Tara, en attendant le vent du nord

Alors que Tara navigue vers Kong Oscar Fjord (Groenland), la mission Tara-Ecopolaris s’achève. Il va falloir se frayer un chemin, lentement, entre les glaces. Descendu de la timonerie, le capitaine Martin Hertau fait part de la situation : « Nous sommes entourés par des plaques de glace assez denses. Nous allons passer la nuit sur place ! ».

La progression doit être lente et prudente. Les marins effectueront des quarts pour veiller à ce que le bateau ne se fasse pas prendre par les glaces, il faut donc être prêt à partir. Après 14 heures de repos, les moteurs vrombissent à nouveau, Tara rejoint son dernier mouillage, la base militaire danoise de Mesters Vig avant de choisir une autre voie.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

Ce matin, le Capitaine délivre les dernières infos : « Nous sommes restés en stand-by à attendre un petit coup de vent qui devait nous aider à sortir d’ici » Depuis hier soir, Tara profite de navires à proximité pour établir des communications régulières avec le capitaine d’un cargo militaire d’avitaillement faisant route en direction de Tara. « En soirée, le commandant du navire comptait faire 35 miles. Ce matin, à 7h, il avait seulement avancé du tiers. » Martin poursuit : « Contrairement à nous, ce bateau peut briser une glace de 80 cm à 1 m d’épaisseur, mais il est avant tout conçu pour pousser des blocs. Il pèse 400 tonnes et peut progresser dans une glace relativement dense ». Les plaques pluriannuelles qui s’étirent entre Tara et sa route maritime, se révèlent donc épaisses et denses.

Un coup de vent nord, nord-ouest, de 7 à 8 sur une échelle de 12, devrait souffler dans les 48h. Les marins espèrent qu’il balaiera la côte, dégagera une voie rapide vers le nord de l’Islande. Les prochaines cartes devraient parvenir à bord dans une heure, mais la couverture nuageuse actuelle ne permettra probablement pas d’obtenir des informations satellites précises. Plus qu’une chose à faire pour l’équipage : patienter !

Noëlie Pansiot

Dernières heures au Groenland

Mesters Vig, lundi 6 août.

8h – La mission Tara-Ecopolaris s’achève. Branle-bas de combat sur le pont. Pas le temps de traîner, il faut vider les cales du bateau et charger une demi-tonne de matériel dans les deux zodiacs. Nourriture, bidons d’essence, batteries… Toute cette logistique nécessaire aux missions ornithologiques sera précieusement stockée ici pour les 3 prochaines années d’expéditions du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA). Les marins s’affairent, les bidons qui ornaient le pont depuis le départ de la goélette à Lorient sont débarqués.

©N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

9h30 – Quatre équipiers sont déjà à terre et attendent l’arrivée d’un avion de rotation – entre le Groenland et l’Islande – sur la piste d’atterrissage poussiéreuse de la base militaire danoise. Le petit avion effectuera d’abord un stop à Constable Pynt avant de déposer une partie des Taranautes à Reykjavík. Parmi eux, Christophe Cousin et Fitzgérald Jégo, l’équipe de tournage de Thalassa qui a suivi la mission depuis maintenant 15 jours et dont nous regrettons déjà l’humour. Gabriel Gorsky, dit « Gaby » scientifique et Romain Troublé, Secrétaire général, quittent également le bord. Comme à chaque fois, « Gaby » Directeur de l’Observatoire de Villefranche-sur-Mer nous disait avoir le cœur lourd et ne pas vouloir débarquer.

©N.Pansiot/Tara Expéditions

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15h – à terre, Olivier Gilg et Brigitte Sabard bénéficient d’un coup de main de la part de Kim Hansen, le Commandant  militaire de la base. Ce dernier leur a gentiment mis un 4X4 à disposition pour transférer leur matériel du port jusqu’à une hutte qui doit servir d’entrepôt. Il faut à présent tout ranger et ne rien laisser au hasard avant le départ. À bord, le grand carré s’est transformé en refuge, les rayons du soleil chauffent la bulle protectrice et une délicieuse odeur de chocolat émane de la cuisine. Dominique « Do », notre fée cuisinière, officie pour préparer le dîner. Au menu ce soir : bagel au saumon, salade de choux pamplemousse et gâteau – d’anniversaire – au chocolat. Le gâteau a bien pris au frigo, « Do » procède aux finitions…

©N.Pansiot/Tara Expéditions

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16h – En cale arrière, Daniel Cron, le chef mécanicien a entrepris ce qu’on appelle ici « un chantier » : il doit changer la pompe de réfrigération du réducteur avant le départ de demain. Le trentenaire se montre patient et obstiné, il travaille sur cette pièce depuis plusieurs heures. Le son de sa voix arrive jusqu’à nous dans le carré : « c’est qui le patron ? » Intrigué par tant d’agitation, en se risquant à passer la tête dans l’encadrement de la porte qui mène jusqu’à l’atelier en contrebas, on entend Daniel lancer avec un grand sourire « Ce qui me plaît dans ce métier c’est d’y aller tout en finesse ! »

©N.Pansiot/Tara Expéditions

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19h – L’équipe est au complet, l’heure de la détente a sonné… Demain, les membres du GREA procèderont à la dernière journée d’échantillonnage de cette campagne 2015. Il est déjà temps de quitter le Groenland. Une nouvelle traversée en direction de l’Islande attend les Taranautes  et les cartes laissent entrevoir un difficile passage à travers les plaques de glace…

©N.Pansiot/Tara Expéditions

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Noëlie Pansiot

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« Le climat, les hommes et la mer »

LE PROCHAIN FILM RÉALISÉ EN COPRODUCTION AVEC TARA EXPÉDITIONS ET VIA DÉCOUVERTES, DÉDIÉ À L’ÉMISSION THALASSA, RETRACE NOTAMMENT L’EXPÉDITION TARA-ECOPOLARIS. AUTEUR, RÉALISATEUR DE DOCUMENTAIRES, CHRISTOPHE COUSIN EST AVANT TOUT UN CONTEUR D’HISTOIRES. CAMÉRA AU POING, IL A REJOINT TARA AU GROENLAND À L’ÉTÉ 2015. INTERVIEW

Christophe a longtemps incarné l’un des Nouveaux Explorateurs de Canal +, nous faisant découvrir la vie des nomades à travers le monde. « C’est le voyage qui m’a amené à l’image, confie-t-il,  à un moment où j’ai voulu tourner le dos à une société qui ne me convenait plus, qui m’encourageait à partir en tour du monde à vélo. Et c’est à l’issue de cette expérience que j’ai eu envie de prolonger la rencontre. » 

©N.Pansiot/Tara Expéditions

Que savais-tu de Tara avant d’embarquer ?

La vision de Tara que j’avais ? Un bateau d’expéditions scientifiques qui a pour vocation de mettre en lumière l’avenir des océans, de leurs écosystèmes marins. Je n’avais aucune notion de la dimension humaine et c’est un peu ce que je suis venu chercher à bord. Essayer de mettre en perspective les connexions qu’il peut y avoir entre les scientifiques, qui cherchent du plancton et les navigants, ceux qui sont en permanence à bord du bateau et qui le font avancer.

Voilà deux semaines que tu filmes les Taranautes, quel sera l’objet de ton prochain documentaire ?

L’année dernière, alors que je terminais un film, Via Découvertes, la société de production avec laquelle je collabore, m’a proposé un projet qui allait dans la continuité du précédent film. Les producteurs cherchaient à faire un documentaire qui montrait le rôle des océans dans la machine climatique.

Je dois avouer qu’au départ, cette thématique ne m’était pas familière. Mais en creusant le sujet, j’ai senti qu’il y avait là un enjeu manifeste. Je fais partie de cette génération à qui on a longtemps dit que le poumon de la planète était l’Amazonie, ce qui n’est pas forcément faux, mais il n’y a pas que ça. Et la prise de conscience qui a été la mienne au moment où, il y a à peine 6 mois, j’ai appris que les océans jouaient un rôle là-dedans, m’a donné envie de m’investir dans ce projet. Je ne suis pas scientifique et je suis le premier à être étonné par le sujet, mais j’ai envie de relever le défi et d’essayer de vulgariser ces aspects-là, de faire en sorte qu’un téléspectateur puisse tomber amoureux des océans et donc de la vie. Ça mérite une histoire !

Tout est parti d’une rencontre, avec Romain Troublé, Secrétaire général de Tara Expéditions et la société de production : on s’est retrouvé pour réfléchir à la manière dont on pourrait faire état des relations qui unissent « Le climat, les hommes et la mer ».

Peux-tu nous dire quelques mots sur « Il était une fois l’Arctique », ton précédent documentaire ?

C’était un film que j’avais en tête depuis plusieurs années. J’avais envie de faire le tour de la zone arctique, de dessiner ses enjeux au travers de problématiques géopolitiques, mais sans aller rencontrer les politiques ou les économistes, juste en m’adressant à ceux qui y vivent ou qui sillonnent la zone. Le film intègre quatre histoires qui se répondent les unes aux autres : 150 millionnaires Chinois se rendent au Pôle Nord sur le plus grand brise-glace nucléaire du monde ; des Inuits chassent sur la banquise pour leur survie ; des militaires Canadiens procèdent à des démonstrations de force dans les zones les plus septentrionales du pays et enfin, des Nenets en Russie voient leur transhumance évoluer au rythme des pipelines et des gazoducs. Le film interroge, interpelle sans juger. Raconter l’interdépendance des océans et du climat arrive finalement comme une suite logique, dans cette dynamique de vouloir faire des films qui ont un impact ou qui ont du sens.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

J’ai conscience que ça va être compliqué de toucher un large public parce que l’écologie semble parfois éloignée des problèmes du quotidien. En même temps, l’opportunité était trop belle pour ne pas s’en emparer. La manière dont je vois faire évoluer le film pour qu’il se distingue des autres c’est justement de s’accrocher à la dimension humaine. La science c’est une chose, mais il ne faut pas oublier qu’au milieu de tout ça il y a l’homme, avec son impact, mais aussi sa présence sur terre. Il fait partie d’un tout et on a tendance à l’en exclure. Je rentre d’un tournage en Malaisie avec les Badjaus Laut où on parle beaucoup des aires marines protégées comme un potentiel avenir pour recréer une dynamique de biodiversité, sauf qu’on exclut l’homme dans tout ça. Les Badjaus Laut qui vivent de la mer, ne peuvent plus se rendre sur ces zones traditionnelles de pêche. Et là, on ne parle pas de pêche intensive, on parle de quelques familles qui ont besoin de se nourrir.

Que cherches-tu à travers ces rencontres ?

Dans chaque voyage, à chaque rencontre, pour chaque peuple rencontré, à chaque problématique soulevée, il y a une part de notre histoire à tous. Essayer de comprendre pourquoi on est là, ce qu’on fait là, où on va… Finalement ce qui m’intéresse dans cette multitude et dans leurs différences, c’est l’universalité des émotions…

Comment vois-tu ton travail à la veille de la prochaine conférence sur le climat en décembre prochain ?

Cette conférence climatique, c’est une histoire qui appartient aux grands de cette planète, mais je pense qu’on devrait tous être concernés au quotidien par la notion de climat. Se soucier de ce qu’on fait de la planète aujourd’hui et pas juste lors d’un rendez-vous. Si le fait que les grands de cette planète se rassemblent et arrivent à faire bouger les lignes tant mieux, mais je pense que la solution, s’il devait y en avoir une un jour, passera par la masse et par le nombre plutôt que par l’élite.

C’est la raison pour laquelle je trouve que c’est important de communiquer sur le climat, ou en tout cas de parler du climat par le biais d’histoires humaines. Parce que c’est grâce à ces histoires qu’on se sent concerné et qu’on finira par agir.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Rester en alerte

Deux mots ont suffi pour faire rappliquer les Taranautes sur le pont. Alors que tous se préparaient pour un débarquement, Sylvie Duboué, Présidente des Amis de Tara, donnait le signal : « ours blanc en vue !» Tous ont accouru pour observer le fameux prédateur, jumelles vissées aux yeux. Voilà une semaine que nous espérions l’apercevoir sur une plaque de glace et c’est finalement la zone que nous souhaitions explorer à pied que l’ours sillonnait paisiblement. Après plusieurs regards interrogateurs lancés en direction du bateau, l’animal a fini par décamper, ou disons plutôt par disparaître de notre champ de vision, laissant planer le doute sur sa présence…  L’ours était malheureusement bien trop loin pour nos objectifs, véritable tête d’épingle perdue au milieu de la toundra. Aucun des essais photographiques ne s’est montré concluant.

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Tara, perdue dans le décor. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

Après quelques réflexions, le zodiac a finalement été mis à l’eau pour procéder au débarquement sur la plage de galets de l’île d’Ymers. Carabine en bandoulière et fusées de détresse pour assurer la sécurité de l’équipage, nous avons dû faire preuve de vigilance et renoncer à explorer un canyon aux couleurs rougeoyantes. Les consignes dictées par le capitaine étaient claires : rester groupés, scruter l’horizon avec les jumelles et bien choisir le chemin à emprunter pour éviter de se trouver nez à truffe avec l’animal tapis derrière un vallon.

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Dominique Limbour (cuisinière) et Mathieu Voluer (marin polyvalent) scrutent attentivement l’horizon pour éviter la rencontre avec un ours blanc. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

De leur côté, Olivier Gilg et Brigitte Sabard du %GREA% ont emprunté un chemin bien plus escarpé pour regagner le pied d’une falaise en quête d’un nid de faucons gerfaut. Ces habitués des lieux arpentent le territoire depuis près de 25 ans en compagnie de leur fils Vladimir. Il leur est même arrivé de déplier la tente sur place pendant quelques jours. Brigitte se souvient : « Lorsque Vladimir avait 13 mois, je le portais sur mon dos et à 4 ans il montait déjà tout seul. » Pour Vladimir, désormais âgé de 12 ans, cette mission arctique est la 13ème. Le benjamin des Taranautes fait preuve d’une grande maturité, et d’un sens analytique qui en a déjà surpris plus d’un : « Ces animaux sont vraiment beaux à voir, majestueux et ils inspirent le respect. Nous avons observé 3 jeunes faucons puis les adultes sont venus les nourrir. »

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Faucon gerfaut. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

Jour après jour, les membres du GREA poursuivent leurs observations, retournent sur des lieux stratégiques pour photographier, compter les oiseaux, ou effectuer des prélèvements qui leur serviront à faire un état des lieux des espèces, 11 ans après leur première expédition avec Tara. La goélette vient de reprendre la mer, 17h de navigation sont prévues pour atteindre la baie de Myggbukta, plus au nord. Brigitte et Olivier pointent les lieux sur la carte : «  nous allons encore passer devant de très beaux paysages, il faudra rester en alerte. »

Noëlie Pansiot

Crédit photos : Brigitte Sabard et Noëlie Pansiot

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La mission Tara-Ecopolaris rejoint Scoresby Sund

Voilà 4 jours que Tara a quitté l’Islande. L’épais brouillard qui enveloppait la goélette s’est finalement dissipé alors que nous naviguons à bonne allure vers le nord, en direction du plus grand fjord du monde : le Scoresby Sund.

Les Taranautes se sont tous donnés rendez-vous sur le pont pour profiter de paysages à couper le souffle. Difficile alors pour la correspondante de bord de s’enfermer dans le PC Com pour rédiger ce log. Sur le pont, ordinateur posé sur les genoux, un œil sur le clavier l’autre sur les icebergs, les fenêtres de ce bureau provisoire donnent sur de splendides montagnes de roches noires marbrées de blanc. L’ensemble se reflète à la perfection sur l’eau…

Un peu plus tôt, à l’heure du déjeuner, Tara effectuait un stop devant les falaises basaltiques du Cap Brewster, objet de convoitise pour les deux écologues embarqués. Munis de longues focales vissées sur leurs boitiers photo, Brigitte Sabard et Olivier Gilg, chercheurs du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) ont « shooté » avec frénésie l’une des plus grandes colonies d’oiseaux de la côte est.  Ces clichés seront ensuite assemblés et permettront de compter un à un les guillemots de Brünnich et les mouettes tridactyles. Olivier, le sourire en coin, ironise sur le travail qui l’attend au retour de cette mission : « les soirées d’hiver seront longues en Bourgogne… »

Face au mur de glace

Face au mur de glace. ©N.Pansiot/TaraExpeditions.org

Il semble que les interminables journées de travail n’effraient pas ces chercheurs qui l’ont prouvé hier en sillonnant l’îlot pelé de Dunholm pendant 13h en quête de palmipèdes. Sac rempli de provisions sur une épaule, perche à filin sur l’autre, ils avaient pour mission de capturer une dizaine d’eiders à duvet, une espèce de canard marin, afin de réaliser une série de mesures et de prélèvements. Tapis sur leurs nids, les femelles eiders sont parfaitement camouflées. Seul un œil exercé parvient à distinguer les volatiles dont le plumage se fond dans le décor rocheux. Une fois repéré, il faut capturer le volatile à l’aide du filin et la tâche ne se révèle pas aisée.

Olivier s’explique : « c’est un nouveau volet de notre programme scientifique. En 2004, nous nous étions contentés de collecter du duvet pour étudier les polluants. Nous avons réitéré l’opération ce qui va nous permettre de déterminer les niveaux de contaminants, notamment le mercure, mais nous avons aussi effectué des prises de sang sur une dizaine d’oiseaux. Il s’agit d’une première, et nous nous sommes vite rendus compte de la difficulté de la tâche.  Ces nouveaux échantillons vont nous permettre de mesurer les taux de mercures autrement, mais aussi d’hydrocarbures, des polluants qui risquent d’augmenter avec le développement du trafic maritime dans la région. Ces contaminants sont d’origine anthropique : la pollution est amenée par les vents ou par les courants marins depuis nos régions. Ici, il n’y a pas ou peu de source  de pollution. En échantillonnant localement, nous pouvons donc mesurer la circulation des polluants sur la planète. »

Mathieu Voluer, officier de pont et Dominique Limbour, cuisinière, observent une colonie de guillemots de Brünnich au Cap Brewster

Mathieu Voluer, officier de pont et Dominique Limbour, cuisinière, observent une colonie de guillemots de Brünnich au Cap Brewster. ©N.Pansiot/TaraExpeditions.org

Il est désormais 16h, certains Taranautes ont rejoint le grand carré, d’autres s’octroient une sieste réparatrice avant le prochain quart nocturne. La goélette s’est éloignée des côtes et navigue à plus de 7 nœuds pour aller se mettre à l’abri. Le capitaine étudie les cartes : « Nous mettons le cap au nord et c’est un petit coup de poker. Un coup de vent est attendu dans la nuit du 29 au 30 juillet, ce qui nous laisse 35h pour monter et faire 200 miles. »

Noëlie Pansiot

 

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« Les portes du Groenland semblent s’ouvrir »

Tara réitère sa tentative et met une seconde fois le cap au nord en direction du Groenland. La goélette quittait le port d’Akureyri hier pour trouver une mer calme à la sortie des fjords islandais.

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Le voilier navigue paisiblement au moteur, les estomacs des équipiers fraichement embarqués n’ont donc rien à craindre de la houle. Tous prennent leurs marques et s’attèlent à leurs tâches respectives. Parmi eux, Gabriel Gorsky, directeur de l’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer, qui s’affaire sur le pont en compagnie de Christophe Cousin, réalisateur de documentaires. Il faut équiper Gaby d’un micro-cravate pour les besoins d’un tournage qui débute.

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9h40, le premier filet manta vient d’être mis à l’eau devant les caméras, avec l’aide des marins. Le protocole scientifique est bien rodé, la succession de gestes tant de fois reproduite au cours des précédentes missions s’effectue avec aisance. Sous la bulle protectrice qui chapeaute Tara, la fée cuisinière prépare déjà le repas pour les 15 Taranautes. Les effluves des petits légumes qui mijotent parviennent jusque dans le PC Com où Martin Hertau, le capitaine consulte ses emails. Le Malouin ouvre la précieuse carte satellite de la NASA et s’adresse à Olivier Gilg, chercheur au %GREA% en empruntant un ton optimiste : « Viens voir, ça va te plaire ! Ça se confirme, le mouvement de banquise que nous espérions semble s’amorcer. Les portes vont peut-être s’ouvrir dans les jours à venir. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts ! » Pour Martin, il est déjà temps de remonter sur le pont pour aider à relever le premier manta, les 30 minutes de prélèvement se sont écoulées.

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Resté devant l’ordinateur, Olivier poursuit son analyse minutieuse des cartes : « Nous sommes à mi-chemin entre l’Islande et le Groenland. Nous allons donc essayer de rentrer par le sud du Scoresby Sund où il y a toujours un peu moins de glace.  À cet endroit,  il y a des courants importants qui empêchent la glace de se former tout l’hiver. La glace peut donc y être refoulée, et c’est ce que nous souhaitons, ou à l’inverse en fonction des vents, se trouver emprisonnée et poussée vers le fiord. C’est ce qui s’est passé au cours des 10 derniers jours, obligeant Tara à rebrousser chemin. Cette fois-ci, il semble que nous ayons des vents assez favorables. Donc d’ici 3 ou 4 jours le passage se sera peut-être complètement ouvert. Nous allons essayer de viser le Cap Brewster qui abrite une grosse colonie d’oiseaux que nous aimerions compter. »

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Sur le pont, Christophe Cousin et Fitzgerald Jego, chef opérateur du documentaire de 110 minutes destiné à France 3, s’affairent caméra au poing. Il faut saisir les images du filet avant d’arriver dans les glaces en soirée où il ne sera plus possible de l’utiliser.

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Sur le grand plan de travail extérieur, un petit drone blanc équipé d’une caméra siège aux côtés des précieux échantillons qui grouillent de micro-organismes. L’engin va bientôt décoller pour effectuer sa première ronde au-dessus de la baleine. Avant cela, il faut hisser les voiles et mettre en avant les plus beaux attributs de la goélette. Les marins équilibristes entrent en scène : Mathieu Voluer, Officier de pont, avance sur la baume pour libérer la voile. Tout le monde est à son poste. Silence, moteur, ça tourne !

GREA* : Groupe de recherche en écologie arctique.

Noëlie Pansiot

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Les fjords à vol d’oiseau

En route pour la côte Est du Groenland, l’équipage de Tara doit faire preuve de patience et de prudence. Brigitte Sabard et Olivier Gilg, les deux spécialistes du Groenland patientent pour mener à bien leurs observations sur cette côte méconnue du grand continent blanc.

Les glaces qui réduisent considérablement l’accès au fjord Scoresbysund depuis plus de quinze jours n’ont pas encore permis à la mission Tara-Ecopolaris – en collaboration avec Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) – de débuter. Penché sur une carte du Groenland, l’ornithologue Oliver Gilg explique comment il compte orienter ses recherches.

« Depuis que Tara est passé là il y a onze ans, personne n’est retourné voir comment la situation globale de cet endroit, situé loin de toute civilisation, a évolué. C’est l’intérêt de cette mission. Nous allons essayer d’atteindre la côte sud et la longer jusqu’au Cap Brewster situé à l’entrée sud du fjord. A priori, il devrait y avoir moins de glace puisqu’il est un peu protégé du vent de Nord-Est et que les glaces ont tendance à descendre tout droit. »

« C’est là que se trouvent les plus grosses colonies d’eider à duvet avec plus de 500 nids sur certaines îles. Initialement, nous devions capturer des oiseaux pour effectuer des prises de sang. En revanche, nous allons déjà pouvoir récupérer des duvets dans leurs nids vides pour le premier volet scientifique du programme Tara-Ecopolaris, c’est-à-dire travailler sur les polluants et notamment le mercure. Nous allons essayer de ramasser du duvet sur une dizaine de nids par colonies, sur cinq ou six colonies différentes. Nous l’avions déjà fait en 2004 et la comparaison sera intéressante. »

« Il y a une grosse colonie sur le Cap Brewster avec notamment des mouettes tridactyles et des guillemots de Brünnich. Le fjord Scoresbysund est habituellement libre de glace assez tôt et le comptage de cette colonie est fait depuis presque un siècle. Nous pourrons donc voir l’évolution des tendances. Le guillemot de Brünnich est plutôt en diminution, tant sur la côte est que sur la côte ouest. C’est sans doute dû à la chasse car c’est un oiseau très prisé par les Inuits. La mouette tridactyle, elle, est en nette augmentation au Groenland. Plus les glaces se libèrent et plus sa population augmente. Nous avions aussi observé à l’époque des macareux moine, une espèce très rare dans cette région. Nous ne sommes pas certains qu’elle niche sur la côte est du Groenland. Il serait intéressant de pouvoir trouver des nids ou des terriers. »

« Ensuite nous voudrions remonter  le fjord Scoresbysund, où nous avions décelé la présence de goélands marins et de goélands bruns, des espèces qui, il y a onze ans, venaient juste d’arriver au Groenland. Le but est de savoir si leur arrivée est confirmée et si ces populations augmentent. Tout cela dépendra vraiment du temps car il faut compter une journée de navigation pour aller jusqu’à l’extrémité du fjord » (le Scoresbysund est l’un des plus longs fjords au monde avec près de 300 km, ndlr).

« Nous espérons aussi pouvoir aller plus au nord et longer la côte pour compter les deux autres colonies de mouettes tridactyles et guillemots de Brünnich. Dans les autres fjords, il y a beaucoup d’espèces différentes. Il y a plusieurs centaines de nids de sternes arctiques sur les petits îlots, ainsi que des dizaines de goélands bourgmestres, les deux espèces les plus courantes dans les fjords. Comme il n’y a aucune perturbation, ni chasse, ni pêche, les tendances d’évolution de ces populations seront intéressantes. Elles pourront être comparées avec les données du GREA collectées depuis plus de 30 ans. Mais il reste beaucoup de points d’interrogation. L’avantage d’y aller avec Tara, c’est qu’on peut vraiment s’approcher des côtes, se faufiler ou s’y rendre en Zodiac. Ce serait impossible autrement. Tout dépendra de la situation des glaces. »

Propos recueillis par Dino Di Meo à bord de Tara

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Dans le fjord d’Uummannaq

Depuis vendredi en fin d’après-midi, après une traversée de la Mer de Baffin sans encombre, les Taranautes savourent les mille merveilles qui font la beauté de ce fjord d’Uummannaq (Groenland).

Un fjord ouvert sur la côte ouest de cette île géante et glacée, dans lequel l’équipe scientifique effectue ce samedi une station longue avec un échantillonnage en surface et à une profondeur de 400 mètres.

Au centre de ce paysage ceinturé de hautes montagnes enneigées, se situe l’île d’Uummannaq. D’une superficie de 12km2 elle est surplombée par un piton rocheux culminant à 1 175 mètres et doit son nom à sa forme. Uummannaq signifie cœur en groenlandais.

C’est encore un de ces lieux qui vous font aimer la vie et mesurer la chance « d’être là ». Ce que l’on souhaite aux personnes qu’on aime et qui, pour une raison où une autre, ne peuvent pas voyager par exemple. Un cadeau de la nature qui en dehors du plaisir purement visuel, nourrit votre âme.

C’est ce que les quatorze du bord ont ressenti dès les premiers miles parcourus dans cet écrin. Des couleurs, des icebergs sculpturaux, des chaines avec des sommets enneigés aux falaises souvent abruptes, rosissants au crépuscule.

Ce samedi matin après une bonne nuit passée à la dérive au milieu des icebergs, l’équipe scientifique s’est remise à la tâche, sous un soleil splendide. Ce fjord recèle de petits trésors de diversité que Lars Stemmann, chef scientifique, entend bien caractériser. A commencer par ces mystérieux « brines * », ces eaux de surface très froides issus de l’hiver précédent qui coulent jusqu’à atteindre une eau de même densité.

Les multiples immersions de la rosette auront permis de les localiser entre 100 et 120 mètres à des températures de 0,8°C. L’intérêt scientifique est bien sûr de connaître les micro-organismes vivants dans ces « brines ». Ces saumures constituent-elles un habitat particulier pour le plancton ? C’est l’une des quêtes principales de cette station n°206.

Nous allons encore rester en station scientifique dans ce fjord jusqu’à demain dans l’après-midi, à quelques miles d’Uummannaq. Plusieurs centaines de maisons en bois de toutes couleurs sont là miraculeusement accrochées à ce rocher. 1 400 Kalaallit** y vivent avec quelques immigrés danois. C’est un paradis pour le traineau à chiens, on dit d’ailleurs que les meilleurs conducteurs du Groenland habitent ici en baie d’Uummannaq.

Au fond de cette baie majestueuse règne aussi en maître le Qarajaq, l’un des glaciers les plus rapides du monde. Il produit la plupart des icebergs que nous admirons depuis vingt quatre heures.

Vincent Hilaire

* Brines : Ce sont des saumures
** Kalaallit : Habitants Inuit du Groenland (Kalaallit Nunaat)

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Station scientifique en bordure de banquise

Tandis que les glaces chahutent la coque de Tara, les scientifiques disposent avec sérieux, sur le pont, leur collection habituelle de flacons, pipettes et autres accessoires nécessaires aux stations de prélèvements. Durant plus de douze heures, l’équipage va devoir échantillonner dans ce champ de glace. Heureusement, en cette journée d’été, les températures sont clémentes, le thermomètre s’est stabilisé aux alentours de -3°C. La station scientifique s’annonce longue, mais l’Arctique saura se montrer généreux envers les courageux.

En toute franchise, le démarrage fut chaotique ou plutôt le préchauffage prit du temps. Etait-ce le froid ou la  nouvelle programmation pour une descente à 50 mètres, les fonds marins étant peu profonds à cette latitude, quoi qu’il en soit la rosette réalisa deux plongées vaines. Elle s’était éteinte à mi-parcours. La troisième tentative fut la bonne et rapidement la richesse en biomasse de la zone se profila, révélant une importante quantité de phytoplancton en profondeur, entre trente-cinq et cinquante mètres. Il fallut réajuster le nombre de mise à l’eau des filets. En vue de la concentration planctonique, les filtrations s’annonçaient lentes, très lentes. Dans les échantillons se bousculaient des chaines de diatomées, ces micro-algues unicellulaires qui produisent une importante quantité d’oxygène, mais aussi une grande diversité de copépodes, ces petits crustacés marins, et des bryozoaires, des invertébrés marins qui vivent en colonie dans des loges individuelles. Alors que les uns faisaient preuve de patience pour faire entrer tout ce petit monde dans des flacons à code barre, les autres enchaînaient les mises à l’eau au milieu des glaçons.

