Lancement à l’UNESCO de la Plateforme Océan et Climat 2015 à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan

A l’occasion de la journée mondiale de l’océan, célébrée chaque année le 8 juin, une vingtaine d’organisations de la société civile et de la recherche ont annoncé ce 10 juin au siège de l’UNESCO à Paris le lancement de la Plateforme Océan et Climat 2015. Il s’agit d’une alliance multi-acteurs qui annonce l’objectif de placer l’océan au coeur des discussions internationales relatives au climat. Cette annonce intervient en amont de la Conférence des Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

Premier fournisseur d’oxygène, l’océan joue un rôle aussi important que les forêts en tant que «poumon» de la planète. En absorbant près d’un quart des émissions de carbone rejetées dans l’atmosphère par l’activité humaine, il joue également un rôle régulateur déterminant dans le changement climatique. Mais l’augmentation des émissions de CO2 –qui se traduit par une acidification des eaux-, la surexploitation des ressources et la pollution diminuent la capacité des écosystèmes marins à s’adapter aux changements climatiques présents et futurs.

Lancée conjointement par des organismes de recherche, des ONGs, des Fondations et la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l’UNESCO, la Plateforme entend éclairer les débats de la COP21 relatifs à l’interaction océan-climat. Le rôle majeur des océans dans la régulation climatique doit être pris en compte lors des négociations. Or jusqu’ici, l’océan a occupé une place relativement marginale dans les négociations internationales sur le climat, surtout concentrées sur les émissions terrestres de CO2 par l’homme, sur le rôle de captage du CO2 par les forêts et sur les mesures d’adaptation nécessaires au changement climatique.

Les membres de la plateforme préparent une série de rencontres scientifiques, conférences et événements publics de sensibilisation, expositions et projets éducatifs, prévus à partir du deuxième semestre 2014. La COP21 se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Son objectif est de parvenir à un nouvel accord international sur le climat en vue de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle.

Les Membres fondateurs
AAMP Agence des Aires Marines Protégées ; Association Innovations Bleues ; CNRS – Centre National de Recherche Scientifique ; Comité français de l’UICN – Union Internationale pour la Conservation de la Nature ; Green Cross France et Territoires ; ENS – Ecole Normale Supérieure ; Fondation Prince Albert II de Monaco ; NASF – Fonds pour le Saumon de l’Atlantique Nord ; Institut Océanographique – Fondation Albert Ier Prince de Monaco ; IDDRI – Institut du Développement Durable et Relations Internationales; Institut Océanographique Paul Ricard; Nausicaá-Centre National de la Mer; PSL – Paris Science Lettres; Réseau MEDPAN; Réseau Océan Mondial ; Sea Orbiter ; Surfrider Foundation Europe ; Tara Expéditions; The Pew Charitable Trusts -France ; UNESCO/COI – Commission Océanographique Intergouvernementale

Pelagos : un sanctuaire marin international dédié à la protection des cétacés

Interview d’Alain Barcelo, responsable du service scientifique du Parc National de Port Cros qui anime la partie française de Pelagos.

A chaque apparition de mammifères marins aux abords de la goélette, les Taranautes se ruent sur le pont pour observer et vivre pleinement un moment unique. L’équipage a ainsi fait la rencontre d’un dauphin de Risso entre Oran et les Baléares, et plus récemment d’un groupe de grands dauphins dans la baie de Port-Cros.

Cette année, l’expédition Tara Méditerranée traversera plusieurs fois le Sanctuaire Pelagos : un espace marin international dédié à la protection des cétacés. Une zone de 87 500 km² où évoluent principalement 8 espèces de mammifères marins. Alain Barcelo, responsable du Service scientifique au Parc national de Port-Cros, chargé de mission animation du Sanctuaire, revient sur l’importance de l’Accord Pelagos.

Où se situe le Sanctuaire ?

