Le temps des découvertes

Le temps des découvertes

Tara Arctic
(2006-2008) et Tara Oceans (2009-2012) font figure d’expéditions majeures saluées par la communauté scientifique.

En sciences, la collecte des données n’est que la partie immergée de l’iceberg, qui précède une longue période d’analyse, de confrontation avec d’autres études, de recherches complémentaires, avant d’aboutir à la rédaction d’un article scientifique. Au final, cette publication ne pourra « officialiser » une éventuelle découverte que bien longtemps après le début des recherches. « Lorsque la phase de collecte des données est restreinte, cela prend quelques années, explique Éric Karsenti, directeur de recherche au CNRS et à l’EMBL et directeur scientifique de Tara Oceans, mais pour des projets d’une telle ampleur, tout se déroule à une autre échelle. »

Tara Oceans, le plancton livre peu à peu ses secrets.

En 2013, quatre ans après le début de cette dernière expédition (avec notamment le CNRS, le CEA et l’EMBL), huit publications scientifiques ont déjà vu le jour. Celles-ci permettent déjà d’entrevoir la multitude d’enseignements que nous pourrons tirer de Tara Oceans. Un de ces articles révèle ainsi les relations entre certains virus et d’autres organismes planctoniques. « C’est la première publication qui montre comment utiliser les données de Tara pour découvrir des interactions entre ces différents organismes, se félicite Éric Karsenti. C’était l’un des points qui nous tenaient à cœur : comprendre qui vit et avec qui dans les océans ». Pour saisir l’ampleur des découvertes à venir, il faut savoir que cette étude portait sur 17 échantillons récoltés durant l’expédition… Tara Oceans en a rapporté près de 28 000. Des premiers résultats prometteurs qui ne concernent qu’un des multiples domaines de recherche liés à Tara Oceans. Telle publication détaille par exemple une nouvelle méthode d’analyse de la diversité bactérienne des échantillons récoltés, quand telle autre décrit une nouvelle espèce de corail découverte aux îles Gambier. Si ces articles parus ces derniers mois se limitent à des sujets bien précis, c’est que le travail d’analyse des données est loin d’être fini. Rien que le séquençage de tous les échantillons récoltés devrait prendre deux à trois ans. « Nous travaillons actuellement sur une publication traitant de la diversité globale et locale des eucaryotes*, comment elle diffère selon les régions, confie Éric Karsenti. Une autre étude à paraître proposera un catalogue mondial des gènes bactériens. »

En attendant, il faudra se « contenter » aujourd’hui des résultats préliminaires : il existerait plus d’un million d’espèces de protistes**, alors que les estimations, avant Tara Oceans, tournaient autour de 100 000. Au niveau du séquençage effectué sur 28 des 153 stations de prélèvements, les échantillons de protistes révèlent 85 % de séquences d’ADN inconnues. En marge de ces études menées par les équipes du projet Tara Oceans, une multitude de nouvelles recherches pourraient bien s’entamer dans les années à venir.

Le projet Oceanomics*** lui a déjà commencé. Ce projet s’appuie sur les milliers d’échantillons et données récoltés lors de l’expédition Tara Oceans. Données qui seront structurées puis utilisées pour comprendre la nature et le fonctionnement de la biodiversité planctonique planétaire, et extraire à terme certains composés bioactifs planctoniques prometteurs dans les domaines d’application des biocarburants ou de la pharmaceutique par exemple.

D’ici la fin de l’année, les premières données seront mises en ligne à disposition de la communauté scientifique. « C’est sûrement l’achèvement le plus important d’une telle expédition, reprend Éric Karsenti. C’est un peu comme une bibliothèque, les chercheurs du monde entier pourront travailler sur les échantillons de Tara Oceans, sans que nul ne sache ce qu’il en sortira. »

Tara Arctic, comprendre pour mieux prévoir

La dérive arctique de Tara, réalisée de 2006 à 2008, a déjà donné naissance à plus d’une vingtaine de publications scientifiques. « La quantité d’informations qui a été analysée est déjà considérable, estime Jean-Claude Gascard, directeur de recherche au CNRS qui a coordonné le programme scientifique de Tara Arctic et le programme de recherche DAMOCLES. Les éléments récoltés durant l’expédition vont servir de référence sur un système arctique en profonde transformation, et je ne serai pas étonné que dans dix ans, on publie encore sur ces données ». Le premier résultat majeur de Tara Arctic, qui a donné lieu à plusieurs publications, a été le déroulement même de l’expédition. La dérive, prévue au départ sur 1 000 jours comme le Fram plus d’un siècle auparavant, a été bouclée en seulement 500 jours, révélant ainsi l’accélération de la dérive des glaces arctiques. Suite à ce premier constat majeur, de nombreuses publications se sont intéressées aux trois milieux constituant le système arctique : l’océan, l’atmosphère et la glace. « Tara a permis de mettre en évidence la formation de particules de glace, appelées glace de Frasil, qui remontent vers la surface, explique Jean-Claude Gascard. Le phénomène était bien connu en Antarctique, mais nous avons montré qu’il s’agissait d’un phénomène majeur pour la formation de glace en Arctique ». Du côté de l’atmosphère, les recherches menées à bord ont permis de mieux caractériser les basses couches de cette atmosphère en contact avec la glace, primordiales pour les échanges entre les deux milieux. « Nous n’avions que peu d’informations sur ces basses couches, que l’on étudie mal avec les satellites et les stations automatisées, reprend le chercheur. L’intérêt de Tara Arctic, c’était justement d’avoir des gens à bord pour manipuler les appareils que l’on ne sait pas encore automatiser ». Enfin, plusieurs publications se sont penchées sur les mouvements des plaques de glace, en y appliquant des techniques de sismologie.

Toutes les découvertes qui découlent des données récoltées lors de la dérive de Tara permettent de mieux comprendre le complexe système arctique et ainsi d’améliorer les modèles de prévision. Ces systèmes informatiques qui simulent le comportement de l’atmosphère, des océans et des glaces, proposent des prévisions à courtes échéances, cartes des glaces ou prévisions météo, mais aussi des simulations à plus long terme de l’évolution de notre climat, capitales pour les recherches sur le changement climatique. D’ici quelques années, les différents modèles numériques intégreront ainsi les enseignements tirés de Tara Arctic aux côtés d’autres travaux pour améliorer leurs prévisions. Les premières applications concrètes des recherches menées sur Tara sont donc déjà sur les rails !

Yann Chavance

Retrouver cet article dans le journal Tara 10 ans

* : Organisme uni ou pluricellulaires qui se caractérise par la présence d’un noyau
** : Organismes unicellulaires à noyaux ancêtres de toutes les plantes et animaux.
Certains, comme les diatomées, sont photosynthétiques.
*** : Le projet oceanomics- wOrld oCEAN biOressources,
biotechnologies, and Earth-systeM servICeS – est un projet lauréat du programme

gouvernemental des « Investissements d’Avenir. »

La « date line » au large de Wrangel

L’expédition Tara Oceans Polar Circle a passé hier la fameuse « date line » comme disent nos amis anglophones. La ligne imaginaire, conventionnelle et indispensable qui nous permet de vivre les uns et les autres sur cette planète avec la même unité de mesure du temps, où que nous nous trouvions. Chacun sait que les journées font vingt-quatre heures, ainsi lorsque l’on passe cette ligne un jour on recommence le jour d’avant, magique !

Aujourd’hui c’est aussi hier et hier nous nous disions que demain serait aujourd’hui ! On dirait le début d’un sketch du regretté Raymond Devos. Jusqu’à présent, je connaissais le mot compte double au scrabble, mais pas le jour compte double…

Lundi à minuit précise, heure de Tara, nous avons changé de fuseau horaire. Alors que nous étions à TU* + 12, soit dix heures en avance sur l’heure de Paris, nous sommes passés à TU – 11 soit onze heures après Paris. Ce miracle, cette ligne à remonter le temps nous l’avons franchie bien sûr en un instant. Lorsque le GPS est arrivé à 180° Est, il a brusquement recommencé à re-décompter les minutes dans l’autres sens, 179°59’ Ouest… 179°58’ Ouest…

En une micro-seconde, nous étions à l’ouest et recommencions un nouveau lundi. Passer à l’ouest de cette manière, beaucoup en ont certainement rêvé un jour, pour le lundi ça reste à voir.
C’est d’ailleurs comme cela que Phileas Fogg, le célèbre héros de Jules Verne réussissait à boucler son fameux livre Tour du monde en 80 jours, en repassant cette « ligne du jour » recapitalisant ainsi cette précieuse unité qui scellait son succès, la réussite de ce pari fou.

Ce miracle temporel fruit du génie des hommes, s’est déroulé à quelques miles à peine de l’île de Wrangel ** qui sépare la Mer de Sibérie orientale et la Mer des Tchouktches. Plongée dans un brouillard épais, nous n’avons jamais aperçu ce joyau de la biodiversité classé au patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 2004. L’île de Wrangel est le lieu où auraient survécu les derniers mammouths laineux, et jouit du plus haut niveau de biodiversité dans le haut arctique. Cent mille morses du Pacifique s’y rassemblent également.

Car nous sommes à seulement 600 kilomètres de cet océan géant, le plus grand de tous et donc aussi à quelques miles du détroit de Béring. A l’époque de la dernière ère glaciaire il y a environ 20.000 ans,  les premiers hommes venus d’Asie sont passés ici aussi d’Est en Ouest mais à pieds, le niveau de la mer était alors suffisamment bas. C’est là où Tara navigue aujourd’hui.

Dimanche dernier, la nouvelle équipe scientifique a échantillonné pour une dernière fois les eaux russes, mais personne ne sait quand et où aura lieu la prochaine station de cette étape de l’expédition qui s’achèvera à Tuktoyaktuk, au Canada.
La glace est très présente en cette fin d’été dans cette région de l’Arctique, et nous ne devons pas perdre de vue le passage du Nord-Ouest, sous peine de rester bloquer dans son piège blanc.

