Vidéo : Journal d’un artiste

A chaque expédition, la goélette Tara embarque plusieurs artistes en résidence, sélectionnés par un jury présidé par le comité agnès b. Nicolas Floc’h, photographe, plasticien et enseignant à l’Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne vient de passer un mois à bord, entre le Japon et Taïwan. Il évoque ici son travail sur les habitats marins et nous fait part de son expérience à bord.

 

© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

Vidéo : Récifs artificiels au Japon

A bord de Tara, une place est réservée aux artistes. 8 d’entre eux, – sélectionnés par un jury présidé par agnès b., se relayent sur la goélette pendant ces deux années d’expédition à travers le Pacifique.

Nicolas Floc’h est le troisième artiste en résidence. Photographe et plasticien, ce Breton d’origine a embarqué au Japon pour plonger sur les récifs coralliens, aux côtés des scientifiques. A travers son travail, il développe un projet dédié à un autre type d’habitats sous-marins : les récifs artificiels, des structures conçues et immergées par l’Homme.

 

Takeshi Kitano, Ambassadeur de Tara.

Au Japon, Tara ouvre un nouveau chapitre.
Le projet rayonne aujourd’hui en dehors des frontières françaises et est reconnu d’utilité publique. Rien n’aurait été possible sans le soutien des amis et partenaires de Tara : agnès b., Fondation Véolia, Fondation Prince Albert II de Monaco et bien d’autres.

Dans l’archipel nippon, la goélette est parrainée par une personnalité incontournable : Monsieur Takeshi Kitano, cinéaste et acteur d’envergure. Très jeune, il découvre Cousteau et commence à se passionner pour l’océan. Ambassadeur de Tara au Japon depuis plus de 2 ans, il a pu enfin découvrir la goélette à l’occasion de sa première venue dans l’archipel. Visite en images.

 

Des étudiants « Arts Déco » inspirés par Tara

Le temps d’une journée, vingt élèves en première année à l’ENSAD (Ecole nationale Supérieure des Arts Décoratifs), appelée aussi les « Arts Déco », ont navigué sur Tara.

Il s’agit de la deuxième année consécutive qu’un travail collaboratif, entre Tara et l’ENSAD, est mené. A l’initiative de ce projet, Remi Hamoir, professeur de dessins aux « Arts Déco ». Il a eu l’occasion de monter sur Tara en tant qu’artiste au cours de la mission Tara Oceans, en 2010. Alors, c’est tout naturellement qu’il a proposé ce partenariat à l’école qui recherchait un thème fort pour ses « workshops ». Cette année, la démarche est nouvelle. Les élèves se déplacent depuis Paris jusqu’en Bretagne en quête d’inspiration.

Après deux jours passés à collecter des matériaux, des couleurs, des idées sur les plages du Morbihan, c’est plein d’enthousiasme, que ces étudiants montent à bord de la goélette. Ils réalisent la chance qu’ils ont et en profitent au maximum ! Sur le pont, dans le carré, les élèves griffonnent sur des carnets à l’encre de chine, au fusain… Ils prennent des photos, des vidéos, des sons… D’autres se contentent d’observer en ouvrant tous leurs sens. « On fait le plein d’images et de sensations… Par exemple, le mouvement du bateau, c’est très particulier … et puis il y a les odeurs, les bruits… », raconte Anaïs avec le sourire et les yeux pétillants. La démarche leur plaît beaucoup, Ils prennent conscience de l’importance de s’immerger dans le sujet pour capter des émotions. Loin de l’apprentissage basique enseigné, la consigne pour ce travail est  « N’allez pas là où vous connaissez ».

Au cours des deux prochaines semaines, les élèves vont chacun créer une œuvre sur le thème de « L’eau de la mer », exposée prochainement à la Base Tara de Paris. L’inauguration aura lieu en présence d’agnès b.  « Le défi de cette exposition est d’arriver à faire quelque chose de simple et sensible » confie Anaïs. Et de concert, Anaïs et Héloise de conclure : « Le fait que ça traite de l’océan, que ce soit beau que ça nous touche, c’est une manière de sensibiliser ». Ainsi, en attirant le regard sur la beauté des mers, peut-être, le public prendra-t-il conscience de la nécessité de les préserver.

Maéva BARDY

“Plastique ? Non merci !”

A Tanger pour quelques jours, agnès b. a passé une soirée en compagnie des Taranautes. La co-fondatrice et premier mécène de Tara Expeditions connaît bien le Maroc, qu’elle découvrait il y a 40 ans, alors qu’elle ne vivait pas encore de sa première boutique, située rue du jour à Paris. Avant de partager un excellent tajine et le traditionnel thé à la menthe, nous avons pu échanger avec elle sur ce pays, mais aussi sur ce qui la rattache à Tara : l’art.

Vous connaissez bien le Maroc et vous y êtes attachés…

Je viens régulièrement au Maroc depuis 40 ans. La première fois, c’était pour un travail, je faisais teindre des robes pour Pierre D’Alby. Voilà comment j’ai découvert le Maroc, je travaillais à Casablanca dans une teinturerie auprès d’un monsieur qui s’appelait Youssef. Il faisait ses teintures avec des produits naturels et cela produisait des couleurs merveilleuses, puis on faisait sécher les robes sur la terrasse. C’était mon premier voyage, je venais de me marier, on avait loué une 4L et on était parti se balader jusque dans le sud du pays. Nous avons vécu de belles expériences, nous prenions des voyageurs en voiture, puis ils nous emmenaient chez eux, dans leur maison où il n’y avait rien, mais où on trouvait l’essentiel : la chaleur humaine. J’ai toujours aimé ce pays et j’ai découvert ses différentes régions. Ici, à Tanger, nous sommes dans le Détroit de Gibraltar, nous sommes aux portes de l’Europe et nous avons un pied en Afrique.

