Opération à coeur ouvert

Voilà bientôt 3 semaines que Tara a retrouvé les côtes bretonnes et sa fidèle place devant la Cité de la Voile à Lorient, au côté d’autres voiliers de légende que sont les Pen Duick. D’extérieur, tout semble calme. Les allers-retours incessants entre le bateau et notre local dans lequel nous entreposons du matériel sont terminés, Tara a été complètement vidé : les cales avant et arrière sont désormais vides, et la ligne de flottaison s’est élevée de plusieurs centimètres au dessus de l’eau.

Mais à l’intérieur, à l’abri des regards, l’opération à cœur ouvert a bel et bien commencé. « Thérèse » (moteur tribord), notre vieille allemande qui en temps normal nous propulse au coté de sa sœur jumelle Brigitte (moteur bâbord), a depuis presque 10 jours les pattes en l’air, suspendue par des chaines au milieu du carré. Après avoir ronronné des heures durant lors de notre dernier périple autour de la Méditerranée, il est temps pour elle de s’offrir une bonne cure de jouvence. Ainsi, nous avons mis à nue notre moteur principal tribord avec François Noël dit « l’Ancien » en chef d’opération. Il est actuellement le chef mécanicien du bord et surtout grand connaisseur de ces deux demoiselles pour les avoir déjà reconditionnées. Nous l’assistons et apprenons chaque jour au cours de cette opération délicate.

Chaque pièce du moteur est démontée puis vérifiée, jusqu’à ce que Thérèse soit complètement nue. Pistons, bielles, chemises, culasses, culbuterie, pompes et autres sont inspectés et changés si nécessaire. A l’heure actuelle, notre moteur git au milieu du carré dans l’attente d’accueillir ses nouveaux organes. Et le carré, si l’on peut toujours le nommer ainsi, s’est transformé en salle d’opération, entouré de grandes bâches protectrices. Les sols sont recouverts de carton, l’odeur de gazole règne dans le bateau, les outils et les pièces du moteur jonchent ce qui est en temps normal notre espace de vie, pour l’occasion devenu une extension de la salle des machines ! La cure de jouvence des moteurs est donc en cours, le remontage va prendre plusieurs jours, en espérant que Thérèse aura retrouvé son emplacement auprès de sa sœur avant Noël.

Nicolas de la Brosse, capitaine de Tara

Le bateau a terminé sa mission, mais la science se poursuit

Ce matin au réveil, le retour de la goélette à Lorient était déjà un beau souvenir. Les Taranautes se sont levés pour faire visiter le bateau aux Lorientais après une courte nuit. Les premiers croissants ont été livrés par les familles des équipiers. Autour du grand carré, Luana Oriot, 6 ans, fille de l’équipier Matthieu Oriot se souvient du retour du bateau : « J’ai aimé quand papa est revenu, j’étais heureuse. » En face d’elle, Ipanema et Marley, enfants de l’artiste en résidence à bord Malik Nejmi, reviennent sur la journée d’hier. 

« Il y avait de la musique, il y avait de l’ambiance et la ministre Ségolène Royal était là. » Marley, 10 ans, précise : « Il y avait aussi le maire de Lorient et  les citoyens de Lorient sont venus accueillir Tara. Le bateau est arrivé comme si c’était une légende. »

Après 7 mois d’expédition, la goélette est de retour à Lorient, son port d’attache, le 22 novembre, premier jour de la Semaine européenne de la réduction des déchets. Une jolie coïncidence ! Comme le contait Marley, son arrivée a été saluée par la présence de Mme Royal. La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Energie a évoqué la mise en place de l’interdiction des sacs plastiques non réutilisables dès 2016. Une annonce qui ponctue la fin de cette expédition dédiée aux pollutions plastique. Près de 2 300 échantillons ont été collectés par les équipes scientifiques à bord, lors des différents legs et tous contenaient des micro plastiques.

Les derniers prélèvements stockés dans le fût d’azote liquide à bord s’apprêtent à être envoyés par transporteur dans les différents laboratoires. Le bateau a terminé sa mission, mais la science se poursuit et les chercheurs doivent à présent s’atteler à l’étude des échantillons : quantifier et qualifier les plastiques, mais aussi déterminer leurs effets sur les organismes vivants.

La baleine s’apprête quant à elle à faire peau neuve, lors d’un chantier maritime de 3 mois. Pour les équipiers, Nicolas de la Brosse, François Noël, Samuel Audrain et Mathieu Oriot  l’aventure se prolonge à terre, à Lorient, sur le site de Keroman. Luana n‘aura pas à attendre plusieurs mois avant le retour de son papa à la maison.

A bord, la journée se poursuit. Les visiteurs les plus courageux se sont munis de parapluies et de cirés pour visiter Tara sous la pluie. Dans le grand carré, les générations de Taranautes se mélangent pour refaire le monde. Les livres des différentes expéditions sont feuilletés et commentés par la joyeuse tribu. Pas de doute, la relève est assurée !

Noëlie Pansiot

 

En vidéo : Retour de l’expédition Tara Méditerranée à Lorient

Après 7 mois en mer, la goélette est rentrée au port de Lorient le samedi 22 novembre 2014.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

En vidéo : Départ de Peniche pour Lorient

La goélette quittait son dernier port d’escale il y a quelques jours. A son bord les équipiers criaient volontiers “on rentre à la maison”, heureux à l’idée de retrouver leurs proches.
Et pour la dernière traversée de cette 10e expédition, des invités de marque se sont joints aux marins : Michel Franco, ingénieur de la goélette et conteur d’anecdotes en tous genres, et son ami Bernard Buigues, administrateur de l’expédition Transantarctica et chasseur de mammouths. Les deux hommes qui ont vu naître Transantarctica il y a 25 ans, redécouvrent Tara…

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Au Portugal, Tara fait des émules

Tara était fermement attendu à Peniche, au Portugal, pour une ultime escale le week end dernier avant son retour à Lorient. Un arrêt de deux jours destiné notamment à soutenir une initiative novatrice pour le Portugal, dans l’esprit de Tara : le projet David Melgueiro*, du nom d’un navigateur portugais du XVIIème siècle.

José Mesquita, qui recevait Tara au port de Peniche, en est l’instigateur. Il souhaite construire un navire océanographique de 28 mètres à l’échéance de fin 2015, pour réaliser une circumnavigation polaire.

Cette expédition sera la réédition du voyage du navigateur portugais David Melgueiro et ralliera le Portugal à la ville de Kagoshima au Japon, en passant par le Passage du Nord-Est à l’aller, et le Passage du Nord-Ouest au retour.

Les échéances sont de commencer à construire le navire en février 2015 jusqu’à fin 2015 et un départ en expédition Arctique en avril-mai 2016.

Quel est l’objectif de ce projet ?

Pour la première fois au Portugal, il s’agit de construire un navire d’expédition à voile qui puisse être le moins cher possible dans sa construction, par les matériaux choisis et le plus petit possible, et qui en même temps soit suffisamment grand pour pouvoir loger 7 scientifiques à bord et 5 membres d’équipage pour aller de l’Arctique à l’Antarctique.

Aujourd’hui, le Portugal possède un seul navire de recherche d’Etat : le Norweig, un navire qui a été offert par la Norvège au pays en 1978, sur lequel j’ai été le premier Second et le deuxième Capitaine. Il s’agit d’un chalutier qui travaillait aussi sur la gestion des stocks de poissons.

Ici, au Portugal, on développe des projets si Bruxelles les finance sinon, on ne fait rien. C’est un cercle vicieux. Le projet David Melgueiro souhaite, pour la première fois, construire un navire à l’aide de capitaux civils, puis essayer de mettre ce navire au service des Universités et de la science nationale et internationale, à des coups d’exploitation très bas, 10 fois moins cher qu’un navire classique, mais en réalisant 70% des travaux d’océanographie qu’un grand navire peut faire.

Vous avez sollicité Tara pour qu’elle fasse escale à Peniche. Pourquoi était-ce important pour votre projet ?

Parce que la première expédition que nous allons faire sera le tour de l’Arctique, comme l’a fait Tara en 2013. D’autre part les objectifs globaux du projet David Melgueiro collent aux objectifs de Tara. Votre bateau est un grand frère et nous sommes un bébé en gestation. Lorsque j’ai commencé à imaginer ce projet, je n’ai pas pensé à Tara. J’ai été inspiré par le fait d’avoir travaillé à la Commission Européenne de Bruxelles pendant 23 ans, pour la préservation des ressources, les plans de récupération du thon, les pêcheries de Terre-Neuve, de la Baltique etc. Donc recevoir Tara à Peniche, c’était pouvoir montrer aux gens, à la ville, mais aussi au reste du pays parce que les télévisions étaient là, que ma vision du projet David Melgueiro n’est pas à côté de la plaque, que c’est une vision réelle. Ce projet n’est autre qu’un petit Tara, qui va, je l’espère, donner la main à Tara.

Pour cette première mission, nous avons l’intention d’embaucher un équipage portugais pour des raisons patriotiques. Les Portugais ont le moral au plus bas et pouvoir mettre dans ce projet la technologie portugaise, intégrer un équipage local sera une sorte de ballon d’oxygène, redorera l’orgueil national. En ce qui concerne les scientifiques, notre porte est ouverte aux partenariats internationaux, avec bien entendu les pays de l’Arctique. Nous souhaitons qu’il puisse y avoir un échange d’expériences et de connaissances à l’international.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

David Malgueiro* : un récit portugais raconte que le navigateur David Malgueiro effectua un voyage à bord du galion Hollandais « Padre Eterno », entre 1660 et 1662, à travers le passage du Nord-Est. Il débuta son périple au Japon, passa par le détroit de Béring, pour terminer son aventure aux Pays-Bas.

D’Antarctica aux mammouths

Il a vu naître la goélette il y a 25 ans, alors qu’il faisait partie de l’expédition Transantarctica, menée par Jean-Louis Etienne. À l’époque, Bernard Buigues était « le sacrifié » : il gérait l’administration et réglait les problèmes du quotidien à Paris. Plus tard, Bernard a organisé ses propres expéditions au pôle, avant de devenir chasseur de mammouth en Sibérie. Il a aussi initié avec Etienne Bourgois en 2006, la fameuse dérive arctique de Tara.

Invité à bord de Tara pour l’ultime traversée jusqu’à Lorient, le papa de Jarkov, mammouth de 47 ans mort il y a 20 380 ans, nous conte ses aventures et nous sommes tout ouïe.

Comment a débuté la chasse au mammouth ?

Pendant Transantarctica, on travaillait avec les Russes de l’Institut Arctique et Antarctique. C’était juste après la Pérestroïka, le pays était fermé, mais finalement tout était ouvert parce que le désordre régnait. Pendant une dizaine d’années, j’ai développé des stations dérivantes dans la région du Pôle Nord avec les équipes du village de Khatanga en Sibérie qui travaillaient pour l’armée jusqu’en 1985. Un jour, le Directeur de l’administration de Khatanga vient me voir et me dit : « Tu ne t’intéresses qu’à l’Arctique, mais nous avons des choses plus intéressantes, nous avons des mammouths ». J’étais un peu dubitatif, je n’avais pas de contacts avec les musées. Très honnêtement je ne me rendais pas compte, je n’avais aucune passion précise pour le sujet, et ce jusqu’au moment où j’ai pu toucher un morceau de mammouth. À mon retour en France, j’ai ramené quelques échantillons aux scientifiques. Ils ne pouvaient pas encore me dire si c’était bien du mammouth, mais ça leur semblait intéressant parce que les échantillons contenaient des cellules bien conservées. Ils m’en ont demandé plus. Comme ça, de fil en aiguille, en essayant de sortir le premier mammouth qu’on m’avait indiqué, j’ai commencé à me renseigner sur l’état des recherches sur les mammouths. J’ai découvert un paradoxe : c’était un animal célèbre, mais très mal connu. Dans les années 90-95, beaucoup d’idioties sur les causes de leur disparition circulaient, on parlait encore de disparition subite, comme si une météorite était tombée du ciel et avait exterminé l’espèce.

En montant l’expédition pour sortir le mammouth Jarkov, entre 97 et 99, je me suis rendu compte que les paléontologues travaillaient à partir de très peu d’exemplaires d’animaux. J’ai compris qu’il fallait plus d’échantillons pour arriver à un scénario valable sur cette période. Je me suis donc mis comme challenge de récupérer et de protéger un maximum de fossiles de mammouths. En fait, en m’intéressant à eux, je me suis intéressé à l’évolution des espèces, à l’évolution des climats, à l’histoire de cette dernière période du Pléistocène qui a duré 50 000 ans. Cette quête m’a conduit à la rencontre des gens. C’est grâce aux relations amicales tissées avec les locaux que nous avons trouvé des fossiles. Ce sont eux qui, en partant chasser, en partant déplacer leurs troupeaux de rennes trouvaient, de temps à autre, un morceau d’os ou de défense dépassant de la neige.

L’aventure était aussi humaine…

Oui, tout à coup ça faisait sens pour moi, c’était intéressant parce qu’il y avait de l’aventure, de la science et des relations humaines. J’ai découvert plusieurs peuples de l’Arctique : les Nenets avec qui j’ai de bonnes relations, les Dolgans, puis les Youkaguires et les Tchouks. En fait ces expéditions m’amenaient à faire de la science au sens large, la paléontologie débordait sur des sciences plus dures avec des études sur les isotopes, des études sur la génétique, mais aussi dans l’ethnographie. La recette de mon activité et des quelques succès que j’ai eu reposent sur le fait que j’ai su tisser des relations avec des gens qui me faisaient confiance et qui me délivraient des informations au bon moment.

Je pense que les ethnographes ont ressenti cette émotion, il existe une forte attirance quand on rencontre des peuples ou des civilisations très éloignés de la nôtre ; j’étais fasciné. Encore plus lorsque j’ai aperçu la même curiosité dans le regard des gens, lorsqu’ils faisaient part de la même curiosité à mon égard. C’est la clé de l’échange ! Je n’étais pas qu’un simple observateur, ces gens me posaient autant de questions que je leur en posais.

Quelle est la taille du troupeau de mammouths que tu conserves sous le permafrost en Russie ?

Notre équipe a trouvé 13 mammouths en 15 ans. La réalité a finalement dépassé mon imagination. À présent, nous aimerions bien trouver le chasseur écrasé par le mammouth ! Il y a 3 ans, nous  avons découvert un jeune mammouth de 4 ans, mort il y a 32 900 ans, dépecé et éviscéré par des hommes. Nous avons retrouvé sa dépouille qui avait une grosse coupe sur le dos, réalisée à l’aide d’une pierre taillée, un peu à la façon d’un napperon, sur son flanc gauche. Nous ne savions pas qu’il y avait des hommes dans cette région à cette époque. Nous savions finalement peu de choses sur cette époque. En fait, nous parvenons petit à petit à récupérer des informations par ricochet. Avec les protocoles de recherche actuels, nous n’avons plus besoin d’avoir le fossile comme preuve de la présence de telle ou telle espèce. Lorsque nous procédons à des carottages en terre, il suffit de séquencer l’ADN qui y est présent et de le comparer à une base de référence, et quasi instantanément on sait qui était là.

Le clonage du mammouth, fiction ou réalité ?

Quelques scientifiques japonais, mais surtout coréens envisagent sérieusement le clonage. Techniquement certaines choses sont à présent réglées. On sait par exemple remplacer les chainons manquants dans l’ADN, grâce à un processus de copier-coller. Les généticiens peuvent donc récupérer l’intégralité du code génétique du mammouth et mettre cette info dans un ovule fécondé d’un animal vivant comme l’éléphant. Il y a 15 ans, lorsqu’on commençait à me poser la question du clonage, je n’y connaissais pas grand-chose et je ne voyais pas de limite à la science. 10 ans après ce n’est plus vraiment de la science-fiction.

Tout dépend des objectifs de ce clonage. S’il s’agit de réaliser une expérimentation, pourquoi pas. Mais si le projet est de réintroduire l’espèce au détriment de l’attention qu’il faudrait porter aux éléphants, je dis non.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Mammouth, Météorite et Mal de Mer.

La boucle est presque bouclée ! Il y a 2 mois Tara publiait un article intitulé « Une journée pour s’amariner ». Le papier était rédigé à la première personne et il confiait les difficultés rencontrées à bord à cause de la houle. Le bateau venait de quitter Alger et j’embarquais juste. Depuis l’équipage a changé plusieurs fois, la goélette remonte à présent  vers le nord et les marins se réjouissent de tirer des bords en Atlantique. Finalement, seul le mal de mer persiste.

Le processus d’amarinage se révèle impermanent : il va, il vient en fonction des mouvements des vagues et de la résistance des estomacs. Hier, des creux de 3 mètres ont secoué le bateau, alors même que son ingénieur, Michel Franco était à bord. Michel annonçait fièrement « un bon rouleur est un bon marcheur ». En bon rouleur qu’il est, Tara a mis K.O. la moitié de l’équipage, dont son créateur.

En embarquant à Portimao, Michel Franco a retrouvé son vieil ami Bernard Buigues, pour effectuer l’étape finale jusqu’à Lorient. Les deux hommes ont vu naître la goélette, appelée alors Antarctica, sous la houlette de Jean-Louis Etienne. Chasseur de mammouth en Sibérie pour l’un et chasseur de météorites au Sahara pour l’autre, « les anciens » ont bon nombre d’histoires à raconter aux matelots. Mais au cours des dernières 24h, le carré s’est vidé et l’auditoire a déserté pour réchauffer les bannettes. Franco sommeillait en attendant des jours meilleurs et Buigues, insensible au mouvement du bateau, n’avait plus personne pour écouter ses récits.

Lors d’une de mes rares sorties de cabine, j’ai pu échanger quelques mots avec Dominique, Mathieu et Nils, affalés sur les banquettes du carré. En petite forme, la fée cuisinière demandait : « Sur une échelle du mal de mer, allant de 1 à 5, où en êtes-vous ? » Mathieu, plus côtier qu’hauturier répondait : « Entre 2 et 3 », Noëlie :« Je suis à 3 », Nils : « Seulement à 1 ».

François Noël, chef mécanicien qui travaille régulièrement dans les entrailles de Tara depuis 2010, ne semblait pour sa part nullement importuné par les roulis. Le cœur bien accroché, il a même réussi à regarder un film sur son ordinateur. Il semble que François n’ait souffert du mal de mer qu’à ses débuts, alors qu’il avait 15 ans et travaillait sur des bateaux de pêche au départ de Boulogne-sur-Mer. Pendant 6 mois, à chaque embarquement, le jeune François était systématiquement malade. Mais tout ça est de l’histoire ancienne, depuis François a roulé sa bosse.

La goélette vient d’arriver à Peniche, fief du surf au Portugal et dernière escale avant Lorient. Les visages des Taranautes ont repris des couleurs et les rires fusent à nouveau du carré jusque dans le PC com que j’ai pu regagner. Le récit des histoires d’antan a repris de plus belle. Les mots Antarctica, hélicoptère, mammouth et météorite me parviennent par bribes. Des histoires que je vous retranscrirai au cours des 5 jours de traversée qui nous séparent de notre port d’attache, si le mal de mer me laisse en paix.

Noëlie Pansiot

La morale de l’histoire

A l’occasion d’un échange d’idées sur la pollution plastique à Tanger lors de la  5ème édition des Ateliers de Tara, Karima Kadaoui, présidente de Tamkeen*, a fait mouche en prenant la parole. Les précédents interlocuteurs avaient souligné la nécessité d’un changement de comportements de la part des ménages, premiers responsables de la pollution plastique en mer. Karima a quant à elle souligné l’importance d’une transformation de notre perception de « la valeur de l’Homme ».

« Laissez-moi vous conter une histoire. » Voilà comment Karima a su capter l’attention de son auditoire, à la Cinémathèque de Tanger. « Au XVIIIème siècle, Frédéric II le Grand, roi de Prusse, souhaitait que son peuple commence à consommer des pommes de terre pour lutter contre la famine. A l’époque, les gens considéraient ce tubercule comme quelque chose de moche, qui n’avait pas de goût et qui n’était pas digne d’être consommé par l’Homme.

Pour le roi, il n’en était rien, il voulait diversifier les denrées alimentaires du pays. Il s’attela alors à persuader ses sujets par l’instruction, mais aussi par la force, et les chroniques historiques parlent de nez coupés pour punir les réfractaires. Il semble que la violence n’ait pas fonctionné pour convaincre le peuple. Quelle fut alors l’idée du roi ? Il décida de planter la pomme de terre dans les jardins du palais, de poster des gardes devant et il leur ordonna de ne pas arrêter les voleurs. Petit à petit, les gens ont considéré la pomme de terre autrement, se disant que si elle était cultivée par le roi, cela devait être un légume royal. Une contrebande de pommes de terre s’est organisée par la suite… Fin psychologue, le roi n’a pas changé la pomme de terre, il a simplement modifié la perception des gens, la valeur de ce tubercule à leurs yeux.

Pour terminer, Karima Kadaoui a souhaité évoquer une autre histoire, récente et surtout tangéroise : celle des enfants d’un petit quartier situé dans la périphérie de la ville. « Lorsque les enfants n’ont plus été honteux de dire qu’ils appartenaient à ce quartier, lorsqu’ils ont commencé à se sentir fiers, à sentir que leur valeur n’est pas dans ce qu’ils ont mais dans ce qu’ils sont et à exprimer leur potentiel à travers leurs initiatives entreprises localement, ils ont alors commencé à se dire : il faut qu’on nettoie notre quartier. »

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Tamkeen, Fondation Communautaire pour le Développement Humain* :  initiative locale apolitique qui contribue à lutter contre un des facteurs majeurs de la pérennisation de la pauvreté matérielle et qui, de par sa présence dans toutes les strates de la société est devenu une cause structurelle de la décohésion sociale au Maroc : « La pauvreté psychologique ». Tamkeen est une fondation communautaire qui, dans le cadre du développement de relations partenariales avec les communautés, crée les conditions pour l’émergence d’initiatives communautaires, facilite les processus d’auto développement communautaires et appui les projets communautaires.

“Plastique ? Non merci !”

A Tanger pour quelques jours, agnès b. a passé une soirée en compagnie des Taranautes. La co-fondatrice et premier mécène de Tara Expeditions connaît bien le Maroc, qu’elle découvrait il y a 40 ans, alors qu’elle ne vivait pas encore de sa première boutique, située rue du jour à Paris. Avant de partager un excellent tajine et le traditionnel thé à la menthe, nous avons pu échanger avec elle sur ce pays, mais aussi sur ce qui la rattache à Tara : l’art.

Vous connaissez bien le Maroc et vous y êtes attachés…

Je viens régulièrement au Maroc depuis 40 ans. La première fois, c’était pour un travail, je faisais teindre des robes pour Pierre D’Alby. Voilà comment j’ai découvert le Maroc, je travaillais à Casablanca dans une teinturerie auprès d’un monsieur qui s’appelait Youssef. Il faisait ses teintures avec des produits naturels et cela produisait des couleurs merveilleuses, puis on faisait sécher les robes sur la terrasse. C’était mon premier voyage, je venais de me marier, on avait loué une 4L et on était parti se balader jusque dans le sud du pays. Nous avons vécu de belles expériences, nous prenions des voyageurs en voiture, puis ils nous emmenaient chez eux, dans leur maison où il n’y avait rien, mais où on trouvait l’essentiel : la chaleur humaine. J’ai toujours aimé ce pays et j’ai découvert ses différentes régions. Ici, à Tanger, nous sommes dans le Détroit de Gibraltar, nous sommes aux portes de l’Europe et nous avons un pied en Afrique.

Ce continent est-il une source d’inspiration pour vous ?

Bien sûr. J’ai toujours créé des costumes de ville en boubou, comme pour Philippe Starck. D’ailleurs, ma prochaine collection estivale intègre des tissus et des robes réalisées dans des boubous africains.

Et puis le Maroc est connu pour son magnifique artisanat. Lorsqu’on se promène à Marrakech ou dans la médina de Tanger, on réalise ce que les artisans parviennent à faire avec rien, ou presque. C’est un pays qui m’inspire : la musique et puis la façon dont ils font les choses. Lorsqu’on les regarde faire, on s’aperçoit qu’ils font les choses avec respect, avec talent et délicatesse et le résultat est toujours impressionnant. C’est très beau et il existe un savoir-faire incroyable, qui ne doit pas se perdre.

La Cinémathèque de Tanger a généreusement accueilli la conférence de Tara. Votre nom figure sur l’un des sièges de la grande salle. Quelle est votre relation avec ce lieu ?

J’aide la cinémathèque depuis maintenant 10 ans, à l’époque où l’artiste Yto Barrada la dirigeait. J’aime beaucoup son travail. Cette cinémathèque a besoin d’être soutenue, c’est un lieu qui reçoit beaucoup de jeunes. Le cinéma rif, situé en haut du grand soko, est un endroit mythique parce qu’il s’agit du premier cinéma de Tanger. A présent, il abrite aussi un café où les gens se retrouvent. Pour moi cette cinémathèque est en quelque sorte le poumon de la ville.

Cette année, Tara a accueilli 11 artistes en résidence, que vous avez sélectionnés sur dossiers. Est-ce important pour vous que des univers très différents comme celui de la science et de l’art se rencontrent ?

Je pense que ces gens ont beaucoup de choses à se dire, à découvrir les uns des autres, donc oui, pour moi c’est très important. J’ai tenu à avoir des artistes à bord depuis longtemps, parce que je ne peux pas vivre sans art. Il m’a toujours nourri, aussi bien la musique que les arts plastiques et les artistes mettent souvent le doigt sur ce que les autres ne voient pas.

Je viens de croiser Malik Nejmi, qui a débarqué à Tanger. Nous allons l’exposer à Paris Photo. L’accrochage est prévu lundi et nous ouvrons mardi. Cette année, les thèmes seront l’intimité et la Méditerranée. Nous allons aussi exposer les photos de Nan Goldin de 1976 ou 1983-86, parce que j’étais la première à représenter cette grande photographe de l’intime, et puis il y aura les photos d’Hervé Guibert.

Cette 10ème expédition Tara s’est concentrée sur l’étude de la pollution plastique et certains artistes se sont appuyés sur cette thématique pour travailler. Qu’est ce que ce sujet vous inspire ? 

En ce qui me concerne, je refuse les sacs plastiques. Je pense que ça serait un moyen formidable que les gens disent : « non merci, je ne veux pas de plastique » lorsqu’on leur en propose dans les épiceries , les pharmacies ou sur le marché. Si tout le monde disait « plastique, non merci », ça serait un bon début. Ici, à Tanger, lorsqu’on vous tend un plastique, on vous fait un cadeau…, mais ces sacs s’envolent facilement, tels de petits cerfs-volants, il y en a jusque dans le désert.

Quels sont vos souhaits pour le futur de Tara ?

Ce sont les générations futures qui se serviront de Tara, Tara c’est le long terme, jusqu’en 2050 ou plus longtemps j’espère et il y aura peut-être un autre Tara, un petit-fils…

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

Montage sonore : visite de la médina de Tanger

Accueillis par des associations locales lors de l’escale tangéroise, les Taranautes ont suivi une visite guidée de la médina. Du port jusqu’au coeur de la vieille ville, ils ont découvert son histoire et ses caractéristiques. En circulant dans ce dédale de ruelles étroites, les 15 équipiers n’ont pas réussi à rester groupés très longtemps. Perdus à l’entrée de la casbah, Amanda, Mathieu et Noëlie ont prolongé leur promenade au gré des rencontres. Visite en images…

© N.Pansiot/Tara Expéditions

« Au Maroc, il existe un recyclage informel du plastique »

« Soyez les bienvenus.» Depuis deux jours, les Taranautes découvrent le sens de l’accueil tangérois. Hier, c’était au tour de l’équipage de recevoir les membres des associations environnementales locales. Partenaire de cette escale, l’Association marocaine pour un Environnement Durable (AMED) est l’une d’entre elles. Son président, Lofti Chraibi, nous présente ses champs d’action.