Seul le Manta, ce filet qui permet, entre autre, d’échantillonner en surface les particules de plastique, échappa au bain glacé. Par crainte d’abimer ses mailles avec un amas de glaçons, Marc Picheral, ingénieur océanographique du bord, pris la décision de ne pas le mettre à l’eau. Si la glace apportait tout l’intérêt de cette station dans ces eaux polaires arctiques, il n’en demeurait pas moins que sa présence ajoutait une certaine complexité à l’opération. Il fallait sans cesse trouver des espaces libres de glace, qui permettraient de dériver paisiblement avec les instruments.

Ce fut au cours d’une de ces dérives que nous avons fait la rencontre du maître des lieux.

En début d’après-midi, alors que la brume sévissait, un ours polaire se dessina au milieu d’une architecture de glace. C’est Sergey, le scientifique russe qui le repéra. L’ours blanc humecta l’air, il avait de toute évidence senti notre présence, bien que lointaine, et cherchait à en savoir plus sur ce visiteur inattendu. Il nous laissa l’observer, réalisant même pour nous impressionner un saut athlétique entre deux blocs de glace. Puis, en bon nageur, il se jeta à l’eau pour retrouver sa profonde solitude.

Chacun reprit ses activités, satisfait tout de même de cette rencontre inopinée. Quelques heures plus tard, ce fut trois anges de mer qui attisèrent la curiosité de l’équipage. Ils avaient atterri dans le filet 180 microns, et furent rapidement placés dans l’aquarium du bord afin d’être observés et photographiés. Ces êtres transparents et rouges, dotés de petites ailes, n’ont pas volé leur nom. Leur manière d’évoluer avec délicatesse dans l’eau salée, évoque incontestablement celle des anges au paradis. Pour clore le défilé, un phoque apparut au loin. Mais contrairement aux anges de mer, le mammifère marin ne fit pas le moindre effort pour nous offrir du spectacle. Indolent, il était affalé sur la banquise et daignait à peine lever sa tête pour nous regarder. Mais peu importe, nous étions comblé.

Alors Tara reprit sa route au milieu de toute cette blancheur scintillante.

Anna Deniaud Garcia

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En vidéo : un ours blanc est apparu aux alentours de Tara…

« Les choses sérieuses vont commencer à partir de maintenant dans le Grand Nord »

C’est la première interview, d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions, depuis le début de l’expédition Tara Oceans Polar Circle.

- Bien sûr, nous ne sommes pas encore à l’heure des bilans mais comment s’est passé ce premier mois et demi d’expédition?

Toute l’équipe est très contente de cette première partie d’expédition, l’expérience de Tara Oceans 2009-2012 a payé car tout s’est remis en place comme prévu sans compter les protocoles que nous avons rajoutés. Le matériel scientifique fonctionne bien ainsi que les instruments de prélèvements automatiques et en continu, et ce grâce à l’implication de l’ingénieur CNRS Marc Picheral.

Le choix des stations de prélèvements entre Tara et les laboratoires à terre (il y a eu neuf stations au total jusqu’à maintenant) s’est réalisé de manière optimum car les conditions météorologiques ont été favorables. Le temps a été très calme ces dernières semaines. Nous avons ainsi pu choisir de faire une station importante, au cœur d’un bloom* planctonique.

Mais ne nous méprenons pas, les choses sérieuses vont commencer à partir de maintenant, dans le Grand Nord.

- Justement quelles sont vos appréhensions pour les prochains mois ?

Le planning est serré. Pour être allé plusieurs fois en Arctique, je sais qu’en milieu polaire, jamais rien n’est écrit. Tout va dépendre de la météo, de la situation de la glace… Ce qui compte pour moi avant tout c’est la sécurité des hommes et des femmes qui sont à bord de Tara ainsi que la sécurité du bateau. Mais nous avons des experts à bord. Notamment le scientifique russe Sergey Pisarev qui a participé à la précédente expédition de Tara en Arctique et qui va apporter son énorme savoir-faire. Le capitaine actuel Samuel Audrain avait lui passé 9 mois à bord de Tara alors que le bateau était enserré dans les glaces en 2007 et 2008. Samuel est un bon marin qui a réalisé aussi d’autres expéditions polaires. C’est très motivant pour l’équipe de l’avoir comme capitaine alors qu’il est passé par tous les postes sur Tara avant d’en prendre les commandes.

- Et quelles sont les indications sur la glace en Arctique pour le moment ?

C’est passionnant de pouvoir suivre en direct sur le site, l’évolution de la glace au jour le jour. Même si ce qu’il y a sur les cartes n’est pas forcément la réalité sur le terrain, et qu’il n’est pas toujours évident de calibrer entre la situation in-situ et les cartes reçues à bord.

Durant l’escale de Tara à Mourmansk (Russie) la semaine dernière, ils ont eu des températures record de 30°C. Mais pendant ce temps, la fonte de la banquise arctique a une semaine de retard par rapport à l’an passé. Tout cela peut et va changer très vite. On peut faire des paris mais il est encore trop tôt.

Ce qui est intéressant aussi cette année c’est la publication par le GIEC de la première partie de son nouveau rapport au moment où nous serons en train de passer le passage du Nord-Ouest. Ce rapport va actualiser les prévisions de fonte de la banquise alors que nous serons en direct pour l’observer sur place.

- Quelles sont vos aspirations pour cette expédition ?

Quoi qu’il en soit ce que nous faisons et ferons en sciences dans cette partie du monde est réellement novateur et contribuera à la connaissance de cet océan, à un moment crucial ! L’Arctique est le témoin direct des changements climatiques sur notre planète. On y constate des changements bien plus rapides qu’ailleurs, nous sommes tous concernés, les peuples riverains de l’Arctique comme la population mondiale dans sa globalité.

- Vous avez signé un partenariat avec l’UNESCO la semaine dernière, quel est le sens de ce partenariat ?

C’est le résultat de notre travail avec l’ONU depuis la conférence Rio+20 et des collaborations informelles que nous menons depuis quelques temps avec la Commission Océanographique Intergouvernementale de l’UNESCO. Nous sommes fiers que Tara porte haut les couleurs de l’UNESCO.

Education, Sciences et Culture sont au cœur de nos deux institutions, c’est pour moi un partenariat qui a un véritable sens.

- Tara Expéditions a lancé le 11 avril dernier, l’Appel de Paris pour la Haute Mer. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

En tant que passionné de voile, je chéris la liberté bien sur. Mais elle ne doit pas conduire à tous les excès en Haute Mer. Nous avons besoin de défendre un statut pour la Haute Mer d’où cet Appel de Paris. Le grand public, les citoyens peuvent porter des messages auprès de nos dirigeants et faire basculer des choix politiques. Signer cet Appel, c’est un geste simple et facile pour tenter de sauver l’Océan. Tout le monde est concerné par la mer, puisque la Terre est un seul et même écosystème.

Il ne faudrait pas que ces questions qui doivent être discutées à l’ONU d’ici fin 2014 soit reportées aux calendes grecques. Nous nous mobilisons désormais pour réunir des Etats porteur de ce même message à l’ONU.

www.lahautemer.org

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* zone de floraison massive de micro-organismes planctoniques.

A l’écoute de Tara

Malgré sa relative petite taille, la goélette d’exploration Tara offre à ses passagers de multiples recoins aux ambiances bien différentes, qui ne se dévoilent qu’aux résidents permanents de la goélette. Si ces ambiances se vivent, se ressentent avant tout, quelques mots, un micro indiscret et un peu d’imagination permettent tout de même d’entrevoir la vie sur Tara.

Le pont arrière
Lecture son 1 – Le pont arrière
En temps normal, le pont arrière n’est rien de plus qu’un lieu de passage obligatoire pour se rendre dans le ventre de Tara. Mais en station de prélèvements, ces quelques mètres carrés deviennent le centre névralgique du bateau. Scientifiques et marins se croisent dans un ballet bien rodé, les mains chargées d’éprouvettes, de bidons ou de filets. Point culminant de cette agitation incessante, la rosette va être mise à l’eau. Les visages sont fermés, concentrés sur la tache délicate qui s’annonce. Est-ce la fatigue et le froid qui durcissent les traits, ou le poids de la responsabilité qui pèse sur l’équipe ? Personne n’oublie que ces prélèvements sont la raison d’être de l’expédition, ce pourquoi nous sommes ici. Au bout du câble d’acier, le matériel coûteux se balancent au dessus des vagues qui s’écrasent aux pieds des travailleurs. Entre le fracas des perches métalliques jetées au sol, des ordres fusent, brefs, précis. Enfin, la rosette disparaît sous la surface. Durant ces deux jours, la même scène sera inlassablement rejouée une petite dizaine de fois.

Le grand carré
Lecture son 2 – Le grand carré
Tour à tour salle à manger, salon, bureau ou salle de conférence, le grand carré est le lieu de vie commune par excellence, si bien qu’il est rare de le trouver vide. Ce soir là, l’ambiance est encore plus agitée que d’ordinaire. Une fin de station plus un anniversaire, deux bonnes occasions de relâcher la pression. Pour marquer le coup, une nappe blanche et quelques petits fours maison, de quoi graver des sourires sur tous les visages. L’atmosphère est d’autant plus enjouée que la journée fut studieuse. Entre les rires qui fusent et les verres qui s’entrechoquent, on débriefe le travail du jour, un peu. On parle de tout autre chose, surtout. Histoires de marins, récits de navigateurs, plus ou moins enjolivés selon l’avancée de la soirée. On se taquine, on se chamaille gentiment, on apprend à se connaître, à découvrir ces quatorze parcours si différents. La musique feutrée cède peu à peu la place à des rythmes plus déchainés, de quoi attirer quelques danseurs aventureux prêts à en découdre avec le roulis. Cette nuit ensoleillée sera longue.

L’atelier
Lecture son 3 – L’atelier
Pour beaucoup de Taranautes, l’atelier n’est rien d’autre que l’entrée obligatoire vers la cale arrière, une zone guère accueillante où règne le vacarme incessant des moteurs, expirant de tous leurs pistons une forte odeur de gasoil. Le passager lambda ne se risquera dans cette caverne inhospitalière que l’espace d’un instant, le plus bref possible, pour accéder à la machine à laver du bord. Il y croisera peut-être un mécanicien tout de bleu vêtu, arborant lunettes de protection et casque isolant. Car pour qui souhaite réparer une hélice, une pompe ou un moteur, l’atelier est une véritable caverne d’Ali Baba pour bricoleur. Dans un fourre-tout apparent, pinces, tournevis, perceuses, visseuses et autres outils en tous genres envahissent le sol et les murs autour du petit établi. En poussant plus loin l’exploration, une fois l’échine courbée pour se glisser dans une mince ouverture, on pénètre alors dans un autre monde, celui de la salle des machines. La chaleur étouffante, le bruit assourdissant, l’odeur permanente… Bienvenue dans les entrailles de Tara.