Ce continent est-il une source d’inspiration pour vous ?

Bien sûr. J’ai toujours créé des costumes de ville en boubou, comme pour Philippe Starck. D’ailleurs, ma prochaine collection estivale intègre des tissus et des robes réalisées dans des boubous africains.

Et puis le Maroc est connu pour son magnifique artisanat. Lorsqu’on se promène à Marrakech ou dans la médina de Tanger, on réalise ce que les artisans parviennent à faire avec rien, ou presque. C’est un pays qui m’inspire : la musique et puis la façon dont ils font les choses. Lorsqu’on les regarde faire, on s’aperçoit qu’ils font les choses avec respect, avec talent et délicatesse et le résultat est toujours impressionnant. C’est très beau et il existe un savoir-faire incroyable, qui ne doit pas se perdre.

La Cinémathèque de Tanger a généreusement accueilli la conférence de Tara. Votre nom figure sur l’un des sièges de la grande salle. Quelle est votre relation avec ce lieu ?

J’aide la cinémathèque depuis maintenant 10 ans, à l’époque où l’artiste Yto Barrada la dirigeait. J’aime beaucoup son travail. Cette cinémathèque a besoin d’être soutenue, c’est un lieu qui reçoit beaucoup de jeunes. Le cinéma rif, situé en haut du grand soko, est un endroit mythique parce qu’il s’agit du premier cinéma de Tanger. A présent, il abrite aussi un café où les gens se retrouvent. Pour moi cette cinémathèque est en quelque sorte le poumon de la ville.

Cette année, Tara a accueilli 11 artistes en résidence, que vous avez sélectionnés sur dossiers. Est-ce important pour vous que des univers très différents comme celui de la science et de l’art se rencontrent ?

Je pense que ces gens ont beaucoup de choses à se dire, à découvrir les uns des autres, donc oui, pour moi c’est très important. J’ai tenu à avoir des artistes à bord depuis longtemps, parce que je ne peux pas vivre sans art. Il m’a toujours nourri, aussi bien la musique que les arts plastiques et les artistes mettent souvent le doigt sur ce que les autres ne voient pas.

Je viens de croiser Malik Nejmi, qui a débarqué à Tanger. Nous allons l’exposer à Paris Photo. L’accrochage est prévu lundi et nous ouvrons mardi. Cette année, les thèmes seront l’intimité et la Méditerranée. Nous allons aussi exposer les photos de Nan Goldin de 1976 ou 1983-86, parce que j’étais la première à représenter cette grande photographe de l’intime, et puis il y aura les photos d’Hervé Guibert.

Cette 10ème expédition Tara s’est concentrée sur l’étude de la pollution plastique et certains artistes se sont appuyés sur cette thématique pour travailler. Qu’est ce que ce sujet vous inspire ? 

En ce qui me concerne, je refuse les sacs plastiques. Je pense que ça serait un moyen formidable que les gens disent : « non merci, je ne veux pas de plastique » lorsqu’on leur en propose dans les épiceries , les pharmacies ou sur le marché. Si tout le monde disait « plastique, non merci », ça serait un bon début. Ici, à Tanger, lorsqu’on vous tend un plastique, on vous fait un cadeau…, mais ces sacs s’envolent facilement, tels de petits cerfs-volants, il y en a jusque dans le désert.

Quels sont vos souhaits pour le futur de Tara ?

Ce sont les générations futures qui se serviront de Tara, Tara c’est le long terme, jusqu’en 2050 ou plus longtemps j’espère et il y aura peut-être un autre Tara, un petit-fils…

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

Montage sonore : visite de la médina de Tanger

Accueillis par des associations locales lors de l’escale tangéroise, les Taranautes ont suivi une visite guidée de la médina. Du port jusqu’au coeur de la vieille ville, ils ont découvert son histoire et ses caractéristiques. En circulant dans ce dédale de ruelles étroites, les 15 équipiers n’ont pas réussi à rester groupés très longtemps. Perdus à l’entrée de la casbah, Amanda, Mathieu et Noëlie ont prolongé leur promenade au gré des rencontres. Visite en images…

© N.Pansiot/Tara Expéditions

« Equinoxes »

Depuis l’escale à Bizerte (Tunisie), Tara s’est féminisé, certains l’appellent même avec humour le « pink boat ». Il est vrai que les femmes sont majoritaires, elles sont au nombre de 7 contre 5 pour les hommes. Cette traversée Alger-Marseille, fait aussi la part belle aux artistes.

Lola Reboud est l’une d’entre elle. Photographe, elle arpente le bateau appareils photo en bandoulière, à heures fixes, pour réaliser un projet baptisé « Equinoxes ».

Peux-tu te présenter et nous parler de ton projet à bord ?

Je suis en résidence à bord de Tara, entre Bizerte et Marseille, pendant le mois de septembre, ce mois qui correspond à la période des équinoxes*. Avant de partir, j’ai écrit un projet du même nom dédié à la couleur bleue de la mer Méditerranée. Si je fais avant tout de la photo, il s‘agit aussi de réaliser une carte marine et une vidéo.

Cette couleur bleue est envisagée dans les variations du prisme chromatique et climatique. Les photos sont prises le matin, le midi et le soir. J’envisage ensuite de mettre en forme une carte basée sur les éléments qui sont collectés par les scientifiques ; autrement dit des données numériques parce qu’aujourd’hui, c’est aussi ainsi que l’on fait de la cartographie. Il me faudra ensuite trouver la modélisation graphique la plus juste, en 2D ou 3D. A cela s’ajoute le film, toujours des vues de la mer, dans ses variations chromatiques, associées au portrait de Marie Barbieux, scientifique que j’ai rencontrée à bord et qui prépare sa thèse sur la couleur de l’océan.

