Journée sans tabac : 400 mégots ramassés sur la plage par les Taranautes

Samedi 31 mai, l’équipage répondait présent à l’appel de Surfrider Foundation Europe. Equipés de sacs poubelles et de gants, les Taranautes ont parcouru les plages des Charmettes et du Cros à Six-Fours (Var), pour procéder à une collecte de déchets. Cette « Initiative Océane », la seconde ce mois-ci, leur a permis de ramasser 200 litres de détritus, soit 20kg. Le plastique était bien évidemment présent sous toutes ses formes, mais ce sont les mégots qui ont retenu l’attention de l’équipage. Les volontaires ont collecté ces résidus de cigarettes un à un pendant deux heures, participant ainsi, à leur manière, à la journée mondiale sans tabac.

Responsable éducation Méditerranée pour Surfrider, Benjamin Van Hoorebeke lance avec un grand sourire : « les industriels du tabac ont eu une bonne idée en imaginant des filtres jaunes, ils dénotent bien sur le sable ». Benjamin Van Hoorebeke dit vrai, la couleur attire l’œil du ramasseur ! Mais une fois accroupi, le collecteur citoyen réalise vite que ce détritus n’est pas esseulé : ce sont parfois 3 à 4 mégots qui gisent tout autour du premier. Brigitte Martin, bénévole pour Surfrider depuis presque 3 ans, s’agace de trouver ces déchets à côté d’une poubelle de plage : « C’est un geste automatique de lancer son mégot, on le voit même dans les films ».

Les mégots entre lesquels les plagistes posent leurs serviettes ne sont pas seulement écrasés et abandonnés là par des fumeurs négligents. Ces petits bouts d’acétate de cellulose, autrement dit, de plastique sous forme de fibres, sont d’excellents voyageurs. Un mégot jeté par terre en ville va tranquillement voguer dans les eaux qui lessivent les trottoirs, suivre une route fluviale avant de terminer sa course sur une plage, comme ici où ils arrivent nombreux par un déversoir d’eau pluviale. « Ce mégot va ensuite se fragmenter en micro plastiques ». Benjamin Van Hoorebeke ajoute : « Selon moi, le  principal impact des mégots provient des produits toxiques qu’ils contiennent : nicotine, cyanure, mercure… Un mégot que l’on jette dans l’environnement peut polluer à lui tout seul entre 300 et 400 litres d’eau. Sur la corniche, là, j’ai parcouru 10 mètres et j’en ai trouvé 56 ! » Organisateur de l’événement, Benjamin Van Hoorebeke regrette qu’un fumeur qui jette son mégot par terre n’a souvent pas conscience qu’il pollue.

Chaque année, 4 300 milliards de mégots de cigarettes sont ainsi jetés inconsciemment dans les rues. 137 000 par seconde ! De quoi procéder à une collecte sans fin. Le travail de sensibilisation de Surfrider est donc essentiel. D’après Benjamin Van Hoorebeke : « la prise de conscience constitue la première étape vers la responsabilisation. »  Partenaire de Tara Méditerranée, Surfrider sera présente lors de l’escale de la goélette à Nice, dans 10 jours. Une belle occasion de jouer les agitateurs de consciences et de sensibiliser le grand public à ces problématiques de pollutions.

Noëlie Pansiot

Tara en rodage avant les premiers protocoles en mer

Interview du capitaine Samuel Audrain

«Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles» 

Depuis une semaine, c’est l’effervescence à bord : le téléphone du capitaine n’arrête pas de sonner, l’équipage attend des livraisons, les groupes de visiteurs se relaient sur le pont à l’occasion de cette escale toulonnaise… Dans l’atelier situé en cale arrière, fief du chef mécanicien Martin Hertau, on effectue des réglages au niveau des étambos. Paul Dufay, stagiaire électronicien débrouillard, optimise le câblage du tableau électrique. Il faut donc procéder aux derniers achats et trouver les pièces nécessaires aux petites réparations. Et c’est François Aurat, officier de pont, qui gère la liste des courses : vessie d’hydrophore, tuyauterie pour le laboratoire sec, pince ampèremétrique, bâton de cyalume… Tous les membres de l’équipage s’activent pour préparer le bateau et ne rien laisser au hasard pour l’expédition. Samuel Audrain, capitaine, revient sur cette escale.

Tara est en escale à Toulon depuis une semaine, sur le quai d’honneur. L’équipage a accueilli près de 1000 visiteurs en seulement trois jours. En dehors des horaires de visites, que s’est-il passé à bord ?

Je suis arrivé récemment sur le bateau et cette escale nous a permis de mettre les bouchées doubles pour terminer les préparatifs du bateau. Nous sommes encore à portée des fournisseurs français que nous connaissons, il nous est donc plus facile de commander des pièces. Nous devons anticiper pour les sept mois d’expédition à venir.

Nous avons fait un point sur la sécurité et testé toutes les vestes de flottabilité individuelles. Nous faisons en sorte de partir avec tout le matériel nécessaire. Du côté des machines, au niveau motorisation, nous avons toujours des choses à suivre, c’est du quotidien.

Nous partons en Méditerranée et il va faire chaud, nous cherchons donc des ventilateurs. Bref, toutes ces petites choses prennent du temps. Hier, des techniciens sont intervenus à bord pour vérifier la climatisation qui se trouve dans le carré. Notre escale à Nice, qui sera aussi longue que celle-ci, nous permettra de terminer cette mise en place. Il nous faut avancer tous les jours et ne pas attendre le dernier moment. Le tout en accueillant des visiteurs : grand public ou scolaires, comme hier. Mais je trouve ça super sympa de lancer l’expédition et de pouvoir partager notre expérience avec le public lors des escales.

Des scientifiques sont arrivés à bord, qui sont-ils ?

Depuis quelques jours, Hervé le Goff, ingénieur au CNRS, se charge de réarmer le laboratoire sec (à l’intérieur de Tara) pour cette mission Méditerranée. Jean-Louis Jamet, coordinateur scientifique de l’étape et professeur de l’Université de Toulon, vient d’embarquer. Il est en relation avec Gaby Gorsky, directeur scientifique du projet TaraMedPlastic, qui a réfléchi en amont à tout notre programme scientifique. Nous discutons tous ensemble de la mise en place des protocoles de collecte de données et d’échantillonnage.

Bref, beaucoup de choses sont en train de se caler et il est vrai que cette escale était assez intense. Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles, avec cette volonté d’être efficaces dès les premières sorties en mer, c’est à dire du 2 au 9 juin.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot