De retour en Méditerranée, Tara traque la pollution des fleuves

Tara est de retour pour étudier le plastique en Méditerranée ! L’intérêt de la Fondation Tara Océan pour le plastique n’est pas nouvelle, et elle est pleinement justifiée. Le problème est devenu si important que l’on parle désormais volontiers de « continent » pour qualifier les milliards de fragments de plastique disséminés dans les océans. Cinq ans après sa première expédition entièrement dédiée à la pollution en mer, les recherches se poursuivent. Non, on ne sait pas tout du comportement du plastique et de son impact sur la biodiversité marine.

2014 : évaluer le stock de plastique et étudier sa relation avec le vivant

Voilà déjà presque dix ans que les scientifiques de Tara s’intéressent au problème du plastique en mer : après avoir constaté que ce dernier se trouvait absolument partout, l’expédition Tara Méditerranée en 2014 a permis de révéler que les microplastiques y sont quatre fois plus concentrés que dans le gyre du Pacifique Nord. Les scientifiques ont également étudié la vie associée à ces minuscules fragments.

Aujourd’hui, ils définissent volontiers le plastique comme « un nouvel écosystème », car « des microorganismes minoritaires dans la colonne d’eau ont trouvé un nouvel habitat, où ils se sentent particulièrement bien et donc prolifèrent », explique Jean-François Ghiglione, écotoxicologue au CNRS et directeur scientifique de la nouvelle Mission microplastiques 2019.

2019_07_28_Hoedic_Huitre-plastique©Lucas_Blijdorp_Fondation_Tara_OceanMorceau de polystyrène retrouvé dans une huître © Lucas Blijdorp / Fondation Tara Océan

2019 : étudier les flux de plastique pour lutter contre leur dispersion

Forte de ces premiers travaux de quantification et de qualification des microplastiques en Méditerranée, la goélette est de retour dans cette mer semi-fermée si particulière. Elle navigue en mer bien sûr, mais surtout, elle remonte trois grands fleuves prenant leur source en Espagne (Èbre), en Italie (Tibre) et en France (Rhône), mais ayant tous pour destination finale la Méditerranée. La nouvelle Mission microplastiques 2019 de la Fondation Tara Océan est motivée par le fait que 80 % du plastique en mer provient des continents et que les microplastiques représentent 60 à 80 % du plastique présent dans les fleuves.

DCIM101MEDIADJI_0007.JPGPrélèvement de microorganismes et microplastiques dans l’Èbre (Espagne) avec un filet Manta © François Aurat / Fondation Tara Océan

Étant donné la gravité du problème et l’état balbutiant des travaux sur le sujet, l’urgence est d’autant plus pressante. « Le problème du plastique n’a aucune solution en mer. Ce qu’il faut à présent, c’est comprendre les sources que sont les fleuves et caractériser l’originalité de chacun d’entre eux », ajoute Jean-François Ghiglione.

Les scientifiques impliqués dans la mission effectuent des prélèvements d’eau, de microplastiques et de plancton, en mer, dans les estuaires, ainsi qu’à différents endroits stratégiques des fleuves pour évaluer l’impact des grandes villes.

« Nous allons également nous intéresser aux microorganismes vivant sur ces déchets, ainsi qu’à d’autres organismes comme les moules, les huîtres, les oursins et les bars afin de comprendre la bioaccumulation des polluants attachés aux plastiques ». À ces mesures viendra se greffer une modélisation à l’échelle du bassin méditerranéen, permettant de décrire et de comparer les influences de ces trois fleuves sur les apports de plastique en Méditerranée.

Margaux Gaubert, journaliste

Des coraux résistants à la chaleur de l’activité volcanique?

Ce mardi 14 novembre à 15h30 locale, Tara est arrivée à quelques kilomètres de Kimbe, capitale de la province de la Nouvelle-Bretagne occidentale. Longeant la côte nord de cette île de Papouasie Nouvelle-Guinée, nous avons accompli les derniers miles sans vent et à l’aide des moteurs.

Simon Rigal, capitaine de Tara depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande) va quitter le bord en passant le relais à Samuel Audrain.

Avec 110 kilomètres de large pour 60 de long, Kimbe Bay est considérée comme le cœur du Triangle de Corail. Pour l’équipe scientifique emmenée par Rebecca Vega Thurber (Oregon State University), trois nouveaux sites d’échantillonnage y sont prévus.

 

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Les “bateaux-île” sur le chemin © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Une succession de volcans, dont certains encore en activité. Des îles-bateaux dont la coque est de la pierre de lave au-dessus de laquelle s’épanouit une végétation luxuriante, tropicale. Pendant ces dernières heures de navigation, le paysage ne cessait de nous raconter que nous nous rapprochions de l’équateur et de l’Indonésie. Ce soir, bien à l’abri au mouillage, Tara n’est plus qu’à 5° sud de cette ligne qui sépare la planète bleue en deux hémisphères.

Nous ne sommes pas là par hasard : Kimbe Bay est un site majeur de la biodiversité et comprendrait à lui seul 60% des espèces de coraux présents dans la zone Indo-pacifique. Ce cœur du Triangle de Corail serait d’ailleurs le lieu d’origine de tous les coraux. Selon Alfred Yohang Ko’ou, notre observateur scientifique papou, bientôt débarquant, « c’est ici le berceau, le nid premier de tous les coraux du Pacifique. Les courants océaniques auraient ensuite fait le reste en disséminant ces souches-mères ».

Une première plongée de repérage et d’échantillonnage a déjà eu lieu à l’entrée de Kimbe Bay. Elle a confirmé l’extraordinaire biodiversité et santé du polype dans ces eaux très chaudes, en moyenne autour de 30°C. C’est d’ailleurs un autre point qui intéresse particulièrement les chercheurs : Pourquoi le corail ne subit-il pas de blanchissement dans des eaux aussi chaudes ? Les coraux de Kimbe Bay apporteront ils de nouveaux éléments pour comprendre plus finement pourquoi ces colonies résistent à de telles températures, liées à une activité volcanique environnante intense ?

 

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La Papouasie Nouvelle-Guinée : pays des volcans et des coraux © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Car à deux pas d’ici, au milieu d’un parc de plus d’une centaine de volcans visibles depuis le bord, nous avons eu la chance de longer, en toute sécurité, les plus destructeurs de cette zone : les monts Vulcan et Tavurvur, proches de la nouvelle Rabaul. Alors que des fumerolles s’échappent encore de la caldeira du Vulcan, avec de fortes odeurs de souffre, l’histoire nous rappelle que ces géants en partie endormis ont littéralement englouti l’ancienne Rabaul en 1994. Une Pompéi papoue toujours enfouie sous une lave aujourd’hui solidifiée.

Le corail vit donc ici dans des eaux dont les températures sont, entre autre, influencées par cet environnement, où les stress thermiques se conjuguent. Ces nouvelles plongées, dans le cadre de l’expédition Tara Pacific, s’avèrent donc passionnantes.

 

Vincent Hilaire

 

Kikaijima, entre passé et présent

Arriver par la mer c’est appréhender un lieu autrement, prendre le temps de le découvrir. D’abord son relief, puis ses couleurs et enfin sa géologie. De loin, la petite île de Kikai ne dévoile pas tous ses atouts : des falaises calcaires, une surface plate, des champs de canne à sucre et un climat indiquant l’arrivée en zone tropicale… Pendant deux jours, les Taranautes ont eu le temps de l’observer à distance, au mouillage. 48h d’attente, avant de fouler son sol, ou plutôt ses débris de coraux. Le temps nécessaire aux scientifiques pour réaliser leurs ballets sub-aquatiques, répétant les mêmes gestes sur la scène du récif corallien.

 

At_sea_credit_Nicolas_FlochTara a quitté l’île principale japonaise, et met le cap vers Kikaijima  © Nicolas Floc’h / Fondation Tara Expéditions

 

En japonais, Kikaijima signifie « l’île du plaisir ». De quoi attiser la curiosité d’une équipe de marins ! Située entre l’est de la mer de Chine et le Pacifique, entre zone tempérée et zone tropicale, Kikaijima est pour le moins atypique. Chaque année, le plateau corallien qui constitue cette petite île s’élève un peu plus. Car sous les pieds de ses 7600 habitants, la tectonique des plaques opère discrètement.

Il y a 100 000 ans, Kikaijima était un récif corallien comme les autres : une colonie d’animaux bâtissant une oasis de biodiversité sous la surface. Puis, poussé par les forces telluriques* pendant des millénaires, le récif a atteint la surface et culmine à présent à 214 m au-dessus du niveau de la mer. Pas étonnant alors, que cette île isolée de l’archipel d’Amani attire l’attention des géologues. Sa vitesse d’élévation actuelle les impressionne : 2 mm par an. L’une des plus rapides au monde, avec l’île de la Barbade, dans les Caraïbes ou la Péninsule d’Huon, en Papouasie Nouvelle-Guinée.

Aujourd’hui, la vie à Kikaijima n’a rien à voir avec la frénésie des grandes villes nippones. Et pour les insulaires vivant sur ces 53 km2 de calcaire, les préoccupations quotidiennes sont probablement plus importantes que les originalités géologiques de l’île. En débarquant sur Kikai, on en perçoit vite la douceur de vivre. Un peu de pêche, un peu d’agriculture… Un seul grand supermarché, où était épinglée une affiche annonçant la venue de Tara. Et depuis seulement deux ans, un nouveau bâtiment domine le port de pêche : The Coral Reef Institute. Un lieu imaginé par Tsuyoshi Watanabe et Atsuko Yamazaki, que les Taranautes ont rencontrés sous le joli ficus de l’Institut, lors d’une soirée organisée en leur l’honneur.

 

Comité_accueil_credit_Noelie_Pansiot-2190107Chaleureux comité d’accueil à l’arrivée de Tara devant l’île de Kikaijima © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Tsuyoshi Watanabe est maître de conférence à l’Université d’Hokkaido et spécialiste en paléoclimat et géologie : « Après avoir voyagé autour du monde, nous avons réalisé que les gens d’ici ne savaient rien au sujet du corail. En général, les scientifiques visitent un lieu, collectent quelques échantillons, les rapportent dans leurs laboratoires. Nous avons donc décidé d’établir cet Institut afin de partager nos connaissances. A présent, les enfants de l’île connaissent le corail et ça nous rend fier. »

Il faut donc fouiller dans le passé, se pencher sur la géologie de l’île ou s’intéresser à sa géographie pour en comprendre toute sa singularité. « Ce plateau corallien a connu différentes périodes climatiques… », précise Tsuyoshi. « En l’étudiant, nous pouvons remonter dans le temps, pour mieux comprendre l’écosystème corallien passé, sa paléo biodiversité… Cela pourrait nous donner de précieuses informations sur le futur de notre environnement. Kikaijima se situe à une frontière entre passé et présent. C’est une île unique ! »

 

Noëlie Pansiot

 

Tellurique* : qui concerne la Terre.

 

Takeshi Kitano, Ambassadeur de Tara.

Au Japon, Tara ouvre un nouveau chapitre.
Le projet rayonne aujourd’hui en dehors des frontières françaises et est reconnu d’utilité publique. Rien n’aurait été possible sans le soutien des amis et partenaires de Tara : agnès b., Fondation Véolia, Fondation Prince Albert II de Monaco et bien d’autres.

Dans l’archipel nippon, la goélette est parrainée par une personnalité incontournable : Monsieur Takeshi Kitano, cinéaste et acteur d’envergure. Très jeune, il découvre Cousteau et commence à se passionner pour l’océan. Ambassadeur de Tara au Japon depuis plus de 2 ans, il a pu enfin découvrir la goélette à l’occasion de sa première venue dans l’archipel. Visite en images.

 

Ogasawara, un environnement unique à préserver

Les îles d’Ogasawara possèdent des environnements terrestres et marins uniques au monde, qui en font un véritable laboratoire pour l’étude de la biodiversité, mais également un révélateur des changements à échelle plus globale. Un endroit idéal pour la première rencontre de Tara avec le Japon, et la poursuite de l’étude de la biodiversité des récifs coralliens avec l’expédition Tara Pacific.

 

© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

Questions-réponses de Martin Hertau, capitaine de Tara

Après avoir embarqué sur Tara en octobre dernier à Moorea, Martin a piloté la goélette sur près de 8 500 milles nautiques reliant 16 atolls, 11 îles et 8 pays avant d’atteindre Fukuoka (Japon) après 5 mois et 1 semaine de navigation. Retour sur cette expérience extraordinaire à travers le Pacifique.

 

Martin Hertau rencontre le roi de WallisMartin Hertau, capitaine, présente Tara au roi de Wallis © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

Comment vous sentez-vous à l’idée de visiter le Japon pour la première fois ?

Je suis très heureux de découvrir le Japon ! Je me souviens, plus jeune, au lycée, j’ai participé à un festival du film où l’invité d’honneur était japonais. Je ne connaissais pas grand-chose du pays du Soleil Levant, c’est lors de ce festival j’ai rencontré des artistes japonais et j’ai vu beaucoup de films. Depuis, je reste fasciné par cette impression, ce subtil mélange de modernité et de tradition qui se dégage du Japon. J’ai toujours su que je visiterais l’archipel nippon un jour… aujourd’hui j’ai la chance de réaliser ce rêve avec Tara (sourire).

 

Où avez-vous commencé ce voyage, combien de temps avez-vous été à bord, et quels ont été les faits marquants de cette étape pour vous ?

Les scientifiques à bord ont collecté des milliers d’échantillons, nous avons réalisé des centaines de plongées, des dizaines de scientifiques et de membres d’équipage se sont relayés à bord. Souvent, cela s’est fait sous une chaleur insupportable ! C’est très éprouvant de vivre et travailler sur un bateau construit pour l’Arctique sous l’équateur.

J’ai beau naviguer depuis des années, cette première traversée du Pacifique a été une expérience vraiment très riche, remplie de toute sortes d’émotions et d’expériences incroyables. Nous avons rencontré des Rois et des Chefs coutumiers, passé la nuit dans un fale (hutte traditionnelle), assisté à un service religieux sur de toutes petites iles, ou encore mangé du porc cuit dans un four traditionnel…. C’est très fort, ce sont des lieux très reculés.

 

Chief Scientist Didier Zoccola and Captain Martain Hertau hold an early morning press conference with NOAA in Washington DC_photo credit Sarah FretwellDidier Zoccola, chef scientifique, et Martin Hertau, capitaine, en vidéo conférence avec l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), basée à Washington DC © Sarah Fretwell/ Fondation Tara Expéditions

 

La patience a été la clé de la navigation dans le Pacifique. Les longues heures passées dans les bureaux gouvernementaux à effectuer les démarches administratives nous ont permis de rencontrer les gens, discuter, puis échanger au sujet de leurs îles, de leur mode de vie et des mesures mises en place ou non pour protéger l’environnement.
J’ai rencontré beaucoup de gens avec des points de vue surprenants sur les impacts du changement climatique. Aux Tuvalu, pendant que nous attendions les permis, j’ai interrogé une administratrice au sujet de la hausse du niveau des mers. Elle m’a répondu : « Cela ne nous pose pas de problème. Dieu a un plan pour chacun d’entre nous, il a donc un plan nous concernant. »
J’en ai passé des heures à compléter des documents relatifs au bateau ! Pour obtenir l’autorisation d’entrer et de sortir de chaque port et essayer d’obtenir les permis CITES pour les échantillons de coraux.

J’ai vraiment été impressionné par l’environnement tropical luxuriant des Tuamotu. Ça comble les rêves de Polynésie de tout occidental (sourire). Nous avons souvent été entourés par des baleines à bosse et avons même nagé avec elles. L’atoll de Wallis nous a offert une vision magique lorsque nous sommes arrivés après 4 jours de navigation. Une lumière incroyable éclairait l’eau d’un bleu vif, qui contrastait avec le vert des arbres endémiques.

Avant Futuna, 50% des plongées que nous faisions, c’était sur des récifs blanchis et morts. Nous avons tous eu le sentiment à bord d’être les témoins de la disparition de l’écosystème corallien. Mais les plongées autour de l’île d’Alofi ont été les plus belles que nous ayons connu au cours des 4 derniers mois – colorées et pleines de vie. Je garde au fond de la rétine de magnifiques plongées de nuit avec des serpents de mer à Niue et ou sur des épaves incroyables aux îles Chuuk.

 

Captain Martain Hertau and Chief Engineer Daniel Cron upon finding the boats telegraph on Fujikawa shipwreck_photo credit Pete WestLe capitaine Martin Hertau et l’ingénieur en chef Daniel Cron après avoir découvert le transmetteur d’ordres sur l’épave du Fujikawa © Pete West/ BioQuest Studios 

Quel est le défi le plus important en tant que capitaine à bord de Tara ?

La vie à bord est intense. La mission de Tara est très ambitieuse et il n’est pas toujours facile de coordonner la science, les relations publiques, les horaires serrés et les conditions météorologiques. Il y a toujours une nouvelle destination, chaque escale est différente, et on doit faire face à chaque situation pour assurer le bon déroulement de l’expédition. C’est un défi constant ! Les semaines sont passées à une vitesse folle.

 

Que prévoyez-vous de faire après avoir débarqué ?

Ce n’est pas encore décidé. J’attends une réponse concernant le certificat de marin. J’ai 2 options qui conduiront à des chemins complètement différents. Soit je retourne sur mon bateau au Guatemala et prends un peu de repos, soit je retourne étudier l’année prochaine pour obtenir un brevet de capitaine supérieur. A suivre !

Merci Martin…

 Sarah Fretwell

Vidéo: Les épaves toxiques du Pacifique

Le lagon de Chuuk, en Micronésie, est connu des plongeurs du monde entier pour ses 52 épaves de navires de la Seconde Guerre Mondiale, et l’incroyable biodiversité corallienne qui les habite. Mais ce que beaucoup ne savent pas, c’est que ces “trésors” libèrent du carburant, au fur et à mesure que le sel corrode les réservoirs. Et ils renferment également des munitions, non désarmées…

Pour la biodiversité marine et les communautés qui dépendent de l’Océan pour leur survie, ces épaves sont littéralement des bombes à retardement. Il va falloir payer des millions de dollars pour pomper les restes de carburants, avant que les réservoirs ne soient complètement corrodés et impactent gravement le lagon et ses habitants. Mais à qui envoyer la facture…?

© Sarah Fretwell / Fondation Tara Expeditions

Vidéo : Biologiste marin à bord de Tara

Vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemble le travail d’un scientifique, loin de tout, conduisant des recherches fondamentales sur l’état de santé de l’océan ?
Rencontrez la biologiste marine Océane Salles, âgé de 27 ans, qui travaille actuellement sur l’expédition Tara Pacific. Elle nous en dit plus sur sa relation avec l’océan, le travail qu’elle fait, et son expérience à bord de la goélette Tara.

© Fondation Tara Expéditions

Tristes nouvelles des îles Chuuk

A Chuuk, en Micronésie, l’équipage de Tara a observé une fois encore des récifs coralliens fortement affectés par la hausse des températures. De nombreuses colonies ont blanchi, le taux de mortalité est important. Les rapports indiquent que les conditions sont potentiellement plus graves encore à Guam.

Peu de données avaient été publiées avant 2016 sur l’état de santé des récifs aux îles Chuuk. L’équipe Tara espérait trouver ici un écosystème corallien mieux préservé que celui des Tuvalu et de Kiribati.

Till Röthig, doctorant à l’université des sciences et technologies du Roi Abdallah (KAUST) située à Thuwal en Arabie Saoudite, confie : « J’ai été très surpris de voir des coraux touchés par le blanchissement jusqu’à 30 mètres de profondeur ». Il décrit des indices qui suggèrent que le blanchissement dure depuis un certain temps : « le sommet d’une colonie de coraux massifs était partiellement morte et recouverte d’algues. Plus bas, le tissu corallien était vivant, mais blanchi. A la base, le corail semblait encore en bonne santé ».

 

Le Scientifique Till Rothig examine la proue incrustée de corail sur l'épave du Fujikawa Maru, vieille de 73 ans
Till Rothig, scientifique à bord de Tara, étudie les coraux incrustés sur l’étrave du l’épave du Fukijawa Maru, vieille de 73 ans © Pete West / BioQuest Studios

 

Les membres du gouvernement de Chuuk précisent qu’il n’y avait pas de blanchissement lié au réchauffement océanique avant 2016, ce qui est confirmé par les données du programme de surveillance des récifs coralliens de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Celles-ci remontent à l’année 2000 et n’indiquent pas d’anomalie majeure de la température avant septembre 2016. La température a alors augmenté pendant une période de trois mois, engendrant vraisemblablement un blanchissement généralisé des coraux, suivi d’une forte mortalité des espèces dans la région. Les observations faites par les scientifiques de Tara semblent être les conséquences de cet épisode aigu de blanchissement.

L’équipe a ensuite pu examiner le corail de Guam (USA), après une traversée de 3 jours et 580 milles nautiques. Tara a navigué sous un ciel partiellement nuageux avec des vents de force 6 sur l’échelle de Beaufort et des vagues de 3 mètres. Tout le monde à bord apprend à vivre et à travailler dans ces conditions difficiles, mais le moral reste bon !

 

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Une anémone (parent proche du corail), translucide car elle a perdu ses algues symbiotiques : elle souffre de blanchissement © Till Rothig

 

Situé immédiatement à la périphérie du « Triangle du corail », Guam est historiquement connu pour son écosystème corallien incroyablement diversifié. Récemment, Laurie Raymundo, écologiste corallienne à l’université de Guam, cité par le Washington Post : « Au cours des 3 dernières années (2014-2016), nous avons connu des épisodes de blanchissement d’une ampleur sans précédent dans l’histoire récente. » Elle a décrit le choc qu’elle a reçu lors de sa récente plongée, dans un post sur Facebook : « Je me considère comme une personne relativement objective et logique en matière de science, mais parfois cette approche me fait défaut. Aujourd’hui, pour la première fois en 50 ans, j’ai pleuré dans mon masque pendant une heure en constatant l’étendue du blanchissement et le taux de mortalité affectant nos magnifiques coraux de Tumon Bay ».

Sarah Fretwell

Vidéo : “Si nous sauvons les Tuvalu, nous sauvons le monde”

Ce n’est pas une fiction, c’est un fait : les Tuvalu sont en train de couler. Les impacts du changement climatique (événements climatiques extrêmes, élévation du niveau marin) mettent en péril la sécurité et la survie des Tuvaluan.
Entretien avec le Premier Ministre, sur l’avenir des Tuvalu.

© Fondation Tara Expéditions

A l’horizon des Kiribati

Conscients que les scientifiques du changement climatique ont donné à leur île une cinquantaine d’années avant qu’une grande partie de celle-ci ne devienne inhabitable, les habitants des Kiribati sont toujours à la recherche de toutes les solutions possibles pour préserver leur mode de vie et leur nation insulaire du naufrage.

 

Local children have thier run of the village and served as Tara tour guides on Abaiang Island, Kiribati_photo credit Sarah FretwellLes enfants de  l’île Abaiang dans les Kiribati © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Alors que l’annexe de Tara accostait sur la plage de sable blanc, une famille de pêcheurs locaux s’est avancée pour l’accueillir. Un jeune garçon a grimpé au sommet d’un cocotier pour récolter des noix fraîches pour l’équipage.

A mesure que les scientifiques de Tara s’imprégnaient de ce paradis perdu, certains ont senti leur gorge se serrer. Cette île, cette communauté et cette famille ne seront plus ici dans 50 ans.

Scientifique embarqué, Martin Desmalades, technicien au CRIOBE à Perpignan en France, résume ce sentiment : «Vous avez beau savoir ce qu’en dit la science et vous avez déjà entendu les différentes opinions sur où et comment les impacts du changement climatique se produiront ici. Mais, lorsque vous êtes sur place au milieu des locaux et que vous observez leur vie, vous éprouvez un sentiment d’incrédulité. Vous espérez vraiment qu’ils pourront trouver une solution.»

 

Where the green plants and palm trees meet the beach marks the backyard of most residents of Abaiang Island, Kiribati_photo credit Sarah FretwellLa rencontre entre les palmiers et la plage marque l’arrière-cour de la plupart des résidents de l’Île Abaiang dans les Kiribati © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Située entre les Fidji et les îles Marshall, la jeune nation insulaire de Kiribati (prononcée « Ki-ri-bass ») a le triste honneur d’être annoncée comme l’une des premières nations au monde à disparaitre du fait des ravages du changement climatique.

Pour comprendre la perspective locale, nous avons rencontré et sollicité l’avis de Choi Yeeting, coordonnateur national du changement climatique auprès du président des Kiribati. Yeeting nous confie un adage inculqué aux jeunes de Kiribati, «Nangoa Wagm Nte Tauraoi» – Soyez prêts à tout prix.

«Désormais, avec la fonte des calottes glaciaires, il se peut qu’il ne nous reste plus que très peu de temps pour nous adapter et développer une certaine résilience vis-à-vis de la potentielle disparition des Kiribati dans l’avenir. C’est là une grande question. Il se peut que nous n’ayons pas assez de temps pour y parvenir complètement.» dit-il.

 

Fishermen from Tabontebike village in Kiribati_photo credit Sarah FretwellLes pêcheurs du village de Tabontebike dans les Kiribati © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Les Gilbertins – habitants des Kiribati, I-Kiribati en gilbertin – ressentent déjà les pressions du changement climatique. Des tempêtes plus violentes conduisent à des litiges fonciers, car de plus en plus de personnes se déplacent vers l’intérieur des terres après les tempêtes, empiétant sur les terres d’autrui.

Pourtant, Yeeting dit que les gens gardent espoir. «Nous sommes d’une nature combattive. Il le faut pour rester dans notre pays. Vous pouvez envisager la situation du point de vue du capitaine d’un navire, c’est-à-dire, sombrer avec votre vaisseau.

Il s’agit d’une question de fierté, d’être qui nous sommes vraiment. Où irions-nous ? Serions-nous encore des I-Kiribati après cela ? Personnellement, c’est comme cela que je le vois. Je suppose que mon premier réflexe serait de couler avec mon pays.»

 

Tara crew pose with the local children in Tabontebike village Kiribati_photo credit Sarah FretwellL’équipage de Tara prend la pose avec les enfants du village de Tabontebike dans les Kiribati © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Yeeting n’est pas dans le déni de la dure réalité de devoir quitter les terres auxquelles son peuple et son patrimoine sont si étroitement liés, d’aller vivre dans un autre pays. «Qui deviendrons-nous si nous quittons notre pays ? Serons-nous toujours des I-Kiribati ? répète-t-il. Nos valeurs traditionnelles comptent-elles toujours lorsque nous immigrons dans un autre pays ? Personnellement, je voudrais demeurer I-Kiribati et toujours garder mes traditions et valeurs culturelles. En dépit de la science. Malgré le fait scientifique que nous n’avons pas 50 ans devant nous.»

Lorsque nous lui demandons à quoi son avenir ressemblera dans le meilleur des cas, il répond : «J’aurai des enfants d’ici là, je serai marié et je vivrai ici à Kiribati toute ma vie. C’est quelque chose que j’envisage pour moi. C’est le scénario idéal à ce stade. Quel est le scénario pessimiste ? Le pire scénario possible serait d’avoir à évacuer les Kiribati. Je ne vois pas un bel avenir pour notre peuple si ce jour arrive vraiment.»

 Sarah Fretwell

WALLIS EN QUETE D’EQUILIBRE

À Wallis, l’équipage de Tara a rencontré Jean-Yves Meyer qui dirige la première étude de la biodiversité réalisée sur Wallis-et-Futuna, et Atolotu Malau, responsable du service environnemental. Une rencontre passionnante pour découvrir comment, une petite nation insulaire lutte contre les effets du changement climatique et préserve sa biodiversité.

 

Directeur de recherche à la Délégation à la Recherche auprès du Gouvernement de Polynésie française, Jean-Yves Meyer s’avère être le compagnon de voyage idéal sur le vol ralliant Fidji à Wallis. Lorsqu’on lui demande quel problème est le plus pressant pour les Wallisiens : la lutte contre le changement climatique ou la préservation de la biodiversité, Jean-Yves répond : « Si nous ne mettons pas fin aux menaces directes et immédiates sur la biodiversité, il ne restera rien à protéger d’ici quelques décennies et ce, même si nous atténuons les effets du changement climatique ». Wallis et Futuna sont situées approximativement aux deux-tiers de la distance entre Hawaï et la Nouvelle-Zélande. Wallis, petite île volcanique du Pacifique aux collines basses recouvertes de végétation tropicale luxuriante et aux eaux limpides, est bordée de récifs coralliens.

 

atoloto-malau-manager-of-environmental-services-in-wallis-standing-by-a-vista-from-mont-lulu-fakahega_photo-credit-sarah-fretwellAtoloto Malau responsable du service environnemental de Wallis en haut du Mont Lulu Fakahega © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Le 27 décembre, nous avons rencontré Atoloto Malau et lui demandons quels sont les 3 défis majeurs auxquels sera confrontée Wallis dans l’avenir ? « La gestion des ressources, la gestion des déchets et le réchauffement climatique sont nos 3 grands défis. Nous nous efforçons de faire face à tout cela dès à présent », répond-il. Depuis quelques années, le nouveau défi réside dans l’augmentation des déchets de marchandises importées – plastique, aluminium, verre et matières dangereuses.

 

En novembre dernier, pour la première fois, des déchets ont été acheminés par bateau hors de l’île, une loi a été adoptée exigeant l’emploi de sacs réutilisables dans les commerces locaux et un programme de rachat du plastique, de l’aluminium et du verre a été lancé. Atoloto fait remarquer que « les plus grands défis pour l’environnement marin – pollution, blanchissement des coraux et appauvrissement du stock de poissons – sont interdépendants ».

 

nukuhifila-one-of-the-many-uninhabited-islands-just-off-of-wallice-that-has-experienced-coastal-erosion_photo-credit-sarah-fretwellNukuhifila une des nombreuses îles inhabitées aux abords de Wallis, victime d’érosion côtière © Sarah Fretwell / Fondation Tara Expéditions

 

Selon le service environnemental de Wallis, un épisode de blanchissement du corail a été annoncé ces dernières années et le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a rapporté une augmentation régionale du niveau de la mer de 10 centimètres au cours des 20 dernières années.

 

Actuellement impliqués dans la mise en œuvre d’une stratégie globale pour le développement durable, les Wallisiens, même confrontés au changement climatique, sont confiants dans le fait que le nettoyage de leur environnement et la préservation des écosystèmes terrestres et marins sont des actions essentielles pour que cette île reste prospère pour les générations à venir.

Sarah Fretwell

Un inventaire inédit de la biodiversité marine à Futuna

À quelques jours de Noël, Tara vient d’achever un inventaire inédit de la biodiversité marine dans l’archipel de Wallis et Futuna. Une entreprise qui avait été partiellement réalisée en 1990 pour la dernière fois, avant les impacts du réchauffement. L’occasion également de revenir sur deux semaines de rencontres et de découvertes dans le territoire français le plus éloigné de la métropole, dans lequel toute entreprise dépend de l’accord des plus hautes autorités coutumières : les Rois.

Ils étaient une vingtaine rassemblés silencieusement sous le falé du Palais de Wallis. Un simple toit de palme sous lequel nous attendaient les chefs de villages, les ministres et au milieu d’eux Patalione Kanimoa, le roi de Wallis. L’équipage de TARA est entré comme sur la pointe des pieds sous les regards de l’assemblée, quelque peu intimidé par la solennité de l’instant. Avant de pouvoir débuter son travail dans les eaux de Wallis et Futuna, la goélette devait obtenir l’autorisation des coutumiers qui ont ici le pouvoir de bloquer toute entreprise. Le kava, la boisson traditionnelle du Pacifique tirée d’une racine d’arbuste, a circulé de mains en mains alors que Serge Planes, le directeur scientifique de l’expédition, et Martin Hertau le capitaine de Tara, exposaient au roi les raisons de notre venue dans l’archipel. Comme le veut la coutume, l’équipage était venu ce jour-là avec quelques cadeaux dont un ouvrage photo retraçant l’odyssée de la dérive Arctique de Tara : les images du navire prisonnier des glaces ont rapidement illuminé le regard du souverain.

Tara venait d’obtenir le feu vert et mettait bientôt le cap sur Futuna, l’île sœur de Wallis.

 

L'équipage de Tara est reçu par le roi de WallisL’équipage de Tara reçu par le roi de Wallis © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

 

Depuis le début des années 90, aucun inventaire de biodiversité n’avait été réalisé autour de cette île aux reliefs abruptes. Les scientifiques du bord menés par Serge Planes disposaient de seulement douze jours pour obtenir un maximum de données sur les espèces peuplant les côtes de l’île entre la surface et 20 mètres de profondeur. Une mission pluridisciplinaire à la recherche de poissons, de coraux, d’algues corallines, d’ophiures ou encore d’éponges. En cartographiant le vivant dans cette zone, les scientifiques espéraient combler le manque d’information sur un secteur situé à l’intersection entre la Mélanésie et la Polynésie. Au-delà des espèces connues, la mission de Tara allait tenter de mettre au jour des espèces rares, voire endémiques au cours de ces recherches.

 

carteLocalisation de Wallis et Futuna © Fondation Tara Expéditions 

 

Divisée en deux royaumes, Sigave et Alo, l’île de Futuna subit régulièrement la colère du Pacifique et ses puissants cyclones. En 2010, le cyclone Tomas a laissé son empreinte sur les côtes de l’île, emportant avec lui de nombreuses habitations et fragilisant les espaces côtiers. Une situation qui a mis les populations face aux menaces causées par le changement climatique mondial dont ils pourraient bien être l’une des premières victimes. C’est sous ces mêmes pluies cycloniques qu’a débuté la mission de TARA face à l’îlot d’Alofi, une terre recouverte à 80% de forêt primaire et sur laquelle ne vit qu’un seul habitant. Au pied des falaises de l’île comme dans le fond de son étroit lagon, les équipes de Tara ont découvert des récifs encore épargnés par le blanchissement et une multitude de coraux et d’éponges.

 

Tara entre dans la passe Sud de Wallis.Tara dans la passe de Wallis © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

 

Serge Planes et Jeff Williams de la Smithonian Institution de Washington ont étudié durant deux semaines les populations de poissons dans ces eaux. Grâce à des méthodes d’empoisonnement local ou de chasse à la flèche, ils sont parvenus à inventorier près de 400 espèces différentes. « On est à un tiers des espèces qui vivent ici, il y a d’autres espèces qui vivent dans des zones plus profonde » explique Serge Planes. « C’est la première fois qu’un inventaire de ce type est effectué sur Futuna et Alofi et ce sera intéressant de le comparer par rapport à ceux fait sur Wallis, au Fidji, au Vanuatu et à la Nouvelle Calédonie. » Ces découvertes serviront à l’avenir de point de référence pour de futures recherches dans ces îles isolées et permettront d’informer les populations locales sur les richesses marines qui les entoure.

Des futuniens qui après avoir convié l’équipage à rencontrer leurs rois, ont partagé avec l’équipage un tauasu traditionnel. Une cérémonie du soir au cours de laquelle se rassemblent les villageois autour d’un kava pour évoquer les problématiques quotidiennes. L’occasion pour les locaux d’interpeller les membres de TARA sur les résultats de leur enquête et de partager avec eux leurs inquiétudes sur l’avenir de leur île. Quelques notes de ukulele ont tôt fait de faire oublier la pluie battante et une piste de danse improvisée s’est ouverte sous nos yeux. De révérences en révérences, les hommes ont invité les femmes pour quelques pas de danse alors que le kava tournait dans l’assemblée.

 

imagejournalOlivier Thomas conditionne une espèce d’éponge au mucus précieux © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

 

À bord de Tara, Olivier Thomas est un homme heureux. Ce spécialiste des éponges venu d’Irlande avait embarqué pour inventorier les populations de spongiaires dans l’archipel. Il ne s’attendait alors pas aux nombreuses découvertes qui l’attendaient ici. « J’ai été assez surpris de la diversité en spongiaires autour d’Alofi et de Futuna » raconte-t-il. « Ici on s’aperçoit qu’il y a de vrais écosystèmes qui concentrent des éponges très diversifiée. Sous les récifs on trouve des zones ou les coraux ne vont pas trop et où l’on peut observer beaucoup d’espèces nouvelles. » Des espèces dont certaines produisent un mucus riche en molécules chimiques qui intéressent particulièrement l’industrie du médicament notamment pour certains traitements contre le cancer. Une valorisation de ces éponges sans doute endémiques à Futuna pourrait peut-être représenter un revenu économique important pour cette île en mal de ressources économiques. Une nouvelle aventure que suivra de près Olivier Thomas qui devra d’abord analyser ces éponges nouvelles avant d’envisager une possible synthétisation de ces molécules d’intérêt.

Pierre de Parscau

ITW Maren Ziegler: bilan des sites étudiés entre Tahiti et Wallis

Voilà cinq semaines que Maren Ziegler a embarqué comme chef scientifique depuis le port de Papeete. Arrivée à Wallis, nous en avons profité pour dresser avec elle le bilan de cette aventure durant laquelle TARA aura traversé les îles de Aitutaki, Niue, des Samoa jusqu’à rejoindre l’archipel de Wallis et Futuna.

 

p13108101Maren Ziegler devant les côtes de Moorea © Pierre de Parscau/Fondation Tara Expéditions

 

Après cinq semaines de navigation entre Tahiti et Wallis, quel est le bilan des sites que vous avez étudiés ?

La mission était très rodée, nous étions sur un parcours où il nous fallait trouver les mêmes espèces et suivre les mêmes procédures chaque jour comme c’est le cas sur toute l’expédition. Il a été parfois très difficile de travailler, les conditions climatiques n’étaient pas toujours bonnes autour des îles. Nous avons commencé à Moorea sur des sites assez connus et assez riches en coraux alors qu’en arrivant à Aitutatki dans l’archipel des îles Cook, nous avons eu une grosse déception. Quand nous sommes arrivés nous avons découvert que la plupart du récif était mort et nous avons eu beaucoup de mal à trouver des sites de prélèvement.  Niue était également assez méconnu mais cela a été une belle surprise pour nous malgré le tsunami qui avait dévasté l’île en 2009 nous avons en fait trouvé pas mal de diversité, un bon recouvrement corallien et des zones abimées qui sont en train de se reconstruire. La rencontre avec les serpents de mer lors de nos plongées restera un souvenir fort.

Notre dernière station aux Samoa nous a complètement dévastés car nous avons exploré 83 km de côtes et il a été très difficile de trouver des sites avec un bon recouvrement corallien et les espèces que nous étudions avaient pour la plupart disparues. C’est une zone très isolée qui n’est pas très étudiée et les insulaires n’ont pas beaucoup de ressources pour accéder et surveiller la situation le long des côtes. Je ne m’attendais pas à une telle situation.

 

Repérage de site sur la côte de NiueRepérage de site sur la côte de Niue © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

 

Existe-t-il des moyens pour les habitants de ces îles pour changer cette situation ?

Je crois que cela dépend des cas. Dans celui des Samoa nous avons observé certains sites où le corail semble revenir et nous préparons un rapport que nous enverrons aux autorités locales. Cela pourrait les pousser à protéger ces zones fragiles en contrôlant la pêche et l’impact humain sur ces secteurs.  Nous avons aussi remarqué que la qualité de l’eau dans ce lagon n’était pas très bonne et que l’impact de l’homme était important. Beaucoup de choses peuvent être faites localement mais à une échelle beaucoup plus large ces îles ne peuvent rien face l’augmentation des cyclones, sauf faire entendre leur voix sur le plan international.

 

À quels défis avez-vous été confrontée dans votre poste de chef scientifique à bord ?

Cela aurait pu être un vrai défi mais chacun a travaillé ensemble et dans le même sens. Le début était délicat car les scientifiques ne savaient pas trop à quoi s’attendre et n’avaient pas encore une grande préparation mais à la fin nous avons réussi à nous ajuster et ça a été un plaisir de travailler avec l’ensemble de l’équipe scientifique à bord.

 

L'équipe scientifique "corail" en plein protocole d'échantillonnage après les prélèvements de la matinée aux Samoa.Maren Ziegler entourée, de l’équipe scientifique “corail” en plein protocole d’échantillonnage après les prélèvements de la matinée aux Samoa. © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

 

Vous travaillez en ce moment en Arabie Saoudite, quelles sont les différences entre la situation du corail en Mer Rouge et dans le Pacifique ?

La Mer Rouge a longtemps été considérée comme une zone très résistante aux bouleversements climatiques. Mais l’année dernière, nous avons eu une forte augmentation de la température en surface, parfois plus de 34°C, et nous avons observé un important phénomène de blanchissement dans la partie Sud de la Mer Rouge. Les récifs ont été entièrement impactés même très loin des côtes et de l’influence de l’homme.

 

Quelle est la prochaine étape pour vous sur Tara ?

J’adorerais revenir à bord et j’espère qu’il y aura encore une place pour moi durant cette expédition (rires). Je suis très curieuse de toutes ces îles du Pacifique, l’année prochaine Tara passera par la Papouasie Nouvelle-Guinée et par l’Indonésie, tous ces endroits seront j’espère fantastiques. 

 

Propos recueillis par Pierre de Parscau

Vidéo : Tara dévoile l’état de santé des récifs polynésiens

Trois mois et demi après son entrée dans les eaux du Pacifique, Tara vient d’achever une campagne inédite dans l’archipel des Tuamotu, à l’Est de Tahiti. Les équipes scientifiques poursuivent les prélèvements de coraux et de poissons de récifs. Opérations de comptage, transects et utilisation de l’HyperDiver, un prototype de scanner sous-marin, le navire a déployé de nombreux outils sous l’œil de Serge Planes, le directeur scientifique de l’expédition et chercheur au CNRS. Après ces nombreuses plongées le constat des scientifiques est sans appel : les récifs polynésiens que l’on pensait jusqu’ici épargnés par les effets du changement climatique ont en réalité subi de profonds bouleversements.

 

© Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

Vidéo : Les bâtisseurs du récif

Après avoir quitté Tahiti au début du mois d’octobre 2016, la goélette sillonne l’archipel des Tuamotu, en Polynésie Française. Lors de cette étape de l’expédition Tara Pacific, les scientifiques étudient un organisme essentiel à la vie du récif corallien : l’algue coralline. A bord de Tara, la biologiste Laetitia Hédouin (CRIOBE) détaille les liens étroits entre le corail et ces algues encroûtantes, aux allures de roches, qui jouent un rôle clé dans la formation des colonies et plus particulièrement pour la fixation les larves de coraux.

 

 

© Yann Chavance /  Fondation Tara Expeditions

Vidéo : Sous la surface

A chaque étape de ce parcours de plus de deux ans dans le Pacifique, les équipes scientifiques répètent les mêmes protocoles pour étudier les récifs coralliens et pour pouvoir à terme les comparer. Depuis l’archipel des Gambier, en Polynésie française, le correspondant de bord Yann Chavance vous emmène découvrir ces protocoles sur le pont, mais également, grâce à des masques permettant de communiquer sous l’eau, sous la surface.

Première escale en Polynésie française

Tara a quitté en début de semaine l’archipel des Gambier, le plus à l’Est de la Polynésie. En plus de mener à bien les protocoles d’échantillonnage, les quelques jours passés autour de ces petites îles montagneuses ont permis à l’équipage d’avoir un premier aperçu de la beauté de la Polynésie française et de la gentillesse de leurs habitants.

Comme pour chaque île du Pacifique sur le passage de la goélette, trois sites ont été étudiés dans l’archipel des Gambier, avec à chaque fois des plongées pour collecter des échantillons de corail, de poissons et de plancton. Pour être au plus près des sites de collecte, la goélette a dû parcourir de long en large le grand lagon entourant l’archipel. Après un premier site de mouillage dans une petite anse de Taravai, la deuxième plus grande île de l’archipel, Tara a jeté l’ancre près du rivage d’Akamaru, une île abritant un unique petit village composé d’une dizaine de familles réunies autour d’une église. Enfin, la goélette a terminé sa route à quai au village de Rikitea, le plus important des Gambier.

 

credits-yann-chavance-panorama-gambier-1-1Depuis le Mont Duff, qui domine le village de Rikitea, vue imprenable sur les récifs coralliens de la côte et ses fermes de perliculture © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Cette route sinueuse entre les différentes îles de l’archipel, motivée par les impératifs scientifiques, aura également permis à l’équipage de profiter d’une vue d’ensemble des Gambier. Loin du reste de la Polynésie française (Tahiti est à 1 700 kilomètres de là), desservi par un unique vol hebdomadaire, l’étonnante beauté de l’archipel reste inaccessible pour la plupart des touristes. Peu de monde ici, donc, pour admirer les incroyables contrastes de ces petites îles, où les plages de sable blanc et les cocotiers se transforment, à flanc de montagne, en des forêts de résineux. Pour parfaire le tableau, de petites églises (et même une cathédrale !) parsèment ces paysages hors-du-commun.

 

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L’équipe corail s’apprête à plonger pour réaliser les échantillonnages © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

 

Une fois les échantillonnages terminés, Tara et son équipage ont passé deux jours à Rikitea, à la rencontre des habitants. Environ 120 enfants ont découvert le voilier, écoutant avec attention les scientifiques sur le pont arrière et les marins dans le grand carré. Le soir venu, l’équipage a présenté lors d’une conférence à la mairie les études menées par la goélette dans le Pacifique ainsi que les précédentes missions, notamment Tara Oceans. En effet, Tara avait déjà mouillé en 2011 dans les eaux des Gambier pour y étudier les récifs coralliens. Il était donc normal que l’équipe scientifique présente les résultats de ce premier passage, à savoir la découverte de deux nouvelles espèces de coraux, encore inconnus jusqu’ici. L’une avait été baptisée Echinophyllia tarae en référence à la goélette.

 

credits-yann-chavance-visites-gambier-1-1Tara étant à quai à Rikitea, des dizaines de visiteurs et d’écoliers ont pu visiter la goélette © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

En dehors de cette conférence, les échanges entre l’équipage et les habitants des Gambier se sont poursuivis de manière plus informelle, au hasard des rencontres. Il suffit de marcher dans la rue pour apprécier l’hospitalité et la simplicité des échanges avec les polynésiens. Croiser quelqu’un signifie souvent s’arrêter quelques minutes pour discuter, parler de la vie à bord de Tara ou des préoccupations des insulaires. Des échanges chaleureux qui ont parfois mené à une invitation à visiter une ferme de perliculture ou à un cadeau de quelques fruits frais. Les cinq scientifiques prenant ici leur vol retour, comme les 11 Taranautes restant à bord pour atteindre Tahiti dans quelques jours, n’auraient pas pu rêver meilleur accueil pour leurs premiers pas en Polynésie française.

Yann Chavance

La route de l’Ouest

Île après île, Tara continue de tracer sa route dans le Pacifique en faisant cette semaine escale aux Gambier, en Polynésie française. La route de la goélette dessine maintenant franchement une ligne allant de l’Amérique du Sud jusqu’au Japon : une traversée d’Est en Ouest particulièrement intéressante pour les scientifiques.

Après le canal du Panama, porte d’entrée dans le Pacifique, et la parenthèse colombienne Malpelo, la route de l’Ouest a véritablement commencé à Rapa Nui, l’île de Pâques, avant de se poursuivre vers Ducie Island, puis cette semaine aux Gambier. Par la suite, la goélette continuera sur cette lancée avec Tahiti, les Samoa, Wallis et Futuna, les Mariannes et d’autres, jusqu’à atteindre le Japon en février 2017. Conséquence de cette fuite occidentale, Tara ne cesse de traverser les fuseaux horaires : depuis notre départ de l’île de Pâques, nous avons déjà changé quatre fois d’heure, enchaînant les journées de 25 heures. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter : en arrivant au Japon, Tara aura traversé une quinzaine de fuseaux horaires depuis Lorient.