Pelagos dessine un grand triangle qui part de la Sardaigne, remonte à la fois vers Hyères et vers l’Italie. Il englobe l’ensemble des eaux qui se situent autour de la Corse. Il s’agit d’une immense Aire Marine Protégée dédiée aux mammifères marins en Méditerranée.

Entré en vigueur en 2002, l’Accord Pelagos fut signé par la France, Monaco et l’Italie en novembre 1999. Il vise à préserver les cétacés et rendre compatible leur présence avec l’ensemble des activités qui se déroulent dans cet espace. C’est un immense Sanctuaire, unique en son genre, qui inclut des zones en haute mer.

Huit espèces de cétacés sont régulièrement présentes dans le Sanctuaire : le rorqual commun, le cachalot, le dauphin bleu et blanc, le grand dauphin, le dauphin de Risso, le globicéphale noir, le dauphin commun et le ziphius. D’autres espèces traversent occasionnellement cette zone : des baleines à bosse par exemple. Les chiffres varient selon la saison, disons quelques dizaines de milliers pour le dauphin bleu et blanc et quelques centaines pour le rorqual commun.

Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur ces animaux?

Ces animaux sont menacés par certaines activités humaines, qui sont nombreuses au sein du Sanctuaire : le trafic maritime qui va induire des collisions entre des bateaux et de grands mammifères comme le rorqual commun ou le cachalot. Notre objectif est donc de développer des méthodes pour préserver les mammifères marins et rendre compatible leur présence avec ces activités. Énormément de plaisanciers gravitent dans la zone, il y a donc beaucoup d’activités nautiques, ce sont autant de sources de dérangements pour les animaux.

Parmi les menaces qui pèsent sur ces espèces, le site Internet du Sanctuaire répertorie également les pollutions chimiques. Qu’en est-il des pollutions plastique ?

Des études en cours montrent que les polluants se fixent sur les plastiques et remontent ensuite par ingestion tout au long de la chaine alimentaire. La panoplie de produits chimiques que l’on connaît se retrouve en bout de chaîne dans les mammifères marins, à des taux de concentration très élevés. Nous savons que pour une même espèce de cétacé à dents présente en Atlantique et en Méditerranée, la plus polluée est celle qui évolue en Méditerranée. Les macro plastiques sont embêtants mais ils se dégradent et deviennent des micros plastiques. Ce sont ceux-là que nous allons retrouver tout le long de la chaîne alimentaire.

Quelles sont les mesures mises en place par Pelagos ?

Nous avons des outils de communication et de sensibilisation. En allant sur  le site Internet de Pelagos, en deux ou trois clics, les visiteurs ont accès à la page « Devenez ambassadeurs ». Il leur suffit ensuite de lire le code de bonne conduite, de s’engager à le respecter et à le faire connaître aux plaisanciers. Ils déclarent ainsi partager les objectifs du Sanctuaire et tout mettre en œuvre pour protéger les espèces rencontrées : être vigilant aux signes de dérangement, respecter les zones et distances d’approche des cétacés, etc.

Face aux problèmes de collisions, l’Association Souffleurs d’écume s’est associée à un partenaire privé pour mettre en place un outil informatique et collaboratif à l’usage de la navigation commerciale : le système REPCET. Un dispositif qui permet aux bateaux de repérer en temps réel la position des mammifères marins et de la signaler aux autres navires équipés.

Enfin, depuis deux ans, Pelagos développe des partenariats avec des communes riveraines. Il existe une charte signée par une trentaine de communes. Elles se sont ainsi engagées à contribuer à la préservation des mammifères marins et elles relayent le message de préservation auprès du grand public.

D’autres mesures visent les opérateurs de whale-watching, activité de découverte des mammifères marins pour laquelle nous allons développer une labellisation, le trafic maritime, les activités de défense ou encore la pêche professionnelle. Les idées ne manquent pas pour favoriser la présence de ces animaux majestueux à deux encablures de nos côtes. La discussion avec les gens de mer est primordiale car tous partagent nos objectifs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot


Regardez la vidéo de présentation du sanctuaire PELAGOS