Tu photographies la mer à 3 moments de la journée, peux-tu nous expliquer pour quelles raisons ?

J’ai mis en place un rituel : je fais des photos le matin, à midi et le soir. Le matin la couleur du bleu de l’aube va vers le rouge et les jaunes virent jusqu’à un bleu assez contrasté. A midi, lorsque le soleil est au zénith, tout est bleu azur, et le soir la lumière tend vers le rouge puis revient vers le bleu nuit. A cela s’ajoute aussi les variations plus saisonnières, en fonction de la météo. Tout le prisme chromatique est ainsi représenté dans mes photos.

Finalement cette étendue de bleue n’est jamais la même, et j’ai remarqué que mon œil s’affine incroyablement. Il y a des nuances que j’étais incapable de voir à mon arrivée sur Tara. Au début je ne percevais qu’une masse et maintenant je visualise de plus en plus de détails, auxquels je fais attention à chaque réglage de prise de vue. Cette mer m’apparaît en fait un peu comme une couverture de survie très fine. Les échanges avec les scientifiques et les marins, les prélèvements qu’ils réalisent chaque jour – collecte de plancton et de plastique – nous font prendre conscience à tous à bord de la densité de vie et de pollution que cette eau contient et que nous ne percevons pas de prime abord.

Quelle est ta relation à la science ?

Je suis comme une enfant ! Je n’y connais rien et j’apprends tous les jours. C’est le 4ème projet que je mets en place avec des scientifiques, j’ai travaillé avec des volcanologues, des géographes et à présent, à bord de Tara, avec des océanographes. C’est quelque chose que j’aime beaucoup, un échange de savoir entre deux mondes qui, finalement, se rencontrent peu mais qui sont tout deux dans la recherche.

A bord, j’ai découvert qu’il y avait une sonde qui mesure la couleur de l’océan, l’HTSRB, elle possède un capteur ultra sensible et ça m’a permis d’affiner mon intuition première. La couleur de la mer dépend aussi de la quantité de phytoplancton et des autres particules présentes dans l’eau. Donc cette couleur bleue, relève de choses qu’on ne soupçonne pas, qui sont à peine perceptibles. Je découvre, j’apprends tous les jours sur ce bateau et c’est tout l’enjeu d’être à bord. Si j’étais dans mon atelier, je passerais à côté de tout ces échanges avec les scientifiques et bien sûr avec les marins ! Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la couleur bleue pour son aspect formel, mais c’est l’enjeu climatique qu’il y a derrière et qu’on ne voit pas.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

En savoir plus sur le site de Lola Reboud :

www.lolareboud.com

Lexique :

- Equinoxes* : période qui marque le début du printemps et de l’automne. C’est le moment où l’équateur céleste est caractérisé par la durée égale du jour et de la nuit en tout point de la surface terrestre.

- HTSRB: Hyperspectral Tethered Spectral Radiometer Buoy

 

 

En video : Visite à Alger

Artiste Franco-algérienne, Katia Kameli nous guide à travers les rues d’Alger.

Vidéaste et photographe, elle travaille sur “l’entre deux” et pour elle, la colonisation entre dans cette thématique. Voilà pourquoi Katia a embarqué sur Tara pour effectuer la traversée Alger-Marseille. L’artiste a déjà réalisé 6 vidéos en Algérie et une nouvelle oeuvre devrait naître après son passage à bord de la goélette.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

En savoir plus :

- Les vidéos de Katia Kameli

 

Portrait d’un marin artiste

François Aurat, chef de pont, est le marin ayant passé le plus de temps à bord de Tara ces dernières années. Dès qu’il a un moment de libre, François a pris l’habitude de sortir son appareil photo pour profiter de l’immense variété de sujets offerte par les aventures de la goélette autour du monde. De quoi ramener plusieurs milliers de photographies prises en escale, depuis le haut du mât ou encore avec le drone arrivé depuis peu à bord.

Y.Chavance/Tara Expéditions

L’Art dans la peau

On dit souvent qu’un tatouage raconte une histoire, une partie de sa vie. Spencer Lowell, artiste américain en résidence sur Tara, en est couvert. S’il explique que ses tatouages n’ont pas vraiment de signification, ceux-ci révèlent tout de même certaines facettes de cet artiste hors du commun.

C’est à Los Angeles, sa ville natale, que Spencer fait son premier tatouage à 18 ans : cinq étoiles sur le torse. Lorsqu’on lui demande pourquoi ce dessin, la réponse est lapidaire : « Il n’y a pas de raisons. Je voulais un tatouage et j’aime les étoiles ». La même année, il choisit un trèfle à quatre feuilles, sur le crane. Là encore, sans raison particulière, ne se considérant pas comme superstitieux. « Juste au cas où », glisse-t-il tout de même. « Parfois, j’ai une idée le matin, et je me la fait tatouer l’après-midi, je préfère ne pas prendre ça au sérieux. C’est une façon de ne pas me prendre trop au sérieux non plus : quand mon égo prend le dessus, mes tatouages me remettent les pieds sur terre ».

A l’époque, Spencer reste tout de même prudent. S’il choisit le crâne pour ce nouveau tatouage, c’est pour qu’il puisse le dissimuler si besoin. « Je ne savais pas encore ce que je voulais faire : je commençais tout juste à faire de la photo et j’aimais déjà ça, mais je n’était pas sûr d’en faire mon métier ». Puis l’artiste change de point de vue, sur ses tatouages, mais surtout sur le sens de sa vie. « Avant, je me disais que ces tatouages resteraient pour toujours, mais j’ai pris conscience que rien n’est éternel. Un jour, mon corps ne sera plus là, et mes tatouages disparaîtront avec lui ».

