J’aime la mer, le voyage, la rencontre, j’y puise un bonheur permanent. Ça donne du sens à ma vie et à mon travail. Chaque fois qu’on rejoint TARA que ce soit ici à Lorient ou à l’autre bout du monde et qu’on voit apparaître les deux mâts orange à l’horizon, c’est toujours très émouvant. »

Actuellement en bouclage de son projet documentaire Greenlandia consacré aux Inuits, Vincent devrait suivre de près le voyage de TARA prévu le Pacifique l’an prochain pour son expédition consacrée au corail.

Taranaute un jour, taranaute toujours.

Propos recueillis par Pierre de Parscau

TARA, les compteurs à zéro.

TARA,  les compteurs à zéro.

Jean Collet dans l’atelier du TARA

Jean Collet dans l’atelier du TARA

Après sept mois d’expédition en Méditerranée, TARA avait pris un repos bien mérité à l’abri des embruns dans le chantier naval de Keroman. Un carénage afin de préparer l’avenir, entre Groenland et Pacifique, et l’occasion pour la goélette d’une révision en profondeur. Dépose des deux lignes d’arbres des moteurs, réfection complète de Thérèse (le moteur tribord) et déplacement du laboratoire sec au profit de l’aménagement d’une nouvelle cabine, autant de volets au programme de ces quatre mois de chantier. Parmi les priorités du bord, les aménagements électriques comptaient parmi les plus urgentes. L’occasion de faire appel à Jean Collet, l’une des mémoires de TARA et directeur technique.

Avec sa chevelure argentée et ses larges épaules, Jean compte parmi ces silhouettes qui ont accompagné le sillage de TARA depuis sa construction. Une naissance à laquelle il a lui-même contribué au côté de Jean-Louis Etienne en 1989 et qui l’a lié à jamais au destin de la goélette.

« Quand Etienne Bourgois a eu l’idée de racheter Seamaster de Sir Peter Blake je suis parti à Newport  pour expertiser le bateau, se souvient-il dans l’atelier du bord. Je l’avais alors trouvé suffisamment en bon état pour le ramener en France et depuis ce moment là Etienne m’a demandé de m’en occuper techniquement et de superviser la remise en état du bateau. »

Les nouvelles ampoules LED installées cet hiver à bord

Les nouvelles ampoules LED installées cet hiver à bord

Une mission qu’il honore depuis 2003 au sein de l’équipe TARA et qui l’a conduit à diriger le chantier électrique mené l’hiver dernier. Sous la lueur des nouvelles LEDs installées au dessus des établis de l’atelier, Jean revient sur ce chantier attendu depuis plusieurs années. « Depuis que TARA est revenu de sa grande expédition Tara Oceans, le bateau a été très fatigué et nous avions conservé à bord des organes électriques qui dataient de 1989. Ce matériel n’avait pas toujours été transformé dans les règles pour subvenir aux besoins de l’expédition et il nous a donc fallu remettre le bateau à jour. On avait commencé à envisager il y trois ans la réfection des tableaux électriques, analysé la problématique des citernes, des fuites, des moteurs… Un bateau qui travaille autant que TARA réclame un entretien constant.» Le plaisir de travailler sur la mythique goélette s’accompagne pour le superviseur d’une réflexion plus globale autour de la pérennité du matériel. « L’un des enjeux est de savoir jusqu’où on peut aller avec le matériel de bord, explique-t-il. On a par exemple des moteurs qui datent de 1989, la technologie a beaucoup évolué depuis et l’on se demande si l’on peut continuer à les entretenir ou s’il ne vaudrait pas mieux les changer complètement et profiter d’une technologie nouvelle. L’autre point particulier du TARA est sa coque en aluminium. Quand elle est confrontée à des fuites électriques, si le courant passe dans la coque, on peut avoir des corsions qu’on ne voit pas forcement et qui peuvent la fragiliser, d’où l’importance d’une bonne isolation.»

Pour mener à bien ce chantier, TARA a fait appel à des entreprises locales comme Barillec dont l’atelier se niche dans la zone portuaire de Lorient. En franchissant les portes, le large sourire de Romain Evenot tient lieu d’accueil. Ce jeune ingénieur de bureau d’étude a troqué sans regrets le monde de l’industrie pour celui de la marine et a supervisé l’installation du nouveau transformateur du TARA.

Romain Evenot, ingénieur chez Barillec

Romain Evenot, ingénieur chez Barillec

« C’est un tableau que nous avions nous même installé il y a près de vingt ans avec des modifications qui n’étaient plus adaptées aux besoins de l’équipage, explique-t-il au milieu des tourets de câbles de l’atelier. L’objectif était de remettre le tout au clair et en fonction des demandes du bord. » Une amélioration de la distribution électrique qui a parfois pris des allures de défi durant les quatre semaines de chantier. « Sur TARA tout est compact. Le bateau est relativement petit et c’était un challenge pour nous de réussir à tout faire passer dans l’espace dont on dispose. »

Schéma du nouveau transformateur installé sur TARA

Schéma du nouveau transformateur installé sur TARA

Retour à bord. Jean me conduit sur le pont arrière du TARA et embrasse le bateau du regard.
« C’est vraiment comme ça que j’imagine les bateaux d’expéditions comme à l’époque des Lumières et du voyage de Bougainville. Un bateau c’est un outil et ce qui est intéressant dans le cas de Tara c’est de voir comment cet outil est utilisé. L’être humain est par nature curieux et sa manière de progresser c’est de s’intéresser à son environnement et la science pour ça est très importante. On rencontre ici des marins, des scientifiques, des artistes, qui partagent le même regard sur l’humanité, cette même curiosité et c’est ça qui me passionne.»

Une passion qui conduira Jean à s’embarquer sur TARA le mois prochain pour affronter les glaces du Groenland.

Louis Wilmotte et le nouveau tableau du bord

Louis Wilmotte et le nouveau tableau du bord

Pierre de Parscau

Ocean Day, jour J pour la grande bleue

À quelques mois du sommet de la COP21 qui se tiendra en décembre à Paris, c’est aujourd’hui dans l’enceinte de l’UNESCO que se réunissaient les acteurs du changement climatique à l’occasion du World Oceans Day.

En direct du bateau, les marins soutiennent l'Appel de l'Océan pour le Climat. #OceanForClimate

Dirigeants politiques, scientifiques et grand public se sont ainsi donnés rendez vous pour évoquer ensemble l’avenir de nos océans et l’impact des changements climatiques sur le poumon bleu de la planète.

L’équipe de Tara avait répondu présent aux côtés de Laurent Fabius (Ministre des Affaires Etrangères et du Développement International) ainsi que SAS le Prince Albert II de Monaco pour témoigner de l’impact du réchauffement climatique sur les mers du globe et sur les hommes qui les peuplent.

Un écosystème de plus en plus fragilisé et dont la lente détérioration n’était pourtant pas encore à l’ordre du jour des débats prévus lors de la COP21. Un constat alarmant qu’est encore venu renforcer la dernière expédition Tara Méditerranée consacrée aux micro-plastiques et dont les premiers résultats ont mis en évidence l’impact de l’homme sur l’environnement marin. Face à l’ampleur des phénomènes climatiques et à la mobilisation publique et scientifique, Laurent Fabius a annoncé aujourd’hui qu’une journée serait entièrement consacrée à la question des océans durant la COP 21.

Pour faire encore peser l’importance des océans dans les futurs débats et faire naitre des prises de positions concrètes chez les dirigeants du monde entier qui se réuniront en décembre à Paris, TARA a participé aujourd’hui à l’Appel de l’Océan pour le Climat lancé sur la plate-forme Ocean & Climate autour du hashtag #OceanForClimate. Partenaires, associations et anonymes ont ainsi exprimé leur solidarité et leur soutien à la cause océanique via les réseaux sociaux.

À cette occasion, l’équipage de TARA s’est mobilisé depuis les quais de Lorient pour s’associer à l’événement.

Comme eux, vous pouvez faire parvenir vos photos accompagnées d’un panneau marqué #OceanforClimate et vous aurez peut-être la chance d’être sélectionné pour apparaître sur la page d’accueil de https://www.change.org/p/ensemble-faisons-entendre-la-voix-de-l-ocean et retrouvez l’Appel et les propositions qui seront remis aux décideurs politiques lors de la COP21.

ITW d’Etienne Bourgois et Romain Troublé: «Il y aura un avant et un après Tara Oceans»

ITW d’Etienne Bourgois et Romain Troublé : « Il y aura un avant et un après Tara Oceans »

Partie il y a près de 6 ans, l’expédition Tara Oceans sur le plancton marin qui s’est achevée il y a deux ans délivre ses premiers résultats scientifiques. Et ils sont majeurs ! Pour Etienne Bourgois et Romain Troublé, président et directeur général de Tara c’est un moment fondamental pour l’océan, pour la science et pour Tara.