Vincent Hilaire

Cliquez ici pour voir toutes les photos de l’expédition

·      *TU : Temps Universel
·      **Livre sur Wrangel : Ada Blackjack de Jennifer Niven édité chez Paulsen.

Vent d’Arctique

Un vent glacé souffle dans la voilure, 30 nœuds en rafales. Les derniers prélèvements de la station longue de Santa Anna ont été précieusement ramassés, Tara peut reprendre sa route vers le nord de la Nouvelle Zemble. Dans quatre jours, nous devrions atteindre la position 77°11 Nord et 73°37 Est, à laquelle se déroulera la quatrième station scientifique de ce trajet Mourmansk-Doudinka (Russie). D’ici là, l’aventure scientifique et maritime se poursuit en Arctique.

Difficile dans ce froid cinglant de quitter la gorge sous-marine de Santa Anna, sans avoir une pensée pour l’infortuné navire russe qui lui laissa son nom. Après avoir quitté Saint-Pétersbourg le 28 juillet 1912, le Santa Anna fit escale  à Alexandrovsk, près de Mourmansk, avant de s’engager sur la route maritime du Nord. Sous le commandement du chef d’expédition, Broussilov, accompagné de l’officier de navigation Albanov, l’équipage partait explorer les côtes sibériennes, dans l’intention de découvrir de nouveaux terrains de chasse à la baleine, à l’ours blanc, aux phoques, aux morses… Mais en octobre 1912, au large de la Péninsule de Yamal, le navire et son équipage furent pris par les glaces.

Pendant plus de deux ans, ils dérivèrent en direction du pôle Nord, prisonniers de la banquise, dépassant même la longitude de l’Archipel de François-Joseph sans apercevoir un bout de terre. En avril 1914, les vivres s’amenuisant, Albanov et treize volontaires quittèrent le trois mâts pour tenter d’échapper au sort.  Equipés de traîneaux et de kayaks, ils effectuèrent un long périple jusqu’au Cap Flora au sud de l’Archipel de François Joseph, dans des conditions les plus extrêmes : froid, privation de nourriture… De ce voyage « Au pays de la mort blanche* », seuls Albanov et son compagnon Konrad survivront. Aucune trace du Santa Anna et de ses hommes d’équipage, ne fut jamais trouvée.

Au milieu d’une mer dégagée de glace, Tara navigue toutes voiles dehors. De temps en temps seulement, un malheureux glaçon se dessine à l’horizon. Pourtant, à quelques centaines de milles nautiques de là, une muraille blanche de banquise limite toujours l’accès à Doudinka. « L’état de la glace a déjà beaucoup évolué ces derniers jours, d’ici une semaine, la zone devrait être accessible », livre confiant Samuel Audrain, le capitaine. Notre arrivée à l’embouchure du Yenisei, ce fleuve qui remonte jusqu’à Doudinka, est prévue pour le 22 juillet. D’ici là, il faudra poursuivre la mission, récolter des données scientifiques sur les masses d’eaux que nous traversons. Et pour s’assurer d’un enregistrement continu des mesures sur la mer, salinité, température, etc., les scientifiques du bord ont mis en place une « ronde science ». Après que le marin de quart ait effectué un tour dans les machines, son binôme part investiguer dans le laboratoire sec, afin de vérifier que tous les appareils fonctionnent bien. Au total, il faut contrôler une vingtaine d’éléments, allant de l’alimentation des machines, à la température des congélateurs, en passant par le bon fonctionnement des logiciels. En cas de doute ou de panne, Marc Picheral, ingénieur océanographique, gagne le droit de se faire réveiller. C’est aussi ça l’aventure scientifique !

Anna Deniaud Garcia

*Au Pays de la mort blanche. Editions Guérin Chamonix. Journal de bord de Valerian Albanov.

A découvrir : Ellie Ga dans la galerie des artistes Tara Expéditions

Tara aux Embiez

Tara sera sur l’île des Embiez du 16 au 23 septembre prochain pour témoigner de son expédition en Arctique, invité par l’Institut Océanographique Paul Ricard.

Une exposition photographique retraçant l’histoire de la dérive sera visible sur les quais du 17 au 22 septembre.
De la route vers le Nord, à la prise en glace de Tara, de l’angoissante nuit polaire, à l’importante campagne scientifique en avril 2007 jusqu’à la sortie des glaces, l’exposition est un journal de bord de l’expédition présentée en 39 photographies réalisées par Francis Latreille. En toile de fond, l’Océan Arctique, l’un des endroits les plus isolés et les plus fragiles de notre planète.

Le film de 52 minutes « Prisonniers volontaires de la banquise » sera projeté gratuitement en boucle au Musée Paul Ricard.
Deux chiens et huit hommes, au milieu de l’immensité arctique, enfermés dans la longue nuit polaire, vivent une expédition scientifique mais aussi une aventure où la moindre erreur peut être fatale.Ce documentaire rythmé par l’aventure hors du commun de Tara pris dans les glaces est basé sur les impressions des hommes sur le terrain: remises en question, doutes, apprentissage un milieu hostile. La mission scientifique, sentir et comprendre les messages de la banquise seront les préoccupations de l’équipage de Tara pendant cette première partie de dérive.

Vendredi 19 septembre, conférence ouverte au public à Six Fours-les-Plages suite à la projection du film avec des membres d’équipage de Tara. Cette séance de questions/réponses sera animée par Patricia Ricard (Présidente de l’Institut Paul Ricard) et Nardo Vicente (responsable scientifique de l’Institut Paul Ricard).

Des visites guidées de Tara auront lieu pour les scolaires les après-midi des 17, 18 et 19 septembre et pour le grand public les après-midi des 20 et 21 septembre (14h à 18h).

Pour accéder à l’île des Embiez dans le Var :
Traversée de 12mn depuis le port de pêche du Brusc – Six Fours les Plages (à 18 km de Toulon et à 70 km de Marseille).
La navette assure des rotations fréquentes l’été du matin (6h00) à la nuit tombée (1h00).

Tara fait escale à Hyères du 10 au 15 septembre

La Goélette Tara fera escale au port d’Hyères du 10 au 15 septembre prochain pour témoigner d’une aventure humaine et scientifique extraordinaire 

507 jours d’expédition sur la banquise arctique.
De retour de mission en février dernier, au terme de 16 mois de dérive, Tara est
invitée par le Pôle Régional Grande Plaisance Riviera Yachting NETWORK.
Le public pourra reproduire certaines expériences menées par l’expédition et les plus jeunes auront la chance de visiter le navire. Une grande exposition didactique sera mise en place, des conférences et des projections du film se dérouleront sur toute la période à l’espace nautique.

A l’occasion des manifestations organisées autour de l’accueil de TARA, ce sont ainsi, plus de 3 000 enfants de niveau CM2 et 6ème qui seront sensibilisés aux enjeux du réchauffement climatique.

Les évènements autour de la venue de Tara :
Mercredi 10 sept : de 14h à 16h à l’espace nautique, conférence « la pollution en Méditerranée ».
Mercredi 10 septembre : 18h, arrivée de Tara au quai d’honneur.
Du jeudi 11 au lundi 15 septembre : la visite de Tara sera ouverte aux scolaires.
Samedi 13 septembre : point de départ des concours photo et dessin.
Samedi 13 septembre : 15h à 16h30 à l’espace nautique, conférence « Les conséquences du réchauffement climatique sur les modes de vie des habitants du Groenland.
Samedi 13 septembre : 17h à 18h30 à l’espace nautique, conférence « Les premiers enseignements de l’expédition Tara ».
Dimanche 14 septembre : 15h à 16h à l’espace nautique, conférence « La vie au Groenland ».
Dimanche 14 septembre : 17h à 19h à l’espace nautique, conférence « Tara, une aventure humaine ».
Dimanche 14 septembre : 19h30 au quai d’honneur, remise des prix des concours photo et dessin.
Lundi 15 septembre : 18h, départ de Tara.

Tara à la Rochelle du 24 au 30 juin

Du 24 au 26 juin : le film Tara en vedette au Sunny Side of the Doc (Marché international du documentaire)

À cette occasion, une projection publique du documentaire de 90 minutes, « Tara, voyage au coeur de la machine climatique »* aura lieu le mardi 24 juin à 20 heures à Auditorium de l’Encan. Cette projection sera suivie d’un débat avec les membres de l’équipe.
Ce film réalisé dans des conditions extrêmes, raconte le quotidien de cette mission sans équivalent. Nous découvrons comment les membres de l’équipage, prisonniers des glaces à bord de Tara, ont livré un combat incessant contre le froid, la nuit ou le jour permanents, contre les mouvements des plaques de glace ou les tempêtes qui détruisent sans cesse les installations sous la menace des ours, poussés au cœur de l’Arctique par la disparition de la banquise. Mais au-delà de l’exploit, ce documentaire nous montre que la mission scientifique a révélé une réalité beaucoup plus alarmante que prévu pour le climat de la planète…

Du 27 au 30 juin : la goélette Tara s’ouvre à tous les charentais-maritimes

Des visites guidées de la goélette auront lieu les 27, 28 et 29 juin de 14h à 18h. Le 30 juin de 15h à 17h puis en nocturne de 19h à 22 h en même temps que la nocturne de l’Aquarium.
LES INSCRIPTIONS SE FERONT DANS LA TENTE DEVANT TARA.
Une exposition retraçant toute l’expédition Tara Arctic sera visible dans la tente. De la route vers le Nord, à la prise en glace de Tara, de l’angoissante nuit polaire, à l’importante campagne scientifique en avril 2007 jusqu’à la sortie des glaces, l’exposition est un journal de bord de l’expédition présentée en 36 photographies réalisées par Francis Latreille.

*Un documentaire d’Emmanuel Roblin et Thierry Ragobert
Coproduction : ARTE France, MC4, Tarawaka, Off The Fence, RTBF, Direction Générale Recherche/Commission européenne (France, 2008, 1h30mn)
Ce film a reçu le soutien du Conseil Général de la Charente-Maritime

A bord ce sont les retrouvailles

Retrouver Tara sur la mer et les équipages qui ont participé à cette incroyable expédition est un privilège spécial.