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La goélette se dirige vers son site de mouillage à l’abri de Taravai, la deuxième plus grande île des Gambier © Yann Chavance / Tara Expeditions Foundation

Mais outre cette course face au soleil couchant, la route vers l’Ouest présente un réel intérêt scientifique. « Les récifs coralliens du Pacifique présentent un gradient de biodiversité très marqué d’Est en Ouest » explique ainsi Emilie Boissin, l’une des coordinatrices scientifiques de l’expédition. « Autrement dit, plus nous irons vers l’Ouest, plus les récifs seront riches en matière de diversité d’espèce. » Une affirmation déjà vérifiée par les premières observations des plongeurs : à Rapa Nui, les fonds ne présentaient que majoritairement deux espèces de coraux. A Ducie, la quantité d’espèces avait déjà augmenté, et ici, aux Gambier, la première plongée semble confirmer une richesse encore plus importante.

Cette relative pauvreté des premières îles traversées a forcé les scientifiques à revoir leurs ambitions à la baisse : sur les trois espèces de coraux étudiés lors de l’expédition, seules deux ont été observés à Rapa Nui et Ducie Island. Idem pour les deux poissons recherchés : aucun à Rapa Nui, un seul à Ducie. Mais selon les scientifiques à bord, tout devrait changer maintenant : si tout se passe bien, cette étape aux Gambier marquera enfin l’apparition de tous les sujets d’étude. Mais même en l’absence de certaines espèces, cette traversée d’Est en Ouest reste très intéressante. « Nous étudions notamment le microbiome des coraux, l’ensemble des micro-organismes vivant avec eux » décrit Emilie Boissin (CRIOBE) . « L’une des questions importantes est de savoir si ce microbiome suit également ce même gradient de biodiversité d’Est en Ouest ». Une partie de la réponse se trouve déjà sûrement dans les frigos et les milliers d’échantillons de Tara.

Yann Chavance

Tara sous les falaises de Malpelo

Ce mardi matin à l’aube, Tara est arrivée après 36 heures de mer en vue de l’île colombienne de Malpelo pour débuter une semaine de plongées quotidiennes, avec comme cible pour la nouvelle équipe le plus gros poisson au monde : le requin baleine.

Après deux jours de navigation paisible entre le Panama et la Colombie, de surcroit avec un équipage réduit – dix personnes à bord seulement –, tout s’est accéléré dès l’ancre plongée dans les eaux colombiennes. Seulement quelques heures de mouillage au large de Buenaventura, le principal port du pays, pour faire monter à bord denrées fraiches, matériel de plongée… et nouveaux membres d’équipage. Avec comme impératif de limiter au maximum le temps passé à terre : au vu de la réputation sulfureuse de la ville, considérée comme la plus dangereuse du pays, l’équipe préféré ne pas s’attarder pour y faire du tourisme.

 

CREDITS YANN CHAVANCE - Samuel Audrain - Buenaventura-1
Samuel Audrain, capitaine, prépare la route que suivra Tara jusqu’à l’île de Malpelo © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

C’est donc dès le lendemain de notre arrivée que Tara a remis les moteurs en marche, avec à son bord de nouvelles têtes, et d’autres bien connues, comme celle de Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara. Parmi les nouveaux-venus, Tane Sinclair-Taylor, biologiste marin (KAUST, Arabie Saoudite) qui s’occupera du marquage des requins baleine, une des raisons de notre présence à Malpelo. Equipé d’un fusil sous-marin, il fixera à la base de l’aileron des grands squales de petites balises GPS qui fourniront de précieuses informations sur le mode de vie et les déplacements des requins.

Sous l’eau, à ses côtés se trouveront Erika Lopez, plongeuse colombienne, et bien entendu Sandra Bessudo. La franco-colombienne est l’âme de Malpelo, à l’origine de sa protection. Depuis une trentaine d’année, elle consacre sa vie à la préservation de l’archipel, fondant en 1999 la fondation Malpelo. Enfin, pour ne pas manquer l’occasion d’étudier les récifs de ce sanctuaire sous-marin, Laetitia Hedouin (chargée de recherche CNRS, Criobe) et Luis Chasqui (biologiste marin colombien à l’Invemar) seconderont Emilie Boissin (coordinatrice scientifique Tara Pacific, Criobe) dans l’inventaire des coraux de Malpelo.

 

CREDITS YANN CHAVANCE - Départ Plongée - Malpelo-1
L’une des deux annexes quitte Tara pour la première plongée de la semaine à Malpelo © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

C’est ainsi ce mardi matin que tout ce petit monde est arrivé face aux immenses falaises de l’île colombienne, sous les cris des milliers d’oiseaux de mer nichant à même la roche. A peine le temps de mettre les deux annexes à l’eau et d’amarrer Tara juste sous la falaise que l’équipe était déjà en combinaison, prête à tester le matériel et les conditions de plongée autour de l’île. En attendant de savoir si les requins baleines seront bien au rendez-vous… Réponse dans quelques jours.

Yann Chavance

Tara Pacific : les premiers échantillonnages de corail

Après avoir traversé l’Atlantique puis être passée par le canal de Panama, Tara est arrivée au contact des premiers coraux du Pacifique, au large du Panama. Stéphane Pesant, scientifique en charge de la gestion des données, nous raconte la première journée de prélèvement.

 

La côte Panaméenne au coucher du soleil
La côte Panaméenne au coucher du soleil © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

« La nuit tombe sur Tara, au mouillage dans la marina Balboa YC, à Panama City, et les scientifiques fraichement arrivés à bord préparent les tous premiers échantillonnages de l’expédition Tara Pacific. Ils seront les derniers à aller se coucher ce soir là… L’équipage quant à lui se repose, en vue d’un départ en pleine nuit, à 2h du matin.

Nous nous réveillons le lendemain dans l’archipel des Perles, après une nuit de navigation au cours de laquelle des dauphins sont venus nager auprès de Tara sous le clair de lune. A peine debout, les scientifiques révisent les protocoles d’échantillonnage, pendant que David Monmarche (chef de plongée) termine les préparatifs techniques pour assurer des plongées en totale sécurité.

 

David Monmarche, chef opérateur hyperbare, prépare les valises de sécurité pour la plongée
David Monmarche, chef de plongée, prépare les valises de sécurité pour la plongée © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

La journée commence doucement, il faut apprendre à travailler avec les nouveaux protocoles, le nouveau matériel, … et la nouvelle équipe ! Cette première journée permet de se roder : tout ne peut être fait, ni fonctionner du premier coup, mais un grand travail a été abattu. Plus de 100 échantillons ont été collectés sur 20 colonies de corail différentes, et le scooter sous marin a permis de prélever de précieux échantillons de plancton à partir de la filtration de l’eau de mer environnant les récifs coralliens étudiés.

 

Plongeur tracté par un scooter équipé de filets Bongo permettant de prélever l’eau de mer autour des récifs coralliens
Plongeur tracté par un scooter équipé de filets Bongo permettant de prélever l’eau de mer autour des récifs coralliens © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Une première journée de prélèvement réussie, célébrée sur le pont par tout l’équipage. Des arômes de thon grillé (pêché pendant la nuit), mariné dans une sauce soja, ail, gingembre et coriandre s’échappent du carré : bravo à Marion Lauters (marin cuisinière), François Aurat (chef de pont), et Lissette Lasso (scientifique vétérinaire). Autour de la table, on peut entendre des accents français, allemands, australiens, panaméens, canadiens : 17 personnes sont à bord !

Les combinaisons de plongées dansent au gré du vent, séchant sur le pont de Tara. On peut entendre les rires, et lire la satisfaction sur tous les visages. Mais c’est bientôt l’heure pour une bonne nuit de repos : demain un second site sera échantillonné… »

Stéphane Pesant

Prélèvements au cours de la transatlantique

Sur la route de Tara Pacific, la traversée de l’Atlantique est une opportunité à ne pas manquer pour les scientifiques du Laboratoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer (France) et du Weizmann Institute of Science (Israël). Ces premiers temps de navigation sont donc mis à profit pour prélever le maximum d’informations qui compléteront la base de données planctonique déjà colossale établie lors de l’expédition Tara Océans. Ces échantillons vont permettre de poursuivre l’analyse du vivant et de l’incroyable biodiversité planctonique.

Mais la présence de plastique en mer se confirme également. Les fragments prélevés seront analysés et notamment les bactéries, virus, et autres microorganismes qui colonisent les microplastiques.

 
A découvrir, une série d’instruments de prélèvements :
- une pompe péristaltique, conçue pour ne pas détériorer les organismes prélevés
- un filet “haute vitesse”, pour prélever l’eau de surface sans devoir réduire l’allure de la goélette
- un flacon pour prélever le fer (nutriment essentiel au plancton), effectué à l’étrave du bateau afin de ne pas être contaminé par la coque en aluminium.

Ces manipulations sont complétées par différents échantillonnages automatisés et continus, comme le prélèvement de particules atmosphériques ou les relevés effectués par le spectromètre de masse dans le laboratoire sec.

 

Crédits Maeva Bardy – Foundation Tara Expéditions

 

A l’occasion de la COP21, Tara a accueilli Monsieur Ban Ki-moon à Paris

A l’occasion de la COP21, la goélette Tara a accueilli le Secrétaire général des Nations unies, Monsieur Ban Ki-moon ce dimanche 6 décembre 2015.


A mi-parcours des négociations sur le climat, le Secrétaire général des Nations unies Monsieur Ban Ki-moon s’est rendu aujourd’hui à bord de la goélette scientifique Tara, amarrée à Paris pour la COP21. Deux ans après sa première visite à New York, il a pu prendre connaissance des avancées des travaux réalisés sur le monde planctonique lors de l’expédition Tara Oceans entre 2009 et 2013.

Accueilli par l’équipage et une dizaine d’enfants, Monsieur Ban Ki-moon a souligné l’importance de l’océanographie et de l’observation de l’océan (monitoring) pour pouvoir anticiper les changements, tout en protégeant les populations. Il a également fait part de son inquiétude concernant l’acidification et l’élévation du niveau des mers qui menace les petites îles du Pacifique.

Le Secrétaire général des Nations unies a ensuite rappelé l’importance de symboles tels que Tara, ambassadeur de l’océan à la COP21, pour permettre à tous de comprendre les enjeux environnementaux et inciter les peuples à dialoguer autour de ces questions. Il a également remercié agnès b. pour son engagement auprès de Tara et pour l’important travail de sensibilisation réalisé avec les jeunes générations.

« L’océan est malade, les Nations unies veulent que vous, les enfants, puissiez hériter d’une planète durable, en bonne santé », a-t-il dit en s’adressant aux enfants venus le rencontrer.

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« Obtenir un Accord de Paris ambitieux et universel est essentiel. L’océan, c’est-à-dire le coeur de notre machine climatique, est encore relativement absent des négociations. Il est important que des mesures concrètes soient développées et qu’elles intègrent progressivement la Convention sur le Climat » a ajouté Romain Troublé, Secrétaire général de Tara Expéditions. Il a également présenté, avec la Global Ocean Commission, la déclaration « Because the Ocean » signée à ce jour par 17 pays en vue d’intégrer l’océan dans le futur régime climatique.

Après cette première semaine de négociations, cette rencontre témoigne de l’importance à accorder à l’océan dans les discussions climatiques et d’une belle reconnaissance pour le travail de mobilisation mené par la Plateforme Océan et Climat, fortement engagée pour faire entendre la voix de l’océan à la COP21 et soutenir un accord ambitieux. #OceanForClimate

COP21 : Les petites îles à l’honneur au Pavillon Tara

Ce mardi 2 décembre, le pavillon Tara consacrait une journée entière à la question des petites îles et de leur fragilité face aux changements climatiques. Un cycle de conférences et de débats pour mettre en lumière les défis que doivent relever les nations insulaires à l’heure du changement climatique.

Kiribati, Maldives, Palau… Les nations insulaires sont les premières victimes du changement climatique et notamment de la montée des eaux. Leurs représentants tirent la sonnette d’alarme depuis la fin des années 1980, tant les menaces pesant sur les petites îles sont concrètes. Après une série de conférences sur les liens entre climat et océan, il était donc logique que le Pavillon Tara « Océan et Climat » accueille une journée dédiée à cette problématique.

Ce sont ainsi trois cycles de conférences sur le sujet qui se sont succédés, ouvertes évidemment au public, et consacrées aux impacts du changement climatique sur les récifs coralliens, aux solutions pour un développement compatible avec les risques climatiques, et enfin aux défis à relever en termes d’adaptation et de limitation de ces risques. Parmi les experts, scientifiques et responsables d’ONG intervenant lors de cette journée, se trouvaient également des responsables politiques en première ligne de ces bouleversements à venir, notamment Philippe Germain, Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et Tommy Remengesau, Président de la République de Palau.

« L’océan, c’est la vie. Il est central dans notre culture, notre économie et notre identité » a rappelé Tommy Remengesau au micro du Pavillon Tara. « Grâce à toutes ces discussions, notamment en petits groupes comme ici, nous pouvons vraiment proposer des solutions réalistes à ceux qui sont les plus touchés par le changement climatique ». Et les 21.000 habitants de l’archipel de Palau font indéniablement partie des plus touchés, comme les autres populations insulaires du Pacifique. Quelle que soit l’île, les menaces sont bien souvent les mêmes.

En premier lieu, la hausse du niveau de la mer, conséquence du réchauffement des océans qui entraine leur dilatation et la fonte des glaciers. Avec une élévation moyenne de 17 centimètres durant le 20ème siècle, les îles les plus basses voient leurs terres peu à peu grignotées par l’océan. Autre menace déjà visible, l’acidification des océans et son réchauffement, qui mettent notamment en péril les récifs coralliens. Une problématique cruciale sur laquelle se penchera Tara lors de sa prochaine expédition, en 2016, le long des récifs coralliens d’Asie et du Pacifique.

La liste des conséquences du changement climatique sur les petites îles est encore longue : probable intensification des cyclones, forte dégradation des mangroves, viabilité de certaines populations remise en cause, etc. Si le changement climatique reste peut-être encore abstrait pour beaucoup d’occidentaux, les populations insulaires observent donc déjà ses premiers effets. « Bien que je vienne de la ligne de front de ce qui arrive avec le changement climatique, je suis également frappé par le fait que nous sommes une fenêtre sur ce qui pourrait toucher le reste du monde » a ajouté Tommy Remengesau. En effet, si les petites îles sont actuellement les plus touchées, elles risquent de présager du futur de la plupart des littoraux de la planète.

Yann Chavance, correspondant de bord

 

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Vidéo : “Ocean and Science days” au Pavillon Tara

Durant les premiers jours de la ‪‎COP21‬, une quarantaine de scientifiques se sont relayés au Pavillon Tara “Océan & Climat” à Paris pour présenter leurs travaux sur le changement climatique, son impact sur les îles du Pacifique, la situation en Arctique mais aussi sur les premiers habitants des océans : les organismes planctoniques.

© Y.Chavance/Tara Expéditions

Vidéo : Tara sur Seine pour Paris Climat 2015

L’équipe Tara est à pied d’oeuvre depuis longtemps pour honorer le prochain rendez-vous climatique de Paris. La goélette doit bien sûr démâter pour passer sous les ponts parisiens, remonter la Seine durant 3 jours, puis remâter pour se recoiffer avant son ouverture au public prévue le samedi 14 novembre, le lendemain de l’ouverture du Pavillon Tara “Océan & Climat”. Une véritable épopée et d’impressionnantes manoeuvres de levage à découvrir en images. La goélette scientifique sera donc amarrée sous le Pont Alexandre III et jusqu’au 18 décembre.

Pour découvrir le programme, cliquez ici

© N.Pansiot / Tara Expeditions.org

Le retour du canari de la mine de charbon – Entretien avec Romain Troublé

Trois ans après sa dernière escale à Londres, Tara, la goélette scientifique française, est de retour dans le cadre de sa mission de porte-parole de l’océan. Suite à sa récente expédition au Groenland, Tara s’est rendue à Stockholm avant de rejoindre Londres. Son objectif : partager les découvertes scientifiques de l’équipe avec les écoliers, les politiciens et le public en avant-première de la Conférence des Parties sur le changement climatique (COP21), qui se déroulera à Paris à la fin de cette année.

Ayant travaillé sur les problématiques océaniques au cours des dernières années, j’étais désireux d’en apprendre davantage sur Tara Expéditions et je ne pouvais pas laisser passer l’occasion de visiter la goélette lorsqu’elle était amarrée à ma porte. Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, me parle de l’approche unique de l’association et ce qu’ils espèrent accomplir à Paris.

En observant Tara depuis la passerelle à South Quay, au cœur du quartier financier de Londres, je perçois clairement  que la goélette est spéciale. Sa coque en aluminium est bâtie pour les conditions extrêmes, et compte tenu de ses voyages quasi incessants sur tous les océans du globe – notamment ses expéditions aux deux pôles , cela semble préférable.

Au cours des 10 dernières années, Tara a parcouru le monde entier, couvrant 300 000 kilomètres, produisant des résultats scientifiques novateurs et jouant le rôle de « canari dans la mine de charbon » en rapportant l’état de santé des océans, ressource vitale pour notre planète, mais dont l’importance est largement sous-estimée. Pour Romain Troublé, l’océan a le pouvoir d’unir l’humanité et de nous fournir un objectif commun dans notre combat pour créer une planète saine et durable pour les générations futures, car « nous sommes tous liés par cette immense étendue d’eau. »

Pour lui, la santé des êtres humains est intrinsèquement liée à celle des océans, et plutôt que d’en avoir honte, notre intérêt personnel pourrait en fait aider à les sauver : « L’océan nous offre quotidiennement de nombreux services. Aussi, nous ne nous battons pas seulement pour l’océan, mais également pour nous-mêmes. Se préoccuper de l’océan, ce n’est pas seulement se soucier des poissons, des oursins ou des coraux – il s’agit avant tout de prendre soin de nous. »

Romain Troublé est un homme affable et déterminé, marin de longue date et biologiste qui aime les multiples visages de la mer. De prime abord, son but est simple : « donner une voix à l’océan. » Sa mission est née de la constatation à long terme que son océan bien-aimé demeure largement absent des réunions de haut niveau sur les changements climatiques. « En regardant la planète, vous pourriez penser que l’océan, du fait de sa taille, est présent dans chaque conversation au sein des Nations Unies; mais ce n’est pourtant pas le cas aujourd’hui. Depuis 21 ans que nous parlons du réchauffement climatique et des émissions de CO2, ce n’est toujours pas le cas. »

En effet, la plupart des gens seraient surpris d’apprendre qu’une étendue couvrant 75 % de la surface de notre planète puisse être ignorée aussi longtemps. Romain Troublé plaisante à moitié seulement lorsqu’il répond à sa propre question, « Pourquoi? » : « Parce qu’il n’y a aucun électeur dans l’océan. » Et il poursuit en rappelant l’illusion familière collective qui a caractérisé tant d’abus environnementaux au cours des siècles : « Les gens pensaient que l’océan était si vaste et si profond qu’il pourrait faire face à tout ce que nous avons déversé dedans, et que tout développement que nous pourrions faire sur terre n’aurait aucun effet sur l’océan. Mais ce que nous avons vu au cours des 10 dernières années, c’est que nous avons un très gros impact sur l’océan. »

C’est sur ce point que la vision de Romain Troublé d’un océan unificateur et l’approche unique de Tara apportent de l’espoir. Tara continuera de sillonner les océans du globe, rassemblant des données scientifiques cruciales, inspirant de magnifiques œuvres d’art et construisant un discours convaincant autour de l’importance de cette ressource ; mais c’est à son retour de mer que ressort la vraie valeur du travail de Tara Expéditions. Lorsque je l’ai visité, la goélette regorgeait de groupes d’écoliers, enchantés tant par les photos de plancton que par le bateau lui-même. Et c’est grâce à cette sensibilisation vitale – des écoliers, politiciens et du public – que l’impact réel de la recherche scientifique menée à bord de Tara se ressent vraiment. Selon Romain Troublé, « nous avons besoin de témoignages et de toucher ceux qui ne se soucient pas de la planète… Nous devons parler aux enfants parce que, d’ici 20 à 30 ans, ce sont eux qui auront la charge de notre planète ; et nous devons les sensibiliser sur une vision à long terme de l’Océan, de cette planète – notre planète. »

Et c’est cette vision que Romain Troublé et Tara Expéditions porteront à Paris, à la COP21, dans le but d’obtenir pour l’océan la reconnaissance qu’il mérite lors la plus importante réunion mondiale sur le changement climatique.

Propos recueillis par Josh Stride

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Tara à Londres en images
Cap vers la Conférence Paris Climat, COP21

ITW Lisa Emelia Svensson – Océan et climat, comment informer les décideurs ?

A l’occasion de l’escale de Tara à Stockholm, les membres du projet Tara Expéditions dont Romain Troublé, secrétaire général ont pu échanger avec les représentants politiques suédois. Un avant-goût des échanges envisagés lors de la Conférence Climat à Paris cet hiver. Parmi eux, Lisa Emelia Svensson, Ambassadrice suédoise des océans. Interview d’une femme engagée.

N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

Pouvez-vous nous expliquer votre rôle d’ambassadrice ?

Je travaille pour le Ministère des Affaires Étrangères et en tant qu’ambassadrice des océans, je suis une porte-parole et je défends les perspectives suédoises concernant la protection des océans. Je me concentre sur les défis auxquels fait face l’océan, mais aussi dans quelle mesure nous pouvons élever ce débat à un niveau plus politique. Nous avons la connaissance, les publications, ainsi que l’information… Mais il faut encore sensibiliser les gens et leur faire prendre conscience de ces défis ! Comment établir un lien afin que les décideurs puissent réellement mettre à profit l’information et agir en conséquence ? Dans le cadre de la conférence internationale des Nations unies et de l’agenda post-2015, nous avons un objectif clair : l’océan. Alors ce qui compte maintenant c’est de savoir comment pouvons-nous atteindre cet objectif ?

Pour remporter ce défi à la fin de l’année, quelle relation y a t il entre des initiatives privées, comme Tara Expéditions et les initiatives publiques ou politiques ? Quel est le rôle de ces initiatives ?

Tara Expéditions a deux dimensions. Vous êtes un navire scientifique, mais aussi une fondation privée. De notre point de vue, la science devrait être le fondement de toutes les décisions. Car la science nous informe sur ce qu’il se passe et sur cette base, nous devons prendre des décisions politiques. Ces décisions stratégiques ne peuvent être prises ou ne devraient pas l’être sans savoir comment agir. Bien sûr, c’est toujours un défi : quand possédons-nous assez de connaissances  scientifiques ? Que nous dit la science ? La science nous dit parfois à quel point nous en savons peu sur un sujet, comme par exemple, l’océan. Mais nous disons aussi que nous devons appliquer ce principe de précaution avant de prendre des décisions. Et bien sûr quand il s’agit de politique, il y a également beaucoup d’autres éléments et variables à prendre en compte comme l’économie, et les décisions sociales et politiques. Ainsi, lorsqu’on travaille en partenariat avec la science, l’interface avec la politique est cruciale. Tara Expéditions a une vocation scientifique, mais également d’éducation et de communication, comme en témoigne le séminaire d’aujourd’hui.

Quelles sont vos attentes concernant la Conférence des Nations unies sur les Changements Climatiques (COP21) ? Quelles sont nos chances d’aboutir à un accord sérieux ?

Évidemment nous espérons tous un accord, et je pense qu’il est nécessaire que nous soyons tous d’accord sur les instruments juridiques à mettre en œuvre. Il est important de sensibiliser le public au sujet de l’océan  – à la fois pour son rôle de régulateur du climat mais aussi concernant l’impact du changement climatique sur cet écosystème.

Pourquoi les océans ne sont-ils pas plus pris en compte dans la question du climat ?

L’information ne devrait pas seulement concerner les spécialistes du climat. Je pense que la prise de conscience vis-à-vis de l’état de santé des océans est en retard de 30 à 40 ans sur la sensibilisation concernant le changement climatique. Tara travaille sur le plastique depuis 5 ans, aussi la science étudie elle le devenir des déchets plastiques dans l’océan depuis 5 ans.

C’est juste le peu que nous savons. Alors qu’en ce qui concerne le climat et le changement climatique, nous avons accès à des mesures de longue date. Nous en savons donc plus et avons ainsi pu diffuser l’information auprès du public depuis bien plus longtemps. Nous avons des rapports détaillés et suivis sur le climat, des algorithmes et ses évolutions sont prévisibles. En revanche, pour la première fois cette année, nous avons assisté à un séminaire présentant le rapport d’évaluation de l’océan mondial. Nous travaillons actuellement sur un rapport collectif basé sur les connaissances scientifiques dans le cadre de la conférence des Nations Unies. Le rapport final viendra en décembre.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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Sirius, patrouilleur du grand nord

Tobias Kolhorn, 24 ans, fait partie de l’unité d’élite de la marine danoise : la patrouille Sirius.

Voilà 2 ans qu’il sillonne le Parc national du Groenland pour la marine danoise, 24 mois qu’il n’est pas rentré chez lui, qu’il n’a pas vu ses proches. Pas de réseau téléphonique, pas même de connexion Internet, les Sirius sont coupés du monde extérieur avec qui ils ne communiquent pas.Tobias n’a quitté le cercle polaire qu’une seule fois : pour honorer un contrôle dentaire obligatoire à Reykjavik, en Islande. Lors d’un mouillage effectué en face de la base militaire d’Ella, les Taranautes ont pu découvrir le quotidien du jeune sergent.

Base militaire danoise d'Ella, côte est du Groenland.

Base militaire danoise d’Ella, côte est du Groenland.

Tobias fait partie de l’unité d’élite de la marine danoise : la patrouille Sirius. Un groupe de jeunes hommes trié sur le volet, qui doit répondre à des exigences physiques et psychologiques très élevées. Ils étaient entre 50 et 100 candidats : seulement 7 ont été retenus pour intégrer un programme d’entrainement poussé au Groenland. Sorte de programme « Survivor » sans caméras. Pendant 7 mois, Tobias et ses collègues se sont initiés aux techniques de survie en Arctique et au maniement du traîneau à chiens. Désormais, ils savent comment se comporter face à une meute, ils sont aptes à soigner les animaux en cas de blessure. Et bien sûr, ils maîtrisent le maniement des armes, pour faire face à un ours ou à une autre menace. La mission des Sirius est bien définie : ils doivent effectuer des patrouilles de reconnaissance en traîneau sur de longues distances et veiller à appliquer la souveraineté danoise sur les immensités arctiques.

 

Tobias Kolhorn a été sélectionné pour intégrer l'unité d'élite de la marine : la patrouille Sirius. Coupé du monde extérieur, il sillonne le Groenland en traineau à chiens depuis 24 mois.

Tobias Kolhorn a été sélectionné pour intégrer l’unité d’élite de la marine : la patrouille Sirius. Coupé du monde extérieur, il sillonne le Groenland en traineau à chiens depuis 24 mois.

Cette unité a vu le jour en été 1941, lors de la Seconde Guerre mondiale pour empêcher les Allemands de débarquer le long de la côte nord-est du Groenland. À cette époque, l’ennemi cherchait à établir des bases météorologiques secrètes dans la zone, pour obtenir des informations nécessaires à l’assistance des %UBoot% et prédire l’évolution de la situation climatique en Europe. Aujourd’hui, l’unité opère toujours dans la région, depuis la côte ouest de Hall Land jusqu’à Kap Biot, au nord du Fjord Fleming. Une distance de 2 100 kilomètres à vol d’oiseau qui s’étire en réalité sur 16 000 kilomètres de côtes déchiquetées.

Le jeune sergent effectue une visite guidée de la base militaire d'Ella avec les Taranautes. De gauche à droite : Dominique Limbour, Toboas Kolhorn et Sylvie Duboué.

Le jeune sergent effectue une visite guidée de la base militaire d’Ella avec les Taranautes. De gauche à droite : Dominique Limbour, Toboas Kolhorn et Sylvie Duboué.

Tobias termine un contrat de 2 ans, il s’apprête à rentrer au Danemark où il travaillait comme menuisier avant de rejoindre l’unité. Lorsqu’on lui demande ce qui l’a poussé à s’engager, il répond : «Je voulais vivre cette expérience, découvrir la nature groenlandaise et tester ma résistance dans un environnement inhospitalier. » Ici, le jeune Sirius a découvert une vie simple, rythmée par les patrouilles hivernales, la vie avec les chiens et la discipline militaire. Il a appris sur lui-même, a pu tester ses limites : « Si tu reçois le bon entrainement, que tu es prêt physiquement et mentalement, tu peux tout affronter. Désormais, je sais me contrôler, gérer mon stress et prendre les décisions adéquates au bon moment. »

En été, les Sirius naviguent à travers les fjords pour avitailler les bases et les huttes qu’ils rejoindront pendant l’hiver. Lorsque le soleil ne se lève plus, pendant les longs mois de glace, ils sillonnent le nord du territoire : « Nous patrouillons du 1er novembre au 20 décembre, puis nous passons les fêtes de Noël à la base de Daneborg. Nous repartons entre le 20 janvier et le 20 février. Nous travaillons à 2 avec 13 chiens, nous campons sous tente, parfois dans des huttes. La température peut chuter jusqu’à -35°C. »

Territoire sillonné en traîneau à chiens par les patrouilleurs Sirius.

Territoire sillonné en traîneau à chiens par les patrouilleurs Sirius.

Lorsqu’ils sont en mission de surveillance, les journées débutent à 8h par un appel à la station de Daneborg. Il faut ensuite harnacher les chiens et repartir pendant 6 heures. Le rituel est toujours le même, conduire les traîneaux dans le froid, monter la tente, nourrir les chiens, veiller à ce que chacun ait sa ration et ainsi de suite.

Les patrouilleurs Sirius sillonnent le nord Groenland, une petite partie d'un territoire grand comme l'Europe.

Les patrouilleurs Sirius sillonnent le nord Groenland, une petite partie d’un territoire grand comme l’Europe.

En arrivant au Groenland, Tobias a été frappé par l’immensité des paysages : « Au début, c’était difficile de déterminer les distances à parcourir : 5km ou 25km, impossible à dire. Il n’y a rien pour casser la vue, pour rompre l’horizon. » Ce territoire, il a appris à le connaître et en été, il le parcourt en courant plus qu’en marchant. Ce qui lui manque le plus du Danemark ? Les grands arbres, l’odeur du printemps, ses amis et jouer au football. Les petits riens du quotidien dont il est privé ici.

Durant l'hiver, le Sergent veille sur une meute de 13 chiens groenlandais.

Durant l’hiver, le Sergent veille sur une meute de 13 chiens groenlandais.

Ce qui lui manquera du Groenland à son retour ? Une vie simple, dénuée du superflu et les chiens, auxquels il semble attaché. À son retour Tobias, ne sait pas encore ce qu’il va faire, probablement voyager pendant un temps, puis s’établir et pourquoi pas entrer dans la police. Il souhaite travailler avec les gens et pense pouvoir faire la différence en s’engageant comme gardien de la paix.

Noëlie Pansiot

Dans le sillage des Vikings

Aujourd’hui Tara, naviguant sous les latitudes nordiques, vous propose de revenir sur une page de l’histoire, celle consacrée aux Vikings, grâce à la participation de Thomas Birkett, Professeur à l’Université de Cork, en Irlande.

Diplômé d’Oxford, ce chercheur gallois s’est spécialisé dans la culture médiévale et dans l’utilisation de l’alphabet runique (le premier système d’écriture utilisé dans le nord de l’Europe). Utilisées entre le Ier et le XVe siècle dans certaines régions de Suède, les runes apparaissaient sur une grande variété d’objets : dolmens, pièces de monnaie, petits morceaux de bois ou d’os, retrouvés de la Turquie jusqu’au Groenland.

Il semble que le nom « Groenland » provienne des Vikings…

Oui, plusieurs sources médiévales islandaises attribuent ce nom à l’explorateur scandinave Erik le Rouge, qui  avait établi une colonie sur place après avoir été banni d’Islande pour meurtre. Les %Sagas% nous racontent que le Groenland fût découvert accidentellement, quelques années auparavant, lorsqu’un navire à destination de l’Islande dévia de son cap à cause d’une tempête. Erik aurait baptisé le pays « Greenland » – « Terre verte » – pour encourager les colons à s’y établir. Il pensait qu’un nom prometteur les attirerait en nombre.

Erik établit sa colonie dans les années 980, avant que l’Islande n’adopte le christianisme. Au cours des décennies suivantes, deux zones d’installation principales se sont développées : les colonies de l’Est et de l’Ouest, toutes deux situées finalement sur la côte ouest du Groenland ! Sur place, les Vikings ont repris les pratiques agricoles utilisées en Norvège et en Islande, comme l’élevage bovins et ovins. Ils complétaient leur alimentation par le fruit de leur chasse et leur pêche. Il existe des désaccords concernant la taille de ces colonies scandinaves, mais la population s’élevait certainement à plus de 2000 personnes, peut-être même davantage. Plusieurs églises ont été construites sur place, et un évêché établi à Garðar dans la colonie de l’Est. Le site de la cathédrale est l’un des premiers excavé au Groenland et ses fondations sont encore visibles près d’Igaliku.

Avaient-il des liens avec les autres populations du nord ?

Les colons ont conservé des liens étroits avec le reste des colonies nordiques. Ils restaient tributaires de la Norvège pour leur approvisionnement en marchandises : le fer, le bois, et plus important encore, la bière ! En retour, ils échangeaient de précieuses défenses de morses et probablement des fourrures. Comme en Norvège, les Groenlandais utilisaient les runes, et les inscriptions trouvées nous en apprennent un peu plus sur leur mode de vie. Malgré leur isolement géographique, ils n’hésitaient pas à réagir aux développements entrepris dans d’autres régions du monde scandinave. Le témoignage des Sagas et des fouilles archéologiques de plus de 600 fermes scandinaves nous apporte un éclairage sur cette population. On sait par exemple que les plus grandes exploitations possédaient de vastes salles qui devaient servir de centres d’accueil à la communauté : des fêtes y étaient célébrées, des histoires racontées, des invités divertis et des affaires traitées.

Leif Eriksson, fils d’Erik le Rouge, est l’un des plus célèbres Vikings du Groenland. Il dirigea une expédition à Terre-Neuve et fut le premier Européen à explorer l’Amérique du Nord (vers l’an 1000). Ses aventures sur la « Terre des Vignes », y compris ses rencontres avec les Amérindiens sont rapportées dans la Saga des Groenlandais et la Saga d’Erik le rouge. Mais il semble que les vikings aient eu peu de contact avec le peuple Inuit, qui menait un mode de vie de chasseur-cueilleur. Mais des échanges commerciaux ont probablement eu lieu. En fait, leur réticence à apprendre et adopter les pratiques inuits pourrait avoir contribué à la disparition de leurs colonies.

thomas birkett credit Anders Jensen

Connaissons-nous les raisons de leur départ ?

Eh bien, c’est l’une des grandes questions des études menées sur les Vikings et le vieil islandais. Et il n’y a aucun consensus à ce sujet ! Nous savons que la colonie de l’Ouest fut abandonnée avant 1350, et que celle de l’Est disparut dans le courant du XVe siècle.

Certains considèrent qu’il s’agit d’une conséquence directe du changement climatique. Les températures s’étaient certainement refroidies depuis l’an 1300 environ (menant au « Petit Age Glaciaire » en Europe). Le Groenland a toujours été une terre peu propice à l’agriculture, ce changement aurait donc augmenté les pressions qui pesaient sur les Vikings. La colonie de l’Ouest, située plus au nord, a été la première à être abandonnée, ce qui corrobore la théorie de relocalisation due au climat. Malgré tout, le seul refroidissement climatique n’explique pas cet abandon. La répercussion des activités humaines sur la terre peut constituer une composante importante, y compris l’érosion des sols dûe à un surpâturage, et l’abattage du peu de couvert végétal existant. Ces impacts %anthropiques% auraient rendu les pratiques agricoles difficiles à maintenir. Il existe également des preuves d’un déclin dans le régime alimentaire des colons. Des marques de couteau sur un os de chien ont été interprétées par certains comme un acte désespéré pendant un hiver particulièrement rigoureux.

D’autres chercheurs affirment que la colonie n’était pas aussi précaire qu’on le pensait, et qu’elle aurait été abandonnée pour d’autres raisons. Le départ des Vikings peut avoir été précipité par des attaques Inuits ou des pirates européens. Mais peu de preuves appuient cette théorie. Une épidémie de peste, ou une diminution des échanges commerciaux avec la Norvège peuvent aussi expliquer leur déclin. Cet échec pourrait aussi être lié au fait que les colons se sont toujours tournés vers leurs pays d’origine plutôt que vers leurs plus proches voisins. Les Vikings ont toujours refusé d’adopter les pratiques des Inuits, comme la chasse au harpon. Ils se sont obstinément accrochés aux coutumes et traditions européennes d’élevage. La déchéance de leur colonie n’est peut-être pas dûe à une inaptitude à affronter un environnement extrême, après tout, ils avaient mis au point des stratégies efficaces pour le supporter pendant 500 ans. Mais plutôt à une incapacité à modifier leurs comportements traditionnels face au changement climatique, ainsi qu’à apprendre d’un peuple qui s’était adapté depuis bien plus longtemps et qui s’est montré plus résistant au changement.

En fin de compte, la tradition semble avoir été plus importante aux yeux des colons que l’innovation et l’adaptation, et cela aurait conduit à l’inévitable effondrement de la société – peut-être un autre enseignement important pour nous ?

Propos recueillis par Noëlie Pansiot.

Quelle logistique pour Tara-Ecopolaris 2015 ?

Membre du GREA, logisticienne de la mission Tara-Ecopolaris 2015, et assistante scientifique, Brigitte Sabard s’implique aussi dans le volet éducation de Tara Expéditions avec l’association “Les Amis de Tara”. C’est d’ailleurs la première fois qu’une mission lui permet de réunir ses trois « casquettes ». Brigitte revient sur son lien avec Tara et sur l’organisation de la mission qui prend fin.

Quel est ton rôle au sein de l’équipe à terre chez Tara Expéditions ?

Depuis Tara Arctique, par amitié pour cette famille polaire et pour Etienne Bourgois, je m’implique dans le volet éducation développé, en lien avec les partenaires éducatifs institutionnels et associatifs. Il se trouve que cela relève de mes compétences professionnelles (consultante en éducation à l’environnement, communication scientifique et de gestion de projet à l’Université). Je me suis donc engagée auprès de Tara et depuis  plus de 8 ans je coordonne ce dispositif, je crée des concepts, ou encore je cherche des financements avec Xavier Bougeard qui s’occupe de la mise en œuvre des actions, de l’animation auprès des enseignants et du lien avec les chercheurs.

Sur quels critères repose la réussite logistique d’une expédition ?

Deux paramètres sont primordiaux : tenir le budget et optimiser le rapport logistique / science, ce qui signifie essayer d’avoir le plus possible de personnes à bord de l’avion qui nous conduit vers notre zone d’étude au Groenland et, à l’inverse, de minimiser le poids du matériel. Il faut que ce ratio soit bon. Et puis il faut savoir quoi emmener et pour combien de personnes, ce qui se conserve ou pas. Cette année, nous avons réparti les denrées dans des fûts par quinzaine de jours.

Ecopolaris est soutenu par des sponsors qui nous font confiance. Et l’argent que nous ne mettons pas dans l’achat de produits ou d’équipements peut être investi autrement, dans le matériel scientifique très coûteux, par exemple. L’institut Polaire Paul Émile Victor finance 50% des expéditions, car nous sommes reliés à l’Université de Bourgogne. Cette année, nous avons des sponsors qui nous ont donné un vrai coup de main pour l’approvisionnement en nourriture, comme Moulin des Moines ou Intermarché qui nous ont offert des produits secs pour les 3 ans à venir, ainsi que pour la mission de cet été avec Tara. Il y en a d’autres : Vitagermine  pour les jus de fruits et les compotes, les Jardins de Gaïa pour le thé, la charcuterie Salaison Sabatier et Les Roches Blanches, Knorr pour les légumes secs ou encore Pomona pour les légumes frais, Columbia pour nos vêtements personnels….

Et je n’oublie pas également tous les partenaires de Tara qui ont aussi permis qu’une telle mission soit possible. Merci !

Quel a été le rôle de Tara durant cette expédition ?

Par delà le riche volet scientifique, 11 ans après la première mission avec Tara, bien sûr, Tara a été d’une grande aide logistique, dans la lignée de sa mission de soutien aux recherches scientifiques. Et puis ils savent que chaque année nous devons acheminer beaucoup d’équipement, que tout ça a un coût et que le GREA est une association de bénévoles qui fonctionne sur fonds propres. Tara s’est donc révélé être un moyen économique et écologique d’acheminer notre matériel. Quand on prend par exemple un kilo de pâte acheminé par avion jusqu’à notre zone d’étude à Hochstetter par 76° Nord, son coût de revient s’élève environ à 15 euros le kilogramme sur place. Nous avons chargé en France pratiquement une tonne d’équipement à bord de Tara, dont l’essence pour les réchauds et les bateaux, des batteries pour les capteurs solaires. Grâce à cet appui logistique, nous avons pu monter trois ans d’approvisionnement sec. Et le long du parcours, nous avons également réalisé deux dépôts pour une future expédition en zodiac et pour une autre expédition annuelle du GREA, le « Karupelv Valley project ». C’est très important pour nous, car cela nous permettra de partir plus léger en zodiac l’année prochaine, d’utiliser moins d’essence et de réaliser un grand parcours de la base scientifique de Zackenberg  au Nord jusqu’à Mesters Vig au Sud où nous pourrons compléter les données que nous avons commencé à collecter avec Tara cet été.

Nous avions aussi prévu de récupérer Eric Buchel et Vadim Heuacker du GREA, qui ont travaillé cet été à Hochstetter et qui finalement nous ont rejoints à Mestersvig pour rentrer avec nous en Islande à bord du bateau.

En fait, l’aide apportée par Tara a trois impacts : écologique, économique et scientifique. Lorsque nous affrétons un avion d’Islande pour nous rendre sur notre zone d’étude, nous sommes donc limités par le poids maximum autorisé dans l’avion, qui s’élève à une tonne. Moins nous avons d’équipement à embarquer dans celui-ci, plus nous pouvons embarquer de scientifiques à bord. En règle générale, une personne compte pour 100kg à bord d’un petit avion. Grâce au dépôt que nous venons de réaliser avec l’appui logistique de Tara, nous pourrons faire venir plus d’hommes sur place pour collecter plus de données.

Les conditions de glace que nous avons rencontrées cet été sont particulières : les plaques de banquise pluriannuelles venant de l’Arctique se sont révélées très denses, tardives et ne nous ont pas permis de monter jusqu’à Hochstetter. Mais nous avons pu déposer notre tonne de matériel à la base militaire de Mesters Vig, ce qui est déjà une belle réussite ! L’an prochain, nous devrons trouver un moyen pour transporter nos fûts plus au nord, peut-être grâce à l’appui logistique de la base militaire danoise de Mesters Vig.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Liens Internet :

Site éducatif de Tara Expéditions

Site du GREA (Groupe de Recherche en Ecologie Arctique)

Tara, en attendant le vent du nord

Alors que Tara navigue vers Kong Oscar Fjord (Groenland), la mission Tara-Ecopolaris s’achève. Il va falloir se frayer un chemin, lentement, entre les glaces. Descendu de la timonerie, le capitaine Martin Hertau fait part de la situation : « Nous sommes entourés par des plaques de glace assez denses. Nous allons passer la nuit sur place ! ».

La progression doit être lente et prudente. Les marins effectueront des quarts pour veiller à ce que le bateau ne se fasse pas prendre par les glaces, il faut donc être prêt à partir. Après 14 heures de repos, les moteurs vrombissent à nouveau, Tara rejoint son dernier mouillage, la base militaire danoise de Mesters Vig avant de choisir une autre voie.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

Ce matin, le Capitaine délivre les dernières infos : « Nous sommes restés en stand-by à attendre un petit coup de vent qui devait nous aider à sortir d’ici » Depuis hier soir, Tara profite de navires à proximité pour établir des communications régulières avec le capitaine d’un cargo militaire d’avitaillement faisant route en direction de Tara. « En soirée, le commandant du navire comptait faire 35 miles. Ce matin, à 7h, il avait seulement avancé du tiers. » Martin poursuit : « Contrairement à nous, ce bateau peut briser une glace de 80 cm à 1 m d’épaisseur, mais il est avant tout conçu pour pousser des blocs. Il pèse 400 tonnes et peut progresser dans une glace relativement dense ». Les plaques pluriannuelles qui s’étirent entre Tara et sa route maritime, se révèlent donc épaisses et denses.

Un coup de vent nord, nord-ouest, de 7 à 8 sur une échelle de 12, devrait souffler dans les 48h. Les marins espèrent qu’il balaiera la côte, dégagera une voie rapide vers le nord de l’Islande. Les prochaines cartes devraient parvenir à bord dans une heure, mais la couverture nuageuse actuelle ne permettra probablement pas d’obtenir des informations satellites précises. Plus qu’une chose à faire pour l’équipage : patienter !

Noëlie Pansiot

Dernières heures au Groenland

Mesters Vig, lundi 6 août.

8h – La mission Tara-Ecopolaris s’achève. Branle-bas de combat sur le pont. Pas le temps de traîner, il faut vider les cales du bateau et charger une demi-tonne de matériel dans les deux zodiacs. Nourriture, bidons d’essence, batteries… Toute cette logistique nécessaire aux missions ornithologiques sera précieusement stockée ici pour les 3 prochaines années d’expéditions du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA). Les marins s’affairent, les bidons qui ornaient le pont depuis le départ de la goélette à Lorient sont débarqués.

©N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

9h30 – Quatre équipiers sont déjà à terre et attendent l’arrivée d’un avion de rotation – entre le Groenland et l’Islande – sur la piste d’atterrissage poussiéreuse de la base militaire danoise. Le petit avion effectuera d’abord un stop à Constable Pynt avant de déposer une partie des Taranautes à Reykjavík. Parmi eux, Christophe Cousin et Fitzgérald Jégo, l’équipe de tournage de Thalassa qui a suivi la mission depuis maintenant 15 jours et dont nous regrettons déjà l’humour. Gabriel Gorsky, dit « Gaby » scientifique et Romain Troublé, Secrétaire général, quittent également le bord. Comme à chaque fois, « Gaby » Directeur de l’Observatoire de Villefranche-sur-Mer nous disait avoir le cœur lourd et ne pas vouloir débarquer.