Quels sont les objectifs d’AMED ?

Notre association vise à sensibiliser les citoyens, jeunes et moins jeunes, en les impliquant dans des ateliers pratiques. Nous pensons que c’est par la pratique que les gens apprennent, en s’impliquant.

Notre objectif est de faire découvrir les composantes du développement durable au grand public. Dans le cadre d’un plan d’action annuel, nous développons des séminaires et des ateliers de sensibilisation sur les impacts environnementaux, sur les changements de comportements à adopter. Ici, au Maroc, nous sommes encore dans une phase où nous devons sensibiliser et expliquer la nécessité de changer les comportements. Les gens apprennent sur le recyclage et la gestion des déchets, dans le but de les réduire. Nous les initions aussi à l’usage des énergies renouvelables, afin de les ouvrir à de nouveaux horizons.

Chaque année, nous organisons également les Journées Développement Durable. L’année prochaine, à l’occasion de la 7e édition, nous travaillerons sur la thématique de l’eau.

Tara Méditerranée s’atèle à étudier la pollution plastique et sensibilise le public à cette problématique. Quelle est la situation, ici, à Tanger ?

Le plastique constitue un problème. Nous essayons d’insuffler une prise de conscience, de faire en sorte que le citoyen se questionne : est-il conscient de son mode de consommation ? A-t-il une idée de ce que devient cette bouteille après l’avoir utilisée ? Comme dans toutes les sociétés modernes du XXIe siècle, la société marocaine consomme beaucoup de plastique. Les Marocains aiment beaucoup les sodas, et la plupart sont conditionnés sous plastique. Mais lorsqu’on parle de sensibilisation, il ne s’agit pas uniquement d’éduquer le citoyen, il faut aussi sensibiliser les politiciens et les décideurs pour accélérer la mise en place d’une plateforme de tri sélectif pour la filière plastique. Et à Tanger, nous n’en sommes pas encore là ! Nous constatons qu’il existe une réelle volonté de mise en place de stratégie, mais sur le terrain, il n’y a pas d’impact visible.

En revanche, ce qui est intéressant à Tanger, et c’est aussi ce que nous faisons avec AMED, c’est de penser et d’animer des réflexions sur la forme ou le concept de recyclage à mettre en place. Pourquoi ? Parce qu’ici, il existe un recyclage informel. Autrement dit, des ramasseurs vivent en collectant les plastiques pour les revendre. Les bouteilles plastiques sont, par exemple, réutilisées par les crémiers, pour le transport du lait. Nous devons donc imaginer une plateforme ou une solution de recyclage qui intègrera tous ces gens. Mais il faut le faire en suivant des normes et de meilleures conditions d’hygiène. Il nous faut donc réfléchir aux mécanismes à mettre en place pour intégrer ces travailleurs de l’ombre. Pour le moment, nous sommes toujours dans une phase de plaidoyer auprès des communes et des institutionnels.

Vous êtes partenaires de Tara Expéditions pour cette escale. Quel est le programme de la semaine à venir ?

Nous venons d’organiser une visite du bateau avec les membres des associations environnementales actives à Tanger.  Des jeunes membres d’AMED sont aussi venus faire un reportage sur le travail effectué par l’équipage. Notre association participera aux Ateliers de Tara mercredi 5 novembre et, à cette occasion, nous présenterons nos actions de sensibilisation.

Aujourd’hui, grâce à Tara, j’ai découvert une nouvelle dimension du plastique. Lorsqu’on aborde la problématique de la pollution plastique, on imagine les bouteilles ou les déchets visibles à l’œil nu. A bord, j’ai donc réalisé qu’il existe aussi de fines particules plastiques. Cette thématique pourrait, dans le futur, être intégrée au programme de sensibilisation de notre association.

Cet après-midi, nous avons prévu une visite de la médina et de la casbah avec l’équipage. Nous souhaitons leur montrer la réalité de notre ville et leur faire découvrir sa dimension humaine. Ils pourront ainsi observer le mode de vie et de consommation des Tangérois. Au cœur de la Médina, il n’y a pas de grande surface, mais il y a des épiceries et je pense que nous verrons beaucoup de plastique lors de cette visite.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

 

En vidéo : station scientifique de nuit avec les dauphins

La station nocturne N°286 aura marqué les esprits. Alors qu’ils mettaient le filet manta à l’eau, à quelques miles du Détroit de Gibraltar,  les Taranautes  ont rencontré un large groupe de dauphins communs à bec court (Delphinus delphis). Afin de profiter du spectacle, un puissant faisceau lumineux a été dirigé vers la mer. Surprise : des milliers de poissons-lanternes (Myctophidae) tentaient d’échapper à leurs prédateurs en sautant à la surface de l’eau. Un moment magique à bord de Tara !

© N.Pansiot/Tara Expéditions

En vidéo : rencontre de Tara avec des globicéphales

En naviguant en direction de Tanger, il y a une semaine, les Taranautes faisaient la rencontre d’une large bande de globicéphales noirs. Les cétacés ont accompagné le bateau pendant une vingtaine de minutes. C’était l’euphorie sur le pont ! Nicolas de la Brosse, Second, n’a pas hésité à accrocher une petite caméra sous-marine au bout d’une perche pour tenter de réaliser des images au plus près des animaux. En voici le résultat.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

En vidéo : Sardet père et fils

Fondateur du laboratoire de Biologie cellulaire marine du CNRS, Christian Sardet est impliqué dans l’aventure Tara Oceans depuis le début. Il a longtemps travaillé dans l’imagerie au sein de son laboratoire, un microscope vissé à l’oeil. Lorsque Tara Oceans débute en 2009, il intervient comme Coordinateur scientifique de l’expédition et entreprend de photographier et de filmer la beauté des micro-organismes collectés à bord de la goélette.

Réalisateur installé à Montréal, son fils, Noé Sardet, a hérité de sa mère cinéaste, tout en plongeant dans l’univers scientifique de son père. Les photos de famille en attestent : à l’âge de 5 ans, Noé pêchait déjà le plancton à Friday Harbour, aux Etats-Unis, en compagnie de son père Ensemble, Christian et Noé, nous font découvrir des animaux à peine visibles à l’oeil nu, en images, dans les fameuses “Chroniques du plancton.” Ils étaient réunis à bord pour un leg, pour photographier et filmer le plancton mélangé au plastique. Ils ont accepté de se prêter au jeu de la caméra. Portraits croisés d’un père et d’un fils, en 2 parties.

 

Episode 1

 

Episode 2

©N.Pansiot/ Tara Expéditions

Montage sonore : Immersion dans la salle des machines de Tara

La maintenance des moteurs de Tara est un travail à temps plein. Baptisés avec humour Brigitte (bâbord) et Thérèse (tribord), les moteurs de la goélette sont sous la responsabilité du Chef Mécanicien, Samuel Audrain. Le moment de l’escale lui permet d’effectuer un travail de maintenance dans les meilleures conditions possible. Ici, à Barcelone, il s’est fait aider par Mathieu Oriot, Officier de pont, pour changer des courroies. Suivez Samuel et Mathieu dans l’antre du bateau.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

La double vie de Tara Expéditions

Ombre et lumière, terre et mer, les expéditions de Tara oscillent entre deux univers. La face visible du projet : la goélette, Tara, se situe en permanence sous les feux des projecteurs. A l’inverse, l’équipe parisienne se trouve plus souvent dans l’ombre de ses voiles.

 

Qu’ils soient localisés à Paris ou à bord, tous les membres de l’aventure Tara travaillent pour la science et l’environnement ; ils s’attèlent à faire connaître l’histoire d’un bateau mythique et faire briller les yeux d’un public curieux. Même si au delà des missions de la goélette, la Base Tara s’engage aussi pour la préservation de l’océan depuis Paris. Expositions, conférences, projections ou encore animations pédagogiques rythment la vie de la Base.

Un bateau, un bureau et Une équipe. En partie navigante, en partie terrestre mais chacun se complète et travaille pour un même objectif. Et pourtant, le lien entre la terre et la mer se fait souvent virtuellement, par email ou par téléphone. Les rencontres se font rares, lors d’escales ou d’évènements. L’équipe et l’équipage voguent souvent en parallèle, parfois en décalage horaire.

Cette 10ème expédition est un peu l’exception qui confirme la règle, la goélette ne naviguant pas dans les régions du globe les plus reculées. Tara n’est qu’à quelques heures de transport de la Base Tara à Paris. Un train Paris-Marseille ou un vol Paris-Barcelone, permet aux travailleurs de l’ombre de se joindre à l’équipe à bord, le temps d’une étape. Il est vrai qu’un vol Paris-Illulisat au Groenland ou Paris-Papeete n’exige pas la même logistique et n’engendre pas les mêmes coûts, ni la même empreinte carbone !

Dates des escales, programmes, point presse, Martin Hertau, notre capitaine reçoit les directives à bord. Tout est administré par la Base, l’équipe à terre située boulevard Bourdon, à proximité de la Place de la Bastille. A Paris, sous la houlette d’Etienne Bourgois et Romain Troublé, la fourmilière s’active pour préparer les expéditions, enrichir les programmes de Tara Expéditions, définir les priorités. Sans eux, pas de Tara ! Le nerf de la guerre, autrement dit la recherche de partenariats, se gère aussi depuis le bureau. Ils sont Responsable Environnement et Climat, Chargé des actions éducatives, Chargé de communication, ils travaillent pour sensibiliser le grand public à l’environnement. Cette année, Myriam Thomas, Eloïse Fontaine, Xavier Bougeard, Magali Puiseux, André Abreu, Marc Domingos ont profité de la proximité du bateau pour se joindre, tour à tour, aux Taranautes.

Myriam, dit « Mimi », embarquait entre St Tropez et Naples. Pendant quelques jours, comme le reste de l’équipage, son nom figurait sur le planning des quarts de nuit et celui des tâches ménagères. A terre, voilà 7 ans que Mimi endosse le poste de responsable des événements, pour elle embarquer sur la goélette lui « rappelle ce pour quoi elle travaille chaque jour. » Elle ajoute : « Lorsqu’on travaille sur un projet comme Tara, la goélette est l’élément réel mais il est souvent très loin. Retoucher le bateau du doigt, permet d’effectuer la passerelle intellectuelle entre ce que nous faisons toute l’année à Paris et ce pour quoi nous travaillons tous. »

Avant elle, c’était Eloïse, Directrice de communication, qui naviguait entre Marseille et St Tropez. Une première ! Ce rapprochement terre-mer a ravi l’équipage et c’est avec beaucoup d’entrain que les Taranautes ont partagé leur quotidien avec elle. Au programme : découverte de la salle des machines en compagnie de Sam, le Chef mécano, discussion interminable en passerelle avec Nico, le Second, ainsi que du temps passé dans le PC Com pour comprendre le travail de la correspondante de bord. Eloïse, sourire aux lèvres, confiait alors « Je suis heureuse d’être là ».

Ce rapprochement a donc fait l’unanimité, auprès des terrestres comme des marins. « C’est une excellente idée ! »,  souligne Martin Hertau, Capitaine. « Ainsi, il n’y a plus deux entités : bureau et bateau. Les gens de la Base qui viennent à bord comprennent mieux ce que nous faisons et il y a une meilleure symbiose. »

Noëlie Pansiot

Montage sonore : Objectif Vésuve

Dimanche dernier, Stéphanie Petit, Matthieu Oriot et Noëlie Pansiot ont quitté le navire pour quelques heures, le temps d’une escapade à terre. Sans guide en poche, avec pour seul objectif de gravir le Vésuve, ils ont emprunté des chemins de traverse.

Ils n’ont pas pris le « Vesuvio Express », bus touristique qui mène au pied du volcan depuis la ville Ercolano pour atteindre leur objectif. Le trio s’est laissé porter par le hasard, a improvisé au gré des rencontres et des moyens de transport . Ce photo-montage sonore retrace en deux parties leur voyage « désorganisé », puis la découverte du gigantesque volcan endormi.

 

 

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Escale napolitaine

Invitée par la Stazione zoologica A. Dohrn et le Consulat de France, la goélette fait escale à Naples pour quelques jours. Et comme à chaque retour à terre, visites et événements rythment les journées de l’équipage. Hier, l’expédition Tara Oceans (2009-2013) était mise à l’honneur lors d’une conférence à la Station Zoologique A. Dohr.

Au même moment, près de 200 scolaires visitaient le bateau. Mme Catherine Colonna, Ambassadeur de France en Italie, a également fait l’honneur de sa visite. Cette journée marathon s’est finalement clôturée par la projection du film « Tara Oceans, Voyage aux sources de la vie » au Consulat de France, destiné à être projeté sous-titré dans des écoles italiennes. 

Daniele Iudicone, chercheur à la Station A. Dohrn et un des coordinateurs scientifiques de Tara Oceans, revient sur l’importance de cette escale.

La présence de la goélette à Naples est ponctuée d’événements marquants, comme la conférence qui a eu lieu hier à la Station Zoologique A. Dohrn.

Cette matinée était organisée dans le cadre de la présidence italienne de la Communauté Européenne. L’objectif était d’allier science et politique, en plaidant la cause de la recherche océanographique et de la protection des océans et en mettant en avant les recherches menées sur Tara Oceans auprès des représentants politiques. Cette journée a fait partie d’une succession d’événements importants qui doivent contribuer à rendre notre travail scientifique plus visible auprès de l’Union Européenne. Le Sous-secrétaire d’Etat au ministère de l’environnement était présent et le Ministre de l’environnement lui-même nous a fait parvenir un message et son conseiller scientifique était présent.

Bien sûr, nous espérons des retombées positives, soit en terme de financements pour poursuivre nos recherches avec Tara, soit en terme de sensibilisation politique en vue de la Conférence Climat (COP21) qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

Tara a fait escale à Naples à votre invitation, pour quelles raisons la venue de la goélette était-elle importante ?

D’abord, pour marquer la collaboration établie entre Tara et la Stazione Zoologica A. Dohrn. Nous avons souhaité lancer un grand un programme de sensibilisation et la présence de la goélette était nécessaire pour cristalliser le message et marquer les esprits. Cette campagne éducative est soutenue financièrement par la Stazione Zoologica et pendant 10 jours avant l’arrivée de Tara à Naples, l’Institut a accueilli des scolaires et organisé des conférences. Plus de 500 enfants y ont assisté et ont eu l’occasion d’observer la diversité planctonique à l’aide d’un microscope relié à un projecteur. Nous avons aussi mis en place des concours de dessins sur la problématique de la pollution plastique. Un grand événement final est prévu le 31 octobre avec 800 étudiants.

Nous avons reçu l’aide du Forum Universel des Cultures UNESCO, pour mettre en place cette initiative. Après avoir été sélectionnés, nous avons obtenu un financement pour réaliser un documentaire dédié à l’escale de Tara et à nos recherches. Il sera lui aussi diffusé le 31 octobre.

Enfin, nous avons débuté une coopération avec la Citta della Scienza, une institution napolitaine dont la mission est de vulgariser la science. Et nous allons développer des modules éducatifs sur Tara spécialement pour l’Italie, sur le modèle de ce qui est fait par votre bureau parisien, mais adapté à la recherche réalisée au sein de l’Institut.

Les enfants se sont-ils montrés sensibles à cette campagne éducative ?

Les enfants du primaire se sont montrés vraiment réceptifs à notre message, mais il était plus difficile de capter l’attention des adolescents. Ce type d’événement est important, car selon moi, les étudiants ne sont pas attirés par la recherche, ils ne sont pas nombreux à s’inscrire à la faculté des sciences. En Italie, le travail de chercheur n’est pas suffisamment mis en valeur et les médias ne transmettent pas un message positif sur les scientifiques. Les chercheurs sont souvent décrits comme des savants fous qui dédient leur vie à leur laboratoire.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Naples, la ville aux deux visages

L’équipage de Tara a eu une surprise lors de son escale à Naples, une heure avant d’appareiller pour Barcelone. Une dernière école s’est présentée lundi en fin de matinée sur le Molo San Vincenzo avec une trentaine d’élèves de l’école Fiorelli déguisés en Pulcinella (Polichinelle), ce comique illuminé de la fin du XVIIème siècle à l’origine du théâtre napolitain et de l’opéra bouffe.

Tenue blanche et masque noir en forme de bec d’oiseau, celui que portaient les médecins de la peste, Pulcinella représente la mort tout en l’exorcisant. C’est sur ce ton alarmiste que ces enfants se sont présentés au bateau en chantant la chanson “La ville de Pulcinella”, qui décrit à la fois la beauté de Naples et ses horreurs (une tragédie se cache derrière l’apparence de la ville soleil, dit la chanson). Habillés en homme-sandwich double face, montrant les merveilles de leur ville devant, et ses cauchemars derrière, ils avaient tous soigneusement répété leur visite, se faisant les porte-paroles d’une contestation. En compagnie de leurs enseignants, ils n’avaient pas hésité à se faire photographier devant les monceaux d’ordures qui jalonnent toujours certains quartiers de cette métropole du sud de l’Italie.

Naples a toujours été différente des autres cités de la Péninsule. A l’origine de la ville, on raconte qu’il y avait les trois sirènes d’Ulysse et leurs chants. L’une d’entre elles se nommait Parthénope et était amoureuse du héros de l’Odyssée. Mais Ulysse la dédaigna. Parthénope se laissa mourir de chagrin. La légende dit que son corps fut découvert sur la plage où aujourd’hui se trouve le Catel dell’Ovo. Il se dit aussi que si Naples pue autant, c’est à cause de son cadavre…

Mais ces collégiens n’en sont pas restés là, entonnant à l’unisson “O guarracino”, une des chansons les plus représentatives de la ville et découverte en 1750. Le «guarracino» est un poisson de Méditerranée, en français la castagnole, ou le trois queues, un poisson noir assez vilain, que l’auteur embarque dans un vrai vaudeville sous-marin. L’histoire raconte qu’une castagnole s’est mise en tête de se marier. Elle se met sur son trente-et-un et part à la recherche de l’âme sœur. Tombée amoureuse d’une sardine, elle provoque les foudres du petit thon, fiancé officiel de la sardine, et averti par une «vongola» de l’infidélité de sa promise. La chanson compte dix-neuf strophes et raconte comment tous les habitants de la mer rallient l’un ou l’autre camp. Cela se termine par la plus grosse bagarre sous-marine jamais imaginée. Le texte, très entraînant, cite près d’une centaine d’espèces différentes de poissons et crustacés, dont certains ont même disparu de la mémoire des pêcheurs. D’éminents spécialistes de la faune marine méditerranéenne se sont penchés, parfois en vain, sur les noms cités par cet auteur visiblement très calé en biologie. Car certains noms de poissons exprimés en dialecte napolitain du XVIIIe siècle ne trouvent toujours pas de correspondance en italien.

La fantaisie de l’histoire, la richesse de description des robes, des bijoux, mais aussi des comportements très caricaturaux, est une image fidèle du mode de vie que l’on trouvait dans cette ville considérée à l’époque comme une des trois plus grandes d’Europe (400 000 habitants), derrière Londres mais devant Paris. «Cette taxinomie musicale très raffinée incarne le reflet de la ville dans sa mer, expliquait il y a quelques années l’anthropologue Marino Niola. Le héros, «Guarracino», y est décrit comme le «guappo» (le beau), directement tiré du sens espagnol du terme». Une tarentelle qui est un symbole très profond de Naples, très différent du stéréotype superficiel du prétendu hymne «O sole mio». Les élèves de l’école Fiorelli ont tenu à nous faire partager leurs personnages mythiques, pour qu’on comprenne mieux leur ville et leurs craintes. Avec beaucoup d’émotion.

 

Dino Di Meo, à bord de Tara.

Pour écouter les chants des enfants en visite à bord de Tara, cliquez ici.

Morceaux choisis de la vie à bord de Tara

Lors de son séjour de deux semaines à bord de Tara entre Marseille et Naples, Clémence Lesacq, gagnante du concours d’écriture Libé-Apaj a relevé des mots et phrases prononcés par l’équipe et qui l’ont marquée. Tantôt drôles, émouvants ou émerveillés, ces propos racontent la vie à bord de la goélette, et témoignent d’une expérience unique.

 

« Il y a eu la génération Cousteau, maintenant c’est la génération Tara. Et j’en fais partie. C’est fou. »
- Marie Barbieux, plus jeune scientifique à bord, Marseille le 28/09/14

« C’est un cadeau de la vie »
- Maryvonne Henry, scientifique, départ au petit jour de Marseille le 29/09/14

« Ce bateau, il ressemble un peu au navire d’Albator. C’est de la science-fiction, il y a quelque chose de vraiment étrange… »
- Katia Kameli, artiste à bord de Tara, le 29/09/14

« Les dauphins, ils ont tout compris. Ils utilisent 20% de leur temps pour chasser et se nourrir, et les 80% restant ils les passent à se balader, jouer et se reproduire. En 2014, on pourrait penser que l’homme a assez évolué pour pouvoir faire la même chose… »
- Martin Hertau, capitaine de Tara, le 30/09/2014

« On le dit ! »
- Nicolas de La Brosse, second capitaine, refusant de dire « oui », mille fois par jour

« Bien sûr que j’aime la terre, le vert, la randonnée…ce n’est pas contradictoire avec aimer la mer. Mais la mer c’est particulier, c’est un autre espace-temps. On travaille tous les jours, on dort la nuit, le jour, selon qu’on ait fait un quart de nuit… C’est ça, c’est un autre espace-temps. »
- Samuel Audrain, chef mécanicien, dialogue entre terre et mer, le 1/10/14

« Est-ce que c’est beau dehors ? (éclats de rire) Mais qu’est ce que je dis ! Bien sûr que c’est beau dehors ! »
- Maria-Luiza Pedrotti, premier matin aux Voiles de Saint-Tropez, le 2/10/14

« C’est toujours la même chose quand on allume les moteurs le matin. Thérèse (moteur tribord) elle fume et Brigitte (moteur bâbord) elle chauffe et elle fuit »
- Martin Hertau, monologue des moteurs, le 2/02/14

« Etre ici, c’est du bonheur tous les jours. Parfois, je m’en rends plus compte tellement je suis submergée. »
- Marie Barbieux, le 2/10/14

«  Le bateau, c’est l’éloge de la lenteur. On n’avance pas vite mais on ne s’arrête jamais, on peut faire des kilomètres avec un même bateau. (…) Plus qu’un mode de transport, c’est un mode de vie.
– Oui, il me semble que l’important n’est alors pas le lieu où l’on va, mais le fait même d’y aller. »
- Dialogue de Martin Hertau et Sylvain Couzinet-Jacques, artiste photographe à bord, le 4/10/14

« J’ai l’impression qu’à chaque fois que quelqu’un quitte Tara, il laisse à bord un bout de son coeur… Et ça doit être pour cela qu’on s’y sent si bien. »
- Derniers mots de Maria-Luiza Pedrotti, me disant au revoir sur le quai napolitain, le 11/10/14

 

Articles associés : 

- Les p’tits bonheurs de la vie sur Tara par Noëlie Pansiot. 

- Chronique de Clémence Lesacq sur son expérience à bord.

- Prélèvements scientifiques de nuit en vidéo. 

 

Montage sonore : prélèvements de nuit

Dans la nuit du 4 au 5 octobre, les scientifiques de Tara réalisaient un trait de bongo pour essayer de pêcher des myctophidés : petits poissons remontant à la surface de nuit pour se nourrir de zooplancton.

Ils souhaitaient ainsi étudier la présence de micro-plastiques dans les contenus stomacaux des poissons. Aucun poisson n’a été collecté, mais le collecteur était rempli de méduses et de Krill.

Parmi les scientifiques présents, Cristina Fossi, de l’Université de Sienne.  Professeur en écotoxicologie, Cristina étudie la présence de ces polluants dans les tissus des organismes marins, du zooplancton à la baleine. Elle souhaite détecter les polluants chimiques présents dans leurs tissus et déterminer s’il existe une bio-accumulation dans la chaîne alimentaire.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Les p’tits bonheurs

Ce sont ces petits moments qui tiennent à pas grand chose, ces instants qui rythment la vie à bord et font le bonheur de chacun. La cloche que l’on aime sonner à l’heure des repas, réflexe enfantin, exquis, que d’être autorisé à faire du bruit. Ce sont aussi les odeurs qui émanent des fourneaux dès 10h du matin, circulent dans le carré pour venir nous chatouiller les narines jusque dans le PC Com. Impossible de résister à l’envie d’aller jeter un œil en cuisine pour découvrir ce que Do (Dominique Limbour), notre cuisinière, est en train de concocter. Certains procèdent même à un « contrôle qualité », sans y être vraiment autorisés. 

Pour les marins, aucun doute, les repas donnent le rythme et bien manger à bord relève de l’impératif. Le moral des troupes dépend en partie de la satisfaction des estomacs. Et la fée cuisinière remplit sa fonction à merveille. Pour les gourmands, comme Nico (Nicolas de la Brosse), notre second, le p’tit bonheur tient dans un bol de Chocapic au réveil. Gare aux malicieuses qui s’amuseraient à le lui cacher !

Chargée de préparer le petit-déjeuner, Do prend plaisir à se lever avant tout le monde, pour se faire un thé, au calme, ou piquer une tête en solitaire. Egoïste ? Non, savoir trouver du temps pour soi est nécessaire lorsqu’on vit à 14, pendant plusieurs mois, sur un bateau. Certains diraient même salvateur ! Pas étonnant alors que les marins apprécient tant les fameux quarts de nuit, moments privilégiés pour « être maître du bateau » ou pour « avoir le bateau pour soi ». Se réveiller en pleine nuit et assurer son quart n’a rien d’une corvée : 2h de liberté qui ravissent Mathieu (Mathieu Oriot) et lui laissent du temps pour bouquiner ou noircir les pages de son Moleskine.

En navigation, le quart s’effectue en duo : un marin et un scientifique veillent ensemble sur le bateau et à la sécurité de tous. Dans l’intimité de la timonerie, il n’y a pas de meilleure occasion pour échanger, refaire le monde et créer du lien. Le meilleur quart ? Celui de 4h à 6h : « au début il fait nuit noire, tout le monde dort » confie Nico, « puis la vie reprend doucement, le soleil se lève et tu aperçois des petites têtes apparaître dans le bateau. »

Ici, à bord de Tara, les petits bonheurs sont multiformes : marcher pied nu et tanner ses plantes de pied jusqu’à ce qu’elles deviennent épaisses comme du cuir ; s’accorder une pause lecture après avoir soigneusement choisi son ouvrage. Confortablement installé dans la baume du grand mât, le lecteur peut partir à la chasse aux mammouths aux côtés de Bernard Buigues ou, comme Samuel, percer le secret de l’île de Pâques assis sur l’étrave.

Lors des changements d’équipages, comme aujourd’hui, un basculement entre présent et passé s’opère. Tous ces instants privilégiés se transforment en autant de souvenirs et avec l’arrivée des nouveaux, les petits bonheurs de Tara continuent de s’écrire.