Je pense qu’il est rare qu’un chef d’entreprise offre à tous les acteurs de ce genre d’aventure la possibilité de se réunir et de fêter la pleine réussite de la mission. Etienne Bourgois a orchestré « Tara Arctic »,   ce pari insensé de la grande dérive arctique, avec une humanité hors du commun. C’est d’ailleurs grâce à cet ingrédient que l’expédition s’est si bien passé. Bien sûr tout n’a pas été simple : beaucoup de difficultés, de moments d’incertitudes, de coups durs, de coups au moral ont été rencontrés mais toujours enveloppés dans la bienveillante énergie d’Etienne et du QG de Paris. Tara entre dans l’histoire, non seulement de l’aventure polaire mais surtout dans celle de l’humanité au service de la planète. Cette formidable chaîne humaine qui s’est mise au service du projet « Tara Arctic » été perçu par les hivernants tout au long de la traversée comme un soutien infaillible. Les glaces ont accouché d’un nouveau Tara et chacun des participants, qu’il fasse parti de l’équipage ou de l’équipe logistique ou scientifique à terre, ressent aujourd’hui une grande émotion. A bord ce sont les retrouvailles : comme par magie les mois qui nous ont séparé semblent s’être effacés, c’était hier, c’était il y a quelques heures, quelques minutes : les visages se reconnaissent, se ressentent, revivent par un simple regard tout ce qui a été leur vie sur la glace, un clin d’œil suffit pour exprimer ou ressentir la connivence de cette expérience hors du temps dans l’immensité de la banquise.

Nous longeons les côtes bretonnes, les voiles de Tara sont gonflées à bloc, dans la soirée six membres éminents de l’expédition rejoindront le bord : Jean-Claude Gascard, coordinateur du programme scientifique Damocles, Christian de Marliave dit Criquet, Nicolas Quentin, Gamet Agamerzaiev, Victor Karasev et Alexander Petrov. Les équipages seront au complet pour des retrouvailles presque parfaites puisque Guillaume Boehler le chef mécanicien navigue en mer de Chine n’a pas pu revenir.

Bruno Vienne

(Bruno a participé à bord de Tara au premier hivernage de septembre 2006 à avril 2007.)

Cap sur Lorient

 

Il est 10H00 ce jeudi, un soleil généreux inonde le carré. Nous voguons à dix huit désormais sur Tara. La côte anglaise défile sur tribord, au bout de ce bord il y aura le mythique Cap Lizard, ligne de départ ou d’arrivée de tant de courses au large. Puis Lorient samedi. La famille s’est donc agrandie ou plutôt reconstituée.
Etienne Bourgois, le directeur de l’expédition et des équipiers du premier hivernage et de l’été ont rejoint le bateau avant notre appareillage de Portsmouth hier soir.
Pour certains, c’était la première fois qu’il avait l’occasion de se parler de visu. Cette grande équipe – les vingt Taranautes qui ont transformé en réalité ces 507 jours de dérive – ne s’était que croisée à l’occasion des rotations.
Depuis hier soir, ces visages connus quelquefois que grâce aux films ou au site Internet sont devenus encore plus familiers. Quelque chose nous unit : ce que nous avons accompli à tour de rôle sur Tara. Les mêmes gestes, les mêmes contraintes, souvent le même rythme pour les deux hivers en tout cas.
« Alors toi le froid ça ne t’a pas posé de problèmes, et pour casser la glace ? »
« Je me rappelle des compressions de la glace contre la coque, c’était indescriptible ! »
Impressions partagées, points de vue convergents. Affinités d’expérience. Ces retrouvailles avec des inconnus : « Un moment qui fait chaud au cœur et qui restera gravé » pour Denys Bourget. D’autres mots, mais c’est exactement le même sentiment pour Hervé Bourmaud, le capitaine de Tara. Capitaine qui échange avec un autre ancien capitaine de Tara, Jean Collet qui est aussi à bord depuis hier. On parle mécanique aussi puisque Jean fût mécanicien avant d’avoir le commandement de la goélette, et du coup voilà une autre passerelle d’échange à emprunter avec l’actuel chef mécanicien du bord Samuel Audrain.
Bref, on échange constamment sur tous les sujets qui concernent Tara : le bateau, la science, la communication, la vidéo, les projets…

Lady Pippa Blake à bord

Hier soir, juste avant que la tribu Tara ne se reconstitue un premier moment de partage émouvant avait eu lieu avec Lady Pippa Blake. La veuve de Sir Peter Blake, l’ancien propriétaire de Tara, alors baptisé Seamaster.
C’est d’abord Alistair Moore ancien équipier de Peter qui est arrivé à bord très ému, ce grand gaillard kiwi marchait presque dans ses petits souliers. Nous étions en train de finir notre dîner, nous l’avons invité à manger avec nous et déguster un bon verre de vin de Bourgogne. Rapidement, il s’est senti plus à l’aise et des plaisanteries ont commencé à surgir des quatre coins de la table. Mais, on voyait bien qu’une quantité de souvenirs se télescopaient dans sa mémoire. C’est dans ce bateau, ou en décembre 2001 Peter Blake perdit la vie, abattu par des pirates sur l’Amazone. L’un des plus grands marins de la planète disparaissait. Pour La Terre : la perte d’un défenseur de ses beautés et de ses fragilités.
Mais Alistair était venu en quelque sorte en éclaireur. Lui grâce à qui Etienne avait eu vent de la mise en vente de Seamaster attendait que son téléphone sonne. Quelques minutes plus tard, Lady Pippa Blake, domiciliée à Portsmouth nous a rejoint. Elle n’avait plus remis le pied sur le bateau depuis 2003, lorsqu’elle était venu récupérer des objets personnels de son mari, à Camaret en France.
On peut imaginer aussi son émotion. Très contenue, mais malgré tout présente. Après avoir échangé avec les équipiers, avec Grant Redvers le chef d’expédition kiwi, un des « enfants spirituels » de Peter Blake, Pippa a rempli le livre d’or du bord. Etienne Bourgois, le directeur de l’expédition, nouveau propriétaire de Tara depuis ce drame était arrivé entre temps. Après quelques échanges, l’appareillage étant imminent, en guise d’adieu Pippa et Etienne se sont serrés forts dans leurs bras, pas de mots, mais on sentait la gratitude de cette femme, pour ce passage de témoin réussi. La dérive arctique est un grand bébé de plusieurs papas. L’œuvre d’une vie, qu’Etienne aux commandes de l’équipe « Tara Arctic » a réussi à concrétiser. Etienne me disait ce matin, « qu’elle était venue à bord pour nous ». Peut-être l’a-t-elle fait pour Peter aussi ?
La grande famille de Tara, de cet ex-Antarctica, et ex-Seamaster n’est finalement qu’une. Uni par ce voilier exceptionnel sous la bannière de l’aventure humaine et la défense de notre planète.
L’histoire de tous ces hommes et ces femmes est fondue à jamais dans l’aluminium de cette coque. Elle navigue avec elle.

Vincent Hilaire

Le temps du partage

Cela fait deux jours que nous avons touché terre. Et en deux jours, il s’est passé tellement de choses. De choses très positives.

Nous nous sommes d’abord retrouvés toute l’équipe Tara. Les forces à terre et les forces en mer. C’était un moment simple, plein de pudeur mais d’une intensité rare. D’abord accolades chaleureuses, bises, félicitations : le plein de chaleur après les froids polaires. Plus tard dans la soirée quelques heures après notre arrivée : chants, musique, mais pas n’importe quoi un bœuf improvisé. Petit concert privé de musique « de carré ». Improvisation très rythmique de musique tzigane  avec les musiciens d’un soir du bord emmené par un vrai de vrai. Samuel Audrain, chef mécano et chef accordéoniste. Télés, radios, journalistes de presse écrite étaient là, sans vouloir paraître ni convaincre, nous étions simplement heureux de les emmener avec nous dans ce bonheur d’un rêve accompli ensemble.

Alexander Petrov, le scientifique russe du bord me disait aujourd’hui du haut de ses 52 ans, que ce genre de moments n’arrivaient pas souvent dans une vie. Je crois qu’il a raison. Mon ami Sasha Petrov, de St-Petersbourg. Je ne le connaissais pas il y a quatre mois quand nous sommes partis de Longyearbyen pour relever le deuxième équipage. Nous sommes aujourd’hui frères de glace.

Depuis deux jours, petit à petit, avec tous nous parlons, nous échangons, nous décantons, nous évoquons cette vie arctique. Neuf mois pour les uns, un an et demi  pour le chef d’expédition Grant Redvers, et quatre mois pour « notre fournée ». Le dernier des trois équipages, parmi les vingt hommes et femmes embarqués qui ont rendu cette aventure et mission scientifique possible.

Pour l’heure, nous vivons à l’heure du partage. Partage avec les habitants de Longyearbyen (Spitzberg) qui viennent visiter avec beaucoup de recueillement notre goélette, partage avec Karl et Berit un couple de restaurateurs locaux qui régulièrement nous acceuille, comme à la maison. Hier soir, ils avaient organisé pour nous une soirée exceptionnelle autour d’un feu dans une habitation traditionnelle. A côté des flammes, un plat que même dans nos rêves polaires nous n’aurions pas imaginé déguster : du faon braisé en sauce avec des pommes de terre. Je suis désolé si je heurte les végétariens, mais les trente personnes présentes dans cette hutte en bois n’ont pas laissé grand chose dans l’assiette.En un mot, nous retrouvons tous les joies de la terre, grâce à cette escale avant de retrouver l’océan.

Demain, après cette période de libations le travail reprend à bord de Tara. Nous devons vider la soute avant de plusieurs tonnes de matériels scientifiques. Tara doit reprendre la mer plus léger, en toute sécurité, afin de boucler la boucle en revenant à son port de départ Lorient. Même si nous avons fêté une étape dans la réalisation de notre mission ce n’est que là que l’expédition « Tara-Arctic » sera bel et bien terminée.