Le pont avant
Lecture son 4 – Le pont avant
Avec 14 Jonas engloutis volontaires de la baleine Tara, en permanence les uns sur les autres, l’envie de s’éloigner un instant de l’agitation incessante du bateau se fait parfois sentir. Régulièrement, le pont de Tara accueille ainsi un passager épris de solitude, de silence et de calme. Vêtu d’un bon blouson et d’un gilet de sauvetage, il suffit de s’avancer vers la proue de la goélette, en enjambant prudemment bouts et winchs sur son passage, pour que les bruits des moteurs commencent enfin à se faire moins pressants. Sur le nez de Tara, face à l’immensité de l’océan où que le regard porte, les oreilles commencent à capter des sons jusqu’alors inaudibles. Ici, le clapotis des vagues mourant sur la coque. Là, le vent faisant battre les voiles. Au loin, le cliquetis monotone d’un bout claquant sur un mât. Ce concert perpétuel n’est alors troublé que par le passage d’un oiseau de mer ou, par chance, de quelques dauphins. Nul doute, le temps s’écoule ici à un autre rythme qu’au cœur de Tara.

Texte : Yann Chavance
Son : Agnès Rougier

Station et dépression

En planifiant un tour de l’Arctique en à peine plus de six mois, les équipes de Tara s’attendaient bien à rencontrer des conditions difficiles, surtout lorsqu’il s’agit de manier sur le pont une armada d’instruments de mesures et de prélèvements. Par contre, nul n’aurait pensé que les aléas météorologiques surviendraient si tôt…

La première station de prélèvement, prévue de longue date, aurait dû se dérouler aux alentours du 26 et 27 mai, à la limite des eaux islandaises. C’était sans compter une grosse dépression venue de l’ouest, dont le centre allait justement toucher cette zone précise, à ce moment précis. « Si on avait continué comme prévu, on aurait dû essuyer 40 ou 45 nœuds pendant la station » estime Loïc Vallette, le capitaine. Dans ces conditions, la sécurité des instruments, mais aussi des scientifiques sur le pont aurait été compromise. Autrement dit, il a fallu changer les plans, en l’occurrence avancer la date de la station, avant que la dépression ne nous touche.

« On n’a pas eu beaucoup de choix, explique Lionel Guidi, le chef scientifique à bord pour cette étape de l’expédition. Il a fallu jouer avec plusieurs paramètres : la présence des eaux territoriales, la profondeur de la zone, car il nous faut au moins 1 000 mètres de fond pour échantillonner, et bien sûr le temps avant l’arrivée de la dépression ». Au final, cette première station aura donc lieu beaucoup plus au sud-est que prévu, pour pouvoir lancer les prélèvements dès ce vendredi matin. « On attend encore les dernières données satellitaires pour déterminer le meilleur endroit, reprend l’océanographe. Il y a un plateau peu profond dans cette zone, qui devrait être riche en plancton. Il va falloir trouver un juste milieu entre la zone la plus productive, tout en conservant une profondeur suffisante pour nos instruments ».

Pour que cette première station débutant plus tôt que prévu se déroule au mieux, tout l’équipage a dû mettre les bouchées doubles ces derniers jours : paramétrer les instruments, vérifier les logiciels ou encore préparer tous les flacons qui accueilleront les échantillons – indiquer via un code-barres le type d’échantillon récolté, la station, la profondeur, etc. « Tout doit être prêt avant la station, après, nous n’aurons plus le temps ! » prévient Lionel. Il faut dire que le programme de cette première station sera bien rempli, occupant ce vendredi toute l’équipe scientifique de l’aube au crépuscule. Une demi-journée supplémentaire le lendemain est même prévue… Si la dépression le permet. « De toute façon, on va la sentir passer ! s’exclame Loïc. Après la station, on profitera du vent généré par la dépression pour avancer un maximum à la voile. Ensuite, avant d’arriver aux îles Féroé, on devrait avoir du temps plus clément ». En espérant surtout que la météo soit conciliante… durant la station.

 

Yann Chavance

Quel matériel scientifique embarqué pour la prochaine expédition ?

Rencontre avec Marc Picheral et Céline Dimier, ingénieurs scientifiques.

Ingénieur au Laboratoire d’Océanologie de Villefranche-sur-mer, Marc Picheral coordonne l‘installation d’une partie du matériel scientifique à bord de Tara, notamment pour tout ce qui concerne le « Dry Lab » (laboratoire sec). Ingénieur à la station biologique de Roscoff, Céline Dimier, elle, gère la partie dédiée au Wet Lab (laboratoire humide). Nous leurs avons posé quelques questions sur le matériel qui va rejoindre le voilier, pour l’expédition « Tara Oceans Polar Circle ».

Le matériel sera bientôt à bord de Tara. Outre celui qui était déjà présent lors de l’expédition Tara Oceans, que va-t’on trouver de plus ?

Marc Picheral : Tout d’abord, en ce qui concerne les instruments qui seront sur le pont, nous avons travaillé sur la Rosette – un engin qui va sous l’eau pour faire des prélèvements et effectuer certaines mesures océanographiques. Nous avons donc rajouté un capteur qui nous permet d’avoir l’éclairement émis sous l’eau, élément important pour la photosynthèse. Nous avons aussi rajouté un capteur qui permet de compter dans un volume un peu plus important que les systèmes optiques, les petits objets en suspension dans l’eau, comme le plancton ou certaines particules.

Céline Dimier
 :
En ce qui me concerne, c’est-à-dire le Wet Lab (laboratoire humide, à l’extérieur), le matériel est globalement le même et consiste surtout en pompes de différentes taille et genre (pompe à air, à eau, péristaltique, etc…) et unités de filtration de toutes sortes (25 mm, 47 mm, 142 mm, Tripodes, rampe de filtration, etc…). Avec Steffi Kandels-Lewis  (ingénieur logistique) nous devons aussi calculer, en fonction du plan d’échantillonnage, la quantité de tubes, flasks, filtres, boites,… nécessaires aux 6 mois de mission. Et puis, il faut aussi calculer le volume nécessaire au stockage de ces échantillons en fonction de leur température de conservation : RT (température ambiante), 4°C (frigo), -20°C (congélo), -196°C (azote liquide). Tout ce matériel sert à échantillonner les bactéries, virus, protistes, que ce soit pour l’analyse de génomique ou la microscopie.

D’autres instruments vont s’ajouter à cette liste ?

Marc Picheral 
: De notre côté, nous allons aussi traîner de Mourmansk à St-Pierre-et-Miquelon, un continuous plancton recorder.  C’est un engin utilisé depuis des décennies, essentiellement dans l’Atlantique nord, traîné par les bateaux de commerce et qui prélève du plancton sur des rouleaux de soie, en continu. Ca, c’est vraiment nouveau sur Tara.

En plus de cela, nous avions un capteur optique qui permettait de caractériser l’éclairement solaire ponctuellement en station, et qui va être remplacé par le COPS, un capteur un peu similaire mais qui, lui, fait des profils en descendant jusqu’à 100-150 mètres dans l’eau en station. Cela nous permettra de caractériser l’éclairement descendant et remontant.

A l’intérieur du voilier, vous allez faire quelques apports dans le Dry Lab (laboratoire sec) également ?

Marc Picheral : Oui, nous allons rajouter 24h/24h plusieurs capteurs d’éclairement, qui seront connectés aux appareils dans le Dry Lab et la cale avant.

Il va y avoir deux capteurs de CDOM en continu, dont un qui permet de doser plus précisément le CDOM prélevé sur les bouteilles de la Rosette et permet ainsi de faire des prélèvements en profondeur.

Nous allons avoir de nouveaux capteurs qui, eux, seront placés en cale avant, mais pilotés depuis le Dry Lab. L’Alfa, un capteur optique, et le FlowCytoBot, un capteur d’imagerie qui permet d’identifier les micro-organismes. Et un autre capteur également, le SeaFet, un capteur de pH, utile car nous savons que le pH varie avec le changement climatique.

Pour protéger le matériel du froid, comment comptez-vous faire ?

Céline Dimier : Nous devons adapter le bateau aux conditions polaires. Cela consiste à aménager le labo avec un chauffage, à mettre à l’abri du froid les tuyaux pour éviter que l’eau ne gèle. Il faut aussi vérifier que les bidons résistent au froid (ce n’est pas toujours le cas selon le plastique utilisé). L’appareil à eau ultra pure sera muni d’une cartouche fonctionnant aussi avec de l’eau très froide (5°C). Nous devons aussi vérifier que les produits chimiques utilisés supportent des températures assez basses et qu’ils ne vont pas polymériser.

Marc Picheral : Certains capteurs supportent très bien le froid, d’autres ne supportent pas de geler. On va donc les réchauffer : on va mettre des bâches, des couvertures chauffantes, des systèmes d’eau chaude pour réchauffer sous nos capteurs, lorqu’ils seront hors de l’eau.

Après, pour tout ce qui est à l’intérieur, le problème n’est pas le froid mais la condensation. On peut avoir de l’eau en surface dans l’Arctique à -2°C et ensuite, on passe tout dans des appareils qui sont dans des locaux à 20°C et là, vous faites de la condensation et du coup, avec les instruments optiques, vous n’arrivez plus à faire vos images. On va mettre tout cela en zone avant alors qu’on aurait préféré les mettre ailleurs dans le bateau. Ca, c’est la question qu’il nous faut gérer.

Propos recueillis par Anne Recoules

A découvrir : Ellie Ga dans la galerie des artistes Tara Expéditions

Tara aux Embiez

Tara sera sur l’île des Embiez du 16 au 23 septembre prochain pour témoigner de son expédition en Arctique, invité par l’Institut Océanographique Paul Ricard.