©N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

15h – à terre, Olivier Gilg et Brigitte Sabard bénéficient d’un coup de main de la part de Kim Hansen, le Commandant  militaire de la base. Ce dernier leur a gentiment mis un 4X4 à disposition pour transférer leur matériel du port jusqu’à une hutte qui doit servir d’entrepôt. Il faut à présent tout ranger et ne rien laisser au hasard avant le départ. À bord, le grand carré s’est transformé en refuge, les rayons du soleil chauffent la bulle protectrice et une délicieuse odeur de chocolat émane de la cuisine. Dominique « Do », notre fée cuisinière, officie pour préparer le dîner. Au menu ce soir : bagel au saumon, salade de choux pamplemousse et gâteau – d’anniversaire – au chocolat. Le gâteau a bien pris au frigo, « Do » procède aux finitions…

©N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

16h – En cale arrière, Daniel Cron, le chef mécanicien a entrepris ce qu’on appelle ici « un chantier » : il doit changer la pompe de réfrigération du réducteur avant le départ de demain. Le trentenaire se montre patient et obstiné, il travaille sur cette pièce depuis plusieurs heures. Le son de sa voix arrive jusqu’à nous dans le carré : « c’est qui le patron ? » Intrigué par tant d’agitation, en se risquant à passer la tête dans l’encadrement de la porte qui mène jusqu’à l’atelier en contrebas, on entend Daniel lancer avec un grand sourire « Ce qui me plaît dans ce métier c’est d’y aller tout en finesse ! »

©N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

19h – L’équipe est au complet, l’heure de la détente a sonné… Demain, les membres du GREA procèderont à la dernière journée d’échantillonnage de cette campagne 2015. Il est déjà temps de quitter le Groenland. Une nouvelle traversée en direction de l’Islande attend les Taranautes  et les cartes laissent entrevoir un difficile passage à travers les plaques de glace…

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Noëlie Pansiot

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« Le climat, les hommes et la mer »

LE PROCHAIN FILM RÉALISÉ EN COPRODUCTION AVEC TARA EXPÉDITIONS ET VIA DÉCOUVERTES, DÉDIÉ À L’ÉMISSION THALASSA, RETRACE NOTAMMENT L’EXPÉDITION TARA-ECOPOLARIS. AUTEUR, RÉALISATEUR DE DOCUMENTAIRES, CHRISTOPHE COUSIN EST AVANT TOUT UN CONTEUR D’HISTOIRES. CAMÉRA AU POING, IL A REJOINT TARA AU GROENLAND À L’ÉTÉ 2015. INTERVIEW

Christophe a longtemps incarné l’un des Nouveaux Explorateurs de Canal +, nous faisant découvrir la vie des nomades à travers le monde. « C’est le voyage qui m’a amené à l’image, confie-t-il,  à un moment où j’ai voulu tourner le dos à une société qui ne me convenait plus, qui m’encourageait à partir en tour du monde à vélo. Et c’est à l’issue de cette expérience que j’ai eu envie de prolonger la rencontre. » 

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Que savais-tu de Tara avant d’embarquer ?

La vision de Tara que j’avais ? Un bateau d’expéditions scientifiques qui a pour vocation de mettre en lumière l’avenir des océans, de leurs écosystèmes marins. Je n’avais aucune notion de la dimension humaine et c’est un peu ce que je suis venu chercher à bord. Essayer de mettre en perspective les connexions qu’il peut y avoir entre les scientifiques, qui cherchent du plancton et les navigants, ceux qui sont en permanence à bord du bateau et qui le font avancer.

Voilà deux semaines que tu filmes les Taranautes, quel sera l’objet de ton prochain documentaire ?

L’année dernière, alors que je terminais un film, Via Découvertes, la société de production avec laquelle je collabore, m’a proposé un projet qui allait dans la continuité du précédent film. Les producteurs cherchaient à faire un documentaire qui montrait le rôle des océans dans la machine climatique.

Je dois avouer qu’au départ, cette thématique ne m’était pas familière. Mais en creusant le sujet, j’ai senti qu’il y avait là un enjeu manifeste. Je fais partie de cette génération à qui on a longtemps dit que le poumon de la planète était l’Amazonie, ce qui n’est pas forcément faux, mais il n’y a pas que ça. Et la prise de conscience qui a été la mienne au moment où, il y a à peine 6 mois, j’ai appris que les océans jouaient un rôle là-dedans, m’a donné envie de m’investir dans ce projet. Je ne suis pas scientifique et je suis le premier à être étonné par le sujet, mais j’ai envie de relever le défi et d’essayer de vulgariser ces aspects-là, de faire en sorte qu’un téléspectateur puisse tomber amoureux des océans et donc de la vie. Ça mérite une histoire !

Tout est parti d’une rencontre, avec Romain Troublé, Secrétaire général de Tara Expéditions et la société de production : on s’est retrouvé pour réfléchir à la manière dont on pourrait faire état des relations qui unissent « Le climat, les hommes et la mer ».

Peux-tu nous dire quelques mots sur « Il était une fois l’Arctique », ton précédent documentaire ?

C’était un film que j’avais en tête depuis plusieurs années. J’avais envie de faire le tour de la zone arctique, de dessiner ses enjeux au travers de problématiques géopolitiques, mais sans aller rencontrer les politiques ou les économistes, juste en m’adressant à ceux qui y vivent ou qui sillonnent la zone. Le film intègre quatre histoires qui se répondent les unes aux autres : 150 millionnaires Chinois se rendent au Pôle Nord sur le plus grand brise-glace nucléaire du monde ; des Inuits chassent sur la banquise pour leur survie ; des militaires Canadiens procèdent à des démonstrations de force dans les zones les plus septentrionales du pays et enfin, des Nenets en Russie voient leur transhumance évoluer au rythme des pipelines et des gazoducs. Le film interroge, interpelle sans juger. Raconter l’interdépendance des océans et du climat arrive finalement comme une suite logique, dans cette dynamique de vouloir faire des films qui ont un impact ou qui ont du sens.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

J’ai conscience que ça va être compliqué de toucher un large public parce que l’écologie semble parfois éloignée des problèmes du quotidien. En même temps, l’opportunité était trop belle pour ne pas s’en emparer. La manière dont je vois faire évoluer le film pour qu’il se distingue des autres c’est justement de s’accrocher à la dimension humaine. La science c’est une chose, mais il ne faut pas oublier qu’au milieu de tout ça il y a l’homme, avec son impact, mais aussi sa présence sur terre. Il fait partie d’un tout et on a tendance à l’en exclure. Je rentre d’un tournage en Malaisie avec les Badjaus Laut où on parle beaucoup des aires marines protégées comme un potentiel avenir pour recréer une dynamique de biodiversité, sauf qu’on exclut l’homme dans tout ça. Les Badjaus Laut qui vivent de la mer, ne peuvent plus se rendre sur ces zones traditionnelles de pêche. Et là, on ne parle pas de pêche intensive, on parle de quelques familles qui ont besoin de se nourrir.

Que cherches-tu à travers ces rencontres ?

Dans chaque voyage, à chaque rencontre, pour chaque peuple rencontré, à chaque problématique soulevée, il y a une part de notre histoire à tous. Essayer de comprendre pourquoi on est là, ce qu’on fait là, où on va… Finalement ce qui m’intéresse dans cette multitude et dans leurs différences, c’est l’universalité des émotions…

Comment vois-tu ton travail à la veille de la prochaine conférence sur le climat en décembre prochain ?

Cette conférence climatique, c’est une histoire qui appartient aux grands de cette planète, mais je pense qu’on devrait tous être concernés au quotidien par la notion de climat. Se soucier de ce qu’on fait de la planète aujourd’hui et pas juste lors d’un rendez-vous. Si le fait que les grands de cette planète se rassemblent et arrivent à faire bouger les lignes tant mieux, mais je pense que la solution, s’il devait y en avoir une un jour, passera par la masse et par le nombre plutôt que par l’élite.

C’est la raison pour laquelle je trouve que c’est important de communiquer sur le climat, ou en tout cas de parler du climat par le biais d’histoires humaines. Parce que c’est grâce à ces histoires qu’on se sent concerné et qu’on finira par agir.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Rester en alerte

Deux mots ont suffi pour faire rappliquer les Taranautes sur le pont. Alors que tous se préparaient pour un débarquement, Sylvie Duboué, Présidente des Amis de Tara, donnait le signal : « ours blanc en vue !» Tous ont accouru pour observer le fameux prédateur, jumelles vissées aux yeux. Voilà une semaine que nous espérions l’apercevoir sur une plaque de glace et c’est finalement la zone que nous souhaitions explorer à pied que l’ours sillonnait paisiblement. Après plusieurs regards interrogateurs lancés en direction du bateau, l’animal a fini par décamper, ou disons plutôt par disparaître de notre champ de vision, laissant planer le doute sur sa présence…  L’ours était malheureusement bien trop loin pour nos objectifs, véritable tête d’épingle perdue au milieu de la toundra. Aucun des essais photographiques ne s’est montré concluant.

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Tara, perdue dans le décor. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

Après quelques réflexions, le zodiac a finalement été mis à l’eau pour procéder au débarquement sur la plage de galets de l’île d’Ymers. Carabine en bandoulière et fusées de détresse pour assurer la sécurité de l’équipage, nous avons dû faire preuve de vigilance et renoncer à explorer un canyon aux couleurs rougeoyantes. Les consignes dictées par le capitaine étaient claires : rester groupés, scruter l’horizon avec les jumelles et bien choisir le chemin à emprunter pour éviter de se trouver nez à truffe avec l’animal tapis derrière un vallon.

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Dominique Limbour (cuisinière) et Mathieu Voluer (marin polyvalent) scrutent attentivement l’horizon pour éviter la rencontre avec un ours blanc. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

De leur côté, Olivier Gilg et Brigitte Sabard du %GREA% ont emprunté un chemin bien plus escarpé pour regagner le pied d’une falaise en quête d’un nid de faucons gerfaut. Ces habitués des lieux arpentent le territoire depuis près de 25 ans en compagnie de leur fils Vladimir. Il leur est même arrivé de déplier la tente sur place pendant quelques jours. Brigitte se souvient : « Lorsque Vladimir avait 13 mois, je le portais sur mon dos et à 4 ans il montait déjà tout seul. » Pour Vladimir, désormais âgé de 12 ans, cette mission arctique est la 13ème. Le benjamin des Taranautes fait preuve d’une grande maturité, et d’un sens analytique qui en a déjà surpris plus d’un : « Ces animaux sont vraiment beaux à voir, majestueux et ils inspirent le respect. Nous avons observé 3 jeunes faucons puis les adultes sont venus les nourrir. »

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Faucon gerfaut. ©N.Pansiot/Tara Expéditions

Jour après jour, les membres du GREA poursuivent leurs observations, retournent sur des lieux stratégiques pour photographier, compter les oiseaux, ou effectuer des prélèvements qui leur serviront à faire un état des lieux des espèces, 11 ans après leur première expédition avec Tara. La goélette vient de reprendre la mer, 17h de navigation sont prévues pour atteindre la baie de Myggbukta, plus au nord. Brigitte et Olivier pointent les lieux sur la carte : «  nous allons encore passer devant de très beaux paysages, il faudra rester en alerte. »

Noëlie Pansiot

Crédit photos : Brigitte Sabard et Noëlie Pansiot

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La mission Tara-Ecopolaris rejoint Scoresby Sund

Voilà 4 jours que Tara a quitté l’Islande. L’épais brouillard qui enveloppait la goélette s’est finalement dissipé alors que nous naviguons à bonne allure vers le nord, en direction du plus grand fjord du monde : le Scoresby Sund.

Les Taranautes se sont tous donnés rendez-vous sur le pont pour profiter de paysages à couper le souffle. Difficile alors pour la correspondante de bord de s’enfermer dans le PC Com pour rédiger ce log. Sur le pont, ordinateur posé sur les genoux, un œil sur le clavier l’autre sur les icebergs, les fenêtres de ce bureau provisoire donnent sur de splendides montagnes de roches noires marbrées de blanc. L’ensemble se reflète à la perfection sur l’eau…

Un peu plus tôt, à l’heure du déjeuner, Tara effectuait un stop devant les falaises basaltiques du Cap Brewster, objet de convoitise pour les deux écologues embarqués. Munis de longues focales vissées sur leurs boitiers photo, Brigitte Sabard et Olivier Gilg, chercheurs du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) ont « shooté » avec frénésie l’une des plus grandes colonies d’oiseaux de la côte est.  Ces clichés seront ensuite assemblés et permettront de compter un à un les guillemots de Brünnich et les mouettes tridactyles. Olivier, le sourire en coin, ironise sur le travail qui l’attend au retour de cette mission : « les soirées d’hiver seront longues en Bourgogne… »

Face au mur de glace

Face au mur de glace. ©N.Pansiot/TaraExpeditions.org

Il semble que les interminables journées de travail n’effraient pas ces chercheurs qui l’ont prouvé hier en sillonnant l’îlot pelé de Dunholm pendant 13h en quête de palmipèdes. Sac rempli de provisions sur une épaule, perche à filin sur l’autre, ils avaient pour mission de capturer une dizaine d’eiders à duvet, une espèce de canard marin, afin de réaliser une série de mesures et de prélèvements. Tapis sur leurs nids, les femelles eiders sont parfaitement camouflées. Seul un œil exercé parvient à distinguer les volatiles dont le plumage se fond dans le décor rocheux. Une fois repéré, il faut capturer le volatile à l’aide du filin et la tâche ne se révèle pas aisée.

Olivier s’explique : « c’est un nouveau volet de notre programme scientifique. En 2004, nous nous étions contentés de collecter du duvet pour étudier les polluants. Nous avons réitéré l’opération ce qui va nous permettre de déterminer les niveaux de contaminants, notamment le mercure, mais nous avons aussi effectué des prises de sang sur une dizaine d’oiseaux. Il s’agit d’une première, et nous nous sommes vite rendus compte de la difficulté de la tâche.  Ces nouveaux échantillons vont nous permettre de mesurer les taux de mercures autrement, mais aussi d’hydrocarbures, des polluants qui risquent d’augmenter avec le développement du trafic maritime dans la région. Ces contaminants sont d’origine anthropique : la pollution est amenée par les vents ou par les courants marins depuis nos régions. Ici, il n’y a pas ou peu de source  de pollution. En échantillonnant localement, nous pouvons donc mesurer la circulation des polluants sur la planète. »

Mathieu Voluer, officier de pont et Dominique Limbour, cuisinière, observent une colonie de guillemots de Brünnich au Cap Brewster

Mathieu Voluer, officier de pont et Dominique Limbour, cuisinière, observent une colonie de guillemots de Brünnich au Cap Brewster. ©N.Pansiot/TaraExpeditions.org

Il est désormais 16h, certains Taranautes ont rejoint le grand carré, d’autres s’octroient une sieste réparatrice avant le prochain quart nocturne. La goélette s’est éloignée des côtes et navigue à plus de 7 nœuds pour aller se mettre à l’abri. Le capitaine étudie les cartes : « Nous mettons le cap au nord et c’est un petit coup de poker. Un coup de vent est attendu dans la nuit du 29 au 30 juillet, ce qui nous laisse 35h pour monter et faire 200 miles. »

Noëlie Pansiot

 

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« Les portes du Groenland semblent s’ouvrir »

Tara réitère sa tentative et met une seconde fois le cap au nord en direction du Groenland. La goélette quittait le port d’Akureyri hier pour trouver une mer calme à la sortie des fjords islandais.

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Le voilier navigue paisiblement au moteur, les estomacs des équipiers fraichement embarqués n’ont donc rien à craindre de la houle. Tous prennent leurs marques et s’attèlent à leurs tâches respectives. Parmi eux, Gabriel Gorsky, directeur de l’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer, qui s’affaire sur le pont en compagnie de Christophe Cousin, réalisateur de documentaires. Il faut équiper Gaby d’un micro-cravate pour les besoins d’un tournage qui débute.

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9h40, le premier filet manta vient d’être mis à l’eau devant les caméras, avec l’aide des marins. Le protocole scientifique est bien rodé, la succession de gestes tant de fois reproduite au cours des précédentes missions s’effectue avec aisance. Sous la bulle protectrice qui chapeaute Tara, la fée cuisinière prépare déjà le repas pour les 15 Taranautes. Les effluves des petits légumes qui mijotent parviennent jusque dans le PC Com où Martin Hertau, le capitaine consulte ses emails. Le Malouin ouvre la précieuse carte satellite de la NASA et s’adresse à Olivier Gilg, chercheur au %GREA% en empruntant un ton optimiste : « Viens voir, ça va te plaire ! Ça se confirme, le mouvement de banquise que nous espérions semble s’amorcer. Les portes vont peut-être s’ouvrir dans les jours à venir. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts ! » Pour Martin, il est déjà temps de remonter sur le pont pour aider à relever le premier manta, les 30 minutes de prélèvement se sont écoulées.

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Resté devant l’ordinateur, Olivier poursuit son analyse minutieuse des cartes : « Nous sommes à mi-chemin entre l’Islande et le Groenland. Nous allons donc essayer de rentrer par le sud du Scoresby Sund où il y a toujours un peu moins de glace.  À cet endroit,  il y a des courants importants qui empêchent la glace de se former tout l’hiver. La glace peut donc y être refoulée, et c’est ce que nous souhaitons, ou à l’inverse en fonction des vents, se trouver emprisonnée et poussée vers le fiord. C’est ce qui s’est passé au cours des 10 derniers jours, obligeant Tara à rebrousser chemin. Cette fois-ci, il semble que nous ayons des vents assez favorables. Donc d’ici 3 ou 4 jours le passage se sera peut-être complètement ouvert. Nous allons essayer de viser le Cap Brewster qui abrite une grosse colonie d’oiseaux que nous aimerions compter. »

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Sur le pont, Christophe Cousin et Fitzgerald Jego, chef opérateur du documentaire de 110 minutes destiné à France 3, s’affairent caméra au poing. Il faut saisir les images du filet avant d’arriver dans les glaces en soirée où il ne sera plus possible de l’utiliser.

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Sur le grand plan de travail extérieur, un petit drone blanc équipé d’une caméra siège aux côtés des précieux échantillons qui grouillent de micro-organismes. L’engin va bientôt décoller pour effectuer sa première ronde au-dessus de la baleine. Avant cela, il faut hisser les voiles et mettre en avant les plus beaux attributs de la goélette. Les marins équilibristes entrent en scène : Mathieu Voluer, Officier de pont, avance sur la baume pour libérer la voile. Tout le monde est à son poste. Silence, moteur, ça tourne !

GREA* : Groupe de recherche en écologie arctique.

Noëlie Pansiot

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Les fjords à vol d’oiseau

En route pour la côte Est du Groenland, l’équipage de Tara doit faire preuve de patience et de prudence. Brigitte Sabard et Olivier Gilg, les deux spécialistes du Groenland patientent pour mener à bien leurs observations sur cette côte méconnue du grand continent blanc.

Les glaces qui réduisent considérablement l’accès au fjord Scoresbysund depuis plus de quinze jours n’ont pas encore permis à la mission Tara-Ecopolaris – en collaboration avec Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) – de débuter. Penché sur une carte du Groenland, l’ornithologue Oliver Gilg explique comment il compte orienter ses recherches.

« Depuis que Tara est passé là il y a onze ans, personne n’est retourné voir comment la situation globale de cet endroit, situé loin de toute civilisation, a évolué. C’est l’intérêt de cette mission. Nous allons essayer d’atteindre la côte sud et la longer jusqu’au Cap Brewster situé à l’entrée sud du fjord. A priori, il devrait y avoir moins de glace puisqu’il est un peu protégé du vent de Nord-Est et que les glaces ont tendance à descendre tout droit. »

« C’est là que se trouvent les plus grosses colonies d’eider à duvet avec plus de 500 nids sur certaines îles. Initialement, nous devions capturer des oiseaux pour effectuer des prises de sang. En revanche, nous allons déjà pouvoir récupérer des duvets dans leurs nids vides pour le premier volet scientifique du programme Tara-Ecopolaris, c’est-à-dire travailler sur les polluants et notamment le mercure. Nous allons essayer de ramasser du duvet sur une dizaine de nids par colonies, sur cinq ou six colonies différentes. Nous l’avions déjà fait en 2004 et la comparaison sera intéressante. »

« Il y a une grosse colonie sur le Cap Brewster avec notamment des mouettes tridactyles et des guillemots de Brünnich. Le fjord Scoresbysund est habituellement libre de glace assez tôt et le comptage de cette colonie est fait depuis presque un siècle. Nous pourrons donc voir l’évolution des tendances. Le guillemot de Brünnich est plutôt en diminution, tant sur la côte est que sur la côte ouest. C’est sans doute dû à la chasse car c’est un oiseau très prisé par les Inuits. La mouette tridactyle, elle, est en nette augmentation au Groenland. Plus les glaces se libèrent et plus sa population augmente. Nous avions aussi observé à l’époque des macareux moine, une espèce très rare dans cette région. Nous ne sommes pas certains qu’elle niche sur la côte est du Groenland. Il serait intéressant de pouvoir trouver des nids ou des terriers. »

« Ensuite nous voudrions remonter  le fjord Scoresbysund, où nous avions décelé la présence de goélands marins et de goélands bruns, des espèces qui, il y a onze ans, venaient juste d’arriver au Groenland. Le but est de savoir si leur arrivée est confirmée et si ces populations augmentent. Tout cela dépendra vraiment du temps car il faut compter une journée de navigation pour aller jusqu’à l’extrémité du fjord » (le Scoresbysund est l’un des plus longs fjords au monde avec près de 300 km, ndlr).

« Nous espérons aussi pouvoir aller plus au nord et longer la côte pour compter les deux autres colonies de mouettes tridactyles et guillemots de Brünnich. Dans les autres fjords, il y a beaucoup d’espèces différentes. Il y a plusieurs centaines de nids de sternes arctiques sur les petits îlots, ainsi que des dizaines de goélands bourgmestres, les deux espèces les plus courantes dans les fjords. Comme il n’y a aucune perturbation, ni chasse, ni pêche, les tendances d’évolution de ces populations seront intéressantes. Elles pourront être comparées avec les données du GREA collectées depuis plus de 30 ans. Mais il reste beaucoup de points d’interrogation. L’avantage d’y aller avec Tara, c’est qu’on peut vraiment s’approcher des côtes, se faufiler ou s’y rendre en Zodiac. Ce serait impossible autrement. Tout dépendra de la situation des glaces. »

Propos recueillis par Dino Di Meo à bord de Tara

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Tara dans les glaces

Après trois longs jours d’attente à Akureyri (Islande), les glaces descendues du Pôle Nord le long des côtes du Groenland bloquent toujours l’entrée du fjord de Scoresbysund où Tara a prévu de se rendre pour les besoins de l’expédition Ecopolaris dédiée à l’étude de la faune et dirigée par le GREA  (Groupe de Recherche en Ecologie Arctique).

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A l’heure actuelle, selon les observations satellites et les cartes de glaces fournies par les Norvégiens, la situation météo n’a pas beaucoup évolué et empêche toujours toute incursion de Tara dans le fjord afin de rejoindre Constable Pynt où se trouvent les chercheurs du GREA. Les vents se sont en partie calmés sur cette partie de l’océan Arctique mais les prévisions donnent un retour de vents de nord-est pour le week-end prochain. Ce qui devrait pousser les glaces encore plus vers l’entrée du fjord et en restreindre encore un temps l’accès.

Martin Hertau, le capitaine, semblait peu optimiste après analyse des cartes météo, surtout que la navigatrice Isabelle Autissier avec laquelle Tara est en contact, tente actuellement de se frayer un chemin dans les glaces pour atteindre le petit village de Ittoqqortoormiut situé à l’embouchure du fjord. Elle progressait difficilement à 60 km des côtes,  au niveau où Tara avait dû rebrousser chemin samedi dernier.

Isolés dans un campement-base près de Constable Pynt, Brigitte Sabard et Olivier Gilg (GREA) ont finalement préféré revenir à Akureyri hier après-midi,  attendant patiemment que la situation évolue. Leur matériel logistique se trouvant à bord de Tara, il leur était impossible de débuter leur mission dans de bonnes conditions. L’hiver a été très froid cette année et même la côte ouest du Groenland, pourtant sous l’effet du Gulfstream, s’est trouvée bloquée plus longtemps. A bord de Tara, une bonne fenêtre météo est attendue pour refaire la route en sens inverse. Une décision doit être prise jeudi matin, après avoir comparé cartes météo, cartes des glaces et aussi avoir pu correspondre avec Isabelle Autissier pour avoir une description de la situation réelle sur zone.

Dino Di Meo

Les glaces du Groenland contraignent Tara à patienter

En cette saison, sous les hautes latitudes arctiques, le grand continent blanc n’a pas encore libéré l’accès à ses côtes. Patience et prudence valant règle d’or en navigation, la progression de Tara vers le Groenland prendra un peu plus de temps que prévu.

La goélette engagée dans la mission Tara Ecopolaris avec les membres du Groupe de recherche en écologie arctique (GREA) doit permettre l’étude des oiseaux vivant dans cette région polaire très isolée.

D.Dimeo/Tara Expéditions

D.Dimeo/Tara Expéditions

Comme il y a onze ans, Etienne Bourgois et Jean Collet, premier capitaine du bateau de Jean Louis Etienne en 1989, se sont donné rendez-vous sur Tara en Islande. En 2004, la goélette grise tout juste devenue propriété d’Etienne Bourgois et agnès b., avait inauguré sa série d’expéditions par une mission sur la côte Est du Groenland en compagnie de Olivier Gilg et Brigitte Sabard, deux spécialistes français des écosystèmes arctiques.

Cette fois, les deux ornithologues après avoir déposé leurs affaires à bord du bateau à quai à Akureyri (Islande) s’étaient envolés mercredi dernier pour Constable Pynt, un des seuls endroits qui compte une petite piste d’atterrissage sur la reculée côte Est. Le lendemain, Tara avait quitté le port de la deuxième ville d’Islande et avait fait route vers le Nord pour aller rejoindre les deux scientifiques du groupe de recherche en écologie arctique (GREA). Mais le fjord de Scoresbysund, qui selon les cartes satellite fournies par la NASA semblait alors encore accessible, s’est refermé. Les forts vents de Nord ont repoussé les glaces vers la terre pour en bloquer l’entrée.

Après une traversée agitée, Tara a dû slalomer entre les premiers bouts de banquise qui se trouvaient déjà à 80 milles des côtes. Une deuxième barrière de glace a également été franchie par le bateau polaire mais la troisième s’est révélée plus dense. Et la bataille avec les blocs géants a tourné à l’avantage des éléments. Des vents de 35 à 40 noeuds de nord-est étaient annoncés.

Pour des raisons évidentes de sécurité, décision à été prise de repartir vers l’Islande. Vendredi 10 juillet vers 19 heures, après des heures de zig-zag dans un froid glacial à travers les nombreux blocs de glace, Tara a regagné une zone de sécurité, un peu plus au large, en retrouvant la haute mer.

C’est donc jumelles à la main et vigie en haut du mât que la goélette a repris le chemin vers le sud. « On aurait pu attendre une éventuelle bascule mais les fichiers météo ne l’annoncent pas avant trois ou quatre jours », a affirmé le capitaine Martin Hertau. Rien de dramatique dans la situation polaire de cette année. La dominance de vents du Nord depuis des semaines a poussé les glaces bien au Sud et même la côte ouest du continent est encore sous l’emprise des glaces.

Dimanche 12 juillet vers 22 heures, après une traversée au portant, Tara est arrivée à Akureyri. Amarrée cette fois au petit port de pêche, Tara n’a plus qu’à attendre le feu vert des cartes des glaces pour refaire la traversée dans l’autre sens.

Dino Di Meo, Correspondant à bord de Tara

Tara en Islande, dans le sillage des baleines

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Ce lundi 6 juillet 2015, TARA pénétrait en terre islandaise en empruntant le long fjord reliant l’Atlantique Nord à Akureyri, seconde ville du pays. Une escale de quelques jours pour permettre une rotation d’équipage et la découverte de la culture locale dans des paysages spectaculaires. Parmi les nombreux attraits de ce territoire fait de glace et de feu, l’observation de la faune marine compte parmi les activités les plus prisées par les visiteurs et représente aujourd’hui une large part de l’économie touristique islandaise. Grâce à des eaux froides et donc plus oxygénées, les côtes islandaises se chargent de krill, harengs et plancton pour devenir un véritable garde-manger pour de nombreux mammifères marins. Entre mai et septembre, plus de douze espèces de baleines et cachalots se regroupent en effet dans ces zones riches en nourriture et permettent ainsi aux touristes et aux scientifiques d’étudier de plus près ces géants des mers. Depuis le pont de TARA, l’équipage a d’ailleurs pu observer à quelques encablures du port d’Akureyri le ballet d’une baleine à bosse multipliant les sauts au-dessus de la surface.

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Avec près de quinze mètres de long pour un poids de vingt-cinq tonnes, la baleine à bosse compte parmi les espèces les plus communes en Islande et les plus facilement observables. Arrivant des eaux chaudes des Caraïbes où elles ont passé l’hiver, ces baleines n’hésitent pas à s’engager profondément dans les fjords à la recherche de nourriture. Une alimentation à base de krill dont elles peuvent avaler plus de deux tonnes chaque jour et qui constituera leurs réserves de graisse pour le prochain hiver. Leur comportement curieux à l’encontre des navires en a longtemps fait une cible facile pour les baleiniers et représente aujourd’hui un atout majeur pour les études scientifiques. Laissant voir facilement leur nageoire caudale lors de leurs plongées, les motifs particuliers de leur queue permettent aux chercheurs de quantifier et de suivre les migrations de ces individus à travers les océans. Telle une empreinte digitale, ces marques sont en effet propres à chaque baleine et constituent ainsi une précieuse source d’information.

Au Nord d’Akureyri, la ville d’Husavik regroupe les principaux centres d’observation baleinière et attire chaque année des milliers de touristes dans ses fjords. Les visiteurs sont invités à envoyer leurs photos aux chercheurs locaux afin de constituer une base de données pouvant permettre le suivi annuel des individus sur cette zone. Les études visuelles sont souvent complétées par une méthode d’analyse bien connue des taranautes : l’hydrophone. Une écoute sous-marine qui permet l’enregistrement du chant de ces baleines qui peuvent parfois vocaliser jusqu’à plusieurs jours de suite. Le Professeur Hervé Glotin de l’Université de Toulon qui a récemment fait parvenir un système d’enregistrement sous-marin à bord de TARA a ainsi mené des recherches sur ces chants durant le projet baptisé Baobab. Des sessions d’enregistrement menées sur les côtes de Madagascar,  qui ont permis une première analyse des populations dans le sud de l’Océan Indien, et qui pourraient être complétées par TARA lors de sa campagne au Groenland.

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Mais la relation entre l’Islande et les baleines est loin de faire l’unanimité sur la scène internationale. Malgré les nombreuses signatures collectées, le pays vient en effet de lancer il y a quelques jours sa campagne de chasse à la baleine. Une pêche commerciale traditionnelle interdite en 1986 par la Commission Baleinière Internationale (CBI) et qui pourtant a été reprise en Islande depuis 2006. Avec la Norvège et le Japon, l’Islande compte parmi les derniers pays a refusé le moratoire de la CBI sur la chasse baleinière à des fins commerciales. Un quota de 154 rorquals et 229 baleines de Minke a ainsi été fixé pour la campagne 2015 pour une viande majoritairement destinée aux touristes et à l’export vers le Japon malgré une demande en forte baisse.

Une situation  paradoxale pour ce sanctuaire baleinier et qui a mis le pays dans le viseur des instances internationales, en attendant que l’opinion publique parvienne à faire primer la contemplation face au poids des traditions.

Pierre de Parscau

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L’Océan sur écoute

François Aurat (second capitaine) et Louis Wimotte (électricien) testent l’hydrophone avant sa mise à l’eau

François Aurat (second capitaine) et Louis Wilmotte (électricien) testent l’hydrophone avant sa mise à l’eau

Après plusieurs miles de navigation au large des côtes anglaises, TARA a profité de 20 nœuds de vent de sud pour couper ses moteurs et faire rouler sa coque sur une houle bientôt écossaise. Un climat propice aux rencontres, comme ce fut le cas hier avec un groupe de cinq dauphins de Risso venus saluer l’étrave dans une eau turquoise. Une présence animale souvent observée par TARA et qui, durant cette campagne nordique, sera pour la première fois écoutée. Pour cette opération, l’équipage a embarqué à Rouen un dispositif singulier : l’hydrophone. Un micro aquatique, cinquante mètres de câble et un enregistreur : un kit rudimentaire dont l’efficacité avait déjà pu être mise à l’épreuve par un duo bien connu des taranautes : Louis Wilmotte, électricien du bord et Douglas Couet, étudiant en océanographie. Une équipe à nouveau réunie à bord lors de notre trajet le long de la côte bretonne et qui avait mené ensemble l’aventure MareNostrum.

Arrivée de l'équipage MareNostrum à Istanbul après 14 mois de mer

Arrivée de l’équipage MareNostrum à Istanbul après 14 mois de mer

« C’était un challenge sportif et humain de relier Gibraltar et Istanbul en kayak de mer, m’expliquait Doug au large du Cotentin. On a mis 14 mois en autonomie totale pour parcourir ces 8 500 kilomètres de côte et participer à la recherche sur le milieu marin. » MareNostrum embarque en effet sur leur kayak un modèle d’hydrophone développé par le Professeur Hervé Glotin de l’Université de Toulon.
« Dès qu’on le pouvait, on sortait l’hydrophone du kayak à 30 mètres de profondeur et pour enregistrer pendant quelques minutes les sons sous l’eau. Il n’y a pas beaucoup d’études qui ont été faites à ce sujet, tant pour l’étude des cétacés que pour le bruit anthropique, c’est-à-dire le bruit que produit l’homme sous l’eau ». Grâce à cette technique d’observation sonore, les scientifiques sont en mesure d’identifier toutes les espèces dîtes « vocalisantes », soit plus de soixante cétacés ainsi que certains mollusques et crustacés.  Contrairement aux observations en surface, l’hydrophone offre une surface et une profondeur de captage bien plus conséquente, jusqu’à plusieurs kilomètres pour l’enregistrement de certaines fréquences. Des sons parfois très identifiables comme le clic du cachalot que Doug me fait découvrir dans le casque. « Ce gros animal de plus de 20 mètres de long qui chasse le calamar dans les grandes profondeurs va seulement émettre ce petit son pour communiquer et se repérer sous l’eau ».  Sur l’onde sonore dessinée par ce son, les trois pics très rapprochés trahissent à coup sûr la présence d’un de ces cachalots dans la zone d’analyse.

Dauphins de Risso rencontrés par TARA au large de l’Angleterre

Lagénorhynques à bec blanc rencontrés par TARA au large de l’Angleterre

Ces échantillons ont permis un relevé inédit des bruits sous-marins sur tout le Nord de la Méditerranée. Grâce à la signature sonore de chaque espèce, les scientifiques ont pu identifier différentes populations présentes sur le parcours des deux kayakistes mais également quantifier la pollution sonore de ce milieu marin. « Les nuisances acoustiques, suivant leur niveau et leur fréquence, perturbent les communications inter-individu et donc la reproduction, analyse le professeur Glotin. Les bruits produits par l’homme perturbent aussi la chasse et donc l’alimentation des espèces ». Des cas de dauphins retrouvés échoués et les tympans percés en Adriatique mettent aussi en lumière des conséquences physiologiques possiblement liées à des bruits trop forts.  Cet impact sonore de l’homme sur la population marine pour l’instant encore à l’étude interroge pourtant certains élus sur l’état de leurs côtes. La municipalité de Villefranche-sur-Mer a ainsi commandé au Professeur Glotin et ses équipes une analyse sonore du port afin de mieux comprendre les effets du développement en surface sur la vie des profondeurs.

Chaque lieu d'enregistrement est soigneusement inscrit dans le carnet de bord de l'hydrophone

Chaque lieu d’enregistrement est soigneusement inscrit dans le carnet de bord de l’hydrophone

Dans la continuité de ces analyses, TARA va aussi participer à la collecte de nouveaux échantillons durant sa campagne dans les latitudes nord. « Avec ces prélèvements sonores, nous espérons pouvoir effectuer des analyses sur les structures des chants des baleines à bosse dans cette zone et collecter des données sur le comportement et la situation d’autres espèces que nous détecterons ». Une aventure scientifique qui promet de mobiliser l’équipage de TARA durant les semaines à venir, à l’écoute du monde du silence.

Pierre de Parscau

Ecouter les premiers sons enregistrés grâce à l’hydrophone :

Piste 1 : Chant d’une baleine à bosse

Piste 2 : Chant d’un cachalot

 

Cinq Lagénorhynques à bec blanc dans les vagues de TARA

Le 30 juin à 15h22 / position N 54°50 / E 0°11′

Temp air : 15,3°C
Temp eau : 14,6°C

Lancée dans sa campagne vers le Groenland, TARA longeait la côte Est de l’Angleterre quand l’eau turquoise s’est agitée de cinq torpilles blanches et grises. Un groupe de lagénorhynques à bec blanc particulièrement joueurs a régalé l’équipage durant un long quart d’heure. Voltes sous la surface et surf sur la vague, les cinq mammifères longs de plus de deux mètres éblouissent par leur vitesse (plus de 9 noeuds) et leur facilité de déplacement dans une eau transparente. Une dernière plongée et les voilà aussitôt disparus, laissant sur le pont l’équipage de Tara  heureux d’avoir retrouvé son âme d’enfant.

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Dauphins Risso au large de la côte Est de l'Angleterre

Pierre de Parscau

Ocean Day, jour J pour la grande bleue

À quelques mois du sommet de la COP21 qui se tiendra en décembre à Paris, c’est aujourd’hui dans l’enceinte de l’UNESCO que se réunissaient les acteurs du changement climatique à l’occasion du World Oceans Day.

En direct du bateau, les marins soutiennent l'Appel de l'Océan pour le Climat. #OceanForClimate

Dirigeants politiques, scientifiques et grand public se sont ainsi donnés rendez vous pour évoquer ensemble l’avenir de nos océans et l’impact des changements climatiques sur le poumon bleu de la planète.

L’équipe de Tara avait répondu présent aux côtés de Laurent Fabius (Ministre des Affaires Etrangères et du Développement International) ainsi que SAS le Prince Albert II de Monaco pour témoigner de l’impact du réchauffement climatique sur les mers du globe et sur les hommes qui les peuplent.

Un écosystème de plus en plus fragilisé et dont la lente détérioration n’était pourtant pas encore à l’ordre du jour des débats prévus lors de la COP21. Un constat alarmant qu’est encore venu renforcer la dernière expédition Tara Méditerranée consacrée aux micro-plastiques et dont les premiers résultats ont mis en évidence l’impact de l’homme sur l’environnement marin. Face à l’ampleur des phénomènes climatiques et à la mobilisation publique et scientifique, Laurent Fabius a annoncé aujourd’hui qu’une journée serait entièrement consacrée à la question des océans durant la COP 21.

Pour faire encore peser l’importance des océans dans les futurs débats et faire naitre des prises de positions concrètes chez les dirigeants du monde entier qui se réuniront en décembre à Paris, TARA a participé aujourd’hui à l’Appel de l’Océan pour le Climat lancé sur la plate-forme Ocean & Climate autour du hashtag #OceanForClimate. Partenaires, associations et anonymes ont ainsi exprimé leur solidarité et leur soutien à la cause océanique via les réseaux sociaux.

À cette occasion, l’équipage de TARA s’est mobilisé depuis les quais de Lorient pour s’associer à l’événement.

Comme eux, vous pouvez faire parvenir vos photos accompagnées d’un panneau marqué #OceanforClimate et vous aurez peut-être la chance d’être sélectionné pour apparaître sur la page d’accueil de https://www.change.org/p/ensemble-faisons-entendre-la-voix-de-l-ocean et retrouvez l’Appel et les propositions qui seront remis aux décideurs politiques lors de la COP21.

ITW d’Etienne Bourgois et Romain Troublé: «Il y aura un avant et un après Tara Oceans»

ITW d’Etienne Bourgois et Romain Troublé : « Il y aura un avant et un après Tara Oceans »

Partie il y a près de 6 ans, l’expédition Tara Oceans sur le plancton marin qui s’est achevée il y a deux ans délivre ses premiers résultats scientifiques. Et ils sont majeurs ! Pour Etienne Bourgois et Romain Troublé, président et directeur général de Tara c’est un moment fondamental pour l’océan, pour la science et pour Tara.


Quel est le principal fait que vous retenez de ces résultats ?
Romain Troublé, directeur général de Tara Expéditions : Avec les scientifiques de Tara Oceans nous avons mis le doigt sur un monde totalement inconnu puisque nous avons découvert plusieurs millions de nouveaux gènes qui vont transformer la façon dont on étudie les océans et peut-être dont on évalue le changement climatique. Pour la première fois un lien est prouvé entre la température de l’Océan et l’écosystème vivant dans ses couches supérieures.

En quoi cette expédition et ses suites sont innovantes?
Romain Troublé : C’est la première étude de l’écosystème planctonique planétaire. Tara Oceans c’est de l’écologie scientifique avec 12 disciplines de recherche différentes. La force de ce projet aussi c’est que tous les scientifiques impliqués travaillent ensemble des quatre coins du globe, depuis 2008 jusqu’aux résultats d’aujourd’hui et ceux à venir.
Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions : Cette expédition c’est aussi une histoire d’hommes et de femmes, de scientifiques bien sûr, mobilisés par Eric Karsenti, de partenaires qui nous ont suivis depuis le début, de marins. Il y a un esprit Tara qui continue dans les laboratoires, qui se transmet à chaque escale. Nous avons reçu un accueil formidable tout au long de la mission Tara Oceans.

Est ce pour vous l’évènement le plus important depuis que vous avez créé Tara Expéditions ?
Etienne Bourgois : Au niveau scientifique oui. C’est la première fois qu’on a de tels résultats avec Tara. Je les attendais depuis très longtemps car le bateau est parti pour cette expédition entre 2009 et 2013 ! On a prouvé que sur un bateau à voiles de 36 mètres, on pouvait aussi faire de la science de haut vol complémentaire de plus grosses unités. Cela ouvre aussi des perspectives énormes sur les résultats à venir. On peut imaginer qu’on sait tout de la Terre mais en fin de compte on sait très peu de choses et en particulier sur les Océans.  Je suis assez fier que les scientifiques de Tara Oceans, autour du CNRS, du CEA et de l’EMBL, apportent des éléments de connaissance très importants à la communauté scientifique mais aussi au grand public. L’histoire nous le dira, mais il y aura sans doute un avant et un après Tara Oceans.

Nous sommes dans l’année « climat » et dans la perspective de la Conférence sur le climat à Paris. Est ce que dans ces résultats il y a un lien établi entre le plancton et le climat ?
Romain Troublé : Oui, l’influence de la température sur la composition de l’écosystème planctonique jusqu’à 500m de profondeur. Ces résultats prouvent ce lien, mais il y a encore beaucoup de recherche à faire sur ces données désormais publiques. Ce que nous savions aussi avant de partir et qui fait consensus,  c’est que le plancton stocke plus de 25 % du CO2 que nous émettons et qu’il serait le premier fournisseur d’oxygène de la planète. J’espère bien que l’on apportera sous peu davantage de précisions.

D’autres résultats sont–ils à venir ?
Romain Troublé : Oui, les scientifiques ne vont pas s’arrêter là. Dites-vous bien que ce n’est que le début, c’est très excitant ! D’autant que l’année prochaine, nous mènerons avec quelques uns de ces scientifiques ainsi qu’avec une équipe internationale et en partie asiatique, une expédition de deux ans dans le Pacifique…

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Le site « Les Chroniques du Plancton » de Christian Sardet, coordinateur scientifique de l’expédition

De la Méditerranée au Maine, itinéraire d’un Taranaute.

Dans la famille Haëntjens, il y a le père, Cyril, partenaire de Tara Expéditions avec sa société France Collectivités SAS, et le fils, Nils, ingénieur et stagiaire polyvalent à bord de Tara Méditerranée. Deux passionnés de voile. Nils, c’est la force tranquille ! Souriant et avenant, il possède le profil idéal du compagnon de navigation. Pour le jeune ingénieur, l’aventure Tara s’est prolongée, loin du bassin méditerranéen où elle avait commencé.

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Tandis que la goélette a passé l’hiver à Lorient, Nils était de l’autre côté de l’Atlantique, à l’est des Etats-Unis, non loin de la frontière canadienne. Et c’est grâce à une rencontre à bord de Tara qu’il poursuit l’aventure scientifique au sein d’un laboratoire de l’Université du Maine. A l’occasion d’un échange sur Skype avec Noëlie, journaliste correspondante, Nils expliquait le lien entre Tara et le projet de mesures optiques des océans financé par la Nasa depuis plusieurs années sur lequel il travaille actuellement. Voici un petit résumé de leur conversation.

« La neige a enfin fondu ! » Après quelques minutes de discussion sur Skype, cette phrase sonnait comme le cri du cœur. Installé dans le Maine depuis le mois de janvier, Nils a découvert un climat rigoureux qui n’a rien à voir avec celui de l’hexagone. Il semble pourtant avoir profité de la saison hivernale en arpentant les 40 kilomètres de pistes de ski de fond situés aux abords de l’Université. Mais le retour du printemps lui offre de nouvelles perspectives d’exploration et il a déjà troqué ses raquettes et ses skis contre un canoë.

Installé au bureau de sa chambre d’étudiant, sur le campus, Nils me présente le projet dans lequel il s’est engagé pour les deux années à venir : «Je réalise un master en océanographie dans le laboratoire du scientifique Emmanuel Boss au sein de l’Université du Maine» C’est à bord de Tara, sur l’étape reliant Chypre à Maltes pendant Tara Méditerranée, que les deux hommes ont fait connaissance. Emmanuel, professeur de sciences marines et spécialiste des données optiques, cherchait une personne de confiance pour gérer plusieurs instruments embarqués et réaliser des manipulations sur le radiomètre hyperspectral flottant (HTSRB) et les capteurs de  conductivité, température et profondeur (CTD). Et c’est à Nils qu’il confia cette mission. Peu de temps après, Emmanuel lui proposait un poste aux Etats-Unis, pour travailler sur un projet pour lequel il venait d’obtenir une bourse. Nils n’a pas hésité une seconde !

Et lorsque je l’interroge sur le travail qu’il effectue au sein du laboratoire, voici sa réponse : « L’idée c’est d’utiliser l’optique pour étudier les masses de phytoplancton et leur distribution dans les océans. Je m’investis sur un projet bien particulier. En fait, nous recevons des informations des satellites sur la distribution du plancton qui requiert une calibration. Pour cela, nous envoyons des flotteurs, un peu comme la CTD à bord de Tara, sauf qu’il s’agit d’instruments autonomes qui envoient leurs données aux laboratoires par satellites. Nous allons donc concevoir de nouveaux flotteurs, plus précis qu’auparavant, équipés de radiomètres hyperspectraux qui vont contribuer à la calibration de la prochaine génération de satellites envoyé en 2020 ». Sait-on pourquoi les mesures actuelles sont faussées ? « Oui, lorsque les satellites prennent une photo, la lumière qu’ils reçoivent est d’abord modifiée par l’atmosphère. C’est un premier facteur mais il en existe d’autres que nous devons prendre en compte. Par exemple, lorsque nous plaçons un capteur qui mesure la lumière dans l’eau, celui-ci génère sa propre ombre. Donc il modifie l’environnement dans lequel nous souhaitons mesurer. Mon travail est de savoir comment ce capteur va modifier son environnement, de combien, et qu’elles sont les corrections que nous devrons appliquer pour prendre la bonne mesure, comme si le capteur n’était plus là. J’utilise des simulations de Monte-Carlo pour cela. » Nils semble avoir attrapé le virus de la science et ses compétences d’ingénieur lui permettent de traiter une multitude de données à l’aide de la programmation.