Spencer Lowell commence alors à multiplier les tatouages, sans s’en cacher. Sur le bras gauche, il fait inscrire une phrase tirée d’une chanson de John Lennon : Life is what happens when you’re busy making other plans (« La vie est ce qui survient lorsque l’on est occupé à faire d’autres projets »). Une façon pour lui de se rappeler que l’avenir n’est pas toujours entre ses mains. « Je fais juste partie du voyage, dit-il. Un passager ». Sur le ventre, deux oiseaux autour d’une fleur, symbolisant pour lui l’harmonie. Une dualité que l’on retrouve sur bon nombre de ses tatouages, comme cette bande blanche sur l’avant-bras faisant face à une bande noire sur l’autre avant-bras. « C’est le positif et le négatif, décrit-t-il. De façon générale, je suis toujours en quête d’un équilibre ».

Puis Spencer décide de prolonger cette bande noire sur l’intégralité de son bras gauche, en ne laissant qu’un espace vide : un atome, entouré de ses électrons. « Je trouvais ça intéressant, car c’est le symbole de la matière, et il apparaît grâce à l’absence d’encre, donc de matière ». Un jeu intellectuel avec le tatouage qui atteint son paroxysme avec la date inscrite sur son pied droit : lundi 5 juin 2006. Que s’est-il passé ce jour là ? Absolument rien. C’est simplement le jour où ce tatouage a été réalisé. Un clin d’œil sous forme de mise en abîme qui amuse beaucoup l’artiste…

Au fil des années, les différents tatouages de Spencer reflètent de plus en plus ses passions : l’art et les sciences. Sur les phalanges de sa main gauche est ainsi inscrite la célèbre formule d’Einstein : E=mC2. « J’aime beaucoup photographier la science, car j’aime comprendre comment fonctionnent les choses. Avec au final, l’envie de saisir la nature de l’Univers ». Sur les phalanges de sa main droites, comme une réponse à la science, il fait inscrire les lettres CMYK, pour Cyan, Magenta Jaune et Noir. « Ce sont les couleurs utilisées en imprimerie. On peut faire toutes les couleurs en partant de celles-ci, explique-t-il. Pour moi, ça représente l’Art. C’est complémentaire avec la science, l’Art vient du cœur, la science de la tête, mais les deux font la même chose : tenter de trouver des réponses ».

L’artiste américain à bord, Spencer Lowell, se révèle à travers ses tatouages.

Difficile de passer ainsi en revue les dizaines de tatouages étranges, poétiques, drôles ou métaphysiques de Spencer Lowell. Une dernière question tout de même à cet artiste original : si tu décidais de te faire un tatouage après ton passage sur Tara, que choisirai-tu ? Après quelques secondes de réflexion, la réponse est surprenante, comme souvent avec Spencer Lowell : le crocodile gonflable en plastique, repêché quelques jours auparavant lorsque nous étions en mer, flottant au milieu de l’océan. Et lorsqu’on lui demande pourquoi ce choix étrange, la réponse est immanquablement la même que celle donnée pour presque chacun de ses tatouages, lancée avec un petit sourire en coin : « pourquoi pas ? »

 

Yann Chavance

 

Articles associés :

-Retrouvez les clichés de Spencer Lowell dans notre médiathèque

-Découvrez l’univers des artistes ayant voyagé à bord de Tara

-Suivez la programmation des expositions de la Base Tara

Résidences d’artistes pendant l’expédition Tara Méditerranée


Tara Expéditions organise des missions scientifiques, artistiques et éducatives avec le voilier d’exploration Tara. A l’image des expéditions du XIXème siècle, scientifiques et artistes se côtoient sur Tara pour partager une même expérience.

En 2013 à l’occasion des 10 ans de Tara Expéditions, l’exposition collective Tara 10 ans, 20 regards d’artistes avait déjà réuni sur les murs de la maison agnès b. le travail d’une vingtaine d’artistes embarqués à bord du bateau. Pour 2015, une nouvelle exposition se prépare, cette fois à la Base Tara, suite à l’expédition Tara Méditerranée 2014.

agnès b., propriétaire et mécène de Tara mais aussi galeriste, styliste et collectionneuse depuis 30 ans, soutient les artistes à travers sa Galerie du Jour à Paris et sa collection d’art. C’est ainsi naturellement qu’elle invite régulièrement, avec Etienne Bourgois, des artistes à bord de Tara. Leur présence à bord devient ainsi une manière de sensibiliser à l’environnement autrement, à un public plus large. Dans ce cadre, un comité de sélection s’est réuni cette année pour choisir parmi les nombreuses candidatures, des projets pour des résidences à bord de 2 à 3 semaines pendant Tara Méditerranée.