Quel est le principal fait que vous retenez de ces résultats ?
Romain Troublé, directeur général de Tara Expéditions : Avec les scientifiques de Tara Oceans nous avons mis le doigt sur un monde totalement inconnu puisque nous avons découvert plusieurs millions de nouveaux gènes qui vont transformer la façon dont on étudie les océans et peut-être dont on évalue le changement climatique. Pour la première fois un lien est prouvé entre la température de l’Océan et l’écosystème vivant dans ses couches supérieures.

En quoi cette expédition et ses suites sont innovantes?
Romain Troublé : C’est la première étude de l’écosystème planctonique planétaire. Tara Oceans c’est de l’écologie scientifique avec 12 disciplines de recherche différentes. La force de ce projet aussi c’est que tous les scientifiques impliqués travaillent ensemble des quatre coins du globe, depuis 2008 jusqu’aux résultats d’aujourd’hui et ceux à venir.
Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions : Cette expédition c’est aussi une histoire d’hommes et de femmes, de scientifiques bien sûr, mobilisés par Eric Karsenti, de partenaires qui nous ont suivis depuis le début, de marins. Il y a un esprit Tara qui continue dans les laboratoires, qui se transmet à chaque escale. Nous avons reçu un accueil formidable tout au long de la mission Tara Oceans.

Est ce pour vous l’évènement le plus important depuis que vous avez créé Tara Expéditions ?
Etienne Bourgois : Au niveau scientifique oui. C’est la première fois qu’on a de tels résultats avec Tara. Je les attendais depuis très longtemps car le bateau est parti pour cette expédition entre 2009 et 2013 ! On a prouvé que sur un bateau à voiles de 36 mètres, on pouvait aussi faire de la science de haut vol complémentaire de plus grosses unités. Cela ouvre aussi des perspectives énormes sur les résultats à venir. On peut imaginer qu’on sait tout de la Terre mais en fin de compte on sait très peu de choses et en particulier sur les Océans.  Je suis assez fier que les scientifiques de Tara Oceans, autour du CNRS, du CEA et de l’EMBL, apportent des éléments de connaissance très importants à la communauté scientifique mais aussi au grand public. L’histoire nous le dira, mais il y aura sans doute un avant et un après Tara Oceans.

Nous sommes dans l’année « climat » et dans la perspective de la Conférence sur le climat à Paris. Est ce que dans ces résultats il y a un lien établi entre le plancton et le climat ?
Romain Troublé : Oui, l’influence de la température sur la composition de l’écosystème planctonique jusqu’à 500m de profondeur. Ces résultats prouvent ce lien, mais il y a encore beaucoup de recherche à faire sur ces données désormais publiques. Ce que nous savions aussi avant de partir et qui fait consensus,  c’est que le plancton stocke plus de 25 % du CO2 que nous émettons et qu’il serait le premier fournisseur d’oxygène de la planète. J’espère bien que l’on apportera sous peu davantage de précisions.

D’autres résultats sont–ils à venir ?
Romain Troublé : Oui, les scientifiques ne vont pas s’arrêter là. Dites-vous bien que ce n’est que le début, c’est très excitant ! D’autant que l’année prochaine, nous mènerons avec quelques uns de ces scientifiques ainsi qu’avec une équipe internationale et en partie asiatique, une expédition de deux ans dans le Pacifique…

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Le site « Les Chroniques du Plancton » de Christian Sardet, coordinateur scientifique de l’expédition

Des étudiants « Arts Déco » inspirés par Tara

Le temps d’une journée, vingt élèves en première année à l’ENSAD (Ecole nationale Supérieure des Arts Décoratifs), appelée aussi les « Arts Déco », ont navigué sur Tara.

Il s’agit de la deuxième année consécutive qu’un travail collaboratif, entre Tara et l’ENSAD, est mené. A l’initiative de ce projet, Remi Hamoir, professeur de dessins aux « Arts Déco ». Il a eu l’occasion de monter sur Tara en tant qu’artiste au cours de la mission Tara Oceans, en 2010. Alors, c’est tout naturellement qu’il a proposé ce partenariat à l’école qui recherchait un thème fort pour ses « workshops ». Cette année, la démarche est nouvelle. Les élèves se déplacent depuis Paris jusqu’en Bretagne en quête d’inspiration.

Après deux jours passés à collecter des matériaux, des couleurs, des idées sur les plages du Morbihan, c’est plein d’enthousiasme, que ces étudiants montent à bord de la goélette. Ils réalisent la chance qu’ils ont et en profitent au maximum ! Sur le pont, dans le carré, les élèves griffonnent sur des carnets à l’encre de chine, au fusain… Ils prennent des photos, des vidéos, des sons… D’autres se contentent d’observer en ouvrant tous leurs sens. « On fait le plein d’images et de sensations… Par exemple, le mouvement du bateau, c’est très particulier … et puis il y a les odeurs, les bruits… », raconte Anaïs avec le sourire et les yeux pétillants. La démarche leur plaît beaucoup, Ils prennent conscience de l’importance de s’immerger dans le sujet pour capter des émotions. Loin de l’apprentissage basique enseigné, la consigne pour ce travail est  « N’allez pas là où vous connaissez ».

Au cours des deux prochaines semaines, les élèves vont chacun créer une œuvre sur le thème de « L’eau de la mer », exposée prochainement à la Base Tara de Paris. L’inauguration aura lieu en présence d’agnès b.  « Le défi de cette exposition est d’arriver à faire quelque chose de simple et sensible » confie Anaïs. Et de concert, Anaïs et Héloise de conclure : « Le fait que ça traite de l’océan, que ce soit beau que ça nous touche, c’est une manière de sensibiliser ». Ainsi, en attirant le regard sur la beauté des mers, peut-être, le public prendra-t-il conscience de la nécessité de les préserver.

Maéva BARDY

De la Méditerranée au Maine, itinéraire d’un Taranaute.

Dans la famille Haëntjens, il y a le père, Cyril, partenaire de Tara Expéditions avec sa société France Collectivités SAS, et le fils, Nils, ingénieur et stagiaire polyvalent à bord de Tara Méditerranée. Deux passionnés de voile. Nils, c’est la force tranquille ! Souriant et avenant, il possède le profil idéal du compagnon de navigation. Pour le jeune ingénieur, l’aventure Tara s’est prolongée, loin du bassin méditerranéen où elle avait commencé.

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Tandis que la goélette a passé l’hiver à Lorient, Nils était de l’autre côté de l’Atlantique, à l’est des Etats-Unis, non loin de la frontière canadienne. Et c’est grâce à une rencontre à bord de Tara qu’il poursuit l’aventure scientifique au sein d’un laboratoire de l’Université du Maine. A l’occasion d’un échange sur Skype avec Noëlie, journaliste correspondante, Nils expliquait le lien entre Tara et le projet de mesures optiques des océans financé par la Nasa depuis plusieurs années sur lequel il travaille actuellement. Voici un petit résumé de leur conversation.

« La neige a enfin fondu ! » Après quelques minutes de discussion sur Skype, cette phrase sonnait comme le cri du cœur. Installé dans le Maine depuis le mois de janvier, Nils a découvert un climat rigoureux qui n’a rien à voir avec celui de l’hexagone. Il semble pourtant avoir profité de la saison hivernale en arpentant les 40 kilomètres de pistes de ski de fond situés aux abords de l’Université. Mais le retour du printemps lui offre de nouvelles perspectives d’exploration et il a déjà troqué ses raquettes et ses skis contre un canoë.

Installé au bureau de sa chambre d’étudiant, sur le campus, Nils me présente le projet dans lequel il s’est engagé pour les deux années à venir : «Je réalise un master en océanographie dans le laboratoire du scientifique Emmanuel Boss au sein de l’Université du Maine» C’est à bord de Tara, sur l’étape reliant Chypre à Maltes pendant Tara Méditerranée, que les deux hommes ont fait connaissance. Emmanuel, professeur de sciences marines et spécialiste des données optiques, cherchait une personne de confiance pour gérer plusieurs instruments embarqués et réaliser des manipulations sur le radiomètre hyperspectral flottant (HTSRB) et les capteurs de  conductivité, température et profondeur (CTD). Et c’est à Nils qu’il confia cette mission. Peu de temps après, Emmanuel lui proposait un poste aux Etats-Unis, pour travailler sur un projet pour lequel il venait d’obtenir une bourse. Nils n’a pas hésité une seconde !