Bien intégré à son nouveau milieu, il commence même à chercher ses mots en français ! Son temps libre, il le passe à explorer la côte : « Pour l’instant j’adore, ça change radicalement de Paris. C’est la campagne, et je m’adonne à de nombreuses activités en pleine nature : de la rando, du VTT… La côte est très belle, toute dentelée et bordée par des forêts de sapins. Il n’y a pas une baie qui ressemble à une autre. » De l’autre côté de l’Atlantique, les proches de Nils ont organisé l’escale et les visites de Tara à Penerf en Bretagne en avril denier, le fief des Haëntjens. Tara est un membre à part entière de cette famille, et le passage de Nils à bord semble lui avoir ouvert une nouvelle voie professionnelle.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Vidéo : pénétrez au coeur de Tara

Plongez dans les entrailles du Tara et découvrez ces marins qui œuvrent de tout leur cœur pour préparer Tara aux prochaines expéditions.

© M.Bardy/Tara Expéditions

Remise en route du Tara après plusieurs mois de chantier

Après la mission de sensibilisation en rivière de Penerf, Tara a fait route vers Lorient. En chemin, Brigitte (le moteur Bâbord) et Thérèse (le moteur Tribord), deux mastodontes d’1,2 tonne, près de 30 ans de service pour déplacer les 140 tonnes de Tara sur les mers du monde entier, ont montré quelques courbatures bien normales après 4 mois d’arrêt technique.

Brigitte a fait plusieurs baisses de régime douteuses. L’arrivée de gasoil est suspectée. Daniel Cron, second sur le Tara, descend en salle de machines au moment où Thérèse fait des siennes à son tour.

Finalement, Brigitte résistera jusqu’à Lorient grâce à une purge régulière du filtre à gasoil pour évacuer les bulles d’air responsables de ses soubresauts. Quant à Thérèse, plus de peur que de mal. La fuite venait d’une défaillance de la pompe de refroidissement. Une fois le moteur éteint, la pompe a été remise en service à temps pour l’arrivée. Tara a pu ainsi rentrer sereinement dans le chenal de Lorient, propulsé par ses deux moteurs, grâce à la persévérance des deux mécaniciens, Loic et Daniel, qui auront passé la majorité du trajet en salle des machines.

Tara doit se tenir prêt pour les missions futures. Cet été, le Groenland, l’année prochaine le Pacifique puis l’Asie du Sud Est. Son secret ? Le travail incessant de l’équipage pour l’entretenir. Une maintenance quasi quotidienne est nécessaire. Et après de longues missions, il retourne à Lorient, son port d’attache, pour une révision complète. Cet hiver, quatre mois dont deux en cale sèche ont été nécessaires afin de vérifier l’étanchéité des cuves de gasoil, des vannes, de l’arbre à hélice… Les moteurs ont également été passés en revue : joints de culasse, pistons… Un passage obligé pour lui redonner son éclat. L’âge aidant, il faut redoubler d’attention, bichonner chaque élément de ce fier navire et veiller avec précisions sur toutes les pièces devenues capricieuses.

Cette sortie était l’occasion de tester les réparations effectuées et le cas échéant de revenir dessus pour affiner certains réglages. D’ici un mois Tara devra être fin prêt pour les prochaines aventures qui l’attendent !

Maéva Bardy

En vidéo : Mission de sensibilisation sur Tara

Cette année, Tara met le cap vers la Conférence Climat de Paris en décembre (COP 21) et effectuera plusieurs escales sous le signe de l’Océan et du Climat afin de sensibiliser le grand public à la cause de l’Océan et à l’importance de son intégration dans les négociations climatiques.

Tara en Fête

Tara est arrivé vendredi soir à Penerf. Une vedette SNSM a aidé ce géant d’aluminium à manœuvrer dans l’étroit chenal, entre les hauts-fonds et les parcs à huîtres, pour atteindre un mouillage où la goélette restera jusqu’à lundi.

Nous avons été accueillis en grande pompe par les habitants de Penerf et Pencadenic, deux villages situés de part et d’autre de la rivière de Penerf. Bombarde et Biniou retentissaient à bord de la vedette SNSM et nous ont fait oublier la grisaille de cette fin d’après-midi.

Tout le week-end Tara est en fête. Les habitants de la région sont au rendez-vous et même certains visiteurs se sont déplacés depuis Paris, Toulouse…  Des curieux certes, mais d’autres suivent Tara depuis de nombreuses années et ce n’est pas la pluie qui les arrête ! Au cours du week-end, ce sont près de 1000 personnes qui ont emprunté le passeur pour venir visiter cette embarcation mythique. Tous sont passionnés par l’histoire de ce bateau et de son équipage. Et de ce côté, ils sont servis ! A bord, sur sept personnes, dont cinq marins, une cuisinière et une correspondante de bord, la plupart sont déjà partis sur des missions au long cours pour le Tara (Tara Arctic, Tara Oceans, Polar Circle ou Tara Méditerranée) et ne tarissent pas d’anecdotes à raconter.

A la Maison de l’Huitre, la salle est comble à l’occasion de la projection du film “Voyage au cœur de la machine climatique”. Vincent Hilaire, correspondant de bord lors des missions Tara Arctic est venu dédicacer son livre “Voyage autour du pôle à bord de Tara”. Il répond aux questions qui fusent et reflètent les inquiétudes actuelles liées à l’évolution du climat. C’est sûr, le Tara exerce un effet magnétique. Il captive l’attention des visiteurs, toutes générations confondues.

Samedi soir, du côté de Pencadenic, la pluie a enfin cessé. Dégustation d’huîtres offerte par les ostréiculteurs, « Eco soupe » servie à volonté et concert de rock’n roll permettent de finir la journée en beauté. L’occasion pour tous d’échanger le temps d’une soirée sur le retour d’expériences de ces marins aventuriers…

Maéva Bardy

Etienne Bourgois et Romain Troublé : “le lien entre les acteurs du terrain et les politiques”

Etienne Bourgois est l’initiateur et le président de Tara Expéditions. Avec Romain Troublé le secrétaire général de Tara, ils se partagent la responsabilité du projet. De leur propre aveu, ils ont trouvé « l’accord parfait ».

Etienne qui est avant tout, directeur général d’agnès b, intervient sur la stratégie et la vision à  long terme de Tara Expéditions. Il se définit aussi comme un « agitateur ». Romain œuvre lui au quotidien pour Tara. Interview à deux voix.

On n’a pas l’habitude de vous entendre ensemble. Qu’est ce qui vous lie ?

Etienne Bourgois : Nous sommes tous les deux passionnés de mer, d’aventure et d’environnement. Il y a aussi sans doute chez nous un grain de folie car nous avons pris beaucoup de risques avec ce projet depuis plus de 10 ans. Paradoxalement c’est ce qui fait que nous ne nous ennuyons pas et que le projet dure !

Romain Troublé : Ce qui nous lie c’est le bonheur, grâce à Tara, de rencontrer des gens fantastiques, compétents et si différents à la fois. Je pense que nous sommes tous les deux conscients de cette richesse.

Bonne année même avec un petit peu de retard… Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour cette année 2015 ?

Etienne Bourgois : Que la Conférence sur le climat à Paris à la fin de cette année soit à la hauteur de nos attentes et que la France entraine l’Europe à cette occasion sur le chemin concret de l’environnement.

Romain Troublé : Pour compléter, je souhaite que l’Océan prenne plus de place dans les discussions sur le climat dans les prochaines années. Et aussi que nos partenaires, si importants, soient toujours fiers de leur engagement à nos cotés.

Qu’allez vous faire cette année justement dans le cadre de la Conférence sur le Climat ?

Romain Troublé : Nous souhaitons mettre en évidence les relations entre l’Océan et le Climat par le biais d’évènements, de conférences et des escales de Tara. Nous sommes membre et consacrons beaucoup d’énergie à la Plateforme Océan et Climat qui réunit près d’une quarantaine d’organismes scientifiques, d’universités, d’organisations à but non lucratif, de fondations, de centres de science, d’établissements publics et d’associations d’entreprises avec l’appui de I’UNESCO. Cette plateforme collaborative a vraiment pour but d’apporter plus de visibilité aux enjeux liant l’Océan et le Climat avant et pendant la Conférence Climat de Paris en décembre 2015.

Tara a développé un volet plus citoyen ces dernières années…

Etienne Bourgois : Le bateau est bien sûr toujours aussi important, c’est notre principal outil et symbole. Mais nous avons passé énormément de temps en mer depuis plus de 10 ans, il est important aussi de prendre du temps pour restituer le fruit de nos recherches et de nos expériences auprès du grand public et des décideurs. Il est primordial pour nous de faire le lien entre les acteurs sur le terrain et les décideurs politiques. C’est pourquoi nous développons notamment notre engagement environnemental. C’est à dire notre présence lors de discussions internationales sur l’Océan. C’était le cas par exemple il y a quelques jours à l’ONU sur la question du statut juridique de la Haute Mer, c’est une bataille que nous menons depuis près de trois ans. Les nations se sont mises d’accord pour lancer les négociations sur ce futur statut juridique de la Haute Mer qui représente tout de même la moitié de la planète. Pour nous, c’est un grand pas en avant qui annonce cinq années de négociations.

Quels sont les temps forts pour vous cette année ?

Etienne Bourgois : Le point d’orgue de notre année 2015 sera la venue de Tara à Paris durant les deux derniers mois de l’année. Nous « apporterons » l’Océan à Paris. Avant cela, un premier moment fort aura lieu le 8 juin à l’UNESCO lors d’une conférence internationale « Océan et Climat » organisée avec la France, Monaco et l’UNESCO. Il est prévu ce jour là un appel des scientifiques auprès des politiques.

Aussi au programme pour Tara : un documentaire long métrage que nous co-produisons, diffusé en prime time en novembre toujours sur le thème de l’Océan et du Climat.

Romain Troublé : Un autre volet important cette année concerne notre programme sur le plastique et les suites de l’expédition Tara Méditerranée 2014. Après le constat, que fait-on ? Afin de rassembler de nombreux acteurs du secteur en Méditerranée, nous organisons à Monaco, les 10 et 11 mars prochain avec Surfrider Foundation Europe, la Fondation Mava et la Fondation Prince Albert II de Monaco la conférence « Plastique en Méditerranée : Au delà du constat, quelles solutions ? ».

Et à la Base Tara à Paris nous organiserons cette année un cycle d’expositions, de projections et de conférences sur les thèmes qui nous sont chers.

Tara est en chantier. Dans quel état est-il rentré de Méditerranée en novembre dernier ?

Etienne Bourgois : Les moteurs sont rentrés fatigués de cette expédition. Ils ont été éprouvés par le fait de tourner au ralenti pendant les nombreuses stations scientifiques. La priorité de ce chantier est donc de les reconditionner. Nous avons aussi spécialement fabriqué deux trappes dans le plancher du carré pour pouvoir les sortir. Avant il nous fallait découper et ressouder le plancher à chaque fois !

Romain Troublé : Aujourd’hui le bateau est au sec car l’équipe travaille aussi sur les œuvres vives du bateau. Ainsi que sur l’électricité : tout l’éclairage des cabines, du pont, des mâts et des machines va être remplacé par des leds.

En quoi va consister l’expédition de Tara sur le Corail dont le départ aura lieu en 2016 ?

Etienne Bourgois : On avait commencé le travail sur le corail pendant l’expédition Tara Oceans entre 2009 et 2012 mais nous ne l’avions pas approfondi. Cette grande expédition conçue avec les excellents scientifiques avec lesquels nous avons l’habitude de travailler et d’autres en sera l’occasion.

Romain Troublé : Le corail est le seul animal que l’on voit de l’espace. Les récentes estimations indiquent qu’environ 20% des récifs ont définitivement disparu, que 25% sont en grand danger et que 25% supplémentaires seront menacés d’ici à 2050. C’est dans ce contexte que s’intègre la mission de Tara sur le Corail entre 2016 et 2018 qui se fera aussi en collaboration avec des laboratoires asiatiques. La zone de recherche s’étendra de la Colombie, à l’Indonésie, via la Polynésie, le Japon, la Nouvelle Calédonie, la Papouasie, Palau, et Taiwan. Nous approchons à la fin de la phase de définition scientifique de l’expédition. Et ce que je peux vous dire, c’est que la plongée pendant cette expédition constituera un nouveau volet de l’histoire de Tara et ça c’est très excitant !

Avez vous des projets d’expéditions polaires pour Tara ?

Etienne Bourgois : Nous avons de grandes ambitions pour la prochaine mission polaire de Tara en 2019. Nous prenons donc le temps de la préparer. Surtout, et ça c’est un scoop, nous commençons aussi à réfléchir à la construction d’un concept de base polaire, et d’un nouveau bateau, une sorte de fils ou de fille pour Tara !

Au-delà de l’aventure…

 Lorsque les Taranautes accueillent les visiteurs sur le pont du bateau, ils partagent son histoire, expliquent la science et répondent aux interrogations des curieux. Il n’est pas rare que les mêmes questions reviennent : sur la vie à bord,  la conception de la goélette mais aussi sur le processus de recrutement de l’équipage. L’aventure Tara fait rêver, elle insuffle des vocations et les équipiers font des envieux. Or, il n’existe pas de processus de recrutement « classique » pour des expéditions extraordinaires. Chaque membre de l’équipe a été engagé selon son profil, ses compétences ou au gré des rencontres.

Les questions des enfants se révèlent souvent très différentes de celles de leurs ainés. Il n’est pas question de recrutement ou de CV. Non, ils s’interrogent essentiellement sur le quotidien de l’équipage. Les plus jeunes sont invités à visiter l’intérieur du bateau et tous trépignent d’impatience à l’idée de découvrir les cabines des marins. Même s’ils s’extasient en découvrant les photos du voilier pris dans les glaces en Arctique, leurs questions sont terre à terre et d’ordre logistique : comment fait-on à manger à bord ? Que mange-t-on ? Le marin chargé de la visite se tourne alors vers la principale intéressée : Marion Lauters ou Dominique Limbour, fées cuisinières. Et l’une ou l’autre abandonne la confection du déjeuner pendant quelques minutes pour répondre aux questions. Les enfants s’interrogent aussi volontiers sur la cohabitation de 14 personnes pendant plusieurs mois dans un si petit espace. Eux qui passent leurs journées confinés dans une salle de classe, mettent le doigt sur un point important.

Catalyseur de personnages atypiques, le bateau accueille scientifiques, explorateurs, artistes… Des individus qui, pour la plupart, ne se connaissaient pas avant leur premier embarquement. Tous gravitent dans des univers professionnels variés, possèdent des modes de vie et des tempéraments très différents les uns des autres. Ils sont réunis pour quelques semaines, ou quelques mois, pour collaborer sur une embarcation de seulement 36 mètres de long. Ils partagent leurs cabines, leurs repas et travaillent ensemble toute la journée. Leurs routes ne se seraient peut-être jamais croisées sans Tara.

Malgré tout, à bord, la magie opère : les équipiers donnent le meilleur d’eux-mêmes pour vivre et œuvrer ensemble dans une ambiance conviviale. Cette microsociété s’organise en suivant les mêmes règles de savoir-vivre qu’à terre. A ceci près que chacun se montre particulièrement précautionneux pour cohabiter en bonne intelligence. Des amitiés se créent rapidement, au fil des jours, au fil de l’eau, lors d’échanges privilégiés au moment des quarts de nuit. Ils se trouvent des points communs, découvrent qu’ils partagent les mêmes valeurs, ils admirent le professionnalisme de leurs compagnons de leg ou s’extasient sur leurs exploits passés. Qu’ils soient plongeur, cuistot, scientifique, marin ou journaliste, les équipiers sont devenus Taranautes et ils savourent les moments de vie partagés à bord. Des instants éphémères, que chacun essaie de cultiver au quotidien malgré la fatigue du travail ou la promiscuité.

Lorsque les visites publiques du bateau prennent fin, il n’est pas rare qu’un visiteur s’adresse à son guide marin par l’affirmative : « quelle chance vous avez de participer à une telle aventure ! ». Le Taranaute opine du chef, conscient de son privilège, puis répond avec un large sourire : « L’aventure Tara, est aussi et beaucoup une aventure humaine ».

 

Noëlie Pansiot

 

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« Au Maroc, il existe un recyclage informel du plastique »

« Soyez les bienvenus.» Depuis deux jours, les Taranautes découvrent le sens de l’accueil tangérois. Hier, c’était au tour de l’équipage de recevoir les membres des associations environnementales locales. Partenaire de cette escale, l’Association marocaine pour un Environnement Durable (AMED) est l’une d’entre elles. Son président, Lofti Chraibi, nous présente ses champs d’action.

Quels sont les objectifs d’AMED ?

Notre association vise à sensibiliser les citoyens, jeunes et moins jeunes, en les impliquant dans des ateliers pratiques. Nous pensons que c’est par la pratique que les gens apprennent, en s’impliquant.

Notre objectif est de faire découvrir les composantes du développement durable au grand public. Dans le cadre d’un plan d’action annuel, nous développons des séminaires et des ateliers de sensibilisation sur les impacts environnementaux, sur les changements de comportements à adopter. Ici, au Maroc, nous sommes encore dans une phase où nous devons sensibiliser et expliquer la nécessité de changer les comportements. Les gens apprennent sur le recyclage et la gestion des déchets, dans le but de les réduire. Nous les initions aussi à l’usage des énergies renouvelables, afin de les ouvrir à de nouveaux horizons.

Chaque année, nous organisons également les Journées Développement Durable. L’année prochaine, à l’occasion de la 7e édition, nous travaillerons sur la thématique de l’eau.

Tara Méditerranée s’atèle à étudier la pollution plastique et sensibilise le public à cette problématique. Quelle est la situation, ici, à Tanger ?

Le plastique constitue un problème. Nous essayons d’insuffler une prise de conscience, de faire en sorte que le citoyen se questionne : est-il conscient de son mode de consommation ? A-t-il une idée de ce que devient cette bouteille après l’avoir utilisée ? Comme dans toutes les sociétés modernes du XXIe siècle, la société marocaine consomme beaucoup de plastique. Les Marocains aiment beaucoup les sodas, et la plupart sont conditionnés sous plastique. Mais lorsqu’on parle de sensibilisation, il ne s’agit pas uniquement d’éduquer le citoyen, il faut aussi sensibiliser les politiciens et les décideurs pour accélérer la mise en place d’une plateforme de tri sélectif pour la filière plastique. Et à Tanger, nous n’en sommes pas encore là ! Nous constatons qu’il existe une réelle volonté de mise en place de stratégie, mais sur le terrain, il n’y a pas d’impact visible.

En revanche, ce qui est intéressant à Tanger, et c’est aussi ce que nous faisons avec AMED, c’est de penser et d’animer des réflexions sur la forme ou le concept de recyclage à mettre en place. Pourquoi ? Parce qu’ici, il existe un recyclage informel. Autrement dit, des ramasseurs vivent en collectant les plastiques pour les revendre. Les bouteilles plastiques sont, par exemple, réutilisées par les crémiers, pour le transport du lait. Nous devons donc imaginer une plateforme ou une solution de recyclage qui intègrera tous ces gens. Mais il faut le faire en suivant des normes et de meilleures conditions d’hygiène. Il nous faut donc réfléchir aux mécanismes à mettre en place pour intégrer ces travailleurs de l’ombre. Pour le moment, nous sommes toujours dans une phase de plaidoyer auprès des communes et des institutionnels.

Vous êtes partenaires de Tara Expéditions pour cette escale. Quel est le programme de la semaine à venir ?

Nous venons d’organiser une visite du bateau avec les membres des associations environnementales actives à Tanger.  Des jeunes membres d’AMED sont aussi venus faire un reportage sur le travail effectué par l’équipage. Notre association participera aux Ateliers de Tara mercredi 5 novembre et, à cette occasion, nous présenterons nos actions de sensibilisation.

Aujourd’hui, grâce à Tara, j’ai découvert une nouvelle dimension du plastique. Lorsqu’on aborde la problématique de la pollution plastique, on imagine les bouteilles ou les déchets visibles à l’œil nu. A bord, j’ai donc réalisé qu’il existe aussi de fines particules plastiques. Cette thématique pourrait, dans le futur, être intégrée au programme de sensibilisation de notre association.

Cet après-midi, nous avons prévu une visite de la médina et de la casbah avec l’équipage. Nous souhaitons leur montrer la réalité de notre ville et leur faire découvrir sa dimension humaine. Ils pourront ainsi observer le mode de vie et de consommation des Tangérois. Au cœur de la Médina, il n’y a pas de grande surface, mais il y a des épiceries et je pense que nous verrons beaucoup de plastique lors de cette visite.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

 

En vidéo : rencontre de Tara avec des globicéphales

En naviguant en direction de Tanger, il y a une semaine, les Taranautes faisaient la rencontre d’une large bande de globicéphales noirs. Les cétacés ont accompagné le bateau pendant une vingtaine de minutes. C’était l’euphorie sur le pont ! Nicolas de la Brosse, Second, n’a pas hésité à accrocher une petite caméra sous-marine au bout d’une perche pour tenter de réaliser des images au plus près des animaux. En voici le résultat.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Montage sonore : Objectif Vésuve

Dimanche dernier, Stéphanie Petit, Matthieu Oriot et Noëlie Pansiot ont quitté le navire pour quelques heures, le temps d’une escapade à terre. Sans guide en poche, avec pour seul objectif de gravir le Vésuve, ils ont emprunté des chemins de traverse.

Ils n’ont pas pris le « Vesuvio Express », bus touristique qui mène au pied du volcan depuis la ville Ercolano pour atteindre leur objectif. Le trio s’est laissé porter par le hasard, a improvisé au gré des rencontres et des moyens de transport . Ce photo-montage sonore retrace en deux parties leur voyage « désorganisé », puis la découverte du gigantesque volcan endormi.

 

 

© N.Pansiot/Tara Expéditions

“Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique !”

Samedi, l’équipage recevait des personnalités à l’heure du déjeuner : Etienne Bourgois, Président de Tara et Gabriel Gorsky, Directeur scientifique de l’expédition Tara MéditerranéeL’occasion d’échanger sur les problématiques de pollutions plastiques et de philosopher sur le futur.

Un échange qui s’est étiré dans le temps, mais qu’il est difficile de retranscrire dans son intégralité. Voici un extrait de cette discussion.

Gabriel Gorsky : « Y a tellement eu d’appels (à la prise de conscience) qui n’ont pas abouti que je suis un peu pessimiste. Indépendamment de l’urgence de certaines situations, il faut lancer des appels sur des thématiques qui sont réalisables ! 8% du pétrole est utilisé pour fabriquer du plastique, la majeure partie se retrouve dans les emballages qui finissent parfois dans la nature. L’appel à la réduction de l’usage de ces plastiques a été lancé par Tara. Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique ! »

Etienne Bourgois : « Apparemment, ça semble être en bonne voie. »

Gabriel Gorky : « C’est là où il faut taper ! Il faut y aller étape par étape. Ensuite, il faut diminuer des plastiques qui sont en 2ème et 3ème position : les bouteilles en plastique, des produits plastifiés qui n’ont pas d’usages nécessaires. A chacune des étapes, il faut associer les industriels, afin de trouver des moyens de production qui sont aussi peu chers que le pétrole et qui peuvent créer autant d’emplois. Sans cela, quelque soit l’appel lancé, il n’aura pas d’écho. »

Noëlie Pansiot (correspondante du bord) : « Il faut également sensibiliser les gens. »

Gabriel Gorsky : « Bien sûr, Tara fait cela très bien ! Alors bien évidemment, Tara utilise des outils de communication, mais c’est nécessaire. Il y en a marre que la science se fasse dans une tour d’ivoire, où les spécialistes parlent aux spécialistes. Car finalement il n’y a aucun écho, aucune compréhension et aucun effet qui suit. »

Noëlie Pansiot : « Pourquoi faut-il des catastrophes pour que les gens réagissent selon toi ? »

Gabriel Gorsky : « Ca c’est la nature humaine qui est comme ça ! La communication, la sensibilisation réalisée à bord de Tara,  cette proximité avec le peuple est très importante. On se rend compte que beaucoup de gens sont déjà convaincus. Je pense que c’est là que se situe le succès de Tara et d’autres ONG, qui sensibilisent les gens, car finalement le peuple va s’exprimer, il est déjà en train de s’exprimer. Il est donc temps de passer à l’action. Il faut absolument que cela passe par le vote, que les gens qui ont une conscience soient au pouvoir. C’est un combat de longue haleine mais c’est tout a fait faisable. Le problème est qu’il y a déjà eu beaucoup de dégâts de fait, il ne faut pas non plus induire les gens en erreur, on ne va pas pouvoir améliorer l’état de la Terre du jour au lendemain.

Noëlie Pansiot : « En ce qui concerne la pollution plastique, on peut déjà essayer de la stopper. »

Gabriel Gorsky : « Oui, on peut la stopper, notamment dans les plus petits bassins, comme en Méditerranée où la plupart des plastiques flottants se retrouvent finalement sur les rivages, où on peut les ramasser. Donc là, si on diminue les apports, on peut faire quelque chose. Ca semble plus difficile dans les grands gyres, où on ne se débarrassera pas si facilement des plastiques, car il s’agit de territoires extrêmement grands. Mais bien sûr, il faut commencer par diminuer l’usage du plastique, car y a beaucoup d’usages qui ne sont pas indispensables.

Etienne Bourgois : « Et la Méditerranée dans tout ça, va t-elle mieux qu’il y a 30 ans ? »

Gabriel Gorsky : « Cousteau avait tort ! La Méditerranée vit et vit relativement bien. Je dirais que la nature va bien. Tu as maintenant des espèces nouvelles, la biodiversité a bien augmenté, mais c’est pour l’Homme que ça va moins bien. Parce que en même temps, le plastique par exemple, dissémine des pathogènes opportunistes comme le vibrio qui pourrait amener le choléra si les conditions s’y prêtent. Il y a donc des tas d’espèces pathogènes qui se promènent en Méditerranée un peu partout. Par exemple le moustique tigre est à présent à Marseille.

 

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

Tara est à Marseille du 20 au 29 septembre

La goélette Tara réalise une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Du 20 au 29 septembre Tara fera escale à Marseille d’abord sur le quai d’honneur au Vieux Port puis en face, à la Société Nautique de Marseille.

Escale marseillaise

Une conférence de presse, une exposition Notre Planète Océan ainsi qu’une exposition interactive de sensibilisation à l’environnement « Des Montagnes à la Mer » animée par Surfrider, une conférence, des visites de la goélette pour le public et pour les scolaires et un atelier de rencontres citoyennes, seront programmés à cette occasion.

Tara sera du 20 au 22 septembre au quai d’honneur (dans le Vieux-Port en face de la Mairie) et du 22 au 29 septembre à la Société Nautique de Marseille, quai de Rive Neuve. Cette escale rentre dans le programme de Septembre en Mer.

Le Programme

- Arrivée de Tara au quai d’honneur dans le Vieux-Port : samedi 20 septembre à la mi-journée.

- Conférence de presse à bord de Tara au quai d’honneur devant la Mairie : lundi 22 septembre à 14h, en présence de Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.

- Visites publiques de la goélette guidées par un membre d’équipage et sur le quai une animation pour les juniors réalisée par la Surfrider Foundation : Le samedi 20 septembre de 14h30 à 18h, le dimanche 21 septembre de 10h à midi et de 14h30 à 18h au Quai d’honneur devant la Mairie, puis à la Société Nautique de Marseille, le mardi 23 septembre de 14h à 15h, mercredi 24 septembre de 14h à 18h, jeudi de 14h à 17h et samedi 27 septembre de 10h à 12h et de 14h à 18h, (gratuites, dans la limite des places disponibles, réservation par ordre d’arrivée).

- Exposition Notre Planète Océan : ouverte au public chez agnès b. du 9 au 29 septembre du lundi au samedi de 10h à 19h (33 Cours Honoré d’Estienne d’Orves, 13001 Marseille).

- Dans le cadre des journées du patrimoine deux expositions seront présentées, « Notre Planète Océan » par Tara Expéditions et « Des Montagnes à la Mer » par Surfrider Foundation à l’Hôtel de Ville de Marseille – salle Bailli de Suffren, les samedis 20 et dimanche 21 septembre de 10h à 17h, entrée gratuite.

- Atelier de rencontres citoyennes sur les principaux enjeux environnementaux en Méditerranée : jeudi 25 septembre.

- Conférence pour le grand public: « Méditerranée une mer sous pression ». 450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Les difficultés liées aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques. Mais des solutions concrètes existent.
Avec Gaby Gorsky, directeur scientifique de l’expédition Tara Méditerranée (CNRS/UPMC), Etienne Bourgois, Président de Tara Expéditions et Julien Le Tellier du Plan Bleu.
Samedi 27 septembre à 18h à la Villa Méditerranée, Marseille.
Cliquez ici pour s’inscrire

- Départ de Tara : lundi 29 septembre dans la matinée.

Affiche Tara à Marseille

 

Une escale tunisienne

La visite de Tara mobilise les citoyens de Bizerte sur tous les fronts, de la science océanographique aux recycleurs de plastique !

Tara est arrivé lundi 1er septembre  à la Marina Bizerte en Tunisie dans une mer bien formée et un vent établi à 35 nœuds. Cela n’aura pas empêché le club Sport Nautique Bizertin d’accueillir l’équipage avec leur dériveur et kayak.

Le programme de l’escale était riche et varié, il a été construit en étroite collaboration avec les associations et institutions locales dont l’association We Love Bizerte. Chercheurs, responsables des institutions locales et nationales, associations de protection de l’environnement et recycleurs de plastique, plusieurs acteurs de la société locale se sont mobilisés pour accueillir Tara en face du magnifique vieux port.

Dès la première journée d’escale les bizertins se sont précipités sur Tara pour connaitre ou retrouver la goélette qui avait déjà fait escale à ce même port il y a cinq ans au début de l’expédition Tara Océans. Plus de 300 enfants et 600 adultes sont venus découvrir la goélette, se sensibiliser à la pollution sur les plages et à la gestion des déchets notamment grâce à l’Association de protection de sauvegarde du littoral qui tenait un atelier pédagogique sur le quai.

A Bizerte, la question de la pollution par les plastiques est un enjeu de taille, vue l’absence quasi-totale de tri sélectif de déchets et un nombre impressionnant de sacs plastique à vue d’œil au bord des routes tunisiennes. Mais l’envie de changer, de s’organiser pour réduire la pollution dans la Méditerranée, principale richesse du pays, est bel et bien là ! L’initiative de nettoyage de la plage de la corniche, organisée en collaboration avec les associations locales a été un succès, avec près de 150 volontaires et plus d’une tonne de déchets récoltés ! A la fin, une démonstration sur les différents matériaux et un débat animé sur le tri sélectif ont été couronnés par un témoignage émouvant d’un ramasseur de déchets, qui a insisté sur l’importance de sensibiliser la population au tri sélectif, encore presque inexistant en Tunisie.

L’équipe Tara a été reçue le jeudi 4 septembre par le doyen et les chercheurs de la Faculté des Sciences de Bizerte pour une journée entière de conférences scientifiques. Eric Karsenti, directeur scientifique de Tara Oceans, a fait un exposé sur les résultats de Tara Océans auprès des océanographes et chercheurs qui avaient été impliqués dans le projet il y a cinq ans. Un exposé de Tara Méditerranée a été ensuite préparé par la scientifique Marie Barbieux avec des détails des recherches réalisées sur les microplastiques et les organismes marins. Des experts tunisiens ont ensuite présenté les travaux locaux sur des questions importantes pour la rive sud de la Méditerranée, comme la prolifération de méduses et la pollution du lac et de la baie de Bizerte.

Tara a aussi promu un atelier sur les enjeux environnementaux locaux et régionaux, avec des acteurs divers de la société civile locale qui se sont rencontrés pour un débat animé sur les pressions, les blocages, les besoins et les pistes de coopération pour réduire la pollution et les impacts des activités humaines sur la mer et sur le littoral.

Le maire de Bizerte, la déléguée de Bizerte Nord ainsi que l’attaché culturel de l’ambassade de France tunisienne sont venus visiter le bateau sous les yeux de la presse. Bertrand Delanoë est également passé rendre visite à l’équipe dans sa ville de cœur.

Merci pour cette semaine exceptionnelle à Bizerte, nous partons à présent vers l’ile de La Galite, Aire Marine Protégée depuis 1995, pour une brève escale avant Alger.

 

André Abreu et Nils Haëntjens

 

Portrait d’un marin artiste

François Aurat, chef de pont, est le marin ayant passé le plus de temps à bord de Tara ces dernières années. Dès qu’il a un moment de libre, François a pris l’habitude de sortir son appareil photo pour profiter de l’immense variété de sujets offerte par les aventures de la goélette autour du monde. De quoi ramener plusieurs milliers de photographies prises en escale, depuis le haut du mât ou encore avec le drone arrivé depuis peu à bord.

Y.Chavance/Tara Expéditions

D’une escale à l’autre

Tara a quitté ce mardi matin la marina de Beyrouth après une semaine passée à la rencontre de l’hospitalité libanaise. Si nous devions par la suite nous diriger plein sud, vers Israël, la situation sur place nous contraint à changer nos plans.

C’est les bras chargés de cadeaux et des souvenirs plein la tête que l’équipage de Tara a quitté la petite marina de Zaitouna Bay, dans la capitale libanaise. La foule immense et encore anonyme qui nous avait accueilli il y a une semaine, lors de notre arrivée, s’est transformée pour notre départ en petit comité, mais avec des têtes cette fois bien connues : partenaires locaux ou beyrouthins rencontrés au hasard d’une balade, tous furent des ambassadeurs de marque de l’hospitalité libanaise. C’est donc après une escale riche en rencontres de toutes sortes que nous avons quitté avec regret le pays des cèdres, direction plein ouest, vers Chypre. 

La petite île n’était pourtant pas prévue au programme initial des escales de la goélette. Nous devions au départ passer une semaine à l’heure israélienne, avec deux escales dans les villes de Haïfa et Tel Aviv… Avant que la situation politique du pays ne vienne changer nos plans. « Ces escales avaient pour vocation d’accueillir à bord de Tara de jeunes étudiants en science arabo-israéliens, palestiniens et israéliens, rappelle Romain Troublé, le secrétaire général de Tara Expéditions. Dans le contexte et son évolution depuis début juillet, les conditions à la fois d’accueil de ces étudiants et de sécurité pour le bateau et son équipage n’étant plus réunies,  le Président Etienne Bourgois, le directeur scientifique de la mission et moi-même avons décidé d’annuler cette visite ».

Si Tara était déjà passé par le Liban en 2009, lors de l’expédition Tara Oceans, Israël ne faisait pas encore partie de la longue liste des pays traversés par la goélette. Autant dire que la décision d’annuler cette escale prévue de longue date n’a pas été prise à la légère, l’équipe de Tara à terre étant restée dans l’attente jusqu’au dernier moment. « Nous avons souhaité connaitre l’évolution du conflit avec l’espoir d’un retour au calme rapide, explique Romain Troublé. Dès la mi-juillet, il était de plus en plus clair que nous aurions des difficultés à faire escale et faire venir la centaine d’étudiants prévue à bord en toute sécurité, si bien que le 1er août nous avons pris la décision d’annuler et de faire une escale à Chypre ».

C’est donc cap à l’ouest que nous voguons maintenant dans les eaux libanaises, avec quatre journées de mer bien remplies par un programme scientifique chargé, malgré une équipe réduite. Anthony Ouba et Juliette Maury ayant quitté le pont à Beyrouth, seul Christian Sardet, spécialiste du plancton et coutumier de la goélette, vient épauler Amanda Elineau, chef scientifique jusqu’à Malte, pour les prélèvements de microplastiques. Du coté des marins, c’est Nils Haëntjens, « stagiaire polyvalent », qui viendra prêter main forte à l’équipe pour tout ce qui concerne l’informatique, l’électricité, l’électronique, et bien d’autres domaines… En attendant encore de nouveaux venus dans quatre jours à Larnaca, notre prochaine escale, à Chypre donc.

 

Yann Chavance

L’accueil chaleureux de Beyrouth

Ce mardi 5 août 2014, Tara est arrivé à son escale la plus à l’Est de son parcours méditerranéen : Beyrouth. Notre entrée dans la marina de la capitale libanaise s’est faite en grandes pompes, sous les yeux de la presse locale et internationale.

Après deux jours passés dans les eaux de Chypre, sans possibilité de prélever des échantillons, l’équipe scientifique à bord avait profité de l’arrivée dans les eaux libanaises pour effectuer deux stations longues de prélèvement. C’est donc après une courte nuit que l’équipage arriva ce mardi en vue des premiers buildings de la capitale libanaise. Peu avant 18 heures, les premiers bateaux commençaient à rejoindre la goélette pour se transformer en véritable escorte, arborant bien entendu les couleurs du Liban, jusqu’à la Marina de Beyrouth.

A peine les amarres fixées sur le quai qui nous accueillera toute la semaine, nous étions déjà assaillis par la chaleur humaine libanaise. Dès les premiers pieds posés à terre, c’est d’abord par un collier de fleur, accroché au cou de chaque membre d’équipage, que nous fûmes accueillis, tandis que les « Bienvenue au Liban » fusaient de toute part. Puis, c’est un flot continu de journalistes qui se déversa sur le pont, accaparant tour à tour marins et scientifiques.

Chaînes de télévision, magazines, journaux ou agences de presse, qu’ils soient libanais (comme TV Liban) ou internationaux (Reuters, par exemple), les médias étaient présents en nombre sur le pont. Pour ajouter au joyeux brouhaha qui couvrit le pont durant une bonne heure, nous pûmes inviter également à bord nos contacts locaux, comme le groupe Solidere qui organisa notre accueil, nos homologues scientifiques, comme le CNRS libanais, ou encore des ONG locales, telle l’Association Big Blue, qui lutte depuis 25 ans contre la pollution du littoral.

Une fois le pont vidé de ses invités, l’équipage put se remettre de cet accueil chaleureux au cocktail organisé en notre honneur dans la salle d’exposition retraçant les aventures scientifiques de Tara. Une pause bienvenue avant d’entamer le long programme de cette semaine, entre échanges avec les structures scientifiques et institutionnelles locales, et visites de scolaires ou du grand public – plusieurs centaines de personnes tout de même sont attendues sur le pont durant ces sept jours d’escale. Une semaine à l’heure libanaise, avant d’entamer le chemin du retour, plein ouest, pour boucler d’ici la fin de l’année ces sept mois de prélèvements en Méditerranée.

 

Yann Chavance

 

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Frontières invisibles

Si l’emplacement des stations de prélèvement répond à des exigences scientifiques, il dépend aussi de contraintes législatives : chaque pays possède au large de ses côtes une Zone Economique Exclusive. Pour que Tara puisse effectuer des prélèvements dans ces eaux, nous devons obtenir une autorisation, qui arrive parfois au dernier moment.

© Yann Chavance/Tara Expéditions

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Direction le Liban

Depuis notre départ en début de semaine de Mykonos, dans l’archipel grec des Cyclades, nous ne sommes plus que dix à bord de Tara pour continuer notre route vers le Liban. Une étape en petit comité qui change grandement l’ambiance sur la goélette.

Nous étions 15 à Cala Gonone, en Sardaigne, puis 14 à Vlora, en Albanie, et enfin 12 après Zakynthos, en Grèce. Le décompte semble ainsi se poursuivre après la rotation d’équipage qui a eu lieu lors de notre dernière escale à Mykonos : nous ne sommes aujourd’hui plus que dix taranautes, dont cinq marins. Le malouin Martin Hertau, qui prendra le poste de capitaine dans un mois, a pris pour l’instant possession de la salle des machines, l’ancien poste de Rodolphe Gaudin, qui devient pour sa part second-capitaine. Samuel Audrain, capitaine, Marion Lauters, cuisinière, et François Aurat, chef de pont, continuent quant à eux leur périple commencé il y a déjà plusieurs semaines.

Du coté des scientifiques, le libanais Anthony Ouba a rejoint Amanda Elineau et Juliette Maury, qui multiplient les stations de prélèvements depuis maintenant un mois. La présence à bord de ce doctorant libanais, travaillant à l’Observatoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer, nous permettra, en plus de profiter de deux bras supplémentaires lors des stations, de pouvoir échantillonner dans les eaux libanaises, de par sa nationalité. Enfin, du coté des artistes en résidence, c’est Emmanuel Régent, peintre et dessinateur, qui proposera sa vision d’artiste de notre périple méditerranéen.

Comme toujours avec une équipe réduite, Tara change de visage, d’ambiance. Plus détendu, moins tumultueux. Dans le grand carré climatisé, on ne se bouscule plus pour avoir une place pour travailler, discuter, planifier une station. A table, chacun a les coudées franches pour échanger avec son voisin, les discussions se faisant alors plus personnelles. Si les équipes chargées des tâches ménagères ont dû être adaptées (la cuisinière, normalement épargnée au vu du travail titanesque qu’elle effectue déjà, a dû rejoindre une des cinq équipes), chacun participe volontiers aux tâches de son voisin. La famille Tara se réduit, elle en devient plus solidaire.
Revers de la médaille, les « non-marins » n’auront plus de répit la nuit, pour les quarts de surveillance. Nous nous relayerons donc quasiment chaque nuit, toutes les trois heures, pour seconder le marin de quart dans sa veille nocturne. L’occasion, une fois de plus, de mieux connaître ses voisins de cabine. C’est donc dans cette ambiance plus intimiste que se succéderont les prochaines stations de prélèvement de cette semaine. Une semaine, c’est le temps dont nous disposons pour rallier Beyrouth, notre prochaine escale. C’est aussi le temps que nous passerons dans la capitale libanaise.

Yann Chavance

 

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S.A.S le Prince Albert II de Monaco à bord de Tara

Dimanche 27 juillet 2014, la venue du Prince Albert II de Monaco a marqué le soutien de Sa Fondation à la mission de Tara

 

Le 27 juillet 2014, à l’occasion d’une escale de la goélette Tara dans les Cyclades (Grèce), Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, et l’équipage de la goélette ont eu l’honneur d’accueillir Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco et Sa délégation pendant quelques heures. La Fondation Albert II de Monaco, qui soutient les missions de Tara depuis 2006, est l’un des principaux partenaires de l’expédition Tara Méditerranée.

Cette visite a permis à S.A.S le Prince Albert II de prendre la mesure des enjeux des expéditions scientifiques de Tara, en touchant du doigt concrètement le travail accompli depuis des années avec les laboratoires et les instituts impliqués dans ses missions. S.A.S. le Prince Souverain a déclaré « Je suis extrêmement content d’être à bord. Je n’avais vu le bateau qu’à quai, sans jamais vraiment naviguer dessus, donc c’est pour moi une satisfaction de partager au moins quelques heures avec l’équipage de Tara. Je crois que c’est en ayant la possibilité de pouvoir échanger avec eux que l’on peut aussi envisager d’autres idées et d’autres aventures ».

S.A.S le Prince Albert II de Monaco a ainsi pu découvrir le bateau en conditions d’expédition. L’occasion pour le Prince de rappeler l’intérêt porté à cette expédition Tara Méditerranée : « Cette campagne que mène Tara, cette étude de la pollution par les matières plastiques, c’est aussi une façon d’alerter, de faire comprendre à tous nos contemporains que la situation est grave. Je crois que Tara est vraiment un exemple. C’est une belle aventure, environnementale bien sur, marine bien entendu, mais avant tout humaine».

La venue de S.A.S le Prince Albert II de Monaco à bord de Tara souligne l’engagement de sa Fondation pour la protection les océans et son soutien à la mission Tara Méditerranée. Cette expédition comporte un volet scientifique destiné à mieux comprendre les impacts du plastique sur l’écosystème méditerranéen et un volet de sensibilisation aux nombreux enjeux liés à la Méditerranée, volet qui promeut notamment les efforts de développement des Aires Marines protégées (AMP).

« Cette journée entière passée à bord avec S.A.S le Prince Albert II de Monaco et l’équipe de Sa Fondation a permis de soutenir le lancement du projet de l’AMP de Gyaros et de renforcer les liens avec S.A.S le Prince Albert II de Monaco qui depuis plus de 7 ans soutient et encourage Tara dans sa quête de connaissance pour la recherche. » précise Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.

Des membres d’associations impliquées dans un important programme de préservation du phoque moine sur l’île de Gyaros étaient aussi présents lors de cette journée. Pour S.A.S. le Prince Albert II de Monaco, le programme de préservation mené par Sa Fondation et ces partenaires locaux autour de cette espèce sensible est capital. « Il était important d’essayer de sauvegarder un des derniers habitats importants du phoque moine, sur l’île de Gyaros et sur d’autres îles aux alentours, souligne-t-il. Nous sommes très heureux, avec ma fondation, d’être partenaire de ce programme qui, je pense, pourra non seulement mieux protéger le phoque moine et son habitat, mais aussi la faune et la flore de ces écosystèmes extrêmement fragiles ».

Des actions de conservation et des études scientifiques qui s’accompagnent d’une volonté de travailler avec les partenaires locaux. « Des projets comme ceux-ci ne marchent que si tout le monde se sent concerné, quand tout le monde s’assoit autour d’une même table, explique le Prince. Il faut pouvoir travailler avec la population locale, avec les pécheurs notamment, pour montrer que c’est dans leur intérêt aussi, sur le long terme, que les phoques moines et les pécheurs puissent cohabiter».

 

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VIDÉO – TARA traverse le canal de Corinthe

Mercredi 23 juillet 2014, Tara a passé le canal de Corinthe qui sépare le Péloponnèse du reste de la Grèce. Ce raccourci nous a permis de rejoindre les Cyclades sans devoir faire le tour du Péloponnèse. Le canal, long de six kilomètres pour une vingtaine de mètres de large seulement, est surplombé d’impressionnantes falaises hautes de 50 mètres.

L’expédition Tara Méditerranée est désormais en route vers Mykonos.
©Y. Chavance/Tara Expéditions

Sazan : une préservation franco-albanaise

L’île de Sazan, qui se dessine au large face au quai où est amarré, Tara à Vlora en Albanie, est au centre d’un projet de préservation unissant structures françaises et albanaises. Une collaboration officiellement actée sur le pont même de la goélette, en escale à Vlora depuis trois jours et jusqu’à demain

 

En dix ans d’aventures sur les mers, Tara avait déjà été tour à tour plate-forme scientifique, lieu de séminaires, espace de discussions politiques, ou encore outil de sensibilisation pour le grand public. Avec notre escale à Vlora, en Albanie, la goélette s’est cette fois transformée pour quelques heures en cadre symbolique pour la signature d’un important contrat, scellant une politique de conservation commune entre le Conservatoire du Littoral français et son homologue albanais, l’Agence Nationale du Littoral. Au centre des liens entre les deux structures, l’île de Sazan, la plus grande d’Albanie, trônant face à la baie de Vlora : une richesse naturelle à préserver, dans un pays où les douleurs politiques ont longtemps chassé les consciences écologiques.

En 2010, le littoral autour de l’île est classé Aire Marine Protégée : cette AMP nommée Karaburun/Sazan devient la première – et encore aujourd’hui la seule – d’Albanie. Une initiative qui a poussé le Conservatoire du Littoral français à entamer une collaboration avec ses homologues locaux sur la question de cette île. « Nous avions déjà travaillé jusqu’en 2006 avec les structures albanaises, notamment sur des actions de conservation des lagunes, rappelle Céline Damery, chargée de mission au département Europe et International du Conservatoire du Littoral, qui gère notamment ce dossier albanais. Nous sommes revenus ici en 2011 car nous souhaitions profiter de la dynamique engagée avec la création de l’AMP pour proposer notre assistance institutionnelle et technique, et les accompagner dans la mise en œuvre d’une politique de gestion des côtes ».