10 artistes de 4 nationalités différentes ont été sélectionnés pour poser leur regard sur l’expédition :
- Yoann Lelong (vidéo) des Embiez à Monaco
- Spencer Lowell (photo et vidéo) d’ Antibes à Cala Gonone
- Carly Steinbrunn (photo) de Cala Gonone à Athènes
- Lorraine Féline  (vidéo) de Cala Gonone à Athènes
- Emmanuel Régent (dessin et installations) d’Athènes à Tel Aviv
- Christian Revest (peinture et gravure) de Haifa à Bizerte
- Lola Reboud (photo/ vidéo) de Bizerte à Marseille
- Katia Kameli (vidéo) d’Alger à St Tropez
- Sylvain Couzinet Jacques (photo 3D) de St Tropez à Calvi
- Malik Nejmi (photo / film)    de Genes à Tanger

Début 2015, une exposition collective de ces artistes sera donc organisée à la suite de l’expédition Tara Méditerranée à la Base Tara, le nouveau espace de Tara Expéditions. D’une surface de 400m2 sur le Port de l’Arsenal à la Bastille (11 boulevard Bourdon, dans le 4e arrondissement de Paris) il accueillera librement également des projections, visites et conférences à partir du 2 juin 2014.
Une première exposition réalisée par les élèves de l’école des Arts Déco y sera présentée jusqu’au 26 juin : Le monde secret du plancton. Cliquez ici pour plus d’informations

EXPOSITION : TARA 10 ANS, 20 REGARDS D’ARTISTES

EXPOSITION : TARA 10 ANS, 20 REGARDS D’ARTISTES
Du 16 décembre 2013 au 10 janvier 2014, ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h
Chez agnès b. 17 rue Dieu, 75010 Paris, métro République
– Entrée gratuite

À l’occasion des 10 ans de Tara Expéditions, les artistes embarqués pendant les expéditions scientifiques à bord du voilier Tara se partagent les murs de la maison agnès b. à Paris du 16 décembre 2013 au 10 janvier 2014. Par ordre chronologique à bord de Tara :

Ariane Michel. Pierre Huyghe. Xavier Veilhan. Sebastião Salgado. Loulou Picasso. Laurent Ballesta. Francis Latreille. François Bernard. Ellie Ga. Vincent Hilaire. Rémi Hamoir. Benjamin Flao. Julien Girardot. Guillaume Bounaud. Aurore de la Morinerie. Mara Haseltine. Giuseppe Zevola. François Aurat. Christian Sardet. Mattias Ormestad. Cedric Guigand.  Alex Dolan. Ho Rui An.
 
Invités par Agnès Troublé et Etienne Bourgois, ils ont eu carte blanche pour poser leur regard sur leur expérience à bord. Pour Tara Expéditions, la présence d’artistes à bord est une manière indispensable de sensibiliser à l’environnement un public plus large.
 
Il y a dix ans sous l’impulsion d’Étienne Bourgois et le soutien d’Agnès Troublé le projet Tara Expéditions naissait pour promouvoir la connaissance et la sauvegarde des océans. Ces dix dernières années, six campagnes de quelques mois ont été réalisées entre 2004 et 2006 du Groenland à l’Antarctique, avant le lancement de trois missions exceptionnelles, Tara Arctic (2006- 2008), Tara Oceans (2009-2012) et Tara Oceans Polar Circle (2013) consacrées au climat et à la biodiversité marine. A l’image des expéditions du XIXème, scientifiques et artistes se sont côtoyés sur Tara pour partager une même expérience.
 
agnès b. galeriste, mécène et collectionneuse depuis 30 ans, soutient les artistes à travers la Galerie du Jour à Paris, sa collection d’art, sa galerie boutique 50 Howard Street à New York, également à travers sa galerie librairie de Hong Kong et le « point d’ironie » journal gratuit imaginé en collaboration avec le commissaire d’expositions Hans Ulrich Obrist et l’artiste Christian Boltanski.
 
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www.tara-gallery.com

Les artistes et les œuvres exposés.  Par ordre chronologique à bord de Tara :  

- Ariane Michel : Expédition Groenland 2004
Vidéo : Sur la Terre, 13 min, 2005
Sur une rive sauvage, dans un calme si absolu que l’eau ondule comme de l’huile, une respiration profonde s’élève. Hors du temps et du monde humain, le sommeil des morses est vieux comme la pierre, et se laisse à peine troubler par l’approche d’un intrus.
 
- Pierre Huyghe : Expédition Antarctique 2005
Vidéo : A Journey that wasn’t, 25 min
Courtesy Marian Goodman Gallery, New York
Navigant entre fait et fiction, la pratique artistique de Huyghe épouse cette idée d’une réalité si incroyable que « pour rendre sa vérité, il faut en faire une fiction ». Il fusionne ainsi deux événements dont il est l’initiateur: une expédition en Antarctique afin de découvrir une créature albinos qui, selon certaines rumeurs, existerait sur une île polaire inconnue ayant émergé lors du retrait des glaces, et une reconstitution de ce voyage sous forme de concert et de jeu de lumières complexe qui a eu lieu à Central Park en octobre 2005. Il s’agit, tout à la fois, d’un documentaire sur la nature, d’un film de science-fiction et d’une comédie musicale. L’expérience cinématographique nous fait se promener entre l’exploration du paysage sublime et un spectacle orchestré, nous laissant décider quoi croire. Comme le titre le suggère, même le voyage n’a peut-être jamais eu lieu.
 
- Xavier Veilhan: Expédition Antarctique 2005
Livre à feuilleter Voyage en Antarctique
Xavier Veilhan est venu à bord de Tara avec Pierre Huyghe en 2005 avec des envies multiples mais, à dessein, aucune précise quant au type de production artistique qui émergerait de cette étonnante expédition. Il en prend plus de mille photographies et édite par la suite ce livre rare qui retrace une aventure unique.
 
- Sebastião Salgado : Expédition Antarctique 2005
Photographies tirées du voyage Genesis, Péninsule Antarctique, Passage de Drake, Ile Deception
Pour tenter de retisser les liens entre notre espèce et notre planète, Sebastião Salgado a exploré le monde pendant 8 ans pour montrer la face vierge et pure de la nature et de l’humanité. En 2005, il voyage à bord de Tara en Antarctique pour le chapitre Aux confins du Sud de sa grande exposition Genesis, un portrait de la planète aujourd’hui exposé et édité dans le monde entier.
 