 

Noëlie Pansiot

 

Articles associés : 

- Point de vue de Clémence Lesacq, écrivain embarquée, sur l’expédition tara Méditerranée. 

- Le lien entre ce qui se passe à bord et le reste du monde.

- Programme de l’expédition Tara Méditerranée. 

En vidéo : Un point sur l’expédition – Tara Méditerranée 2014

Un point en vidéo de l’expédition Tara Méditerranée.

Après 5 mois de prélèvements de plastique dans le bassin Méditerranéen, la goélette fait escale à Marseille du 20 au 29 septembre. Les derniers traits de filet ont été réalisés en fin de semaine.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

“Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique !”

Samedi, l’équipage recevait des personnalités à l’heure du déjeuner : Etienne Bourgois, Président de Tara et Gabriel Gorsky, Directeur scientifique de l’expédition Tara MéditerranéeL’occasion d’échanger sur les problématiques de pollutions plastiques et de philosopher sur le futur.

Un échange qui s’est étiré dans le temps, mais qu’il est difficile de retranscrire dans son intégralité. Voici un extrait de cette discussion.

Gabriel Gorsky : « Y a tellement eu d’appels (à la prise de conscience) qui n’ont pas abouti que je suis un peu pessimiste. Indépendamment de l’urgence de certaines situations, il faut lancer des appels sur des thématiques qui sont réalisables ! 8% du pétrole est utilisé pour fabriquer du plastique, la majeure partie se retrouve dans les emballages qui finissent parfois dans la nature. L’appel à la réduction de l’usage de ces plastiques a été lancé par Tara. Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique ! »

Etienne Bourgois : « Apparemment, ça semble être en bonne voie. »

Gabriel Gorky : « C’est là où il faut taper ! Il faut y aller étape par étape. Ensuite, il faut diminuer des plastiques qui sont en 2ème et 3ème position : les bouteilles en plastique, des produits plastifiés qui n’ont pas d’usages nécessaires. A chacune des étapes, il faut associer les industriels, afin de trouver des moyens de production qui sont aussi peu chers que le pétrole et qui peuvent créer autant d’emplois. Sans cela, quelque soit l’appel lancé, il n’aura pas d’écho. »

Noëlie Pansiot (correspondante du bord) : « Il faut également sensibiliser les gens. »

Gabriel Gorsky : « Bien sûr, Tara fait cela très bien ! Alors bien évidemment, Tara utilise des outils de communication, mais c’est nécessaire. Il y en a marre que la science se fasse dans une tour d’ivoire, où les spécialistes parlent aux spécialistes. Car finalement il n’y a aucun écho, aucune compréhension et aucun effet qui suit. »

Noëlie Pansiot : « Pourquoi faut-il des catastrophes pour que les gens réagissent selon toi ? »

Gabriel Gorsky : « Ca c’est la nature humaine qui est comme ça ! La communication, la sensibilisation réalisée à bord de Tara,  cette proximité avec le peuple est très importante. On se rend compte que beaucoup de gens sont déjà convaincus. Je pense que c’est là que se situe le succès de Tara et d’autres ONG, qui sensibilisent les gens, car finalement le peuple va s’exprimer, il est déjà en train de s’exprimer. Il est donc temps de passer à l’action. Il faut absolument que cela passe par le vote, que les gens qui ont une conscience soient au pouvoir. C’est un combat de longue haleine mais c’est tout a fait faisable. Le problème est qu’il y a déjà eu beaucoup de dégâts de fait, il ne faut pas non plus induire les gens en erreur, on ne va pas pouvoir améliorer l’état de la Terre du jour au lendemain.

Noëlie Pansiot : « En ce qui concerne la pollution plastique, on peut déjà essayer de la stopper. »

Gabriel Gorsky : « Oui, on peut la stopper, notamment dans les plus petits bassins, comme en Méditerranée où la plupart des plastiques flottants se retrouvent finalement sur les rivages, où on peut les ramasser. Donc là, si on diminue les apports, on peut faire quelque chose. Ca semble plus difficile dans les grands gyres, où on ne se débarrassera pas si facilement des plastiques, car il s’agit de territoires extrêmement grands. Mais bien sûr, il faut commencer par diminuer l’usage du plastique, car y a beaucoup d’usages qui ne sont pas indispensables.

Etienne Bourgois : « Et la Méditerranée dans tout ça, va t-elle mieux qu’il y a 30 ans ? »

Gabriel Gorsky : « Cousteau avait tort ! La Méditerranée vit et vit relativement bien. Je dirais que la nature va bien. Tu as maintenant des espèces nouvelles, la biodiversité a bien augmenté, mais c’est pour l’Homme que ça va moins bien. Parce que en même temps, le plastique par exemple, dissémine des pathogènes opportunistes comme le vibrio qui pourrait amener le choléra si les conditions s’y prêtent. Il y a donc des tas d’espèces pathogènes qui se promènent en Méditerranée un peu partout. Par exemple le moustique tigre est à présent à Marseille.

 

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

En vidéo : Visites scolaires à Marseille

Plus de 1600 élèves ont pu visiter le bateau depuis le début de Tara Méditerranée.
Parmi eux, une classe de 6ème, venue du Collège le Pesquier à Gardanne. Rencontre avec ces enfants lors de l’escale marseillaise.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Tara est à Marseille du 20 au 29 septembre

La goélette Tara réalise une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Du 20 au 29 septembre Tara fera escale à Marseille d’abord sur le quai d’honneur au Vieux Port puis en face, à la Société Nautique de Marseille.

Escale marseillaise

Une conférence de presse, une exposition Notre Planète Océan ainsi qu’une exposition interactive de sensibilisation à l’environnement « Des Montagnes à la Mer » animée par Surfrider, une conférence, des visites de la goélette pour le public et pour les scolaires et un atelier de rencontres citoyennes, seront programmés à cette occasion.

Tara sera du 20 au 22 septembre au quai d’honneur (dans le Vieux-Port en face de la Mairie) et du 22 au 29 septembre à la Société Nautique de Marseille, quai de Rive Neuve. Cette escale rentre dans le programme de Septembre en Mer.

Le Programme

- Arrivée de Tara au quai d’honneur dans le Vieux-Port : samedi 20 septembre à la mi-journée.

- Conférence de presse à bord de Tara au quai d’honneur devant la Mairie : lundi 22 septembre à 14h, en présence de Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.

- Visites publiques de la goélette guidées par un membre d’équipage et sur le quai une animation pour les juniors réalisée par la Surfrider Foundation : Le samedi 20 septembre de 14h30 à 18h, le dimanche 21 septembre de 10h à midi et de 14h30 à 18h au Quai d’honneur devant la Mairie, puis à la Société Nautique de Marseille, le mardi 23 septembre de 14h à 15h, mercredi 24 septembre de 14h à 18h, jeudi de 14h à 17h et samedi 27 septembre de 10h à 12h et de 14h à 18h, (gratuites, dans la limite des places disponibles, réservation par ordre d’arrivée).

- Exposition Notre Planète Océan : ouverte au public chez agnès b. du 9 au 29 septembre du lundi au samedi de 10h à 19h (33 Cours Honoré d’Estienne d’Orves, 13001 Marseille).

- Dans le cadre des journées du patrimoine deux expositions seront présentées, « Notre Planète Océan » par Tara Expéditions et « Des Montagnes à la Mer » par Surfrider Foundation à l’Hôtel de Ville de Marseille – salle Bailli de Suffren, les samedis 20 et dimanche 21 septembre de 10h à 17h, entrée gratuite.

- Atelier de rencontres citoyennes sur les principaux enjeux environnementaux en Méditerranée : jeudi 25 septembre.

- Conférence pour le grand public: « Méditerranée une mer sous pression ». 450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Les difficultés liées aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques. Mais des solutions concrètes existent.
Avec Gaby Gorsky, directeur scientifique de l’expédition Tara Méditerranée (CNRS/UPMC), Etienne Bourgois, Président de Tara Expéditions et Julien Le Tellier du Plan Bleu.
Samedi 27 septembre à 18h à la Villa Méditerranée, Marseille.
Cliquez ici pour s’inscrire

- Départ de Tara : lundi 29 septembre dans la matinée.

Affiche Tara à Marseille

 

« Equinoxes »

Depuis l’escale à Bizerte (Tunisie), Tara s’est féminisé, certains l’appellent même avec humour le « pink boat ». Il est vrai que les femmes sont majoritaires, elles sont au nombre de 7 contre 5 pour les hommes. Cette traversée Alger-Marseille, fait aussi la part belle aux artistes.

Lola Reboud est l’une d’entre elle. Photographe, elle arpente le bateau appareils photo en bandoulière, à heures fixes, pour réaliser un projet baptisé « Equinoxes ».

Peux-tu te présenter et nous parler de ton projet à bord ?

Je suis en résidence à bord de Tara, entre Bizerte et Marseille, pendant le mois de septembre, ce mois qui correspond à la période des équinoxes*. Avant de partir, j’ai écrit un projet du même nom dédié à la couleur bleue de la mer Méditerranée. Si je fais avant tout de la photo, il s‘agit aussi de réaliser une carte marine et une vidéo.

Cette couleur bleue est envisagée dans les variations du prisme chromatique et climatique. Les photos sont prises le matin, le midi et le soir. J’envisage ensuite de mettre en forme une carte basée sur les éléments qui sont collectés par les scientifiques ; autrement dit des données numériques parce qu’aujourd’hui, c’est aussi ainsi que l’on fait de la cartographie. Il me faudra ensuite trouver la modélisation graphique la plus juste, en 2D ou 3D. A cela s’ajoute le film, toujours des vues de la mer, dans ses variations chromatiques, associées au portrait de Marie Barbieux, scientifique que j’ai rencontrée à bord et qui prépare sa thèse sur la couleur de l’océan.

Tu photographies la mer à 3 moments de la journée, peux-tu nous expliquer pour quelles raisons ?

J’ai mis en place un rituel : je fais des photos le matin, à midi et le soir. Le matin la couleur du bleu de l’aube va vers le rouge et les jaunes virent jusqu’à un bleu assez contrasté. A midi, lorsque le soleil est au zénith, tout est bleu azur, et le soir la lumière tend vers le rouge puis revient vers le bleu nuit. A cela s’ajoute aussi les variations plus saisonnières, en fonction de la météo. Tout le prisme chromatique est ainsi représenté dans mes photos.

Finalement cette étendue de bleue n’est jamais la même, et j’ai remarqué que mon œil s’affine incroyablement. Il y a des nuances que j’étais incapable de voir à mon arrivée sur Tara. Au début je ne percevais qu’une masse et maintenant je visualise de plus en plus de détails, auxquels je fais attention à chaque réglage de prise de vue. Cette mer m’apparaît en fait un peu comme une couverture de survie très fine. Les échanges avec les scientifiques et les marins, les prélèvements qu’ils réalisent chaque jour – collecte de plancton et de plastique – nous font prendre conscience à tous à bord de la densité de vie et de pollution que cette eau contient et que nous ne percevons pas de prime abord.

Quelle est ta relation à la science ?

Je suis comme une enfant ! Je n’y connais rien et j’apprends tous les jours. C’est le 4ème projet que je mets en place avec des scientifiques, j’ai travaillé avec des volcanologues, des géographes et à présent, à bord de Tara, avec des océanographes. C’est quelque chose que j’aime beaucoup, un échange de savoir entre deux mondes qui, finalement, se rencontrent peu mais qui sont tout deux dans la recherche.

A bord, j’ai découvert qu’il y avait une sonde qui mesure la couleur de l’océan, l’HTSRB, elle possède un capteur ultra sensible et ça m’a permis d’affiner mon intuition première. La couleur de la mer dépend aussi de la quantité de phytoplancton et des autres particules présentes dans l’eau. Donc cette couleur bleue, relève de choses qu’on ne soupçonne pas, qui sont à peine perceptibles. Je découvre, j’apprends tous les jours sur ce bateau et c’est tout l’enjeu d’être à bord. Si j’étais dans mon atelier, je passerais à côté de tout ces échanges avec les scientifiques et bien sûr avec les marins ! Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la couleur bleue pour son aspect formel, mais c’est l’enjeu climatique qu’il y a derrière et qu’on ne voit pas.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

En savoir plus sur le site de Lola Reboud :

www.lolareboud.com

Lexique :

- Equinoxes* : période qui marque le début du printemps et de l’automne. C’est le moment où l’équateur céleste est caractérisé par la durée égale du jour et de la nuit en tout point de la surface terrestre.

- HTSRB: Hyperspectral Tethered Spectral Radiometer Buoy

 

 

Une journée pour s’amariner

Vendredi encore, nous étions à Alger et la capitale nous laissait entrevoir un autre visage, celui d’un jour saint. La fourmilière somnolait et tout était un peu plus calme, comme chaque vendredi. A bord, nous préparions notre départ et c’est l’arrivée de Rachel Cable, scientifique américaine, qui nous a permis de larguer les amarres. Après avoir régler les énièmes formalités auprès de la police, des agents de la CMA CGM (Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime), des gardes côtes, après la fouille du bateau par les douaniers, Tara a repris la mer. 

Une fois n’est pas coutume, je me permets de vous conter la vie à bord à la première personne. Pour les derniers arrivants, dont je fais partie, il faut « s’amariner », comprenez s’habituer au roulis du bateau. Martin, le capitaine, assure qu’il faut 24h pour s’y faire. Il s’est passé deux mois depuis mon premier leg entre Hyères et Antibes, et mon estomac joue un peu au yoyo. Il me faut donc ajuster mon programme et remettre à demain le travail de montage que j’avais prévu aujourd’hui, car il m’est impossible de rester trop longtemps devant l’ordinateur. Katia, ma camarade de chambre, l’une des artistes embarquées, découvre elle aussi les effets du mal de mer. Il faut dire que la goélette se fait balloter par une houle traversière dû à un vent d’ouest qui souffle depuis 2 jours.

Nous voguons a présent sur la route mythique qui relie Alger à Marseille, mais nous ne sommes pas pressés, nous avons 7 jours pour relier le littoral français ; le temps est désormais aux prélèvements. Avant d’effectuer un premier trait de filet, il a fallu quitter les eaux algériennes, où nous n’avions pas les autorisations pour échantillonner. La goélette navigue à présent dans les eaux internationales, 5 filets ont déjà été remontés depuis vendredi soir et la CTD vient d’être immergée à l’aide du treuil.

Lola Reboud, seconde artiste embarquée, ne souffre point, elle semble être dans son élément. Lola travaille déjà sur son projet, appareil photo autour du cou, et s’émerveille à la vue des petites vélelles bleutées trouvées ce matin dans le collecteur du filet manta.  La jeune trentenaire vient même de me confier avec un large sourire : « J’adore ce bateau, un si petit espace, et autant de diversité, c’est super excitant ! »

Lola semble avoir pris conscience de ce qui fait la magie de ce lieu de travail si particulier : pas un caractère semblable, mais 12 personnes réunies autour d’un même projet, des individus qui essaient de donner le meilleur d’eux-mêmes. Pas de doute nous sommes bien à bord de Tara et il y aura encore bien des histoires à raconter avant la fin de l’expédition… si tant est que votre correspondante ait le pied marin…

Noëlie Pansiot

3 jours d’escale à Alger

L’escale de Tara à Alger prend fin, après 3 jours d’effervescence et quelques imbroglios administratifs. Hier jeudi, une partie de l’équipage avait rendez-vous à 10h, heure locale, à l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Mer et de l’Aménagement du littoral (ESSMAL) pour présenter l’expédition Tara Méditerranée.

Le Directeur de l’école et son équipe ont accueilli les Taranautes autour d’une table et c’est en partageant un thé à la menthe et quelques mignardises que les présentations ont été faites.

Marie Barbieux, responsable scientifique des étapes scientifiques entre Malte et Marseille et oratrice du jour, s’est attelée à expliquer les protocoles de prélèvements et les objectifs de cette 10ème expédition de Tara devant un auditoire d’une centaine de personnes. La jeune doctorants a appuyé son discours de quelques chiffres dont celui-ci : la Méditerranée est l’une des zones les plus polluée par le plastique (elle est considérée comme la 4ème zone la plus polluée derrière le gyre du nord Pacifique).

M. Hamdi, Directeur de l’ESSMAL et enseignant chercheur, a souligné l’importance de cette journée pour ses étudiants, futurs spécialistes de l’environnement : « Ici, nous nous intéressons, entre autre, à l’impact anthropique sur le milieu marin. » La problématique de la pollution aux micro-plastiques soulevée par Tara a donc éveillé sa curiosité. En tant que physico-chimiste spécialiste des solides, M. Hamdi possède des « connaissances sur la texture des solides et la relation entre texture et adsorption des molécules ». Il sait que les micro-plastiques absorbent les polluants organiques persistants et représentent un danger pour les organismes vivants : « C’est vraiment effrayant, ça menace tout l’écosystème ! »

A l’occasion de cet entretien, une autre problématique a été abordée, celle des déchets visibles situés aux quatre coins de la ville ou sur le littoral : « C’est un problème de société, un problème de pays en voie de développement. Il n’y a pas encore eu de prise de conscience chez les citoyens, ni même chez certains responsables. Quand on achète une boite d’allumettes on vous donne un sachet. Mais la spécificité algérienne ce sont les décharges sauvages, certaines se situent aux abords de rivières, de « oued ». Ce sont donc des déchets, des plastiques, qui se retrouveront automatiquement en mer lors de la saison hivernale ». Pour conclure cet entretien, M. Hamdi a résumé ainsi : «  Le citoyen n’est pas conscient, on peut dire qu’il n’y a pas une prise en charge au niveau des autorités parce que ce n’est peut être pas une priorité. Les chiffres officiels annoncent des milliers de décharges sauvages, et ça c’est vraiment problématique. »

Cette matinée productive s’est conclue par un jeu de questions-réponses entre Marie Barbieux et les ingénieurs en herbe, dans l’amphithéâtre de l’école. Puis c’est une véritable vague de visiteurs qui a déferlé sur Tara : trois bus avaient été affrétés pour conduire 80 personnes jusqu’au quai N°7 du port de commerce. Etudiants et étudiantes, futurs chercheurs et chercheuses, étaient nombreux à faire part de leur envie d’embarquer. Certains ont même demandé à qui adresser leurs CV. Ania, jolie jeune femme aux yeux clairs, en 2ème année d’étude, s’est même portée volontaire pour venir en aide aux scientifiques de Tara Méditerranée : « Je m’interrogeais, puisque vous n’avez pas obtenu d’autorisation pour réaliser des échantillonnages sur le littoral algérien, comment pourrait-on contribuer à l’expédition ? Nous pourrions faire de l’échantillonnage pour Tara, puisqu’au niveau national, nous avons toutes les autorisations nécessaires. » M. Hamdi, Ania, Anas, Kaced et les autres ont tous fait part d’une volonté de collaboration avec Tara et attendent avec impatience le retour de la goélette dans le port de la capitale algérienne.

Noëlie Pansiot

En video : Visite à Alger

Artiste Franco-algérienne, Katia Kameli nous guide à travers les rues d’Alger.

Vidéaste et photographe, elle travaille sur “l’entre deux” et pour elle, la colonisation entre dans cette thématique. Voilà pourquoi Katia a embarqué sur Tara pour effectuer la traversée Alger-Marseille. L’artiste a déjà réalisé 6 vidéos en Algérie et une nouvelle oeuvre devrait naître après son passage à bord de la goélette.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

En savoir plus :

- Les vidéos de Katia Kameli

 

« Le lien entre ce qui se passe à bord et le reste du monde »

Le correspondant de bord est « la personne qui fait le lien entre ce qui se passe à bord et le reste du monde. »

Ce sont eux qui relaient l’information, rédigent les journaux de bords, réalisent des vidéos et alimentent le site Internet des différentes expéditions en photos. Petites mains de l’ombre, ils sont une dizaine à s’être relayés au poste de correspondant depuis le début de l’aventure Tara. Ils opèrent à bord du bateau ou en escale, caméra vissée en bout de bras et disparaissent de longues heures dans le « PC com », autrement dit leur bureau, pour rédiger des articles, compresser des photos, monter des vidéos et parfois, se débattre avec des problèmes informatiques. Les élus à bord ont tous des profils différents. Yann Chavance figure parmi le petit groupe de chanceux : journaliste scientifique, il est apprécié pour ses qualités rédactionnelles et ses aptitudes à rendre accessibles à tous les informations scientifiques les plus pointues. Le jeune homme a couvert Tara Oceans en 2011 et 2012, puis Tara Oceans Polar Circle en 2013, soit 6 mois cumulés de vie à bord. Et à chaque embarquement, il témoigne d’une certaine émotion lorsqu’en arrivant dans une ville inconnue, à la recherche de la goélette, il aperçoit les bouts de mâts orange de Tara. Avant de débarquer à Malte fin août et de me confier son poste, Yann a accepté de répondre à quelques questions sur son rôle.

Peux-tu nous expliquer quel est le rôle du correspond de bord ?

C’est la personne qui fait le lien entre ce qui se passe à bord et le reste du monde. Il ne faut pas oublier que les expéditions scientifiques de Tara sont aussi des expéditions médiatiques, la goélette sert à sensibiliser le grand public aux problématiques de préservation de l’environnement, c’est donc important d’avoir quelqu’un à bord qui fait le relais. Le correspondant est là pour expliquer la science, expliquer ce qui est fait sur le bateau, présenter les menaces qui pèsent sur les différents écosystèmes… Son rôle est aussi de vulgariser les informations scientifiques. Mais il n’y a pas que le côté science, Tara c’est aussi la vie à bord : certaines informations scientifiques un peu complexes peuvent parfois être expliquées en utilisant le côté humain de l’aventure, ce qui permet d’échapper à l’image un peu abstraite des chercheurs dans leurs laboratoires. Et il y a aussi tout ce que l’on ne voit pas, c’est à dire échanger des emails avec l’équipe communication à Paris, répondre à des demandes de sponsors, accueillir des journalistes à bord. Et tout ça en plus du travail sur Tara qui est le même pour tous : s’occuper des taches ménagères, participer aux quarts de nuit et pourquoi pas donner un petit coup de main pendant les manœuvres.

Le public se demande souvent comment figurer parmi les « élus » qui embarquent à bord de la goélette. Quel est ton parcours ?

En fait, l’histoire est toute simple. En 2011, lors de l’expédition Tara Oceans, l’équipe de communication basée à Paris cherchait un nouveau correspondant. Ils ont publié une petite annonce à laquelle j’ai répondu et ma candidature a été retenue. C’est un poste qui demande un profil particulier parce qu’il faut maîtriser 3 médias : l’écrit, la photographie et la vidéo. Bien sûr, chaque correspondant de bord à ses points forts, certains sont journalistes reporter d’images et maîtrisent la vidéo, d’autres ont des talents de photographe. Pour ma part, à terre je suis journaliste scientifique et c’est un profil qui ne figurait pas encore parmi le panel des différents correspondants, c’est à dire quelqu’un de plus spécialisé en écrit avec ce côté scientifique. Lorsque je ne suis pas à bord de Tara, je suis journaliste freelance : j’écris des articles plus particulièrement axés sur la biologie animale, l’environnement et les écosystèmes.

Quelles sont les difficultés inhérentes au poste de correspondant ?

Les gens qui nous suivent nous disent souvent : «mais c’est incroyable, vous vivez des aventures extraordinaires, vous êtes à l’autre bout du monde…» C’est vrai, mais lorsque nous sommes à bord, une certaine routine peut s’installer : au milieu de l’océan, les manipulations scientifiques ont lieu tous les jours et se répètent. Pour moi, c’est parfois difficile de trouver de nouvelles choses à dire. Ca peut paraître bête ! Comme je vois tous les jours la même chose, la difficulté c’est de pouvoir prendre du recul et de se dire « ça, malgré tout, c’est quelque chose qui sort de l’ordinaire pour le public et ça mérite que j’en parle ». C’est un poste formidable, mais on n’est pas en croisière, et le rythme de travail est soutenu. C’est un travail passionnant et très prenant ! Et puis une autre difficulté, c’est de jongler entre les 3 supports. Lorsqu’il se passe quelque chose sur le pont, il faut réfléchir extrêmement vite au média qui servira à relayer l’information : dois-je réaliser une vidéo ? On se retrouve avec la caméra dans une main, l’appareil photo autour du cou. Il faut être réactif et rester aux aguets. Enfin, la dernière difficulté avec ce poste de correspondant de bord, c’est qu’il est le seul à ce poste. Le journaliste doit suivre de nombreux protocoles d’envois, de compression de vidéo et de photos. J’utilise une dizaine de logiciels différents et je gère 3 ordinateurs. Je passe donc énormément de temps devant l’ordinateur à réaliser des bidouilles informatiques. Le correspondant doit donc être très autonome et doit veiller à ce que tout fonctionne.

Avec Tara Méditerranée tu réalises ton 4ème embarquement. Quel est ton plus beau souvenir «journalistique» d’expédition ?

L’un de mes meilleurs souvenir sur Tara c’était en arrivant au Panama. J’étais de quart, il y avait beaucoup de bateaux à l’horizon, j’étais donc sur la proue plein milieu d’un bloom planctonique. Il s’agit d’une concentration de plancton bioluminescent qui remonte la nuit et qui s’éclaire en vert à chaque fois qu’il y a du mouvement. J’avais déjà eu la chance d’en voir auparavant, mais à chaque fois c’est un instant magique. J’ai vu deux dauphins entrer dans la masse bioluminescente et se placer juste sous le nez de Tara. De nuit, je ne voyais pas les dauphins, j’ai juste pu observer leur contour s’iriser en vert au contact du plancton. Je me souviens m’être dit « il faut en parler, c’est magnifique, il faut l’expliquer ». Ca a probablement été l’un des papiers les plus difficiles à écrire, parce qu’il m’a fallu retranscrire des émotions que j’avais éprouvées en assistant à ce spectacle. Finalement, retranscrire une interview ou des faits, c’est facile. Mais retranscrire une émotion, un moment de vécu de manière intense, quelque chose qui sort de l’ordinaire comme ce bloom planctonique, c’est l’essence même du journalisme.

Souhaites-tu revenir à bord pour couvrir la prochaine expédition ?

Bien sûr ! La prochaine expédition semble très différente des précédentes. A bord de Tara Méditerranée nous avons vu et vécu des choses absolument superbes et c’est une belle expédition, mais nous sommes tous déjà en train de penser à la prochaine aventure.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Une escale tunisienne

La visite de Tara mobilise les citoyens de Bizerte sur tous les fronts, de la science océanographique aux recycleurs de plastique !

Tara est arrivé lundi 1er septembre  à la Marina Bizerte en Tunisie dans une mer bien formée et un vent établi à 35 nœuds. Cela n’aura pas empêché le club Sport Nautique Bizertin d’accueillir l’équipage avec leur dériveur et kayak.

Le programme de l’escale était riche et varié, il a été construit en étroite collaboration avec les associations et institutions locales dont l’association We Love Bizerte. Chercheurs, responsables des institutions locales et nationales, associations de protection de l’environnement et recycleurs de plastique, plusieurs acteurs de la société locale se sont mobilisés pour accueillir Tara en face du magnifique vieux port.