En 2012 et 2013, le Conservatoire du Littoral lance ainsi via son initiative PIM, pour Petites Iles de Méditerranée, des campagnes d’études sur la biodiversité de Sazan. Des prospections qui révèleront vite la richesse naturelle de l’île : quelques 300 espèces pour la flore, 40 au niveau ornithologique, ou encore dix nouvelles espèces d’insectes jusqu’ici inconnues en Albanie. Ce riche inventaire, suivi d’une évaluation écologique et d’un état des lieux de la pollution terrestre, permet alors d’imaginer un plan de gestion de l’île. Car jusqu’ici, Sazan n’est en réalité qu’à moitié concernée par l’AMP nouvellement créée. « Les eaux entourant l’île font partie de l’AMP, mais la partie terrestre est propriété du ministère de la Défense et n’a aujourd’hui aucun statut de protection, explique Céline Damery. Nous voulions travailler sur ce projet, car cela peut être un site exemplaire pour l’Albanie, avec une vraie gestion intégrée entre terre et mer ».

Depuis le début de cette année, la réflexion sur la création d’une Aire Protégée Terrestre fait donc son chemin entre interlocuteurs français et albanais, jusqu’à la signature mercredi dernier sur Tara de la convention actant cette collaboration, sous les yeux des caméras locales et des responsables politiques. « C’est une nouvelle étape dans la coopération avec les autorités albanaises, en termes d’échanges de savoir-faire et de partage d’expérience sur les enjeux de gestion des côtes » se félicite ainsi la responsable française du projet. Du coté des équipes de Tara, fiers d’accueillir symboliquement cette signature, ce fut également l’occasion de mettre en lumière ce type d’initiatives locales. Pour que notre mission scientifique en Méditerranée soit aussi un relais des actions positives que nous croisons sur notre route.

 

Yann Chavance

 

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Brève escale à Ustica

Au milieu de notre traversée de la Sardaigne jusqu’en Albanie, Tara a croisé la route d’Ustica, une petite île perdue au nord de la Sicile. L’occasion pour le nouvel équipage de rencontrer les responsables de la première Aire Marine Protégée d’Italie.

Nouveau départ, nouvel équipage, comme un rituel immuable à chaque escale : en partant de Cala Gonone, en Sardaigne, Tara a fait le plein de nouveaux passagers : nous voici maintenant quinze à bord. Spencer Lowell, le photographe américain aux multiples tatouages, a laissé sa place à deux artistes françaises : Carly Steinbrunn, elle aussi adepte de la photographie argentique, et Lorraine Féline, qui réalise un film à bord. Du coté scientifique, Stéphanie Petit laisse sa place à Amanda Elineau, travaillant également au laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer. François Galgani, océanographe à l’IFREMER et spécialiste des effets de la pollution en mer, vient compléter l’équipe scientifique jusqu’à notre prochaine escale en Albanie. Enfin, deux membres de l’équipe Tara à terre viennent découvrir le bateau pour lequel ils travaillent toute l’année : Virgile Pesey, en charge des nouveaux partenariats, et Xavier Bougeard, qui s’occupe des actions éducatives. Ce dernier, qui gère notamment le site Tara Junior, pourra compter sur un regard d’enfant pour voir Tara sous un nouvel angle : celui de sa fille, Cyanne, onze ans, qui découvre elle aussi pour la première fois la goélette.

C’est donc avec un bateau au complet que nous naviguons depuis Cala Gonone au milieu d’une mer plutôt grosse, mettant à mal l’estomac des nouveaux arrivants. Cette première courte pause sur la petite île d’Ustica, au Nord de la Sicile, arrivait donc à point nommé. Le fait que l’île soit juste sur notre route n’était pourtant pas la seule raison de notre venue : Ustica a vu naître en 1986 la première Aire Marine Protégée (AMP) d’Italie, s’étendant sur 16 000 hectares autour de ce minuscule bout de rocher émergeant de la mer tyrrhénienne. A peine arrivés aux abords du petit port d’Ustica, le seul village de l’île du même nom, deux responsables de l’AMP vinrent donc nous rendre visite à bord, le temps d’un déjeuner et de quelques échanges sur la protection locale de l’environnement. Car en marge des prélèvements de micro-plastiques effectués à bord, le fil rouge de notre expédition se tisse autour de ces rencontres avec les structures locales qui contribuent au quotidien à préserver la mer méditerranée. Si notre aperçu de l’AMP d’Ustica n’aura duré que quelques heures, nous espérons bien qu’en multipliant ce type de rencontres, nous pourrons avoir une vue globale sur la façon dont Mare Nostrum se protège localement.

Yann Chavance

 

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Escale sarde

Huit jours après notre départ d’Antibes, Tara est arrivé ce samedi 5 juillet en vue de la petite ville de Cala Gonone, en Sardaigne. Une escale de quelques jours durant lesquels le plancton et l’expédition Tara Oceans (2009-2013) seront à l’honneur.

Malgré les nombreux changements de programme pour adapter notre route et surtout nos prélèvements de plastique aux conditions météorologiques, nous sommes arrivés à l’heure face à la petite ville sarde. Un hameau de moins de deux mille âmes, perché sur une côte sauvage criblée de grottes aux eaux turquoises. Si tous à bord sont impatients de mettre un pied à terre ou la tête sous l’eau, ce n’est pas une escale farniente qui nous attend.

Tout juste arrivés, une partie de l’équipage part en ville pour une conférence de presse : ils reviendront accompagnés d’une quinzaine de journalistes venus visiter la goélette. A peine repartis, le va-et-vient du zodiac reprend de plus belle, déversant sur le pont de nouveaux arrivants encombrés de valises, quand d’autres, arrivés au terme de leur voyage, font les leurs. Tout cela au cœur d’un planning chargé, comme toujours.

Dimanche verra ainsi se succéder une conférence donnée en italien sur le plancton et les expéditions de Tara, une réunion de travail sur les recherches scientifiques menées dans la région – qui réfléchit à la création d’une station biologique et d’une aire marine protégée – ou encore une réception à l’aquarium de Cala Gonone, partenaire de cette expédition en Méditerranée.

En marge de ce programme, cette escale en Sardaigne sera surtout le théâtre d’un important séminaire pour Oceanomics, le projet titanesque visant à exploiter les données et prélèvements effectués lors des expéditions Tara Oceans et Tara Oceans Polar Circle. Durant cinq jours, les chercheurs impliqués dans ce projet à travers le monde se retrouvent ainsi à Cala Gonone pour échanger sur leurs premiers résultats.

Lundi et mardi, les scientifiques d’Oceanomics concluront ce séminaire par deux jours d’échantillonnage au large de la Sardaigne, l’occasion de former certains aux protocoles de prélèvements et de mieux comprendre d’où viennent les données qu’ils analysent depuis maintenant plus d’un an. De quoi conclure en mer cette escale ensoleillée avant notre départ mercredi pour l’Albanie, après un bref passage par la petite île d’Ustica.

 

Yann Chavance

 

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Entre la Corse et la Sardaigne

Depuis quelques jours, le programme de cette étape Antibes-Cala Gonone est une question d’adaptabilité, notre parcours se décidant au jour le jour, changeant parfois même d’heure en heure, en raison de conditions météorologiques compliquées.

Samedi 28 juin, soit deux jours après notre départ d’Antibes, le planning de prélèvement prévu par Gaby Gorsky, le directeur scientifique de l’expédition, avait jusqu’ici été suivi sans accroc. Nous avions comme prévu passé  la nuit au mouillage à l’île d’Elbe, quand les dernières données météorologiques nous firent changer nos plans : un fort vent d’Ouest se profilait autour de la Corse, alors que nous devions justement effectuer de nombreux prélèvements en longeant la côte Ouest de l’île de beauté. Dimanche nous avons donc rebroussé chemin, direction Bastia, côte Est, pour passer la nuit au mouillage. La précaution ne fut pas inutile : même protégé du vent par les montagnes corses, Tara fut ballotté toute la nuit par des vents montant jusqu’à 45 nœuds, sous un ciel déchiré par une multitude d’éclairs.

Le lendemain matin, alors que nous nous préparions à lever l’ancre, un dernier BMS (Bulletin Météorologique Spécial) changea une nouvelle fois nos plans. Un fort coup de vent allait souffler toute la journée dans notre zone, brassant la surface et empêchant ainsi nos prélèvements. La décision fut donc rapidement prise : nous resterons sur place une journée de plus, mettant à profit ces quelques heures sans science à bord. « Cela permet de récupérer un peu de la fatigue des derniers jours et de s’occuper un peu plus du bateau » explique Samuel Audrain, le capitaine. L’occasion aussi pour les marins d’aller à terre pour acheter du petit matériel pour entretenir le désalinisateur, le frigo ou encore le système électrique du bateau.

Du coté scientifique, cette journée au mouillage est aussi une aubaine. « On fait le bilan de ces derniers jours et aussi un peu de maintenance sur les appareils, détaille Stéphanie Petit, la responsable scientifique de l’étape. Pour ma part, j’ai mis à jour toutes les fiches de prélèvements et réglé un problème avec l’azote liquide. C’est donc loin d’être une journée perdue ! ». Cet arrêt forcé fut également l’occasion de faire le point par mail avec le directeur scientifique de l’expédition pour décider de la suite du programme. Après avoir évoqué la possibilité de retourner vers l’île d’Elbe, décision fut prise d’échantillonner un peu plus au large. Mais le soir même, après avoir levé l’ancre et s’être éloignés de la côte, le premier coup de filet ne remonta presque rien : peu de plancton, presque pas de plastique.

Avec la houle et une mer brassée par 24 heures de vent, la surface semblait désertée. « Même quand on ne récolte rien, c’est intéressant, relativise Stéphanie. Cela nous permet de mieux comprendre les facteurs qui influencent la répartition du plastique ». Il aura fallu attendre encore plusieurs heures et quelques miles de route vers le large pour que les filets, se succédant jusque tard dans la nuit, remontent à nouveau chargés en particules plastiques. Mais ce mardi, les bulletins météo annoncent à nouveau des perturbations à venir sur notre route. Difficile donc encore aujourd’hui de savoir où nous échantillonnerons dans les jours qui viennent. A l’heure actuelle, une seule chose est sûre : nous serons samedi prochain à Cala Gonone, en Sardaigne. Sans trop savoir quelle route nous prendrons pour l’atteindre.

Yann Chavance

 

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De la terre à la mer

Depuis notre départ d’Antibes jeudi dernier, Tara a changé de visage. Nouveaux arrivants et habitués du bateau profitent maintenant d’une autre vie, celle en mer, bien loin du rythme effréné des escales.

Lors de notre petite semaine à Antibes, comme à chaque nouvelle escale, le ventre de la goélette s’est rempli de Taranautes de passage : les passations entre « débarquants » et « embarquants », quelques membres de l’équipe de la base Tara à Paris, des scientifiques réglant les derniers protocoles de prélèvement, des techniciens venus installer du nouveau matériel de navigation ou encore régler les problèmes de communication satellite… Le pont et le grand carré n’auront quasiment jamais désempli durant ces six jours à Antibes, plongeant la goélette dans un brouhaha incessant, rythmé par le passage régulier de groupes visitant le bateau. Des visites publiques, mais aussi des groupes scolaires et des centres de loisirs, pour lesquels les marins se relaient, expliquant inlassablement l’histoire du bateau et les raisons de notre venue en Méditerranée.

A terre, les journées sont donc soigneusement organisées, comme l’atteste le planning complet trônant  dans le grand carré. Visites scolaires, heures des repas, arrivée des officiels, réception avec un des partenaires de l’expédition, conférence publique, etc., tout est inscrit dans les moindres détails. Un planning minutieux qui tranche avec la souplesse dont nous devons faire preuve une fois en mer. Une fois au large, ce sont souvent les conditions météorologiques qui dictent notre programme. La houle faiblit ? L’équipe scientifique en profite pour faire un prélèvement de plastique avec le filet Manta, décalant alors l’heure du repas. Si les stations de prélèvement ont été soigneusement prévues à terre, une fois sur les flots, la Nature nous force tout de même à quelques ajustements.

Ce changement de rythme une fois en mer entraîne également une ambiance plus calme favorisant les échanges humains. Alors que quelques jours auparavant, nous voyions en permanence de nouvelles têtes, nous ne sommes aujourd’hui plus que onze à bord, vivant 24 heures sur 24 ensemble. Entre deux remontées de filet ou pendant les repas, chacun a maintenant le temps d’apprendre à connaître ses compagnons d’étapes. Car si on retrouve des têtes bien connues sur le bateau, comme Samuel Audrain, le capitaine, François Aurat, chef de pont ou encore Marion Lauters, la cuisinière, pour beaucoup, cette expédition en Méditerranée est une grande première.

Le second capitaine de ce début d’expédition, Aloys Le Claquin, est bien un marin confirmé, après 15 ans passés dans le milieu de la course au large, mais le breton fait ses premières armes sur le pont de Tara. Idem pour Rodolphe Gaudin, à qui incombe la lourde responsabilité des machines. Du coté scientifique, Thomas Leeuw en est à son deuxième embarquement. Ce chercheur américain spécialiste de la couleur de l’eau complètera ainsi les prélèvements de plastiques menés par Stéphanie Petit, chercheur en écologie microbienne à Villefranche-sur-mer, secondée par Juliette Maury, jeune étudiante en biologie en stage sur Tara. Après avoir embarqué sur la précédente expédition, Noé Sardet retrouve le pont de la goélette pour y tourner un film sur le plancton. Enfin, dernier Taranaute à bord pour cette étape, l’artiste américain Spencer Lowell traîne sur le pont ses différents appareils argentiques pour immortaliser tout ce qui s’y passe. La vie commune en mer se met donc progressivement en place, et chacun aura encore quelques jours pour apprendre à mieux se connaître avant notre prochaine escale, Cala Gonone en Sardaigne, prévue pour la fin de semaine prochaine.

Yann Chavance

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Tara, antibois de cœur

Ce jeudi, Tara quittait Antibes après une petite semaine passée dans son port ensoleillé ; une escale aux allures de madeleine de Proust pour Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions. Une histoire de famille, de mer et de bateaux, lorsque Tara se conjuguait encore au pluriel.

Depuis une décennie que la goélette s’est fait connaître au travers de ses aventures scientifiques autour du monde, Tara a perdu son numéro. Tara 5, de son nom officiel, est ainsi le cinquième bateau de la famille, dont la plupart ont mouillé leur quille à Antibes des années durant. Tout commence avec Ado Troublé, le grand-père d’Etienne, qui nomme son petit bateau Tara, en référence au film « Autant en importe le vent » : Tara, c’est la maison où l’on revient toujours. Et déjà, ce « premier du nom » avait pris ses marques entre les bateaux de pêche du vieux port d’Antibes, une ville qu’avait toujours connu la famille. « Mon arrière-grand-père, le père d’Ado, avait fait construire une maison sur les hauteurs dans les années 1880. On y venait pour les vacances, souvent en hiver » se souvient Etienne Bourgois.

Quelques années plus tard, le deuxième bateau d’Ado, un petit voilier de huit mètres, sera appelé en toute simplicité Tara 2. C’est sur le pont de ce dernier qu’Etienne découvre la mer, la voile, l’aventure. « Je naviguais avec mon grand-père, vraiment en amateur : on allait jusqu’en Corse, en naviguant aux étoiles. Je me souviens d’un homme très cultivé, bon vivant ». Puis vint en 1973 Tara 3, un Dufour 35 rapidement envoyé en Grèce. En 1979, c’est Etienne qui le ramena à Antibes pour son grand-père. Ce dernier mourut quelques mois plus tard, lui léguant ce troisième Tara. « J’avais 20 ans, je commençais à peine à travailler, mais je mettais tout ce que je gagnais dans ce bateau » explique Etienne. C’est à cette époque qu’il s’initie à la course en mer, avec son oncle Bruno Troublé, barreur du France 3 du Baron Bich lors de la Coupe de l’America, et c’est ensemble qu’ils achèteront en 1996 le First 51 d’occasion qui deviendra Tara 4. Ce quinze mètres sera le premier à réellement quitter Antibes pour rejoindre les eaux bretonnes.

Un demi-siècle après le premier petit bateau de huit mètres d’Ado Troublé, Tara 5, qui a perdu son numéro aux yeux de tous, est donc de retour pour la première fois dans le port d’Antibes, là où les bateaux de la famille ont toujours navigué. Pour Etienne, propriétaire de la goélette avec agnès b., l’émotion est forcément forte. « Hier, je suis sorti avec le pointu de la famille, un petit bateau en bois de moins de cinq mètres. En faisant le tour du cap, j’ai pensé à mon grand-père : à l’époque où il m’emmenait en mer avec lui, jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour nous aurions un bateau comme Tara, aussi grand, naviguant sur toutes les mers du monde », explique-t-il, assis sur le pont en aluminium de la goélette. Avant de reprendre, en guise de conclusion : « Mais en fait, ce n’est pas vraiment notre bateau. C’est avant tout un bateau de travail, qui a une mission. Un peu le bateau de tout le monde ».

 

Yann Chavance

 

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Les plaisanciers sont soumis à l’obligation de ne pas rejeter et les ports doivent leur proposer des solutions

50% d’escales, 50% de navigation, tel est le programme de l’expédition Tara Méditerranée. Et lorsque la goélette s’amarre dans un port, comme hier à Antibes, l’un des membres de l’équipage est désigné pour se rendre à la capitainerie. Sa mission : récupérer des informations sur le raccordement à l’eau, le branchement électrique, l’adresse d’une laverie ou encore la localisation des sanitaires. Car une fois à quai, il n’est plus question d’utiliser les douches à bord, il faut éviter de remplir la caisse à eaux grises, un lieu de stockage invisible, caché dans l’antre du bateau, qui fait parler de lui.

F. Latreille/Tara Expéditions. Arrivée de Tara à Antibes.

Alors certes, le gaspillage d’eau turlupine l’équipage, mais les fameuses caisses noires et grises, autrement dit les eaux usées issues des toilettes et des douches, amènent une autre question : celle de la pollution. Une fois au large et à certaines conditions, la législation autorise les bateaux à vider leurs caisses. Comme Tara, les navires possédant des tanks de rétention ne peuvent les vider qu’au-delà de 12 Mn en navigation, à une vitesse de 3 nds. Les bateaux possédant une centrale de traitement à dilution (les plus répandues) sont autorisés à vider leurs eaux « traitées » au-delà se 4 Mn en navigation, à 3 nds. Enfin, les navires possédant une centrale de traitement type « STP marine », autrement dit les navires de plus de 50 m, peuvent rejeter leurs eaux usées au-delà de 300 m d’un port, des côtes et des zones de mouillage.

Antoine Dussaussoy, Directeur d’exploitation d’Ecotank, une start up verte dédiée à la récupération des eaux usées dans le Sud de la France, souligne un point important : « Les plaisanciers sont soumis à l’obligation de ne pas rejeter et les ports doivent leur proposer des solutions pour évacuer leurs caisses de rétention, mais aucune de ces deux obligations n’est respectée à 100%. » Pour vidanger, les gros bateaux doivent donc faire appel à des camions citerne mais ces camions sont rarement présents dans les ports. Les contrevenants risquent pourtant une amende de 22 500 euros en cas de déversement directs ou indirects de «substances ou organismes nuisibles pour la conservation ou la reproduction des mammifères marins, poissons, coquillages, mollusques ou végétaux, ou de nature à les rendre impropres à la consommation.» (Code de l’environnement Article L218-73).

Antoine revient sur les différents risques de pollution engendrés par les eaux usées : « un risque d’ordre sanitaire provoqué par des phénomènes de prolifération de bactéries ou lié aux médicaments qui ne sont pas éliminés par le corps humain ; les eaux grises provoquent quant à elles des problèmes environnementaux et écologiques à cause des nitrates, des phosphates et des graisses contenus dans les produits utilisés à bord. Les plaisanciers se servent rarement de produits bios. »

Les autorités portuaires peuvent difficilement faire pression sur les usagers qui sont aussi leurs clients. Mais certains ports jouent le jeu et c’est là qu’intervient « Ecotank », l’entreprise pour laquelle travaille Antoine Dussaussoy. Plus besoin de déplacer le bateau pour se rendre à la pompe ou de faire appel un camion citerne, tout se passe directement sur l’eau. Une flotte de 11 barges à pompage électrique travaille en toute discrétion pour vidanger les fameuses caisses, entre Monaco et Saint-Tropez.  « Il y a une évolution des mentalités depuis 2 ou 3 ans, nous le constatons à travers notre activité. En 2008, la première année, nous réalisions une vidange de bateau par semaine, aujourd’hui et uniquement sur le port de Monaco, nous intervenons sur 5 à 10 bateaux par jour. »

Face à cette problématique de pollution, certains pays sont en avance sur la France. La Turquie a opté pour une solution drastique: elle procède à un contrôle des rejets en déversant des traceurs de chimiques dans les tanks de rétention. Aux Etats-Unis, les caisses sont plombées et donc inutilisables par les plaisanciers. Pour les Taranautes, la question des caisses noires sera donc récurrente et il faudra s’adapter en fonction des installations portuaires à chacune des escales et poursuivre l’effort collectif pour limiter l’impact écologique.

Noëlie Pansiot

 

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« J’ai grandi en tant que scientifique avec Tara »

Les marins ont quitté le navire, le temps d’une escale à Villefranche-sur-Mer. Invités à visiter l’Observatoire Océanologique, ils ont arpenté la station zoologique créée en 1884, l’ancien bagne des rois de Sardaigne, un lieu charmant organisé autour d’une jolie cour arborée. Les bâtisses du bagne et de la Vieille Forge abritent un dédale de laboratoires, de bureaux, une animalerie et une bibliothèque. Le fameux bâtiment des Galériens sert quant à lui d’entrepôt : bouteilles Niskin, bien connues des Taranautes, kayak de mer, matériel de plongée… Et la mer n’est pas loin, le terrain de jeu favori des océanographes se situe à quelques mètres de là, au bout d’une avancée en pierres. Au fil de la visite, l’équipage a croisé, par hasard, plusieurs scientifiques ayant embarqué à bord de la goélette. Parmi eux, Jean-Baptiste Romagnan, ingénieur spécialisé dans l’étude et l’analyse du plancton à travers des outils d’imagerie, qui travaille toujours sur l’analyse des données de Tara Oceans (2009-2012). Une aventure scientifique d’envergure, à laquelle il a participé à deux reprises. Focus sur les données collectées durant cette mission.
 
A quel moment as-tu embarqué pendant Tara Oceans et pour quelle mission ?

La première fois, c’était pour ma thèse, en octobre 2009 entre Naples et Malte, la seconde fois, à l’automne 2011 entre l’île d’Ascension et Rio. Lors de mon premier embarquement, nous étions encore dans une période de mise en place, j’ai plutôt pris en charge la collecte de zooplancton avec les filets et j’ai travaillé sur le pont aux côtés de l’ingénieur Sarah Searson. Et à l’automne 2011, j’ai à nouveau participé à l’échantillonnage au filet et au déploiement des instruments avec l’ingénieur de pont.

Lors de cette mission, beaucoup de données ont été prélevées, comment sont-elles traitées ?

Effectivement, nous avons collecté beaucoup d’échantillons, des tubes contenant du plancton, lors de Tara Oceans, puis Tara Oceans Polar Circle (2013) et nous allons encore en collecter dans les mois à venir en Méditerranée. Lorsque ces tubes sont ramenés au labo on peut en tirer des informations de plusieurs manières : certains scientifiques font de la génétique, d’autres les analysent à l’aide d’outils d’imagerie. C’est ce que je fais sur les échantillons de Tara Oceans, avec le Zooscan, un scanner à plancton, et grâce à la participation de nombreux stagiaires, depuis presque 5 ans. Nous avons traité environ 75% des données collectées. La procédure est toujours la même : il faut retirer le formol, prendre une partie de l’échantillon pour le placer sur le Zooscan, afin d’obtenir des images, des petites vignettes de chacun des objets, a partir de la grande image scannée. Ces images sont analysées, puis à partir de mesures sur vignettes de plancton, nous faisons de « l’apprentissage automatique », en d’autres termes, nous demandons à l’ordinateur d’identifier le plancton, avant de valider les identifications manuellement. Avant on faisait ça à la loupe binoculaire, ça prenait du temps et ça demandait beaucoup d’expertise. A présent, nous avons développé des outils qui nous permettent d’aller plus vite et d’analyser un grand nombre d’échantillons.

Un lot d’échantillons représente combien de données archivées ?

Des milliards ! Le Zooscan est un outil qui a été développé pour répondre à plusieurs besoins. Le premier : pouvoir générer des données issues de campagnes océanographiques rapidement après la collecte, parce que dans le passé il fallait plusieurs années pour analyser des données planctoniques comme celles-ci. Le deuxième, répond à un besoin de stockage : les échantillons en tube ne sont pas éternels, ils peuvent s’abîmer, ils sont à la merci d’un accident. L’archivage numérique nous permet de stocker nos données à plusieurs endroits, dans une logique de conservation. Le troisième besoin répond à des problématiques scientifiques comme la mesure de biomasses, la mesure de biovolume, la mesure de taille ou de spectre de taille. En fait avec les images, nous pouvons mesurer automatiquement chaque organisme et obtenir des mesures précises et homogènes. De ces mesures, nous tirons des informations sur le fonctionnement des écosystèmes. Le plancton peut être observé à travers la « loupe de la biodiversité », ou bien à travers la loupe de la « structure en taille » pour répondre à différentes questions : combien y en a-t-il, pourquoi, où sont-ils, etc.

Que dire d’une expédition à l’échelle globale comme Tara Oceans ?

C’est une expédition exceptionnelle ! Tout comme Tara Oceans Polar Circle. Il s’agit de deux expéditions inédites, le genre d’aventure scientifique qui n’avait pas été réalisée depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, elles sont à classer parmi les grandes expéditions naturalistes comme celles de Darwin ou du Challenger. L’idée de départ était d’échantillonner tout le vivant planctonique, uniquement le plancton, mais tous les organismes : des virus et des bacteries, jusqu’aux plus gros organismes du plancton gélatineux. Le but était donc de mettre en place un échantillonnage de toute la biodiversité et de toute la complexité du plancton pour réaliser un état des lieux « photographique »  de la biodiversité du plancton à l’échelle globale. Après des expéditions comme celles-ci, il y en a pour des décennies de travail. Les analyses sont en cours, comme ici, ou encore à la Station Biologique de Roscoff, un laboratoire partenaire, ainsi que dans d’autres laboratoires.

Quelle a été votre expérience sur Tara ?

Mes embarquements étaient géniaux ! Une campagne océanographique sur un bateau si petit, c’est un gros bateau, mais en comparaison des bateaux océanographiques habituels, il s’agit d’un petit navire et la mise en œuvre d’un échantillonnage complexe et complet sur cette goélette est une belle prouesse. C’est une autre approche de l’océanographie, c’était assez intense. Finalement, nous travaillons en groupe, nous interagissons avec les partenaires du consortium Tara Oceans nous nous réunissons plusieurs fois dans l’année et nous essayons de faire de la science ensemble et ça, c’est vraiment intéressant. Cette communauté est très attachante. Et puis personnellement, j’ai grandi en tant que scientifique avec Tara, ça a été un projet formateur et je continue à travailler sur ces données.

Propos recueillis par Noélie Pansiot

Lancement à l’UNESCO de la Plateforme Océan et Climat 2015 à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan

A l’occasion de la journée mondiale de l’océan, célébrée chaque année le 8 juin, une vingtaine d’organisations de la société civile et de la recherche ont annoncé ce 10 juin au siège de l’UNESCO à Paris le lancement de la Plateforme Océan et Climat 2015. Il s’agit d’une alliance multi-acteurs qui annonce l’objectif de placer l’océan au coeur des discussions internationales relatives au climat. Cette annonce intervient en amont de la Conférence des Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

Premier fournisseur d’oxygène, l’océan joue un rôle aussi important que les forêts en tant que «poumon» de la planète. En absorbant près d’un quart des émissions de carbone rejetées dans l’atmosphère par l’activité humaine, il joue également un rôle régulateur déterminant dans le changement climatique. Mais l’augmentation des émissions de CO2 –qui se traduit par une acidification des eaux-, la surexploitation des ressources et la pollution diminuent la capacité des écosystèmes marins à s’adapter aux changements climatiques présents et futurs.

Lancée conjointement par des organismes de recherche, des ONGs, des Fondations et la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l’UNESCO, la Plateforme entend éclairer les débats de la COP21 relatifs à l’interaction océan-climat. Le rôle majeur des océans dans la régulation climatique doit être pris en compte lors des négociations. Or jusqu’ici, l’océan a occupé une place relativement marginale dans les négociations internationales sur le climat, surtout concentrées sur les émissions terrestres de CO2 par l’homme, sur le rôle de captage du CO2 par les forêts et sur les mesures d’adaptation nécessaires au changement climatique.

Les membres de la plateforme préparent une série de rencontres scientifiques, conférences et événements publics de sensibilisation, expositions et projets éducatifs, prévus à partir du deuxième semestre 2014. La COP21 se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Son objectif est de parvenir à un nouvel accord international sur le climat en vue de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle.

Les Membres fondateurs
AAMP Agence des Aires Marines Protégées ; Association Innovations Bleues ; CNRS – Centre National de Recherche Scientifique ; Comité français de l’UICN – Union Internationale pour la Conservation de la Nature ; Green Cross France et Territoires ; ENS – Ecole Normale Supérieure ; Fondation Prince Albert II de Monaco ; NASF – Fonds pour le Saumon de l’Atlantique Nord ; Institut Océanographique – Fondation Albert Ier Prince de Monaco ; IDDRI – Institut du Développement Durable et Relations Internationales; Institut Océanographique Paul Ricard; Nausicaá-Centre National de la Mer; PSL – Paris Science Lettres; Réseau MEDPAN; Réseau Océan Mondial ; Sea Orbiter ; Surfrider Foundation Europe ; Tara Expéditions; The Pew Charitable Trusts -France ; UNESCO/COI – Commission Océanographique Intergouvernementale

Interview d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions

Une nouvelle expédition, une nouvelle base Tara à Paris, un nouveau site Internet, le lancement d’une Plateforme Océan et Climat à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Océan, Etienne Bourgois fait le point sur l’actualité très riche pour Tara durant ce mois de juin.

L’expédition est lancée et le volet scientifique de l’expédition Tara Méditerranée a commencé cette semaine…

Tara est d’abord un bateau pour la recherche, c’est donc une bonne chose ! Je suis d’autant plus satisfait que le volet scientifique de l’expédition s’est étoffé ces dernières semaines avec d’avantage d’universités et d’instituts qui s’impliquent sous la direction de Gaby Gorsky, directeur de l’observatoire océanologique de Villefranche sur mer.

Mais n’oublions pas que nous consacrerons aussi 50% du temps de la mission à la sensibilisation sur les enjeux environnementaux. Nous avons d’ailleurs pour objectif de publier un livre bleu à l’issue de ces 7 mois en Méditerranée.

Depuis quelques jours nous accueillons aussi un artiste à bord. Ils seront 11 à se succéder en résidence à bord de Tara, ils ont carte blanche. C’est une expérience unique pour eux mais aussi pour les scientifiques et les marins qu’ils vont côtoyer à bord de Tara !

Quel message souhaitez-vous faire passer en particulier ?

Un message de détermination concernant l’environnement. Malheureusement la roue est entrain de tourner, le temps passe et les réactions des politiques sont lentes. Il faut agir, prendre des orientations fortes maintenant.

Y-a t-il déjà eu des moments forts depuis que vous êtes en Méditerranée ?

Oui je me suis rendu à bord de Tara à Port-Cros début mai lors de l’étude du coralligène profond mené par l’équipe de Laurent Ballesta et l’Agence de l’Eau. Il m’a montré des photos extraordinaires qui montrent que la mise en place d’une Aire Marine Protégée porte ses fruits et que l’écosystème méditerranéen est merveilleux. Ces zones manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020, objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique.

Je voudrais en profiter ici pour adresser mes remerciements à l’équipage très professionnel, motivé, uni, modeste etc…

Le 8 juin sera la Journée mondiale de l’Océan. Comment avance votre sensibilisation auprès des politiques ?

Cette Journée mondiale de l’Océan, donnera notamment lieu à une série d’événements pour les jeunes et la presse organisés le 10 juin au siège de l’UNESCO avec notamment le lancement de la Plateforme Océan et Climat 2015. Sous l’impulsion d’un petit groupe de fondateurs dont Tara, celle-ci réunit des acteurs de la société civile, et de la recherche avec un objectif : renforcer la place de l’Océan au cœur des discussions internationales relatives au climat, notamment en vue de la CoP 21 l’année prochaine à Paris.

Une autre source de satisfaction : l’ONU vient de rendre public la première version du texte sur les objectifs du développement durable. Et la “conservation et l’usage durable des ressources marines” sont dans la liste, avec 11 autres objectifs. Tara Expéditions avec André Abreu notre chargé de mission a aussi participé à cet effort à l’ONU.

Un prochain site Internet Tara est au programme pour la mi-juin…

Oui nous avions besoin de moyens nouveaux et plus adaptés aux nouvelles technologies afin de mieux diffuser nos messages. Ce site, réalisé en partenariat avec l’agence 76, sera plus simple d’utilisation, plus visuel et sera organisé autour des 4 grandes missions de Tara Expéditions: la science, l’environnement, l’éducation et l’art.

Tara Expéditions dispose aussi d’un nouvel espace : la base Tara…

Oui c’est la base arrière de Tara. L’équipe à terre dirigée par Romain Troublé y a désormais ses bureaux. C’est un lieu magique à côté de la Bastille, très lumineux. Nous pouvons y accueillir des expositions, des conférences, des rencontres pour les scolaires, des projections, etc…

La première exposition « Le Monde Secret du Plancton » a d’ailleurs ouvert ses portes  ce lundi et sera ouverte jusqu’au 26 juin. Fort de son expérience sur Tara en tant qu’artiste, Rémi Hamoir, professeur aux Arts Décoratifs, a proposé aux enseignants et aux étudiants de 1ère année de travailler sur un projet d’expression plastique autour de la thématique : « Tara et le monde secret du plancton ».

Un bémol à vos actions actuelles ?

Malgré le soutien et l’engagement d’agnès b depuis le début, le budget n’est jamais bouclé. C’est un stress permanent qui nous empêche de mieux nous préparer à moyen terme. Cela peut être parfois décourageant. J’en profite pour répéter ici qu’il n’y a jamais de don trop petit !

A ce sujet quels sont vos projets futurs ?

Nous préparons un projet qui nécessite un budget sur deux ans. C’est un programme scientifique sur les récifs coralliens de grande envergure. Il faut au moins 12 à 18 mois de préparation et nous sommes déjà à pied d’œuvre depuis trois mois.

10 ans c’est un cap pour Tara ou le début d’une seconde vie ?

Nous sommes dans la continuité. Depuis 10 ans nous avons fait 10 expéditions et toutes ont eu un sens. C’est notre trésor. Nos projets ont comme particularité d’avoir été initiés par des individus qui forment un groupe et non des entreprises ou des institutions.
J’espère que d’autres projets comme Tara pourront naître dans le monde.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ?

Boucler notre budget toujours plus tôt et du bon vent en Méditerranée !

Pelagos : un sanctuaire marin international dédié à la protection des cétacés

Interview d’Alain Barcelo, responsable du service scientifique du Parc National de Port Cros qui anime la partie française de Pelagos.

A chaque apparition de mammifères marins aux abords de la goélette, les Taranautes se ruent sur le pont pour observer et vivre pleinement un moment unique. L’équipage a ainsi fait la rencontre d’un dauphin de Risso entre Oran et les Baléares, et plus récemment d’un groupe de grands dauphins dans la baie de Port-Cros.

Cette année, l’expédition Tara Méditerranée traversera plusieurs fois le Sanctuaire Pelagos : un espace marin international dédié à la protection des cétacés. Une zone de 87 500 km² où évoluent principalement 8 espèces de mammifères marins. Alain Barcelo, responsable du Service scientifique au Parc national de Port-Cros, chargé de mission animation du Sanctuaire, revient sur l’importance de l’Accord Pelagos.

Où se situe le Sanctuaire ?

Pelagos dessine un grand triangle qui part de la Sardaigne, remonte à la fois vers Hyères et vers l’Italie. Il englobe l’ensemble des eaux qui se situent autour de la Corse. Il s’agit d’une immense Aire Marine Protégée dédiée aux mammifères marins en Méditerranée.

Entré en vigueur en 2002, l’Accord Pelagos fut signé par la France, Monaco et l’Italie en novembre 1999. Il vise à préserver les cétacés et rendre compatible leur présence avec l’ensemble des activités qui se déroulent dans cet espace. C’est un immense Sanctuaire, unique en son genre, qui inclut des zones en haute mer.

Huit espèces de cétacés sont régulièrement présentes dans le Sanctuaire : le rorqual commun, le cachalot, le dauphin bleu et blanc, le grand dauphin, le dauphin de Risso, le globicéphale noir, le dauphin commun et le ziphius. D’autres espèces traversent occasionnellement cette zone : des baleines à bosse par exemple. Les chiffres varient selon la saison, disons quelques dizaines de milliers pour le dauphin bleu et blanc et quelques centaines pour le rorqual commun.

Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur ces animaux?

Ces animaux sont menacés par certaines activités humaines, qui sont nombreuses au sein du Sanctuaire : le trafic maritime qui va induire des collisions entre des bateaux et de grands mammifères comme le rorqual commun ou le cachalot. Notre objectif est donc de développer des méthodes pour préserver les mammifères marins et rendre compatible leur présence avec ces activités. Énormément de plaisanciers gravitent dans la zone, il y a donc beaucoup d’activités nautiques, ce sont autant de sources de dérangements pour les animaux.

Parmi les menaces qui pèsent sur ces espèces, le site Internet du Sanctuaire répertorie également les pollutions chimiques. Qu’en est-il des pollutions plastique ?

Des études en cours montrent que les polluants se fixent sur les plastiques et remontent ensuite par ingestion tout au long de la chaine alimentaire. La panoplie de produits chimiques que l’on connaît se retrouve en bout de chaîne dans les mammifères marins, à des taux de concentration très élevés. Nous savons que pour une même espèce de cétacé à dents présente en Atlantique et en Méditerranée, la plus polluée est celle qui évolue en Méditerranée. Les macro plastiques sont embêtants mais ils se dégradent et deviennent des micros plastiques. Ce sont ceux-là que nous allons retrouver tout le long de la chaîne alimentaire.

Quelles sont les mesures mises en place par Pelagos ?

Nous avons des outils de communication et de sensibilisation. En allant sur  le site Internet de Pelagos, en deux ou trois clics, les visiteurs ont accès à la page « Devenez ambassadeurs ». Il leur suffit ensuite de lire le code de bonne conduite, de s’engager à le respecter et à le faire connaître aux plaisanciers. Ils déclarent ainsi partager les objectifs du Sanctuaire et tout mettre en œuvre pour protéger les espèces rencontrées : être vigilant aux signes de dérangement, respecter les zones et distances d’approche des cétacés, etc.

Face aux problèmes de collisions, l’Association Souffleurs d’écume s’est associée à un partenaire privé pour mettre en place un outil informatique et collaboratif à l’usage de la navigation commerciale : le système REPCET. Un dispositif qui permet aux bateaux de repérer en temps réel la position des mammifères marins et de la signaler aux autres navires équipés.

Enfin, depuis deux ans, Pelagos développe des partenariats avec des communes riveraines. Il existe une charte signée par une trentaine de communes. Elles se sont ainsi engagées à contribuer à la préservation des mammifères marins et elles relayent le message de préservation auprès du grand public.

D’autres mesures visent les opérateurs de whale-watching, activité de découverte des mammifères marins pour laquelle nous allons développer une labellisation, le trafic maritime, les activités de défense ou encore la pêche professionnelle. Les idées ne manquent pas pour favoriser la présence de ces animaux majestueux à deux encablures de nos côtes. La discussion avec les gens de mer est primordiale car tous partagent nos objectifs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot


Regardez la vidéo de présentation du sanctuaire PELAGOS

Journée sans tabac : 400 mégots ramassés sur la plage par les Taranautes

Samedi 31 mai, l’équipage répondait présent à l’appel de Surfrider Foundation Europe. Equipés de sacs poubelles et de gants, les Taranautes ont parcouru les plages des Charmettes et du Cros à Six-Fours (Var), pour procéder à une collecte de déchets. Cette « Initiative Océane », la seconde ce mois-ci, leur a permis de ramasser 200 litres de détritus, soit 20kg. Le plastique était bien évidemment présent sous toutes ses formes, mais ce sont les mégots qui ont retenu l’attention de l’équipage. Les volontaires ont collecté ces résidus de cigarettes un à un pendant deux heures, participant ainsi, à leur manière, à la journée mondiale sans tabac.

Responsable éducation Méditerranée pour Surfrider, Benjamin Van Hoorebeke lance avec un grand sourire : « les industriels du tabac ont eu une bonne idée en imaginant des filtres jaunes, ils dénotent bien sur le sable ». Benjamin Van Hoorebeke dit vrai, la couleur attire l’œil du ramasseur ! Mais une fois accroupi, le collecteur citoyen réalise vite que ce détritus n’est pas esseulé : ce sont parfois 3 à 4 mégots qui gisent tout autour du premier. Brigitte Martin, bénévole pour Surfrider depuis presque 3 ans, s’agace de trouver ces déchets à côté d’une poubelle de plage : « C’est un geste automatique de lancer son mégot, on le voit même dans les films ».

Les mégots entre lesquels les plagistes posent leurs serviettes ne sont pas seulement écrasés et abandonnés là par des fumeurs négligents. Ces petits bouts d’acétate de cellulose, autrement dit, de plastique sous forme de fibres, sont d’excellents voyageurs. Un mégot jeté par terre en ville va tranquillement voguer dans les eaux qui lessivent les trottoirs, suivre une route fluviale avant de terminer sa course sur une plage, comme ici où ils arrivent nombreux par un déversoir d’eau pluviale. « Ce mégot va ensuite se fragmenter en micro plastiques ». Benjamin Van Hoorebeke ajoute : « Selon moi, le  principal impact des mégots provient des produits toxiques qu’ils contiennent : nicotine, cyanure, mercure… Un mégot que l’on jette dans l’environnement peut polluer à lui tout seul entre 300 et 400 litres d’eau. Sur la corniche, là, j’ai parcouru 10 mètres et j’en ai trouvé 56 ! » Organisateur de l’événement, Benjamin Van Hoorebeke regrette qu’un fumeur qui jette son mégot par terre n’a souvent pas conscience qu’il pollue.

Chaque année, 4 300 milliards de mégots de cigarettes sont ainsi jetés inconsciemment dans les rues. 137 000 par seconde ! De quoi procéder à une collecte sans fin. Le travail de sensibilisation de Surfrider est donc essentiel. D’après Benjamin Van Hoorebeke : « la prise de conscience constitue la première étape vers la responsabilisation. »  Partenaire de Tara Méditerranée, Surfrider sera présente lors de l’escale de la goélette à Nice, dans 10 jours. Une belle occasion de jouer les agitateurs de consciences et de sensibiliser le grand public à ces problématiques de pollutions.

Noëlie Pansiot

Tara en rodage avant les premiers protocoles en mer

Interview du capitaine Samuel Audrain

«Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles» 

Depuis une semaine, c’est l’effervescence à bord : le téléphone du capitaine n’arrête pas de sonner, l’équipage attend des livraisons, les groupes de visiteurs se relaient sur le pont à l’occasion de cette escale toulonnaise… Dans l’atelier situé en cale arrière, fief du chef mécanicien Martin Hertau, on effectue des réglages au niveau des étambos. Paul Dufay, stagiaire électronicien débrouillard, optimise le câblage du tableau électrique. Il faut donc procéder aux derniers achats et trouver les pièces nécessaires aux petites réparations. Et c’est François Aurat, officier de pont, qui gère la liste des courses : vessie d’hydrophore, tuyauterie pour le laboratoire sec, pince ampèremétrique, bâton de cyalume… Tous les membres de l’équipage s’activent pour préparer le bateau et ne rien laisser au hasard pour l’expédition. Samuel Audrain, capitaine, revient sur cette escale.

Tara est en escale à Toulon depuis une semaine, sur le quai d’honneur. L’équipage a accueilli près de 1000 visiteurs en seulement trois jours. En dehors des horaires de visites, que s’est-il passé à bord ?

Je suis arrivé récemment sur le bateau et cette escale nous a permis de mettre les bouchées doubles pour terminer les préparatifs du bateau. Nous sommes encore à portée des fournisseurs français que nous connaissons, il nous est donc plus facile de commander des pièces. Nous devons anticiper pour les sept mois d’expédition à venir.

Nous avons fait un point sur la sécurité et testé toutes les vestes de flottabilité individuelles. Nous faisons en sorte de partir avec tout le matériel nécessaire. Du côté des machines, au niveau motorisation, nous avons toujours des choses à suivre, c’est du quotidien.

Nous partons en Méditerranée et il va faire chaud, nous cherchons donc des ventilateurs. Bref, toutes ces petites choses prennent du temps. Hier, des techniciens sont intervenus à bord pour vérifier la climatisation qui se trouve dans le carré. Notre escale à Nice, qui sera aussi longue que celle-ci, nous permettra de terminer cette mise en place. Il nous faut avancer tous les jours et ne pas attendre le dernier moment. Le tout en accueillant des visiteurs : grand public ou scolaires, comme hier. Mais je trouve ça super sympa de lancer l’expédition et de pouvoir partager notre expérience avec le public lors des escales.

Des scientifiques sont arrivés à bord, qui sont-ils ?

Depuis quelques jours, Hervé le Goff, ingénieur au CNRS, se charge de réarmer le laboratoire sec (à l’intérieur de Tara) pour cette mission Méditerranée. Jean-Louis Jamet, coordinateur scientifique de l’étape et professeur de l’Université de Toulon, vient d’embarquer. Il est en relation avec Gaby Gorsky, directeur scientifique du projet TaraMedPlastic, qui a réfléchi en amont à tout notre programme scientifique. Nous discutons tous ensemble de la mise en place des protocoles de collecte de données et d’échantillonnage.

Bref, beaucoup de choses sont en train de se caler et il est vrai que cette escale était assez intense. Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles, avec cette volonté d’être efficaces dès les premières sorties en mer, c’est à dire du 2 au 9 juin.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

L’expédition Tara Mediterranée 2014

Après plus de quatre ans à naviguer autour de la planète et en Arctique, Tara réalise une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Elle comportera à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée et un volet scientifique sur le  plastique.

450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Par ses caractéristiques géographiques et climatiques, la Méditerranée abrite aussi près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan. Aujourd’hui ses mégapoles sont saturées, la Méditerranée concentre 30% trafic maritime mondial, les difficultés liés aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question. Il est donc urgent d’avancer vers des solutions concrètes comme l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable ou la création d’Aires Marines Protégés préconisées depuis des décennies par la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU ainsi que par l’Union Européenne.

Cette expédition, la dixième pour Tara depuis 2003, sera l’occasion pour Tara Expéditions de promouvoir les efforts d’associations locales et régionales sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer quasi fermée.

Une étude scientifique sera menée à bord de Tara sur le plastique, par l’Université du Michigan aux Etats-Unis et le laboratoire de Villefranche-sur-mer (CNRS) en France. L’accumulation de débris plastique dans la nature est « l’un des changements récents le plus répandu et durable sur la surface de notre planète » et l’une des grandes préoccupations environnementales de notre temps. Pourtant nous connaissons trop peu de choses sur ce qu’il advient de ces plastiques et sur leurs rôles dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète.