Vincent Hilaire

La liberté ça se mérite

Toute la nuit de dimanche à lundi, les équipiers de Tara se sont relayés pour faire « avancer la machine » dans la glace. Deux équipes de quart de quatre personnes. Une en 21H00-03H00, l’autre en 3H00-9H00. Après une avancée tout en douceur pendant le début de la nuit, les choses se sont corsées de 23H00 à 4H00 du matin. Par chance, la pleine lune était là dégagée pour nous guider dans la nuit. D’une glace assez fine et brisée en des milliers de petites plaques, nous sommes arrivés dans un champ de petits icebergs compacts. Dangereux. Des fois très hauts, et donc à même d’endommager des choses sur le pont. Entre la personne de quart à l’avant du bateau essayant de déchiffrer, de détecter un éventuel passage entre les amas de blocs et le barreur, c’était une concentration de tous les instants : « 2° babord, pousse les blocs avec les moteurs. Machine 0. Arrête tout on est monté sur le glaçon, j’attends de voir ce qui se passe. Bon c’est bon, fais un peu de marche arrière, on va passer autrement. OK, marche arrière, confirmait depuis la cabine de navigation le barreur ». Les yeux d’un côté, la main sur la poignée des gaz de l’autre. Par la magie de la VHF, ces deux esprits étaient comme à côté l’un de l’autre. En symbiose. Pendant des heures, sous des aurores boréales, Tara s’est obstiné à garder son cap pour retrouver l’eau libre. La lutte continue. On ne sort pas des glaces comme ça. Mais le résultat de cet acharnement est là. Tara a parcouru 30 miles depuis la mise en route des moteurs hier midi. Selon les cartes satellites les plus fraîches, il resterait encore la même distance à parcourir. Il est neuf heures les deux équipes vont se relayer la mienne va recommencer un cycle jusqu’à 13H00.

Tout le monde n’a dormi que quelques heures. La fatigue se fait sentir un peu. Mais elle n’a vraiment aucune importance, nous savons tous que nous vivons un des grands moments de l’expédition. Les dernières au milieu de la glace aussi. Toutes les bonnes choses ont une fin, dit l’adage. Il faut qu’il y en ait une, car Tara a quand même cette nuit essuyé plus d’un choc contre ces morceaux « de métal blanc » de toutes formes et de toutes tailles. Notre travail n’est rien comparé à ce qu’encaisse en ce moment la baleine. Tout son squelette d’aluminium vibre sous les derniers assauts de la glace qui pensait conserver son butin.
Quitter la glace, c’est comme quitter un monde, une jungle profonde où la lisière de la forêt ne paraît jamais loin, mais le chemin pour y arriver est interminable.

Vincent  Hilaire

Tara danse l’arlésienne

Sortira. Sortira pas. Et un pas en avant et deux pas en arrière. C’est exactement le jeu que Tara joue avec la glace et l’océan depuis trois semaines. Nul ne sait quand cette danse avec la banquise se finira. 

Hier, la glace faisait un pas en avant se disloquant en silence après le déjeuner. Pendant ce temps là pousser par le vent d’est, la baleine mettait elle cap sur le nord et l’ouest. Nouveau rendez-vous manqué. L’Arlésienne continue.
Ce matin, nous avons réintégré notre bon vieux tapis roulant, le courant du Groenland qui lui n’en démord pas, il veut nous conduire en Islande. Bref, statu quo. D’autant que depuis après une bonne nuit de compression, bousculée comme une auto-tamponneuse, Tara, est à nouveau cernée par les glaces.

A bord, plus personne ne parie sur rien. Malgré les cartes satellite qui montrent la proximité avec les eaux libres, c’est l’incertitude.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’on sent beaucoup plus qu’on est prêt de cette frontière (ice-edge) entre la glace et l’eau. Par endroits, l’horizon est particulièrement sombre, ce qui signifie qu’il y a des zones d’eaux libres autour de nous. Des fractures, ou l’eau est en permanence à l’air libre. Tant que la houle est là et qu’il ne gèle pas. Les températures sont d’ailleurs très clémentes : – 1° C ce matin.

On a donc changé de régime climatique, c’est le régime de l’Atlantique qui prédomine maintenant. Avec ces wagons de dépressions hivernales. A notre latitude elles génèrent plutôt des vents d’est et de Nord pour l’instant. En France, elles sont plutôt orientées à l’Ouest. Avec ces courants sous marins d’eau chaude qui rabotent peu à peu par en dessous la banquise. Une banquise moins épaisse et donc beaucoup plus dynamique. Lorsqu’elle est soulevée par la houle, cette peau blanche craquelée, ondule sous le passage de chaque vague. C’est d’ailleurs cette houle qui inquiète à bord au moment où nous passerons l’ice-edge. La crainte, c’est que la houle empêche la goélette de pousser cette glace.

« On est prêt, mais c’est la glace qui n’est pas prête » me disait hier le capitaine Hervé Bourmaud. « A la sortie des glaces, il y aura deux routes potentielles : l’Islande ou le Spitzberg. Mais tout dépendra des vents, et du nombre de miles nautiques qui nous séparent de ces deux îles à ce moment là. De toute façon, soit nous sortons à gauche avant l’île de Jan Mayen. Soit nous descendons encore plus bas en glissant sur le courant du Groenland. Mais ça veut dire que nous nous dirigerions alors vers le détroit du Danemark, entre Islande et Groenland. C’est peut-être ce qu’il y aurait de plus délicat pour nous ».

Comme prévue la sortie sera de toute façon un moment difficile. Une fenêtre qu’il ne faudra pas rater. L’objectif est de l’ouvrir au bon moment.

Vincent Hilaire

Pas de « Tara Arctic » sans partenaires techniques

Comme un équipage est une somme de compétences  subtilement choisies et utilisées, Tara Expéditions est le fruit de partenariats  précis. Dénominateur commun : la résistance au froid.

Les marins, professionnels et amateurs connaissent tous cette marque : Sika. C’est un petit peu comme le « Frigidaire », alias le frigo pour conserver les aliments. Dans Tara, le sika noir est présent à peu près partout pour assurer l’étanchéité. Les hublots du carré par exemple sont totalement  isolés grâce au Sika. Des réserves  de ce produit de grande qualité permettraient  même en cas de destruction du plexiglas, de reconstituer un hublot de fortune avec du bois.
Le sika, c’est comme une pâte qui colle progressivement, sèche ensuite mais surtout ne casse pas au contact des grands froids. Le sika s’est révélé tellement bien adapté pour ces latitudes qu’il a même servi pour les connections du mât météo par exemple. Un mât avec ses anémomètres et ses capteurs de températures  qui fonctionne de jour comme de nuit sur la banquise.

Autre partenaire de cette aventure  humaine scientifique et matérielle: Primagaz. La cuisine revêt dans la vie du bateau une importance majeure. Après plusieurs heures passées à l’extérieur dans des températures de – 20°C, un bon plat chaud cuisiné au gaz réchauffe le corps et l’esprit. En plus, « la répartition sur le pont de ces vingt grandes bouteilles vertes permet de travailler  l’assiette du bateau » souligne avec humour Hervé, le capitaine de Tara. Et d’ajouter toujours sur le mode humoristique, « pour la prochaine expé il faut simplement qu’il prévoit des poignées comme pour les petites bouteilles de maison ».

Pour les dix occupants du bord l’une des activités quotidiennes majeures, c’est de couper la glace. La plupart du temps nous faisons d’abord des trous pour les expériences scientifiques. Des treuils descendent des sondes à 2 000 mètres de fonds tous les deux jours pour analyser la salinité et les couches d’eau de l’Océan Arctique. Il faut parfois aussi dégager le bateau lorsqu’il est pris entre des crêtes de glace. Pour tout ce travail, y compris pour couper du bois, les tronçonneuses Stihl se sont révélées  adaptées. Toujours en verve, Hervé a une formule très imagée pour résumé l’intérêt de ces tronçonneuses : « la Stihl, c’est le couteau de l’Arctique ».

Reste enfin les partenaires électroniques. Sécurité garantie lors des sorties lointaines sur la glace grâce à Icom et ses VHF. Enregistrement de données sur les increvables ordinateurs Toughbook de Panasonic. Des ordinateurs résistants à tous les chocs et au froid extrême. Impossible d’oublier les appareils photos Canon. Il y a deux  EOS 350 D à bord. Avec les phénomènes météo exceptionnels que nous avons la chance d’observer sur Tara, ces boîtiers et leurs objectifs nous suivent partout sur la glace et vous permettent de partager avec  nous ces merveilles.

À tous ces partenaires félicitations, car tous « leurs bébés » ont absolument trouvé  leur place à bord. Ils peuvent être fiers de leurs réalisations  et comme pour Tara,  de la passion déployée par les femmes et les hommes qui composent « leurs équipages ».

S’adapter au quotidien – un exemple

10 Juillet 2007
Position : 88°13’N 057°43’E
Vitesse : Nord Ouest pour 0.2nds
Vent : 9nds de Sud Est
Visibilité : Moyenne, temps couvert
Jour : jour permanant
Banquise : beaucoup d’ouvertures et quelques mouvements
Température de l’air : 0°C
Température de l’eau : -1.7°C

Aujourd’hui mardi. La sortie « EM31 » du mardi a été annulée puisque l’instrument de mesure est en panne. Sam responsable de cette activité et moi accompagnatrice officielle avons été un peu déstabilisés dans notre routine hebdomadaire, mais très vite nous avons trouvé une autre occupation.
Avec Charles, nous avons continué le rangement de fond en cale et aujourd’hui il s’agissait de remiser les « Kapchdva ».

Kapchdva : type de tentes russe, qui nous a servi pendant la courte saison en avril, comme lieu de stockage ou de couchage, lorsque nous étions si nombreux sur la banquise.