Dès la première journée d’escale les bizertins se sont précipités sur Tara pour connaitre ou retrouver la goélette qui avait déjà fait escale à ce même port il y a cinq ans au début de l’expédition Tara Océans. Plus de 300 enfants et 600 adultes sont venus découvrir la goélette, se sensibiliser à la pollution sur les plages et à la gestion des déchets notamment grâce à l’Association de protection de sauvegarde du littoral qui tenait un atelier pédagogique sur le quai.

A Bizerte, la question de la pollution par les plastiques est un enjeu de taille, vue l’absence quasi-totale de tri sélectif de déchets et un nombre impressionnant de sacs plastique à vue d’œil au bord des routes tunisiennes. Mais l’envie de changer, de s’organiser pour réduire la pollution dans la Méditerranée, principale richesse du pays, est bel et bien là ! L’initiative de nettoyage de la plage de la corniche, organisée en collaboration avec les associations locales a été un succès, avec près de 150 volontaires et plus d’une tonne de déchets récoltés ! A la fin, une démonstration sur les différents matériaux et un débat animé sur le tri sélectif ont été couronnés par un témoignage émouvant d’un ramasseur de déchets, qui a insisté sur l’importance de sensibiliser la population au tri sélectif, encore presque inexistant en Tunisie.

L’équipe Tara a été reçue le jeudi 4 septembre par le doyen et les chercheurs de la Faculté des Sciences de Bizerte pour une journée entière de conférences scientifiques. Eric Karsenti, directeur scientifique de Tara Oceans, a fait un exposé sur les résultats de Tara Océans auprès des océanographes et chercheurs qui avaient été impliqués dans le projet il y a cinq ans. Un exposé de Tara Méditerranée a été ensuite préparé par la scientifique Marie Barbieux avec des détails des recherches réalisées sur les microplastiques et les organismes marins. Des experts tunisiens ont ensuite présenté les travaux locaux sur des questions importantes pour la rive sud de la Méditerranée, comme la prolifération de méduses et la pollution du lac et de la baie de Bizerte.

Tara a aussi promu un atelier sur les enjeux environnementaux locaux et régionaux, avec des acteurs divers de la société civile locale qui se sont rencontrés pour un débat animé sur les pressions, les blocages, les besoins et les pistes de coopération pour réduire la pollution et les impacts des activités humaines sur la mer et sur le littoral.

Le maire de Bizerte, la déléguée de Bizerte Nord ainsi que l’attaché culturel de l’ambassade de France tunisienne sont venus visiter le bateau sous les yeux de la presse. Bertrand Delanoë est également passé rendre visite à l’équipe dans sa ville de cœur.

Merci pour cette semaine exceptionnelle à Bizerte, nous partons à présent vers l’ile de La Galite, Aire Marine Protégée depuis 1995, pour une brève escale avant Alger.

 

André Abreu et Nils Haëntjens

 

Portrait d’un marin artiste

François Aurat, chef de pont, est le marin ayant passé le plus de temps à bord de Tara ces dernières années. Dès qu’il a un moment de libre, François a pris l’habitude de sortir son appareil photo pour profiter de l’immense variété de sujets offerte par les aventures de la goélette autour du monde. De quoi ramener plusieurs milliers de photographies prises en escale, depuis le haut du mât ou encore avec le drone arrivé depuis peu à bord.

Y.Chavance/Tara Expéditions

D’une escale à l’autre

Tara a quitté ce mardi matin la marina de Beyrouth après une semaine passée à la rencontre de l’hospitalité libanaise. Si nous devions par la suite nous diriger plein sud, vers Israël, la situation sur place nous contraint à changer nos plans.

C’est les bras chargés de cadeaux et des souvenirs plein la tête que l’équipage de Tara a quitté la petite marina de Zaitouna Bay, dans la capitale libanaise. La foule immense et encore anonyme qui nous avait accueilli il y a une semaine, lors de notre arrivée, s’est transformée pour notre départ en petit comité, mais avec des têtes cette fois bien connues : partenaires locaux ou beyrouthins rencontrés au hasard d’une balade, tous furent des ambassadeurs de marque de l’hospitalité libanaise. C’est donc après une escale riche en rencontres de toutes sortes que nous avons quitté avec regret le pays des cèdres, direction plein ouest, vers Chypre. 

La petite île n’était pourtant pas prévue au programme initial des escales de la goélette. Nous devions au départ passer une semaine à l’heure israélienne, avec deux escales dans les villes de Haïfa et Tel Aviv… Avant que la situation politique du pays ne vienne changer nos plans. « Ces escales avaient pour vocation d’accueillir à bord de Tara de jeunes étudiants en science arabo-israéliens, palestiniens et israéliens, rappelle Romain Troublé, le secrétaire général de Tara Expéditions. Dans le contexte et son évolution depuis début juillet, les conditions à la fois d’accueil de ces étudiants et de sécurité pour le bateau et son équipage n’étant plus réunies,  le Président Etienne Bourgois, le directeur scientifique de la mission et moi-même avons décidé d’annuler cette visite ».

Si Tara était déjà passé par le Liban en 2009, lors de l’expédition Tara Oceans, Israël ne faisait pas encore partie de la longue liste des pays traversés par la goélette. Autant dire que la décision d’annuler cette escale prévue de longue date n’a pas été prise à la légère, l’équipe de Tara à terre étant restée dans l’attente jusqu’au dernier moment. « Nous avons souhaité connaitre l’évolution du conflit avec l’espoir d’un retour au calme rapide, explique Romain Troublé. Dès la mi-juillet, il était de plus en plus clair que nous aurions des difficultés à faire escale et faire venir la centaine d’étudiants prévue à bord en toute sécurité, si bien que le 1er août nous avons pris la décision d’annuler et de faire une escale à Chypre ».

C’est donc cap à l’ouest que nous voguons maintenant dans les eaux libanaises, avec quatre journées de mer bien remplies par un programme scientifique chargé, malgré une équipe réduite. Anthony Ouba et Juliette Maury ayant quitté le pont à Beyrouth, seul Christian Sardet, spécialiste du plancton et coutumier de la goélette, vient épauler Amanda Elineau, chef scientifique jusqu’à Malte, pour les prélèvements de microplastiques. Du coté des marins, c’est Nils Haëntjens, « stagiaire polyvalent », qui viendra prêter main forte à l’équipe pour tout ce qui concerne l’informatique, l’électricité, l’électronique, et bien d’autres domaines… En attendant encore de nouveaux venus dans quatre jours à Larnaca, notre prochaine escale, à Chypre donc.

 

Yann Chavance

Escale à Beyrouth : à la découverte de la capitale libanaise

Lors de l’escale de Tara à Beyrouth, Anthony Ouba, doctorant libanais venant de débarquer de la goélette, fait visiter sa capitale à une partie de l’équipage, l’occasion d’en apprendre plus sur l’histoire riche de la ville et du pays, entre blessures de la guerre et reconstructions modernes.

©Y.Chavance/Tara Expéditions

Tara rencontre le CNRS Libanais

Pour cette expédition en Méditerranée, chaque nouvelle escale est l’occasion pour l’équipe scientifique de Tara d’échanger avec leurs homologues locaux, comme ici à Beyrouth avec le CNRS Libanais. Un partage de connaissances pour une mise en commun des efforts de préservation de notre mer Méditerranée ou Mare Nostrum.

Après avoir participé à une table ronde sur la pollution marine réunissant ONG locales et acteurs politiques ou scientifiques libanais, nos rencontres beyrouthines se sont poursuivies par une réunion de plusieurs heures dans les locaux du Conseil National de la Recherche Scientifique (CNRS) Libanais, une structure de recherche qui a fêté il y a peu ses cinquante ans d’existence. L’équipe scientifique de Tara accompagnée de Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, a ainsi pu rencontrer une dizaine de chercheurs du Centre National des Sciences Marines, l’une des quatre branches du CNRS Libanais.

« Nous voulions avoir un échange constructif entre nos scientifiques et l’équipe de Tara, pour à la fois présenter nos travaux respectifs et trouver des pistes de collaborations futures » explique Gaby Khalaf, le directeur de ce centre.

Cette réunion commença donc par une présentation des recherches menées par la structure libanaise, et notamment les travaux des doctorants présents lors de cette réunion. Si les sujets étaient variés, du suivi des mammifères marins à l’étude de l’acidification en Méditerranée, ces travaux avaient comme point commun d’avoir été menés en partie en France, que cela soit à l’Université de Perpignan ou à l’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer. « C’est une codirection franco-libanaise, reprend Gaby Khalaf. Les doctorants travaillent essentiellement au Liban mais font des visites régulières en France, où ils sont d’ailleurs inscrits. Depuis dix ans, une vingtaine de nos doctorants ont ainsi pu travailler en France ».

Après les doctorants du CNRS Libanais, l’équipe scientifique de Tara a pu prendre le relais en présentant brièvement le bateau, ses différentes missions de recherche, puis les protocoles de prélèvement de microplastiques en Méditerranée. Enfin, les chercheurs libanais ont découvert avec intérêt les premiers résultats des prélèvements effectués en 2009 dans les eaux libanaises, au début de l’expédition Tara Oceans. « A l’époque, nous venions d’avoir notre propre bateau de recherche, c’était donc très important pour nous de visiter Tara, pour voir les équipements et discuter avec les scientifiques, se souvient le directeur du Centre National des Sciences Marines. Aujourd’hui, c’est tout aussi intéressant de voir finalement ce que Tara a prélevé en 2009 au large du Liban ».

Après cet échange sur les travaux respectifs de chacun, ces quelques heures de réunion se sont soldées par des discussions bien moins formelles, allant des techniques de prélèvement de plancton, aux espèces marines invasives au Liban. L’occasion également pour tous d’envisager de nouvelles pistes d’entraide entre les deux équipes. Si le CNRS Libanais, très intéressé par la pollution de microplastiques, devrait ainsi vite recevoir les plans de notre filet Manta ; de notre coté, nous embarquerons lundi trois bouées dérivantes à bord de Tara, que nous larguerons peu après notre départ de Beyrouth. Un petit service, face à l’accueil aussi enthousiaste que chaleureux que nous recevons depuis notre arrivée dans la capitale libanaise.

Yann Chavance

L’accueil chaleureux de Beyrouth

Ce mardi 5 août 2014, Tara est arrivé à son escale la plus à l’Est de son parcours méditerranéen : Beyrouth. Notre entrée dans la marina de la capitale libanaise s’est faite en grandes pompes, sous les yeux de la presse locale et internationale.

Après deux jours passés dans les eaux de Chypre, sans possibilité de prélever des échantillons, l’équipe scientifique à bord avait profité de l’arrivée dans les eaux libanaises pour effectuer deux stations longues de prélèvement. C’est donc après une courte nuit que l’équipage arriva ce mardi en vue des premiers buildings de la capitale libanaise. Peu avant 18 heures, les premiers bateaux commençaient à rejoindre la goélette pour se transformer en véritable escorte, arborant bien entendu les couleurs du Liban, jusqu’à la Marina de Beyrouth.

A peine les amarres fixées sur le quai qui nous accueillera toute la semaine, nous étions déjà assaillis par la chaleur humaine libanaise. Dès les premiers pieds posés à terre, c’est d’abord par un collier de fleur, accroché au cou de chaque membre d’équipage, que nous fûmes accueillis, tandis que les « Bienvenue au Liban » fusaient de toute part. Puis, c’est un flot continu de journalistes qui se déversa sur le pont, accaparant tour à tour marins et scientifiques.

Chaînes de télévision, magazines, journaux ou agences de presse, qu’ils soient libanais (comme TV Liban) ou internationaux (Reuters, par exemple), les médias étaient présents en nombre sur le pont. Pour ajouter au joyeux brouhaha qui couvrit le pont durant une bonne heure, nous pûmes inviter également à bord nos contacts locaux, comme le groupe Solidere qui organisa notre accueil, nos homologues scientifiques, comme le CNRS libanais, ou encore des ONG locales, telle l’Association Big Blue, qui lutte depuis 25 ans contre la pollution du littoral.

Une fois le pont vidé de ses invités, l’équipage put se remettre de cet accueil chaleureux au cocktail organisé en notre honneur dans la salle d’exposition retraçant les aventures scientifiques de Tara. Une pause bienvenue avant d’entamer le long programme de cette semaine, entre échanges avec les structures scientifiques et institutionnelles locales, et visites de scolaires ou du grand public – plusieurs centaines de personnes tout de même sont attendues sur le pont durant ces sept jours d’escale. Une semaine à l’heure libanaise, avant d’entamer le chemin du retour, plein ouest, pour boucler d’ici la fin de l’année ces sept mois de prélèvements en Méditerranée.

 

Yann Chavance

 

-Rejoignez l’event Facebook de Tara Méditerranée à Beyrouth

 

Frontières invisibles

Si l’emplacement des stations de prélèvement répond à des exigences scientifiques, il dépend aussi de contraintes législatives : chaque pays possède au large de ses côtes une Zone Economique Exclusive. Pour que Tara puisse effectuer des prélèvements dans ces eaux, nous devons obtenir une autorisation, qui arrive parfois au dernier moment.

© Yann Chavance/Tara Expéditions

Rejoignez l’event Facebook de Tara Méditerranée à Beyrouth

 

Articles associés:

-Suivez notre 10ème expédition au quotidien

-Découvrez les plus belles photos de Tara Méditerranée 

-Pour en savoir plus sur nos actions, parcourez nos reportages vidéos 

 

 

Si Tara était…

Après avoir interviewé des dizaines de personnes à bord de la goélette, je suis passé du coté de l’interviewé, sous la forme d’un petit exercice d’imagination : et si Tara était autre chose qu’un bateau ? Si Tara était… 

… un animal ?

Tara serait incontestablement une baleine. La baleine. Un surnom que le voilier porte depuis 25 ans, lorsqu’il s’appelait encore Antarctica, de par sa forme massive, ses flancs arrondis, sa couleur grise usée par les chocs… Et comme le cétacé, si la goélette paraît ventrue et pataude une fois en cale sèche, à terre, elle sait faire preuve d’une élégance majestueuse dès qu’elle lutte contre les éléments en pleine mer. L’une des raisons pour laquelle les Jonas rêvant d’être engloutis par Tara sont aussi nombreux.

 … une couleur ?

Depuis dix ans, Tara s’écrit en lettres oranges, comme une signature. Orange, le nez de la goélette, contrastant avec le gris de sa coque. Orange aussi, les extrémités de ses deux mâts, souvent la première vision que l’on a du bateau lorsqu’on le cherche dans un nouveau port. Que Tara soit amarrée sous les tropiques ou sous la neige, ces deux tâches de couleur sont les seuls points communs à tous les paysages traversés par la goélette.

 … une personne ?

agnès b. et son fils, Etienne Bourgois, les initiateurs du projet Tara Expéditions. Même si ceux-ci ne naviguent finalement que rarement sur Tara, préférant laisser leur place aux scientifiques, marins et artistes en résidence, l’esprit qu’ils ont su insuffler au bateau flotte en permanence à bord. Quel que soit l’équipage, il y a véritablement une « ambiance Tara », savant mélange de sciences, d’arts et de goût pour l’aventure.

… un film ?

« Autant en emporte le vent ». Dans ce film, Tara n’est pas un bateau mais le nom d’une maison, la maison où l’on revient toujours, irrésistiblement. Un nom donné il y a déjà plusieurs décennies par le père d’agnès b., Ado Troublé, à son premier petit bateau. La goélette scientifique sera le cinquième Tara du nom, faisant perdurer la tradition familiale. Un bateau sur lequel on revient toujours, irrésistiblement…

… un son ?

Agaçant pour certains, apaisant pour les autres, tous ceux qui ont passé quelques jours en mer sur Tara connaissent ce son, celui de la pompe hydraulique de barre. Une fois les voiles levées, lorsque l’on coupe les moteurs et que l’on pense pouvoir enfin profiter du silence et du bruit des vagues, on prend conscience de ce dernier petit bruit mécanique qui perdure, un ronronnement régulier ponctuant chaque vague, comme la respiration du voilier.

… une qualité ?

La passion. Sûrement le seul point commun aux centaines de personnes ayant déjà navigué à bord de Tara, pourtant d’âges, de parcours, d’origines, de nationalités différents. Que l’on soit marin, scientifique, journaliste ou artiste, séjourner sur Tara n’est jamais « juste un travail », c’est une chance qui se savoure. Le travail, justement, se fait donc toujours avec passion, par des gens passionnés.

… un pays ?

Répondre « la France » serait trop simple. Certes, une grande partie de l’équipage est français ; oui, le port d’attache de Tara est Lorient, en Bretagne. Mais depuis dix ans, la goélette a déjà traversé près de 40 pays et a accueilli sur son pont tout autant de nationalités. En mer, les frontières deviennent alors encore plus abstraites : Tara est avant tout à l’Océan, un pays mondial sans couleurs ni drapeaux.

… juste un bateau ?

Tara, c’est un peu tout ça. Des sons, des couleurs, une ambiance… Un projet protéiforme, des résultats scientifiques à l’envergure internationale, une aventure maritime, une histoire humaine portée par des gens passionnés, un rêve un peu fou qui dure pourtant depuis dix ans. Pour tous ceux qui le connaissent, Tara est sans conteste bien plus qu’un simple bateau.

 Yann Chavance

 

Direction le Liban

Depuis notre départ en début de semaine de Mykonos, dans l’archipel grec des Cyclades, nous ne sommes plus que dix à bord de Tara pour continuer notre route vers le Liban. Une étape en petit comité qui change grandement l’ambiance sur la goélette.

Nous étions 15 à Cala Gonone, en Sardaigne, puis 14 à Vlora, en Albanie, et enfin 12 après Zakynthos, en Grèce. Le décompte semble ainsi se poursuivre après la rotation d’équipage qui a eu lieu lors de notre dernière escale à Mykonos : nous ne sommes aujourd’hui plus que dix taranautes, dont cinq marins. Le malouin Martin Hertau, qui prendra le poste de capitaine dans un mois, a pris pour l’instant possession de la salle des machines, l’ancien poste de Rodolphe Gaudin, qui devient pour sa part second-capitaine. Samuel Audrain, capitaine, Marion Lauters, cuisinière, et François Aurat, chef de pont, continuent quant à eux leur périple commencé il y a déjà plusieurs semaines.

Du coté des scientifiques, le libanais Anthony Ouba a rejoint Amanda Elineau et Juliette Maury, qui multiplient les stations de prélèvements depuis maintenant un mois. La présence à bord de ce doctorant libanais, travaillant à l’Observatoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer, nous permettra, en plus de profiter de deux bras supplémentaires lors des stations, de pouvoir échantillonner dans les eaux libanaises, de par sa nationalité. Enfin, du coté des artistes en résidence, c’est Emmanuel Régent, peintre et dessinateur, qui proposera sa vision d’artiste de notre périple méditerranéen.

Comme toujours avec une équipe réduite, Tara change de visage, d’ambiance. Plus détendu, moins tumultueux. Dans le grand carré climatisé, on ne se bouscule plus pour avoir une place pour travailler, discuter, planifier une station. A table, chacun a les coudées franches pour échanger avec son voisin, les discussions se faisant alors plus personnelles. Si les équipes chargées des tâches ménagères ont dû être adaptées (la cuisinière, normalement épargnée au vu du travail titanesque qu’elle effectue déjà, a dû rejoindre une des cinq équipes), chacun participe volontiers aux tâches de son voisin. La famille Tara se réduit, elle en devient plus solidaire.
Revers de la médaille, les « non-marins » n’auront plus de répit la nuit, pour les quarts de surveillance. Nous nous relayerons donc quasiment chaque nuit, toutes les trois heures, pour seconder le marin de quart dans sa veille nocturne. L’occasion, une fois de plus, de mieux connaître ses voisins de cabine. C’est donc dans cette ambiance plus intimiste que se succéderont les prochaines stations de prélèvement de cette semaine. Une semaine, c’est le temps dont nous disposons pour rallier Beyrouth, notre prochaine escale. C’est aussi le temps que nous passerons dans la capitale libanaise.

Yann Chavance

 

-Suivez l’aventure Tara Méditerranée au quotidien

-Découvrez le programme de l’escale à Beyrouth

-Suivez cette 10ème expédition à travers nos reportages vidéos

S.A.S le Prince Albert II de Monaco à bord de Tara

Dimanche 27 juillet 2014, la venue du Prince Albert II de Monaco a marqué le soutien de Sa Fondation à la mission de Tara

 

Le 27 juillet 2014, à l’occasion d’une escale de la goélette Tara dans les Cyclades (Grèce), Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, et l’équipage de la goélette ont eu l’honneur d’accueillir Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco et Sa délégation pendant quelques heures. La Fondation Albert II de Monaco, qui soutient les missions de Tara depuis 2006, est l’un des principaux partenaires de l’expédition Tara Méditerranée.

Cette visite a permis à S.A.S le Prince Albert II de prendre la mesure des enjeux des expéditions scientifiques de Tara, en touchant du doigt concrètement le travail accompli depuis des années avec les laboratoires et les instituts impliqués dans ses missions. S.A.S. le Prince Souverain a déclaré « Je suis extrêmement content d’être à bord. Je n’avais vu le bateau qu’à quai, sans jamais vraiment naviguer dessus, donc c’est pour moi une satisfaction de partager au moins quelques heures avec l’équipage de Tara. Je crois que c’est en ayant la possibilité de pouvoir échanger avec eux que l’on peut aussi envisager d’autres idées et d’autres aventures ».

S.A.S le Prince Albert II de Monaco a ainsi pu découvrir le bateau en conditions d’expédition. L’occasion pour le Prince de rappeler l’intérêt porté à cette expédition Tara Méditerranée : « Cette campagne que mène Tara, cette étude de la pollution par les matières plastiques, c’est aussi une façon d’alerter, de faire comprendre à tous nos contemporains que la situation est grave. Je crois que Tara est vraiment un exemple. C’est une belle aventure, environnementale bien sur, marine bien entendu, mais avant tout humaine».

La venue de S.A.S le Prince Albert II de Monaco à bord de Tara souligne l’engagement de sa Fondation pour la protection les océans et son soutien à la mission Tara Méditerranée. Cette expédition comporte un volet scientifique destiné à mieux comprendre les impacts du plastique sur l’écosystème méditerranéen et un volet de sensibilisation aux nombreux enjeux liés à la Méditerranée, volet qui promeut notamment les efforts de développement des Aires Marines protégées (AMP).

« Cette journée entière passée à bord avec S.A.S le Prince Albert II de Monaco et l’équipe de Sa Fondation a permis de soutenir le lancement du projet de l’AMP de Gyaros et de renforcer les liens avec S.A.S le Prince Albert II de Monaco qui depuis plus de 7 ans soutient et encourage Tara dans sa quête de connaissance pour la recherche. » précise Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.

Des membres d’associations impliquées dans un important programme de préservation du phoque moine sur l’île de Gyaros étaient aussi présents lors de cette journée. Pour S.A.S. le Prince Albert II de Monaco, le programme de préservation mené par Sa Fondation et ces partenaires locaux autour de cette espèce sensible est capital. « Il était important d’essayer de sauvegarder un des derniers habitats importants du phoque moine, sur l’île de Gyaros et sur d’autres îles aux alentours, souligne-t-il. Nous sommes très heureux, avec ma fondation, d’être partenaire de ce programme qui, je pense, pourra non seulement mieux protéger le phoque moine et son habitat, mais aussi la faune et la flore de ces écosystèmes extrêmement fragiles ».

Des actions de conservation et des études scientifiques qui s’accompagnent d’une volonté de travailler avec les partenaires locaux. « Des projets comme ceux-ci ne marchent que si tout le monde se sent concerné, quand tout le monde s’assoit autour d’une même table, explique le Prince. Il faut pouvoir travailler avec la population locale, avec les pécheurs notamment, pour montrer que c’est dans leur intérêt aussi, sur le long terme, que les phoques moines et les pécheurs puissent cohabiter».

 

Articles associés :

-Interview du Prince Albert II :” Tara fait comprendre et aimer la mer”

-Pour en savoir plus sur la Fondation Prince Albert II de Monaco

-Découvrez la suite du programme de Tara Méditerranée

VIDÉO – TARA traverse le canal de Corinthe

Mercredi 23 juillet 2014, Tara a passé le canal de Corinthe qui sépare le Péloponnèse du reste de la Grèce. Ce raccourci nous a permis de rejoindre les Cyclades sans devoir faire le tour du Péloponnèse. Le canal, long de six kilomètres pour une vingtaine de mètres de large seulement, est surplombé d’impressionnantes falaises hautes de 50 mètres.

L’expédition Tara Méditerranée est désormais en route vers Mykonos.
©Y. Chavance/Tara Expéditions

Une escale imprévue

Ce mardi 22 juillet, Tara s’est détourné pour quelques heures de sa route.

Un bref arrêt à Patras, une ville portuaire grecque au nord du Péloponnèse, pour récupérer un colis inattendu.

Quelques heures après notre départ de Zakynthos, l’île aux tortues marines, Tara s’est arrêté pour quelques heures dans le port de Patras. Un détour minime, alors que notre route initiale devait justement longer la côte du Péloponnèse pour s’enfoncer dans le canal de Corinthe, afin de continuer notre route dans les Cyclades, à l’Est de la Grèce. La raison de cette brève escale : une bouée océanographique à récupérer à bord.

L’histoire de cette bouée commence en février dernier, alors qu’elle est larguée en mer au large de la Grèce par une équipe CNRS de l’Observatoire Océanographique de Villefranche-sur-mer, à l’occasion d’un programme coordonné par la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO (COI). Une bouée dérivante, collectant en continu une multitude de données en tous genres (température, salinité, densité, etc.), comme il en existe plus de 3 000 dans le monde. Ces bouées sont conçues pour se laisser porter par les courants et transmettre en permanence leurs précieuses informations – et leur position – par satellite.

Mais il y a quelques semaines, l’équipe française se rend compte que la bouée s’approche dangereusement des côtes du Péloponnèse, menaçant de s’écraser sur les rochers. Décision est alors prise d’envoyer deux scientifiques de l’observatoire, direction la Grèce, pour récupérer le précieux instrument. Ce dernier s’en sortira ainsi avec seulement quelques égratignures et sera emmené plus au Nord, à Patras, où elle sera déposée à l’Université de la ville en attendant le passage de Tara.

Si cette fameuse bouée se trouve ainsi maintenant dans la cale avant de la goélette, cette escale imprévue fut également mise à profit par tout l’équipage. Coté cuisine, un nouvel arrêt à terre est toujours l’occasion de se ravitailler en produits frais. Coté science, c’est une bombonne d’azote liquide, utilisé pour conserver les échantillons, qui nous attendait sur le port. Enfin, l’équipe scientifique a profité de ces quelques heures à terre pour envoyer aux différents laboratoires impliqués dans cette expédition tous les précieux échantillons prélevés ces derniers mois à bord de Tara. Quant à la bouée océanographique, nous la remettrons nous-mêmes en mer d’ici quelques jours, en sortant des eaux grecques.

Yann Chavance

Regards d’enfant

Cyanne, onze ans, s’apprête à quitter la goélette après 15 jours passés à bord pendant lesquels elle a raconté son aventure sur le site de Tara. Entre la galère du mal de mer et le bonheur de la rencontre avec les dauphins, conclusion d’un périple vu à hauteur d’enfant.

 

Comment as-tu trouvé l’ambiance sur le bateau ?

Sur Tara, c’est plus calme qu’en ville. Il n’y a pas les voitures, on est quasiment tout seul, à part des fois où on croise quelques bateaux. Mon endroit préféré à bord, c’était à l’avant du bateau, sur le nez de Tara. J’aimais bien m’asseoir à l’avant, d’ici on voit tout ce qu’il y a autour de soi, toute la mer autour. On a l’impression d’être tout petit face à l’océan.