Et lorsque je l’interroge sur le travail qu’il effectue au sein du laboratoire, voici sa réponse : « L’idée c’est d’utiliser l’optique pour étudier les masses de phytoplancton et leur distribution dans les océans. Je m’investis sur un projet bien particulier. En fait, nous recevons des informations des satellites sur la distribution du plancton qui requiert une calibration. Pour cela, nous envoyons des flotteurs, un peu comme la CTD à bord de Tara, sauf qu’il s’agit d’instruments autonomes qui envoient leurs données aux laboratoires par satellites. Nous allons donc concevoir de nouveaux flotteurs, plus précis qu’auparavant, équipés de radiomètres hyperspectraux qui vont contribuer à la calibration de la prochaine génération de satellites envoyé en 2020 ». Sait-on pourquoi les mesures actuelles sont faussées ? « Oui, lorsque les satellites prennent une photo, la lumière qu’ils reçoivent est d’abord modifiée par l’atmosphère. C’est un premier facteur mais il en existe d’autres que nous devons prendre en compte. Par exemple, lorsque nous plaçons un capteur qui mesure la lumière dans l’eau, celui-ci génère sa propre ombre. Donc il modifie l’environnement dans lequel nous souhaitons mesurer. Mon travail est de savoir comment ce capteur va modifier son environnement, de combien, et qu’elles sont les corrections que nous devrons appliquer pour prendre la bonne mesure, comme si le capteur n’était plus là. J’utilise des simulations de Monte-Carlo pour cela. » Nils semble avoir attrapé le virus de la science et ses compétences d’ingénieur lui permettent de traiter une multitude de données à l’aide de la programmation.

Bien intégré à son nouveau milieu, il commence même à chercher ses mots en français ! Son temps libre, il le passe à explorer la côte : « Pour l’instant j’adore, ça change radicalement de Paris. C’est la campagne, et je m’adonne à de nombreuses activités en pleine nature : de la rando, du VTT… La côte est très belle, toute dentelée et bordée par des forêts de sapins. Il n’y a pas une baie qui ressemble à une autre. » De l’autre côté de l’Atlantique, les proches de Nils ont organisé l’escale et les visites de Tara à Penerf en Bretagne en avril denier, le fief des Haëntjens. Tara est un membre à part entière de cette famille, et le passage de Nils à bord semble lui avoir ouvert une nouvelle voie professionnelle.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Vidéo : pénétrez au coeur de Tara

Plongez dans les entrailles du Tara et découvrez ces marins qui œuvrent de tout leur cœur pour préparer Tara aux prochaines expéditions.

© M.Bardy/Tara Expéditions

La nouvelle version de la Cité de la Voile à Lorient

Tara était présent le 25 avril dernier à l’inauguration de la nouvelle Cité de la Voile Eric Tabarly. Après six mois de travaux, la Cité de la Voile propose un nouveau parcours muséographique autour de la plaisance, de la course au large et de la voile moderne, totalement repensé en matière d’interactivité : écrans géants, cinéma dynamique 4D,  bornes multimédias, maquettes à manipuler… Les toutes dernières technologies sont utilisées pour illustrer les innovations des voiliers de course et pour donner envie aux néophytes de découvrir le plaisir de la navigation.

Tara est cité pour illustrer les coques de bateaux en aluminium Cité de la Voile Eric Tabarly in Lorient.

Lorient et Tara sont liés depuis juillet 2006, date à laquelle Lorient est devenu le port d’attache de la goélette. Si Tara sillonne les mers du monde, c’est à Lorient que le bateau fait escale et qu’il est entretenu. Amarré à l’un des pontons de la Cité de la Voile, les visiteurs peuvent venir l’approcher de très près. « Tara suscite un engouement fort de la part du public qui réclame des infos, des visites… Ils l’ont suivi et ont envie de l’approcher, de le toucher. » Témoigne Jean-Marc Beaumier, directeur de la Cité de la Voile. Et quand la goélette part en expédition, une borne interactive permet de suivre, au jour le jour, ses périples.

Les missions Tara Expéditions permettent d’ajouter du contenu scientifique et de faire passer des messages auprès du grand public sur la fragilité des océans, explique Jean-Marc Beaumier : « C’est aussi une façon d’aborder des sujets environnementaux par le biais des médiations et des animations. Car même si le parti pris scénographique de la Cité est plus axé sur les nouvelles technologies et les courses au large en particulier, Tara a sa place dans des expositions temporaires. »

La nouvelle Cité de la Voile prend une toute autre dimension maintenant qu’elle est aussi le centre d’information du site touristique et nautique de Lorient La Base. Une reconversion réussie pour ces 23 hectares de site militaire devenus le plus grand pôle européen du nautisme et de la course au large. Lorient, capitale de la voile, garde sa suprématie de ville ouverte sur l’océan. « Tara est notre meilleur ambassadeur sur toutes les mers du monde. Un partenariat dont on est fiers car Tara véhicule et défend des idées universelles qui concernent tout le monde » conclut Jean-Marc Beaumier.

Maéva Bardy

Informations pratiques :

- Adresse de la Cité de la Voile : Base de sous-marins de Keroman, 56200 Lorient

- Pour en savoir plus : Visiter le site de la Cité de la Voile

- Cliquer ici pour connaitre tous les accès à la Cité de la Voile

Remise en route du Tara après plusieurs mois de chantier

Après la mission de sensibilisation en rivière de Penerf, Tara a fait route vers Lorient. En chemin, Brigitte (le moteur Bâbord) et Thérèse (le moteur Tribord), deux mastodontes d’1,2 tonne, près de 30 ans de service pour déplacer les 140 tonnes de Tara sur les mers du monde entier, ont montré quelques courbatures bien normales après 4 mois d’arrêt technique.

Brigitte a fait plusieurs baisses de régime douteuses. L’arrivée de gasoil est suspectée. Daniel Cron, second sur le Tara, descend en salle de machines au moment où Thérèse fait des siennes à son tour.

Finalement, Brigitte résistera jusqu’à Lorient grâce à une purge régulière du filtre à gasoil pour évacuer les bulles d’air responsables de ses soubresauts. Quant à Thérèse, plus de peur que de mal. La fuite venait d’une défaillance de la pompe de refroidissement. Une fois le moteur éteint, la pompe a été remise en service à temps pour l’arrivée. Tara a pu ainsi rentrer sereinement dans le chenal de Lorient, propulsé par ses deux moteurs, grâce à la persévérance des deux mécaniciens, Loic et Daniel, qui auront passé la majorité du trajet en salle des machines.

Tara doit se tenir prêt pour les missions futures. Cet été, le Groenland, l’année prochaine le Pacifique puis l’Asie du Sud Est. Son secret ? Le travail incessant de l’équipage pour l’entretenir. Une maintenance quasi quotidienne est nécessaire. Et après de longues missions, il retourne à Lorient, son port d’attache, pour une révision complète. Cet hiver, quatre mois dont deux en cale sèche ont été nécessaires afin de vérifier l’étanchéité des cuves de gasoil, des vannes, de l’arbre à hélice… Les moteurs ont également été passés en revue : joints de culasse, pistons… Un passage obligé pour lui redonner son éclat. L’âge aidant, il faut redoubler d’attention, bichonner chaque élément de ce fier navire et veiller avec précisions sur toutes les pièces devenues capricieuses.

Cette sortie était l’occasion de tester les réparations effectuées et le cas échéant de revenir dessus pour affiner certains réglages. D’ici un mois Tara devra être fin prêt pour les prochaines aventures qui l’attendent !

Maéva Bardy

Vidéo : Tara au Tour de Belle-Ile

Cette année, la régate du Tour de Belle-Ile, a choisi Tara comme bateau-comité. La goélette a eu le plaisir de donner le départ aux 500 bateaux participants. A son bord, les arbitres ont scruté l’horizon tout au long de la journée et noté l’ordre des participants à franchir la ligne d’arrivée.

© M.Bardy/Tara Expéditions

En vidéo : Mission de sensibilisation sur Tara

Cette année, Tara met le cap vers la Conférence Climat de Paris en décembre (COP 21) et effectuera plusieurs escales sous le signe de l’Océan et du Climat afin de sensibiliser le grand public à la cause de l’Océan et à l’importance de son intégration dans les négociations climatiques.

Tara en Fête

Tara est arrivé vendredi soir à Penerf. Une vedette SNSM a aidé ce géant d’aluminium à manœuvrer dans l’étroit chenal, entre les hauts-fonds et les parcs à huîtres, pour atteindre un mouillage où la goélette restera jusqu’à lundi.