Pour combler cette lacune, les scientifiques réaliseront une mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. Elle quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer, et explorera les dynamiques et la fonction des communautés microbiennes qui vivent sur le plastique – ce dernier sujet étant quasiment inexploré.

Plus d’informations sur le programme scientifique de l’expédition Tara Méditerranée

Une exposition itinérante et des films seront aussi partagés avec les publics rencontrés. Nous recevrons également des classes à bord lors des différentes escales. Et des artistes seront accueillis en résidence sur Tara pendant toute la durée de l’expédition.

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia, Serge Ferrari, IDEC, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone.

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement

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Résidences d’artistes pendant l’expédition Tara Méditerranée


Tara Expéditions organise des missions scientifiques, artistiques et éducatives avec le voilier d’exploration Tara. A l’image des expéditions du XIXème siècle, scientifiques et artistes se côtoient sur Tara pour partager une même expérience.

En 2013 à l’occasion des 10 ans de Tara Expéditions, l’exposition collective Tara 10 ans, 20 regards d’artistes avait déjà réuni sur les murs de la maison agnès b. le travail d’une vingtaine d’artistes embarqués à bord du bateau. Pour 2015, une nouvelle exposition se prépare, cette fois à la Base Tara, suite à l’expédition Tara Méditerranée 2014.

agnès b., propriétaire et mécène de Tara mais aussi galeriste, styliste et collectionneuse depuis 30 ans, soutient les artistes à travers sa Galerie du Jour à Paris et sa collection d’art. C’est ainsi naturellement qu’elle invite régulièrement, avec Etienne Bourgois, des artistes à bord de Tara. Leur présence à bord devient ainsi une manière de sensibiliser à l’environnement autrement, à un public plus large. Dans ce cadre, un comité de sélection s’est réuni cette année pour choisir parmi les nombreuses candidatures, des projets pour des résidences à bord de 2 à 3 semaines pendant Tara Méditerranée.

10 artistes de 4 nationalités différentes ont été sélectionnés pour poser leur regard sur l’expédition :
- Yoann Lelong (vidéo) des Embiez à Monaco
- Spencer Lowell (photo et vidéo) d’ Antibes à Cala Gonone
- Carly Steinbrunn (photo) de Cala Gonone à Athènes
- Lorraine Féline  (vidéo) de Cala Gonone à Athènes
- Emmanuel Régent (dessin et installations) d’Athènes à Tel Aviv
- Christian Revest (peinture et gravure) de Haifa à Bizerte
- Lola Reboud (photo/ vidéo) de Bizerte à Marseille
- Katia Kameli (vidéo) d’Alger à St Tropez
- Sylvain Couzinet Jacques (photo 3D) de St Tropez à Calvi
- Malik Nejmi (photo / film)    de Genes à Tanger

Début 2015, une exposition collective de ces artistes sera donc organisée à la suite de l’expédition Tara Méditerranée à la Base Tara, le nouveau espace de Tara Expéditions. D’une surface de 400m2 sur le Port de l’Arsenal à la Bastille (11 boulevard Bourdon, dans le 4e arrondissement de Paris) il accueillera librement également des projections, visites et conférences à partir du 2 juin 2014.
Une première exposition réalisée par les élèves de l’école des Arts Déco y sera présentée jusqu’au 26 juin : Le monde secret du plancton. Cliquez ici pour plus d’informations

Les enjeux environnementaux en Méditerranée

LES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX EN MÉDITERRANÉE

Le développement urbain et industriel pose aujourd’hui des nombreux défis de gestion de la Méditerranée notamment sur la gestion des déchets et des pollutions, à plus de 90 % d’origine terrestre. S’ajoute au défi de la diminution de la pollution, la bonne gestion du transport maritime, de l’exploration d’hydrocarbures, de la pêche industrielle et du tourisme, éléments essentiels dans les efforts en cours pour une Méditerranée en bonne santé écologique.

Il est également important de soutenir la création et la gestion de zones protégées pour restaurer les écosystèmes les plus touchés, soutenir les stocks de poissons et pour préserver certaines espèces en danger. Au delà des cris d’alarme et d’un simple constat, nous voulons promouvoir les solutions et l’innovation pour les plastiques du futur et les faire avancer concrètement dans les processus politiques en cours dans les sphères régionales, nationales et internationales.

POUR STIMULER LE DÉBAT : QUELLES SOLUTIONS?

> Réduction de la pollution à la source : éducation, recyclage, promotion de l’économie circulaire.
> Gestion intégrée des bassins versants : nettoyage des canaux et rivières.
> Écologie des emballages : responsabilité des producteurs.
> Bioplastiques : biosourcés, biodégradables, oxofragmentables. Quels types ? Quels impacts réels et lesquels sont une vraie solution ?
> Réduction de la pollution chimique à la source : réglementations internationales.
> Recherche et innovation : plastique et micro-organismes, quels organismes pourraient dégrader quel type de plastique ?
> Interdiction du sac plastique à usage unique : la France peut montrer l’exemple dans ce domaine. L’Europe a déjà adopté en mai 2014 un texte fixant des objectifs de réduction des sacs plastiques à usage unique par les pays membres. Tara considère ce texte comme une avancée mais elle est insuffisante.

DEUX FORMES DE POLLUTION PLASTIQUE EN MER

> DÉCHETS ET DÉBRIS PLASTIQUES : Bouteilles, bouchons, morceaux… Environ 6 millions et demi de tonnes de déchets sont déversées par an dans les océans et les mers du monde dont 80 % sont en plastique, soit 206 kilos par seconde…

> MICROPLASTIQUES (- 5MM) : granulés, billes, microbeads, fibres textiles… Une pollution complexe, invisible et difficile à traiter. Alors que les macro-déchets impactent directement les poissons et oiseaux marins, les microplastiques ont un impact sur les micro-organismes marins et donc sur toute la chaine alimentaire.

LA MÉDITERRANÉE EN CHIFFRES

> 450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains.
> De 1970 à 2000, en 30 ans, la population d’ensemble des pays riverains a cru fortement de 285 millions à 427 millions d’habitants. Avec deux phénomènes collatéraux: la littoralisation et l’urbanisation.
> La Méditerranée abrite près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan.
> On recense aujourd’hui 925 espèces invasives en Méditerranée dont 56% sont pérennes selon une étude menée par le Plan Bleu (UNEP).
> La Méditerranée concentre 30% trafic maritime mondial au passage du canal de Suez.
> Il existe une soixantaine de plateformes côtières d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en Méditerranée.
> On estime que 90% de la pollution de la Méditerranée vient de la terre.
> La région méditerranéenne est la région touristique la plus importante du monde ; elle attire environ 30% du tourisme international.

Une soirée à bord avec le cœlacanthe

Laurent Ballesta, Thibault Rauby et Florian Holon, d’Andromède Océanologie, ont pris congé des Taranautes. Ils s’en sont allés vers de nouvelles aventures : en Polynésie pour l’un, en Corse pour les autres. La destination importe peu, tant qu’il y a des profondeurs à explorer.

Les marins ont côtoyé les trois équipiers plongeurs pendant plusieurs jours et « l’effet Tara » semble avoir une fois de plus opéré : une certaine convivialité s’est installée au fil des jours. Deux semaines agréables, durant lesquelles l’équipage a entendu parler de recycleurs au mélange trimix, d’équipements de plongée pointus dont on ne retient pas le nom, de caissons photos, d’interminables paliers de décompression, de coralligène…

Des soirées pendant lesquelles Laurent leur a conté des histoires : celles d’Ushuaia, tout d’abord. C’est lors d’un repérage pour cette émission qu’il est monté à bord de Tara pour la première fois, en 2005. Des souvenirs de plongée, bien sûr. Son histoire : celle de sa rencontre avec un poisson mythique en Afrique du Sud, à plus 120 mètres sous le niveau de la mer, lors de l’expédition Gombessa. « Mon Stargate à moi » comme il aime l’appeler. « Un voyage spatio-temporel » qui allie des plongées extrêmes et la rencontre surréaliste d’un dinosaure des mers : le cœlacanthe. Une espèce redécouverte en 1938, alors que les scientifiques la croyaient disparue depuis 70 millions d’années.
 
Laurent est parti en laissant un souvenir aux Taranautes : le livre tiré de l’expédition. A la demande du capitaine, Samuel Audrain, juste avant de débarquer, il le dédicaçait : « Au gens du Tara, parce que derrière toute aventure scientifique, il y a d’abord des gens qui rêvent. Bienvenue dans mon rêve ! ». 
Le trio Florian, Thibault, Laurent n’a cessé d’alimenter l’imagination de l’équipage en évoquant l’exploration des canyons sud-africains et l’apparition du fameux poisson. Pas étonnant donc, que les Taranautes aient souhaité plonger à leurs côtés hier soir.

Tous ce sont installés autour du carré, ont repoussé l’heure du sommeil pour regarder le documentaire de l’expédition Gombessa. Soirée « Cinéma, cinéma, cinéma tchi tcha »  a-t-on entendu fredonner au moment de débuter le film. François Aurat a lancé ses éternels jeux de mot ; Mathieu Oriot a analysé et commenté la logistique de l’expédition. Chacun y est allé de son mot. Tous ont semblé heureux de pouvoir prolonger le séjour avec les trois plongeurs d’Andromède le temps d’une soirée.

Noëlie Pansiot

Tara Expéditions et Surfrider Foundation unis contre les déchets plastiques.

Tara Expéditions et Surfrider Foundation unis contre les déchets plastiques.

Une vingtaine de bénévoles se sont retroussés les manches, pour nettoyer les plages de Port-Cros samedi 17 mai. A l’occasion de cette « Initiative Océane », les courageux volontaires ont arpenté les plages de la Fausse Monnaie et de Port Man à la recherche d’objets indésirables. Une petite équipe de plongeurs s’est également prêtée au jeu dans la baie de Port Man.

L’équipe de Tara Expéditions s’associe aux membres de Surfrider Foundation Europe pour sensibiliser aux problèmes de pollution plastique. Comme hier, à Port-Cros, lors d’une opération nommée «Initiative Océane», imaginée par Surfrider Foundation. Ce type  d’événement constitue un outil pédagogique probant : les volontaires ont pu constater la pollution par eux-mêmes. De nombreux détritus dérivent jusque sur les plages de Port-Cros, un site pourtant protégé et régulièrement nettoyé par les agents du Parc National.

Une fois le ramassage terminé, les participants se sont retrouvés sur la rade de Port-Cros pour procéder à un véritable inventaire par le tri. Le plastique a malheureusement été classé en tête des déchets les plus abondants : une heure de collecte a suffi pour remplir un sac de 100 litres de détritus plastiques en tous genres. Parmi lesquels figuraient d’improbables bâtonnets : 200 résidus de cotons tiges.

Marion Lourenço, membre de la fondation et accompagnatrice du groupe, explique : «  En fait, les gens les jettent dans les toilettes. C’est un geste complètement incongru ! » Et la présence de ces bâtons n’a rien d’exceptionnel, puisque « 80% des déchets que l’on retrouvent sur nos plages provient des terres ». Les déchets voyagent de l’amont vers l’aval, une longue course fluviale qui prend fin dans les océans. Ce phénomène, les Taranautes le connaissent bien, ils ont pu l’observer à chaque expédition. En janvier 2011, une étude menée à bord révélait même la présence de plastiques dans les eaux antarctiques.

Cette année, avec l’expédition Tara Méditerranée,  les scientifiques embarqués sur la goélette essaieront de mieux comprendre quels sont les impacts de ce plastique sur l’écosystème méditerranéen. Et plus précisément l’impact des micro-plastiques, de très fines particules qui voguent au gré des courants marins en quantité colossale. Les chercheurs essaieront de collecter, quantifier et qualifier ces micro-fragments.

Face à cette problématique, Marion de Surfrider Foundation nous rappelle que le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Il faut donc faire appel à la règle des 4 R : refusons, réduisons, réutilisons et recyclons !

Noëlie Pansiot

Port-Cros, île isolée où le ravitaillement est indispensable

Vivre à bord de Tara, c’est un peu comme vivre sur une île, comme à Port-Cros : il faut veiller à ne pas gaspiller l’eau. Un réflexe que les Port-Croisiens connaissent bien, véritables gardiens des 7 km2 de terres émergées qui constituent l’île.

Parmi eux : Noël Laurent, Belge d’origine, est arrivé sur l’île pour deux mois en 1972 et n’en est jamais reparti. Cet employé de mairie à la retraite surveille toujours le précieux stock d’eau potable de Port-Cros. Quatre forages permettent d’alimenter les vingt habitants de l’île, mais ne suffisent plus dès le mois de mai, lorsque les premiers visiteurs débarquent en nombre. « Ici, on prélève un peu dans la lentille d’eau douce », explique Noël. « Lorsqu’on exploite cette lentille, si on prélève plus d’eau qu’il n’en tombe du ciel, elle peut se remplir d’eau de mer. C’est pour ça qu’on fait très attention, pour ne pas que le biseau salé pénètre sous l’île. »

Au fil des années, depuis la création du Parc National en 1963, beaucoup de choses ont changé à Port-Cros. L’île s’est dotée d’une station d’épuration, soigneusement cachée dans la colline ; les déchets ne sont plus brûlés sur place mais acheminés sur le continent. Port-Cros s’est donné les moyens pour trouver des solutions en accord avec son ambition de Parc National. Toutefois, une chose reste inchangée : la problématique de l’eau potable.

« Nous sommes toujours obligés de faire venir de l’eau en bateau », souligne Hervé Bergère, chef de secteur du Parc National. « Nous avons essayé l’usine de dessalement, Port-Cros a été l’un des premiers à le faire, mais nous nous sommes aperçus qu’il y avait un impact négatif sur l’environnement, à cause des rejets de produits chimiques qui servent à nettoyer la station. »

La lourde tâche du ravitaillement en eau potable est donc confiée au Saint Christophe, un bateau citerne qui dessert les îles de Port-Cros et Porquerolles. Lorsqu’il arrive à quai, c’est Noël qui supervise l’opération : « Les aller et venus de la barge varient selon la saison ». Tous les deux mois lorsque la poignée d’irréductibles Port-Croisiens affrontent l’hiver et l’isolement, et tous les quatre jours en été. En haute saison, l’île peut accueillir jusqu’à 2000 visiteurs par jour et 1500 plaisanciers, des visiteurs souvent gourmands en eau potable.

Bien rempli à son arrivée au port, le Saint Christophe allège ses larges flancs à l’aide de grands tuyaux et déverse près de 400 tonnes d’eau potables, soit 20 semi-remorques. La barge s’amarre à quai au petit matin et y reste jusqu’à ce que sa cale soit vide. Signe qui ne trompe pas : au fil des heures son pont remonte de plus en plus au-dessus du niveau de la mer.

« C’est un gros pinardier, précise Noël, des bateaux comme ça il y en avait beaucoup dans le temps, mais maintenant il n’y en a plus dans le coin. Je crois qu’actuellement, s’il tombe en panne, ça va être difficile de trouver un bateau pour nous dépanner. Entre Marseille et l’Italie je ne pense pas qu’il y en ait d’autres. Ou alors on tombe sur de gros bateaux de la marine mais ils ne peuvent pas venir ici, dans le port. »

Dépendant du Saint Christophe, les habitants de Port-Cros savent qu’il ne faut prélever que le juste nécessaire, ne pas gaspiller pour être à l’abris. C’est d’ailleurs ce qui plait tant à Noël, voilà pourquoi il n’a jamais quitté l’île au quatre forts : « Ici la vie est spéciale, elle est rude en hiver, il faut donc être capable de prendre ses responsabilités. »

Noëlie Pansiot, correspondante de bord.

Interview de Florian Holon d’Andromède

Interview de Florian Holon : “Il s’agit d’un habitat que nous n’avions encore jamais observé en Méditerranée française.”

A l’issue de leur cinquième journée d’exploration dans le parc marin de Port Cros, l’équipe d’Andromène est remontée à bord de Tara avec le sourire. Florian Holon, Laurent Ballesta et Thibault Rauby se disent satisfaits du déroulement de leur mission. C’est avec enthousiasme que Florian est revenu sur le déroulement de cette journée de plongée un peu atypique.

Comment se déroule votre mission ?

La mission se passe très bien, nous bénéficions d’un temps magnifique, ce qui nous avantage beaucoup et nous permet de travailler en continu, en réalisant deux à trois plongées par jour. Nous avions un programme d’une vingtaine de plongées et nous en avons déjà effectué 8, presque la moitié. Nous avons plongé dans les zones les plus exposées, où il peut y avoir du vent. La météo annonce du mistral dans les prochains jours, nous avons donc gardé quelques plongées du côté abrité, ce qui nous permettra de continuer à travailler malgré des conditions moins clémentes.

Qu’avez-vous observé dans les profondeurs du parc national marin ?

Nous avons exploré des sites très divers : nous sommes allés à Port Cros et autour de l’île du Levant, nous avons exploré le nord et le sud des îles et ça n’a strictement rien à voir. Entre le nord, vers la baie de Hyères, et le sud plus au large, on ne trouve pas les mêmes courants, pas les mêmes sédimentations au fond, et du coup on observe des choses très différentes. Aujourd’hui, nous avons couvert une zone située très au large de l’île du Levant, le Banc du Magaud, qui abrite une série d’affleurements rocheux sur la zone des -80 à -75 mètres. Il s’agit d’un habitat que nous n’avions encore jamais observé en Méditerranée française, pourtant nous commençons à avoir un peu d’expérience sur ce type de plongées. C’était donc une journée très sympa !

Ce que nous avons découvert sur place, ce sont des forêts de laminaires, et on peut vraiment appeler ça des forêts. On a plutôt l’habitude de trouver ces algues en Bretagne, même s’il ne s’agit pas de la même espèce : ici il s’agit de Laminairia rodriguezii, qui mesure environ un mètre de long. Nous en avons observé une tous les mètres, ce sont des laminaires profondes, donc visibles à -75 mètres et plus. Nous en avions déjà vus à Bonifacio il y a peu de temps, ainsi qu’en Tunisie, mais c’était sans commune mesure avec ce que nous avons découvert aujourd’hui. Il y en avait à perte de vue, en grande densité. Cette zone est traversée par de forts courants, nous étions avec des scooters sous-marins très puissants, à vitesse maximale, mais c’est à peine si nous parvenions à avancer à contre-courant. Il y avait une luminosité importante, une très belle lumière, et toutes ces laminaires prenaient des formes tortueuses, un peu comme les arbres de la côte qui forment des circonvolutions en fonction des vents et des vallons où ils se trouvent. Il y avait des laminaires à perte de vue, avec des formes assez bizarres. Nous savions qu’il était possible de tomber sur ces algues, mais c’est une véritable surprise d’en avoir vu autant et qu’elles soient aussi belles.

Après, ce qui est intéressant c’est de voir toute la flore et la faune associée et c’est ce que nous allons étudier au niveau scientifique. Nous avons réalisé un inventaire photographique des espèces observées dans ces algues. C’est une partie du travail très intéressante, car cela n’a jamais été observé.

Vous semblez satisfait de cette journée ?

Je suis très heureux de ma journée ! Nous avons été sur des sites qui n’ont jamais été explorés, qui sont pourtant juste à côté de nos côtes et c’est ça qui nous plait aussi dans ces plongées. Nous avons le sentiment d’explorer des zones marines sans avoir besoin de partir à l’autre bout du monde. Nous sommes en face de Hyères, de Port Cros et finalement ces roches profondes ont encore plein de choses à nous faire découvrir alors que nous sommes juste à quelques minutes en bateau du littoral de la région PACA.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Tara accueille trois plongeurs émérites

Tara accueille trois plongeurs émérites

Laurent Ballesta, Florian Holon et Thibault Rauby, qui forment une partie de l’équipe d’Andromède, sont connus pour leurs explorations à des profondeurs vertigineuses. L’utilisation de recycleurs à gestion électronique de mélange, alliée à une maîtrise de la plongée sous-marine, leur permettent de sillonner des zones méconnues à -70 mètres et plus. Venus étudier les profondeurs du Parc National de Port-Cros pendant 15 jours, les plongeurs travaillent en étroite collaboration avec l’équipage de Tara.

La goélette leur sert de plateforme logistique pour se tenir au plus près des sites d’étude. Si les conditions météorologiques le permettent, ils devraient explorer une vingtaine de zones, à raison de deux plongées profondes quotidiennes. Laurent Ballesta, biologiste et photographe sous-marin, nous présente cette mission.

Quelles sont les attentes du Parc National pour cette mission ?

L’idée est d’explorer toutes les zones profondes, parce que ce sont des zones que le Parc National de Port-Cros connait assez mal, qui n’ont été explorées qu’avec des robots, donc pas de façon poussée. Nous avons d’abord effectué un travail avec un sonar latéral, des sonars multi-faisceaux, pour découvrir des pierres isolées au large, ce qui nous a ensuite permis de déterminer les endroits qui méritent d’être explorés en plongée profonde. Florian Holon, collègue et plongeur, a effectué tout ce travail en amont : il a déterminé ce qui semblait être des zones remarquables. Ici, on est souvent dans des fonds meubles, de sable ou de vase, et puis tout à coup il y a une pointe rocheuse qui est là, plus ou moins grande, et ça mérite d’y aller. Florian a déterminé une vingtaine de sites autour de Port-Cros et de l’île du Levant, qui semblent intéressants à découvrir.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces fameuses plongées profondes ?

Nous utilisons un recycleur électronique, nous plongeons avec des gaz à base d’hélium pour moins souffrir de l’ivresse des profondeurs et pouvoir rester longtemps au fond. Ce que nous réalisons à Port-Cros, c’est véritablement un travail d’observation naturaliste et d’illustration. Les responsables du Parc National aimeraient, par exemple, savoir si certains sites abritent du corail rouge en quantité importante. Ils souhaitent savoir quelles espèces remarquables ou emblématiques sont présentes dans le Parc National.

Que pouvez-vous observer lors de ces plongées ?

Du coralligène. Le coralligène est un écosystème méditerranéen, qui se développe en moyenne vers -40 mètres et jusqu’à une centaine de mètres de profondeur.
On connaît bien la roche infralittorale à algues photophiles, ainsi que l’herbier de Posidonie, mais c’est au-delà de -30 à -40 mètres de profondeur, que se développe le coralligène, qui est un assemblage de très grands nombres d’espèces.

Des espèces qui ont souvent la caractéristique de fabriquer du calcaire, de fabriquer leur propre support en quelque sorte. Il s’agit d’une roche biologique. Lorsque nous descendons sur ces massifs coralligènes, il y a souvent une roche mère (un granite, un calcaire), qui est suivi d’un encroûtement pouvant parfois mesurer plusieurs mètres de haut. Il s’agit en fait d’une roche biologique fait d’agrégats d’algues calcaires, de vers, de coraux, etc. Ainsi que d’autres organismes qui, au contraire, se nourrissent de toute cette roche biologique, ce qui fait quelque chose de très chaotique, de très alvéolaire et c’est sans doute l’écosystème de Méditerranée le plus diversifié. On a longtemps dit que c’était l’herbier de Posidonie parce que c’était celui qu’on étudiait, parce qu’il était moins profond et plus facile d’accès. Mais maintenant que nous avons les moyens de plonger à ces profondeurs là, il y a tout un nouveau domaine de recherche qui s’ouvre aux chercheurs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Romain Troublé : « Tara Méditerranée va être riche en science, riche en rencontres avec le public, mais aussi avec des associations qui s’engagent »

Romain Troublé : «Tara Méditerranée va être riche en science, riche en rencontres avec le public et avec des associations qui s’engagent»

A l’occasion de la première escale de la goélette à Port-Cros (Var), Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, revient sur les objectifs de Tara Méditerranée : une aventure circumméditerranéenne de 16 000 km.

Pour sa dixième expédition, Tara navigue en Méditerranée, un lieu cher aux Français. Quel est l’enjeu de cette expédition ?

L’enjeu consiste à poursuivre les recherches sur le plastique que nous avions commencées en 2011 pendant l’expédition Tara Oceans. Cette expédition sera dédiée aux problématiques des pollutions aux plastiques en Méditerranée. Pour l’équipe, les mois à venir seront aussi l’occasion de sensibiliser le public : expliquer d’où vient le plastique, comment il arrive en mer…

Pourquoi aborder cette problématique ?

Cela fait pas mal de temps que les scientifiques impliqués dans nos expéditions observent la présence de plastiques dans toutes les mers du globe. Le plastique est partout ! La goélette a traversé le fameux gyre du Pacifique dont on entend beaucoup parler : le « continent de plastique ». Nous nous sommes donc dit qu’il serait intéressant de consacrer une expédition à ce sujet important. Nous souhaitons contribuer à la recherche, dans le bassin occidental, ainsi que dans le bassin oriental qui a très peu été étudié.

C’est une problématique qui touche tout le monde ; tous les pays riverains du bassin méditerranéen sont concernés, tous ont un impact. Et ce n’est pas parce qu’il y a du plastique au large des côtes françaises, qu’il s’agit de plastique français. La Méditerranée constitue un véritable bouillon de courants, ce qui signifie que les plastiques issus du Maroc arrivent sur le littoral français, que ceux de France se retrouvent en Italie et ainsi de suite.

Les recherches menées par les scientifiques à bord, vont également s’intéresser à l’interaction de ce plastique avec notre chaîne alimentaire, avec le premier maillon de cette chaîne : le plancton. Voilà quatre ans que les scientifiques qui collaborent avec Tara étudient le plancton. Nous allons donc continuer à nous intéresser au plancton et à son interaction avec le plastique.

En quoi cette expédition est-elle novatrice ?

La problématique du plastique touche tout le monde au quotidien. Le plastique c’est ce que nous mettons à la poubelle tous les jours, ce que nous consommons, c’est notre rapport à la consommation.

Cette année, Tara est près de chez nous, en Méditerranée ; le bateau navigue sur notre mer, nous nous y sommes tous baignés lorsque nous étions enfants.

Et puis la Méditerranée est une mer fermée. Elle constitue donc un enjeu majeur, car si  nous parvenons à la gérer dans un futur proche, en terme d’impact humain, nous parviendrons à gérer l’océan mondial. La Méditerranée subit de fortes pressions anthropiques : population croissante, trafic maritime, tourisme, pêche…
Cette expédition nous permettra de pointer du doigt des enjeux très sérieux comme l’importance des systèmes d’assainissement, l’éducation des populations au tri des déchets, etc.

On dit souvent que la mer Méditerranée se meurt, mais certains scientifiques soulignent qu’elle n’a jamais été aussi productive, que beaucoup de grands prédateurs et de cétacés y viennent toujours. A travers cette expédition, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice et comprendre les processus qui s’y jouent.

Tara ce n’est pas uniquement de la science, c’est aussi de l’éducation, de la sensibilisation ?

Les gens font preuve d’un réel intérêt pour ce sujet, ils souhaitent en apprendre plus sur les conséquences de cette pollution : est-ce que le plastique entre dans la chaîne alimentaire et finit dans nos assiettes ? Est-ce que les molécules émanant des plastiques ont un impact sur la reproduction des organismes marins ? Existe-t-il d’autres impacts ?

Les nombreuses escales à venir nous permettrons d’inviter les gens à bord pour discuter de cette problématique : comment les sacs plastiques qui finissent par inadvertance dans la nature, terminent leur voyage en mer.

Nous voulons montrer qu’il est possible d’agir. Oui, la mer est sale, mais nous pouvons arrêter de rejeter des plastiques dedans, c’est un objectif atteignable, ce n’est pas de l’utopie. Nous parlons d’actions réalisables : éduquer les populations, mettre en place des équipements adéquats, soutenir la recherche pour trouver des plastiques vraiment biodégradables (non pas biosourcés, ni bio-fragmentables), mais des plastiques qui soient digérés par le plancton, digérés par des bactéries ou des enzymes. Il y a des entreprises qui commencent à se pencher sur ces thématiques et qui ont des idées. Il faut les encourager car il existe de forts lobbies pétrochimiques.

Le mot de la fin :

Cette expédition va être très dense : le rythme des recherches scientifiques en mer, mais aussi les nombreuses escales. Je pense que Tara est à présent connu et reconnu par le public, les gens voudront donc venir à bord, découvrir le bateau, tout au long des escales. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un beau projet, qu’il va être riche : riche en science, riche en rencontres avec le public, mais aussi avec des associations qui s’engagent, avec des bénévoles qui offrent leur temps libre et leur énergie à gérer des espaces marins. Des gens qui s’attèlent à partager leur passion pour une cause : pour la Méditerranée et pour la mer en général.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Escale de Tara à Port-Cros

Du 5 au 23 mai

Le Parc National de Port-Cros , créé en 1963, est l’un des deux plus anciens Parc Nationaux de France et le premier parc marin européen. Tara y fait escale du 5 au 19 mai avec le biologiste-plongeur Laurent Ballesta et son équipe Andromède pour étudier le coralligène.

Ce milieu particulier se développe entre 50 et 90 mètres de profondeur, là où la luminosité est faible. Ce sont des algues calcaire qui en forment la base. Lorsque l’algue meurt elle laisse une partie calcaire. Au fur et à mesure des années s’accumulent ainsi des roches calcaires qui servent de support ou de cachette à des coraux, des poissons, des oursins… Plus de 1 700 espèces ont ainsi été observées. C’est donc un milieu très riche et important pour la biodiversité de la Méditerranée.

Étant difficile d’accès il est peu étudié. Il faut, en effet, utiliser des techniques de plongée spécifiques pour pouvoir plonger à ces profondeurs. L’équipe d’Andromède qui maitrise la plongée avec des recycleurs d’air et connait parfaitement les techniques d’inventaires sous-marins a donc été mandatée pour effectuer cette étude. Tara servira de plateforme logistique au plus près des sites d’étude. Cette escale permet également à Tara Expéditions de mieux préparer la prochaine expédition corail qui se déroulera à partir de 2015 dans le Pacifique.

A Port-Cros, les objectifs des scientifiques de l’équipe d’Andromède seront :
– D’acquérir à l’aide d’outils océanographiques (sonar latéral et sondeur mulitifaisceaux) des informations sur les fonds marins afin de cartographier précisément les roches à coralligène.
– De réaliser des plongées profondes entre -40 mètres et -90 mètres sur ces roches à coralligène afin d’en préciser les faciès, d’inventorier les espèces et de décrire les pressions observées.
– De réaliser des séries de quadrats photographiques afin de renseigner le protocole RECOR pour le suivi biologique de la qualité des masses d’eau côtières.
– D’illustrer la diversité des paysages et des espèces.

La zone d’étude étant en partie en plein cœur du Parc National de Port-Cros, ces données permettront également aux gestionnaires de mieux connaitre la diversité de cet habitat, sa répartition ainsi que les pressions y agissant.

Après cette première escale à Port-Cros, la goélette poursuivra l’expédition Tara Méditerranée jusqu’en novembre 2014. Cette dixième expédition comporte à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux de développement durable de la Méditerranée et un volet scientifique sur le plastique.

Noëlie Pansiot, correspondante de bord.

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Gibraltar

Le fameux détroit est un véritable noeud au centre de quatre points cardinaux: l’Europe au nord,  l’Afrique au sud, l’Atlantique à l’ouest et la mer Méditerranée à l’est. Tara est entrée ce 25 avril en Méditerranée, son nouveau champ d’investigation pour les 7 prochains mois.

Gibraltar est aussi une ville, une enclave anglaise (depuis 1704) en Espagne, aujourd’hui une zone franche, un pied en Méditerranée pour les Anglais et un point de surveillance du trafic maritime, un rocher devenu une véritable base navale.
Quand on vient de l’Atlantique c’est d’abord Tarifa que l’on aperçoit. Un petit port  mythique pour les fanatiques de planches à voile et de kite-surf. Au vu du nombre de jours de vent frais dans l’année cette ville, nichée au bord de l’eau et au pied de collines coiffées de centaines d’éoliennes, est au cœur d’un régime de vents soufflants alternativement d’ouest en est selon la saison, un vrai ventilateur pour le bonheur des aficionados des sports de glisse.

Avec ses 40 kilomètres de long et 8 kilomètres de large entre l’Espagne et le Maroc,  le détroit de Gibraltar est un carrefour étroit où transite une grosse partie du transport maritime mondial de marchandises et de matières premières. Sa situation géographique singulière en fait aussi un lieu de trafic en tout genre, de drogue comme de clandestins.
Il représente malheureusement aussi une épreuve ultime, la dernière étape d’un odyssée effectué par des Africains qui misent  sur ce droit de passage l’argent économisé pendant des années par toute une famille pour pouvoir aborder l’Europe, l’eldorado qui cristallise les rêves de réussite et de vies meilleures. L’issue de ce voyage est souvent tragique.
Ce détroit fait figure de porte naturelle de la mer Méditerranée, aujourd’hui Tara se faufile au travers de l’effervescente activité du lieu pour effectuer sa prochaine mission cette année.

Un salut au rocher, gardien de l’entrée, Tara sort sa garde robe complète, grand-voile, misaine, yankee, trinquette et profite de l’effet venturi de Gibraltar pour glisser sur une eau plus chaude, plus salée.
Ce sont des retrouvailles pour Tara qui en 2004 et en 2009 lors de Tara Océans était déjà venue travailler sur cette mer.

Martin Hertau

Rencontre avec un requin pèlerin

Mercredi  23 Avril. Fin d’après-midi. Tara file sur sa route vers le sud, le long des côtes portugaises. La mer est belle et une petite houle berce le bateau.

Alors que nous profitons du soleil de fin de journée, Christophe Tissot aperçoit une forme dans l’eau. Il pense au départ à un globicéphale, avec une tête arrondie.  Rapidement, l’équipage sur le pont voit deux nageoires à la surface de l’eau. Un requin ? Deux requins ensembles ?

Martin Hertau, notre capitaine, prend les commandes en mode manuel du Tara et se dirige doucement vers les ailerons afin de voir de plus près ce curieux ballet aquatique.

Il s’agit en fait d’un seul requin, mais pas n’importe lequel ! Un joli requin pèlerin (Cetorhinus maximus) qui mesure autour de 3 mètres (certains peuvent mesurer jusqu’à 12 mètres). Rencontre rare. Nous observons.

En Bretagne, ce requin, inoffensif pour l’Homme, est connu pour vivre près des iles Glénan à une période de l’année. D’ailleurs, quelques jours avant notre départ on nous avait signalé la présence de l’un d’entre eux du côté de l’île de Groix…

Le requin pèlerin est un géant qui se nourrit de plancton.

Nous l’observons nager gueule ouverte juste sous la surface. Ce poisson est un véritable filet à plancton, dont le collecteur n’est rien d’autre que son estomac.

La plus grande menace actuelle pour ce requin est la pêche intensive des pays asiatiques. Néanmoins, hors de l’Asie, les activités de pêche (lorsqu’un Pèlerin s’emmêle dans un filet maillant, il y meurt ou est tué par le pêcheur) et les collisions avec les bateaux sont les facteurs qui menacent le plus les populations de Pèlerin.

Celui ci est beau avec son nez en pointe, son corps effilé, sa taille imposante et sa lenteur. Pendant quelques minutes, il est là, à quelques mètres du Tara.

Pour beaucoup d’entre nous, cette observation est une première. Ainsi, en quelques minutes, des années de travail autour du plancton (expéditions Tara Oceans, puis Tara Oceans Polar Circle) prennent tout leur sens. Des animaux sont directement dépendants du plancton, le requin pèlerin en fait partie… Il est important de comprendre la base de l’écosystème marin pour mieux comprendre la vie des espèces dépendantes du plancton.

Mathieu Oriot, officier de pont à bord de Tara

Un prochain départ de Tara pour la Méditerranée

Samedi 19 avril à 11h, la goélette Tara a quitté Lorient, son port d’attache, pour une expédition de sept mois en Méditerranée. Son équipage mènera des études sur le plastique et sensibilisera sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée.

450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Par ses caractéristiques géographiques et climatiques, la Méditerranée abrite aussi près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan.

Aujourd’hui ses mégapoles sont saturées, la Méditerranée concentre 30% du trafic maritime mondial, les difficultés liées aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question. Il est urgent d’avancer vers des solutions concrètes comme l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable ou la création d’Aires Marines Protégées préconisées depuis des décennies par la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU ainsi que par l’Union Européenne.

Cette mission Tara Méditerranée comportera plusieurs volets, en particulier :

 1.     Une étude scientifique sur le plastique en mer sera menée à bord, coordonnée par le Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-Mer (Université Pierre et Marie Curie et CNRS) en France et l’Université du Michigan aux Etats-Unis, en collaboration avec l’Université de Bretagne-Sud et d’autres universités en France.

2 .     Un volet de sensibilisation pour promouvoir les efforts d’associations locales et régionales (2) sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer quasi fermée avec en particulier :
- La promotion des Aires Marines Protégées en collaboration avec le MedPAN, réseau des Aires Marines Protégées en Méditerranée
- La promotion des solutions pour la réduction des déchets
- Le partage des premières analyses en Méditerranée obtenues de l’expédition Tara Oceans (2009-2012).

Durée : 7 mois dont 115 jours en mer et 115 jours en escale
Nombre d’escales : 22
Nombre de pays visités : 11
Distance à parcourir : 16 000 kms
L’équipe à bord est constituée de 5 marins, 2 scientifiques, 1 correspondant d’expédition et 1 artiste

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement.

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, IDEC, Carbios, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone.

Découvrez la carte de l’expédition

Cliquez ici pour découvrir les temps forts et les dates des escales

La science de l’expédition Tara Méditerranée

L’expédition Tara Méditerranée, de mai à novembre 2014

Après plus de quatre ans à naviguer autour de la planète et en Arctique, Tara réalisera une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Elle comportera à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée et un volet scientifique sur le  plastique.

Une étude scientifique sera menée à bord de Tara sur le plastique, par l’Université du Michigan aux Etats-Unis et le laboratoire de Villefranche-sur-mer (CNRS) en France. L’accumulation de débris plastique dans la nature est « l’un des changements récents le plus répandu et durable sur la surface de notre planète » et l’une des grandes préoccupations environnementales de notre temps. Pourtant nous connaissons trop peu de choses sur ce qu’il advient de ces plastiques et sur leurs rôles dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète.

Pour combler cette lacune, les scientifiques réaliseront une mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. Elle quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer, et explorera les dynamiques et la fonction des communautés microbiennes qui vivent sur le plastique – ce dernier sujet étant quasiment inexploré.

Plus d’informations sur le programme scientifique de l’expédition Tara Méditerranée

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement

Découvrez la carte de l’expédition

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LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, IDEC, Carbios, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone..

Concours Libé Apaj 2014 : Tara entre dans la course

Nouveauté cette année, un des vainqueurs du concours sera invité à bord du bateau pour trois semaines d’expédition-reportage entre Marseille (29 septembre) et Naples (9 octobre).

Ce concours comporte quatre catégories : texte, carnets de voyage, photos et son.
Le thème de cette année est “Sur la route et les chemins”. Un programme a priori iterrestre qui n’empêchera pas l’un des lauréats de prendre le large à la rentrée à bord du célèbre voilier.

Cette année, Tara quitte les mers du pôle pour la Mediterranée où il naviguera pour une expédition scientifique et de sensibilisation, d’avril à décembre 2014.

Le 29 septembre, un des vainqueurs du concours, désigné en juin par un jury présidé par Erik Orsenna, obtiendra le prix Tara et montera à bord pour trois semaines de mer.
Il partagera la vie et les travaux de l’équipage et nous contera son odyssée, au jour le jour, dans un blog qui sera relayé sur Libévoyage, le site de Tara, le site Apaj etc… A son retour, il rédigera un texte qui sera présenté sous forme de livre numérique lors de la remise des prix de décembre chez agnès b.

Toutes les infos  sur le concours afin de participer à cette nouvelle aventure exaltante.

Fabrice DROUZY

Le temps des découvertes

Le temps des découvertes

Tara Arctic
(2006-2008) et Tara Oceans (2009-2012) font figure d’expéditions majeures saluées par la communauté scientifique.

En sciences, la collecte des données n’est que la partie immergée de l’iceberg, qui précède une longue période d’analyse, de confrontation avec d’autres études, de recherches complémentaires, avant d’aboutir à la rédaction d’un article scientifique. Au final, cette publication ne pourra « officialiser » une éventuelle découverte que bien longtemps après le début des recherches. « Lorsque la phase de collecte des données est restreinte, cela prend quelques années, explique Éric Karsenti, directeur de recherche au CNRS et à l’EMBL et directeur scientifique de Tara Oceans, mais pour des projets d’une telle ampleur, tout se déroule à une autre échelle. »

Tara Oceans, le plancton livre peu à peu ses secrets.

En 2013, quatre ans après le début de cette dernière expédition (avec notamment le CNRS, le CEA et l’EMBL), huit publications scientifiques ont déjà vu le jour. Celles-ci permettent déjà d’entrevoir la multitude d’enseignements que nous pourrons tirer de Tara Oceans. Un de ces articles révèle ainsi les relations entre certains virus et d’autres organismes planctoniques. « C’est la première publication qui montre comment utiliser les données de Tara pour découvrir des interactions entre ces différents organismes, se félicite Éric Karsenti. C’était l’un des points qui nous tenaient à cœur : comprendre qui vit et avec qui dans les océans ». Pour saisir l’ampleur des découvertes à venir, il faut savoir que cette étude portait sur 17 échantillons récoltés durant l’expédition… Tara Oceans en a rapporté près de 28 000. Des premiers résultats prometteurs qui ne concernent qu’un des multiples domaines de recherche liés à Tara Oceans. Telle publication détaille par exemple une nouvelle méthode d’analyse de la diversité bactérienne des échantillons récoltés, quand telle autre décrit une nouvelle espèce de corail découverte aux îles Gambier. Si ces articles parus ces derniers mois se limitent à des sujets bien précis, c’est que le travail d’analyse des données est loin d’être fini. Rien que le séquençage de tous les échantillons récoltés devrait prendre deux à trois ans. « Nous travaillons actuellement sur une publication traitant de la diversité globale et locale des eucaryotes*, comment elle diffère selon les régions, confie Éric Karsenti. Une autre étude à paraître proposera un catalogue mondial des gènes bactériens. »

En attendant, il faudra se « contenter » aujourd’hui des résultats préliminaires : il existerait plus d’un million d’espèces de protistes**, alors que les estimations, avant Tara Oceans, tournaient autour de 100 000. Au niveau du séquençage effectué sur 28 des 153 stations de prélèvements, les échantillons de protistes révèlent 85 % de séquences d’ADN inconnues. En marge de ces études menées par les équipes du projet Tara Oceans, une multitude de nouvelles recherches pourraient bien s’entamer dans les années à venir.

Le projet Oceanomics*** lui a déjà commencé. Ce projet s’appuie sur les milliers d’échantillons et données récoltés lors de l’expédition Tara Oceans. Données qui seront structurées puis utilisées pour comprendre la nature et le fonctionnement de la biodiversité planctonique planétaire, et extraire à terme certains composés bioactifs planctoniques prometteurs dans les domaines d’application des biocarburants ou de la pharmaceutique par exemple.

D’ici la fin de l’année, les premières données seront mises en ligne à disposition de la communauté scientifique. « C’est sûrement l’achèvement le plus important d’une telle expédition, reprend Éric Karsenti. C’est un peu comme une bibliothèque, les chercheurs du monde entier pourront travailler sur les échantillons de Tara Oceans, sans que nul ne sache ce qu’il en sortira. »

Tara Arctic, comprendre pour mieux prévoir

La dérive arctique de Tara, réalisée de 2006 à 2008, a déjà donné naissance à plus d’une vingtaine de publications scientifiques. « La quantité d’informations qui a été analysée est déjà considérable, estime Jean-Claude Gascard, directeur de recherche au CNRS qui a coordonné le programme scientifique de Tara Arctic et le programme de recherche DAMOCLES. Les éléments récoltés durant l’expédition vont servir de référence sur un système arctique en profonde transformation, et je ne serai pas étonné que dans dix ans, on publie encore sur ces données ». Le premier résultat majeur de Tara Arctic, qui a donné lieu à plusieurs publications, a été le déroulement même de l’expédition. La dérive, prévue au départ sur 1 000 jours comme le Fram plus d’un siècle auparavant, a été bouclée en seulement 500 jours, révélant ainsi l’accélération de la dérive des glaces arctiques. Suite à ce premier constat majeur, de nombreuses publications se sont intéressées aux trois milieux constituant le système arctique : l’océan, l’atmosphère et la glace. « Tara a permis de mettre en évidence la formation de particules de glace, appelées glace de Frasil, qui remontent vers la surface, explique Jean-Claude Gascard. Le phénomène était bien connu en Antarctique, mais nous avons montré qu’il s’agissait d’un phénomène majeur pour la formation de glace en Arctique ». Du côté de l’atmosphère, les recherches menées à bord ont permis de mieux caractériser les basses couches de cette atmosphère en contact avec la glace, primordiales pour les échanges entre les deux milieux. « Nous n’avions que peu d’informations sur ces basses couches, que l’on étudie mal avec les satellites et les stations automatisées, reprend le chercheur. L’intérêt de Tara Arctic, c’était justement d’avoir des gens à bord pour manipuler les appareils que l’on ne sait pas encore automatiser ». Enfin, plusieurs publications se sont penchées sur les mouvements des plaques de glace, en y appliquant des techniques de sismologie.

Toutes les découvertes qui découlent des données récoltées lors de la dérive de Tara permettent de mieux comprendre le complexe système arctique et ainsi d’améliorer les modèles de prévision. Ces systèmes informatiques qui simulent le comportement de l’atmosphère, des océans et des glaces, proposent des prévisions à courtes échéances, cartes des glaces ou prévisions météo, mais aussi des simulations à plus long terme de l’évolution de notre climat, capitales pour les recherches sur le changement climatique. D’ici quelques années, les différents modèles numériques intégreront ainsi les enseignements tirés de Tara Arctic aux côtés d’autres travaux pour améliorer leurs prévisions. Les premières applications concrètes des recherches menées sur Tara sont donc déjà sur les rails !

Yann Chavance

Retrouver cet article dans le journal Tara 10 ans

* : Organisme uni ou pluricellulaires qui se caractérise par la présence d’un noyau
** : Organismes unicellulaires à noyaux ancêtres de toutes les plantes et animaux.
Certains, comme les diatomées, sont photosynthétiques.
*** : Le projet oceanomics- wOrld oCEAN biOressources,
biotechnologies, and Earth-systeM servICeS – est un projet lauréat du programme

gouvernemental des « Investissements d’Avenir. »

Les ours polaires pendant l’expédition Tara Oceans Polar Circle

Observations des ours polaires pendant l’expédition Tara Oceans Polar Circle

Lors de la dernière expédition de sept mois autour de l’Océan Arctique Tara Oceans Polar Circle de mai à décembre 2013,  les marins et scientifiques de Tara ont pu observer à plusieurs reprises des ours polaires, soit au total quatorze individus. Ces observations ont été consignées sur des fiches spécialement conçues par l’association Pôles Actions qui récupère ces données pour étudier les populations d’ours polaire sur l’ensemble de leur aire de répartition, c’est-à-dire l’ensemble du bassin arctique. C’est à la demande de cette organisation que nous avons réalisé cette modeste mission d’observation qui s’ajoutait ainsi à notre objectif principal d’étude des écosystèmes planctoniques.

Cette technique de science participative, qui consiste à organiser la collecte de données scientifiques par des bénévoles, est actuellement en plein essor. Les fiches sont faciles à remplir. Elles permettent de multiplier des observations et apportent des données aux scientifiques qui ne peuvent être partout et élargissent ainsi leur champ d’étude. Le bénévole a, lui, le plaisir d’apporter sa petite pierre à la connaissance de notre planète.