- Loulou Picasso : Expédition en Géorgie du Sud, 2005.
Peintures : Voyage en Géorgie du Sud, Elsehul
 
- Laurent Ballesta : Expédition Patagonie 2006
Photographie : Cap Horn
 
- Francis Latreille : Expédition Tara Arctic 2007
Photographies : Arctique
Spécialiste polaire et photographe, il embarque plusieurs fois à bord de Tara en Antarctique et pendant les expéditions Tara Arctic et Tara Oceans pour apporter son œil sur les pôles.
 
- François Bernard : Expédition Tara Arctic 2006
Photographie : Mise en glace, Après l’hivernage arctique
Spécialiste polaire et guide de haute montagne, François Bernard est aussi un photographe qui connaît les régions polaires comme sa poche, pour les avoir parcourues de long en large depuis plus de vingt ans.
 
- Ellie Ga : Expédition Tara Arctic, 2008
Photographies : Fissures. Collection Fonds Tara
Fascinée par les réussites et les échecs des explorateurs du passé dans leur documentation de “l’inconnu”, Ellie Ga a commencé à cataloguer et à archiver le monde arctique. Elle embarque ainsi à bord de Tara pendant l’expédition Tara Arctic en 2008. Mélangeant des genres narratifs – mémoires et carnet de voyage, l’artiste pousse les limites de la documentation photographique et utilise divers média, aboutissant à des performances et des installations. Son travail explore les distinctions entre documentaire et fiction, les histoires privées et publiques, l’écriture et les inscriptions visuelles, l’image fixe et l’image animée.
 
Cards : Reading the Deck of Tara
Avec un jeu de cartes fait à partir d’images de son voyage en Arctique, Ellie Ga met en lumière notre relation à l’incertitude. En tirant ces cartes, le spectateur approche de manière intime cette expérience dans laquelle l’avenir immédiat dépend des prévisions météorologiques.
 
Vidéos : A Hole to See the Ocean Through, Probabilities, At the Beginning North Was Here
A Hole to See the Ocean Through, Probabilities et At the Beginning North Was Here plongent le spectateur dans les méandres d’une recherche foisonnante, qui oscille entre documentaire et fiction, archive et éphémère, réalité et prédiction. Le moteur du bateau, le crissement de la glace qui se brise ou le tic-tac infernal d’une pendule scandent le déploiement de chacun des récits.
 
- Vincent Hilaire : Expédition Tara Arctic 2008
Photographie : La baleine
Embarqué comme correspondant de bord, l’œil de photographe de Vincent Hilaire passionné de noir et blanc accompagne quotidiennement plusieurs mois de l’expédition Tara Arctic et Tara Oceans.
 
- Rémi Hamoir : Expédition Tara Oceans, 2009
Aquarelles : Les îles grecques, Une île grecque, Tara à quai, Navigation
Peintre, il embarque pour une période brève et intense qui le conduit en Méditerranée de Dubrovnik à Athènes. Un temps plutôt clément lui permet de peindre à tout moment, de capter les variations atmosphériques et lumineuses dont le bateau lui-même peut être l’objet.
 
- Benjamin Flao : Expédition Tara Oceans 2010
Carnets de voyage et portraits
Illustrateur, Benjamin Flao embarque à bord de Tara Dans l’Océan Indien pendant l’expédition Tara Oceans pour réaliser un carnet de voyage.
 
- Julien Girardot : Expédition Tara Oceans, 2010
Photographie : Le bloom
Tara surfe sur un bloom planctonique en Mer d’Oman (bloom : zone de floraison massive de micro-plantes).
 
- Guillaume Bounaud : Expédition Tara Oceans 2010
Photographie : Das Boat noze
Guillaume est photographe sur des plateaux de cinéma et fait des portraits de comédiens. Il embarque à bord de Tara en 2010 en Argentine pendant l’expédition Tara Oceans (entre Buenos Aires et Ushuaia).
 
- Aurore de La Morinerie : Expédition Tara Oceans 2011
Salpe, Estampe, monotype tirage numérique sur papier japon, 2013
À bord de Tara au mois de mai 2011 entre les Galápagos et l’Equateur, en qualité d’artiste invitée, sa recherche s’oriente vers l’abstraction que permet les formes infinies des profondeurs.
 
- Mara G. Haseltine : Expédition Tara Oceans 2011
Sculpture : Coccolithophore
La passion des sciences naturelles est évidente dans les sculptures de Mara G. Haseltine. Même les formes les plus abstraites sont en fait des agrandissements d’images microscopiques, ou sont inspirées des séquences d’acides aminés.
 
- Giuseppe Zevola : Expédition Tara Oceans 2012
Photographie numérique sur film argenté : Tara.
 
- François Aurat : Expédition Tara Oceans Polar Circle 2013
Photographie : Polar Circle
Chef de pont passionné par la photographie, François passe de nombreux mois à bord de Tara depuis 2009 et nous livre son regard sur les expéditions.
 
- Collectif de photographes (Christian Sardet, Cédric Guigand et Mattias Ormestad): Expédition Tara Oceans 2009-2012
Photographies de plancton : Photographier l’invisible
Christian Sardet, est directeur de recherche au CNRS et auteur de nombreuses publications scientifiques. En qualité de co-fondateur et coordinateur de l’expédition Tara Oceans consacré à l’étude globale du plancton, il a initié le projet « Chroniques du Plancton » qui marie art et science pour partager la beauté et la diversité du plancton.
Cedric Guigand est un océanographe biologiste à l’Université de Miami. Son principal intérêt réside dans les nouveaux systèmes d’imagerie de développement pour étudier la répartition du plancton marin et de leur comportement.
Mattias Ormestad est un photographe et un scientifique En 2009, il collabore avec Tara Expéditions sur diverses étapes de l’expédition Tara Oceans.