Nous avons été accueillis en grande pompe par les habitants de Penerf et Pencadenic, deux villages situés de part et d’autre de la rivière de Penerf. Bombarde et Biniou retentissaient à bord de la vedette SNSM et nous ont fait oublier la grisaille de cette fin d’après-midi.

Tout le week-end Tara est en fête. Les habitants de la région sont au rendez-vous et même certains visiteurs se sont déplacés depuis Paris, Toulouse…  Des curieux certes, mais d’autres suivent Tara depuis de nombreuses années et ce n’est pas la pluie qui les arrête ! Au cours du week-end, ce sont près de 1000 personnes qui ont emprunté le passeur pour venir visiter cette embarcation mythique. Tous sont passionnés par l’histoire de ce bateau et de son équipage. Et de ce côté, ils sont servis ! A bord, sur sept personnes, dont cinq marins, une cuisinière et une correspondante de bord, la plupart sont déjà partis sur des missions au long cours pour le Tara (Tara Arctic, Tara Oceans, Polar Circle ou Tara Méditerranée) et ne tarissent pas d’anecdotes à raconter.

A la Maison de l’Huitre, la salle est comble à l’occasion de la projection du film “Voyage au cœur de la machine climatique”. Vincent Hilaire, correspondant de bord lors des missions Tara Arctic est venu dédicacer son livre “Voyage autour du pôle à bord de Tara”. Il répond aux questions qui fusent et reflètent les inquiétudes actuelles liées à l’évolution du climat. C’est sûr, le Tara exerce un effet magnétique. Il captive l’attention des visiteurs, toutes générations confondues.

Samedi soir, du côté de Pencadenic, la pluie a enfin cessé. Dégustation d’huîtres offerte par les ostréiculteurs, « Eco soupe » servie à volonté et concert de rock’n roll permettent de finir la journée en beauté. L’occasion pour tous d’échanger le temps d’une soirée sur le retour d’expériences de ces marins aventuriers…

Maéva Bardy

Une rose blanche pour Florence Arthaud

Une rose blanche
En ton hommage Florence,
Est lancée de la main
De tes camarades marins.

Bien des mers traversées
Pour la petite fiancée,
Avec ton courage insolent
Face aux tumultes de l’océan.

Un souffle d’air t’a transporté
Au-delà des cimes, des plaines…
Ce courant sans fin te sème
Jusqu’aux mers du monde entier.

Depuis le pont de Tara
Des fleurs sont jetées.
Dans nos cœurs tu continueras
De voguer à nos côtés.

A ta mémoire.

Toute l’équipe de Tara Expéditions

CREDITS MAEVA BARDY-TARA-Florence Arthaud

Embarquée à bord de Tara

Bien que fraîchement embarquée sur le Tara en tant que correspondante de bord, voilà que je me sens déjà un peu chez moi. Cette impression est probablement due au confort qui règne dans toutes les pièces à vivre.

Le carré est la pièce la plus spacieuse et lumineuse grâce aux grandes baies et à son plafond en forme de bulle transparente qui laisse passer beaucoup de lumière. Les larges coursives permettent de circuler aisément entre le carré et l’avant du bateau, les cabines sont agréables grâce aux panneaux de pont qui laissent passer la lumière naturelle en grande quantité. D’autres petits détails ont également attiré mon attention comme une bibliothèque plutôt bien fournie, les douches sont à l’eau chaude et des radiateurs dans chaque pièces à vivre préviennent du froid pour les missions polaires.  Quant à la cuisine équipée, elle nous ferait presque oublier que nous sommes sur un bateau. 

A la fois, cette impression n’a rien d’étonnant pour un navire qui part en mission au « bout du monde » pendant parfois plusieurs années. Même si l’équipe à tous les postes (marins, scientifiques, cuisinier et correspondant de bord) se relaie régulièrement à bord, il faut pouvoir se sentir à l’aise rapidement.

En fait, j’ai surtout été impressionnée par l’ambiance de travail. Tout est soigneusement organisé. Des posts-it collés sur un tableau permettent à chacun de connaître les tâches en cours et celles qui restent à faire. La journée commence à 8h et tous les matins, au cours de la réunion de travail, chaque membre de l’équipe est invité à s’exprimer à son tour sur ce qu’il s’est fixé comme tâches à accomplir dans la journée, le temps nécessaire estimé et les difficultés qu’il rencontre. Même après plusieurs mois de chantier, il reste encore beaucoup de petites choses à terminer : une moquette à changer dans le carré, une recherche ardue de défaut d’isolement dans la console moteur du poste de pilotage, la création d’étagères de rangement dans la cale arrière et la mise en place de 120 leds afin de remplacer l’ancien système d’éclairage.

Bref, pas le temps de chômer, tout doit être en ordre pour notre arrivée à Penerf aujourd’hui où l’heure est à la communication et à la sensibilisation auprès du grand public. Les visiteurs nous attendent samedi et ne doivent surtout pas se douter de l’ambiance de chantier qui régnait à bord la veille.

Maéva Bardy

 

Portrait d’un apprenti aventurier

Louis Willmote est apprenti électricien et légionnaire de l’humour. Les Taranautes ne tarissent pas d’éloges sur ce jeune aventurier et les compliments fusent à chaque fois qu’on évoque son nom. Avec son petit côté loufoque et attachant, il est vrai que le jeune Louis anime l’ambiance du bateau. Portrait d’un apprenti aventurier.

25 ans, un faux air de Gad Elmaleh, l’apprenti de Tara embarquait la première fois il y a maintenant 3 ans, de Bretagne à destination de l’Irlande. Et c’est grâce à sa persévérance qu’il a pu intégrer l’équipe : « J’avais vu le bateau rentrer de son expédition Tara Arctic en 2008, à Lorient. J’avais 17 ans et je venais à peine de commencer mes  études techniques. J’ai envoyé mon CV à maintes reprises avant d’être pris en stage à bord. Finalement, lorsque la goélette est revenue de Tara Oceans, en 2012, on m’a contacté pour travailler sur le chantier. » Aujourd’hui, Louis partage son temps entre ses cours à l’IUT de Nice et son investissement à bord. Et le jeune homme bouillonne d’idées concernant les énergies renouvelables à mettre en place sur le voilier.
Lorsqu’il ne suit pas le fil rouge du circuit électrique de Tara, il part à l’aventure. Inspiré par Kim Hafez, Sylvain Tesson ou Alexandre Poussin, il met tout en œuvre pour ne pas être un lecteur passif. « J’ai lu beaucoup de récits d’aventuriers, confie-t-il, des gens qui ont réalisé des choses extraordinaires. Et puis un jour la lecture ne suffit plus et il faut se dire pourquoi pas moi ! » Voilà comment Louis et son ami Douglas ont imaginé le projet « Mare Nostrum », un périple d’un an et quatre mois en Méditerranée pour relier Gibraltar à Istanbul en kayak.

En mai 2013, le jeune électricien embarque à bord de Tara Oceans et effectue une traversée jusqu’à Tromsø, en Norvège. Trois semaines plus tard, il se rend à Gibraltar pour Mare Nostrum. Un projet qui a d’abord pris forme sur une banale feuille de papier avant de se concrétiser sur l’eau un an et demi de préparation plus tard. Et les 12 mois de traversée se sont transformés en 15 mois d’aventure, grâce à l’appui financier de la Sorbonne et de la DCNS.
10 000 km ont été parcourus à la force des bras, en toutes saisons : « un engagement physique intéressant. » Louis n’en était pas à son coup d’essai, il avait traversé la France en kayak en 2009 de Brest à Collioure.
Inspirés par Tara, les deux rameurs ont effectué des prélèvements pour l’Université de Toulon et l’Observatoire de Villefranche-sur-Mer ; ils ont communiqué avec des écoliers. « Au début tu pars de rien : ce sont deux étudiants qui ont un projet, puis tu rencontres des gens intéressés. Finalement, tu décroches ton premier partenariat grâce à certains rêveurs qui te tendent la main. »

Pour Louis, une aventure en chasse une autre. Entre son arrivée à Istanbul en kayak et son dernier embarquement à bord de Tara en octobre dernier, seulement trois petites semaines se sont écoulées. Malgré le confort relatif à bord, après 15 mois de camping Louis était heureux d’être au chaud, d’enfiler des chaussettes propres chaque matin et de se faire chouchouter par Dominique, sa cuisinière de cœur. L’apprenti se réjouissait de lâcher les rames pour réaliser des choses concrètes à l’aide de ses mains et de retourner aux études pour apprendre. Lucide, Louis sait que d’autres épopées l’attendent : « Lorsque j’aurai bien profité de la chaleur humaine, que j’aurai à nouveau bien mangé et que j’en aurai assez de l’école,  il sera temps pour moi de retourner à des choses plus folles. » Pour le Taranaute, l’aventure est un virus qui démange…

Noëlie Pansiot

Visiter le site du projet Mare Nostrum

Articles associés :

- Lire le dernier journal de bord “Les p’tits mots du bateau”

- Lire l’interview de Corentin de Chatelperron, Nomade des Mers

 

Les p’tits mots du bateau

Après 3 mois de chantier, le bateau a été remonté pièce par pièce par l’équipe en place, et il est de nouveau à flot. Les derniers boulons devront être resserrés avant le 25 avril, date des premières visites à Pencadenic, dans le Morbihan.