Au cours de cette expédition, douze fiches, correspondant à douze observations différentes (un ours a été reporté sur deux fiches différentes) et à quatorze ours au total, ont été renseignées par nos cuisinières, Céline Blanchard et Dominique Limbour qui se sont prêtées au jeu.

Pour deux observations, les marins ont pu observer une femelle avec des petits. Dans le premier cas, le 17 août 2013,  il y avait deux oursons nés dans l’année. L’observation a eu lieu dans des conditions exceptionnelles puisque les animaux ont pu être observés 40 minutes. Les grands plantigrades étaient au repos sur un morceau de banquise à la dérive. Les petits ont tété, joué et nagé, un spectacle inoubliable ! Dans le deuxième cas, le 20 août, la femelle avait un seul petit. L’observation, plus lointaine, n’a pas permis de noter de comportements particuliers.

Sur ces douze observations, cinq ont été faites dans l’archipel russe François-Joseph par 80° Nord. Cet endroit est difficile d’accès tant pour des questions climatiques que géographiques et politiques. Tara a eu la chance d’y naviguer pendant quelques jours. Ces données ont donc une valeur particulière. Certaines îles abritent de très grandes colonies d’oiseaux marins, on y trouve aussi des morses et des phoques. La vie marine y est donc très riche et fournit au prédateur qu’est l’ours polaire quantité de proies variées.

Cinq observations concernent des ours sur la banquise ou sur des morceaux de glace flottants. Durant l’été arctique, les ours parcourent de grandes distances en mer et sur la banquise pour chasser, le phoque, sa proie favorite, étant difficile à capturer à cette saison. Lors des autres observations, les ours évoluaient sur la terre ferme, en bordure de mer. Rappelons que le nom latin de l’ours polaire est Ursus maritimus qui signifie ours marin. En effet, celui-ci est un remarquable et très endurant nageur. De plus dans ces régions glacées la très grande majorité de la chaîne alimentaire est d’origine marine, et il tire donc sa subsistance essentiellement de ce milieu.

La multiplication de ces observations permettra aussi de juger de l’état des populations d’ours dans cette période de changement climatique que nous vivons actuellement. Elle est particulièrement sensible en Arctique. Le milieu de vie de l’ours polaire est en train de subir des transformations très profondes et rapides (diminution des surfaces de banquise l’été, diminution globale du volume de la banquise, réchauffement des eaux). Cette espèce emblématique, taillée pour ce milieu extrême, sera-t-elle capable de s’y adapter ? Nous l’ignorons encore et toutes les informations qui pourront être collectées permettront d’en savoir plus.

Xavier Bougeard
Chargé des actions éducatives

Pour en savoir plus, vous pouvez venir au colloque « Quel avenir pour l’ours polaire ? » organisé par l’association Pôles Actions les 28 et 29 mars prochains à Paris. Les conférences auront lieu à la Cité des Sciences et de l’Industrie. À la Géode se tiendront une après-midi jeunesse et les Nuits boréales avec projection de films inédits lors des deux soirées. Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, présentera à cette occasion l’expédition Tara Oceans Polar Circle  le vendredi 28 mars à partir de 20 heures.

Programme du colloque et inscription aux conférences : En savoir plus

Réservations pour les Nuits boréales à la géode : En savoir plus

Et dans 10 ans?

2013-2023 : Les dix prochaines années sont majeures pour les décisions à prendre concernant l’évolution du climat. Pour toute l’équipe de Tara Expéditions, elles s’annoncent, riches en découvertes et pleines de promesses nouvelles. Passage en revue des défis à venir.

Les objectifs et les défis à relever ne manquent pas pour l’ensemble des acteurs et des scientifiques œuvrant en mer comme sur terre à la poursuite des expéditions Tara lancées il y a dix ans. « Pas question de s’arrêter, » prévient d’emblée agnès b. leur premier soutien. Et il faut que de nouveaux parrains affluent pour donner à Tara encore plus d’envergure ! Je souhaite dire aux partenaires potentiels : « Faîtes-le avec nous ! »

Un ambitieux défi scientifique

Le premier défi est évidemment scientifique. En termes de recherche, les dix prochaines années apporteront une analyse toujours plus détaillée des données complexes récoltées en particulier durant Tara Oceans « Nous cherchons à décrire l’écosystème planctonique mondial dont la biodiversité est mal connue, alors qu’il constitue le pouls de notre planète, et à évaluer son potentiel biotechnologique. » précise Éric Karsenti, directeur scientifique de Tara Oceans. Les découvertes de Tara s’appliquent d’ailleurs autant à la recherche qu’aux percées en matière d’écologie scientifique, au sein, en particulier, du programme Oceanomics courant jusqu’en 2020. Tara Oceans avait permis de recueillir 28 000 échantillons de plancton – des virus aux animaux.

Or, grâce à Oceanomics est élaborée la première combinaison de protocoles de séquençage et d’imageries à très haut débit chargée d’extraire l’information de cette collection. Au final est attendue la première compréhension détaillée de la biodiversité planctonique.

2015-2018 : Cap sur l’Asie et l’Arctique

Une nouvelle expédition polaire semble de même programmée. « Elle pourrait avoir lieu entre 2016 et 2018 », confirme Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions. Avec une nouveauté. « Notre première dérive arctique était franco-européenne. Nous souhaitons que la seconde soit internationale, avec pourquoi pas 8 membres d’équipage, scientif iques et marins, de pays différents. » « Nous étudions déjà concrètement ce projet de seconde dérive, renchérit Étienne Bourgois, président de Tara Expéditions. Mais d’abord nous planifions en 2015 une étude des récifs coralliens de surface et de profondeur réalisée en collaboration avec le réalisateur Luc Jacquet et son association Wild Touch. Cette expédition mènerait Tara dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est, avec des escales en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Corée, en Chine et au Japon, à partir duquel le bateau mettrait le cap pour sa dérive arctique via le détroit de Béring. » 

« Les Asiatiques s’intéressent déjà beaucoup à Tara, précise agnès b., que ce soit au Japon, à Hong Kong ou en Chine. Il y a une écoute, un vrai intérêt. » Éloïse Fontaine, directrice de la communication de Tara Expéditions, confirme cette volonté d’informer un public beaucoup plus large. « Ces dix dernières années, grâce à l’intérêt et au soutien d’innombrables médias, nous avons touché un large public, en France, en Europe, dans des pays francophones. Il nous faut poursuivre l’effort en le portant désormais encore plus à l’étranger. Objectif : toucher d’autres opinions publiques ailleurs dans le monde. »
 
« Capacity building » et pouvoir de négociation

Forte de ses collaborations avec nombre d’organismes et laboratoires publics-privés, Tara Expéditions souhaite favoriser, à l’avenir, les échanges scientifiques entre « pays développés » et « en développement. »
« Seuls 6 à 7 pays ont les capacités d’aller en mer conduire des expéditions, constate Romain Troublé. Le moment est venu de partager notre savoir avec d’autres pays moins favorisés. Ce sera obligatoire pour trouver des accords sur l’Océan qui représente 71 % de notre planète. » L’accord signé le 27 juin 2013 entre Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, et Étienne Bourgois, stipule que l’UNESCO et Tara Expéditions « procèderont à des projets communs pour contribuer à la recherche scientifique, à la coopération internationale, au partage des données et à la sensibilisation du public. » Après les couloirs humanitaires, des couloirs scientifiques ? « Pourquoi pas, pense Romain Troublé. La recherche fondamentale en Haute Mer a besoin d’un statut spécial, de l’intérêt de tous les peuples. » André Abreu, chargé de mission chez Tara Expéditions, agit déjà sur plusieurs fronts : Haute Mer, écosystèmes et pollutions, Arctique et climat. « Nous structurons nos actions sur ces grands enjeux. Depuis le succès de l’action de Tara durant la conférence Rio+20, nous intégrons les processus de discussion existants – conférences climatiques, négociations onusiennes, Convention de Barcelone… L’objectif est bien sûr de faire bouger les lignes avec d’autres. Nous y parvenons, pas à pas, et nous allons continuer. »

Les enfants au coeur du dispositif

Au cours des dix prochaines années, et alors que l’environnement n’est plus que la «  huitième préoccupation » des Français, les expéditions Tara entendent de même poursuivre le travail pédagogique initié ces dernières années en faveur des plus jeunes. 19  000 d’entre eux avaient suivi les aventures de Tara Oceans en classe. « Le partage des savoirs à l’égard des plus jeunes sera un peu plus encore la priorité » assure Xavier Bougeard, responsable des actions éducatives. Un enjeu de taille : il s’agit de continuer à sensibiliser des milliers d’enfants et d’ados aux grandes questions climatiques, enjeux du futur.

Pour un engagement citoyen

« Nous sommes à l’heure du bilan, ajoute agnès b. Et ce bilan doit être objectif. Nous devons le faire avec nos tripes, notre ressenti. Qu’est-ce que nous avons bien fait ? Réussi ? Et moins bien réussi ? Qu’est-ce que nous pouvons encore améliorer ? « Il y a de plus, avec Tara, un enjeu de citoyenneté, ajoute Romain Troublé. Nous l’avons ressenti un peu plus encore en lançant, avec Catherine Chabaud, un Appel pour la Haute Mer soutenu par des dizaines d’acteurs, d’entreprises, d’organismes, sans parler du soutien direct des Nations unies et de son Secrétaire général, Ban Ki-moon. »

« Tara est une plateforme scientifique et éducative, c’est bien, reprend agnès b. Mais il y a, aussi, à bord, un engagement citoyen, forcément politique. La question du changement climatique est aussi politique ! On a tellement dénigré le politique que nous autres citoyens, devons réinventer un autre type d’engagement. Notre chance est de ne dépendre d’aucune élection, d’aucun lobbying, de n’être soumis à aucune pression médiatique. La force de Tara, c’est son indépendance ! »

Michel Temman

Interview d’Etienne Bourgois : En 2014, la Méditerranée

Interview d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions :
“En 2014, la Méditerranée”

Que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle année ?

Je souhaite que le trésor prodigieux que sont les données de Tara Oceans et Tara Oceans Polar Circle puisse donner des résultats fructueux au-delà de nos espérances. Nous attendons de nombreuses publications scientifiques dans les mois qui viennent. J’espère que toute cette mobilisation d’hommes et de femmes depuis 4 ans fera avancer d’un grand pas la connaissance. Notamment grâce à Eric Karsenti, Christian Sardet, Chris Bowler, Gaby Gorsky, Colomban de Vargas, Patrick Wincker, Francesca Benzoni… et tous les scientifiques ainsi que les instituts (CNRS, EMBL, CEA-Genoscope) qui ont conçu et participé à ces deux dernières expéditions.

Quel est le programme pour Tara Expéditions en 2014 ?

En 2014, nous serons en Méditerranée. Une mer en proie à de nombreuses pollutions. Nous allons avec d’autres associations engagées sur ce terrain depuis des années, sensibiliser le grand public aux pollutions plastiques tout au long de notre périple de 7 mois et de 17 escales. Nous mettrons l’accent notamment sur les Aires Marines protégées. Aujourd’hui, ces zones « protégées » en Méditerranée manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020. Nous ferons aussi partager les premières analyses et résultats de l’expédition Tara Oceans. Je souhaite que nous rencontrions le grand public, les enfants, les décideurs des pays de la rive Nord et Sud de la Méditerranée. Il y aura aussi de nombreuses escales françaises, nous espérons donc collaborer au mieux avec les collectivités locales concernées.
En mer, nous allons aussi réaliser des recherches importantes sur le plastique avec l’Université du Michigan aux Etats-Unis, le laboratoire de Villefranche sur Mer (CNRS) et l’Université de Bretagne Sud. Le Dr Gaby Gorsky en sera le directeur scientifique.
En quelques mots l’expédition Tara-Méditerranée ce sera : Partager, Sensibiliser, Restituer, Etudier.

Avant cela, l’exposition “Tara Expéditions, à la découverte d’un nouveau monde l’Océan” que nous avions montrée à Paris sur les quais l’année dernière pourra être visitée au Havre du 10 mars au 10 avril. Le bateau y sera présent du 2 au 10 avril.

Autre moment important cette année, le siège du Fonds de dotation Tara va déménager en mars au 11 boulevard Bourdon dans le 4ème arrondissement de Paris. Un lieu qui en plus des bureaux, pourra accueillir des scolaires, des expositions, des conférences, des projections etc. Changement de lieu et changement de site Internet car nous prévoyons une nouvelle version pour remplacer le site actuel qui a plus de six ans ! Nous cherchons d’ailleurs des mécènes pour cette nouvelle fenêtre sur Tara.

Le programme éducatif se prolonge aussi, même quand Tara ne navigue pas. Nous avons mis en place des dispositifs pour les Juniors directement liés aux laboratoires qui travaillent sur les données de nos dernières expéditions.

Et enfin 2014 est une année très importante car les négociations continuent à l’ONU afin de trouver en 2015 un accord international pour un instrument de gestion de la Haute Mer. Nous sommes très engagés sur ce dossier qui me tient vraiment à cœur.

Avez-vous trouvé les financements pour les années qui viennent?

Nous espérons renouveler nos partenariats avec nos fidèles partenaires que sont notamment Lorient Agglomération, la Fondation du
Prince Albert II de Monaco et nos différents fournisseurs. Nous continuerons également à animer notre partenariat avec la Commission Océanographique Intergouvernementale de l’UNESCO.
agnès b. et moi finançons une part importante du projet mais ce n’est pas suffisant car le budget 2014 n’est pas encore bouclé. Nous sommes toujours à la recherche de partenaires et de mécènes. Et nous sommes encore et toujours disposés à recevoir des dons ou toutes formes de soutien.

Qu’est ce que vous souhaitez à votre tour pour cette nouvelle année aux personnes qui suivent Tara ?

Une bonne année ! Et je vous souhaite à tous de vous exprimer en tant que citoyen ! Le réchauffement climatique est un sujet mondial mais les enjeux environnementaux peuvent être aussi locaux. Il y a des élections importantes en France qui ont lieu cette année à la fois européennes et municipales alors sans conseil partisan, votez !

Tara est actuellement en chantier à Lorient. Pour combien de temps ? Le bateau est-il en bon état après six mois en Arctique ?

J’ai passé du temps sur le chantier il y a 15 jours. Quel bateau merveilleux ! Il a deux trois égratignures de plus sur la coque mais il est dans un état impeccable, grâce au travail constant de Loïc Vallette, Martin Hertau et de toute l’équipe à bord. Ces dernières semaines, le haut du moteur tribord dit “Thérèse” a été entièrement démonté pour révision. L’équipe a réalisé un contrôle systématique des vannes, cloisons, de la coque et des réservoirs. Nous avons amélioré encore le système électrique et entièrement démonté les dérives pour révisions et réparations. Grâce à notre fournisseur partenaire International Peinture, nous avons été conseillés sur des nouveaux protocoles de peinture. Il reste un léger problème sur le safran bâbord que les entreprises sur place semblent avoir beaucoup de mal à résoudre. A suivre, mais le bateau sera normalement remis à l’eau cette semaine. L’équipage sera ensuite en version réduite jusqu’à notre départ pour le Havre.

L’exposition “Tara, 10 ans, 20 regards d’artistes” a fermé ses portes il y a quelques jours. Qu’est ce que vous en retenez ? Va t-elle être montrée ailleurs ?

Tout d’abord j’ai été très heureux de monter cette exposition qui a été réalisée dans des délais extrêmement courts à l’occasion de nos dix ans. Tout le monde a joué le jeu, des artistes les moins connus aux plus connus. Le rendu était éclectique mais très intéressant, à l’image des artistes différents que nous avons reçus. L’exposition va effectivement voyager car elle sera au Japon avant la fin de l’année.
Nous allons aussi bientôt créer un comité artistique qui choisira les artistes que nous accueillerons en résidence à bord de Tara.
En plus des artistes qui ont participé à l’exposition, je souhaiterais également remercier toutes les personnalités qui ont participé au Journal Tara que nous avons réalisé spécialement pour nos 10 ans. Les versions chinoises et japonaises du Journal seront d’ailleurs bientôt prêtes !

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EXPOSITION : TARA 10 ANS, 20 REGARDS D’ARTISTES

EXPOSITION : TARA 10 ANS, 20 REGARDS D’ARTISTES
Du 16 décembre 2013 au 10 janvier 2014, ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h
Chez agnès b. 17 rue Dieu, 75010 Paris, métro République
– Entrée gratuite

À l’occasion des 10 ans de Tara Expéditions, les artistes embarqués pendant les expéditions scientifiques à bord du voilier Tara se partagent les murs de la maison agnès b. à Paris du 16 décembre 2013 au 10 janvier 2014. Par ordre chronologique à bord de Tara :

Ariane Michel. Pierre Huyghe. Xavier Veilhan. Sebastião Salgado. Loulou Picasso. Laurent Ballesta. Francis Latreille. François Bernard. Ellie Ga. Vincent Hilaire. Rémi Hamoir. Benjamin Flao. Julien Girardot. Guillaume Bounaud. Aurore de la Morinerie. Mara Haseltine. Giuseppe Zevola. François Aurat. Christian Sardet. Mattias Ormestad. Cedric Guigand.  Alex Dolan. Ho Rui An.
 
Invités par Agnès Troublé et Etienne Bourgois, ils ont eu carte blanche pour poser leur regard sur leur expérience à bord. Pour Tara Expéditions, la présence d’artistes à bord est une manière indispensable de sensibiliser à l’environnement un public plus large.
 
Il y a dix ans sous l’impulsion d’Étienne Bourgois et le soutien d’Agnès Troublé le projet Tara Expéditions naissait pour promouvoir la connaissance et la sauvegarde des océans. Ces dix dernières années, six campagnes de quelques mois ont été réalisées entre 2004 et 2006 du Groenland à l’Antarctique, avant le lancement de trois missions exceptionnelles, Tara Arctic (2006- 2008), Tara Oceans (2009-2012) et Tara Oceans Polar Circle (2013) consacrées au climat et à la biodiversité marine. A l’image des expéditions du XIXème, scientifiques et artistes se sont côtoyés sur Tara pour partager une même expérience.
 
agnès b. galeriste, mécène et collectionneuse depuis 30 ans, soutient les artistes à travers la Galerie du Jour à Paris, sa collection d’art, sa galerie boutique 50 Howard Street à New York, également à travers sa galerie librairie de Hong Kong et le « point d’ironie » journal gratuit imaginé en collaboration avec le commissaire d’expositions Hans Ulrich Obrist et l’artiste Christian Boltanski.
 
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www.tara-gallery.com

Les artistes et les œuvres exposés.  Par ordre chronologique à bord de Tara :  

- Ariane Michel : Expédition Groenland 2004
Vidéo : Sur la Terre, 13 min, 2005
Sur une rive sauvage, dans un calme si absolu que l’eau ondule comme de l’huile, une respiration profonde s’élève. Hors du temps et du monde humain, le sommeil des morses est vieux comme la pierre, et se laisse à peine troubler par l’approche d’un intrus.
 
- Pierre Huyghe : Expédition Antarctique 2005
Vidéo : A Journey that wasn’t, 25 min
Courtesy Marian Goodman Gallery, New York
Navigant entre fait et fiction, la pratique artistique de Huyghe épouse cette idée d’une réalité si incroyable que « pour rendre sa vérité, il faut en faire une fiction ». Il fusionne ainsi deux événements dont il est l’initiateur: une expédition en Antarctique afin de découvrir une créature albinos qui, selon certaines rumeurs, existerait sur une île polaire inconnue ayant émergé lors du retrait des glaces, et une reconstitution de ce voyage sous forme de concert et de jeu de lumières complexe qui a eu lieu à Central Park en octobre 2005. Il s’agit, tout à la fois, d’un documentaire sur la nature, d’un film de science-fiction et d’une comédie musicale. L’expérience cinématographique nous fait se promener entre l’exploration du paysage sublime et un spectacle orchestré, nous laissant décider quoi croire. Comme le titre le suggère, même le voyage n’a peut-être jamais eu lieu.
 
- Xavier Veilhan: Expédition Antarctique 2005
Livre à feuilleter Voyage en Antarctique
Xavier Veilhan est venu à bord de Tara avec Pierre Huyghe en 2005 avec des envies multiples mais, à dessein, aucune précise quant au type de production artistique qui émergerait de cette étonnante expédition. Il en prend plus de mille photographies et édite par la suite ce livre rare qui retrace une aventure unique.
 
- Sebastião Salgado : Expédition Antarctique 2005
Photographies tirées du voyage Genesis, Péninsule Antarctique, Passage de Drake, Ile Deception
Pour tenter de retisser les liens entre notre espèce et notre planète, Sebastião Salgado a exploré le monde pendant 8 ans pour montrer la face vierge et pure de la nature et de l’humanité. En 2005, il voyage à bord de Tara en Antarctique pour le chapitre Aux confins du Sud de sa grande exposition Genesis, un portrait de la planète aujourd’hui exposé et édité dans le monde entier.
 
- Loulou Picasso : Expédition en Géorgie du Sud, 2005.
Peintures : Voyage en Géorgie du Sud, Elsehul
 
- Laurent Ballesta : Expédition Patagonie 2006
Photographie : Cap Horn
 
- Francis Latreille : Expédition Tara Arctic 2007
Photographies : Arctique
Spécialiste polaire et photographe, il embarque plusieurs fois à bord de Tara en Antarctique et pendant les expéditions Tara Arctic et Tara Oceans pour apporter son œil sur les pôles.
 
- François Bernard : Expédition Tara Arctic 2006
Photographie : Mise en glace, Après l’hivernage arctique
Spécialiste polaire et guide de haute montagne, François Bernard est aussi un photographe qui connaît les régions polaires comme sa poche, pour les avoir parcourues de long en large depuis plus de vingt ans.
 
- Ellie Ga : Expédition Tara Arctic, 2008
Photographies : Fissures. Collection Fonds Tara
Fascinée par les réussites et les échecs des explorateurs du passé dans leur documentation de “l’inconnu”, Ellie Ga a commencé à cataloguer et à archiver le monde arctique. Elle embarque ainsi à bord de Tara pendant l’expédition Tara Arctic en 2008. Mélangeant des genres narratifs – mémoires et carnet de voyage, l’artiste pousse les limites de la documentation photographique et utilise divers média, aboutissant à des performances et des installations. Son travail explore les distinctions entre documentaire et fiction, les histoires privées et publiques, l’écriture et les inscriptions visuelles, l’image fixe et l’image animée.
 
Cards : Reading the Deck of Tara
Avec un jeu de cartes fait à partir d’images de son voyage en Arctique, Ellie Ga met en lumière notre relation à l’incertitude. En tirant ces cartes, le spectateur approche de manière intime cette expérience dans laquelle l’avenir immédiat dépend des prévisions météorologiques.
 
Vidéos : A Hole to See the Ocean Through, Probabilities, At the Beginning North Was Here
A Hole to See the Ocean Through, Probabilities et At the Beginning North Was Here plongent le spectateur dans les méandres d’une recherche foisonnante, qui oscille entre documentaire et fiction, archive et éphémère, réalité et prédiction. Le moteur du bateau, le crissement de la glace qui se brise ou le tic-tac infernal d’une pendule scandent le déploiement de chacun des récits.
 
- Vincent Hilaire : Expédition Tara Arctic 2008
Photographie : La baleine
Embarqué comme correspondant de bord, l’œil de photographe de Vincent Hilaire passionné de noir et blanc accompagne quotidiennement plusieurs mois de l’expédition Tara Arctic et Tara Oceans.
 
- Rémi Hamoir : Expédition Tara Oceans, 2009
Aquarelles : Les îles grecques, Une île grecque, Tara à quai, Navigation
Peintre, il embarque pour une période brève et intense qui le conduit en Méditerranée de Dubrovnik à Athènes. Un temps plutôt clément lui permet de peindre à tout moment, de capter les variations atmosphériques et lumineuses dont le bateau lui-même peut être l’objet.
 
- Benjamin Flao : Expédition Tara Oceans 2010
Carnets de voyage et portraits
Illustrateur, Benjamin Flao embarque à bord de Tara Dans l’Océan Indien pendant l’expédition Tara Oceans pour réaliser un carnet de voyage.
 
- Julien Girardot : Expédition Tara Oceans, 2010
Photographie : Le bloom
Tara surfe sur un bloom planctonique en Mer d’Oman (bloom : zone de floraison massive de micro-plantes).
 
- Guillaume Bounaud : Expédition Tara Oceans 2010
Photographie : Das Boat noze
Guillaume est photographe sur des plateaux de cinéma et fait des portraits de comédiens. Il embarque à bord de Tara en 2010 en Argentine pendant l’expédition Tara Oceans (entre Buenos Aires et Ushuaia).
 
- Aurore de La Morinerie : Expédition Tara Oceans 2011
Salpe, Estampe, monotype tirage numérique sur papier japon, 2013
À bord de Tara au mois de mai 2011 entre les Galápagos et l’Equateur, en qualité d’artiste invitée, sa recherche s’oriente vers l’abstraction que permet les formes infinies des profondeurs.
 
- Mara G. Haseltine : Expédition Tara Oceans 2011
Sculpture : Coccolithophore
La passion des sciences naturelles est évidente dans les sculptures de Mara G. Haseltine. Même les formes les plus abstraites sont en fait des agrandissements d’images microscopiques, ou sont inspirées des séquences d’acides aminés.
 
- Giuseppe Zevola : Expédition Tara Oceans 2012
Photographie numérique sur film argenté : Tara.
 
- François Aurat : Expédition Tara Oceans Polar Circle 2013
Photographie : Polar Circle
Chef de pont passionné par la photographie, François passe de nombreux mois à bord de Tara depuis 2009 et nous livre son regard sur les expéditions.
 
- Collectif de photographes (Christian Sardet, Cédric Guigand et Mattias Ormestad): Expédition Tara Oceans 2009-2012
Photographies de plancton : Photographier l’invisible
Christian Sardet, est directeur de recherche au CNRS et auteur de nombreuses publications scientifiques. En qualité de co-fondateur et coordinateur de l’expédition Tara Oceans consacré à l’étude globale du plancton, il a initié le projet « Chroniques du Plancton » qui marie art et science pour partager la beauté et la diversité du plancton.
Cedric Guigand est un océanographe biologiste à l’Université de Miami. Son principal intérêt réside dans les nouveaux systèmes d’imagerie de développement pour étudier la répartition du plancton marin et de leur comportement.
Mattias Ormestad est un photographe et un scientifique En 2009, il collabore avec Tara Expéditions sur diverses étapes de l’expédition Tara Oceans.

 
- Alex Dolan : Expédition Tara Oceans Polar Circle 2013
Montage photographique : TARA 1 (scopolamine and ropes)
Alex Dolan (né en 1990, Etats-Unis) est un artiste basé à Portland, Oregon. Son travail utilise un large éventail de supports pour exprimer l’influence des facteurs de tensions contemporaines, par exemple, le réchauffement climatique, la technologie, l’internet. Il a été sélectionné pour monter à bord par Hans Ulrich Obrist et Simon Castets pour 89 plus.
 
- Ho Rui An : Expédition Tara Oceans Polar Circle 2013
Installation de 48 cartes postales : Corpus
Ho Rui An (né en 1990, Singapour) est un artiste/écrivain qui travaille à l’intersection de divers domaines: l’art contemporain, le cinéma, la philosophie, et l’écriture de fiction. Il se considère comme un chercheur et “un interlocuteur des vies sociales, culturelles et institutionnelles de choses esthétiques.” Il a été sélectionné pour monter à bord par Hans Ulrich Obrist et Simon Castets pour 89 plus.

www.tara-gallery.com

J-1 à Lorient

Les voiliers du port de Lorient ont revêtu leurs parures lumineuses. Aux quatre coins de la ville, des affiches annoncent le retour de l’expédition Tara Oceans Polar Circle. Comme pour coïncider avec l’évènement, un froid polaire a envahit les lieux, mais malgré cela le retour de Tara et de son équipage s’annonce chaleureux. 

Depuis plus d’un mois toute l’équipe de Tara Expéditions y travaille avec Lorient Agglomération. Pour Myriam Thomas, la responsable des évènements, chaque retour en Bretagne est un moment privilégié entre Tara et son public : «  En tant que Taranautes, à terre comme en mer, nous vivons une aventure très forte pendant tous les mois d’expédition, d’autant plus quand la mission a lieu en milieu polaire. Pour nous avec Lorient, l’objectif d’un retour est de retransmettre cette émotion vécue avec le public, de garder ce lien entre Tara et toutes ces personnes qui suivent les aventures scientifiques de la goélette.»
Comme il n’y a pas de fête sans lumière, ni musique, des illuminations, appropriées en cette fin d’année, scintilleront samedi soir à partir de 17h30 et la pétarade de Brest retentira sur le quai pour fêter aussi les 10 ans de Tara. Avec un verre de vin chaud, les Lorientais trinqueront en l’honneur de ce retour du pôle Nord, avant de rejoindre l’espace Courbet pour revivre le temps d’une projection les grandes expéditions de Tara…

N’hésitez pas à vous inscrire si vous souhaitez participer aux projections, il reste encore quelques places ! Cliquez ici

Anna Deniaud

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Suivre Tara quotidiennement sur iPad

Rejoignez l’événement Facebook du retour de Tara à Lorient le 7 décembre puis à Paris le 8 décembre (salon Nautic)

Dans le fjord d’Uummannaq

Depuis vendredi en fin d’après-midi, après une traversée de la Mer de Baffin sans encombre, les Taranautes savourent les mille merveilles qui font la beauté de ce fjord d’Uummannaq (Groenland).

Un fjord ouvert sur la côte ouest de cette île géante et glacée, dans lequel l’équipe scientifique effectue ce samedi une station longue avec un échantillonnage en surface et à une profondeur de 400 mètres.

Au centre de ce paysage ceinturé de hautes montagnes enneigées, se situe l’île d’Uummannaq. D’une superficie de 12km2 elle est surplombée par un piton rocheux culminant à 1 175 mètres et doit son nom à sa forme. Uummannaq signifie cœur en groenlandais.

C’est encore un de ces lieux qui vous font aimer la vie et mesurer la chance « d’être là ». Ce que l’on souhaite aux personnes qu’on aime et qui, pour une raison où une autre, ne peuvent pas voyager par exemple. Un cadeau de la nature qui en dehors du plaisir purement visuel, nourrit votre âme.

C’est ce que les quatorze du bord ont ressenti dès les premiers miles parcourus dans cet écrin. Des couleurs, des icebergs sculpturaux, des chaines avec des sommets enneigés aux falaises souvent abruptes, rosissants au crépuscule.

Ce samedi matin après une bonne nuit passée à la dérive au milieu des icebergs, l’équipe scientifique s’est remise à la tâche, sous un soleil splendide. Ce fjord recèle de petits trésors de diversité que Lars Stemmann, chef scientifique, entend bien caractériser. A commencer par ces mystérieux « brines * », ces eaux de surface très froides issus de l’hiver précédent qui coulent jusqu’à atteindre une eau de même densité.

Les multiples immersions de la rosette auront permis de les localiser entre 100 et 120 mètres à des températures de 0,8°C. L’intérêt scientifique est bien sûr de connaître les micro-organismes vivants dans ces « brines ». Ces saumures constituent-elles un habitat particulier pour le plancton ? C’est l’une des quêtes principales de cette station n°206.

Nous allons encore rester en station scientifique dans ce fjord jusqu’à demain dans l’après-midi, à quelques miles d’Uummannaq. Plusieurs centaines de maisons en bois de toutes couleurs sont là miraculeusement accrochées à ce rocher. 1 400 Kalaallit** y vivent avec quelques immigrés danois. C’est un paradis pour le traineau à chiens, on dit d’ailleurs que les meilleurs conducteurs du Groenland habitent ici en baie d’Uummannaq.

Au fond de cette baie majestueuse règne aussi en maître le Qarajaq, l’un des glaciers les plus rapides du monde. Il produit la plupart des icebergs que nous admirons depuis vingt quatre heures.

Vincent Hilaire

* Brines : Ce sont des saumures
** Kalaallit : Habitants Inuit du Groenland (Kalaallit Nunaat)

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« Les choses sérieuses vont commencer à partir de maintenant dans le Grand Nord »

C’est la première interview, d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions, depuis le début de l’expédition Tara Oceans Polar Circle.

- Bien sûr, nous ne sommes pas encore à l’heure des bilans mais comment s’est passé ce premier mois et demi d’expédition?

Toute l’équipe est très contente de cette première partie d’expédition, l’expérience de Tara Oceans 2009-2012 a payé car tout s’est remis en place comme prévu sans compter les protocoles que nous avons rajoutés. Le matériel scientifique fonctionne bien ainsi que les instruments de prélèvements automatiques et en continu, et ce grâce à l’implication de l’ingénieur CNRS Marc Picheral.

Le choix des stations de prélèvements entre Tara et les laboratoires à terre (il y a eu neuf stations au total jusqu’à maintenant) s’est réalisé de manière optimum car les conditions météorologiques ont été favorables. Le temps a été très calme ces dernières semaines. Nous avons ainsi pu choisir de faire une station importante, au cœur d’un bloom* planctonique.

Mais ne nous méprenons pas, les choses sérieuses vont commencer à partir de maintenant, dans le Grand Nord.

- Justement quelles sont vos appréhensions pour les prochains mois ?

Le planning est serré. Pour être allé plusieurs fois en Arctique, je sais qu’en milieu polaire, jamais rien n’est écrit. Tout va dépendre de la météo, de la situation de la glace… Ce qui compte pour moi avant tout c’est la sécurité des hommes et des femmes qui sont à bord de Tara ainsi que la sécurité du bateau. Mais nous avons des experts à bord. Notamment le scientifique russe Sergey Pisarev qui a participé à la précédente expédition de Tara en Arctique et qui va apporter son énorme savoir-faire. Le capitaine actuel Samuel Audrain avait lui passé 9 mois à bord de Tara alors que le bateau était enserré dans les glaces en 2007 et 2008. Samuel est un bon marin qui a réalisé aussi d’autres expéditions polaires. C’est très motivant pour l’équipe de l’avoir comme capitaine alors qu’il est passé par tous les postes sur Tara avant d’en prendre les commandes.

- Et quelles sont les indications sur la glace en Arctique pour le moment ?

C’est passionnant de pouvoir suivre en direct sur le site, l’évolution de la glace au jour le jour. Même si ce qu’il y a sur les cartes n’est pas forcément la réalité sur le terrain, et qu’il n’est pas toujours évident de calibrer entre la situation in-situ et les cartes reçues à bord.

Durant l’escale de Tara à Mourmansk (Russie) la semaine dernière, ils ont eu des températures record de 30°C. Mais pendant ce temps, la fonte de la banquise arctique a une semaine de retard par rapport à l’an passé. Tout cela peut et va changer très vite. On peut faire des paris mais il est encore trop tôt.

Ce qui est intéressant aussi cette année c’est la publication par le GIEC de la première partie de son nouveau rapport au moment où nous serons en train de passer le passage du Nord-Ouest. Ce rapport va actualiser les prévisions de fonte de la banquise alors que nous serons en direct pour l’observer sur place.

- Quelles sont vos aspirations pour cette expédition ?

Quoi qu’il en soit ce que nous faisons et ferons en sciences dans cette partie du monde est réellement novateur et contribuera à la connaissance de cet océan, à un moment crucial ! L’Arctique est le témoin direct des changements climatiques sur notre planète. On y constate des changements bien plus rapides qu’ailleurs, nous sommes tous concernés, les peuples riverains de l’Arctique comme la population mondiale dans sa globalité.

- Vous avez signé un partenariat avec l’UNESCO la semaine dernière, quel est le sens de ce partenariat ?

C’est le résultat de notre travail avec l’ONU depuis la conférence Rio+20 et des collaborations informelles que nous menons depuis quelques temps avec la Commission Océanographique Intergouvernementale de l’UNESCO. Nous sommes fiers que Tara porte haut les couleurs de l’UNESCO.

Education, Sciences et Culture sont au cœur de nos deux institutions, c’est pour moi un partenariat qui a un véritable sens.

- Tara Expéditions a lancé le 11 avril dernier, l’Appel de Paris pour la Haute Mer. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

En tant que passionné de voile, je chéris la liberté bien sur. Mais elle ne doit pas conduire à tous les excès en Haute Mer. Nous avons besoin de défendre un statut pour la Haute Mer d’où cet Appel de Paris. Le grand public, les citoyens peuvent porter des messages auprès de nos dirigeants et faire basculer des choix politiques. Signer cet Appel, c’est un geste simple et facile pour tenter de sauver l’Océan. Tout le monde est concerné par la mer, puisque la Terre est un seul et même écosystème.

Il ne faudrait pas que ces questions qui doivent être discutées à l’ONU d’ici fin 2014 soit reportées aux calendes grecques. Nous nous mobilisons désormais pour réunir des Etats porteur de ce même message à l’ONU.

www.lahautemer.org

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* zone de floraison massive de micro-organismes planctoniques.

Le tour de l’Arctique est lancé !

Plus d’un an après la fin de Tara Oceans, la précédente expédition, Tara retrouve enfin la route du large. Ce dimanche 19 mai dans l’après-midi, la goélette a largué les amarres à Lorient pour débuter près de sept mois d’expédition autour de l’Arctique. Le coup d’envoi de Tara Oceans Polar Circle est donc lancé.

Tous les marins et les scientifiques à bord attendaient ce moment depuis des semaines, des mois parfois. A 15 heures, devant une foule de curieux et d’amis venus de toute la France, Tara a quitté le port de Lorient, son port d’attache. Le bateau n’y reviendra qu’en décembre prochain. Entretemps, Tara et son équipage auront parcouru 25 000 kilomètres autour du Pôle Nord, en longeant d’abord les côtes russes puis américaines.

Mais Tara n’a pas entamé son périple seul. Autour de la goélette, des dizaines de bateaux, du plus petit zodiac aux plus gros voiliers, escortent symboliquement Tara pour cette nouvelle aventure scientifique. Sur le pont, une vingtaine de personnes nous accompagnent également : journalistes, équipe de Tara à terre, prochain équipage, etc. Au fur et à mesure que la mer grossit, les bateaux se font moins nombreux.

Arrivés à l’île de Groix, au large de Lorient, Tara se prête à la tradition, et le bateau est béni par le prêtre de l’île. C’est ensuite un second départ qui s’amorce : nos accompagnateurs se tassent les uns après les autres dans des zodiacs, jusqu’à ce que nous ne soyons plus que quatorze à bord. Quatorze embarqués qui partagerons deux semaines de vie en mer avant les îles Féroé, notre première escale.

Yann Chavance

Quel matériel scientifique embarqué pour la prochaine expédition ?

Rencontre avec Marc Picheral et Céline Dimier, ingénieurs scientifiques.

Ingénieur au Laboratoire d’Océanologie de Villefranche-sur-mer, Marc Picheral coordonne l‘installation d’une partie du matériel scientifique à bord de Tara, notamment pour tout ce qui concerne le « Dry Lab » (laboratoire sec). Ingénieur à la station biologique de Roscoff, Céline Dimier, elle, gère la partie dédiée au Wet Lab (laboratoire humide). Nous leurs avons posé quelques questions sur le matériel qui va rejoindre le voilier, pour l’expédition « Tara Oceans Polar Circle ».

Le matériel sera bientôt à bord de Tara. Outre celui qui était déjà présent lors de l’expédition Tara Oceans, que va-t’on trouver de plus ?

Marc Picheral : Tout d’abord, en ce qui concerne les instruments qui seront sur le pont, nous avons travaillé sur la Rosette – un engin qui va sous l’eau pour faire des prélèvements et effectuer certaines mesures océanographiques. Nous avons donc rajouté un capteur qui nous permet d’avoir l’éclairement émis sous l’eau, élément important pour la photosynthèse. Nous avons aussi rajouté un capteur qui permet de compter dans un volume un peu plus important que les systèmes optiques, les petits objets en suspension dans l’eau, comme le plancton ou certaines particules.

Céline Dimier
 :
En ce qui me concerne, c’est-à-dire le Wet Lab (laboratoire humide, à l’extérieur), le matériel est globalement le même et consiste surtout en pompes de différentes taille et genre (pompe à air, à eau, péristaltique, etc…) et unités de filtration de toutes sortes (25 mm, 47 mm, 142 mm, Tripodes, rampe de filtration, etc…). Avec Steffi Kandels-Lewis  (ingénieur logistique) nous devons aussi calculer, en fonction du plan d’échantillonnage, la quantité de tubes, flasks, filtres, boites,… nécessaires aux 6 mois de mission. Et puis, il faut aussi calculer le volume nécessaire au stockage de ces échantillons en fonction de leur température de conservation : RT (température ambiante), 4°C (frigo), -20°C (congélo), -196°C (azote liquide). Tout ce matériel sert à échantillonner les bactéries, virus, protistes, que ce soit pour l’analyse de génomique ou la microscopie.

D’autres instruments vont s’ajouter à cette liste ?

Marc Picheral 
: De notre côté, nous allons aussi traîner de Mourmansk à St-Pierre-et-Miquelon, un continuous plancton recorder.  C’est un engin utilisé depuis des décennies, essentiellement dans l’Atlantique nord, traîné par les bateaux de commerce et qui prélève du plancton sur des rouleaux de soie, en continu. Ca, c’est vraiment nouveau sur Tara.

En plus de cela, nous avions un capteur optique qui permettait de caractériser l’éclairement solaire ponctuellement en station, et qui va être remplacé par le COPS, un capteur un peu similaire mais qui, lui, fait des profils en descendant jusqu’à 100-150 mètres dans l’eau en station. Cela nous permettra de caractériser l’éclairement descendant et remontant.

A l’intérieur du voilier, vous allez faire quelques apports dans le Dry Lab (laboratoire sec) également ?

Marc Picheral : Oui, nous allons rajouter 24h/24h plusieurs capteurs d’éclairement, qui seront connectés aux appareils dans le Dry Lab et la cale avant.

Il va y avoir deux capteurs de CDOM en continu, dont un qui permet de doser plus précisément le CDOM prélevé sur les bouteilles de la Rosette et permet ainsi de faire des prélèvements en profondeur.

Nous allons avoir de nouveaux capteurs qui, eux, seront placés en cale avant, mais pilotés depuis le Dry Lab. L’Alfa, un capteur optique, et le FlowCytoBot, un capteur d’imagerie qui permet d’identifier les micro-organismes. Et un autre capteur également, le SeaFet, un capteur de pH, utile car nous savons que le pH varie avec le changement climatique.

Pour protéger le matériel du froid, comment comptez-vous faire ?

Céline Dimier : Nous devons adapter le bateau aux conditions polaires. Cela consiste à aménager le labo avec un chauffage, à mettre à l’abri du froid les tuyaux pour éviter que l’eau ne gèle. Il faut aussi vérifier que les bidons résistent au froid (ce n’est pas toujours le cas selon le plastique utilisé). L’appareil à eau ultra pure sera muni d’une cartouche fonctionnant aussi avec de l’eau très froide (5°C). Nous devons aussi vérifier que les produits chimiques utilisés supportent des températures assez basses et qu’ils ne vont pas polymériser.

Marc Picheral : Certains capteurs supportent très bien le froid, d’autres ne supportent pas de geler. On va donc les réchauffer : on va mettre des bâches, des couvertures chauffantes, des systèmes d’eau chaude pour réchauffer sous nos capteurs, lorqu’ils seront hors de l’eau.

Après, pour tout ce qui est à l’intérieur, le problème n’est pas le froid mais la condensation. On peut avoir de l’eau en surface dans l’Arctique à -2°C et ensuite, on passe tout dans des appareils qui sont dans des locaux à 20°C et là, vous faites de la condensation et du coup, avec les instruments optiques, vous n’arrivez plus à faire vos images. On va mettre tout cela en zone avant alors qu’on aurait préféré les mettre ailleurs dans le bateau. Ca, c’est la question qu’il nous faut gérer.

Propos recueillis par Anne Recoules

Conférence internationale : Haute mer*, avenir de l’humanité, quelle gouvernance pour une gestion durable de l’océan ?

Le 11 avril prochain à Paris, à l’initiative du Conseil économique social et environnemental et de Tara Expéditions.

L’Organisation des Nations Unis (ONU) en 2012 a proposé des objectifs concrets et un calendrier.

Deuxième pays maritime au monde avec ses 11 millions de kilomètres carrés et sa présence dans toutes les régions océaniques du globe, la France peut jouer un rôle majeur sur cette question. Pour cela, il est nécessaire de mobiliser les politiques, le monde industriel et associatif, la société civile, dans la poursuite des engagements annoncés à Rio+20 par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon.

Telle est l’ambition de cette conférence internationale. La Haute mer joue un rôle essentiel dans le climat de la terre, notre alimentation, les produits et énergies que nous consommons, notre économie, notre connaissance et même l’air que nous respirons.

La conférence propose d’éclairer les enjeux de la gestion de la Haute mer, lors d’une journée entière de conférences et de débats, rassemblant des acteurs de la société civile française et internationale, dans une vision positive et réaliste du sujet.

Les différents acteurs du comité de pilotage proposeront en fin de journée un “appel”, qui sera relayé ensuite vers les institutions et acteurs politiques dans la perspective des importantes négociations sur la gouvernance de la Haute mer de la Commission sur le développement durable de l’ONU en 2014.

Seront présents à la conférence : Delphine Batho, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie ; Nicolas Hulot, Envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète ; François Gabart, Vainqueur du Vendée Globe Challenge 2012 ; Jean-Michel Cousteau, Président de Green Cross France et Territoires ; Gilles Bœuf, Président du Museum national d’Histoire naturelle etc.

La conférence est placée sous le Haut Patronage de Monsieur François HOLLANDE, Président de la République.

La participation à cette manifestation est ouverte à tous et gratuite, sous réserve d’inscription préalable. INSCRIVEZ-VOUS EN CLIQUANT ICI !

Lieu de la conférence : Conseil économique social et environnemental – 9, place d’Iéna 75116 Paris. Métro : Station Iéna (ligne 9) Bus : Arrêt Iéna (lignes 32, 63 et 82)  

Consultez le programme de la journée.

Réagissez en direct sur le tweet wall : #hautemer

Restez connectés sur facebook pour l’appel à la Haute Mer.

Partenaires : MACIF, Institut Océanographique Paul Ricard

Soutien :  Cluster Maritime Français, Nausicaà, Institut Français de la Mer, Ifremer, Armateurs de France

Membres du Comité de Pilotage : Aires marine protégées, Armateurs de France, Conseil économique social et environnemental, Cluster Maritime Français, Com Publics, EPHESE, Fondation Albert II de Monaco, France Nature Environnement, Green Cross, IDDRI, Institut Français de la Mer, Institut Océanographique Paul Ricard, Maud Fontenoy Fondation, Marine Nationale, Ministères des Affaires étrangères, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Nausicaà, Secrétariat général de la Mer, Surfrider Foundation, Tara Expéditions, UNESCO-COI.

* La « Haute mer » comprend en droit international les espaces maritimes qui ne sont placées sous l’autorité d’aucun État, au delà des zones côtières gérées par chaque pays. Ce territoire marin couvre la moitié de la surface du globe et 64% des océans.

A découvrir : Ellie Ga dans la galerie des artistes Tara Expéditions

RENCONTRES-DÉBATS ET PROJECTIONS DE FILMS AUTOUR DE : L’OCÉAN, ENJEU MAJEUR POUR L’AVENIR

Ces dernières années, Tara Expéditions a participé à des événements politiques nationaux et internationaux sur la mer, comme le Grenelle de la Mer ou la Conférence Rio+20. Aujourd’hui Tara participe a des nombreux forums pour promouvoir les politiques de la mer dont nous avons besoin pour garantir un avenir sur notre planète bleue. C’est dans le but de rassembler la société civile autour de ces questions que nous proposons une série de rencontres-débats et des projections de films à Paris sur ces enjeux spécifiques. Des dédicaces de livres sont aussi au programme.