J’ai donc passé l’après-midi à rafistoler et à coudre des pièces sur une « kapch ». Ensuite, quelques vêtements sont apparus comme par magie à côté de la machine à coudre… en attente eux aussi d’une pièce ou d’une réparation. Mais quoi de plus naturel qu’une activité de couture à bord d’un bateau agnès b. !!

Minh-Ly

Solstice d’été au pays du jour permanent

Nous avons passé un cap important de cet été. Le solstice d’été ou la moitié de l’été, marquant le jour de l’année où le soleil se trouve à son plus haut dans le ciel. A des latitudes moins élevées, cet évènement signifie le jour le plus long. Mais ici, au pays du jour continu, le soleil ne se couche jamais.

Du coup il faudrait célébrer le jour le plus long, tous les jours pendant environ 6 mois (ce qui ne serait pas si mal). Plus sérieusement, le solstice marque surtout le début de la chute du soleil vers l’horizon et son retour vers l’hémisphère Sud.

Cette semaine, nous avons eu un temps radieux avec un ciel dégagé ce qui nous a permis de réaliser un peu de navigation astronomique en utilisant le soleil. Même si le GPS a pris une place incontesté dans l’art de la navigation, nous trouvons toujours plaisir à déterminer notre position en utilisant le bon vieux sextant.

Comme chaque année, le premier jour de l’été est marqué par l’incontournable fête de la musique. Avec un orchestre composé de 4 guitares, 2 digeridoos, un djembe, 2 accordéons, 3 harmonicas, une flute Incas, des sifflets et quelques autres instruments improvisés (cuillères, casseroles, castagnettes…) nous avons fait trembler la banquise. A part les sismomètres qui n’ont pas du trop apprécié, nous sommes heureux de ne pas avoir eu de plaintes de nos voisins…

Charles

Exercice de sécurité

Voilà maintenant deux semaines que Tara a accueilli son nouvel équipage pour la période estivale et tout se passe plutôt bien.

Samedi vers six heures du matin il y a eu un changement assez rapide de l’orientation du vent du secteur Ouest au secteur Est avec une température proche de -5°C. Ce sont des conditions très favorables aux mouvements de glace. La banquise ne s’est donc pas gênée et en a profité pour faire des siennes. La rivière, qui s’était formée fin avril et qui avait endommagé la piste d’atterrissage, s’est de nouveau ouverte de façon plus anarchique que la première fois. Des fractures se sont formées dans tous les sens, créant ainsi des îlots au milieu de l’eau presque libre. Ces mouvements de glace faisant apparaître l’eau, nous rappellent que nous sommes sur une fine pellicule de glace au dessus de 3000 mètres de fond.  

La vue de cette eau libre nous a donné à tous l’envie d’une petite baignade. Et oui, pourquoi ne pas se baigner dans l’océan Arctique ! Mais c’était avant tout une bonne opportunité d’allier plaisir et exercice de sécurité. Car, en cas d’urgence, il nous sera peut être nécessaire de traverser un lead (rivière), un entraînement est donc indispensable. La combinaison de survie est un des deux moyens utilisés par les randonneurs du pôle pour traverser les rivières qu’ils croisent sur leur route, l’autre système est de transformer la pulka (traîneau) en kayak.
Nous souhaitions aussi tester le matériel de ski. Nous avons donc regroupé ces deux activités en une petite expédition du dimanche.

Nous sommes donc partis Timo, Audun, Guillaume, Sam, Grant, Minh Ly et moi, les skis chaussés en direction du lead, sans oublier bien sûr Tiksi et Zagrey. Arrivé au Lead nous avons chacun à notre tour testé la combinaison de survie en traversant un bout rivière. Un grand moment, ce petit plongeon dans l’Arctique !

Nous avons ensuite rangé la combinaison dans la pulka et rechaussé nos skis pour continuer la balade pendant 2h.
Cette randonnée à ski nous a permis d’aller vérifier le bon fonctionnement de la station sismique qui se trouve de l’autre côté du lead et de voir l’état de la banquise autour du navire.

Le banya du dimanche soir a été bien apprécié après cette après-midi sportive.

Marion

Atterrissage sur la banquise : mode d’emploi

Nouveau record : nous avons passé ce mercredi le 88ème degré de latitude nord.

On se rapproche dangereusement du pôle (moins de 300 Km) et il n’est pas impossible que Tara réalise le rêve de Nansen : dériver sur la banquise, conduit par le courant transpolaire, pour atteindre, portés par les vents, le sommet géographique de la planète… Mais pour le moment il faut surtout mener à bien les missions d’observation prévues pour avril et pour ce faire, il a encore fallu amener hommes et matériels par le DC3…

Poser un avion sur la banquise n’est jamais une mince affaire, plus particulièrement quand la visibilité est réduite. Aujourd’hui sur Tara était un jour presque blanc. Bien sûr, on y voyait bien un peu. Mais toutes les perspectives, tous les reliefs étaient confondus : Ciel, horizon, sol, tout était blanc !

Pour Brian Crocker et Louis-Eric Bellanger, les pilotes du DC3, la tâche n’était pas simple. Difficile de mesurer à l’œil nu la distance au sol (quand on arrive à voir le sol), difficile d’estimer la vitesse du vent latéral, qui fait chasser l’appareil lors de l’atterrissage, difficile même d’apercevoir le bateau, enfoncé dans la neige ou de distinguer la piste, vaguement balisée de petits pavillons rouges et de fûts de kérosène vides… C’est en fait l’équipage du Twin Otter qui s’est chargé de faire atterrir le DC3, jouant le rôle d’une tour de contrôle. Jim Hattew et Mathew Colistro sont les pilotes de ce petit appareil qui effectue d’ordinaire les missions scientifiques pour l’équipe Damocles. Ils viennent par exemple d’achever le largage de 16 balises météo pour le compte de Michael Offermann de l’université de Hambourg, lesquelles balises doivent transmettre, pendant un an, pressions atmosphériques et températures sur un carré de 500 km. de côté… Depuis trois jours le Twin Otter et son équipage campent sur la base Tara.

Pour faire atterrir leurs collègues, les pilotes du « Twin » ont d’abord dû jauger la visibilité verticale c’est-à-dire le plafond… « Au moins 1000 pieds », annonce en début d’après-midi (et à l’estime) Jim Hattew, le chef pilote. Confirmation grâce au ballon atmosphérique que Timo Palo vient de lancer dans l’atmosphère polaire pour le compte de l’institut de géographie de l’Université estonienne de Tartu. Le moderne Zepellin qui fait 4,5m. de long pour 2m. de large est d’un orange vif parfaitement visible. On le distingue clairement jusqu’à au moins 400 m. de haut, ce qui nous donne un plafond. Depuis la piste, qui se trouve à 800m. de là, on le voit encore. Ce qui nous donne une bonne estimation de la visibilité au sol : 900 m. Le DC3 peut atterrir.

Ces renseignements sont communiqués à Brian Crocker, qui se trouve encore à 25 minutes de Tara. Depuis le cockpit du Twin Otter, Jim prévient son collègue que le ballon sera descendu à 30 mètres lors de l’approche, qu’une fusée de détresse sera allumée en début de piste où le Twin Otter ira lui-même se positionner.
Joignant le geste à la parole, Jim active la manette des gaz et fait pivoter son appareil sur ses skis. Qu’il s’agisse du Twin Otter ou du DC3, aucun n’est en effet pourvu de trains directifs ; pour bouger ces appareils au sol, il faut activer les moteurs et prévoir exactement le dérapage qui en résulte… Manœuvre précise, délicate, mais exécutée de main de maître par le chef pilote qui conduit ses « throttle » du bout des doigts pour faire glisser le petit avion jusqu’en début de piste et lui faire faire un tête à queue… Le Twin est maintenant en place, sans doute visible depuis le ciel compte tenu de sa couleur orange… Au sol en tout cas, on n’a pas l’impression que la visibilité dépasse les 100 mètres. Tout est toujours aussi blanc.

Devant nous, la piste se révèle, bien droite et balisée par des fûts et quelques fanions. En fait, il ne s’agit jamais que d’un damage de neige, à peine un peu plus plat que la banquise qui nous environne. Du ciel en tout cas cet absence de relief ne se distingue guère du reste… Quelques mètres derrière l’avion, Guillaume, le mécanicien de Tara s’apprête à allumer une fusée de détresse en guise de balise de signalisation.

Le DC3 est maintenant à 3 minutes de sa première approche : il doit d’abord « faire semblant » d’atterrir, voler au plus près du sol de glace pour reconnaître la piste avant de refaire un circuit et de se poser en second passage… L’atterrissage, sans être forcément dangereux, est tout de même périlleux.

C’est à ce moment là que, depuis le cockpit du Twin, Brian Hattew et Mathew Colistro son copilote remarquent deux silhouettes fluorescentes, droit devant eux sur la piste. Deux membres de l’expédition Tara (dont nous tairons les noms) qui s’aventurent à l’endroit même où le DC3 doit toucher la glace. Vraisemblablement ils sont persuadés que l’appareil atterrira dans l’autre sens et qu’ils sont là en fin de la piste… Mathew ouvre alors la porte du Twin, descend sur la neige et cavale prévenir ces inconscients de ne pas rester là… Les silhouettes se carapatent sur les côtés.

Dans un vrombissement de moteurs, la forme oblongue du DC3 passe au dessus du Twin et survole la piste quelques mètres au dessus du sol dans un nuage cotonneux… L’appareil vire sur son aile gauche, prend un peu d’altitude pour boucler son circuit et revient s’aligner sur le Twin.
Brian Crocker prévient son collègue Jim que la piste est bien visible et qu’il est « bon pour poser ». Dans un nouveau vrombissement blanc, le DC3 passe au dessus du Twin, peut-être 10 mètres au dessus, descend encore doucement… stable sur son aire, et touche… Il rebondit une fois sur la neige… et pose véritablement dans un nuage blanc. Depuis son siège de copilote dans le Twin Mathew apprécie la performance en battant des mains : « Great landing ! ».

Plus Nord que le Fram !