Comme à chaque chantier, les marins se sont aventurés dans des recoins inattendus, ont soulevé des trappes inexplorées, découvert des renfoncements oubliés, et se sont même engouffrés dans les cuves à gasoil qui ont été dégazées pour inspection. Derrière une plaque en bois, une pièce en métal ou un objet, ils ont parfois découvert des p’tits mots griffonnés par leurs prédécesseurs. Des messages qui, lorsqu’ils ne les ont pas fait rire, les ont intrigué. Ces dédicaces ont alimenté les discussions, ont fait travailler l’imagination des équipiers devenus les joueurs d’une sorte de Cluedo grandeur nature : « c’était Danou, avec un marqueur noir, derrière le frigo ! »

Daniel Cron, dit Danou, chef mécanicien s’est déjà prêté au jeu, en temps qu’auteur mais aussi comme lecteur : « Cela a débuté il y a plusieurs années. Nous en découvrons dans certains endroits que nous ne démontons que très rarement, dans des lieux vraiment improbables. A présent c’est à notre tour d’écrire des messages à l’attention des personnes qui tomberont dessus dans le futur… » Seul l’écrit perdure.

Sur une planchette en bois située quelque part sous le grand carré, non loin de la cloison étanche qui sert d’entrée, quelqu’un avertit « si tu en es là, c’est que tu vas en baver. » Autrement dit, la tâche que tu t’apprêtes à accomplir n’est pas une mince affaire… alors bon courage ! Sur le couvercle du ballaste, les marins ont pu lire « serré en 2011 », avec un point GPS situé dans l’Océan Indien. Derrière le réfrigérateur, Danou et Dominique, la cuisinière, ont eux aussi apposé une marque indélébile. Quel message ont-ils inscrit ? Ceux qui auront la tâche de déplacer le lourd frigo le découvriront, probablement à l’occasion d’un prochain chantier. Et à leur tour, ils pourront laisser une trace de leur passage à bord.

Noëlie Pansiot

Aux portes du printemps

A trois jours de sa mise à l’eau à Lorient et à la veille du printemps et de « la marée du siècle », Tara profite du lever de soleil avant qu’il ne s’éclipse.

A bord, on peaufine les derniers « détails » pour le jour j, Daniel Cron et Loïc Caudan aux machines, derniers coups de visseuse pour Christophe, remontage des moulins à café et préparation du pont pour Nicolas Bin et Matthieu Oriot, Jean Collet à l’intendance du grutage et de l’emplacement à quai, le tout géré dans un calme et une bonne humeur quotidiens sous le regard bienveillant de Samuel Audrain, le Capitaine.

Durant ces trois mois de chantier, un vrai groupe de copains s’est créé, certains se connaissaient des expéditions précédentes mais la mayonnaise a bien pris avec les petits nouveaux aussi. Tout le monde travaille dans le même sens et tout se passe avec légèreté. Ce matin, drôle de hasard, en écoutant France Inter on reconnait agnès b., notre marraine, qui raconte son  printemps. Avec elle le printemps ne vieillit jamais… Elle raconte le fait de fredonner partout, tout le temps. Et bien à bord ça se passe un peu comme ça.

Tara s’est offert une nouvelle jeunesse, et chacun a le sentiment d’avoir fait du bien au bateau.

Loïc et Daniel ont réalisé un sacré travail sur le démontage et remontage du moteur tribord, sur papier ça ne prend qu’une phrase mais il faut imaginer la patience et l’application dont ils ont fait preuve, succès assuré !

Christophe le magicien ou sorcier, c’est selon, a retransformé l’ancien labo sec en cabine et, sous les plans de Samuel Audrain, a recréé un labo sec sur mesure à la place du petit carré. Sacré boulot ! A côté de cela il s’est occupé de refaire l’isolation des trappes d’accès aux moteurs par le carré, même Jean a enfilé son bleu pour l’aider, c’est dire l’émulsion de ce groupe !!

Matthieu et Nicolas ont remonté les cages d’hélices et, en prévision de la visite de sécurité annuelle, se sont plongés dans l’inventaire complet de l’armement de sécurité, la pharmacie, les cartes et documents techniques obligatoires, un sacré morceau aussi.

De son côté Louis Wilmotte a piloté les interventions sur l’électricité, changement d’inverters, de tableaux électriques et, attendus de tous, a entamé l’installation des leds ! Que la lumière soit !

Samuel, quant à lui, joue les contorsionnistes et chef d’orchestre entre téléphone, mails et coups de main aux uns et aux autres dès qu’il le peut, guider les intervenants extérieurs, épaulé par Jean, le directeur technique du chantier qui, soit dit en passant, nous apporte régulièrement un excellent café « torréfié maison ».

Tout va bien à bord donc, vivement qu’on se remette à flotter !!

Nicolas Bin

Etienne Bourgois et Romain Troublé : “le lien entre les acteurs du terrain et les politiques”

Etienne Bourgois est l’initiateur et le président de Tara Expéditions. Avec Romain Troublé le secrétaire général de Tara, ils se partagent la responsabilité du projet. De leur propre aveu, ils ont trouvé « l’accord parfait ».

Etienne qui est avant tout, directeur général d’agnès b, intervient sur la stratégie et la vision à  long terme de Tara Expéditions. Il se définit aussi comme un « agitateur ». Romain œuvre lui au quotidien pour Tara. Interview à deux voix.

On n’a pas l’habitude de vous entendre ensemble. Qu’est ce qui vous lie ?

Etienne Bourgois : Nous sommes tous les deux passionnés de mer, d’aventure et d’environnement. Il y a aussi sans doute chez nous un grain de folie car nous avons pris beaucoup de risques avec ce projet depuis plus de 10 ans. Paradoxalement c’est ce qui fait que nous ne nous ennuyons pas et que le projet dure !

Romain Troublé : Ce qui nous lie c’est le bonheur, grâce à Tara, de rencontrer des gens fantastiques, compétents et si différents à la fois. Je pense que nous sommes tous les deux conscients de cette richesse.

Bonne année même avec un petit peu de retard… Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour cette année 2015 ?

Etienne Bourgois : Que la Conférence sur le climat à Paris à la fin de cette année soit à la hauteur de nos attentes et que la France entraine l’Europe à cette occasion sur le chemin concret de l’environnement.

Romain Troublé : Pour compléter, je souhaite que l’Océan prenne plus de place dans les discussions sur le climat dans les prochaines années. Et aussi que nos partenaires, si importants, soient toujours fiers de leur engagement à nos cotés.

Qu’allez vous faire cette année justement dans le cadre de la Conférence sur le Climat ?

Romain Troublé : Nous souhaitons mettre en évidence les relations entre l’Océan et le Climat par le biais d’évènements, de conférences et des escales de Tara. Nous sommes membre et consacrons beaucoup d’énergie à la Plateforme Océan et Climat qui réunit près d’une quarantaine d’organismes scientifiques, d’universités, d’organisations à but non lucratif, de fondations, de centres de science, d’établissements publics et d’associations d’entreprises avec l’appui de I’UNESCO. Cette plateforme collaborative a vraiment pour but d’apporter plus de visibilité aux enjeux liant l’Océan et le Climat avant et pendant la Conférence Climat de Paris en décembre 2015.

Tara a développé un volet plus citoyen ces dernières années…

Etienne Bourgois : Le bateau est bien sûr toujours aussi important, c’est notre principal outil et symbole. Mais nous avons passé énormément de temps en mer depuis plus de 10 ans, il est important aussi de prendre du temps pour restituer le fruit de nos recherches et de nos expériences auprès du grand public et des décideurs. Il est primordial pour nous de faire le lien entre les acteurs sur le terrain et les décideurs politiques. C’est pourquoi nous développons notamment notre engagement environnemental. C’est à dire notre présence lors de discussions internationales sur l’Océan. C’était le cas par exemple il y a quelques jours à l’ONU sur la question du statut juridique de la Haute Mer, c’est une bataille que nous menons depuis près de trois ans. Les nations se sont mises d’accord pour lancer les négociations sur ce futur statut juridique de la Haute Mer qui représente tout de même la moitié de la planète. Pour nous, c’est un grand pas en avant qui annonce cinq années de négociations.

