Retour de Tara à Lorient ce 23 novembre

Le 23 novembre 2019, la goélette scientifique Tara rentrera à son port d’attache – Lorient – après 6 mois d’une expédition dédiée à l’étude des milliers de particules plastiques prélevées dans les estuaires et en amont de 9 des principaux fleuves d’Europe.

Rendez-vous le week-end du 23-24 novembre à la Cité de la Voile Éric Tabarly de Lorient pour célébrer le retour de l’équipage marin et scientifique !

#TaraMicroplastics2019 #FondationTaraOcéan

De retour en Méditerranée, Tara traque la pollution des fleuves

Tara est de retour pour étudier le plastique en Méditerranée ! L’intérêt de la Fondation Tara Océan pour le plastique n’est pas nouvelle, et elle est pleinement justifiée. Le problème est devenu si important que l’on parle désormais volontiers de « continent » pour qualifier les milliards de fragments de plastique disséminés dans les océans. Cinq ans après sa première expédition entièrement dédiée à la pollution en mer, les recherches se poursuivent. Non, on ne sait pas tout du comportement du plastique et de son impact sur la biodiversité marine.

2014 : évaluer le stock de plastique et étudier sa relation avec le vivant

Voilà déjà presque dix ans que les scientifiques de Tara s’intéressent au problème du plastique en mer : après avoir constaté que ce dernier se trouvait absolument partout, l’expédition Tara Méditerranée en 2014 a permis de révéler que les microplastiques y sont quatre fois plus concentrés que dans le gyre du Pacifique Nord. Les scientifiques ont également étudié la vie associée à ces minuscules fragments.

Aujourd’hui, ils définissent volontiers le plastique comme « un nouvel écosystème », car « des microorganismes minoritaires dans la colonne d’eau ont trouvé un nouvel habitat, où ils se sentent particulièrement bien et donc prolifèrent », explique Jean-François Ghiglione, écotoxicologue au CNRS et directeur scientifique de la nouvelle Mission microplastiques 2019.

2019_07_28_Hoedic_Huitre-plastique©Lucas_Blijdorp_Fondation_Tara_OceanMorceau de polystyrène retrouvé dans une huître © Lucas Blijdorp / Fondation Tara Océan

2019 : étudier les flux de plastique pour lutter contre leur dispersion

Forte de ces premiers travaux de quantification et de qualification des microplastiques en Méditerranée, la goélette est de retour dans cette mer semi-fermée si particulière. Elle navigue en mer bien sûr, mais surtout, elle remonte trois grands fleuves prenant leur source en Espagne (Èbre), en Italie (Tibre) et en France (Rhône), mais ayant tous pour destination finale la Méditerranée. La nouvelle Mission microplastiques 2019 de la Fondation Tara Océan est motivée par le fait que 80 % du plastique en mer provient des continents et que les microplastiques représentent 60 à 80 % du plastique présent dans les fleuves.

DCIM101MEDIADJI_0007.JPGPrélèvement de microorganismes et microplastiques dans l’Èbre (Espagne) avec un filet Manta © François Aurat / Fondation Tara Océan

Étant donné la gravité du problème et l’état balbutiant des travaux sur le sujet, l’urgence est d’autant plus pressante. « Le problème du plastique n’a aucune solution en mer. Ce qu’il faut à présent, c’est comprendre les sources que sont les fleuves et caractériser l’originalité de chacun d’entre eux », ajoute Jean-François Ghiglione.

Les scientifiques impliqués dans la mission effectuent des prélèvements d’eau, de microplastiques et de plancton, en mer, dans les estuaires, ainsi qu’à différents endroits stratégiques des fleuves pour évaluer l’impact des grandes villes.

« Nous allons également nous intéresser aux microorganismes vivant sur ces déchets, ainsi qu’à d’autres organismes comme les moules, les huîtres, les oursins et les bars afin de comprendre la bioaccumulation des polluants attachés aux plastiques ». À ces mesures viendra se greffer une modélisation à l’échelle du bassin méditerranéen, permettant de décrire et de comparer les influences de ces trois fleuves sur les apports de plastique en Méditerranée.

Margaux Gaubert, journaliste

Premiers prélèvements sur la Tamise

Tara a pris la mer pour rejoindre la première rivière européenne à prélever, la Tamise. Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de la Mission microplastiques 2019 partage ces premiers instants de la mission, premières observations et premiers questionnements…

Un treizième coup de minuit a été sonné exceptionnellement par la goélette Tara pour son départ de Saint-Malo. Quelques fidèles ont fait le déplacement en pleine nuit pour nous souhaiter bon vent. Les cirés sont montés au-dessus des oreilles et tout le monde est sur le pont avec un grand sourire pour le départ de la « mission Microplastiques 2019 ». On se tape sur l’épaule, pour se rappeler de tout le travail de préparation qui a été nécessaire pour lancer cette nouvelle mission. C’est parti pour la chasse aux microplastiques.

Mer calme à peu agitée. Des conditions idéales pour tester le matériel. Une répétition générale qui va durer deux jours. Le temps pour créer ce lien si particulier entre les marins et les scientifiques, pour que chacun ait le temps de prendre ses marques. On discute des protocoles, on sécurise le matériel, on colle des étiquettes pour que chacun des précieux échantillons puisse trouver ensuite le chemin des 12 laboratoires partenaires.

Et c’est le fameux « smog » londonien qui nous accueillera pour faire notre premier prélèvement en mer, au large de l’estuaire de la Tamise. Nous sommes un peu tendus pour ne pas rater ce premier échantillonnage. La houle est bien formée, mais l’équipage n’en est pas à son premier déploiement de filet Manta qui permet de concentrer les microplastiques de plus de 100 000 litres d’eau. Il nous faudra 2 heures de prélèvement et 3 heures de conditionnement pour finir cette première station… Mais la marée n’attend pas, et nous devons partir vers la deuxième station dans l’estuaire sans avoir fini la première… Nous terminerons cette journée à 3h du matin. Nous ne sommes pas encore rodés !

Les échantillonnages vont se succéder le long de la Tamise. Nous utilisons une embarcation légère pour faire nos prélèvements en-dessous de Londres, alors que la goélette Tara est amarrée à deux pas du célèbre Tower Bridge. Plus tard, tout le matériel sera transporté par l’équipe à terre pour éviter les écluses et compléter l’échantillonnage au-dessus de Londres, qui nous servira de référence pour évaluer l’effet de cette grande ville sur la pollution.

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Alexandra Ter Halle, scientific on board Tara, studies the first samples of microplastics © Noëlie Pansiot / Tara Ocean Foundation

Sous la loupe, les microplastiques sont au rendez-vous. Par centaines. On distingue beaucoup de microbilles qui sont utilisées dans la cosmétique. Des « larmes de sirènes » également, granulés qui viennent directement des fabriquant de plastique. Il y en a beaucoup plus que ce que l’équipe a l’habitude de voir en mer. Des fibres de vêtements, des boulettes de polystyrène expansé provenant de barquettes pour la conservation des aliments, des restes de sacs plastiques. Un bâton de sucette et quelques emballages de confiserie seront les seuls « gros » déchets collectés. Les microplastiques (<5mm) constituent plus de 90 % de la récolte. Ce sera le premier constat de cette mission : la plupart des plastiques qui arrivent en mer en provenance de la Tamise sont déjà sous forme de microplastiques. S’agit-il d’une exception ou bien d’une généralité ? Qu’en est-il des autres fleuves d’Europe ? La goélette est déjà repartie pour poursuivre son périple et tenter de répondre à cette question.

 Jean-François Ghiglione