Poussé par un vent tempétueux depuis deux jours, nous avons franchi le 86°N aujourd’hui à 13H locale, dépassant du même coup la position la plus nord de Nansen et du FRAM ! C’est un bel exploit après seulement six mois de dérive, dépassant largement les estimations les plus optimistes.

Ce vent qui souffle à plus de trente nœuds nous ramène aussi à l’est, infléchissant notre route vers le pôle, ce qui n’est pas forcément une bonne option. En effet si nous passons trop près de pôle, nous courrons le risque de tourner autour assez longtemps retardant la descente de Tara vers le Spitzberg et du même coup sa libération des glaces.
Autre évènement d’importance est le passage du soleil sur l’horizon qui est donc retardé à cause de cette progression vers le nord. Nous ne le verrons que dimanche 11.
Ce vent soulève la neige qui rend la visibilité horizontale quasi nulle et espérons qu’il soit calmé d’ici là. D’ailleurs cela fait deux jours que nous n’avons aucune couleur d’aube. La météo reste mauvaise nous rappelant que nous sommes encore en hiver sous des latitudes hostiles. Nous espérons maintenant des jours meilleurs pour profiter de la banquise les derniers jours avant la relève.

Denys

Le banya

TARA Arctic

Le banya

Le sauna est une tradition dans tous les pays nordique en Russie on l’appelle aussi le banya. Chaque fin de semaine, les habitants des provinces les plus froides, comme en Sibérie, aiment se retrouver au banya. On y amène quelques provisions du genre amuse gueule et de la vodka. Le banya du port de Tiksi par exemple se trouvait au premier étage d’une grande bâtisse. Tout l’étage de plusieurs centaines de mètres carré était divisé en deux banya : l’un étant réservé pour les femmes et les enfants tandis que l’autre est destiné aux hommes. Après avoir payé au bureau d’entrée, on pénètre dans une immense pièce séparée en petites sections par des bancs et des casiers. Ce sont des vestiaires conviviaux où l’on partage les victuailles et la boisson, avant, pendant ou après le passage au sauna. La pièce suivante est un peu plus petite, là sont installés les douches et des sortes de lavabos pour les ablutions. L’eau chaude ou froide coule à volonté. Le banya en lui même se trouve dans la troisième pièce. Elle est plus petite et aménagée avec des gradins de bois qui servent de sièges. Il règne une température de 70° à 90° suivant l’altitude des bancs du gradin. Les habitants de Tiksi y passent des heures à transpirer mais pas seulement. Après une bonne suée, ils ont pour habitude de se fouetter avec des branchages très fournis en feuilles. Les feuilles de chêne, trempées dans l’eau chaude, sont très prisées. C’est très bon pour la circulation du sang paraît-il. Puis l’adepte du banya prend une douche froide. Quand je parle de douche je devrai plutôt dire une énorme masse d’eau froide délivrée d’un seul coup par une bassine à bascule.
Après le banya tout le monde à l’air détendu et la vodka vient compléter le réchauffement intérieur.

Gamet qui a passé une bonne partie de sa vie en Sibérie a voulu nous faire goûter à cette tradition du grand nord. Après avoir fait l’état des lieux avec Hervé du bois qu’il restait à bord, Gamet s’est attelé à un chantier colossal : construire un sauna sur le pont d’un bateau par une température ambiante entre -30° et -40°. Il lui a fallu démonter des structures métalliques, les dessouder puis les ressouder afin de faire de la place pour une cabane de 2m50 sur 2 m et d’une hauteur de 1,90 m. Puis, il lui a fallu couper et poncer les planches, trouver et installer du matériel isolant, poser un radiateur électrique etc… La construction du banya à pris un mois, parfois Hervè a aidé Gamet, mais bien souvent, il y travaillait seul et avec  acharnement.
Le banya fût inauguré juste après l’anniversaire de Nico la première semaine de décembre. Une pleine réussite de la technologie russe, des pierres ont été disposées sur le puissant radiateur électrique, lorsqu’elles sont bien chaudes, il suffit de verser de l’eau pour que la petite pièce se remplisse d’une chaleur humide et intense. Nous avons décidé après consultation du commissaire de l’énergie à bord de s’octroyer deux cessions de banya par semaine: le jeudi et le dimanche.
Au début nous avons eu un peu de mal à nous habituer à cause du passage de -30° à l’extérieur à 70° dans le banya. Désormais c’est un plaisir que personne ne manque.
Le banya nous procure une détente en profondeur et fait chanter nos cellules comme si cela leurs rappelait le soleil qui nous manque depuis déjà depuis 5 mois. Nous avons remarqué qu’après une cession de sauna nous dormons plus profondément et nous supportons mieux le froid. Pendant le banya, il nous arrive de sortir nu par -35° et de nous frotter avec de la neige pendant quelques minutes avant de revenir dans la cabane surchauffée. Nous comprenons maintenant un peu mieux l’engouement qu’ont les habitants du grand nord pour le sauna ou les huttes de sudations. Un grand merci à Gamet de nous avoir fait ce beau cadeau qui rend notre dérive un peu plus confortable.

Bruno

Manipulation de la CTD

La CTD (Conductivité, température, densité.) enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan.

Tara continue sa lente remontée vers le pôle poussé par le vent du sud. À l’extérieur -35° avec un blizzard qui souffle en rafales. L’équipe de CDT se relaie à tour de rôle pour contrôler la descente et la remontée du câble à l’extrémité duquel se trouvent soit une sonde CTD (c’est à dire qui enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan). Dans le carré, au cœur de la baleine,  les communications VHF fusent de la cale arrière où se trouve le treuil piloté par Nico ou Hervé.

Ces communications sont destinées à l’autre équipe à poste dehors, à l’arrière du bateau. Devant un trou dans la glace de 1m sur 2, on surveille le bon fonctionnement du treuil au bout duquel est fixé la sonde qui s’enfonce dans l’océan à la vitesse de un mètre par seconde et qui enregistre les données à l’aide de capteurs électroniques. « 1500m !  …–1500m, bien reçu ! » est répété comme un écho dans la VHF par le gardien du câble qui se refroidit sur la banquise tandis que dans la cale arrière dans le vacarme du groupe électrogène, le casque sur les oreilles, Nicolas dirige la manœuvre. La profondeur de sondage a été définie par Matthieu avant le début du sondage avec un autre sondeur de bathymétrie acoustique qui indique précisément le fond de l’océan.

Ce sondeur relié à un câble électrique est pratiquement en permanence immergé dans l’eau, attaché à un bout, sauf quand la banquise se met à bouger. Il peut indiquer le passage des bancs de poissons et le frasil qui est une zone de petites formations de glace que l’on peut rencontrer dans les couches supérieures de l’océan. « Sonde en vue ! » indique Matthieu dans la vhf, Nicolas aux commandes du treuil ralenti puis stoppe l’enroulement lorsque Matthieu lui indique qu’il a retiré la sonde de l’eau.

Une fois sortie de l’eau, la sonde est ramenée à bord pour éviter le gel et là, Matthieu la nettoie et télécharge les données récoltées dans un ordinateur.
Les données recueillies sont envoyées dans la foulée par email aux scientifiques des différents laboratoires de DAMOCLES ; Les opérations CTD ont lieu entre 3 et 4 fois par semaine dans la mesure où la banquise est stable.

Chaque semaine, on effectue également un prélèvement d’eau à différents niveaux de profondeur grâce aux bouteilles de Nansen équipées d’un système de clapets permettant de récolter des échantillons d’eau à des profondeurs établies. L’eau de ces bouteilles faites de bronze, à la conception inchangée depuis plus de 100 ans, est recueillie dans de petits flacons plastique dûment répertoriées et datées par Matthieu qui conserve ces précieux échantillons pour le laboratoire.

Une opération CTD peut durer entre 2 à 4 heures selon la profondeur et si elle est suivie d’une opération bouteilles de Nansen. Nous nous relayons pour surveiller le câble à l’extérieur et quand le vent souffle ou que le froid dépasse les –30° ; c’est parfois difficile de tenir. Dans ce cas, nous nous remplaçons plus fréquemment.
L’autre difficulté est d’entretenir les trous dans la glace qui ne cessent de se refermer. Nous devons avoir accès en permanence à l’eau de mer pour, soit récupérer les sondes (en urgence au cas où la banquise se brise), soit continuer les sondages. Il faut souvent de servir de la tronçonneuse pour ouvrir la glace quand les températures sont vraiment basses autrement, le pic à glace suffit pour briser la couche qui est alors moins épaisse.

La nuit succède à la nuit et les sondages aux sondages.

Bruno

Anniversaire de Grant

Hier nous avons fêté l’anniversaire de Grant, événement important que de souffler ses bougies sur la banquise. C’est le cinquième et le dernier pour cette équipe et nous commençons donc à être rodé.

Nous lui avons fait la surprise d’envahir le carré déguisés en maoris, simulant leur danse traditionnelle et avons entraîné  Grant à nous faire  un HAKA. Nous savions qu’il le faisait très bien puisqu’il nous en avait dansé un au début de la dérive pour inaugurer notre première base. Mais  nous l’avons obligé à le danser à l’extérieur sur la banquise ! Et hier était le jour le plus froid que nous avons rencontré, moins 40° !

Ce fut un moment chargé d’émotion que nous n’oublierons pas, les chiens non plus, surpris de notre accoutrement. La banquise a résonné  mais ne s’est pas rompu, le cœur y était pourtant. Ensuite, retour à l’intérieur, et distribution des petits cadeaux : Montre Agnès b, disques provenant de NZ de la part de sa famille, dessins et morceau de corne de mammouth  sculpté par Gamet. Puis dîner avec gigot, bien entendu et le gâteau garni de ses trente quatre bougies.

Denys

W-e de fête sur Tara

Même sur la banquise il y a des week-ends qui comptent plus que d’autres, et ces deux derniers jours ont été riches !