Quels sont les temps forts pour vous cette année ?

Etienne Bourgois : Le point d’orgue de notre année 2015 sera la venue de Tara à Paris durant les deux derniers mois de l’année. Nous « apporterons » l’Océan à Paris. Avant cela, un premier moment fort aura lieu le 8 juin à l’UNESCO lors d’une conférence internationale « Océan et Climat » organisée avec la France, Monaco et l’UNESCO. Il est prévu ce jour là un appel des scientifiques auprès des politiques.

Aussi au programme pour Tara : un documentaire long métrage que nous co-produisons, diffusé en prime time en novembre toujours sur le thème de l’Océan et du Climat.

Romain Troublé : Un autre volet important cette année concerne notre programme sur le plastique et les suites de l’expédition Tara Méditerranée 2014. Après le constat, que fait-on ? Afin de rassembler de nombreux acteurs du secteur en Méditerranée, nous organisons à Monaco, les 10 et 11 mars prochain avec Surfrider Foundation Europe, la Fondation Mava et la Fondation Prince Albert II de Monaco la conférence « Plastique en Méditerranée : Au delà du constat, quelles solutions ? ».

Et à la Base Tara à Paris nous organiserons cette année un cycle d’expositions, de projections et de conférences sur les thèmes qui nous sont chers.

Tara est en chantier. Dans quel état est-il rentré de Méditerranée en novembre dernier ?

Etienne Bourgois : Les moteurs sont rentrés fatigués de cette expédition. Ils ont été éprouvés par le fait de tourner au ralenti pendant les nombreuses stations scientifiques. La priorité de ce chantier est donc de les reconditionner. Nous avons aussi spécialement fabriqué deux trappes dans le plancher du carré pour pouvoir les sortir. Avant il nous fallait découper et ressouder le plancher à chaque fois !

Romain Troublé : Aujourd’hui le bateau est au sec car l’équipe travaille aussi sur les œuvres vives du bateau. Ainsi que sur l’électricité : tout l’éclairage des cabines, du pont, des mâts et des machines va être remplacé par des leds.

En quoi va consister l’expédition de Tara sur le Corail dont le départ aura lieu en 2016 ?

Etienne Bourgois : On avait commencé le travail sur le corail pendant l’expédition Tara Oceans entre 2009 et 2012 mais nous ne l’avions pas approfondi. Cette grande expédition conçue avec les excellents scientifiques avec lesquels nous avons l’habitude de travailler et d’autres en sera l’occasion.

Romain Troublé : Le corail est le seul animal que l’on voit de l’espace. Les récentes estimations indiquent qu’environ 20% des récifs ont définitivement disparu, que 25% sont en grand danger et que 25% supplémentaires seront menacés d’ici à 2050. C’est dans ce contexte que s’intègre la mission de Tara sur le Corail entre 2016 et 2018 qui se fera aussi en collaboration avec des laboratoires asiatiques. La zone de recherche s’étendra de la Colombie, à l’Indonésie, via la Polynésie, le Japon, la Nouvelle Calédonie, la Papouasie, Palau, et Taiwan. Nous approchons à la fin de la phase de définition scientifique de l’expédition. Et ce que je peux vous dire, c’est que la plongée pendant cette expédition constituera un nouveau volet de l’histoire de Tara et ça c’est très excitant !

Avez vous des projets d’expéditions polaires pour Tara ?

Etienne Bourgois : Nous avons de grandes ambitions pour la prochaine mission polaire de Tara en 2019. Nous prenons donc le temps de la préparer. Surtout, et ça c’est un scoop, nous commençons aussi à réfléchir à la construction d’un concept de base polaire, et d’un nouveau bateau, une sorte de fils ou de fille pour Tara !

Un point avec le capitaine

Les travaux vont bon train sur la zone technique de Keroman, à Lorient. Mis au sec depuis un mois, Tara fait peau neuve. La baleine passe entre les mains expertes d’une petite équipe de réparateurs, parmi eux : Samuel Audrain, Capitaine, qui travaille à bord depuis 9 ans. Le trentenaire a bien voulu interrompre ses activités pour faire un point sur l’avancement du chantier.

Quels sont les travaux majeurs à réaliser sur ce chantier ?

Nous avions établi une liste de choses à faire au retour pour le chantier lors de l’expédition en Méditerranée, nous avançons au fur à mesure, mais une chose en ajoutant une autre, notre liste se rallonge. Actuellement, nous sommes cinq à bord, des marins navigants qui connaissent le bateau, d’autres qui le découvrent, et nous faisons aussi intervenir une équipe de soudeurs à plein temps et un menuisier. Le bateau est en aluminium et nous avons beaucoup de travaux à effectuer de ce côté là. Les gros travaux que nous avons entrepris concernent les moteurs. Nous avons pris un petit peu de retard et « Thérèse », le moteur tribord, est toujours déshabillée en attendant des pièces. L’autre tâche importante concerne les réservoirs de gasoil. Tara possède une capacité de 40 000 litres répartis dans 5 cuves. Après 25 années de navigation, la goélette connaît quelques problèmes d’électrolyse typique des bateaux en aluminium : des chancres se sont formés, autrement dit certaines taules ont été rongées par endroits ce qui laisse échapper des odeurs de gasoil dans certaines cabines. Nous avons donc purgé et nettoyé tous les réservoirs avant de les mettre en pression pour déceler les fuites. Ce n’est pas une mince affaire car tous les aménagements du bateau ont été construits au-dessus de ces cuves, mais nous arrivons au bout.

Nous vérifions également le circuit d’assèchement et d’incendie, nous modifions des portions de tuyaux en alu etc. Sur le pont nous procédons à un examen des systèmes de transmission de winch. En fait, dès qu’on soulève une planche à un endroit, qu’on s’attaque à une zone, nous faisons un petit check up ou nous repositionnons les choses pour faire évoluer les systèmes. Donc forcément tout prend du temps et nous le prenons avec la contrainte que Tara devra être remis à l’eau fin mars ou début avril. Nous aurons aussi l’occasion de “tester” le bateau en nous rendant à la Trinité sur mer car Tara donnera le départ du Tour de Belle Ile le 9 mai prochain.

Le travail sur le chantier est complémentaire de celui qui est effectué au quotidien en navigation…

J’ai déjà participé à plusieurs chantiers. En tant que personnel navigant, être présent au moment d’un chantier c’est très intéressant parce qu’on découvre d’autres facettes du bateau, on découvre des choses auxquelles on n’a pas accès en mer. C’est aussi très enrichissant pour Loïc et Nicolas qui travaillent ici pour la première fois. Loïc désosse « Thérèse » avec Daniel et il apprend énormément.

D’un point de vue personnel, en terme de rythme, nos habitudes sont bousculées. Je découvre une vie de « terrien » avec un petit appartement, une vie sociale, des week-ends et du temps pour faire du sport… Tout ça est très différent de ce que nous vivons en mer.

Après les réparations, il y aura la préparation du bateau?

En ce moment, nous soignons la goélette de ses maux de vieille dame. Le prochain chantier sera dédié à la préparation de la Mission Corail 2016. Nous avons déjà démonté le laboratoire sec pour le transformer en cabine. Le petit carré accueillera le prochain labo. Nous réfléchissons à modifier le portique arrière et les systèmes de levage pour accueillir un zodiac semi-rigide conséquent nécessaire au programme plongée.

Comme tu peux le voir, nous avons également réalisé deux grosses trappes de visite au-dessus des moteurs, parce que finalement à chaque fois qu’il fallait les changer nous devions découper le carré. A présent, tout est amovible et nous y aurons accès rapidement. C’est une petite évolution !

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

Réunion de chantier

A l’occasion d’un rapide passage en Bretagne, Noëlie Pansiot, correspondante à bord pendant l’expédition Tara Méditerranée, a rendu visite aux marins navigants transformés, le temps d’un chantier, en réparateurs polyvalents hors pair. 

C’est la première fois que je reviens à bord de Tara depuis la fin de ma mission en novembre dernier. Je suis impatiente de revoir mes camarades, de découvrir la baleine hors de l’eau, « mise à sec », de voir ce qu’elle a dans le ventre. J’ai aperçu quelques photos du chantier, le bateau semble à vif, il dévoile ses entrailles…

Il est 7h55, lorsque Daniel, Mathieu et moi-même arrivons au pied de Tara. Nous sommes ponctuels, le briefing de l’équipe démarre dans 5 mn. Le jour perce à peine, tout est gris sur la zone technique de Keroman, mais les formes voluptueuses de la goélette se distinguent des autres navires qui siègent à ses côtés. J’avance au pied des géants qui se dressent tout autour de moi, en équilibre sur de gros bers.