 
- Alex Dolan : Expédition Tara Oceans Polar Circle 2013
Montage photographique : TARA 1 (scopolamine and ropes)
Alex Dolan (né en 1990, Etats-Unis) est un artiste basé à Portland, Oregon. Son travail utilise un large éventail de supports pour exprimer l’influence des facteurs de tensions contemporaines, par exemple, le réchauffement climatique, la technologie, l’internet. Il a été sélectionné pour monter à bord par Hans Ulrich Obrist et Simon Castets pour 89 plus.
 
- Ho Rui An : Expédition Tara Oceans Polar Circle 2013
Installation de 48 cartes postales : Corpus
Ho Rui An (né en 1990, Singapour) est un artiste/écrivain qui travaille à l’intersection de divers domaines: l’art contemporain, le cinéma, la philosophie, et l’écriture de fiction. Il se considère comme un chercheur et “un interlocuteur des vies sociales, culturelles et institutionnelles de choses esthétiques.” Il a été sélectionné pour monter à bord par Hans Ulrich Obrist et Simon Castets pour 89 plus.

www.tara-gallery.com

A découvrir : Ellie Ga dans la galerie des artistes Tara Expéditions

Clichés d’expé qui font rêver…

Vincent Hilaire, correspondant à bord de Tara et Julien Girardot, marin cuisinier durant l’expédition Tara Oceans, ont présenté ce week-end leurs expositions photographiques au Palais des Congrès de Lorient. Deux artistes, deux styles différents, deux regards mais une même passion: la photographie et un sujet commun: Tara. 

Rencontre avec ceux qui partagent du rêve à travers leurs photos…

Présente-nous ton exposition…

Vincent “D’un pôle à l’autre, la poésie des glaces”, est une exposition de quarante photographies qui réunit deux aventures, l’une au pôle Nord durant Tara Arctic et l’autre au pôle Sud lors de Tara Oceans. Ce sont donc vingt photos de l’Arctique et vingt de l’Antarctique, toutes en noir et blanc, qui ont été prises à trois années d’intervalle mais à la même époque. Ce qui est intéressant, c’est ce contraste entre la nuit polaire et le jour sans fin au pôle sud.

Julien: “Un marathon Unique” compte cinquante photographies prises entre Djibouti et l’île Maurice lors de l’expédition Tara Oceans. C’est une sorte de carnet de voyage où chaque image est accompagnée par un petit texte. Ce sont des photos en couleur, qui abordent des thématiques diverses, la science, la navigation, la vie à bord, les escales, les rencontres…

Que souhaites-tu faire partager à travers ces photos ?

: J’ai eu la chance de voyager dans ces paysages magnifiques que sont les glaces, alors j’ai voulu faire connaître l’ambiance particulière qui se règne là-bas: la beauté de la nature, la pureté des paysages… Au pôle, le temps s’arrête et à chaque seconde tu as l’impression de vivre un moment d’éternité, c’est ce sentiment que je souhaite partager avec le public. Au pôle Sud, en dehors des paysages et Tara, j’ai plutôt photographié les mammifères marins, les manchots… En revanche au pôle Nord, mes photos traduisent plus l’aventure humaine et personnelle que j’ai vécue pendant cinq mois. Je pense que lorsqu’on a ce privilège de s’aventurer sur ces terres, c’est un devoir de transmettre ce que l’on a vu et vécu, de faire rêver les autres…

J: L’aventure à bord de Tara, c’est bien sur la science, mais il y a aussi tous ces échanges entre les hommes, que ce soit à bord ou en escale… J’ai voulu partager les belles rencontres que j’ai faites, même les plus brèves comme avec cette jeune vendeuse de Bombay. J’ai voulu montrer ces moments d’émotion vécus entre hommes, comme par exemple lorsque Abdhu, notre accompagnateur sur les récifs djiboutiens, découvre les photos de Tara en Arctique, il n’avait jamais vu ça. C’est ce genre d’instants touchants, humains, fraternels, que j’aime photographier et partager.

Combien de clichés avais-tu en boite ?

V: Près de 8000 photos pour chaque pôle.

J: Je prends en moyenne à bord près de 1000 photos par mois, alors je devais en avoir 4000 environ…

Comment as-tu choisi tes photos ?

V: Le choix des photos s’est fait en croisant plusieurs critères, l’esthétisme, la poésie, l’impression d’unité… Le trait d’union entre les deux pôles, c’est bien sûr Tara.

J: Dans le choix de mes photos, j’ai pris en compte l’artistique mais aussi le caractère informatif de celles-ci.

Quelle est ta photo préférée ?

V: Pour l’Arctique, c’est “La Baleine”. Tara repose sur la glace, sorte de vaisseau froid échoué dans la nuit sur une croute gelée.
Pour l’Antarctique, c’est le contre jour de l’iceberg dans Antarctic sound, c’est comme un tableau.

: C’est celle de l’envolée d’oiseaux à Saint Brandon. Une couronne d’oiseaux encercle Tara au mouillage, le décor baigne dans une lumière jaune orangée… En plus, bon c’est anecdotique… mais le lieu s’appelle “Cargados Carajos” ce qui signifie la couronne d’oiseaux en portugais. Au-delà de l’image en soi, cette photo me rappelle l’instant magique que j’ai passé seul là-bas…Une fois la photo en boite, je me suis baigné dans ce décor de rêve.

Quelles sont les prochaines dates d’exposition ?

V: Il n’y a rien de défini encore, mais elle va surement voyager en France et je l’espère à l’étranger. Suite à notre passage à New York, j’ai envie qu’elle aille là-bas et j’espère aussi traduire mon livre en anglais.