Cent vingt cinquième jour de dérive.
Position : Dérive par 83° 44′ N-138° 44′ E, vitesse 0.2 nœuds 180° .
Vent : 10 nœuds secteur nord ouest
Visibilité : Bonne, ciel clair,
Lune : Rousse, sur l’horizon.
Jour : Nul
Banquise : Stable.
Température de l’air : – 36˚C
Température de l’eau : -1,7˚C

Même sur la banquise il y a des week-ends qui comptent plus que d’autres, et ces deux derniers jours ont été riches !
L’anniversaire de Matthieu, qui coïncide avec l’Epiphanie nous a donné l’occasion d’un dîner amélioré commencé par une petite mise en scène : L’arrivée des rois mages, symbolisme important ici puisque nous sommes à la verticale de l’étoile du berger, personnifiés par Grant en Balthazar, Bruno en Melchior, Nicolas en Gaspar et Hervé en Jésus. Et au moment de l’apéritif, le téléphone sonne pour m’annoncer la venue de mon premier petit fils, Raphaël, fils de ma fille Lucie, né à Grasse. Ce fut donc une belle fête qui s’est finie tard dans la nuit, après un bon repas (magrets de canard) et gâteau au chocolat avec fève.
La semaine commence maintenant par un froid à moins 36°C, une très belle lune rousse sur l’horizon qui va nous quitter de nouveau pour une quinzaine de jour. Ce sera sans doute la dernière période de nuit complète puisqu’à partir de février nous devrions avoir les premières lueurs du soleil.
Bienvenue à Raphaël qui a déjà son ours blanc dans son berceau !

Denys

 

Retour au calme

 Le beau temps est revenu après trois jours de vent fort à 40 nœuds.

D.Bourget/Tara Expeditions

D.Bourget/Tara Expeditions

Cent quinzième jour de dérive.
Position : Dérive par 83° 40′ 1012″ N-138° 31′ 8583″ E, vitesse 0.1 nœuds 90° .
Vent 10 nœuds secteur ouest
Visibilité Bonne, ciel clair,
Lune : Premier quartier.
Jour : Nul
Banquise : Stable.
Température de l’air : – 20°C
Température de l’eau : -1,7°C

Le beau temps est revenu après trois jours de vent fort à 40 nœuds. La banquise est maintenant stabilisée mais n’est pas sûre et même dangereuse car les canaux qui se sont ouverts sont maintenant recouverts d’une pellicule de neige apporté par le vent fort, cette pellicule fait une couche isolante qui empêche la formation rapide de glace. Il faut donc être extrêmement prudent lors de nos déplacements car nous ne voyons plus où sont ces zones fragilisées, seules les chiens savent nous prévenir. Nous avons néanmoins fini de sécuriser le matériel et en particulier remonté à la main les bouteilles de Nansen qui étaient restées à leur câble par 500m de profondeur. Le trou permettant ce sondage s’est retrouvé après une heure de mouvement de banquise à une centaine de mètres de son emplacement initial à l’aplomb du tableau arrière de Tara. La photo « Trou CTD » montre bien ce mouvement de banquise car est prise de sa position finale ! La photo « Plaque » montre l’épaisseur de la plaque de glace qui a parcouru une centaine de mètre en notre direction et s’est arrêtée heureusement à 5m de Tara.

Denys

Le polaire

Gamet peut rester des heures dehors sans perdre de sa dextérité et sait déjouer tous les pièges de la banquise.

Cent-cinquième jour de dérive.
Position : Dérive par 83 83° 30′ 6193″ N-141° 00′ 2073″ E, vitesse 0.4 nœuds 340° .
Vent 25 nœuds secteur sud
Visibilité Mauvaise, ciel couvert,
Lune : Invisible
Jour : Nul
Banquise : Stable.
Température de l’air : – 30°C
Température de l’eau : -1,7°C

Gamet Agamyrzayev est né en 1962 à BAKOU en Azerbaïdjan (Etat indépendant de l’ex URSS depuis 1990), vit 4 mois de l’année à Säki, petite ville des montagnes à l’est de Bakou et le reste du temps à Khatanga. Khatanga est une ville portuaire sur un fleuve (Khatanga) débouchant en mer des Laptev, dont l’activité n’est qu’estivale en raison de la glace qui rapidement empêche tout trafic.

Gamet a découvert la vie du nord sibérien à l’occasion de son service militaire à l’issue duquel il a exercé divers métiers (Docker, chauffagiste) mais surtout a rencontré Bernard Buigues avec qui il travaille depuis 1999 pour le musée du mammouth et pour les expéditions Mammuthus.

Il est vrai que Gamet ne manque pas de qualités, en particulier dans le domaine du bricolage. Une fois les plans dans sa tête, il est capable de transformer toutes sortes de matériaux pour leur donner une deuxième vie. Qualité essentielle ici où rien ne se jette. Doté d’une résistance physique remarquable, adapté au climat polaire, il peut rester des heures au froid sans perdre de sa dextérité. Sa dernière et toute récente réalisation est le sauna (banya en terme russe) du bord, dont je n’ose pas décrire le plaisir que nous en avons tant ce luxe me parait anachronique ici.

Il a aussi une connaissance de la banquise qui le rend indispensable à nos yeux quand nous devons mener des expéditions sur la glace. Il sait en déjouer tous les pièges. Dernière qualité, Gamet connaît bien l’équipage car il a participé au chantier de préparation de Tara à Lorient.

Denys

Hervé : spécialiste du treuil

Compte tenu de son expérience de patron pêcheur, Hervé est le spécialiste du treuil pour la descente des sondes océanographiques.

Hervé Bourmaud, 35 ans est sûrement le marin le plus expérimenté de l’expédition. Il est de ces personnes que la mer a pris tout petit et ne peuvent s’en éloigner, même à terre la mer ne le quitte pas puisqu’il habite l’Ile d’Yeu. Il a commencé à naviguer à l’age de 6 ans avec son père sur un bateau de pêche promenade, a fait partie de l’équipe de nationale de class 8, a convoyé des voiliers et surtout a été patron pêcheur sur de nombreux bateaux à Saint Jean de Luz, aux Sables et à l’Ile d’Yeu.

Cette navigation quasi immobile, sans roulis ni tangage, sans embruns ne te donne-t-elle pas un peu le mal de mer?
« Si, ce n’est pas une navigation normale, c’est plus un métier de terrien et en plus on marche sur l’eau ! »

Compte tenu de son expérience à la pêche, Hervé est bien entendu le spécialiste du treuil pour la descente des sondes.

La remontée de ces sondes inertes en acier inoxydable te procure-t-elle la même excitation que la remonté des filets ?
« Oui, quasiment, ça procure beaucoup de plaisir de remonter des données ou de l’eau dans les bouteilles de Nansen. Le résultat n’est pas immédiat, mais j’espère qu’ils apporteront, une fois analysés, des avancées scientifiques. J’y trouve beaucoup de satisfaction et c’est très valorisant. »

Hervé est aussi le « maître chien » de Zagrey et Tiksi, après plus de trois mois de cohabitation, on peut dire qu’il a été adopté par ces deux husky sibériens et vice versa.

Tu observes très souvent leur comportement sur la banquise, qu’est-ce qui te surprend le plus ?
« Leur adaptation très rapide aux conditions extrêmes rencontrées ici, ils savent reconnaître les dangers de la banquise. Ils sont très indépendants, très intelligents et très câlins. Leur adaptation au froid est tout à fait extraordinaire. »

Propos recueillis par Denys

La dépense énergétique

Nicolas, le chef mécanicien est le personnage clef de la réussite de notre mission. S’il est presque débarrassé des soucis des deux moteurs de propulsion qui sont en sommeil jusqu’à la débâcle libératrice de mi 2008, il doit gérer au mieux la dépense énergétique et le bon fonctionnement des deux groupes électrogènes.

Nico, as-tu conscience de l’importance de ta mission à bord ? :« Oui, c’est d’ailleurs ma motivation quotidienne ! »
Les consommations sont-elles raisonnables ? : « Elles sont raisonnables compte tenu de notre environnement extrême et des besoins nécessaires pour mener à bien les travaux scientifiques ».
Quelles sont la ou les pannes que tu redoutes le plus ? : « Les groupes sont les pièces maîtresses de la production d’électricité, il est certain qu’une panne simultanée, scénario improbable, sur ces deux machines nous entraînerait dans la survie ! Une gîte supérieure à 35° en est un exemple, le feu d’un groupe avec propagation vers l’armoire électrique principale en est un autre». Compromettraient-elles la poursuite de l’expédition ? : « Oui, car sans électricité, pas de chauffage et aucun appareil ne fonctionnerait… ».

Tu gères aussi le chauffage à bord. C’est un sujet très sensible et important pour tout l’équipage. Est-ce un souci de plus pour toi ? : « Oui, sujet très sensible effectivement. Nous en avons eu un aperçu il y a un mois avec des problèmes de pompe de circulation. Les conséquences sont très importantes sur le confort, sur le moral, sur le travail et sur l’énergie nécessaire à l’organisme pour combattre le froid ».
Malgré tout, Nico mange de très bon appétit et dort comme un loir !

Denys

Reprise des mesures

Position : Dérive par 82° 39′ 0702″ N-136° 08′ 5047″ E, vitesse 0.1 noeuds
Vent : 10 noeuds
Visibilité : moyenne, ciel couvert,
Lune : Pas visible
Jour : Nul
Banquise : Instable
Température de l’air : – 13°C
Température de l’eau : -1,5°C

Depuis samedi, c’est un peu la course contre la montre car nous avons entrepris de creuser un trou sur l’arrière de Tara pour reprendre nos activités de mesures salinité, concentration et température de l’eau de mer, activité scientifique phare de notre expédition. Et chaque fois que nous faisons péniblement ce trou, la banquise bouge !