Nous  accédons au pont de Tara par un escalier d’échafaudage un peu raide. Les garçons ouvrent la voie, ils connaissent le chemin par cœur. Je fais bonne figure en escaladant les hautes marches, et dans mon fort intérieur je prie pour que les larges cales en bois qui soutiennent le bateau soient solides.

A bord, Samuel Audrain dit Sam, le Capitaine, est déjà en compagnie de deux petits nouveaux : Loïc Caudan et Nicolas Bin. Je suis accueillie gaiement par la troupe qui réclame la bise : « On ne te voit pas souvent ! » Les salutations faites, la réunion peut commencer. Il est 8h, la bouilloire vient d’être placée sur le feu par Nicolas.

Sam prend la parole pour évoquer les travaux du jour. Les termes techniques s’enchaînent et mon cerveau est encore trop embué pour comprendre l’intégralité des échanges. Je compte sur mon dictaphone pour ne rien manquer de ce qui est dit. Derrière Sam, « Thérèse », le moteur tribord gît au centre de ce qui fût le grand carré. Nous nous tenons autour d’une des « rescapées » du chantier : la petite table située tout de suite à droite de l’entrée. Tout le reste a été démantelé pour la fabrication de trappes d’accès au moteur.  Il ne manque qu’un champ stérile autour de Thérèse pour que j’ai l’impression d’assister à une opération à cœur ouvert. A bien y regarder, seule la cuisine n’a pas bougée. Les grands couteaux affutés trônent encore au-dessus du plan de travail, aimantés sur le mur du fond, et la carte postale indiquant « le sens de la vie » tient bon.

Autour de cette irréductible petite table, les marins se relaient pour prendre la parole. Mon regard est attiré par les couleurs acidulées d’une myriade de petits « post it » collés sur le tableau d’affichage en liège. Il s’agit du nouvel outil de management du Capitaine. Le principe est simple et efficace : les différentes tâches sont notées sur des post-it et reparties sous trois colonnes distinctes « à faire », « en cours », « fait ». Les post it sont déplacés d’une colonne à l’autre en fonction de l’avancement du chantier.

Sur la gazinière la bouilloire commence à siffler. Il est 8h20, Jean Collet, Responsable technique à terre, entre dans la pièce et nous gratifie d’un « bonjour ». Chacun sait à présent ce qu’il doit faire. Les travaux peuvent reprendre. Mathieu s’éclipse quelques minutes pour revêtir un bleu de travail et un vieux sweatshirt gris. Son éternel carnet Moleskine à la main, il reporte déjà consciencieusement ses notes. Daniel Cron dit Danou, a disparu dans la trappe qui mène sous Thérèse, en salle des machines. Seuls ses fredonnements trahissent sa présence. Je distingue les notes de « Comme d’habitude », de Cloco et me moque gentiment du Chef mécanicien qui travaille dans la bonne humeur.

Il est déjà temps de dire au revoir à l’équipe, je dois filer sur une aire de covoiturage où j’ai rendez-vous. Danou me lance dans un large sourire : « J’ai été en chantier de te rencontrer. »

Il est 9h20 et dans la voiture qui me conduit à Bordeaux, deux passagers sont déjà installés aux côtés de la jeune conductrice. Les échanges me mettent la puce à l’oreille : mes compagnons de route sont des marins. Raphaël travaille comme bosco sur un nouveau navire d’expédition appelé le Yersin. Christophe, bosco lui aussi, a officié sur Antarctica (ancien nom de Tara) dans les années 80. Hasard de la vie qui me fait sourire… J’envoie un texto à mes camarades restés sur le chantier, je suis sûre qu’ils souriront à leur tour.

 Noëlie Pansiot

 

 

Un lundi en chantier à bord de Tara

8h. Le soleil émerge à peine, le pont du bateau est encore gelé et glissant. Chauffage allumé, le briefing matinal démarre. Samuel, notre capitaine coordonne. Nicolas va s’occuper des engrenages de manivelles de winches sur le pont. Loïc va démonter le moteur tribord pour un nouveau levage (à cause d’un défaut de pression d’huile aux derniers essais). Pour ma part, c’est dans la coursive pour du nettoyage, rangement et changement de câbles et flexibles qui circulent sous le plancher.

8h20. L’équipe des soudeurs arrive. David et Benoît, et ils attaquent aussitôt. Mise en pression des tanks et recherche de fuites. Jean Collet le directeur technique arrive aussi.

Sam s’attaque à une panne électrique due à nos fréquents passages sous les planchers. Pas facile pour un lundi matin. Les soudeurs passent dans le carré et se servent en carambars.

11h. Sam a résolu la panne électrique. Ouf. David après un passage dans le tank central se reprend un carambar pour la route… Nicolas a sorti une grosse poignée de concrétions salées d’un des engrenages et Loïc remplit ses caisses jaunes de morceaux de moteur : turbo soufflante, courroies.

12h pause midi. L’équipe quitte le bord le temps du repas, les soudeurs aussi.

13h30. Reprise, Nicolas continue sa lancée et enchaîne les engrenages, Loïc continue le démontage du moteur, Sam jongle entre coups de fils, paperasses et sollicitations des soudeurs. De mon côté je nettoie la caisse à eaux grises et remonte la VMC de la douche avant. Les carambars diminuent (mais la productivité est là !). On soupçonne un lien entre la consommation de bonbons et la bonne humeur des soudeurs qui mettent du cœur à l’ouvrage. On laisse la boite à disposition !

16h30. Pause  des soudeurs de 5min après un passage difficile de David dans un des tanks. Il se prend une crêpe. C’est la chandeleur aujourd’hui ! Notre mécène en crêpes nous en a livré 60 vendredi dernier (merci !).

Le chantier d’un bateau ; c’est une autre facette de sa vie. Les équipes à bord sont les médecins qui opèrent sans anesthésie. Et il faut bien le soigner ce bateau pour qu’il continue à vivre longtemps.

Chaque fois que l’on vient à bord c’est une nouvelle découverte, un nouvel apprentissage et c’est cela qui rend ce bateau si intéressant !

Matthieu Oriot

 

L’architecte de Tara : “C’était une expérience forte, ce ne sont que de bons souvenirs”

A son arrivée à Lorient, en novembre dernier, après 7 mois d’expédition en Méditerranée, Tara était attendu de pied ferme par tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à l’aventure du bateau. Parmi eux, Olivier Petit, l’un des deux architectes de la goélette.

Voilà 25 ans, il dessinait les plans d’Antarctica (premier nom de Tara) en compagnie de son camarade Luc Bouvet, pour une expédition imaginée par Jean-Louis Etienne. A Lorient, Olivier nous confiait être ému à chacune de ses visites, en se remémorant les bons moments qu’il avait passé à bord. Son seul regret : ne pas avoir navigué jusqu’en Antarctique. Pour nous, Olivier évoque sa rencontre avec Jean-Louis Etienne, revient sur la genèse du projet et son déroulement. Une histoire faite de rencontres, de rêves et d’une bonne dose d’audace !

Comment a débuté l’aventure Antarctica pour vous ?

Je connaissais Jean-Louis  Etienne, parce que nous avions traversé le Pacifique ensemble sur Pen Duick VI avec Eric Tabarly. A l’époque, je faisais des études d’architecture et j’ai été appelé pour faire mon service militaire. Tous les ans, 3 ou 4 appelés étaient embauchés pour s’occuper de Pen Duick VI. J’étais l’un des heureux élus, juste avant Titouan Lamazou, qui a pris ma place l’année suivante. Il y a donc eu les frères Poupon, Jean-François Coste, Lamazou et Jean-Louis Etienne à bord. Lorsque j’étais à bord avec Jean-Louis, nous discutions pas mal : nous étions de quart de nuit ensemble et nous nous amusions à imaginer le bateau de voyage idéal.

A quoi ressemblait ce « bateau idéal » dans vos esprits ?