Quelles sont les choses qui t’ont le plus surprises ?

J’étais déjà montée à bord quand le bateau était à Paris, mais là c’était vraiment différent. Déjà, je pensais pas avoir autant le mal de mer… Et puis je n’étais pas au courant qu’il y avait des tâches ménagères, personne ne me l’avait dit ! Ce qui était bizarre aussi, c’est d’avoir autant de monde à bord. A quinze, on est parfois un peu serrés. Dès qu’on va quelque part sur le bateau, il y a tout le temps quelqu’un. Mais en fait, ça ne m’a pas vraiment dérangé.

Ce n’était pas trop difficile de raconter ton aventure sur le site ?

C’était parfois dur d’écrire tous les jours, des fois je n’arrivais pas à trouver un moment pour m’y mettre. Normalement je devais faire un texte par jour, mais c’était plutôt un tous les deux jours. Et puis parfois, c’est difficile à expliquer la vie qu’on a à bord. Même s’il se passe des fois beaucoup de choses dans la journée, on ne sait pas toujours comment le dire, pour que les gens à terre comprennent bien.

Quelles sont les choses qui te manquent le plus à terre ?

Même si j’étais contente d’être à bord, il y en a quand même beaucoup… Déjà, ma famille, ma mère, ma petite sœur… A bord, on n’a pas internet ou de téléphone, juste une adresse spéciale pour envoyer des mails. Et puis, je vais être contente de retrouver ma chambre et mon lit ! Sur Tara, on est à deux par chambre, et elle est toute petite. Il n’y a pas de bureau, juste les deux lits et quelques tiroirs : je préfère ma chambre à terre !

Quel sera ton meilleur souvenir ?

La première fois qu’on a vu des dauphins. J’en avais déjà vu, mais dans des aquariums : sur Tara, c’est vraiment pas la même chose. Quelqu’un a crié qu’il y avait des dauphins devant, j’ai couru à l’avant : je sais qu’ils ne restent pas longtemps, donc il vaut mieux aller vite ! Je n’en ai pas vu beaucoup qui sautaient hors de l’eau, ils remontaient juste un peu pour respirer, mais c’était déjà super. Quand on les voit, juste à coté de nous comme ça, c’est magique.

Et ton pire souvenir ?

Le mal de mer ! Je ne pensais pas que je serai autant malade. C’est horrible, on doit tout le temps rester allongé, on ne peut pas bouger… On a juste envie que ça s’arrête, c’est pour ça que j’étais très contente quand on est arrivés à Ustica ! Mais après, quand on s’habitue et qu’on n’est plus malade, c’est juste super. Au final, même avec le mal de mer, j’aimerai bien revenir une autre fois sur Tara. Ce que j’aime sur le bateau, c’est aussi vivre quelque chose que les autres personnes ne font pas.

 

Propos recueillis par Yann Chavance

 

Articles associés :

-Découvrez les actualités de notre rubrique Éducation

-Après Vlora, Tara Méditerranée fait cap vers Zakynthos : programme

-Suivez toutes les étapes de cette 10ème expédition

Sazan : une préservation franco-albanaise

L’île de Sazan, qui se dessine au large face au quai où est amarré, Tara à Vlora en Albanie, est au centre d’un projet de préservation unissant structures françaises et albanaises. Une collaboration officiellement actée sur le pont même de la goélette, en escale à Vlora depuis trois jours et jusqu’à demain

 

En dix ans d’aventures sur les mers, Tara avait déjà été tour à tour plate-forme scientifique, lieu de séminaires, espace de discussions politiques, ou encore outil de sensibilisation pour le grand public. Avec notre escale à Vlora, en Albanie, la goélette s’est cette fois transformée pour quelques heures en cadre symbolique pour la signature d’un important contrat, scellant une politique de conservation commune entre le Conservatoire du Littoral français et son homologue albanais, l’Agence Nationale du Littoral. Au centre des liens entre les deux structures, l’île de Sazan, la plus grande d’Albanie, trônant face à la baie de Vlora : une richesse naturelle à préserver, dans un pays où les douleurs politiques ont longtemps chassé les consciences écologiques.

En 2010, le littoral autour de l’île est classé Aire Marine Protégée : cette AMP nommée Karaburun/Sazan devient la première – et encore aujourd’hui la seule – d’Albanie. Une initiative qui a poussé le Conservatoire du Littoral français à entamer une collaboration avec ses homologues locaux sur la question de cette île. « Nous avions déjà travaillé jusqu’en 2006 avec les structures albanaises, notamment sur des actions de conservation des lagunes, rappelle Céline Damery, chargée de mission au département Europe et International du Conservatoire du Littoral, qui gère notamment ce dossier albanais. Nous sommes revenus ici en 2011 car nous souhaitions profiter de la dynamique engagée avec la création de l’AMP pour proposer notre assistance institutionnelle et technique, et les accompagner dans la mise en œuvre d’une politique de gestion des côtes ».

En 2012 et 2013, le Conservatoire du Littoral lance ainsi via son initiative PIM, pour Petites Iles de Méditerranée, des campagnes d’études sur la biodiversité de Sazan. Des prospections qui révèleront vite la richesse naturelle de l’île : quelques 300 espèces pour la flore, 40 au niveau ornithologique, ou encore dix nouvelles espèces d’insectes jusqu’ici inconnues en Albanie. Ce riche inventaire, suivi d’une évaluation écologique et d’un état des lieux de la pollution terrestre, permet alors d’imaginer un plan de gestion de l’île. Car jusqu’ici, Sazan n’est en réalité qu’à moitié concernée par l’AMP nouvellement créée. « Les eaux entourant l’île font partie de l’AMP, mais la partie terrestre est propriété du ministère de la Défense et n’a aujourd’hui aucun statut de protection, explique Céline Damery. Nous voulions travailler sur ce projet, car cela peut être un site exemplaire pour l’Albanie, avec une vraie gestion intégrée entre terre et mer ».

Depuis le début de cette année, la réflexion sur la création d’une Aire Protégée Terrestre fait donc son chemin entre interlocuteurs français et albanais, jusqu’à la signature mercredi dernier sur Tara de la convention actant cette collaboration, sous les yeux des caméras locales et des responsables politiques. « C’est une nouvelle étape dans la coopération avec les autorités albanaises, en termes d’échanges de savoir-faire et de partage d’expérience sur les enjeux de gestion des côtes » se félicite ainsi la responsable française du projet. Du coté des équipes de Tara, fiers d’accueillir symboliquement cette signature, ce fut également l’occasion de mettre en lumière ce type d’initiatives locales. Pour que notre mission scientifique en Méditerranée soit aussi un relais des actions positives que nous croisons sur notre route.

 

Yann Chavance

 

Articles associés :

-Ne manquez rien de l’escale de Tara Méditerranée à Vlora

-Découvrez la signature de cette collaboration franco-albanaise en images

-Suivez l’équipe Tara dans leurs aventures quotidiennes

Brève escale à Ustica

Au milieu de notre traversée de la Sardaigne jusqu’en Albanie, Tara a croisé la route d’Ustica, une petite île perdue au nord de la Sicile. L’occasion pour le nouvel équipage de rencontrer les responsables de la première Aire Marine Protégée d’Italie.

Nouveau départ, nouvel équipage, comme un rituel immuable à chaque escale : en partant de Cala Gonone, en Sardaigne, Tara a fait le plein de nouveaux passagers : nous voici maintenant quinze à bord. Spencer Lowell, le photographe américain aux multiples tatouages, a laissé sa place à deux artistes françaises : Carly Steinbrunn, elle aussi adepte de la photographie argentique, et Lorraine Féline, qui réalise un film à bord. Du coté scientifique, Stéphanie Petit laisse sa place à Amanda Elineau, travaillant également au laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer. François Galgani, océanographe à l’IFREMER et spécialiste des effets de la pollution en mer, vient compléter l’équipe scientifique jusqu’à notre prochaine escale en Albanie. Enfin, deux membres de l’équipe Tara à terre viennent découvrir le bateau pour lequel ils travaillent toute l’année : Virgile Pesey, en charge des nouveaux partenariats, et Xavier Bougeard, qui s’occupe des actions éducatives. Ce dernier, qui gère notamment le site Tara Junior, pourra compter sur un regard d’enfant pour voir Tara sous un nouvel angle : celui de sa fille, Cyanne, onze ans, qui découvre elle aussi pour la première fois la goélette.

C’est donc avec un bateau au complet que nous naviguons depuis Cala Gonone au milieu d’une mer plutôt grosse, mettant à mal l’estomac des nouveaux arrivants. Cette première courte pause sur la petite île d’Ustica, au Nord de la Sicile, arrivait donc à point nommé. Le fait que l’île soit juste sur notre route n’était pourtant pas la seule raison de notre venue : Ustica a vu naître en 1986 la première Aire Marine Protégée (AMP) d’Italie, s’étendant sur 16 000 hectares autour de ce minuscule bout de rocher émergeant de la mer tyrrhénienne. A peine arrivés aux abords du petit port d’Ustica, le seul village de l’île du même nom, deux responsables de l’AMP vinrent donc nous rendre visite à bord, le temps d’un déjeuner et de quelques échanges sur la protection locale de l’environnement. Car en marge des prélèvements de micro-plastiques effectués à bord, le fil rouge de notre expédition se tisse autour de ces rencontres avec les structures locales qui contribuent au quotidien à préserver la mer méditerranée. Si notre aperçu de l’AMP d’Ustica n’aura duré que quelques heures, nous espérons bien qu’en multipliant ce type de rencontres, nous pourrons avoir une vue globale sur la façon dont Mare Nostrum se protège localement.

Yann Chavance

 

Articles associés :

-Découvrez les superbes paysages de la Sardaigne

-Suivez chaque étape de Tara Méditerranée

-Pour plus d’informations sur notre 10ème expédition

Escale sarde

Huit jours après notre départ d’Antibes, Tara est arrivé ce samedi 5 juillet en vue de la petite ville de Cala Gonone, en Sardaigne. Une escale de quelques jours durant lesquels le plancton et l’expédition Tara Oceans (2009-2013) seront à l’honneur.

Malgré les nombreux changements de programme pour adapter notre route et surtout nos prélèvements de plastique aux conditions météorologiques, nous sommes arrivés à l’heure face à la petite ville sarde. Un hameau de moins de deux mille âmes, perché sur une côte sauvage criblée de grottes aux eaux turquoises. Si tous à bord sont impatients de mettre un pied à terre ou la tête sous l’eau, ce n’est pas une escale farniente qui nous attend.

Tout juste arrivés, une partie de l’équipage part en ville pour une conférence de presse : ils reviendront accompagnés d’une quinzaine de journalistes venus visiter la goélette. A peine repartis, le va-et-vient du zodiac reprend de plus belle, déversant sur le pont de nouveaux arrivants encombrés de valises, quand d’autres, arrivés au terme de leur voyage, font les leurs. Tout cela au cœur d’un planning chargé, comme toujours.

Dimanche verra ainsi se succéder une conférence donnée en italien sur le plancton et les expéditions de Tara, une réunion de travail sur les recherches scientifiques menées dans la région – qui réfléchit à la création d’une station biologique et d’une aire marine protégée – ou encore une réception à l’aquarium de Cala Gonone, partenaire de cette expédition en Méditerranée.

En marge de ce programme, cette escale en Sardaigne sera surtout le théâtre d’un important séminaire pour Oceanomics, le projet titanesque visant à exploiter les données et prélèvements effectués lors des expéditions Tara Oceans et Tara Oceans Polar Circle. Durant cinq jours, les chercheurs impliqués dans ce projet à travers le monde se retrouvent ainsi à Cala Gonone pour échanger sur leurs premiers résultats.

Lundi et mardi, les scientifiques d’Oceanomics concluront ce séminaire par deux jours d’échantillonnage au large de la Sardaigne, l’occasion de former certains aux protocoles de prélèvements et de mieux comprendre d’où viennent les données qu’ils analysent depuis maintenant plus d’un an. De quoi conclure en mer cette escale ensoleillée avant notre départ mercredi pour l’Albanie, après un bref passage par la petite île d’Ustica.

 

Yann Chavance

 

Articles associés :

-Découvrez les superbes paysages de la Sardaigne

-Suivez chaque étape de Tara Méditerranée

-Pour plus d’informations sur notre 10ème expédition

L’Art dans la peau

On dit souvent qu’un tatouage raconte une histoire, une partie de sa vie. Spencer Lowell, artiste américain en résidence sur Tara, en est couvert. S’il explique que ses tatouages n’ont pas vraiment de signification, ceux-ci révèlent tout de même certaines facettes de cet artiste hors du commun.

C’est à Los Angeles, sa ville natale, que Spencer fait son premier tatouage à 18 ans : cinq étoiles sur le torse. Lorsqu’on lui demande pourquoi ce dessin, la réponse est lapidaire : « Il n’y a pas de raisons. Je voulais un tatouage et j’aime les étoiles ». La même année, il choisit un trèfle à quatre feuilles, sur le crane. Là encore, sans raison particulière, ne se considérant pas comme superstitieux. « Juste au cas où », glisse-t-il tout de même. « Parfois, j’ai une idée le matin, et je me la fait tatouer l’après-midi, je préfère ne pas prendre ça au sérieux. C’est une façon de ne pas me prendre trop au sérieux non plus : quand mon égo prend le dessus, mes tatouages me remettent les pieds sur terre ».

A l’époque, Spencer reste tout de même prudent. S’il choisit le crâne pour ce nouveau tatouage, c’est pour qu’il puisse le dissimuler si besoin. « Je ne savais pas encore ce que je voulais faire : je commençais tout juste à faire de la photo et j’aimais déjà ça, mais je n’était pas sûr d’en faire mon métier ». Puis l’artiste change de point de vue, sur ses tatouages, mais surtout sur le sens de sa vie. « Avant, je me disais que ces tatouages resteraient pour toujours, mais j’ai pris conscience que rien n’est éternel. Un jour, mon corps ne sera plus là, et mes tatouages disparaîtront avec lui ».

Spencer Lowell commence alors à multiplier les tatouages, sans s’en cacher. Sur le bras gauche, il fait inscrire une phrase tirée d’une chanson de John Lennon : Life is what happens when you’re busy making other plans (« La vie est ce qui survient lorsque l’on est occupé à faire d’autres projets »). Une façon pour lui de se rappeler que l’avenir n’est pas toujours entre ses mains. « Je fais juste partie du voyage, dit-il. Un passager ». Sur le ventre, deux oiseaux autour d’une fleur, symbolisant pour lui l’harmonie. Une dualité que l’on retrouve sur bon nombre de ses tatouages, comme cette bande blanche sur l’avant-bras faisant face à une bande noire sur l’autre avant-bras. « C’est le positif et le négatif, décrit-t-il. De façon générale, je suis toujours en quête d’un équilibre ».

Puis Spencer décide de prolonger cette bande noire sur l’intégralité de son bras gauche, en ne laissant qu’un espace vide : un atome, entouré de ses électrons. « Je trouvais ça intéressant, car c’est le symbole de la matière, et il apparaît grâce à l’absence d’encre, donc de matière ». Un jeu intellectuel avec le tatouage qui atteint son paroxysme avec la date inscrite sur son pied droit : lundi 5 juin 2006. Que s’est-il passé ce jour là ? Absolument rien. C’est simplement le jour où ce tatouage a été réalisé. Un clin d’œil sous forme de mise en abîme qui amuse beaucoup l’artiste…

Au fil des années, les différents tatouages de Spencer reflètent de plus en plus ses passions : l’art et les sciences. Sur les phalanges de sa main gauche est ainsi inscrite la célèbre formule d’Einstein : E=mC2. « J’aime beaucoup photographier la science, car j’aime comprendre comment fonctionnent les choses. Avec au final, l’envie de saisir la nature de l’Univers ». Sur les phalanges de sa main droites, comme une réponse à la science, il fait inscrire les lettres CMYK, pour Cyan, Magenta Jaune et Noir. « Ce sont les couleurs utilisées en imprimerie. On peut faire toutes les couleurs en partant de celles-ci, explique-t-il. Pour moi, ça représente l’Art. C’est complémentaire avec la science, l’Art vient du cœur, la science de la tête, mais les deux font la même chose : tenter de trouver des réponses ».

L’artiste américain à bord, Spencer Lowell, se révèle à travers ses tatouages.

Difficile de passer ainsi en revue les dizaines de tatouages étranges, poétiques, drôles ou métaphysiques de Spencer Lowell. Une dernière question tout de même à cet artiste original : si tu décidais de te faire un tatouage après ton passage sur Tara, que choisirai-tu ? Après quelques secondes de réflexion, la réponse est surprenante, comme souvent avec Spencer Lowell : le crocodile gonflable en plastique, repêché quelques jours auparavant lorsque nous étions en mer, flottant au milieu de l’océan. Et lorsqu’on lui demande pourquoi ce choix étrange, la réponse est immanquablement la même que celle donnée pour presque chacun de ses tatouages, lancée avec un petit sourire en coin : « pourquoi pas ? »

 

Yann Chavance

 

Articles associés :

-Retrouvez les clichés de Spencer Lowell dans notre médiathèque

-Découvrez l’univers des artistes ayant voyagé à bord de Tara

-Suivez la programmation des expositions de la Base Tara

Entre la Corse et la Sardaigne

Depuis quelques jours, le programme de cette étape Antibes-Cala Gonone est une question d’adaptabilité, notre parcours se décidant au jour le jour, changeant parfois même d’heure en heure, en raison de conditions météorologiques compliquées.

Samedi 28 juin, soit deux jours après notre départ d’Antibes, le planning de prélèvement prévu par Gaby Gorsky, le directeur scientifique de l’expédition, avait jusqu’ici été suivi sans accroc. Nous avions comme prévu passé  la nuit au mouillage à l’île d’Elbe, quand les dernières données météorologiques nous firent changer nos plans : un fort vent d’Ouest se profilait autour de la Corse, alors que nous devions justement effectuer de nombreux prélèvements en longeant la côte Ouest de l’île de beauté. Dimanche nous avons donc rebroussé chemin, direction Bastia, côte Est, pour passer la nuit au mouillage. La précaution ne fut pas inutile : même protégé du vent par les montagnes corses, Tara fut ballotté toute la nuit par des vents montant jusqu’à 45 nœuds, sous un ciel déchiré par une multitude d’éclairs.

Le lendemain matin, alors que nous nous préparions à lever l’ancre, un dernier BMS (Bulletin Météorologique Spécial) changea une nouvelle fois nos plans. Un fort coup de vent allait souffler toute la journée dans notre zone, brassant la surface et empêchant ainsi nos prélèvements. La décision fut donc rapidement prise : nous resterons sur place une journée de plus, mettant à profit ces quelques heures sans science à bord. « Cela permet de récupérer un peu de la fatigue des derniers jours et de s’occuper un peu plus du bateau » explique Samuel Audrain, le capitaine. L’occasion aussi pour les marins d’aller à terre pour acheter du petit matériel pour entretenir le désalinisateur, le frigo ou encore le système électrique du bateau.

Du coté scientifique, cette journée au mouillage est aussi une aubaine. « On fait le bilan de ces derniers jours et aussi un peu de maintenance sur les appareils, détaille Stéphanie Petit, la responsable scientifique de l’étape. Pour ma part, j’ai mis à jour toutes les fiches de prélèvements et réglé un problème avec l’azote liquide. C’est donc loin d’être une journée perdue ! ». Cet arrêt forcé fut également l’occasion de faire le point par mail avec le directeur scientifique de l’expédition pour décider de la suite du programme. Après avoir évoqué la possibilité de retourner vers l’île d’Elbe, décision fut prise d’échantillonner un peu plus au large. Mais le soir même, après avoir levé l’ancre et s’être éloignés de la côte, le premier coup de filet ne remonta presque rien : peu de plancton, presque pas de plastique.

Avec la houle et une mer brassée par 24 heures de vent, la surface semblait désertée. « Même quand on ne récolte rien, c’est intéressant, relativise Stéphanie. Cela nous permet de mieux comprendre les facteurs qui influencent la répartition du plastique ». Il aura fallu attendre encore plusieurs heures et quelques miles de route vers le large pour que les filets, se succédant jusque tard dans la nuit, remontent à nouveau chargés en particules plastiques. Mais ce mardi, les bulletins météo annoncent à nouveau des perturbations à venir sur notre route. Difficile donc encore aujourd’hui de savoir où nous échantillonnerons dans les jours qui viennent. A l’heure actuelle, une seule chose est sûre : nous serons samedi prochain à Cala Gonone, en Sardaigne. Sans trop savoir quelle route nous prendrons pour l’atteindre.

Yann Chavance

 

Articles associés :

-Escale de Tara Méditerranée à Cala Gonone

-Plus d’informations sur la pollution plastique

-Suivez l’aventure grâce à nos plus belles photos

De la terre à la mer

Depuis notre départ d’Antibes jeudi dernier, Tara a changé de visage. Nouveaux arrivants et habitués du bateau profitent maintenant d’une autre vie, celle en mer, bien loin du rythme effréné des escales.

Lors de notre petite semaine à Antibes, comme à chaque nouvelle escale, le ventre de la goélette s’est rempli de Taranautes de passage : les passations entre « débarquants » et « embarquants », quelques membres de l’équipe de la base Tara à Paris, des scientifiques réglant les derniers protocoles de prélèvement, des techniciens venus installer du nouveau matériel de navigation ou encore régler les problèmes de communication satellite… Le pont et le grand carré n’auront quasiment jamais désempli durant ces six jours à Antibes, plongeant la goélette dans un brouhaha incessant, rythmé par le passage régulier de groupes visitant le bateau. Des visites publiques, mais aussi des groupes scolaires et des centres de loisirs, pour lesquels les marins se relaient, expliquant inlassablement l’histoire du bateau et les raisons de notre venue en Méditerranée.

A terre, les journées sont donc soigneusement organisées, comme l’atteste le planning complet trônant  dans le grand carré. Visites scolaires, heures des repas, arrivée des officiels, réception avec un des partenaires de l’expédition, conférence publique, etc., tout est inscrit dans les moindres détails. Un planning minutieux qui tranche avec la souplesse dont nous devons faire preuve une fois en mer. Une fois au large, ce sont souvent les conditions météorologiques qui dictent notre programme. La houle faiblit ? L’équipe scientifique en profite pour faire un prélèvement de plastique avec le filet Manta, décalant alors l’heure du repas. Si les stations de prélèvement ont été soigneusement prévues à terre, une fois sur les flots, la Nature nous force tout de même à quelques ajustements.

Ce changement de rythme une fois en mer entraîne également une ambiance plus calme favorisant les échanges humains. Alors que quelques jours auparavant, nous voyions en permanence de nouvelles têtes, nous ne sommes aujourd’hui plus que onze à bord, vivant 24 heures sur 24 ensemble. Entre deux remontées de filet ou pendant les repas, chacun a maintenant le temps d’apprendre à connaître ses compagnons d’étapes. Car si on retrouve des têtes bien connues sur le bateau, comme Samuel Audrain, le capitaine, François Aurat, chef de pont ou encore Marion Lauters, la cuisinière, pour beaucoup, cette expédition en Méditerranée est une grande première.

Le second capitaine de ce début d’expédition, Aloys Le Claquin, est bien un marin confirmé, après 15 ans passés dans le milieu de la course au large, mais le breton fait ses premières armes sur le pont de Tara. Idem pour Rodolphe Gaudin, à qui incombe la lourde responsabilité des machines. Du coté scientifique, Thomas Leeuw en est à son deuxième embarquement. Ce chercheur américain spécialiste de la couleur de l’eau complètera ainsi les prélèvements de plastiques menés par Stéphanie Petit, chercheur en écologie microbienne à Villefranche-sur-mer, secondée par Juliette Maury, jeune étudiante en biologie en stage sur Tara. Après avoir embarqué sur la précédente expédition, Noé Sardet retrouve le pont de la goélette pour y tourner un film sur le plancton. Enfin, dernier Taranaute à bord pour cette étape, l’artiste américain Spencer Lowell traîne sur le pont ses différents appareils argentiques pour immortaliser tout ce qui s’y passe. La vie commune en mer se met donc progressivement en place, et chacun aura encore quelques jours pour apprendre à mieux se connaître avant notre prochaine escale, Cala Gonone en Sardaigne, prévue pour la fin de semaine prochaine.

Yann Chavance

Articles associés :

- Toutes les photos de l’expédition

- Le programme de l’escale à Cala Gonone à partir du 5 juillet

Tara, antibois de cœur

Ce jeudi, Tara quittait Antibes après une petite semaine passée dans son port ensoleillé ; une escale aux allures de madeleine de Proust pour Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions. Une histoire de famille, de mer et de bateaux, lorsque Tara se conjuguait encore au pluriel.

Depuis une décennie que la goélette s’est fait connaître au travers de ses aventures scientifiques autour du monde, Tara a perdu son numéro. Tara 5, de son nom officiel, est ainsi le cinquième bateau de la famille, dont la plupart ont mouillé leur quille à Antibes des années durant. Tout commence avec Ado Troublé, le grand-père d’Etienne, qui nomme son petit bateau Tara, en référence au film « Autant en importe le vent » : Tara, c’est la maison où l’on revient toujours. Et déjà, ce « premier du nom » avait pris ses marques entre les bateaux de pêche du vieux port d’Antibes, une ville qu’avait toujours connu la famille. « Mon arrière-grand-père, le père d’Ado, avait fait construire une maison sur les hauteurs dans les années 1880. On y venait pour les vacances, souvent en hiver » se souvient Etienne Bourgois.

Quelques années plus tard, le deuxième bateau d’Ado, un petit voilier de huit mètres, sera appelé en toute simplicité Tara 2. C’est sur le pont de ce dernier qu’Etienne découvre la mer, la voile, l’aventure. « Je naviguais avec mon grand-père, vraiment en amateur : on allait jusqu’en Corse, en naviguant aux étoiles. Je me souviens d’un homme très cultivé, bon vivant ». Puis vint en 1973 Tara 3, un Dufour 35 rapidement envoyé en Grèce. En 1979, c’est Etienne qui le ramena à Antibes pour son grand-père. Ce dernier mourut quelques mois plus tard, lui léguant ce troisième Tara. « J’avais 20 ans, je commençais à peine à travailler, mais je mettais tout ce que je gagnais dans ce bateau » explique Etienne. C’est à cette époque qu’il s’initie à la course en mer, avec son oncle Bruno Troublé, barreur du France 3 du Baron Bich lors de la Coupe de l’America, et c’est ensemble qu’ils achèteront en 1996 le First 51 d’occasion qui deviendra Tara 4. Ce quinze mètres sera le premier à réellement quitter Antibes pour rejoindre les eaux bretonnes.

Un demi-siècle après le premier petit bateau de huit mètres d’Ado Troublé, Tara 5, qui a perdu son numéro aux yeux de tous, est donc de retour pour la première fois dans le port d’Antibes, là où les bateaux de la famille ont toujours navigué. Pour Etienne, propriétaire de la goélette avec agnès b., l’émotion est forcément forte. « Hier, je suis sorti avec le pointu de la famille, un petit bateau en bois de moins de cinq mètres. En faisant le tour du cap, j’ai pensé à mon grand-père : à l’époque où il m’emmenait en mer avec lui, jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour nous aurions un bateau comme Tara, aussi grand, naviguant sur toutes les mers du monde », explique-t-il, assis sur le pont en aluminium de la goélette. Avant de reprendre, en guise de conclusion : « Mais en fait, ce n’est pas vraiment notre bateau. C’est avant tout un bateau de travail, qui a une mission. Un peu le bateau de tout le monde ».