J: Du 10 juillet au 10 août, “Un marathon unique” sera exposé à Roscoff en extérieur. L’exposition sera enrichie de quarante nouveaux clichés, que j’ai fait lors de mes derniers embarquements en Polynésie et de New York à Lorient.

As-tu d’autres projets personnels en tête ?

V: J’ai envie de travailler, toujours en noir et blanc, sur le thème de l’humain face à la déshumanisation, de montrer ce qui me paraît choquant dans notre société. Et j’espère aussi retourner avec mon appareil dans le désert marocain, c’est là-bas que s’est révélée l’envie de passer du voyage à l’aventure.

J: J’ai un projet de livre photographique sur le thème du renouveau des bateaux traditionnels à voile, dans les lagons polynésiens. Cette idée est née suite à mon passage avec Tara en Polynésie.

Propos recueillis par Anna Deniaud

Souvenirs d’expédition de Sarah et Marc

À la veille de notre arrivée à Lorient, le dernier volet de notre série consacrée aux souvenirs d’expédition, rend hommage aux ingénieurs océanographes. Infatigablement et quelquefois dans des conditions de vent et de mer sportives, Sarah Searson et Marc Picheral, assistés par de nombreux autres ingénieurs océanographes, ont mis à l’eau des milliers de fois divers instruments pour collecter eau et micro-organismes, pendant ces deux ans et demi d’expédition. Contrairement à beaucoup d’autres leurs meilleurs souvenirs ne concernent pas d’escales en particulier.   

Sarah Searson, ingénieur océanographe : 19 mois à bord

- Ton meilleur souvenir ?
- Sarah Searson : « Certainement toutes les rencontres que j’ai faites, les personnes que j’ai connues. Avant d’embarquer sur Tara, j’avais visité de nombreux pays, déjà rencontré beaucoup de gens. Mais là entre ceux qui se sont succédés à bord, les ports d’escales et les visites de Tara un peu partout, j’ai bénéficié d’une fenêtre extraordinaire sur le monde.
Et c’est d’ailleurs pareil en sens inverse, je crois, pour tous ceux que nous avons rencontrés, Tara leur a donné quelquefois au gré de ces échanges une autre ouverture sur le monde, sur notre monde ».  

- Qu’est ce que représente pour toi Tara ?

-Sarah Searson : « Avant d’embarquer sur Tara, j’avais déjà travaillé sur une quarantaine de navires, tous beaucoup plus grands. Et au final, j’aime plus Tara que les autres pour cette raison. Nous y vivons plus en communauté, tout le monde aide et pas seulement quand ça concerne uniquement ton cœur de métier.
Au départ, j’avais même des doutes sur notre capacité à faire de la science de haut niveau à bord de Tara, à cause de son roulis, à cause de sa taille justement. Mais maintenant je suis très fière de ce que nous avons accompli avec Marc (NDLR : Picheral). Nous avons collecté le maximum de ce que nous pouvions imaginer, je suis très fière et surprise en même temps avec le recul de cette réussite ».

-Y a-t-il un esprit Tara Oceans ?
-Sarah Searson : « Il y a toujours un esprit différent sur les bateaux quelqu’ils soient, c’est parce que tout le monde vit ensemble dans le même espace. A mon avis, il y a effectivement un esprit Tara Oceans, parce que pendant cette expédition beaucoup de gens sont revenus à bord à plusieurs reprises. C’est bon de revoir les gens, ça permet de mieux les connaître peu à peu, et c’est comme ça que la communauté s’est créée. Il y aura toujours eu une bonne camaraderie à chaque étape, du début à la fin ». 

Marc Picheral, ingénieur océanographe : 10 mois à bord

- Ton meilleur souvenir ?
- Marc Picheral : « C’est l’arrivée sous voiles au portant, sur l’île de Sainte-Hélène dans l’Atlantique sud avec une excellente équipe. Nous étions à dix nœuds, et c’était pour moi la première fois de toute l’expédition que j’avais les sensations d’être sur un voilier. Tara naviguait bien, tout roulait.
Avant en Méditerranée, on avait eu beaucoup plus de vent aux alentours de 60 noeuds, mais là pour le coup ce n’était pas vraiment du plaisir. Ensuite, on avait essuyé aussi un coup de chien entre Beyrouth et Port Saïd. Et puis dans l’Indien, on a crevé de chaud, mais surtout on n’a pas eu un souffle de vent ! Et puis enfin Eole a été avec nous ».   


- Qu’est-ce que représente pour toi Tara ?

- Marc Picheral : « Pour moi Tara c’était d’abord Antarctica. Un bateau mythique. J’avais déjà un peu navigué à son bord à l’époque, pour une formation à la mise à l’eau d’instruments océanographiques.
Tara à proprement parler, c’était avant tout un challenge professionnel. Comme Sarah, je ne croyais pas vraiment au début à nos chances de ramener des échantillons et des mesures de première qualité dans le cadre de Tara Oceans. Maintenant, alors que nous rentrons à Lorient, je peux dire que Tara est devenu un vrai navire de recherche. Le mythe initial d’un voilier d’aventure a pour moi laissé place à la réalité d’un bateau de travail ».

- Y a-t-il un esprit Tara Oceans ?
- Marc Picheral : « Pour moi Tara est avant tout une plate-forme de travail avec des contraintes qui peuvent se changer en histoires humaines. Dès que tu passes du temps sur n’importe quel bateau tu crées des liens, la seule différence ici c’est qu’on a passé beaucoup de temps, c’est là que se trouve la différence, et la cause de ces relations ».

Propos recueillis par Vincent Hilaire