Nous parlions d’espace, de pouvoir transporter du matériel : des traineaux, des ski-doo… Jean-Louis faisait beaucoup de montagne, d’escalade et moi, seulement un peu en amateur. Nos envies d’explorations étaient donc orientées mer et montagne. Après cette expérience à bord de Pen Duick, nous sommes restés très proches et avons continué à faire des expéditions ensemble : d’abord au Groenland avec Japy Hermès, puis en Patagonie avec Gauloises 3 où nous avons emmené des montagnards. Une fois achevée sa traversée vers le Pôle Nord en solitaire, Jean-Louis a voulu construire ce bateau : Antarctica, aujourd’hui Tara. Son équipe a réussi à lever des fonds, ils se sont lancés dans l’aventure et nous avons fait le bateau. A l’époque je travaillais avec Luc Bouvet, architecte naval et c’était le 2ème bateau que nous dessinions. Nous en avions réalisé un premier avec Titouan Lamazou. C’était pas si mal pour des petits jeunes qui débutent ! On se retrouvait à dessiner une goélette de 36 mètres, on était un peu inconscient.

 Lorsque le chantier naval a débuté, l’équipe de Jean-Louis n’avait pas réuni tous les fonds nécessaires…

Oui, je crois que le montage financier du projet était un peu « olé, olé ». A l’époque, l’ingénieur Michel Franco secondait Jean-Louis et il y avait une dynamique incroyable autour de ces deux là ! C’était une expérience forte, ce ne sont que de bons souvenirs. Nous étions une bande de copains et nous ne nous prenions pas tellement au sérieux. C’est peut-être pour ça que ça a marché : on s’est appliqué, on a travaillé sur le projet sans se prendre au sérieux !

C’est ainsi que le bateau d’expédition a vu le jour… Comment avez-vous eu l’idée de ces formes si particulières ?

Avec Luc Bouvet, nous avons imaginé un bateau pour réaliser un hivernage sur la banquise. Les formes viennent vraiment de là ! Si nous avions voulu faire un bateau pour naviguer elles auraient été totalement différentes. Nous savions que le bateau serait recouvert de neige, mais il ne devait pas crouler sous son poids, il fallait donc qu’il y ait des arrondis partout. D’où cette forme très ramassée, cette forme d’igloo pour les superstructures. Ensuite, nous voulions poser de nombreux vitrages pour profiter au maximum de la lumière et récupérer de la chaleur grâce à l’effet de serre. Ce qui marche très bien, surtout quand on est en Méditerranée ! L’intérieur possède un petit côté refuge de montagne parce que les membres de l’équipe chargés des aménagements du bateau étaient des montagnards. Michel Franco et ses camarades ont pris leurs scies sauteuses pour faire ces aménagements. Concernant le choix des matériaux, nous avons opté pour une coque en aluminium parce qu’il fallait que le bateau soit le plus léger possible et qu’il puisse se soulever sous la pression de la glace. A l’époque, je faisais énormément de courses et j’étais au parfum de ce qui se faisait en matériel de winch, etc. Donc pour ce qui est du plan de pont ou de la manœuvre, nous avons souhaité faire quelque chose de facile à manœuvrer, avec un gréement de goélette. L’idée étant qu’à deux marins, on puisse manœuvrer le bateau et prendre un ris assez facilement. De ce côté là, je crois que nous avons rempli notre contrat !

Auriez-vous imaginé que le bateau soit toujours en expédition 25 ans après ?

Non pas du tout, pas une seule ne seconde ! Il a quand même eu 3 vies successives. Ce sont des choses qu’on ne peut pas prévoir, le bateau nous a largement dépassé, il ne nous appartient plus du tout.

Aujourd’hui, si vous deviez construite le nouveau « bateau idéal », la goélette serait-elle une source d’inspiration ?

Nous avons travaillé sur de nouveaux projets de bateaux d’expédition avec mon nouvel associé, Nicolas Berthelot : entre 40 et 62 mètres. Tout ça se trouve dans nos cartons. Nous avons repris certaines choses de Tara, nous en avons révisé d’autres, comme la salle des machines. A l’époque de sa construction, nous ne nous sommes pas rendus compte du temps que les chefs mécaniciens allaient passer dedans pliés en deux.

Vous êtes donc prêt pour Tara 6 ?

Oui, absolument ! Il n’y a plus qu’à choisir la taille…

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Nouvelle année, nouvelle équipe à bord !

Une équipe de renfort est arrivée à bord de Tara en ce début d’année 2015 pour renforcer et relayer Louis Wilmotte et Nicolas De La Brosse qui ont passé tous les deux les fêtes de fin d’année amarrés au quai de la Base des Sous Marins à Lorient.

Nous venons de mettre la goélette au sec, c’est à dire que nous l’avons sorti de l’eau sur la zone technique du chantier de Keroman pour poursuivre ce chantier qui a débuté il y a maintenant déjà 2 mois après le retour de l’expédition Tara Méditerranée.

En effet « Thérèse » notre moteur Tribord a subi de grosses interventions et s’est vu équipé de nouvelles chemises, pistons et culasses. Pour « Brigitte », qui avait subi un échange standard nous nous sommes limité à ses 8 culasses.

Avec leurs 30 000 heures nos moteurs de propulsion demandent que l’on prenne soin d’eux.

Nous sommes actuellement 5 marins à bord et nous avons troqué les vestes de quarts pour le bleu de travail et les chaussures de sécurité.

Samuel Audrain, Capitaine de Tara

Au-delà de l’aventure…

 Lorsque les Taranautes accueillent les visiteurs sur le pont du bateau, ils partagent son histoire, expliquent la science et répondent aux interrogations des curieux. Il n’est pas rare que les mêmes questions reviennent : sur la vie à bord,  la conception de la goélette mais aussi sur le processus de recrutement de l’équipage. L’aventure Tara fait rêver, elle insuffle des vocations et les équipiers font des envieux. Or, il n’existe pas de processus de recrutement « classique » pour des expéditions extraordinaires. Chaque membre de l’équipe a été engagé selon son profil, ses compétences ou au gré des rencontres.

Les questions des enfants se révèlent souvent très différentes de celles de leurs ainés. Il n’est pas question de recrutement ou de CV. Non, ils s’interrogent essentiellement sur le quotidien de l’équipage. Les plus jeunes sont invités à visiter l’intérieur du bateau et tous trépignent d’impatience à l’idée de découvrir les cabines des marins. Même s’ils s’extasient en découvrant les photos du voilier pris dans les glaces en Arctique, leurs questions sont terre à terre et d’ordre logistique : comment fait-on à manger à bord ? Que mange-t-on ? Le marin chargé de la visite se tourne alors vers la principale intéressée : Marion Lauters ou Dominique Limbour, fées cuisinières. Et l’une ou l’autre abandonne la confection du déjeuner pendant quelques minutes pour répondre aux questions. Les enfants s’interrogent aussi volontiers sur la cohabitation de 14 personnes pendant plusieurs mois dans un si petit espace. Eux qui passent leurs journées confinés dans une salle de classe, mettent le doigt sur un point important.

Catalyseur de personnages atypiques, le bateau accueille scientifiques, explorateurs, artistes… Des individus qui, pour la plupart, ne se connaissaient pas avant leur premier embarquement. Tous gravitent dans des univers professionnels variés, possèdent des modes de vie et des tempéraments très différents les uns des autres. Ils sont réunis pour quelques semaines, ou quelques mois, pour collaborer sur une embarcation de seulement 36 mètres de long. Ils partagent leurs cabines, leurs repas et travaillent ensemble toute la journée. Leurs routes ne se seraient peut-être jamais croisées sans Tara.

Malgré tout, à bord, la magie opère : les équipiers donnent le meilleur d’eux-mêmes pour vivre et œuvrer ensemble dans une ambiance conviviale. Cette microsociété s’organise en suivant les mêmes règles de savoir-vivre qu’à terre. A ceci près que chacun se montre particulièrement précautionneux pour cohabiter en bonne intelligence. Des amitiés se créent rapidement, au fil des jours, au fil de l’eau, lors d’échanges privilégiés au moment des quarts de nuit. Ils se trouvent des points communs, découvrent qu’ils partagent les mêmes valeurs, ils admirent le professionnalisme de leurs compagnons de leg ou s’extasient sur leurs exploits passés. Qu’ils soient plongeur, cuistot, scientifique, marin ou journaliste, les équipiers sont devenus Taranautes et ils savourent les moments de vie partagés à bord. Des instants éphémères, que chacun essaie de cultiver au quotidien malgré la fatigue du travail ou la promiscuité.

Lorsque les visites publiques du bateau prennent fin, il n’est pas rare qu’un visiteur s’adresse à son guide marin par l’affirmative : « quelle chance vous avez de participer à une telle aventure ! ». Le Taranaute opine du chef, conscient de son privilège, puis répond avec un large sourire : « L’aventure Tara, est aussi et beaucoup une aventure humaine ».

 

Noëlie Pansiot

 

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