Une exposition photographique retraçant l’histoire de la dérive sera visible sur les quais du 17 au 22 septembre.
De la route vers le Nord, à la prise en glace de Tara, de l’angoissante nuit polaire, à l’importante campagne scientifique en avril 2007 jusqu’à la sortie des glaces, l’exposition est un journal de bord de l’expédition présentée en 39 photographies réalisées par Francis Latreille. En toile de fond, l’Océan Arctique, l’un des endroits les plus isolés et les plus fragiles de notre planète.

Le film de 52 minutes « Prisonniers volontaires de la banquise » sera projeté gratuitement en boucle au Musée Paul Ricard.
Deux chiens et huit hommes, au milieu de l’immensité arctique, enfermés dans la longue nuit polaire, vivent une expédition scientifique mais aussi une aventure où la moindre erreur peut être fatale.Ce documentaire rythmé par l’aventure hors du commun de Tara pris dans les glaces est basé sur les impressions des hommes sur le terrain: remises en question, doutes, apprentissage un milieu hostile. La mission scientifique, sentir et comprendre les messages de la banquise seront les préoccupations de l’équipage de Tara pendant cette première partie de dérive.

Vendredi 19 septembre, conférence ouverte au public à Six Fours-les-Plages suite à la projection du film avec des membres d’équipage de Tara. Cette séance de questions/réponses sera animée par Patricia Ricard (Présidente de l’Institut Paul Ricard) et Nardo Vicente (responsable scientifique de l’Institut Paul Ricard).

Des visites guidées de Tara auront lieu pour les scolaires les après-midi des 17, 18 et 19 septembre et pour le grand public les après-midi des 20 et 21 septembre (14h à 18h).

Pour accéder à l’île des Embiez dans le Var :
Traversée de 12mn depuis le port de pêche du Brusc – Six Fours les Plages (à 18 km de Toulon et à 70 km de Marseille).
La navette assure des rotations fréquentes l’été du matin (6h00) à la nuit tombée (1h00).

Tara fait escale à Hyères du 10 au 15 septembre

La Goélette Tara fera escale au port d’Hyères du 10 au 15 septembre prochain pour témoigner d’une aventure humaine et scientifique extraordinaire 

507 jours d’expédition sur la banquise arctique.
De retour de mission en février dernier, au terme de 16 mois de dérive, Tara est
invitée par le Pôle Régional Grande Plaisance Riviera Yachting NETWORK.
Le public pourra reproduire certaines expériences menées par l’expédition et les plus jeunes auront la chance de visiter le navire. Une grande exposition didactique sera mise en place, des conférences et des projections du film se dérouleront sur toute la période à l’espace nautique.

A l’occasion des manifestations organisées autour de l’accueil de TARA, ce sont ainsi, plus de 3 000 enfants de niveau CM2 et 6ème qui seront sensibilisés aux enjeux du réchauffement climatique.

Les évènements autour de la venue de Tara :
Mercredi 10 sept : de 14h à 16h à l’espace nautique, conférence « la pollution en Méditerranée ».
Mercredi 10 septembre : 18h, arrivée de Tara au quai d’honneur.
Du jeudi 11 au lundi 15 septembre : la visite de Tara sera ouverte aux scolaires.
Samedi 13 septembre : point de départ des concours photo et dessin.
Samedi 13 septembre : 15h à 16h30 à l’espace nautique, conférence « Les conséquences du réchauffement climatique sur les modes de vie des habitants du Groenland.
Samedi 13 septembre : 17h à 18h30 à l’espace nautique, conférence « Les premiers enseignements de l’expédition Tara ».
Dimanche 14 septembre : 15h à 16h à l’espace nautique, conférence « La vie au Groenland ».
Dimanche 14 septembre : 17h à 19h à l’espace nautique, conférence « Tara, une aventure humaine ».
Dimanche 14 septembre : 19h30 au quai d’honneur, remise des prix des concours photo et dessin.
Lundi 15 septembre : 18h, départ de Tara.

Tara à la Rochelle du 24 au 30 juin

Du 24 au 26 juin : le film Tara en vedette au Sunny Side of the Doc (Marché international du documentaire)

À cette occasion, une projection publique du documentaire de 90 minutes, « Tara, voyage au coeur de la machine climatique »* aura lieu le mardi 24 juin à 20 heures à Auditorium de l’Encan. Cette projection sera suivie d’un débat avec les membres de l’équipe.
Ce film réalisé dans des conditions extrêmes, raconte le quotidien de cette mission sans équivalent. Nous découvrons comment les membres de l’équipage, prisonniers des glaces à bord de Tara, ont livré un combat incessant contre le froid, la nuit ou le jour permanents, contre les mouvements des plaques de glace ou les tempêtes qui détruisent sans cesse les installations sous la menace des ours, poussés au cœur de l’Arctique par la disparition de la banquise. Mais au-delà de l’exploit, ce documentaire nous montre que la mission scientifique a révélé une réalité beaucoup plus alarmante que prévu pour le climat de la planète…

Du 27 au 30 juin : la goélette Tara s’ouvre à tous les charentais-maritimes

Des visites guidées de la goélette auront lieu les 27, 28 et 29 juin de 14h à 18h. Le 30 juin de 15h à 17h puis en nocturne de 19h à 22 h en même temps que la nocturne de l’Aquarium.
LES INSCRIPTIONS SE FERONT DANS LA TENTE DEVANT TARA.
Une exposition retraçant toute l’expédition Tara Arctic sera visible dans la tente. De la route vers le Nord, à la prise en glace de Tara, de l’angoissante nuit polaire, à l’importante campagne scientifique en avril 2007 jusqu’à la sortie des glaces, l’exposition est un journal de bord de l’expédition présentée en 36 photographies réalisées par Francis Latreille.

*Un documentaire d’Emmanuel Roblin et Thierry Ragobert
Coproduction : ARTE France, MC4, Tarawaka, Off The Fence, RTBF, Direction Générale Recherche/Commission européenne (France, 2008, 1h30mn)
Ce film a reçu le soutien du Conseil Général de la Charente-Maritime

Le temps du partage

Cela fait deux jours que nous avons touché terre. Et en deux jours, il s’est passé tellement de choses. De choses très positives.

Nous nous sommes d’abord retrouvés toute l’équipe Tara. Les forces à terre et les forces en mer. C’était un moment simple, plein de pudeur mais d’une intensité rare. D’abord accolades chaleureuses, bises, félicitations : le plein de chaleur après les froids polaires. Plus tard dans la soirée quelques heures après notre arrivée : chants, musique, mais pas n’importe quoi un bœuf improvisé. Petit concert privé de musique « de carré ». Improvisation très rythmique de musique tzigane  avec les musiciens d’un soir du bord emmené par un vrai de vrai. Samuel Audrain, chef mécano et chef accordéoniste. Télés, radios, journalistes de presse écrite étaient là, sans vouloir paraître ni convaincre, nous étions simplement heureux de les emmener avec nous dans ce bonheur d’un rêve accompli ensemble.

Alexander Petrov, le scientifique russe du bord me disait aujourd’hui du haut de ses 52 ans, que ce genre de moments n’arrivaient pas souvent dans une vie. Je crois qu’il a raison. Mon ami Sasha Petrov, de St-Petersbourg. Je ne le connaissais pas il y a quatre mois quand nous sommes partis de Longyearbyen pour relever le deuxième équipage. Nous sommes aujourd’hui frères de glace.

Depuis deux jours, petit à petit, avec tous nous parlons, nous échangons, nous décantons, nous évoquons cette vie arctique. Neuf mois pour les uns, un an et demi  pour le chef d’expédition Grant Redvers, et quatre mois pour « notre fournée ». Le dernier des trois équipages, parmi les vingt hommes et femmes embarqués qui ont rendu cette aventure et mission scientifique possible.

Pour l’heure, nous vivons à l’heure du partage. Partage avec les habitants de Longyearbyen (Spitzberg) qui viennent visiter avec beaucoup de recueillement notre goélette, partage avec Karl et Berit un couple de restaurateurs locaux qui régulièrement nous acceuille, comme à la maison. Hier soir, ils avaient organisé pour nous une soirée exceptionnelle autour d’un feu dans une habitation traditionnelle. A côté des flammes, un plat que même dans nos rêves polaires nous n’aurions pas imaginé déguster : du faon braisé en sauce avec des pommes de terre. Je suis désolé si je heurte les végétariens, mais les trente personnes présentes dans cette hutte en bois n’ont pas laissé grand chose dans l’assiette.En un mot, nous retrouvons tous les joies de la terre, grâce à cette escale avant de retrouver l’océan.

Demain, après cette période de libations le travail reprend à bord de Tara. Nous devons vider la soute avant de plusieurs tonnes de matériels scientifiques. Tara doit reprendre la mer plus léger, en toute sécurité, afin de boucler la boucle en revenant à son port de départ Lorient. Même si nous avons fêté une étape dans la réalisation de notre mission ce n’est que là que l’expédition « Tara-Arctic » sera bel et bien terminée.

Vincent Hilaire

La liberté ça se mérite

Toute la nuit de dimanche à lundi, les équipiers de Tara se sont relayés pour faire « avancer la machine » dans la glace. Deux équipes de quart de quatre personnes. Une en 21H00-03H00, l’autre en 3H00-9H00. Après une avancée tout en douceur pendant le début de la nuit, les choses se sont corsées de 23H00 à 4H00 du matin. Par chance, la pleine lune était là dégagée pour nous guider dans la nuit. D’une glace assez fine et brisée en des milliers de petites plaques, nous sommes arrivés dans un champ de petits icebergs compacts. Dangereux. Des fois très hauts, et donc à même d’endommager des choses sur le pont. Entre la personne de quart à l’avant du bateau essayant de déchiffrer, de détecter un éventuel passage entre les amas de blocs et le barreur, c’était une concentration de tous les instants : « 2° babord, pousse les blocs avec les moteurs. Machine 0. Arrête tout on est monté sur le glaçon, j’attends de voir ce qui se passe. Bon c’est bon, fais un peu de marche arrière, on va passer autrement. OK, marche arrière, confirmait depuis la cabine de navigation le barreur ». Les yeux d’un côté, la main sur la poignée des gaz de l’autre. Par la magie de la VHF, ces deux esprits étaient comme à côté l’un de l’autre. En symbiose. Pendant des heures, sous des aurores boréales, Tara s’est obstiné à garder son cap pour retrouver l’eau libre. La lutte continue. On ne sort pas des glaces comme ça. Mais le résultat de cet acharnement est là. Tara a parcouru 30 miles depuis la mise en route des moteurs hier midi. Selon les cartes satellites les plus fraîches, il resterait encore la même distance à parcourir. Il est neuf heures les deux équipes vont se relayer la mienne va recommencer un cycle jusqu’à 13H00.