 

Yann Chavance

 

Articles associés :

- Toutes les photos de l’expédition

Les plaisanciers sont soumis à l’obligation de ne pas rejeter et les ports doivent leur proposer des solutions

50% d’escales, 50% de navigation, tel est le programme de l’expédition Tara Méditerranée. Et lorsque la goélette s’amarre dans un port, comme hier à Antibes, l’un des membres de l’équipage est désigné pour se rendre à la capitainerie. Sa mission : récupérer des informations sur le raccordement à l’eau, le branchement électrique, l’adresse d’une laverie ou encore la localisation des sanitaires. Car une fois à quai, il n’est plus question d’utiliser les douches à bord, il faut éviter de remplir la caisse à eaux grises, un lieu de stockage invisible, caché dans l’antre du bateau, qui fait parler de lui.

F. Latreille/Tara Expéditions. Arrivée de Tara à Antibes.

Alors certes, le gaspillage d’eau turlupine l’équipage, mais les fameuses caisses noires et grises, autrement dit les eaux usées issues des toilettes et des douches, amènent une autre question : celle de la pollution. Une fois au large et à certaines conditions, la législation autorise les bateaux à vider leurs caisses. Comme Tara, les navires possédant des tanks de rétention ne peuvent les vider qu’au-delà de 12 Mn en navigation, à une vitesse de 3 nds. Les bateaux possédant une centrale de traitement à dilution (les plus répandues) sont autorisés à vider leurs eaux « traitées » au-delà se 4 Mn en navigation, à 3 nds. Enfin, les navires possédant une centrale de traitement type « STP marine », autrement dit les navires de plus de 50 m, peuvent rejeter leurs eaux usées au-delà de 300 m d’un port, des côtes et des zones de mouillage.

Antoine Dussaussoy, Directeur d’exploitation d’Ecotank, une start up verte dédiée à la récupération des eaux usées dans le Sud de la France, souligne un point important : « Les plaisanciers sont soumis à l’obligation de ne pas rejeter et les ports doivent leur proposer des solutions pour évacuer leurs caisses de rétention, mais aucune de ces deux obligations n’est respectée à 100%. » Pour vidanger, les gros bateaux doivent donc faire appel à des camions citerne mais ces camions sont rarement présents dans les ports. Les contrevenants risquent pourtant une amende de 22 500 euros en cas de déversement directs ou indirects de «substances ou organismes nuisibles pour la conservation ou la reproduction des mammifères marins, poissons, coquillages, mollusques ou végétaux, ou de nature à les rendre impropres à la consommation.» (Code de l’environnement Article L218-73).

Antoine revient sur les différents risques de pollution engendrés par les eaux usées : « un risque d’ordre sanitaire provoqué par des phénomènes de prolifération de bactéries ou lié aux médicaments qui ne sont pas éliminés par le corps humain ; les eaux grises provoquent quant à elles des problèmes environnementaux et écologiques à cause des nitrates, des phosphates et des graisses contenus dans les produits utilisés à bord. Les plaisanciers se servent rarement de produits bios. »

Les autorités portuaires peuvent difficilement faire pression sur les usagers qui sont aussi leurs clients. Mais certains ports jouent le jeu et c’est là qu’intervient « Ecotank », l’entreprise pour laquelle travaille Antoine Dussaussoy. Plus besoin de déplacer le bateau pour se rendre à la pompe ou de faire appel un camion citerne, tout se passe directement sur l’eau. Une flotte de 11 barges à pompage électrique travaille en toute discrétion pour vidanger les fameuses caisses, entre Monaco et Saint-Tropez.  « Il y a une évolution des mentalités depuis 2 ou 3 ans, nous le constatons à travers notre activité. En 2008, la première année, nous réalisions une vidange de bateau par semaine, aujourd’hui et uniquement sur le port de Monaco, nous intervenons sur 5 à 10 bateaux par jour. »

Face à cette problématique de pollution, certains pays sont en avance sur la France. La Turquie a opté pour une solution drastique: elle procède à un contrôle des rejets en déversant des traceurs de chimiques dans les tanks de rétention. Aux Etats-Unis, les caisses sont plombées et donc inutilisables par les plaisanciers. Pour les Taranautes, la question des caisses noires sera donc récurrente et il faudra s’adapter en fonction des installations portuaires à chacune des escales et poursuivre l’effort collectif pour limiter l’impact écologique.

Noëlie Pansiot

 

Articles associés :

- Toutes les photos de l’expédition

-Suivez chaque étape de Tara Méditerranée

Tara à Monaco

Le 20 juin à l’occasion de l’escale de Tara en Principauté, Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions, Romain Troublé secrétaire général et l’équipage de la goélette ont eu l’honneur de saluer Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco.
 
La Fondation Albert II qui soutient Tara depuis 2006 est l’un des principaux partenaires de l’expédition Tara Méditerranée.
 
Ce 20 juin était aussi le jour de l’inauguration du tout nouveau Yacht Club de Monaco. L’équipe de Tara a donc assisté à la cérémonie et sur ces photos arbore le fanion du YCM.
 
Découvrez l’interview du Prince : « Tara fait comprendre et aimer la mer » 

 

Articles associés :

- Toutes les photos de l’expédition

« J’ai grandi en tant que scientifique avec Tara »

Les marins ont quitté le navire, le temps d’une escale à Villefranche-sur-Mer. Invités à visiter l’Observatoire Océanologique, ils ont arpenté la station zoologique créée en 1884, l’ancien bagne des rois de Sardaigne, un lieu charmant organisé autour d’une jolie cour arborée. Les bâtisses du bagne et de la Vieille Forge abritent un dédale de laboratoires, de bureaux, une animalerie et une bibliothèque. Le fameux bâtiment des Galériens sert quant à lui d’entrepôt : bouteilles Niskin, bien connues des Taranautes, kayak de mer, matériel de plongée… Et la mer n’est pas loin, le terrain de jeu favori des océanographes se situe à quelques mètres de là, au bout d’une avancée en pierres. Au fil de la visite, l’équipage a croisé, par hasard, plusieurs scientifiques ayant embarqué à bord de la goélette. Parmi eux, Jean-Baptiste Romagnan, ingénieur spécialisé dans l’étude et l’analyse du plancton à travers des outils d’imagerie, qui travaille toujours sur l’analyse des données de Tara Oceans (2009-2012). Une aventure scientifique d’envergure, à laquelle il a participé à deux reprises. Focus sur les données collectées durant cette mission.
 
A quel moment as-tu embarqué pendant Tara Oceans et pour quelle mission ?

La première fois, c’était pour ma thèse, en octobre 2009 entre Naples et Malte, la seconde fois, à l’automne 2011 entre l’île d’Ascension et Rio. Lors de mon premier embarquement, nous étions encore dans une période de mise en place, j’ai plutôt pris en charge la collecte de zooplancton avec les filets et j’ai travaillé sur le pont aux côtés de l’ingénieur Sarah Searson. Et à l’automne 2011, j’ai à nouveau participé à l’échantillonnage au filet et au déploiement des instruments avec l’ingénieur de pont.

Lors de cette mission, beaucoup de données ont été prélevées, comment sont-elles traitées ?

Effectivement, nous avons collecté beaucoup d’échantillons, des tubes contenant du plancton, lors de Tara Oceans, puis Tara Oceans Polar Circle (2013) et nous allons encore en collecter dans les mois à venir en Méditerranée. Lorsque ces tubes sont ramenés au labo on peut en tirer des informations de plusieurs manières : certains scientifiques font de la génétique, d’autres les analysent à l’aide d’outils d’imagerie. C’est ce que je fais sur les échantillons de Tara Oceans, avec le Zooscan, un scanner à plancton, et grâce à la participation de nombreux stagiaires, depuis presque 5 ans. Nous avons traité environ 75% des données collectées. La procédure est toujours la même : il faut retirer le formol, prendre une partie de l’échantillon pour le placer sur le Zooscan, afin d’obtenir des images, des petites vignettes de chacun des objets, a partir de la grande image scannée. Ces images sont analysées, puis à partir de mesures sur vignettes de plancton, nous faisons de « l’apprentissage automatique », en d’autres termes, nous demandons à l’ordinateur d’identifier le plancton, avant de valider les identifications manuellement. Avant on faisait ça à la loupe binoculaire, ça prenait du temps et ça demandait beaucoup d’expertise. A présent, nous avons développé des outils qui nous permettent d’aller plus vite et d’analyser un grand nombre d’échantillons.

Un lot d’échantillons représente combien de données archivées ?

Des milliards ! Le Zooscan est un outil qui a été développé pour répondre à plusieurs besoins. Le premier : pouvoir générer des données issues de campagnes océanographiques rapidement après la collecte, parce que dans le passé il fallait plusieurs années pour analyser des données planctoniques comme celles-ci. Le deuxième, répond à un besoin de stockage : les échantillons en tube ne sont pas éternels, ils peuvent s’abîmer, ils sont à la merci d’un accident. L’archivage numérique nous permet de stocker nos données à plusieurs endroits, dans une logique de conservation. Le troisième besoin répond à des problématiques scientifiques comme la mesure de biomasses, la mesure de biovolume, la mesure de taille ou de spectre de taille. En fait avec les images, nous pouvons mesurer automatiquement chaque organisme et obtenir des mesures précises et homogènes. De ces mesures, nous tirons des informations sur le fonctionnement des écosystèmes. Le plancton peut être observé à travers la « loupe de la biodiversité », ou bien à travers la loupe de la « structure en taille » pour répondre à différentes questions : combien y en a-t-il, pourquoi, où sont-ils, etc.

Que dire d’une expédition à l’échelle globale comme Tara Oceans ?

C’est une expédition exceptionnelle ! Tout comme Tara Oceans Polar Circle. Il s’agit de deux expéditions inédites, le genre d’aventure scientifique qui n’avait pas été réalisée depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, elles sont à classer parmi les grandes expéditions naturalistes comme celles de Darwin ou du Challenger. L’idée de départ était d’échantillonner tout le vivant planctonique, uniquement le plancton, mais tous les organismes : des virus et des bacteries, jusqu’aux plus gros organismes du plancton gélatineux. Le but était donc de mettre en place un échantillonnage de toute la biodiversité et de toute la complexité du plancton pour réaliser un état des lieux « photographique »  de la biodiversité du plancton à l’échelle globale. Après des expéditions comme celles-ci, il y en a pour des décennies de travail. Les analyses sont en cours, comme ici, ou encore à la Station Biologique de Roscoff, un laboratoire partenaire, ainsi que dans d’autres laboratoires.

Quelle a été votre expérience sur Tara ?

Mes embarquements étaient géniaux ! Une campagne océanographique sur un bateau si petit, c’est un gros bateau, mais en comparaison des bateaux océanographiques habituels, il s’agit d’un petit navire et la mise en œuvre d’un échantillonnage complexe et complet sur cette goélette est une belle prouesse. C’est une autre approche de l’océanographie, c’était assez intense. Finalement, nous travaillons en groupe, nous interagissons avec les partenaires du consortium Tara Oceans nous nous réunissons plusieurs fois dans l’année et nous essayons de faire de la science ensemble et ça, c’est vraiment intéressant. Cette communauté est très attachante. Et puis personnellement, j’ai grandi en tant que scientifique avec Tara, ça a été un projet formateur et je continue à travailler sur ces données.

Propos recueillis par Noélie Pansiot

Bilan après 7 jours de prélèvements de plastique – Tara Méditerranée 2014

 

© Copyright : N.Pansiot/Tara Expéditions

Aloys, nouveau second à bord

Le 19 avril 2014, Tara quittait Lorient, son port d’attache. 3 mois se sont déjà écoulés et pour certains membres de l’équipage l’heure du repos a sonné. D’ici quelques jours ils cèderont leur poste à un nouvel équipier. C’est le cas de David Brevault, Second, de Martin Hertau, Chef mécanicien, et de moi-même, Correspondante de bord. Mais avant de partir, il faut accueillir les nouveaux arrivants, leur transmettre les informations et s’assurer qu’ils puissent faire leur travail dans les meilleures conditions. Les « anciens » assurent donc la passation, comme David avec son remplaçant Aloys Le Claquin, 31 ans. Tout juste embarqué,  Aloys découvre l’univers Tara et les tâches qui incombent à son poste. Présentation d’un nouveau Taranaute Breton qui n’est pas dénué d’humour.

Il s’agit de ton premier embarquement à bord de Tara. Quel est ton parcours professionnel ?

Depuis une quinzaine d’année, je fais des courses au large. Dernièrement, j’ai travaillé sur un projet de Class40, un monocoque de 12 mètres de long que nous avons construit en 2010 à la Trinité-sur-Mer. Le bateau a été mis à l’eau en 2011 et nous avons gagné le championnat du monde de cette catégorie la même année. Quand on construit un bateau, on n’est jamais sûr de son bon fonctionnement, c’était donc une belle récompense de gagner ce titre. J’ai postulé à la Base Tara, à Paris, parce que j’avais besoin de faire un break avec la course au large et je suis le projet Tara Expéditions depuis longtemps. Etre à bord de la goélette va me permettre de faire ce que je sais faire, tout en mettant mes compétences au service des scientifiques et de l’environnement,et c’est ça qui m’intéressait. Et puis, c’est aussi voyager différemment. J’aime bien l’idée d’explorer la Méditerranée, je ne vous cache pas qu’une expédition en Sardaigne me convient plus qu’une dérive arctique ! Tara est un bateau, mais il diffère totalement de ce que je connais, j’avais envie d’apprendre et de découvrir.

Lorsque tu es arrivé hier, tu semblais surpris par tout l’équipement présent à bord, ainsi que le lieu de vie…

C’est très différent des bateaux de course ! Le bateau est grand et complexe, il a été conçu pour les glaces. La salle des machines est énorme, les bateaux sur lesquels je travaille ont juste de petits moteurs qui servent à effectuer des manœuvres au port et à produire un peu d’énergie. L’espace n’est pas le même non plus. Sur les Class40 nous n’avons pas de cabines, nous dormons en vrac sur des poufs ou dans de petites bannettes, mais le plus souvent ces bannettes servent au « matossage », c’est à dire à bloquer et stocker du matériel pour faire contrepoids. Tara c’est un peu « une usine à gaz », alors que nos bateaux de courses sont ultra minimalistes, pour être rapides.

Tu suis David pendant quelques jours pour la passation, en quoi consiste le rôle de Second à bord de Tara ?

C’est principalement la gestion du pont, donc tout ce qui est manœuvre à la voile, mais aussi le soutien des scientifiques lors des prélèvements et des manœuvres. Et puis comme le reste de l’équipe, je vais m’occuper du volet pédagogique, de la sensibilisation du public : l’accueil des classes et les visites en escale. Ce poste comprend également tout l’aspect sécurité à bord, c’est à dire la gestion des gilets de sauvetage, des feux de secours… Tous les bateaux fonctionnent de la même manière, mais chaque bateau est différent. David me fait donc découvrir toutes les particularités de la goélette.
 
Quelles sont-elles ?

Il m’a expliqué comment fonctionne le bateau à la voile, par exemple il ne faut pas oublier de choquer une sorte de retenue qui permet à la voile de ne pas se dérouler en cas de fort coup de vent. Et puis Tara fonctionne toujours avec une retenue de baume : il faut la bloquer lorsque le bateau a établi son allure, afin qu’elle reste fixe. Nous avons passé en revue les winchs, comment on doit répartir la charge, parce Tara est une vieille dame qu’il faut ménager. J’ai beaucoup d’informations à mémoriser en peu de temps, il y a forcément des choses que je vais oublier, mais il faut que j’en intègre le plus possible et ça passe par tous ces petits détails. Et surtout pour découvrir, je fais du ménage et du rangement, je joue les petites mains car je ne vais pas suivre David comme son ombre pendant 2 jours, il a du travail à terminer avant de débarquer. Ca me permet de découvrir les recoins du bateau, de comprendre comment il fonctionne, de voir où sont rangées les choses.
 
Quel était ton état d’esprit avant d’embarquer, avais-tu des envies ou des craintes ?

J’avais envie d’arriver avec un œil neuf, sans trop me poser de questions. Bien sûr, j’étais excité, venir sur Tara c’est forcément quelque chose. Trouver ma place, être compétent et m’intégrer à l’équipe, voilà ce que j’avais en tête. Je suis venu chercher de l’aventure et faire des rencontres humaines. Je suis curieux de nature et j’imagine que suivre les scientifiques et les aider dans leur travail, ça va être vraiment très intéressant. La partie sensibilisation ne m’effraye pas, accueillir des gens et leur parler de ce que j’aime, c’est super. En revanche je ne suis pas un grand bricoleur et c’est un bateau qui a quand même un certain âge. J’ai des notions de part mon métier dans la course, en logistique et en sécurité. Je pense que j’aurais peut-être été plus à l’aise à la cuisine qu’à la bricole !

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Tara met le cap sur la baie de Villefranche-sur-mer

A 7h30 ce matin, Tara mettait le cap sur la baie de Villefranche-sur-Mer à seulement 2 km à vol d’oiseau de Nice. A son arrivée au port, l’équipage a manœuvré à la perfection pour mettre à quai les 36 mètres du bateau. La goélette était très attendue : par les scientifiques de l’Observatoire Océanologique tout d’abord, venus en nombre pour embarquer les derniers instruments nécessaires à leurs manipulations. Par les scolaires ensuite, qui ont rythmé la matinée de l’équipage. Les représentants du Conseil Général des Alpes-Maritimes sont attendus à bord cet après-midi, pour clôturer le bal des visites. Gaby Gorsky, Directeur de l’Observatoire de Villefranche-sur-mer et Directeur scientifique de Tara Méditerranée, était à quai avec son équipe à l’arrivée de Tara. Avant de se diriger vers la jolie citadelle Saint-Elme où il était attendu pour présenter l’expédition lors d’une conférence, Gaby a gentiment accepté de nous dire quelques mots sur le déroulement de l’escale.

Quel est le programme de cette journée ?

Tout d’abord, c’est un jour de fête, parce que les écoliers Villefranchois vont pouvoir venir à bord de Tara, ils vont être informés des recherches de haut niveau que nous réalisons à bord de ce magnifique bateau. Et puis, aujourd’hui, nous participons à la réunion annuelle du Plan Climat Energie initiée par le Conseil Général des Alpes-Maritimes. Tous les représentants des pouvoirs publics seront là. Il s’agit donc d’une journée de sensibilisation importante : auprès des enfants, des adultes et des décideurs et, je l’espère, des futurs financeurs.

Quels sont les instruments que votre équipe vient de déposer à bord ?

Nous continuons à préparer la mission, nous avions déjà des équipements comme le filet manta. A présent, nous allons réaménager le laboratoire humide et le laboratoire sec. Nous allons mettre en place différents systèmes de filtration. Le 21 juin, Tara  participera à la journée mondiale d’échantillonnage des océans (Ocean Sampling Day) qui, cette année, est orientée sur la génomique. Nous avons donc apporté des systèmes de filtration et de traitement des échantillons. Nous allons prélever et filtrer des échantillons, ainsi que les contenus des collecteurs du filet manta à bord de la goélette. Nous sommes donc en train d’installer tout un système composé de pompes qui tirent le liquide vers des filtres, que nous récupérerons et stockerons dans de l’azote liquide ou dans un frigo.

Sur quel point allez-vous insister lors de votre intervention à la conférence Plan Climat Energie ?

Cette année, nous avons la chance d’étudier les micro plastiques de manière exhaustive, en Méditerranée pendant 7 mois. Ces micro plastiques sont très importants pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’ils polluent le milieu : il s’agit d’un substrat qui n’existe pas dans la mer, puisque toute la pétrochimie est d’origine humaine. Ensuite, ces plastiques véhiculent des organismes invasifs, qui peuvent envahir des milieux distants. Ces micro plastiques peuvent véhiculer des agents pathogènes, ainsi que des produits chimiques nocifs. Il nous faut donc les recenser, puis étudier leur composition chimique, la manière dont ils sont colonisés. Enfin, nous devons faire pression sur les pouvoirs publics pour qu’ils changent de politique environnementale concernant le plastique. Voilà pourquoi cette journée de sensibilisation me semble importante.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Interview d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions

Une nouvelle expédition, une nouvelle base Tara à Paris, un nouveau site Internet, le lancement d’une Plateforme Océan et Climat à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Océan, Etienne Bourgois fait le point sur l’actualité très riche pour Tara durant ce mois de juin.

L’expédition est lancée et le volet scientifique de l’expédition Tara Méditerranée a commencé cette semaine…

Tara est d’abord un bateau pour la recherche, c’est donc une bonne chose ! Je suis d’autant plus satisfait que le volet scientifique de l’expédition s’est étoffé ces dernières semaines avec d’avantage d’universités et d’instituts qui s’impliquent sous la direction de Gaby Gorsky, directeur de l’observatoire océanologique de Villefranche sur mer.

Mais n’oublions pas que nous consacrerons aussi 50% du temps de la mission à la sensibilisation sur les enjeux environnementaux. Nous avons d’ailleurs pour objectif de publier un livre bleu à l’issue de ces 7 mois en Méditerranée.

Depuis quelques jours nous accueillons aussi un artiste à bord. Ils seront 11 à se succéder en résidence à bord de Tara, ils ont carte blanche. C’est une expérience unique pour eux mais aussi pour les scientifiques et les marins qu’ils vont côtoyer à bord de Tara !

Quel message souhaitez-vous faire passer en particulier ?

Un message de détermination concernant l’environnement. Malheureusement la roue est entrain de tourner, le temps passe et les réactions des politiques sont lentes. Il faut agir, prendre des orientations fortes maintenant.

Y-a t-il déjà eu des moments forts depuis que vous êtes en Méditerranée ?

Oui je me suis rendu à bord de Tara à Port-Cros début mai lors de l’étude du coralligène profond mené par l’équipe de Laurent Ballesta et l’Agence de l’Eau. Il m’a montré des photos extraordinaires qui montrent que la mise en place d’une Aire Marine Protégée porte ses fruits et que l’écosystème méditerranéen est merveilleux. Ces zones manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020, objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique.

Je voudrais en profiter ici pour adresser mes remerciements à l’équipage très professionnel, motivé, uni, modeste etc…

Le 8 juin sera la Journée mondiale de l’Océan. Comment avance votre sensibilisation auprès des politiques ?

Cette Journée mondiale de l’Océan, donnera notamment lieu à une série d’événements pour les jeunes et la presse organisés le 10 juin au siège de l’UNESCO avec notamment le lancement de la Plateforme Océan et Climat 2015. Sous l’impulsion d’un petit groupe de fondateurs dont Tara, celle-ci réunit des acteurs de la société civile, et de la recherche avec un objectif : renforcer la place de l’Océan au cœur des discussions internationales relatives au climat, notamment en vue de la CoP 21 l’année prochaine à Paris.

Une autre source de satisfaction : l’ONU vient de rendre public la première version du texte sur les objectifs du développement durable. Et la “conservation et l’usage durable des ressources marines” sont dans la liste, avec 11 autres objectifs. Tara Expéditions avec André Abreu notre chargé de mission a aussi participé à cet effort à l’ONU.

Un prochain site Internet Tara est au programme pour la mi-juin…

Oui nous avions besoin de moyens nouveaux et plus adaptés aux nouvelles technologies afin de mieux diffuser nos messages. Ce site, réalisé en partenariat avec l’agence 76, sera plus simple d’utilisation, plus visuel et sera organisé autour des 4 grandes missions de Tara Expéditions: la science, l’environnement, l’éducation et l’art.

Tara Expéditions dispose aussi d’un nouvel espace : la base Tara…

Oui c’est la base arrière de Tara. L’équipe à terre dirigée par Romain Troublé y a désormais ses bureaux. C’est un lieu magique à côté de la Bastille, très lumineux. Nous pouvons y accueillir des expositions, des conférences, des rencontres pour les scolaires, des projections, etc…

La première exposition « Le Monde Secret du Plancton » a d’ailleurs ouvert ses portes  ce lundi et sera ouverte jusqu’au 26 juin. Fort de son expérience sur Tara en tant qu’artiste, Rémi Hamoir, professeur aux Arts Décoratifs, a proposé aux enseignants et aux étudiants de 1ère année de travailler sur un projet d’expression plastique autour de la thématique : « Tara et le monde secret du plancton ».

Un bémol à vos actions actuelles ?

Malgré le soutien et l’engagement d’agnès b depuis le début, le budget n’est jamais bouclé. C’est un stress permanent qui nous empêche de mieux nous préparer à moyen terme. Cela peut être parfois décourageant. J’en profite pour répéter ici qu’il n’y a jamais de don trop petit !

A ce sujet quels sont vos projets futurs ?

Nous préparons un projet qui nécessite un budget sur deux ans. C’est un programme scientifique sur les récifs coralliens de grande envergure. Il faut au moins 12 à 18 mois de préparation et nous sommes déjà à pied d’œuvre depuis trois mois.

10 ans c’est un cap pour Tara ou le début d’une seconde vie ?

Nous sommes dans la continuité. Depuis 10 ans nous avons fait 10 expéditions et toutes ont eu un sens. C’est notre trésor. Nos projets ont comme particularité d’avoir été initiés par des individus qui forment un groupe et non des entreprises ou des institutions.
J’espère que d’autres projets comme Tara pourront naître dans le monde.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ?

Boucler notre budget toujours plus tôt et du bon vent en Méditerranée !

Pelagos : un sanctuaire marin international dédié à la protection des cétacés

Interview d’Alain Barcelo, responsable du service scientifique du Parc National de Port Cros qui anime la partie française de Pelagos.

A chaque apparition de mammifères marins aux abords de la goélette, les Taranautes se ruent sur le pont pour observer et vivre pleinement un moment unique. L’équipage a ainsi fait la rencontre d’un dauphin de Risso entre Oran et les Baléares, et plus récemment d’un groupe de grands dauphins dans la baie de Port-Cros.

Cette année, l’expédition Tara Méditerranée traversera plusieurs fois le Sanctuaire Pelagos : un espace marin international dédié à la protection des cétacés. Une zone de 87 500 km² où évoluent principalement 8 espèces de mammifères marins. Alain Barcelo, responsable du Service scientifique au Parc national de Port-Cros, chargé de mission animation du Sanctuaire, revient sur l’importance de l’Accord Pelagos.

Où se situe le Sanctuaire ?

Pelagos dessine un grand triangle qui part de la Sardaigne, remonte à la fois vers Hyères et vers l’Italie. Il englobe l’ensemble des eaux qui se situent autour de la Corse. Il s’agit d’une immense Aire Marine Protégée dédiée aux mammifères marins en Méditerranée.

Entré en vigueur en 2002, l’Accord Pelagos fut signé par la France, Monaco et l’Italie en novembre 1999. Il vise à préserver les cétacés et rendre compatible leur présence avec l’ensemble des activités qui se déroulent dans cet espace. C’est un immense Sanctuaire, unique en son genre, qui inclut des zones en haute mer.