G.Redvers/Tara Expeditions

G.Redvers/Tara Expeditions

Donc, pour profiter de celui qui a été terminé dimanche, nous avons fait un premier sondage dans la foulée, lundi nous avons rencontré un problème technique de mesure du déroulement du câble (la précision dont être importante car nous sondons à 3000 mètres et il ne faut ni toucher le fond, ni remonter plus de câble que ce qui a été déroulé au risque de provoquer un accident). Aujourd’hui nous allons donc nous dépêcher de faire notre manipulation car cette nuit la banquise a un peu bougé et nous craignons de « perdre » notre trou qui n’aura pas été très rentable !
Point de vue dérive, nous sommes toujours en dessous du 82°50, que nous n’arrivons pas à franchir définitivement.

Denys

Communication à bord

Soixante quatorzième jour de dérive.
Position : Dérive par 82° 37′ 7633″ N-139° 58′ 8246″ E, vitesse 0.1 noeuds
Vent : 30 noeuds
Visibilité : moyenne, ciel couvert averse de neige,
Lune : Plus visible ;
Jour : Nul
Banquise : Stable
Température de l’air : – 15°C
Température de l’eau : -1,5°C

Ce matin, après une nuit de vent et de neige, Tara, avec sa gîte et la neige remontant le long de son franc-bord bâbord avait vraiment l’aspect d’une goélette polaire et ressemblait aux images que l’on a du FRAM.

Nous faisons souvent des comparaisons avec le FRAM, Nansen et son équipage de douze aventuriers, mais il y a un aspect qui change complètement la dimension de l’expédition, c’est la communication ! Nous disposons, grâce à la communication satellitaire du moyen de rester en contact avec « la terre », nos proches, les médias etc.…
Le flux quotidien est important, de l’ordre d’une vingtaine de mails en émission et en réception et une vingtaine de minutes de communication téléphonique pour nous huit. Cette communication tue le suspense de l’expédition mais diminue l’anxiété de nos proches. A la question posée à brûle pourpoint « sans les communications, serais-tu venu ? » la réponse est partagée : Cinq d’entres nous ne seraient pas venus. Il faudrait aussi la poser aux proches.
Peut-on encore dire, comme Jason, célèbre argonaute grec : « Il y a trois trois sortes d’hommes, les vivants, les morts et ceux qui sont sur la mer » ?

Denys

Pleine lune

Nous avons repris une progression très lente vers le nord après quelques jours de recul. Nous bénéficions toujours d’un temps calme, clair avec une lune qui est présente toute la journée et parcourt l’horizon éclairant de façon féerique la banquise.

G.Redvers/Tara Expeditions. Tara Arctic.

G.Redvers/Tara Expeditions. Tara Arctic.

Cette contemplation est un signe de plus sur l’extraordinaire richesse et diversité de notre globe et nous pouvons témoigner de l’importance de sa préservation. Nous attendons un peu le déclin de la lune pour installer de nouveau le matériel scientifique sur la banquise car il semble que les mouvements de banquise sont plus importants durant la phase de pleine lune.

Pendant cette période d’attente, il est important de rester actif, Tara nous donne un peu de travail (toujours les problèmes d’eau, de toilettes et de chauffage) et nous avons installé un « rameur » dans la soute arrière. En tant que médecin et garant de la santé mentale et physique de mes camarades d’aventure, je préconise fortement la pratique d’une activité physique régulière. Le rameur permet de faire du sport de façon calibrée et dans de relatives bonnes conditions de confort, thermique en particulier. On peut aussi faire des marches autour du bateau, ce que faisait Nansen, mais la respiration d’air à moins 25°C n’est pas confortable et la déshydratation induite peut avoir des conséquences délétères.

Denys

Au-revoir le soleil

Aujourd’hui fut une journée particulière : le soleil ne passe plus au-dessus de l’horizon. Nous le reverrons maintenant que le 3 mars 2007.
Nous en avons profité pour lui faire un clin d’œil en nous rassemblant à
’heure de midi sur la banquise pour un pique nique et deux heures de distractions : petite partie de rugby et jeux de boulespour rester franco-kiwis.

Ce jour marque pour nous l’entrée dans une nouvelle période synonyme de froid, de nuit, d’un peu plus d’isolement et sans doute d’imprévus. Nos journées seront maintenant rythmées par nos activités et la notion de temps prendra une autre dimension : Un dicton africain dit « Le blanc a la montre, nous avons le temps ». Peut-être arrivera-t-il un moment où nous ne regarderons plus notre montre, ce que beaucoup pourront nous envier ! Nous espérons que Tara trouve rapidement sa place au mieux sur la banquise pour pouvoir installer du matériel scientifique autour de nous (il est actuellement déployé sur le bateau) et satisfaire la légitime impatience des laboratoires de recherche partenaires et soutien de notre expédition.

Denys

Roulement des tâches

Aujourd’hui lundi, chacun a reprit le travail ! Pour nous à bord le travail ne s’arrête pas vraiment le week-end, mais le lundi est synonyme du changement d’activité que chacun doit effectuer pour la vie du bord.

B.Vienne/Tara Expeditions. Nicolas Quentin et Hervé Bourmaud cassent la glace afin de la transformer en eau potable.

B.Vienne/Tara Expeditions. Nicolas Quentin et Hervé Bourmaud cassent la glace afin de la transformer en eau potable.

Ainsi, cette semaine, Denys joue le cuisinier accompagné de Hervé. Grant et Bruno sont nos Cendrillons, Victor et Matthieu à la plonge quant à Gamet et moi-même déneigeons le pont et cassons la glace afin de la transformer en eau potable. C’est ainsi que j’ai pu profiter du magnifique clair de lune laissant paraître la beauté de notre environnement. Le ramassage de glace fut une bonne excuse pour s’amuser dans les crêtes de compression sous le regard avisé de notre bon chien Zagrey.

Mais, la glace est un océan et bientôt nous fûmes rappelés à l’ordre par une ouverture de la plaque de glace qui porte Tara. Notre pauvre Zagrey qui resta seul sur son bloc de glace, réclama son maître « Hervé ». Hervé, équipé en combinaison de survie, du venir le récupérer.

Voilà c’est sous le regard éclatant de la lune que chacun fut heureux de se réchauffer avec une tasse de thé en s’enivrant des odeurs de gâteau au chocolat préparé par le bon docteur!
Nicolas

Ambiance château hanté

Position : Dérive par 81° 08′ 5137″ N – 145° 53′ 9255″ E, vitesse 0.4 noeuds
Vent : 0 – 5 noeuds
Mer : calme
Visibilité : très moyenne, ciel couvert
Jour : 6h-16h
Température de l’air : – 8°C
Température de l’eau : -1,5°C

Depuis deux jours, Tara est soumis à des compressions de glace qui s’accompagnent à l’intérieur de bruits typique de film d’épouvante, ambiance vieux château hanté : grincements de gonds, claquement de portes sous fond de tremblement de terre. En effet Tara dans le même temps prend un peu de gîte puis se redresse et ainsi de suite. Ces compressions ne sont pas très fortes car la glace autour de nous n’est pas dure, c’est ce que l’on appelle du brash constitué de nouvelle glace (slush) peu consistante et d’anciennes plaques ou floes.
Nous avons fabriquer un inclinomètre permettant de connaître la gîte, nous sommes la plupart du temps autour de 6° sur bâbord, ce qui n’entraîne pas trop de désagrément pour la vie à bord.
Aucun signe de vie animal ces dernières quarante-huit heures.

Denys

Journée fructueuse

Position : Dérive par 80°27N, 141°56E
Vent : 20 noeuds
Mer : calme
Visibilité moyenne : averse de neige
Température de l’air : – 6?C
Température de l’eau : -1?C

Nous avons récupéré, éparpillées sur deux kilomètres carré, l’essentiel des instruments scientifiques et le buldozer. Tout a été stocké sur le bateau.
Chacun est unanime pour dire que ce succès est à attribuer aux qualités de brise-glace de Tara ! Il faut savoir être patient, marche avant, marche arrière, la prou monte sur les plaques et finit par la briser. Comme au rugby, et grâce à la poussée des packs français et Néo-zélandais associés, les plaques cassent ou s’écartent ! Le plein de matériel scientifique est donc fait, il nous reste maintenant à attendre que le froid revienne. La glace est entrain de nous emprisonner à nouveau.

Denys

Un regard en arrière

11 juillet : Lorient, 16 Août :Tiksi, 35 jours, 5000 miles, 3 caps importants (Finistère bien sur, Nord et Cheliuskin le plus septentrional), 7 mers (Atlantique, Manche, Mer du Nord, Mer de Norvège, Mer de Barentz, Mer de Kara, Mer de Laptev, 4 escales (Oslo, Tromsö, Mourmansk, Tiksi). Le bilan de cette première partie de d’expédition est élogieux, les délais ont été tenus, tous les obstacles ont été franchis, l’équipe a appris à se connaître et à travailler ensemble, la cohésion est bonne, toutes ces constatations laissent présager une dérive sur la banquise sous les meilleurs hospices.

Tara Expeditions

L’escale d’Oslo a été particulièrement appréciée, l’amarrage au musée du Fram et la réception sur le Fram a été un moment particulièrement émouvant et nous a permis de voir l’importance du projet, le « palper » les conditions de cette dérive et de permettre à chacun d’alimenter ses rêves voire ses angoisses sur la vie à bord de Tara durant les deux années à venir.
Tromsö nous a donné l’occasion de voir des paysages de rêve, de faire connaissance avec les conditions de vie des nordiques, tout à fait particulières, profitants à cette période de l’année de la lumière ininterrompue. Cette escale a permis un avitaillement important, des moments de détente et pour certains l’occasion d’un dernier « au revoir ».
Murmansk, dernière ville d’importance avant la dérive, nous a montré deux visages : d’un coté les vestiges du collectivisme qui restent perceptibles, l’absence d’un habitat individuel et de décoration, tracasseries administratives, et d’un autre coté, une classe moyenne qui aspire à un mode de vie à l’occidental, se libérant timidement des carcans de l’ancien régime.
L’arrivée à Tiksi montre que Tara a bien profité de sa remise à niveau ; il y a bien eu quelques problèmes au niveau des moteurs, des tuyauteries, vite résolus par le savoir faire de l’équipage. Tara et ses hommes ont montré leur volonté de réussite.

Simon