Tout le monde n’a dormi que quelques heures. La fatigue se fait sentir un peu. Mais elle n’a vraiment aucune importance, nous savons tous que nous vivons un des grands moments de l’expédition. Les dernières au milieu de la glace aussi. Toutes les bonnes choses ont une fin, dit l’adage. Il faut qu’il y en ait une, car Tara a quand même cette nuit essuyé plus d’un choc contre ces morceaux « de métal blanc » de toutes formes et de toutes tailles. Notre travail n’est rien comparé à ce qu’encaisse en ce moment la baleine. Tout son squelette d’aluminium vibre sous les derniers assauts de la glace qui pensait conserver son butin.
Quitter la glace, c’est comme quitter un monde, une jungle profonde où la lisière de la forêt ne paraît jamais loin, mais le chemin pour y arriver est interminable.

Vincent  Hilaire

Pas de « Tara Arctic » sans partenaires techniques

Comme un équipage est une somme de compétences  subtilement choisies et utilisées, Tara Expéditions est le fruit de partenariats  précis. Dénominateur commun : la résistance au froid.

Les marins, professionnels et amateurs connaissent tous cette marque : Sika. C’est un petit peu comme le « Frigidaire », alias le frigo pour conserver les aliments. Dans Tara, le sika noir est présent à peu près partout pour assurer l’étanchéité. Les hublots du carré par exemple sont totalement  isolés grâce au Sika. Des réserves  de ce produit de grande qualité permettraient  même en cas de destruction du plexiglas, de reconstituer un hublot de fortune avec du bois.
Le sika, c’est comme une pâte qui colle progressivement, sèche ensuite mais surtout ne casse pas au contact des grands froids. Le sika s’est révélé tellement bien adapté pour ces latitudes qu’il a même servi pour les connections du mât météo par exemple. Un mât avec ses anémomètres et ses capteurs de températures  qui fonctionne de jour comme de nuit sur la banquise.

Autre partenaire de cette aventure  humaine scientifique et matérielle: Primagaz. La cuisine revêt dans la vie du bateau une importance majeure. Après plusieurs heures passées à l’extérieur dans des températures de – 20°C, un bon plat chaud cuisiné au gaz réchauffe le corps et l’esprit. En plus, « la répartition sur le pont de ces vingt grandes bouteilles vertes permet de travailler  l’assiette du bateau » souligne avec humour Hervé, le capitaine de Tara. Et d’ajouter toujours sur le mode humoristique, « pour la prochaine expé il faut simplement qu’il prévoit des poignées comme pour les petites bouteilles de maison ».

Pour les dix occupants du bord l’une des activités quotidiennes majeures, c’est de couper la glace. La plupart du temps nous faisons d’abord des trous pour les expériences scientifiques. Des treuils descendent des sondes à 2 000 mètres de fonds tous les deux jours pour analyser la salinité et les couches d’eau de l’Océan Arctique. Il faut parfois aussi dégager le bateau lorsqu’il est pris entre des crêtes de glace. Pour tout ce travail, y compris pour couper du bois, les tronçonneuses Stihl se sont révélées  adaptées. Toujours en verve, Hervé a une formule très imagée pour résumé l’intérêt de ces tronçonneuses : « la Stihl, c’est le couteau de l’Arctique ».

Reste enfin les partenaires électroniques. Sécurité garantie lors des sorties lointaines sur la glace grâce à Icom et ses VHF. Enregistrement de données sur les increvables ordinateurs Toughbook de Panasonic. Des ordinateurs résistants à tous les chocs et au froid extrême. Impossible d’oublier les appareils photos Canon. Il y a deux  EOS 350 D à bord. Avec les phénomènes météo exceptionnels que nous avons la chance d’observer sur Tara, ces boîtiers et leurs objectifs nous suivent partout sur la glace et vous permettent de partager avec  nous ces merveilles.

À tous ces partenaires félicitations, car tous « leurs bébés » ont absolument trouvé  leur place à bord. Ils peuvent être fiers de leurs réalisations  et comme pour Tara,  de la passion déployée par les femmes et les hommes qui composent « leurs équipages ».

S’adapter au quotidien – un exemple

10 Juillet 2007
Position : 88°13’N 057°43’E
Vitesse : Nord Ouest pour 0.2nds
Vent : 9nds de Sud Est
Visibilité : Moyenne, temps couvert
Jour : jour permanant
Banquise : beaucoup d’ouvertures et quelques mouvements
Température de l’air : 0°C
Température de l’eau : -1.7°C

Aujourd’hui mardi. La sortie « EM31 » du mardi a été annulée puisque l’instrument de mesure est en panne. Sam responsable de cette activité et moi accompagnatrice officielle avons été un peu déstabilisés dans notre routine hebdomadaire, mais très vite nous avons trouvé une autre occupation.
Avec Charles, nous avons continué le rangement de fond en cale et aujourd’hui il s’agissait de remiser les « Kapchdva ».

Kapchdva : type de tentes russe, qui nous a servi pendant la courte saison en avril, comme lieu de stockage ou de couchage, lorsque nous étions si nombreux sur la banquise.

J’ai donc passé l’après-midi à rafistoler et à coudre des pièces sur une « kapch ». Ensuite, quelques vêtements sont apparus comme par magie à côté de la machine à coudre… en attente eux aussi d’une pièce ou d’une réparation. Mais quoi de plus naturel qu’une activité de couture à bord d’un bateau agnès b. !!

Minh-Ly

Solstice d’été au pays du jour permanent

Nous avons passé un cap important de cet été. Le solstice d’été ou la moitié de l’été, marquant le jour de l’année où le soleil se trouve à son plus haut dans le ciel. A des latitudes moins élevées, cet évènement signifie le jour le plus long. Mais ici, au pays du jour continu, le soleil ne se couche jamais.

Du coup il faudrait célébrer le jour le plus long, tous les jours pendant environ 6 mois (ce qui ne serait pas si mal). Plus sérieusement, le solstice marque surtout le début de la chute du soleil vers l’horizon et son retour vers l’hémisphère Sud.

Cette semaine, nous avons eu un temps radieux avec un ciel dégagé ce qui nous a permis de réaliser un peu de navigation astronomique en utilisant le soleil. Même si le GPS a pris une place incontesté dans l’art de la navigation, nous trouvons toujours plaisir à déterminer notre position en utilisant le bon vieux sextant.

Comme chaque année, le premier jour de l’été est marqué par l’incontournable fête de la musique. Avec un orchestre composé de 4 guitares, 2 digeridoos, un djembe, 2 accordéons, 3 harmonicas, une flute Incas, des sifflets et quelques autres instruments improvisés (cuillères, casseroles, castagnettes…) nous avons fait trembler la banquise. A part les sismomètres qui n’ont pas du trop apprécié, nous sommes heureux de ne pas avoir eu de plaintes de nos voisins…

Charles

Atterrissage sur la banquise : mode d’emploi

Nouveau record : nous avons passé ce mercredi le 88ème degré de latitude nord.

On se rapproche dangereusement du pôle (moins de 300 Km) et il n’est pas impossible que Tara réalise le rêve de Nansen : dériver sur la banquise, conduit par le courant transpolaire, pour atteindre, portés par les vents, le sommet géographique de la planète… Mais pour le moment il faut surtout mener à bien les missions d’observation prévues pour avril et pour ce faire, il a encore fallu amener hommes et matériels par le DC3…

Poser un avion sur la banquise n’est jamais une mince affaire, plus particulièrement quand la visibilité est réduite. Aujourd’hui sur Tara était un jour presque blanc. Bien sûr, on y voyait bien un peu. Mais toutes les perspectives, tous les reliefs étaient confondus : Ciel, horizon, sol, tout était blanc !

Pour Brian Crocker et Louis-Eric Bellanger, les pilotes du DC3, la tâche n’était pas simple. Difficile de mesurer à l’œil nu la distance au sol (quand on arrive à voir le sol), difficile d’estimer la vitesse du vent latéral, qui fait chasser l’appareil lors de l’atterrissage, difficile même d’apercevoir le bateau, enfoncé dans la neige ou de distinguer la piste, vaguement balisée de petits pavillons rouges et de fûts de kérosène vides… C’est en fait l’équipage du Twin Otter qui s’est chargé de faire atterrir le DC3, jouant le rôle d’une tour de contrôle. Jim Hattew et Mathew Colistro sont les pilotes de ce petit appareil qui effectue d’ordinaire les missions scientifiques pour l’équipe Damocles. Ils viennent par exemple d’achever le largage de 16 balises météo pour le compte de Michael Offermann de l’université de Hambourg, lesquelles balises doivent transmettre, pendant un an, pressions atmosphériques et températures sur un carré de 500 km. de côté… Depuis trois jours le Twin Otter et son équipage campent sur la base Tara.

Pour faire atterrir leurs collègues, les pilotes du « Twin » ont d’abord dû jauger la visibilité verticale c’est-à-dire le plafond… « Au moins 1000 pieds », annonce en début d’après-midi (et à l’estime) Jim Hattew, le chef pilote. Confirmation grâce au ballon atmosphérique que Timo Palo vient de lancer dans l’atmosphère polaire pour le compte de l’institut de géographie de l’Université estonienne de Tartu. Le moderne Zepellin qui fait 4,5m. de long pour 2m. de large est d’un orange vif parfaitement visible. On le distingue clairement jusqu’à au moins 400 m. de haut, ce qui nous donne un plafond. Depuis la piste, qui se trouve à 800m. de là, on le voit encore. Ce qui nous donne une bonne estimation de la visibilité au sol : 900 m. Le DC3 peut atterrir.