Huit espèces de cétacés sont régulièrement présentes dans le Sanctuaire : le rorqual commun, le cachalot, le dauphin bleu et blanc, le grand dauphin, le dauphin de Risso, le globicéphale noir, le dauphin commun et le ziphius. D’autres espèces traversent occasionnellement cette zone : des baleines à bosse par exemple. Les chiffres varient selon la saison, disons quelques dizaines de milliers pour le dauphin bleu et blanc et quelques centaines pour le rorqual commun.

Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur ces animaux?

Ces animaux sont menacés par certaines activités humaines, qui sont nombreuses au sein du Sanctuaire : le trafic maritime qui va induire des collisions entre des bateaux et de grands mammifères comme le rorqual commun ou le cachalot. Notre objectif est donc de développer des méthodes pour préserver les mammifères marins et rendre compatible leur présence avec ces activités. Énormément de plaisanciers gravitent dans la zone, il y a donc beaucoup d’activités nautiques, ce sont autant de sources de dérangements pour les animaux.

Parmi les menaces qui pèsent sur ces espèces, le site Internet du Sanctuaire répertorie également les pollutions chimiques. Qu’en est-il des pollutions plastique ?

Des études en cours montrent que les polluants se fixent sur les plastiques et remontent ensuite par ingestion tout au long de la chaine alimentaire. La panoplie de produits chimiques que l’on connaît se retrouve en bout de chaîne dans les mammifères marins, à des taux de concentration très élevés. Nous savons que pour une même espèce de cétacé à dents présente en Atlantique et en Méditerranée, la plus polluée est celle qui évolue en Méditerranée. Les macro plastiques sont embêtants mais ils se dégradent et deviennent des micros plastiques. Ce sont ceux-là que nous allons retrouver tout le long de la chaîne alimentaire.

Quelles sont les mesures mises en place par Pelagos ?

Nous avons des outils de communication et de sensibilisation. En allant sur  le site Internet de Pelagos, en deux ou trois clics, les visiteurs ont accès à la page « Devenez ambassadeurs ». Il leur suffit ensuite de lire le code de bonne conduite, de s’engager à le respecter et à le faire connaître aux plaisanciers. Ils déclarent ainsi partager les objectifs du Sanctuaire et tout mettre en œuvre pour protéger les espèces rencontrées : être vigilant aux signes de dérangement, respecter les zones et distances d’approche des cétacés, etc.

Face aux problèmes de collisions, l’Association Souffleurs d’écume s’est associée à un partenaire privé pour mettre en place un outil informatique et collaboratif à l’usage de la navigation commerciale : le système REPCET. Un dispositif qui permet aux bateaux de repérer en temps réel la position des mammifères marins et de la signaler aux autres navires équipés.

Enfin, depuis deux ans, Pelagos développe des partenariats avec des communes riveraines. Il existe une charte signée par une trentaine de communes. Elles se sont ainsi engagées à contribuer à la préservation des mammifères marins et elles relayent le message de préservation auprès du grand public.

D’autres mesures visent les opérateurs de whale-watching, activité de découverte des mammifères marins pour laquelle nous allons développer une labellisation, le trafic maritime, les activités de défense ou encore la pêche professionnelle. Les idées ne manquent pas pour favoriser la présence de ces animaux majestueux à deux encablures de nos côtes. La discussion avec les gens de mer est primordiale car tous partagent nos objectifs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot


Regardez la vidéo de présentation du sanctuaire PELAGOS

Journée sans tabac : 400 mégots ramassés sur la plage par les Taranautes

Samedi 31 mai, l’équipage répondait présent à l’appel de Surfrider Foundation Europe. Equipés de sacs poubelles et de gants, les Taranautes ont parcouru les plages des Charmettes et du Cros à Six-Fours (Var), pour procéder à une collecte de déchets. Cette « Initiative Océane », la seconde ce mois-ci, leur a permis de ramasser 200 litres de détritus, soit 20kg. Le plastique était bien évidemment présent sous toutes ses formes, mais ce sont les mégots qui ont retenu l’attention de l’équipage. Les volontaires ont collecté ces résidus de cigarettes un à un pendant deux heures, participant ainsi, à leur manière, à la journée mondiale sans tabac.

Responsable éducation Méditerranée pour Surfrider, Benjamin Van Hoorebeke lance avec un grand sourire : « les industriels du tabac ont eu une bonne idée en imaginant des filtres jaunes, ils dénotent bien sur le sable ». Benjamin Van Hoorebeke dit vrai, la couleur attire l’œil du ramasseur ! Mais une fois accroupi, le collecteur citoyen réalise vite que ce détritus n’est pas esseulé : ce sont parfois 3 à 4 mégots qui gisent tout autour du premier. Brigitte Martin, bénévole pour Surfrider depuis presque 3 ans, s’agace de trouver ces déchets à côté d’une poubelle de plage : « C’est un geste automatique de lancer son mégot, on le voit même dans les films ».

Les mégots entre lesquels les plagistes posent leurs serviettes ne sont pas seulement écrasés et abandonnés là par des fumeurs négligents. Ces petits bouts d’acétate de cellulose, autrement dit, de plastique sous forme de fibres, sont d’excellents voyageurs. Un mégot jeté par terre en ville va tranquillement voguer dans les eaux qui lessivent les trottoirs, suivre une route fluviale avant de terminer sa course sur une plage, comme ici où ils arrivent nombreux par un déversoir d’eau pluviale. « Ce mégot va ensuite se fragmenter en micro plastiques ». Benjamin Van Hoorebeke ajoute : « Selon moi, le  principal impact des mégots provient des produits toxiques qu’ils contiennent : nicotine, cyanure, mercure… Un mégot que l’on jette dans l’environnement peut polluer à lui tout seul entre 300 et 400 litres d’eau. Sur la corniche, là, j’ai parcouru 10 mètres et j’en ai trouvé 56 ! » Organisateur de l’événement, Benjamin Van Hoorebeke regrette qu’un fumeur qui jette son mégot par terre n’a souvent pas conscience qu’il pollue.

Chaque année, 4 300 milliards de mégots de cigarettes sont ainsi jetés inconsciemment dans les rues. 137 000 par seconde ! De quoi procéder à une collecte sans fin. Le travail de sensibilisation de Surfrider est donc essentiel. D’après Benjamin Van Hoorebeke : « la prise de conscience constitue la première étape vers la responsabilisation. »  Partenaire de Tara Méditerranée, Surfrider sera présente lors de l’escale de la goélette à Nice, dans 10 jours. Une belle occasion de jouer les agitateurs de consciences et de sensibiliser le grand public à ces problématiques de pollutions.

Noëlie Pansiot

Tara en rodage avant les premiers protocoles en mer

Interview du capitaine Samuel Audrain

«Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles» 

Depuis une semaine, c’est l’effervescence à bord : le téléphone du capitaine n’arrête pas de sonner, l’équipage attend des livraisons, les groupes de visiteurs se relaient sur le pont à l’occasion de cette escale toulonnaise… Dans l’atelier situé en cale arrière, fief du chef mécanicien Martin Hertau, on effectue des réglages au niveau des étambos. Paul Dufay, stagiaire électronicien débrouillard, optimise le câblage du tableau électrique. Il faut donc procéder aux derniers achats et trouver les pièces nécessaires aux petites réparations. Et c’est François Aurat, officier de pont, qui gère la liste des courses : vessie d’hydrophore, tuyauterie pour le laboratoire sec, pince ampèremétrique, bâton de cyalume… Tous les membres de l’équipage s’activent pour préparer le bateau et ne rien laisser au hasard pour l’expédition. Samuel Audrain, capitaine, revient sur cette escale.

Tara est en escale à Toulon depuis une semaine, sur le quai d’honneur. L’équipage a accueilli près de 1000 visiteurs en seulement trois jours. En dehors des horaires de visites, que s’est-il passé à bord ?

Je suis arrivé récemment sur le bateau et cette escale nous a permis de mettre les bouchées doubles pour terminer les préparatifs du bateau. Nous sommes encore à portée des fournisseurs français que nous connaissons, il nous est donc plus facile de commander des pièces. Nous devons anticiper pour les sept mois d’expédition à venir.

Nous avons fait un point sur la sécurité et testé toutes les vestes de flottabilité individuelles. Nous faisons en sorte de partir avec tout le matériel nécessaire. Du côté des machines, au niveau motorisation, nous avons toujours des choses à suivre, c’est du quotidien.

Nous partons en Méditerranée et il va faire chaud, nous cherchons donc des ventilateurs. Bref, toutes ces petites choses prennent du temps. Hier, des techniciens sont intervenus à bord pour vérifier la climatisation qui se trouve dans le carré. Notre escale à Nice, qui sera aussi longue que celle-ci, nous permettra de terminer cette mise en place. Il nous faut avancer tous les jours et ne pas attendre le dernier moment. Le tout en accueillant des visiteurs : grand public ou scolaires, comme hier. Mais je trouve ça super sympa de lancer l’expédition et de pouvoir partager notre expérience avec le public lors des escales.

Des scientifiques sont arrivés à bord, qui sont-ils ?

Depuis quelques jours, Hervé le Goff, ingénieur au CNRS, se charge de réarmer le laboratoire sec (à l’intérieur de Tara) pour cette mission Méditerranée. Jean-Louis Jamet, coordinateur scientifique de l’étape et professeur de l’Université de Toulon, vient d’embarquer. Il est en relation avec Gaby Gorsky, directeur scientifique du projet TaraMedPlastic, qui a réfléchi en amont à tout notre programme scientifique. Nous discutons tous ensemble de la mise en place des protocoles de collecte de données et d’échantillonnage.

Bref, beaucoup de choses sont en train de se caler et il est vrai que cette escale était assez intense. Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles, avec cette volonté d’être efficaces dès les premières sorties en mer, c’est à dire du 2 au 9 juin.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

L’expédition Tara Mediterranée 2014

Après plus de quatre ans à naviguer autour de la planète et en Arctique, Tara réalise une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Elle comportera à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée et un volet scientifique sur le  plastique.

450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Par ses caractéristiques géographiques et climatiques, la Méditerranée abrite aussi près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan. Aujourd’hui ses mégapoles sont saturées, la Méditerranée concentre 30% trafic maritime mondial, les difficultés liés aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question. Il est donc urgent d’avancer vers des solutions concrètes comme l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable ou la création d’Aires Marines Protégés préconisées depuis des décennies par la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU ainsi que par l’Union Européenne.

Cette expédition, la dixième pour Tara depuis 2003, sera l’occasion pour Tara Expéditions de promouvoir les efforts d’associations locales et régionales sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer quasi fermée.

Une étude scientifique sera menée à bord de Tara sur le plastique, par l’Université du Michigan aux Etats-Unis et le laboratoire de Villefranche-sur-mer (CNRS) en France. L’accumulation de débris plastique dans la nature est « l’un des changements récents le plus répandu et durable sur la surface de notre planète » et l’une des grandes préoccupations environnementales de notre temps. Pourtant nous connaissons trop peu de choses sur ce qu’il advient de ces plastiques et sur leurs rôles dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète.

Pour combler cette lacune, les scientifiques réaliseront une mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. Elle quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer, et explorera les dynamiques et la fonction des communautés microbiennes qui vivent sur le plastique – ce dernier sujet étant quasiment inexploré.

Plus d’informations sur le programme scientifique de l’expédition Tara Méditerranée

Une exposition itinérante et des films seront aussi partagés avec les publics rencontrés. Nous recevrons également des classes à bord lors des différentes escales. Et des artistes seront accueillis en résidence sur Tara pendant toute la durée de l’expédition.

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia, Serge Ferrari, IDEC, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone.

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement

Cliquez ici pour découvrir la carte de l’expédition

Cliquez ici pour découvrir les temps forts et les dates des escales

Cliquez ici pour découvrir les enjeux environnementaux en Méditerranée

Pour être informé de l’actualité de l’expédition, inscrivez vous à la newsletter.

Résidences d’artistes pendant l’expédition Tara Méditerranée


Tara Expéditions organise des missions scientifiques, artistiques et éducatives avec le voilier d’exploration Tara. A l’image des expéditions du XIXème siècle, scientifiques et artistes se côtoient sur Tara pour partager une même expérience.

En 2013 à l’occasion des 10 ans de Tara Expéditions, l’exposition collective Tara 10 ans, 20 regards d’artistes avait déjà réuni sur les murs de la maison agnès b. le travail d’une vingtaine d’artistes embarqués à bord du bateau. Pour 2015, une nouvelle exposition se prépare, cette fois à la Base Tara, suite à l’expédition Tara Méditerranée 2014.

agnès b., propriétaire et mécène de Tara mais aussi galeriste, styliste et collectionneuse depuis 30 ans, soutient les artistes à travers sa Galerie du Jour à Paris et sa collection d’art. C’est ainsi naturellement qu’elle invite régulièrement, avec Etienne Bourgois, des artistes à bord de Tara. Leur présence à bord devient ainsi une manière de sensibiliser à l’environnement autrement, à un public plus large. Dans ce cadre, un comité de sélection s’est réuni cette année pour choisir parmi les nombreuses candidatures, des projets pour des résidences à bord de 2 à 3 semaines pendant Tara Méditerranée.

10 artistes de 4 nationalités différentes ont été sélectionnés pour poser leur regard sur l’expédition :
- Yoann Lelong (vidéo) des Embiez à Monaco
- Spencer Lowell (photo et vidéo) d’ Antibes à Cala Gonone
- Carly Steinbrunn (photo) de Cala Gonone à Athènes
- Lorraine Féline  (vidéo) de Cala Gonone à Athènes
- Emmanuel Régent (dessin et installations) d’Athènes à Tel Aviv
- Christian Revest (peinture et gravure) de Haifa à Bizerte
- Lola Reboud (photo/ vidéo) de Bizerte à Marseille
- Katia Kameli (vidéo) d’Alger à St Tropez
- Sylvain Couzinet Jacques (photo 3D) de St Tropez à Calvi
- Malik Nejmi (photo / film)    de Genes à Tanger

Début 2015, une exposition collective de ces artistes sera donc organisée à la suite de l’expédition Tara Méditerranée à la Base Tara, le nouveau espace de Tara Expéditions. D’une surface de 400m2 sur le Port de l’Arsenal à la Bastille (11 boulevard Bourdon, dans le 4e arrondissement de Paris) il accueillera librement également des projections, visites et conférences à partir du 2 juin 2014.
Une première exposition réalisée par les élèves de l’école des Arts Déco y sera présentée jusqu’au 26 juin : Le monde secret du plancton. Cliquez ici pour plus d’informations

Les enjeux environnementaux en Méditerranée

LES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX EN MÉDITERRANÉE

Le développement urbain et industriel pose aujourd’hui des nombreux défis de gestion de la Méditerranée notamment sur la gestion des déchets et des pollutions, à plus de 90 % d’origine terrestre. S’ajoute au défi de la diminution de la pollution, la bonne gestion du transport maritime, de l’exploration d’hydrocarbures, de la pêche industrielle et du tourisme, éléments essentiels dans les efforts en cours pour une Méditerranée en bonne santé écologique.

Il est également important de soutenir la création et la gestion de zones protégées pour restaurer les écosystèmes les plus touchés, soutenir les stocks de poissons et pour préserver certaines espèces en danger. Au delà des cris d’alarme et d’un simple constat, nous voulons promouvoir les solutions et l’innovation pour les plastiques du futur et les faire avancer concrètement dans les processus politiques en cours dans les sphères régionales, nationales et internationales.

POUR STIMULER LE DÉBAT : QUELLES SOLUTIONS?

> Réduction de la pollution à la source : éducation, recyclage, promotion de l’économie circulaire.
> Gestion intégrée des bassins versants : nettoyage des canaux et rivières.
> Écologie des emballages : responsabilité des producteurs.
> Bioplastiques : biosourcés, biodégradables, oxofragmentables. Quels types ? Quels impacts réels et lesquels sont une vraie solution ?
> Réduction de la pollution chimique à la source : réglementations internationales.
> Recherche et innovation : plastique et micro-organismes, quels organismes pourraient dégrader quel type de plastique ?
> Interdiction du sac plastique à usage unique : la France peut montrer l’exemple dans ce domaine. L’Europe a déjà adopté en mai 2014 un texte fixant des objectifs de réduction des sacs plastiques à usage unique par les pays membres. Tara considère ce texte comme une avancée mais elle est insuffisante.

DEUX FORMES DE POLLUTION PLASTIQUE EN MER

> DÉCHETS ET DÉBRIS PLASTIQUES : Bouteilles, bouchons, morceaux… Environ 6 millions et demi de tonnes de déchets sont déversées par an dans les océans et les mers du monde dont 80 % sont en plastique, soit 206 kilos par seconde…

> MICROPLASTIQUES (- 5MM) : granulés, billes, microbeads, fibres textiles… Une pollution complexe, invisible et difficile à traiter. Alors que les macro-déchets impactent directement les poissons et oiseaux marins, les microplastiques ont un impact sur les micro-organismes marins et donc sur toute la chaine alimentaire.

LA MÉDITERRANÉE EN CHIFFRES

> 450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains.
> De 1970 à 2000, en 30 ans, la population d’ensemble des pays riverains a cru fortement de 285 millions à 427 millions d’habitants. Avec deux phénomènes collatéraux: la littoralisation et l’urbanisation.
> La Méditerranée abrite près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan.
> On recense aujourd’hui 925 espèces invasives en Méditerranée dont 56% sont pérennes selon une étude menée par le Plan Bleu (UNEP).
> La Méditerranée concentre 30% trafic maritime mondial au passage du canal de Suez.
> Il existe une soixantaine de plateformes côtières d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en Méditerranée.
> On estime que 90% de la pollution de la Méditerranée vient de la terre.
> La région méditerranéenne est la région touristique la plus importante du monde ; elle attire environ 30% du tourisme international.

Tara Expéditions et Surfrider Foundation unis contre les déchets plastiques.

Tara Expéditions et Surfrider Foundation unis contre les déchets plastiques.

Une vingtaine de bénévoles se sont retroussés les manches, pour nettoyer les plages de Port-Cros samedi 17 mai. A l’occasion de cette « Initiative Océane », les courageux volontaires ont arpenté les plages de la Fausse Monnaie et de Port Man à la recherche d’objets indésirables. Une petite équipe de plongeurs s’est également prêtée au jeu dans la baie de Port Man.

L’équipe de Tara Expéditions s’associe aux membres de Surfrider Foundation Europe pour sensibiliser aux problèmes de pollution plastique. Comme hier, à Port-Cros, lors d’une opération nommée «Initiative Océane», imaginée par Surfrider Foundation. Ce type  d’événement constitue un outil pédagogique probant : les volontaires ont pu constater la pollution par eux-mêmes. De nombreux détritus dérivent jusque sur les plages de Port-Cros, un site pourtant protégé et régulièrement nettoyé par les agents du Parc National.

Une fois le ramassage terminé, les participants se sont retrouvés sur la rade de Port-Cros pour procéder à un véritable inventaire par le tri. Le plastique a malheureusement été classé en tête des déchets les plus abondants : une heure de collecte a suffi pour remplir un sac de 100 litres de détritus plastiques en tous genres. Parmi lesquels figuraient d’improbables bâtonnets : 200 résidus de cotons tiges.

Marion Lourenço, membre de la fondation et accompagnatrice du groupe, explique : «  En fait, les gens les jettent dans les toilettes. C’est un geste complètement incongru ! » Et la présence de ces bâtons n’a rien d’exceptionnel, puisque « 80% des déchets que l’on retrouvent sur nos plages provient des terres ». Les déchets voyagent de l’amont vers l’aval, une longue course fluviale qui prend fin dans les océans. Ce phénomène, les Taranautes le connaissent bien, ils ont pu l’observer à chaque expédition. En janvier 2011, une étude menée à bord révélait même la présence de plastiques dans les eaux antarctiques.

Cette année, avec l’expédition Tara Méditerranée,  les scientifiques embarqués sur la goélette essaieront de mieux comprendre quels sont les impacts de ce plastique sur l’écosystème méditerranéen. Et plus précisément l’impact des micro-plastiques, de très fines particules qui voguent au gré des courants marins en quantité colossale. Les chercheurs essaieront de collecter, quantifier et qualifier ces micro-fragments.

Face à cette problématique, Marion de Surfrider Foundation nous rappelle que le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Il faut donc faire appel à la règle des 4 R : refusons, réduisons, réutilisons et recyclons !

Noëlie Pansiot

Port-Cros, île isolée où le ravitaillement est indispensable

Vivre à bord de Tara, c’est un peu comme vivre sur une île, comme à Port-Cros : il faut veiller à ne pas gaspiller l’eau. Un réflexe que les Port-Croisiens connaissent bien, véritables gardiens des 7 km2 de terres émergées qui constituent l’île.

Parmi eux : Noël Laurent, Belge d’origine, est arrivé sur l’île pour deux mois en 1972 et n’en est jamais reparti. Cet employé de mairie à la retraite surveille toujours le précieux stock d’eau potable de Port-Cros. Quatre forages permettent d’alimenter les vingt habitants de l’île, mais ne suffisent plus dès le mois de mai, lorsque les premiers visiteurs débarquent en nombre. « Ici, on prélève un peu dans la lentille d’eau douce », explique Noël. « Lorsqu’on exploite cette lentille, si on prélève plus d’eau qu’il n’en tombe du ciel, elle peut se remplir d’eau de mer. C’est pour ça qu’on fait très attention, pour ne pas que le biseau salé pénètre sous l’île. »

Au fil des années, depuis la création du Parc National en 1963, beaucoup de choses ont changé à Port-Cros. L’île s’est dotée d’une station d’épuration, soigneusement cachée dans la colline ; les déchets ne sont plus brûlés sur place mais acheminés sur le continent. Port-Cros s’est donné les moyens pour trouver des solutions en accord avec son ambition de Parc National. Toutefois, une chose reste inchangée : la problématique de l’eau potable.

« Nous sommes toujours obligés de faire venir de l’eau en bateau », souligne Hervé Bergère, chef de secteur du Parc National. « Nous avons essayé l’usine de dessalement, Port-Cros a été l’un des premiers à le faire, mais nous nous sommes aperçus qu’il y avait un impact négatif sur l’environnement, à cause des rejets de produits chimiques qui servent à nettoyer la station. »

La lourde tâche du ravitaillement en eau potable est donc confiée au Saint Christophe, un bateau citerne qui dessert les îles de Port-Cros et Porquerolles. Lorsqu’il arrive à quai, c’est Noël qui supervise l’opération : « Les aller et venus de la barge varient selon la saison ». Tous les deux mois lorsque la poignée d’irréductibles Port-Croisiens affrontent l’hiver et l’isolement, et tous les quatre jours en été. En haute saison, l’île peut accueillir jusqu’à 2000 visiteurs par jour et 1500 plaisanciers, des visiteurs souvent gourmands en eau potable.

Bien rempli à son arrivée au port, le Saint Christophe allège ses larges flancs à l’aide de grands tuyaux et déverse près de 400 tonnes d’eau potables, soit 20 semi-remorques. La barge s’amarre à quai au petit matin et y reste jusqu’à ce que sa cale soit vide. Signe qui ne trompe pas : au fil des heures son pont remonte de plus en plus au-dessus du niveau de la mer.

« C’est un gros pinardier, précise Noël, des bateaux comme ça il y en avait beaucoup dans le temps, mais maintenant il n’y en a plus dans le coin. Je crois qu’actuellement, s’il tombe en panne, ça va être difficile de trouver un bateau pour nous dépanner. Entre Marseille et l’Italie je ne pense pas qu’il y en ait d’autres. Ou alors on tombe sur de gros bateaux de la marine mais ils ne peuvent pas venir ici, dans le port. »

Dépendant du Saint Christophe, les habitants de Port-Cros savent qu’il ne faut prélever que le juste nécessaire, ne pas gaspiller pour être à l’abris. C’est d’ailleurs ce qui plait tant à Noël, voilà pourquoi il n’a jamais quitté l’île au quatre forts : « Ici la vie est spéciale, elle est rude en hiver, il faut donc être capable de prendre ses responsabilités. »

Noëlie Pansiot, correspondante de bord.

Interview de Florian Holon d’Andromède

Interview de Florian Holon : “Il s’agit d’un habitat que nous n’avions encore jamais observé en Méditerranée française.”

A l’issue de leur cinquième journée d’exploration dans le parc marin de Port Cros, l’équipe d’Andromène est remontée à bord de Tara avec le sourire. Florian Holon, Laurent Ballesta et Thibault Rauby se disent satisfaits du déroulement de leur mission. C’est avec enthousiasme que Florian est revenu sur le déroulement de cette journée de plongée un peu atypique.

Comment se déroule votre mission ?

La mission se passe très bien, nous bénéficions d’un temps magnifique, ce qui nous avantage beaucoup et nous permet de travailler en continu, en réalisant deux à trois plongées par jour. Nous avions un programme d’une vingtaine de plongées et nous en avons déjà effectué 8, presque la moitié. Nous avons plongé dans les zones les plus exposées, où il peut y avoir du vent. La météo annonce du mistral dans les prochains jours, nous avons donc gardé quelques plongées du côté abrité, ce qui nous permettra de continuer à travailler malgré des conditions moins clémentes.

Qu’avez-vous observé dans les profondeurs du parc national marin ?

Nous avons exploré des sites très divers : nous sommes allés à Port Cros et autour de l’île du Levant, nous avons exploré le nord et le sud des îles et ça n’a strictement rien à voir. Entre le nord, vers la baie de Hyères, et le sud plus au large, on ne trouve pas les mêmes courants, pas les mêmes sédimentations au fond, et du coup on observe des choses très différentes. Aujourd’hui, nous avons couvert une zone située très au large de l’île du Levant, le Banc du Magaud, qui abrite une série d’affleurements rocheux sur la zone des -80 à -75 mètres. Il s’agit d’un habitat que nous n’avions encore jamais observé en Méditerranée française, pourtant nous commençons à avoir un peu d’expérience sur ce type de plongées. C’était donc une journée très sympa !

Ce que nous avons découvert sur place, ce sont des forêts de laminaires, et on peut vraiment appeler ça des forêts. On a plutôt l’habitude de trouver ces algues en Bretagne, même s’il ne s’agit pas de la même espèce : ici il s’agit de Laminairia rodriguezii, qui mesure environ un mètre de long. Nous en avons observé une tous les mètres, ce sont des laminaires profondes, donc visibles à -75 mètres et plus. Nous en avions déjà vus à Bonifacio il y a peu de temps, ainsi qu’en Tunisie, mais c’était sans commune mesure avec ce que nous avons découvert aujourd’hui. Il y en avait à perte de vue, en grande densité. Cette zone est traversée par de forts courants, nous étions avec des scooters sous-marins très puissants, à vitesse maximale, mais c’est à peine si nous parvenions à avancer à contre-courant. Il y avait une luminosité importante, une très belle lumière, et toutes ces laminaires prenaient des formes tortueuses, un peu comme les arbres de la côte qui forment des circonvolutions en fonction des vents et des vallons où ils se trouvent. Il y avait des laminaires à perte de vue, avec des formes assez bizarres. Nous savions qu’il était possible de tomber sur ces algues, mais c’est une véritable surprise d’en avoir vu autant et qu’elles soient aussi belles.

Après, ce qui est intéressant c’est de voir toute la flore et la faune associée et c’est ce que nous allons étudier au niveau scientifique. Nous avons réalisé un inventaire photographique des espèces observées dans ces algues. C’est une partie du travail très intéressante, car cela n’a jamais été observé.

Vous semblez satisfait de cette journée ?

Je suis très heureux de ma journée ! Nous avons été sur des sites qui n’ont jamais été explorés, qui sont pourtant juste à côté de nos côtes et c’est ça qui nous plait aussi dans ces plongées. Nous avons le sentiment d’explorer des zones marines sans avoir besoin de partir à l’autre bout du monde. Nous sommes en face de Hyères, de Port Cros et finalement ces roches profondes ont encore plein de choses à nous faire découvrir alors que nous sommes juste à quelques minutes en bateau du littoral de la région PACA.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Tara accueille trois plongeurs émérites

Tara accueille trois plongeurs émérites

Laurent Ballesta, Florian Holon et Thibault Rauby, qui forment une partie de l’équipe d’Andromède, sont connus pour leurs explorations à des profondeurs vertigineuses. L’utilisation de recycleurs à gestion électronique de mélange, alliée à une maîtrise de la plongée sous-marine, leur permettent de sillonner des zones méconnues à -70 mètres et plus. Venus étudier les profondeurs du Parc National de Port-Cros pendant 15 jours, les plongeurs travaillent en étroite collaboration avec l’équipage de Tara.

La goélette leur sert de plateforme logistique pour se tenir au plus près des sites d’étude. Si les conditions météorologiques le permettent, ils devraient explorer une vingtaine de zones, à raison de deux plongées profondes quotidiennes. Laurent Ballesta, biologiste et photographe sous-marin, nous présente cette mission.

Quelles sont les attentes du Parc National pour cette mission ?

L’idée est d’explorer toutes les zones profondes, parce que ce sont des zones que le Parc National de Port-Cros connait assez mal, qui n’ont été explorées qu’avec des robots, donc pas de façon poussée. Nous avons d’abord effectué un travail avec un sonar latéral, des sonars multi-faisceaux, pour découvrir des pierres isolées au large, ce qui nous a ensuite permis de déterminer les endroits qui méritent d’être explorés en plongée profonde. Florian Holon, collègue et plongeur, a effectué tout ce travail en amont : il a déterminé ce qui semblait être des zones remarquables. Ici, on est souvent dans des fonds meubles, de sable ou de vase, et puis tout à coup il y a une pointe rocheuse qui est là, plus ou moins grande, et ça mérite d’y aller. Florian a déterminé une vingtaine de sites autour de Port-Cros et de l’île du Levant, qui semblent intéressants à découvrir.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces fameuses plongées profondes ?

Nous utilisons un recycleur électronique, nous plongeons avec des gaz à base d’hélium pour moins souffrir de l’ivresse des profondeurs et pouvoir rester longtemps au fond. Ce que nous réalisons à Port-Cros, c’est véritablement un travail d’observation naturaliste et d’illustration. Les responsables du Parc National aimeraient, par exemple, savoir si certains sites abritent du corail rouge en quantité importante. Ils souhaitent savoir quelles espèces remarquables ou emblématiques sont présentes dans le Parc National.

Que pouvez-vous observer lors de ces plongées ?

Du coralligène. Le coralligène est un écosystème méditerranéen, qui se développe en moyenne vers -40 mètres et jusqu’à une centaine de mètres de profondeur.
On connaît bien la roche infralittorale à algues photophiles, ainsi que l’herbier de Posidonie, mais c’est au-delà de -30 à -40 mètres de profondeur, que se développe le coralligène, qui est un assemblage de très grands nombres d’espèces.

Des espèces qui ont souvent la caractéristique de fabriquer du calcaire, de fabriquer leur propre support en quelque sorte. Il s’agit d’une roche biologique. Lorsque nous descendons sur ces massifs coralligènes, il y a souvent une roche mère (un granite, un calcaire), qui est suivi d’un encroûtement pouvant parfois mesurer plusieurs mètres de haut. Il s’agit en fait d’une roche biologique fait d’agrégats d’algues calcaires, de vers, de coraux, etc. Ainsi que d’autres organismes qui, au contraire, se nourrissent de toute cette roche biologique, ce qui fait quelque chose de très chaotique, de très alvéolaire et c’est sans doute l’écosystème de Méditerranée le plus diversifié. On a longtemps dit que c’était l’herbier de Posidonie parce que c’était celui qu’on étudiait, parce qu’il était moins profond et plus facile d’accès. Mais maintenant que nous avons les moyens de plonger à ces profondeurs là, il y a tout un nouveau domaine de recherche qui s’ouvre aux chercheurs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Romain Troublé : « Tara Méditerranée va être riche en science, riche en rencontres avec le public, mais aussi avec des associations qui s’engagent »

Romain Troublé : «Tara Méditerranée va être riche en science, riche en rencontres avec le public et avec des associations qui s’engagent»

A l’occasion de la première escale de la goélette à Port-Cros (Var), Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, revient sur les objectifs de Tara Méditerranée : une aventure circumméditerranéenne de 16 000 km.

Pour sa dixième expédition, Tara navigue en Méditerranée, un lieu cher aux Français. Quel est l’enjeu de cette expédition ?

L’enjeu consiste à poursuivre les recherches sur le plastique que nous avions commencées en 2011 pendant l’expédition Tara Oceans. Cette expédition sera dédiée aux problématiques des pollutions aux plastiques en Méditerranée. Pour l’équipe, les mois à venir seront aussi l’occasion de sensibiliser le public : expliquer d’où vient le plastique, comment il arrive en mer…

Pourquoi aborder cette problématique ?

Cela fait pas mal de temps que les scientifiques impliqués dans nos expéditions observent la présence de plastiques dans toutes les mers du globe. Le plastique est partout ! La goélette a traversé le fameux gyre du Pacifique dont on entend beaucoup parler : le « continent de plastique ». Nous nous sommes donc dit qu’il serait intéressant de consacrer une expédition à ce sujet important. Nous souhaitons contribuer à la recherche, dans le bassin occidental, ainsi que dans le bassin oriental qui a très peu été étudié.

C’est une problématique qui touche tout le monde ; tous les pays riverains du bassin méditerranéen sont concernés, tous ont un impact. Et ce n’est pas parce qu’il y a du plastique au large des côtes françaises, qu’il s’agit de plastique français. La Méditerranée constitue un véritable bouillon de courants, ce qui signifie que les plastiques issus du Maroc arrivent sur le littoral français, que ceux de France se retrouvent en Italie et ainsi de suite.

Les recherches menées par les scientifiques à bord, vont également s’intéresser à l’interaction de ce plastique avec notre chaîne alimentaire, avec le premier maillon de cette chaîne : le plancton. Voilà quatre ans que les scientifiques qui collaborent avec Tara étudient le plancton. Nous allons donc continuer à nous intéresser au plancton et à son interaction avec le plastique.

En quoi cette expédition est-elle novatrice ?

La problématique du plastique touche tout le monde au quotidien. Le plastique c’est ce que nous mettons à la poubelle tous les jours, ce que nous consommons, c’est notre rapport à la consommation.

Cette année, Tara est près de chez nous, en Méditerranée ; le bateau navigue sur notre mer, nous nous y sommes tous baignés lorsque nous étions enfants.

Et puis la Méditerranée est une mer fermée. Elle constitue donc un enjeu majeur, car si  nous parvenons à la gérer dans un futur proche, en terme d’impact humain, nous parviendrons à gérer l’océan mondial. La Méditerranée subit de fortes pressions anthropiques : population croissante, trafic maritime, tourisme, pêche…
Cette expédition nous permettra de pointer du doigt des enjeux très sérieux comme l’importance des systèmes d’assainissement, l’éducation des populations au tri des déchets, etc.

On dit souvent que la mer Méditerranée se meurt, mais certains scientifiques soulignent qu’elle n’a jamais été aussi productive, que beaucoup de grands prédateurs et de cétacés y viennent toujours. A travers cette expédition, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice et comprendre les processus qui s’y jouent.

Tara ce n’est pas uniquement de la science, c’est aussi de l’éducation, de la sensibilisation ?

Les gens font preuve d’un réel intérêt pour ce sujet, ils souhaitent en apprendre plus sur les conséquences de cette pollution : est-ce que le plastique entre dans la chaîne alimentaire et finit dans nos assiettes ? Est-ce que les molécules émanant des plastiques ont un impact sur la reproduction des organismes marins ? Existe-t-il d’autres impacts ?

Les nombreuses escales à venir nous permettrons d’inviter les gens à bord pour discuter de cette problématique : comment les sacs plastiques qui finissent par inadvertance dans la nature, terminent leur voyage en mer.

Nous voulons montrer qu’il est possible d’agir. Oui, la mer est sale, mais nous pouvons arrêter de rejeter des plastiques dedans, c’est un objectif atteignable, ce n’est pas de l’utopie. Nous parlons d’actions réalisables : éduquer les populations, mettre en place des équipements adéquats, soutenir la recherche pour trouver des plastiques vraiment biodégradables (non pas biosourcés, ni bio-fragmentables), mais des plastiques qui soient digérés par le plancton, digérés par des bactéries ou des enzymes. Il y a des entreprises qui commencent à se pencher sur ces thématiques et qui ont des idées. Il faut les encourager car il existe de forts lobbies pétrochimiques.

Le mot de la fin :

Cette expédition va être très dense : le rythme des recherches scientifiques en mer, mais aussi les nombreuses escales. Je pense que Tara est à présent connu et reconnu par le public, les gens voudront donc venir à bord, découvrir le bateau, tout au long des escales. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un beau projet, qu’il va être riche : riche en science, riche en rencontres avec le public, mais aussi avec des associations qui s’engagent, avec des bénévoles qui offrent leur temps libre et leur énergie à gérer des espaces marins. Des gens qui s’attèlent à partager leur passion pour une cause : pour la Méditerranée et pour la mer en général.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Escale de Tara à Port-Cros

Du 5 au 23 mai

Le Parc National de Port-Cros , créé en 1963, est l’un des deux plus anciens Parc Nationaux de France et le premier parc marin européen. Tara y fait escale du 5 au 19 mai avec le biologiste-plongeur Laurent Ballesta et son équipe Andromède pour étudier le coralligène.

Ce milieu particulier se développe entre 50 et 90 mètres de profondeur, là où la luminosité est faible. Ce sont des algues calcaire qui en forment la base. Lorsque l’algue meurt elle laisse une partie calcaire. Au fur et à mesure des années s’accumulent ainsi des roches calcaires qui servent de support ou de cachette à des coraux, des poissons, des oursins… Plus de 1 700 espèces ont ainsi été observées. C’est donc un milieu très riche et important pour la biodiversité de la Méditerranée.

Étant difficile d’accès il est peu étudié. Il faut, en effet, utiliser des techniques de plongée spécifiques pour pouvoir plonger à ces profondeurs. L’équipe d’Andromède qui maitrise la plongée avec des recycleurs d’air et connait parfaitement les techniques d’inventaires sous-marins a donc été mandatée pour effectuer cette étude. Tara servira de plateforme logistique au plus près des sites d’étude. Cette escale permet également à Tara Expéditions de mieux préparer la prochaine expédition corail qui se déroulera à partir de 2015 dans le Pacifique.

A Port-Cros, les objectifs des scientifiques de l’équipe d’Andromède seront :
– D’acquérir à l’aide d’outils océanographiques (sonar latéral et sondeur mulitifaisceaux) des informations sur les fonds marins afin de cartographier précisément les roches à coralligène.
– De réaliser des plongées profondes entre -40 mètres et -90 mètres sur ces roches à coralligène afin d’en préciser les faciès, d’inventorier les espèces et de décrire les pressions observées.
– De réaliser des séries de quadrats photographiques afin de renseigner le protocole RECOR pour le suivi biologique de la qualité des masses d’eau côtières.
– D’illustrer la diversité des paysages et des espèces.

La zone d’étude étant en partie en plein cœur du Parc National de Port-Cros, ces données permettront également aux gestionnaires de mieux connaitre la diversité de cet habitat, sa répartition ainsi que les pressions y agissant.

Après cette première escale à Port-Cros, la goélette poursuivra l’expédition Tara Méditerranée jusqu’en novembre 2014. Cette dixième expédition comporte à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux de développement durable de la Méditerranée et un volet scientifique sur le plastique.

Noëlie Pansiot, correspondante de bord.

Cliquez ici pour plus d’informations sur les Aires Marines Protégées via notre partenaire Medpan

Gibraltar

Le fameux détroit est un véritable noeud au centre de quatre points cardinaux: l’Europe au nord,  l’Afrique au sud, l’Atlantique à l’ouest et la mer Méditerranée à l’est. Tara est entrée ce 25 avril en Méditerranée, son nouveau champ d’investigation pour les 7 prochains mois.

Gibraltar est aussi une ville, une enclave anglaise (depuis 1704) en Espagne, aujourd’hui une zone franche, un pied en Méditerranée pour les Anglais et un point de surveillance du trafic maritime, un rocher devenu une véritable base navale.
Quand on vient de l’Atlantique c’est d’abord Tarifa que l’on aperçoit. Un petit port  mythique pour les fanatiques de planches à voile et de kite-surf. Au vu du nombre de jours de vent frais dans l’année cette ville, nichée au bord de l’eau et au pied de collines coiffées de centaines d’éoliennes, est au cœur d’un régime de vents soufflants alternativement d’ouest en est selon la saison, un vrai ventilateur pour le bonheur des aficionados des sports de glisse.

Avec ses 40 kilomètres de long et 8 kilomètres de large entre l’Espagne et le Maroc,  le détroit de Gibraltar est un carrefour étroit où transite une grosse partie du transport maritime mondial de marchandises et de matières premières. Sa situation géographique singulière en fait aussi un lieu de trafic en tout genre, de drogue comme de clandestins.
Il représente malheureusement aussi une épreuve ultime, la dernière étape d’un odyssée effectué par des Africains qui misent  sur ce droit de passage l’argent économisé pendant des années par toute une famille pour pouvoir aborder l’Europe, l’eldorado qui cristallise les rêves de réussite et de vies meilleures. L’issue de ce voyage est souvent tragique.
Ce détroit fait figure de porte naturelle de la mer Méditerranée, aujourd’hui Tara se faufile au travers de l’effervescente activité du lieu pour effectuer sa prochaine mission cette année.

Un salut au rocher, gardien de l’entrée, Tara sort sa garde robe complète, grand-voile, misaine, yankee, trinquette et profite de l’effet venturi de Gibraltar pour glisser sur une eau plus chaude, plus salée.
Ce sont des retrouvailles pour Tara qui en 2004 et en 2009 lors de Tara Océans était déjà venue travailler sur cette mer.

Martin Hertau

Rencontre avec un requin pèlerin

Mercredi  23 Avril. Fin d’après-midi. Tara file sur sa route vers le sud, le long des côtes portugaises. La mer est belle et une petite houle berce le bateau.

Alors que nous profitons du soleil de fin de journée, Christophe Tissot aperçoit une forme dans l’eau. Il pense au départ à un globicéphale, avec une tête arrondie.  Rapidement, l’équipage sur le pont voit deux nageoires à la surface de l’eau. Un requin ? Deux requins ensembles ?

Martin Hertau, notre capitaine, prend les commandes en mode manuel du Tara et se dirige doucement vers les ailerons afin de voir de plus près ce curieux ballet aquatique.

Il s’agit en fait d’un seul requin, mais pas n’importe lequel ! Un joli requin pèlerin (Cetorhinus maximus) qui mesure autour de 3 mètres (certains peuvent mesurer jusqu’à 12 mètres). Rencontre rare. Nous observons.

En Bretagne, ce requin, inoffensif pour l’Homme, est connu pour vivre près des iles Glénan à une période de l’année. D’ailleurs, quelques jours avant notre départ on nous avait signalé la présence de l’un d’entre eux du côté de l’île de Groix…

Le requin pèlerin est un géant qui se nourrit de plancton.

Nous l’observons nager gueule ouverte juste sous la surface. Ce poisson est un véritable filet à plancton, dont le collecteur n’est rien d’autre que son estomac.

La plus grande menace actuelle pour ce requin est la pêche intensive des pays asiatiques. Néanmoins, hors de l’Asie, les activités de pêche (lorsqu’un Pèlerin s’emmêle dans un filet maillant, il y meurt ou est tué par le pêcheur) et les collisions avec les bateaux sont les facteurs qui menacent le plus les populations de Pèlerin.

Celui ci est beau avec son nez en pointe, son corps effilé, sa taille imposante et sa lenteur. Pendant quelques minutes, il est là, à quelques mètres du Tara.

Pour beaucoup d’entre nous, cette observation est une première. Ainsi, en quelques minutes, des années de travail autour du plancton (expéditions Tara Oceans, puis Tara Oceans Polar Circle) prennent tout leur sens. Des animaux sont directement dépendants du plancton, le requin pèlerin en fait partie… Il est important de comprendre la base de l’écosystème marin pour mieux comprendre la vie des espèces dépendantes du plancton.

Mathieu Oriot, officier de pont à bord de Tara

Un prochain départ de Tara pour la Méditerranée

Samedi 19 avril à 11h, la goélette Tara a quitté Lorient, son port d’attache, pour une expédition de sept mois en Méditerranée. Son équipage mènera des études sur le plastique et sensibilisera sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée.

450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Par ses caractéristiques géographiques et climatiques, la Méditerranée abrite aussi près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan.

Aujourd’hui ses mégapoles sont saturées, la Méditerranée concentre 30% du trafic maritime mondial, les difficultés liées aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question. Il est urgent d’avancer vers des solutions concrètes comme l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable ou la création d’Aires Marines Protégées préconisées depuis des décennies par la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU ainsi que par l’Union Européenne.

Cette mission Tara Méditerranée comportera plusieurs volets, en particulier :

 1.     Une étude scientifique sur le plastique en mer sera menée à bord, coordonnée par le Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-Mer (Université Pierre et Marie Curie et CNRS) en France et l’Université du Michigan aux Etats-Unis, en collaboration avec l’Université de Bretagne-Sud et d’autres universités en France.

2 .     Un volet de sensibilisation pour promouvoir les efforts d’associations locales et régionales (2) sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer quasi fermée avec en particulier :
- La promotion des Aires Marines Protégées en collaboration avec le MedPAN, réseau des Aires Marines Protégées en Méditerranée
- La promotion des solutions pour la réduction des déchets
- Le partage des premières analyses en Méditerranée obtenues de l’expédition Tara Oceans (2009-2012).

Durée : 7 mois dont 115 jours en mer et 115 jours en escale
Nombre d’escales : 22
Nombre de pays visités : 11
Distance à parcourir : 16 000 kms
L’équipe à bord est constituée de 5 marins, 2 scientifiques, 1 correspondant d’expédition et 1 artiste

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement.

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, IDEC, Carbios, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone.

Découvrez la carte de l’expédition

Cliquez ici pour découvrir les temps forts et les dates des escales

La science de l’expédition Tara Méditerranée

L’expédition Tara Méditerranée, de mai à novembre 2014

Après plus de quatre ans à naviguer autour de la planète et en Arctique, Tara réalisera une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Elle comportera à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée et un volet scientifique sur le  plastique.

Une étude scientifique sera menée à bord de Tara sur le plastique, par l’Université du Michigan aux Etats-Unis et le laboratoire de Villefranche-sur-mer (CNRS) en France. L’accumulation de débris plastique dans la nature est « l’un des changements récents le plus répandu et durable sur la surface de notre planète » et l’une des grandes préoccupations environnementales de notre temps. Pourtant nous connaissons trop peu de choses sur ce qu’il advient de ces plastiques et sur leurs rôles dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète.

Pour combler cette lacune, les scientifiques réaliseront une mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. Elle quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer, et explorera les dynamiques et la fonction des communautés microbiennes qui vivent sur le plastique – ce dernier sujet étant quasiment inexploré.

Plus d’informations sur le programme scientifique de l’expédition Tara Méditerranée

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement

Découvrez la carte de l’expédition

Cliquez ici pour découvrir les temps forts et les dates des escales

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, IDEC, Carbios, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone..

Concours Libé Apaj 2014 : Tara entre dans la course

Nouveauté cette année, un des vainqueurs du concours sera invité à bord du bateau pour trois semaines d’expédition-reportage entre Marseille (29 septembre) et Naples (9 octobre).

Ce concours comporte quatre catégories : texte, carnets de voyage, photos et son.
Le thème de cette année est “Sur la route et les chemins”. Un programme a priori iterrestre qui n’empêchera pas l’un des lauréats de prendre le large à la rentrée à bord du célèbre voilier.

Cette année, Tara quitte les mers du pôle pour la Mediterranée où il naviguera pour une expédition scientifique et de sensibilisation, d’avril à décembre 2014.

Le 29 septembre, un des vainqueurs du concours, désigné en juin par un jury présidé par Erik Orsenna, obtiendra le prix Tara et montera à bord pour trois semaines de mer.
Il partagera la vie et les travaux de l’équipage et nous contera son odyssée, au jour le jour, dans un blog qui sera relayé sur Libévoyage, le site de Tara, le site Apaj etc… A son retour, il rédigera un texte qui sera présenté sous forme de livre numérique lors de la remise des prix de décembre chez agnès b.

Toutes les infos  sur le concours afin de participer à cette nouvelle aventure exaltante.

Fabrice DROUZY

Interview d’Etienne Bourgois : En 2014, la Méditerranée

Interview d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions :
“En 2014, la Méditerranée”

Que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle année ?

Je souhaite que le trésor prodigieux que sont les données de Tara Oceans et Tara Oceans Polar Circle puisse donner des résultats fructueux au-delà de nos espérances. Nous attendons de nombreuses publications scientifiques dans les mois qui viennent. J’espère que toute cette mobilisation d’hommes et de femmes depuis 4 ans fera avancer d’un grand pas la connaissance. Notamment grâce à Eric Karsenti, Christian Sardet, Chris Bowler, Gaby Gorsky, Colomban de Vargas, Patrick Wincker, Francesca Benzoni… et tous les scientifiques ainsi que les instituts (CNRS, EMBL, CEA-Genoscope) qui ont conçu et participé à ces deux dernières expéditions.

Quel est le programme pour Tara Expéditions en 2014 ?

En 2014, nous serons en Méditerranée. Une mer en proie à de nombreuses pollutions. Nous allons avec d’autres associations engagées sur ce terrain depuis des années, sensibiliser le grand public aux pollutions plastiques tout au long de notre périple de 7 mois et de 17 escales. Nous mettrons l’accent notamment sur les Aires Marines protégées. Aujourd’hui, ces zones « protégées » en Méditerranée manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020. Nous ferons aussi partager les premières analyses et résultats de l’expédition Tara Oceans. Je souhaite que nous rencontrions le grand public, les enfants, les décideurs des pays de la rive Nord et Sud de la Méditerranée. Il y aura aussi de nombreuses escales françaises, nous espérons donc collaborer au mieux avec les collectivités locales concernées.
En mer, nous allons aussi réaliser des recherches importantes sur le plastique avec l’Université du Michigan aux Etats-Unis, le laboratoire de Villefranche sur Mer (CNRS) et l’Université de Bretagne Sud. Le Dr Gaby Gorsky en sera le directeur scientifique.
En quelques mots l’expédition Tara-Méditerranée ce sera : Partager, Sensibiliser, Restituer, Etudier.

Avant cela, l’exposition “Tara Expéditions, à la découverte d’un nouveau monde l’Océan” que nous avions montrée à Paris sur les quais l’année dernière pourra être visitée au Havre du 10 mars au 10 avril. Le bateau y sera présent du 2 au 10 avril.

Autre moment important cette année, le siège du Fonds de dotation Tara va déménager en mars au 11 boulevard Bourdon dans le 4ème arrondissement de Paris. Un lieu qui en plus des bureaux, pourra accueillir des scolaires, des expositions, des conférences, des projections etc. Changement de lieu et changement de site Internet car nous prévoyons une nouvelle version pour remplacer le site actuel qui a plus de six ans ! Nous cherchons d’ailleurs des mécènes pour cette nouvelle fenêtre sur Tara.

Le programme éducatif se prolonge aussi, même quand Tara ne navigue pas. Nous avons mis en place des dispositifs pour les Juniors directement liés aux laboratoires qui travaillent sur les données de nos dernières expéditions.

Et enfin 2014 est une année très importante car les négociations continuent à l’ONU afin de trouver en 2015 un accord international pour un instrument de gestion de la Haute Mer. Nous sommes très engagés sur ce dossier qui me tient vraiment à cœur.

Avez-vous trouvé les financements pour les années qui viennent?

Nous espérons renouveler nos partenariats avec nos fidèles partenaires que sont notamment Lorient Agglomération, la Fondation du
Prince Albert II de Monaco et nos différents fournisseurs. Nous continuerons également à animer notre partenariat avec la Commission Océanographique Intergouvernementale de l’UNESCO.
agnès b. et moi finançons une part importante du projet mais ce n’est pas suffisant car le budget 2014 n’est pas encore bouclé. Nous sommes toujours à la recherche de partenaires et de mécènes. Et nous sommes encore et toujours disposés à recevoir des dons ou toutes formes de soutien.

Qu’est ce que vous souhaitez à votre tour pour cette nouvelle année aux personnes qui suivent Tara ?

Une bonne année ! Et je vous souhaite à tous de vous exprimer en tant que citoyen ! Le réchauffement climatique est un sujet mondial mais les enjeux environnementaux peuvent être aussi locaux. Il y a des élections importantes en France qui ont lieu cette année à la fois européennes et municipales alors sans conseil partisan, votez !

Tara est actuellement en chantier à Lorient. Pour combien de temps ? Le bateau est-il en bon état après six mois en Arctique ?

J’ai passé du temps sur le chantier il y a 15 jours. Quel bateau merveilleux ! Il a deux trois égratignures de plus sur la coque mais il est dans un état impeccable, grâce au travail constant de Loïc Vallette, Martin Hertau et de toute l’équipe à bord. Ces dernières semaines, le haut du moteur tribord dit “Thérèse” a été entièrement démonté pour révision. L’équipe a réalisé un contrôle systématique des vannes, cloisons, de la coque et des réservoirs. Nous avons amélioré encore le système électrique et entièrement démonté les dérives pour révisions et réparations. Grâce à notre fournisseur partenaire International Peinture, nous avons été conseillés sur des nouveaux protocoles de peinture. Il reste un léger problème sur le safran bâbord que les entreprises sur place semblent avoir beaucoup de mal à résoudre. A suivre, mais le bateau sera normalement remis à l’eau cette semaine. L’équipage sera ensuite en version réduite jusqu’à notre départ pour le Havre.

L’exposition “Tara, 10 ans, 20 regards d’artistes” a fermé ses portes il y a quelques jours. Qu’est ce que vous en retenez ? Va t-elle être montrée ailleurs ?

Tout d’abord j’ai été très heureux de monter cette exposition qui a été réalisée dans des délais extrêmement courts à l’occasion de nos dix ans. Tout le monde a joué le jeu, des artistes les moins connus aux plus connus. Le rendu était éclectique mais très intéressant, à l’image des artistes différents que nous avons reçus. L’exposition va effectivement voyager car elle sera au Japon avant la fin de l’année.
Nous allons aussi bientôt créer un comité artistique qui choisira les artistes que nous accueillerons en résidence à bord de Tara.
En plus des artistes qui ont participé à l’exposition, je souhaiterais également remercier toutes les personnalités qui ont participé au Journal Tara que nous avons réalisé spécialement pour nos 10 ans. Les versions chinoises et japonaises du Journal seront d’ailleurs bientôt prêtes !

Pour suivre Tara quotidiennement sur iPad, cliquez ici