Ces renseignements sont communiqués à Brian Crocker, qui se trouve encore à 25 minutes de Tara. Depuis le cockpit du Twin Otter, Jim prévient son collègue que le ballon sera descendu à 30 mètres lors de l’approche, qu’une fusée de détresse sera allumée en début de piste où le Twin Otter ira lui-même se positionner.
Joignant le geste à la parole, Jim active la manette des gaz et fait pivoter son appareil sur ses skis. Qu’il s’agisse du Twin Otter ou du DC3, aucun n’est en effet pourvu de trains directifs ; pour bouger ces appareils au sol, il faut activer les moteurs et prévoir exactement le dérapage qui en résulte… Manœuvre précise, délicate, mais exécutée de main de maître par le chef pilote qui conduit ses « throttle » du bout des doigts pour faire glisser le petit avion jusqu’en début de piste et lui faire faire un tête à queue… Le Twin est maintenant en place, sans doute visible depuis le ciel compte tenu de sa couleur orange… Au sol en tout cas, on n’a pas l’impression que la visibilité dépasse les 100 mètres. Tout est toujours aussi blanc.

Devant nous, la piste se révèle, bien droite et balisée par des fûts et quelques fanions. En fait, il ne s’agit jamais que d’un damage de neige, à peine un peu plus plat que la banquise qui nous environne. Du ciel en tout cas cet absence de relief ne se distingue guère du reste… Quelques mètres derrière l’avion, Guillaume, le mécanicien de Tara s’apprête à allumer une fusée de détresse en guise de balise de signalisation.

Le DC3 est maintenant à 3 minutes de sa première approche : il doit d’abord « faire semblant » d’atterrir, voler au plus près du sol de glace pour reconnaître la piste avant de refaire un circuit et de se poser en second passage… L’atterrissage, sans être forcément dangereux, est tout de même périlleux.

C’est à ce moment là que, depuis le cockpit du Twin, Brian Hattew et Mathew Colistro son copilote remarquent deux silhouettes fluorescentes, droit devant eux sur la piste. Deux membres de l’expédition Tara (dont nous tairons les noms) qui s’aventurent à l’endroit même où le DC3 doit toucher la glace. Vraisemblablement ils sont persuadés que l’appareil atterrira dans l’autre sens et qu’ils sont là en fin de la piste… Mathew ouvre alors la porte du Twin, descend sur la neige et cavale prévenir ces inconscients de ne pas rester là… Les silhouettes se carapatent sur les côtés.

Dans un vrombissement de moteurs, la forme oblongue du DC3 passe au dessus du Twin et survole la piste quelques mètres au dessus du sol dans un nuage cotonneux… L’appareil vire sur son aile gauche, prend un peu d’altitude pour boucler son circuit et revient s’aligner sur le Twin.
Brian Crocker prévient son collègue Jim que la piste est bien visible et qu’il est « bon pour poser ». Dans un nouveau vrombissement blanc, le DC3 passe au dessus du Twin, peut-être 10 mètres au dessus, descend encore doucement… stable sur son aire, et touche… Il rebondit une fois sur la neige… et pose véritablement dans un nuage blanc. Depuis son siège de copilote dans le Twin Mathew apprécie la performance en battant des mains : « Great landing ! ».

Plus Nord que le Fram !

Poussé par un vent tempétueux depuis deux jours, nous avons franchi le 86°N aujourd’hui à 13H locale, dépassant du même coup la position la plus nord de Nansen et du FRAM ! C’est un bel exploit après seulement six mois de dérive, dépassant largement les estimations les plus optimistes.

Ce vent qui souffle à plus de trente nœuds nous ramène aussi à l’est, infléchissant notre route vers le pôle, ce qui n’est pas forcément une bonne option. En effet si nous passons trop près de pôle, nous courrons le risque de tourner autour assez longtemps retardant la descente de Tara vers le Spitzberg et du même coup sa libération des glaces.
Autre évènement d’importance est le passage du soleil sur l’horizon qui est donc retardé à cause de cette progression vers le nord. Nous ne le verrons que dimanche 11.
Ce vent soulève la neige qui rend la visibilité horizontale quasi nulle et espérons qu’il soit calmé d’ici là. D’ailleurs cela fait deux jours que nous n’avons aucune couleur d’aube. La météo reste mauvaise nous rappelant que nous sommes encore en hiver sous des latitudes hostiles. Nous espérons maintenant des jours meilleurs pour profiter de la banquise les derniers jours avant la relève.

Denys

Manipulation de la CTD

La CTD (Conductivité, température, densité.) enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan.

Tara continue sa lente remontée vers le pôle poussé par le vent du sud. À l’extérieur -35° avec un blizzard qui souffle en rafales. L’équipe de CDT se relaie à tour de rôle pour contrôler la descente et la remontée du câble à l’extrémité duquel se trouvent soit une sonde CTD (c’est à dire qui enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan). Dans le carré, au cœur de la baleine,  les communications VHF fusent de la cale arrière où se trouve le treuil piloté par Nico ou Hervé.

Ces communications sont destinées à l’autre équipe à poste dehors, à l’arrière du bateau. Devant un trou dans la glace de 1m sur 2, on surveille le bon fonctionnement du treuil au bout duquel est fixé la sonde qui s’enfonce dans l’océan à la vitesse de un mètre par seconde et qui enregistre les données à l’aide de capteurs électroniques. « 1500m !  …–1500m, bien reçu ! » est répété comme un écho dans la VHF par le gardien du câble qui se refroidit sur la banquise tandis que dans la cale arrière dans le vacarme du groupe électrogène, le casque sur les oreilles, Nicolas dirige la manœuvre. La profondeur de sondage a été définie par Matthieu avant le début du sondage avec un autre sondeur de bathymétrie acoustique qui indique précisément le fond de l’océan.

Ce sondeur relié à un câble électrique est pratiquement en permanence immergé dans l’eau, attaché à un bout, sauf quand la banquise se met à bouger. Il peut indiquer le passage des bancs de poissons et le frasil qui est une zone de petites formations de glace que l’on peut rencontrer dans les couches supérieures de l’océan. « Sonde en vue ! » indique Matthieu dans la vhf, Nicolas aux commandes du treuil ralenti puis stoppe l’enroulement lorsque Matthieu lui indique qu’il a retiré la sonde de l’eau.

Une fois sortie de l’eau, la sonde est ramenée à bord pour éviter le gel et là, Matthieu la nettoie et télécharge les données récoltées dans un ordinateur.
Les données recueillies sont envoyées dans la foulée par email aux scientifiques des différents laboratoires de DAMOCLES ; Les opérations CTD ont lieu entre 3 et 4 fois par semaine dans la mesure où la banquise est stable.

Chaque semaine, on effectue également un prélèvement d’eau à différents niveaux de profondeur grâce aux bouteilles de Nansen équipées d’un système de clapets permettant de récolter des échantillons d’eau à des profondeurs établies. L’eau de ces bouteilles faites de bronze, à la conception inchangée depuis plus de 100 ans, est recueillie dans de petits flacons plastique dûment répertoriées et datées par Matthieu qui conserve ces précieux échantillons pour le laboratoire.

Une opération CTD peut durer entre 2 à 4 heures selon la profondeur et si elle est suivie d’une opération bouteilles de Nansen. Nous nous relayons pour surveiller le câble à l’extérieur et quand le vent souffle ou que le froid dépasse les –30° ; c’est parfois difficile de tenir. Dans ce cas, nous nous remplaçons plus fréquemment.
L’autre difficulté est d’entretenir les trous dans la glace qui ne cessent de se refermer. Nous devons avoir accès en permanence à l’eau de mer pour, soit récupérer les sondes (en urgence au cas où la banquise se brise), soit continuer les sondages. Il faut souvent de servir de la tronçonneuse pour ouvrir la glace quand les températures sont vraiment basses autrement, le pic à glace suffit pour briser la couche qui est alors moins épaisse.

La nuit succède à la nuit et les sondages aux sondages.

Bruno

W-e de fête sur Tara

Même sur la banquise il y a des week-ends qui comptent plus que d’autres, et ces deux derniers jours ont été riches !

Cent vingt cinquième jour de dérive.
Position : Dérive par 83° 44′ N-138° 44′ E, vitesse 0.2 nœuds 180° .
Vent : 10 nœuds secteur nord ouest
Visibilité : Bonne, ciel clair,
Lune : Rousse, sur l’horizon.
Jour : Nul
Banquise : Stable.
Température de l’air : – 36˚C
Température de l’eau : -1,7˚C

Même sur la banquise il y a des week-ends qui comptent plus que d’autres, et ces deux derniers jours ont été riches !
L’anniversaire de Matthieu, qui coïncide avec l’Epiphanie nous a donné l’occasion d’un dîner amélioré commencé par une petite mise en scène : L’arrivée des rois mages, symbolisme important ici puisque nous sommes à la verticale de l’étoile du berger, personnifiés par Grant en Balthazar, Bruno en Melchior, Nicolas en Gaspar et Hervé en Jésus. Et au moment de l’apéritif, le téléphone sonne pour m’annoncer la venue de mon premier petit fils, Raphaël, fils de ma fille Lucie, né à Grasse. Ce fut donc une belle fête qui s’est finie tard dans la nuit, après un bon repas (magrets de canard) et gâteau au chocolat avec fève.
La semaine commence maintenant par un froid à moins 36°C, une très belle lune rousse sur l’horizon qui va nous quitter de nouveau pour une quinzaine de jour. Ce sera sans doute la dernière période de nuit complète puisqu’à partir de février nous devrions avoir les premières lueurs du soleil.
Bienvenue à Raphaël qui a déjà son ours blanc dans son berceau !

Denys

 

Ambiance château hanté

Position : Dérive par 81° 08′ 5137″ N – 145° 53′ 9255″ E, vitesse 0.4 noeuds
Vent : 0 – 5 noeuds
Mer : calme
Visibilité : très moyenne, ciel couvert
Jour : 6h-16h
Température de l’air : – 8°C
Température de l’eau : -1,5°C

Depuis deux jours, Tara est soumis à des compressions de glace qui s’accompagnent à l’intérieur de bruits typique de film d’épouvante, ambiance vieux château hanté : grincements de gonds, claquement de portes sous fond de tremblement de terre. En effet Tara dans le même temps prend un peu de gîte puis se redresse et ainsi de suite. Ces compressions ne sont pas très fortes car la glace autour de nous n’est pas dure, c’est ce que l’on appelle du brash constitué de nouvelle glace (slush) peu consistante et d’anciennes plaques ou floes.
Nous avons fabriquer un inclinomètre permettant de connaître la gîte, nous sommes la plupart du temps autour de 6° sur bâbord, ce qui n’entraîne pas trop de désagrément pour la vie à bord.
Aucun signe de vie animal ces dernières quarante-huit heures.

Denys