LES RENCONTRES-DÉBATS :

- Le 15 janvier à 18h30
« Changement climatique, géopolitique et gestion des zones haute mer en Arctique »

En présence de Romain Troublé (Tara Expéditions), Jean-Claude Gascard (CNRS) et Laurent Mayet, conseiller spécial de Michel Rocard, Ambassadeur en charge des négociations internationales sur les pôles

L’importance écologique et climatique de l’Arctique est sans pareil dans le cadre de l’adaptation au changement climatique. Mais plus qu’un hot spot de la biodiversité, l’Arctique est aujourd’hui un champ d’expérience des relations internationales concernant la gestion des océans. De plus, le réchauffement climatique et la fonte de la banquise polaire changent la donne rapidement et rouvrent le terrain aux négociations sur le potentiel économique et sur quels types de régulation sont nécessaires pour la région.
 
L’instauration de politiques de gestion durable des océans dans cette partie du globe est donc symboliquement nécessaire : une victoire ouvrirait la route à des négociations plus profondes et généralisées concernant l’administration des ressources marines, là où une défaite plomberait la dynamique de ce mouvement. Dans la complexité de sa géopolitique, l’Arctique dispose d’un atout : son image de dernier refuge de la nature sauvage, sa pureté qui distingue cette zone du reste du globe.

- Le 22 janvier à 18h30 :
« Et demain l’océan : où on va ? quelles actions ? »
Organisé par le Festival du Vent. En présence de Serge Orru (Festival du Vent) Jacques Rougerie (Sea Orbiter), Lamya Essemlali (Sea Sheperd)

- Le 30 janvier à 18h30 :
« Le potentiel des bio ressources marines dans une économie durable de la mer »
Organisé par Tara Expéditions, l’Alliance pour la Blue Society, Green Cross, le BIPE. En présence de Chris Bowler (CNRS/ENS)

LES PROJECTIONS DE FILMS :

- Le 17 janvier à 18h30

« Les Montagnes du Silence » (en présence de Daniel Buffart, président de l’association les Montagnes du Silence et Catherine Chabaud) réalisé par Luc Marescot. 52minutes. En 2005, un groupe de sourds et d’entendants est encadré par des marins et des montagnards professionnels, à l’occasion d’une expédition de quarante jours, sur les traces du voyage mythique de Sir Ernest Shackleton, personnage emblématique de la conquête des pôles. Encadrés par la navigatrice Catherine Chabaud, sourds et entendants voguent à bord du voilier Tara, depuis les îles Falkland jusqu’en Géorgie du sud, pour se lancer ensuite à pied et à ski de la côte ouest de l’île à la côte est. Au-delà du courage, le film met en lumière l’expérience de l’intimité d’une aventure humaine où les entendants pénètrent ainsi de manière symbolique dans le monde des sourds en se familiarisant avec la langue des signes.

- Le 24 janvier à 18h30 (projection annulée)
« Le dernier rêve de Sir Peter Blake » réalisé par Frank Mazoyer. 52 minutes. Sir Peter Blake, marin légendaire assassiné en Amazonie, rêvait de se rendre au chevet de l’Arctique, royaume de l’ours blanc menacé par le réchauffement climatique. En hommage à leur capitaine, ses anciens coéquipiers décident de réaliser son dernier rêve et embarquent sur le mythique voilier polaire Tara, pour une expédition inédite.

– Le 2 février à 18h30
« Les Hommes » (en présence de la réalisatrice Ariane Michel). 95minutes. Aux confins d’une mer gelée, un bateau s’approche de la terre. Des silhouettes humaines en sortent, elles paraissent étranges. La glace, les pierres et les bêtes du Groenland assistent depuis leur monde immuable au passage de scientifiques venus un été pour les étudier.

LES SEANCES DE DEDICACES

- samedi 26 janvier sur le site de l’exposition

Dino Di Meo, journaliste et co-auteur du livre Tara Oceans, Chroniques d’une expédition scientifique sera présent pour signer l’ouvrage de 15 à 17h.

Francis Latreille, photographe et co-auteur du livre Tara, 500 jours de dérive arctique sera présent pour dédicacer son livre de 16 à 18h.

- tous les jours jusqu’au 3 février
Vincent Hilaire, journaliste et correspondant des expéditions Tara est présent sur le site de l’exposition à Paris pour signer son livre Nuit Polaire, Eté Austral

INFORMATIONS PRATIQUES ET RESERVATIONS POUR ASSISTER AUX RENCONTRES-DÉBATS ET PROJECTIONS

Lieu : Au cœur de l’exposition « Tara Expéditions : à la découverte d’un nouveau monde l’Océan ». Rive droite, Pont Alexandre III, Port des Champs Elysées.
Accès :
Métro, ligne 1 et 13, Champs-Elysées/Clémenceau / RER, ligne C, Invalides / Bus, ligne 72, 83 et 93

Évènements gratuits sur réservation.

Contact réservations : André Abreu andre@taraexpeditions.org
Contact pour les projections : Myriam Thomas, event@taraexpeditions.org
Contact presse : Eloïse Fontaine, eloise@taraexpeditions.org

Informations sur l’exposition : Cliquez ici

CONSEIL SCIENTIFIQUE

Conseil scientifique pour le consortium OCEANS :




Ginger Armbrust, Washington U., Etats-Unis, Protistes
Liz Blackburn, UCSF, Etats-Unis, Biologie cellulaire (Prix Nobel)
Rita Colwell, UMD, Etats-Unis, Microbiologie environnementale
Carlos Duarte, IMEDEA, Espagne, Océanographie
Jed Fuhrman, USC, Etats-Unis, Microbio./ Ecologie
Paul Falkowski, Rutgers, Etats-Unis, Bio-géo-chimie
Françoise Gaill, CNRS, France, Biodiversité
Frank Oliver Glockner, MPI, Allemagne, Bioinformatique
Tony Hyman, MPI, Allemagne, Imagerie
Eddy Rubin, JGI, Etats-Unis, Séquençage
Victor Smetacek, A. Wegner I., Allemagne, Polar Oceans
Curtis Suttle, U. B C., Canada, Diversité virale
Bess Ward, Princeton, Etats-Unis, Biol. Oceanographie

GAGNEZ UNE VISITE PRIVEE A BORD DE TARA ET LE NOUVEAU LIVRE TARA OCEANS

Dans le cadre de l’événement Tara à Paris, nous vous proposons 2 jeux concours afin de gagner :

- une visite privée de Tara guidée par les membres de l’équipage le samedi 24 novembre, un moment privilégié pour découvrir les coulisses de la goélette et l’exposition TARA EXPÉDITIONS, À LA DÉCOUVERTE D’UN NOUVEAU MONDE : L’OCÉAN qui retrace pour la première fois les différentes missions de Tara Expéditions
(invitation pour 2 personnes).

CLIQUEZ ICI POUR JOUER (jusqu’au 15 novembre)

- un exemplaire du livre Tara Oceans, Chroniques d’une expédition scientifique.
Cet ouvrage retrace l’aventure de la goélette et de son équipage pendant l’expédition Tara Oceans (2009-2012) sous la forme d’un carnet de voyage richement illustré, qui mêle récits scientifiques, récits d’aventures, dessins, photographies et même vidéos (sous forme de flash code). L’ouvrage se veut être la synthèse de trois années de mission scientifique et d’aventure
(co-écrit par Eric Karsenti, directeur scientifique de Tara Oceans et Dino Di Meo, journaliste – coédition TARA EXPÉDITIONS / ACTES SUD)

CLIQUEZ ICI POUR JOUER (jusqu’au 19 novembre)

A très bientôt,
L’équipe de Tara Expéditions

Suivez nous sur Facebook!

Interview d’Etienne Bourgois

Le président de Tara Expéditions fait le point sur la riche actualité de Tara.

L’exposition Tara à Paris va bientôt débuter. Qu’allons-nous y découvrir ?

C’est une exposition de qualité où l’on passe de l’infiniment grand de la banquise, à l’infiniment petit du plancton. Plancton qui représente pourtant 98% de la biomasse de l’Océan. C’est un retour sur les 9 ans de travail que nous avons mené avec Tara. La science et la place de l’Humain face à l’Océan sont au cœur de l’exposition. (pour plus d’informations sur l’événement cliquez ici)

Nous avons toujours eu pour ambition de faire comprendre aux enfants l’importance de la nature et de l’environnement. Souvent les jeunes parisiens et franciliens en sont loin ! Tout au long de ces trois mois, nous organiserons donc des conférences, des ateliers, des projections dans l’exposition. Nous accueillerons aussi 130 classes ou centres de loisir !
Le week-end le pont du bateau sera accessible au public et accueilli par l’équipage du bateau. Malheureusement pour des raisons de sécurité nous ne pourrons faire visiter l’intérieur du bateau.

Pour nous, c’est magique d’être à Paris, c’est un formidable catalyseur de rencontres. J’espère que nous rencontrerons le succès et le soutien du public comme cela a été le cas lors de nos dernières escales à travers le monde.

Je tiens à remercier chaleureusement les Voies Navigables de France, la Mairie de Paris, la Fondation EDF, nos partenaires éducatifs et notamment la Région Ile de France et les partenaires médias qui relaient l’évènement. Et bien sûr agnès b. Cette escale n’aurait pu se faire sans eux.

Comment va le bateau ?

Il est en parfait état. Et même, en meilleur état qu’avant l’expédition Tara Oceans ! L’équipage a beaucoup travaillé pour cela à Lorient avec les entreprises locales.

Vous éditez un livre avec Actes Sud, “Tara Oceans chroniques d’une expédition scientifique”. Pouvez-nous en dire quelques mots?

Un livre c’est souvent ce qu’il reste d’une expédition. Ce qui est intéressant, c’est que cela apporte un certain recul sur ce que nous avons fait. Nous ne sommes plus dans l’actualité. Nous avons eu le temps aussi de choisir les plus belles photos. C’est donc pour moi, un très bel objet écrit par le directeur scientifique de Tara Oceans, Eric Karsenti et le journaliste Dino Dimeo.

Justement quelle est l’actualité de Tara Oceans. Quand est-ce que les scientifiques livreront leurs résultats ?

La mission de Tara Expéditions, c’est de sensibiliser le grand public aux questions environnementales et scientifiques, tout en apportant une logistique extrêmement précise aux scientifiques qui travaillent avec nous.
Le temps de la science n’est pas le même que celui de l’expédition. Il faut laisser le temps à nos amis scientifiques d’analyser tout ce que nous avons prélevé pendant la mission Tara Oceans. Cela prendra certainement plusieurs mois, plusieurs années mais je suis convaincu que les découvertes seront majeures. Nous continuerons avec eux à rendre compte.

Tara Expéditions semble prendre un tournant assez politique ces derniers mois. Quelles sont vos ambitions pour les océans et vos moyens d’action ?

En effet, notre expertise a évolué au fur et à mesure de nos expéditions et nous sommes de plus en plus sollicités sur les sujets environnementaux.
Nous avons maintenant au sein de Tara Expéditions quelqu’un qui est spécialement dédié à ce volet, André Abreu.

Nous voulons faire bouger les choses avec d’autres ONG sur des problématiques communes : la gestion de la Haute Mer, le développement des aires marines protégées, etc. C’est d’avantage un engagement citoyen qu’un engagement politique. C’est à la société civile de prendre ces sujets à bras le corps.
La transition écologique, notamment énergétique, ne devrait pas être qu’une incantation. La France et l’Europe devraient être leaders dans ce domaine qui d’autant plus, peut être créateur d’emploi.

Pendant que le bateau est à Paris, nous allons d’ailleurs partager notre expérience, organiser des rencontres sur les enjeux des océans.

Et enfin, nous avons été très honorés par la venue à bord de Tara, en février dernier, du Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon et par son allocution à Rio+20 pendant laquelle il a parlé de notre travail avec Tara Oceans. Je prends la mesure de la confiance qu’il nous a accordée. A mes yeux « Nations Unies » n’est pas un vain mot.

Quels sont vos projets pour le bateau, à court et moyen terme ?

Malgré la crise nous avons décidé avec agnès [Troublé, dite agnès b.] de continuer à soutenir Tara dans le futur. Cela fait près de 10 ans que nous le faisons, nous ne nous inscrivons pas dans le court terme. Mais nous recherchons des partenaires toujours et encore !

C’est important aussi pour nous de profiter de ces moments où Tara n’est pas en expédition pour se poser, réfléchir à notre projet, même douter et mieux repartir.

Après Paris fin janvier nous ferons escale à Marseille, Monaco, Villefranche sur Mer et Bordeaux.

Puis entre mai et novembre 2013, Tara réalisera une circumnavigation de l’Arctique de 20 000 kms, pendant six mois par les passages du Nord Est et du Nord Ouest dans un but scientifique et pédagogique. Si la glace le permet car les fenêtres de passage sont courtes… La plupart des scientifiques et instituts impliqués dans Tara Oceans accompagneront le projet pour étudier l’écosystème polaire marin et compléter le travail effectué depuis 2009. S’ajouteront de nouveaux programmes de recherche spécifiques à cette région, sur les particules de plastique ou sur les traces de polluants. Cette expédition aura également une visée politique en mettant sur le devant de la scène une région au cœur de la machine climatique mondiale et d’enjeux géopolitiques.

TARA A PARIS AVEC UNE EXPOSITION DU 3 NOVEMBRE AU 3 FEVRIER

Du 3 novembre 2012 au 3 février 2013, la goélette d’exploration Tara sera à Paris, au port des Champs Elysées, rive droite, pont Alexandre III.
Le blog de l’événement

Venez découvrir l’exposition TARA EXPÉDITIONS, À LA DÉCOUVERTE D’UN NOUVEAU MONDE : L’OCÉAN qui retracera pour la première fois les différentes missions de Tara Expéditions.
Avec notamment les résultats de son expédition en Arctique, mis en perspectives avec les découvertes actuelles sur cette région du monde.

Egalement des informations sur sa récente expédition, Tara Oceans consacrée à l’étude du plancton marin et son rôle primordial dans la machine climatique mondiale.
Les clichés en noir et blanc de Vincent Hilaire seront aussi exposés pour témoigner de la beauté des deux pôles qu’il a fréquenté en tant que correspondant de bord pendant ces deux dernières expéditions. Un reportage photographique frissonnant.

L’exposition installée dans des containers maritimes donnera au public l’opportunité de comprendre l’évolution de l’Océan dans le contexte de changement climatique actuel et futur ainsi que son rôle majeur pour la vie sur notre planète.

Le pont du bateau sera accessible au public avec des visites réalisées par l’équipage de Tara.

Des ateliers ludiques pour les enfants auront lieu tous les samedis de 14h à 17h.

Tout au long de ces 3 mois à Paris, près de 130 écoles et centres de loisirs parisiens et franciliens seront invités à venir découvrir la nouvelle exposition, à visiter la goélette avec les membres d’équipage et partager des ateliers scientifiques. Ils toucheront ainsi du doigt la réalité d’une expédition scientifique et appréhenderont les problématiques environnementales actuelles.

La venue de la goélette sera aussi l’occasion de réunir scientifiques, organisations environnementales, presse et décideurs européens à travers des rencontres-débats
et projections de films.

Au même moment :
- Sortie du livre Tara Oceans, chroniques d’une expédition scientifique chez Actes Sud, le 17 octobre 2012.


INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu :
- sous le pont Alexandre III au port des Champs Elysées, rive droite – Paris 8ème
- à coté du Grand Palais

Accès :
- métro 1 et 13, Champs-Elysées/Clémenceau
- métro 8 et RER C, Invalides
- bus 72, 83 et 93

Horaires d’ouverture de l’exposition :
- tous les jours de 11h à 18h30 (sauf les mardis, les vendredi 18 et 25 janvier jusqu’à 14h et le dimanche 27 janvier jusqu’à 14h)
- le week-end de 10h à 18h30
- Le pont du bateau est désormais accessible toute la semaine avec des visites réalisées par l’équipage de Tara (visite du pont en semaine : à 11h30 et 15h30 – le week-end : toutes les heures).

Tarifs de l’exposition :
- 6 € à partir de 12 ans
- 5 € étudiants et demandeurs d’emploi
- 2 € de 8 à 12 ans
- gratuit pour moins de 8 ans

AVANTAGE :
- Bénéficiez d’une réduction en billetterie au Palais de la découverte sur présentation du billet de l’exposition Tara et vice versa

Web :
Site : www.taraexpeditions.org
Site Junior : http://www.tarajunior.org/clubtarajunior/
Facebook : https://www.facebook.com/tara.expeditions
Twitter : http://twitter.com/TaraExpeditions

Partenaires de l’exposition
Agnès b., Mairie de Paris, Voies Navigables de France, Région Ile de France, l’ADEME, la Fondation EDF, Palais de la découverte-Universciences, Métro Publications et l’Agence France Presse.

Partenaires de Tara
Agnès b., CNRS, CEA, EMBL, Fondation Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, Fondation EDF, Lorient Agglomération, Programme des Nations Unies pour l’environnement, UICN, UNESCO-IOC.

Contact presse : Eloïse Fontaine, eloise@taraexpeditions.org
Contact pour les visites scolaires et le dispositif éducatif : Xavier Bougeard, education@taraexpeditions.org

Visites londoniennes

Ce week-end, Tara a ouvert ses portes au grand public à Londres. Pas loin de 400 personnes sont montées à bord ! C’est une étrange sensation que celle d’être de l’autre côté du miroir… Londoniens, étrangers, français, passionnés, passants, tous font preuve de curiosité.

C’est l’occasion pour l’équipage qui assure les visites de présenter les expéditions Tara Arctic et Tara Oceans dans les détails, et de faire des rencontres insolites.
Au programme également : des rencontres officielles, avec la visite de Son Excellence l’Ambassadeur de France à Londres, Monsieur Bernard Emié.

Pendant l’escale, nous découvrons les lieux aux alentours. Après avoir déambulé au pied des buildings de la City, à notre tour de prendre de la hauteur.

Première halte, le passage du méridien de Greenwich au Old Royal Observatory, à quelques milles de St Katharines docks. Le méridien de Greenwich est la ligne invisible qui sépare la planète entre l’Est et l’Ouest et qui marque l’origine des longitudes depuis 1884. Elle est utilisée en mer, à terre et dans les airs. Elle sert aussi de référence au temps universel divisant la terre en 24 fuseaux horaires qui ont largement facilité les échanges d’un pays à un autre.

Eloignons nous encore un peu, c’est maintenant la lune qui s’en mêle : les berges de la Tamise ne cessent de changer de paysages sous le pinceau de la marée dont l’influence est bien visible même ici à 40 milles nautiques (80 km) de l’embouchure.
La Tamise, dont l’eau aux couleurs opaques serpente au cœur de Londres, nous rappelle que les murmures de la ville et les traces des activités urbaines finissent toujours par atteindre la mer.

Le bateau continue de réunir et fédérer. Lundi et mardi ce sera au tour des scolaires d’arpenter les coursives de Tara. Puis l’escale londonienne se terminera par une intervention de Chris Bowler, coordinateur scientifique de Tara Oceans, au Science Museum, mercredi 26 septembre, à partir de 19h30.

Il sera ensuite temps de repartir vers les côtes françaises, jeudi prochain, mettant le cap sur Boulogne-sur-mer, bon vent à toi Tara !

Laetitia Maltese

TARA A LONDRES

Après Dublin et avant Paris, la goélette de recherche scientifique Tara arrivera à Londres le 17 septembre pour une escale de 10 jours.  Tara vient de terminer l’expédition Tara Oceans – une mission  de  2 ans et demi  qui a parcouru 70,000 miles à travers les océans Atlantique, Pacifique, Antarctique et Indien, afin d’étudier la biodiversité marine dans le contexte du rechauffement climatique et des évolutions de l’océan mondial.

Les scientifiques à bord le Tara explorent le role du plancton à la base de la chaine alimentaire, l’écosystème marin dans son ensemble, et les possibles effets du changement climatique. Les nombreux chercheurs, journalistes, artistes et l’équipe Tara Expeditions ont informé le grand  public, exposé les enjeux, et dialogué sur l’avenir des oceans tout au long de la mission.

Avec le soutien du CNRS, du CEA et de l’EMBL*, 21 laboratoires de 10 pays collaborent à l’expédition Tara Oceans et partagent leurs découvertes à travers une base de données  commune.  Il faudra près de 10 années pour exploiter les 27.000 échantillons collectés. La synthèse des informations collectées pendant l’expédition, et le travail d’analyse de ces prochaines années donneront une première vue d’ensemble du plancton et de ses rôles et relations dans l’écosystème marin.

Tara Oceans a pris position en faveur de la protection des océans aux Nations Unies et à Rio + 20, avec l’appui de Ban Ki-moon, Sécretaire Général des Nations Unies qui a déclaré:  “J’ai eu l’occasion de monter à bord de Tara. L’équipe m’a réellement inspiré.  Nous avons dialogué sur les équilibres dans les océans et le changement climatique. Je leur suis très reconnaissant de leurs efforts pour sensibiliser le grand public aux enjeux écologiques… et je suis fier que Tara Expeditions soit soutenu par les Nations Unies.”

En mai 2013, Tara se dirigera vers le Grand Nord pour une nouvelle expédition scientifique. La goelette de recherche fera le tour de l’Océan Arctique par les passages nord-ouest et nord-est.

agnès b. est le mécène principal de Tara Expeditions. Très concernée par l’avenir de notre planète, elle soutient le bateau et ses expéditions depuis 2003:  “Je me suis engagée personellement dans ce projet qui, au début pourrait sembler complètement utopique. Enfin c’est une histoire remarquable.  Notre programme de recherches fait avancer la science.  Grâce à l’aventure scientifique et humaine de Tara, nous avons réussi à sensibiliser les jeunes générations aux enjeux majeurs de l’environnement.”

Le programme de Tara jusqu’à mai 2013

Entre deux expéditions, Tara est loin d’être inactif ! Nous mettons tout en œuvre pour remplir l’une de nos missions qui est de rendre compte, de partager et d’éclairer le grand public sur les thèmes : océan et réchauffement climatique.

Au niveau plus politique, Tara Expéditions avec à sa tête Etienne Bourgois et Romain Troublé continue à promouvoir l’agenda bleu comme cela a été fait à Rio+20 en juin dernier. Pour ce faire nous contribuons à la mise en place d’une conférence sur la Mer au Conseil Economique, Social et Environnemental cet hiver et avons créé cet été l’Alliance pour les Mers et les Océans avec Nausicaa, Green Cross, Sea Orbiter et World Ocean Network. C’est une dynamique, économique, sociale, environnementale et culturelle que nous souhaitons impulser vers une nouvelle prise en compte de la Mer dans la société.

De septembre 2012 à janvier 2013

Tara prendra la direction de Roscoff (Finistère), berceau de l’un des laboratoires de l’expédition Tara Oceans : la Station Biologique de Roscoff (CNRS/UPMC). Au menu les 13 et 14 septembre, des visites de scolaires qui ont suivi la mission de Tara à travers le monde.

Puis Tara traversera la Manche pour se rendre à Londres du 17 au 27 septembre (Saint Katharine’s dock). Des projections des films de Tara Oceans sont prévues au Maritime Museum et certains scientifiques de Tara Oceans seront présents le 26 septembre à une conférence consacrée au changement climatique au Science Museum. Des scolaires pourront visiter le bateau et le bateau sera ouvert au public les 22 et 23 septembre.

Après un passage par Le Havre du 1er au 14 octobre, cap sur Paris du 3 novembre au 15 janvier 2013. La goélette sera visible au port des Champs Elysées, rive droite, pont Alexandre III. Sur les quais, une exposition grand public retracera les différentes missions de Tara Expéditions avec notamment les grandes conclusions de son expédition en Arctique et des informations sur sa récente expédition sur tous les océans. L’exposition aura pour objectif de donner au public l’opportunité de comprendre l’évolution de l’Océan dans le contexte de changement climatique actuel et futur ainsi que son rôle majeur pour la vie sur notre planète.

Tout au long de ces 3 mois à Paris, 128 écoles ou centres de loisirs parisiens et franciliens seront invités à venir découvrir la nouvelle exposition, à visiter la goélette avec les membres d’équipage et partager des ateliers scientifiques.

A partir de la première quinzaine d’octobre, le livre Tara Oceans, chroniques d’une expédition scientifique édité chez Actes Sud sera disponible en librairie.

D’un point de vue pédagogique, cette année 2012/2013 riche en rencontres sera aussi l’occasion pour les élèves de découvrir ce qui se passe dans les laboratoires après l’arrivée des échantillons récoltés pendant l’expédition Tara Oceans. Le dispositif « du bateau au labo », mis en place avec le rectorat de Rennes et l’Institut Français de l’Education, mettra en relation des classes de collège et lycée avec les scientifiques de la mission pour une découverte concrète et passionnante du monde de la recherche.

De janvier à mai 2013

Marseille, Monaco, Villefranche-sur-mer, Bordeaux et Nantes… Chacun de ces ports seront sur la route de Tara avant son départ de Lorient pour sa prochaine expédition arctique en mai 2013.

Tara va réaliser une circumnavigation de l’Arctique de six mois par les passages du Nord Est et du Nord Ouest dans un but scientifique et pédagogique et donc parcourir ce Grand Nord qui est en train de subir une rude et rapide évolution. Cette mission aura pour but d’étudier la microbiologie marine arctique comme nous l’avons fait lors de Tara Oceans, d’accomplir de nouveaux programmes de recherche spécifiques à cette région, sur l’océanographie polaire, les particules de plastique ou sur les traces de polluants par exemple.

A Lorient pour l’été

Après une escale irlandaise et deux escales bretonnes, Tara est revenu à son port d’attache à Lorient. Il y restera jusqu’au 25 août puis participera au Festival International du Film Insulaire de Groix. Quelques mots de son capitaine, Loic Vallette :

Ici à Lorient, nous sommes amarrés à la base de sous-marins, devant la Cité de la Voile Eric Tabarly, depuis lundi soir après une navigation très calme depuis Douarnenez et des pointes à 12 noeuds dans le Ras de Sein.
Cette tournée celte et cette navigation nous ont permis de valider toutes les modifications et réparations entreprises sur Tara pendant le gros chantier du printemps.

L’équipe réduite pour ce mois d’août va se concentrer sur les finitions et rendre le bateau le plus beau possible. Peinture sur le pont, Vernis, rangement…
Nous avons débarqué tout le matériel de sécurité pour le controle annuel : radeaux de survie, combinaisons d’immersion, extincteurs, Fenzys…
Nous allons pouvoir également continuer le “chantier électrique” de Tara au delà des armoires principales.
Brieuc qui reste avec nous jusqu’à la fin du mois a entrepris les modifications prévues au pieds des mâts pour rendre les manoeuvres plus faciles et plus sûres.

Le bateau est toujours plein de vie. Anna Deniaud, correspondante de bord semble toujours y trouver l’inspiration. Myriam Thomas, chargée des opérations spéciales de Tara Expeditions est venue s’occuper des conteneurs de la future exposition pour Tara à Paris.
Baptiste Bernard, notre jeune marin, a quant à lui la visite de toute sa famille. Son père, François Bernard, alias “Ben” est un habitué du bateau qu’il retrouve avec beaucoup d’enthousiasme. Il a en effet pu monter plusieurs fois à bord en tant que photographe. Rendez vous sur la nouvelle galerie (tara-gallery.com) pour y découvrir ses sublimes clichés.

Loïc Vallette

Tara continue sa virée celte

Ce vendredi matin, après trois jours d’escale, nous avons quitté Dublin et le port de Dun Laoghaire. Un ciel gris et de la pluie nous accompagnent pour le moment lors de cette « redescente » sur la France, et Brest. Un vent assez léger mais portant nous a permis de hisser les voiles tout de suite après le passage de la jetée est.

Après un approvisionnement en fioul, Tara a quitté son quai vers dix heures ce matin. Malgré la pluie et la fraîcheur ambiantes, un petit comité était là pour nous souhaiter    « Bon vent ». Emmanuel Reynaud biologiste coordinateur de l’imagerie pendant l’expédition Tara Oceans également organisateur de cette escale pour l’UCD (University College of Dublin), mais aussi d’autres acteurs de cette étape en terre irlandaise, comme le « staff » de la capitainerie de Dun Laoghaire, nos hôtes.

Nous sommes désormais treize à bord avec le secrétaire général de Tara Expéditions, Romain Troublé, et le journaliste et écrivain Patrick Poivre d’Arvor. Tous deux nous ont rejoint par les airs à Dublin.

C’est un début de retour vers l’hexagone tout en douceur. Un léger flux d’air nous porte vers Brest. Il nous a permis de « décoller » ce matin de Dublin avec toutes les voiles à poste, mais déjà en début après-midi nous marchions toujours sous voiles mais à présent avec l’appui des deux moteurs.

Au terme d’une navigation d’un peu plus de 300 miles nautiques (600 kilomètres), nous « atterrirons » à Brest dans deux jours pour participer au célèbre rassemblement de vieux gréements qui fête cette année ces vingt bougies. A 23h dimanche prochain, quelques heures après notre arrivée, Tara et son équipage participeront à une première parade, avant celle qui conduira l’Armada, le 19 juillet de Brest à Douarnenez.

Pour l’ensemble de l’équipage, malgré les très chaleureux moments passés en Irlande, faire cap au sud porte l’espoir de températures un peu plus estivales. Pendant les trois jours passés à Dublin, nous avons connu de belles périodes d’ensoleillement mais souvent entrecoupées de copieuses averses.

Mais pour l’instant notre route en mer d’Irlande se taille sous un ciel gris et un crachin celtique presque ininterrompu.

Vincent Hilaire

Eric Karsenti passionne les scientifiques à Dublin

Hier matin, Eric Karsenti co-directeur de l’expédition Tara Oceans, a présenté à Dublin devant un parterre de scientifiques venus de toute l’Europe, les premiers résultats de ces deux ans et demi d’expédition autour du monde. Moins de quatre mois après le retour à Lorient, plusieurs publications sont déjà prévues pour les six mois à venir.

A l’issue de cette conférence d’une heure, Eric Karsenti a reçu l’ovation de ses pairs.

Vincent Hilaire : Eric, vous êtes intervenu à de multiples reprises dans le monde entier pour présenter le projet Tara Oceans, aujourd’hui vous venez d’achever ce « talk » devant les scientifiques réunis à l’occasion de l’ESOF ( Le Forum scientifique européen annuel), que vous a inspiré cette nouvelle conférence ?

Eric Karsenti : Cette conférence que j’ai présenté devant à peu près deux cents scientifiques et de nombreux journalistes, restera l’une des premières ou je montre très concrètement des résultats scientifiques très aboutis concernant l’expédition Tara Oceans. La première présentation a eu lieu à l’Ecole Normale à Paris, il y a peu de temps.
Dans l’ensemble, les scientifiques sont stupéfaits, et nombreux sont ceux qui veulent utiliser désormais les mêmes méthodes, avec en particulier le protocole  d’échantillonnage et d’analyse. Un chercheur de Dublin m’a demandé par exemple aujourd’hui s’il pouvait utiliser aussi ces méthodes, il veut multiplier les échanges avec Tara Oceans.

Vincent Hilaire :  Depuis le retour d’expédition à Lorient en mars dernier, qu’est ce que les chercheurs ont fait dans leur laboratoire respectif ?

Eric Karsenti : Partout dans les laboratoires du consortium Tara Oceans, les chercheurs travaillent beaucoup.Tous les coordinateurs scientifiques de Tara Oceans prospectent sur les milliers d’échantillons que nous avons réussis à ramener à terre, et quatre articles sont en cours de rédaction pour des publications prochaines dans des revues de sciences. Nous cherchons à recruter des chercheurs en stage post-doctoral. Nous avons créé aussi un site web scientifique à l’EMBL, le laboratoire où je travaille en Allemagne, et ainsi tous les coordinateurs peuvent partager leurs résultats et l’avancée de leurs travaux.
On a finalisé aussi le financement du « Grand emprunt » attribué il y a quelques mois par l’ancienne équipe du ministère de la recherche.

Vincent Hilaire :  Dans combien de temps seront publiés les quatre premiers articles dont vous venez de parler ?

Eric Karsenti : Entre six mois et un an. Un article concernera des stations méditerranéennes. Un deuxième la biodiversité de trente cinq stations différentes. Un troisième, les gyrus, ces virus géants. Et enfin, le sujet du dernier sera les phages, ces virus de bactéries.

Vincent Hilaire : Et pour analyser tous ces échantillons vous prévoyez toujours dix ans de délai ?

Eric Karsenti : Oui.

Propos recueillis par Vincent Hilaire

Retour à la vie à bord

Fin de chantier à bord de Tara à Lorient. Le bateau est à l’eau depuis 15 jours maintenant. L’équipage vit de nouveau à bord et retrouve ses repères. A six, nous avons de la place. Chacun sa cabine, comme autour du monde mais une bannette sur 2 est occupée, c’est le grand luxe.

Nous continuons de travailler pour être prêt à reprendre la mer pour Dublin le 7 Juillet. Nous nous occupons des aménagements intérieurs les jours de pluie et du pont les journées estivales.

Aujourd’hui Baptiste Regnier installe deux nouveaux Winchs sur le pont. François Aurat en contrôle d’autres. Baptiste Bernard construit un nouveau plancher dans la descente et Daniel Cron étudie les plans de câblage des nouveaux alternateurs.

Tous les jours nous assistons au départ en mer des plus beaux bateaux de course au large, VO 70, Trimaran géant, 60 pieds IMOCA, avec un peu d’envie et beaucoup d’impatience…

Dimanche, nous irons sur l’eau pour le départ de la dernière étape de la Volvo Ocean Race. Le dernier sprint vers Galway en Irlande avec l’espoir d’une victoire française !
Ensuite viendra notre tour de reprendre la mer…

Loïc Valette, capitaine de Tara

Clichés d’expé qui font rêver…

Vincent Hilaire, correspondant à bord de Tara et Julien Girardot, marin cuisinier durant l’expédition Tara Oceans, ont présenté ce week-end leurs expositions photographiques au Palais des Congrès de Lorient. Deux artistes, deux styles différents, deux regards mais une même passion: la photographie et un sujet commun: Tara. 

Rencontre avec ceux qui partagent du rêve à travers leurs photos…

Présente-nous ton exposition…

Vincent “D’un pôle à l’autre, la poésie des glaces”, est une exposition de quarante photographies qui réunit deux aventures, l’une au pôle Nord durant Tara Arctic et l’autre au pôle Sud lors de Tara Oceans. Ce sont donc vingt photos de l’Arctique et vingt de l’Antarctique, toutes en noir et blanc, qui ont été prises à trois années d’intervalle mais à la même époque. Ce qui est intéressant, c’est ce contraste entre la nuit polaire et le jour sans fin au pôle sud.

Julien: “Un marathon Unique” compte cinquante photographies prises entre Djibouti et l’île Maurice lors de l’expédition Tara Oceans. C’est une sorte de carnet de voyage où chaque image est accompagnée par un petit texte. Ce sont des photos en couleur, qui abordent des thématiques diverses, la science, la navigation, la vie à bord, les escales, les rencontres…

Que souhaites-tu faire partager à travers ces photos ?

: J’ai eu la chance de voyager dans ces paysages magnifiques que sont les glaces, alors j’ai voulu faire connaître l’ambiance particulière qui se règne là-bas: la beauté de la nature, la pureté des paysages… Au pôle, le temps s’arrête et à chaque seconde tu as l’impression de vivre un moment d’éternité, c’est ce sentiment que je souhaite partager avec le public. Au pôle Sud, en dehors des paysages et Tara, j’ai plutôt photographié les mammifères marins, les manchots… En revanche au pôle Nord, mes photos traduisent plus l’aventure humaine et personnelle que j’ai vécue pendant cinq mois. Je pense que lorsqu’on a ce privilège de s’aventurer sur ces terres, c’est un devoir de transmettre ce que l’on a vu et vécu, de faire rêver les autres…

J: L’aventure à bord de Tara, c’est bien sur la science, mais il y a aussi tous ces échanges entre les hommes, que ce soit à bord ou en escale… J’ai voulu partager les belles rencontres que j’ai faites, même les plus brèves comme avec cette jeune vendeuse de Bombay. J’ai voulu montrer ces moments d’émotion vécus entre hommes, comme par exemple lorsque Abdhu, notre accompagnateur sur les récifs djiboutiens, découvre les photos de Tara en Arctique, il n’avait jamais vu ça. C’est ce genre d’instants touchants, humains, fraternels, que j’aime photographier et partager.

Combien de clichés avais-tu en boite ?

V: Près de 8000 photos pour chaque pôle.

J: Je prends en moyenne à bord près de 1000 photos par mois, alors je devais en avoir 4000 environ…

Comment as-tu choisi tes photos ?

V: Le choix des photos s’est fait en croisant plusieurs critères, l’esthétisme, la poésie, l’impression d’unité… Le trait d’union entre les deux pôles, c’est bien sûr Tara.

J: Dans le choix de mes photos, j’ai pris en compte l’artistique mais aussi le caractère informatif de celles-ci.

Quelle est ta photo préférée ?

V: Pour l’Arctique, c’est “La Baleine”. Tara repose sur la glace, sorte de vaisseau froid échoué dans la nuit sur une croute gelée.
Pour l’Antarctique, c’est le contre jour de l’iceberg dans Antarctic sound, c’est comme un tableau.

: C’est celle de l’envolée d’oiseaux à Saint Brandon. Une couronne d’oiseaux encercle Tara au mouillage, le décor baigne dans une lumière jaune orangée… En plus, bon c’est anecdotique… mais le lieu s’appelle “Cargados Carajos” ce qui signifie la couronne d’oiseaux en portugais. Au-delà de l’image en soi, cette photo me rappelle l’instant magique que j’ai passé seul là-bas…Une fois la photo en boite, je me suis baigné dans ce décor de rêve.

Quelles sont les prochaines dates d’exposition ?

V: Il n’y a rien de défini encore, mais elle va surement voyager en France et je l’espère à l’étranger. Suite à notre passage à New York, j’ai envie qu’elle aille là-bas et j’espère aussi traduire mon livre en anglais.

J: Du 10 juillet au 10 août, “Un marathon unique” sera exposé à Roscoff en extérieur. L’exposition sera enrichie de quarante nouveaux clichés, que j’ai fait lors de mes derniers embarquements en Polynésie et de New York à Lorient.

As-tu d’autres projets personnels en tête ?

V: J’ai envie de travailler, toujours en noir et blanc, sur le thème de l’humain face à la déshumanisation, de montrer ce qui me paraît choquant dans notre société. Et j’espère aussi retourner avec mon appareil dans le désert marocain, c’est là-bas que s’est révélée l’envie de passer du voyage à l’aventure.

J: J’ai un projet de livre photographique sur le thème du renouveau des bateaux traditionnels à voile, dans les lagons polynésiens. Cette idée est née suite à mon passage avec Tara en Polynésie.

Propos recueillis par Anna Deniaud

Souvenirs d’expédition de Sarah et Marc

À la veille de notre arrivée à Lorient, le dernier volet de notre série consacrée aux souvenirs d’expédition, rend hommage aux ingénieurs océanographes. Infatigablement et quelquefois dans des conditions de vent et de mer sportives, Sarah Searson et Marc Picheral, assistés par de nombreux autres ingénieurs océanographes, ont mis à l’eau des milliers de fois divers instruments pour collecter eau et micro-organismes, pendant ces deux ans et demi d’expédition. Contrairement à beaucoup d’autres leurs meilleurs souvenirs ne concernent pas d’escales en particulier.   

Sarah Searson, ingénieur océanographe : 19 mois à bord

- Ton meilleur souvenir ?
- Sarah Searson : « Certainement toutes les rencontres que j’ai faites, les personnes que j’ai connues. Avant d’embarquer sur Tara, j’avais visité de nombreux pays, déjà rencontré beaucoup de gens. Mais là entre ceux qui se sont succédés à bord, les ports d’escales et les visites de Tara un peu partout, j’ai bénéficié d’une fenêtre extraordinaire sur le monde.
Et c’est d’ailleurs pareil en sens inverse, je crois, pour tous ceux que nous avons rencontrés, Tara leur a donné quelquefois au gré de ces échanges une autre ouverture sur le monde, sur notre monde ».  

- Qu’est ce que représente pour toi Tara ?

-Sarah Searson : « Avant d’embarquer sur Tara, j’avais déjà travaillé sur une quarantaine de navires, tous beaucoup plus grands. Et au final, j’aime plus Tara que les autres pour cette raison. Nous y vivons plus en communauté, tout le monde aide et pas seulement quand ça concerne uniquement ton cœur de métier.
Au départ, j’avais même des doutes sur notre capacité à faire de la science de haut niveau à bord de Tara, à cause de son roulis, à cause de sa taille justement. Mais maintenant je suis très fière de ce que nous avons accompli avec Marc (NDLR : Picheral). Nous avons collecté le maximum de ce que nous pouvions imaginer, je suis très fière et surprise en même temps avec le recul de cette réussite ».

-Y a-t-il un esprit Tara Oceans ?
-Sarah Searson : « Il y a toujours un esprit différent sur les bateaux quelqu’ils soient, c’est parce que tout le monde vit ensemble dans le même espace. A mon avis, il y a effectivement un esprit Tara Oceans, parce que pendant cette expédition beaucoup de gens sont revenus à bord à plusieurs reprises. C’est bon de revoir les gens, ça permet de mieux les connaître peu à peu, et c’est comme ça que la communauté s’est créée. Il y aura toujours eu une bonne camaraderie à chaque étape, du début à la fin ». 

Marc Picheral, ingénieur océanographe : 10 mois à bord

- Ton meilleur souvenir ?
- Marc Picheral : « C’est l’arrivée sous voiles au portant, sur l’île de Sainte-Hélène dans l’Atlantique sud avec une excellente équipe. Nous étions à dix nœuds, et c’était pour moi la première fois de toute l’expédition que j’avais les sensations d’être sur un voilier. Tara naviguait bien, tout roulait.
Avant en Méditerranée, on avait eu beaucoup plus de vent aux alentours de 60 noeuds, mais là pour le coup ce n’était pas vraiment du plaisir. Ensuite, on avait essuyé aussi un coup de chien entre Beyrouth et Port Saïd. Et puis dans l’Indien, on a crevé de chaud, mais surtout on n’a pas eu un souffle de vent ! Et puis enfin Eole a été avec nous ».   


- Qu’est-ce que représente pour toi Tara ?

- Marc Picheral : « Pour moi Tara c’était d’abord Antarctica. Un bateau mythique. J’avais déjà un peu navigué à son bord à l’époque, pour une formation à la mise à l’eau d’instruments océanographiques.
Tara à proprement parler, c’était avant tout un challenge professionnel. Comme Sarah, je ne croyais pas vraiment au début à nos chances de ramener des échantillons et des mesures de première qualité dans le cadre de Tara Oceans. Maintenant, alors que nous rentrons à Lorient, je peux dire que Tara est devenu un vrai navire de recherche. Le mythe initial d’un voilier d’aventure a pour moi laissé place à la réalité d’un bateau de travail ».

- Y a-t-il un esprit Tara Oceans ?
- Marc Picheral : « Pour moi Tara est avant tout une plate-forme de travail avec des contraintes qui peuvent se changer en histoires humaines. Dès que tu passes du temps sur n’importe quel bateau tu crées des liens, la seule différence ici c’est qu’on a passé beaucoup de temps, c’est là que se trouve la différence, et la cause de ces relations ».

Propos recueillis par Vincent Hilaire

Le compte à rebours

Depuis hier, avec dix-sept personnes à son bord, Tara fait route vers la dernière destination de l’expédition Tara Oceans, Lorient. Après avoir quitté la côte espagnole en début de nuit, la goélette est maintenant sous voile, et un tiers des 330 miles de cette ultime étape ont déjà été parcourus. Chacun d’entre nous vit pleinement les derniers instants de cette expédition. Voici ce qui traverse en ce moment l’esprit des principaux concepteurs de ce projet.

Qu’est-ce que représente pour vous cette fin d’expédition ?

- Eric Karsenti, co-directeur de l’expédition Tara Oceans : “C’est un succès dans la mesure où on a réussi à faire tout ce qu’on voulait. C’est une fin et un début aussi. La fin de la collecte et le début de l’analyse.
Maintenant qu’on a de l’argent grâce à la somme qui nous a été donnée par le gouvernement français dans le cadre des “Investissements d’avenir”, on va créer une base pour les données, l’imagerie avec toutes les photos de micro-organismes que nous avons prises à chaque station, et pour le séquençage génétique aussi. C’est une grande structure qu’il faut désormais imaginer et mettre en place.
Ensuite viendra la deuxième partie du travail, la mise à disposition de toute cette matière collectée pendant l’expédition pour la communauté scientifique”.

- Etienne Bourgois, co-directeur de Tara Oceans : “Oui, Tara Oceans ne fait que  commencer. Tout est désormais dans la main des scientifiques. Pour ce qui concerne plus spécifiquement Tara Expéditions, nous allons continuer à échanger, à partager le fruit de ces aventures avec le public, à expliquer ce que nous faisons aux enfants.

Je me réjouis du retour aussi de Tara à Lorient, ça clôture un long voyage. Je suis très satisfait de l’osmose qui règne entre l’équipe Tara et le “team science”, il ne faut pas que tout ça retombe. On va donc tout entreprendre pour que cette collaboration continue avec les laboratoires partenaires de Tara Oceans.
Je tiens par ailleurs  à féliciter l’équipage de Tara. Après 115 .000 kilomètres, le bateau est dans un super état, c’est un très grande satisfaction pour moi”.

- Sabrina Speich, physicienne, coordinatrice de Tara Oceans : “La majeure partie des 153 stations que nous avons faites, a très bien fonctionné. A l’origine, nous avions des données satellites, elles nous ont permis de choisir des lieux d’échantillonnages dans des masses d’eau différentes, et donc de mettre au point une vraie stratégie scientifique. Nous avons combiné des données altimétriques, de températures de surface de la mer et de chlorophylle. Jamais aucune expédition, aucun navire océanographique n’avait entrepris un tel travail en temps réel pendant deux et demi ans d’affilée. Maintenant, un grand travail d’exploitation commence.
La force de ce projet, c’est que nous avons réuni des océanographes physiciens, des biologistes, et grâce à cela nous avons pu mener une détection très variée dans l’Océan Global de la biodiversité à la génétique. La première partie du travail est faite, il faut maintenant que cet esprit d’équipe continue”.

- Chris Bowler, biologiste, coordinateur de Tara Oceans : “Ce n’était pas du tout   évident, on a du ajuster le tir sur plusieurs choses, et tout a marché. Aujourd’hui, l’expédition se termine et je suis d’abord fatigué même si j’attends avec impatience ce grand final, et je savoure de manière intense cette réussite. Je suis aussi très excité par la suite, j’ai hâte que l’on se focalise maintenant sur l’analyse de tous ces échantillons. En plus, les premiers résultats préliminaires nous amènent déjà vers de nouveaux horizons dans la compréhension de la vie planctonique dans les océans. Nous disposons d’énormément d’informations.
Cette arrivée proche, c’est aussi un peu étrange. Venir à bord sans préparer une station, “les logs sheets” et les tubes avec leur étiquetage, ce n’est pas le fonctionnement habituel on ressent un vide”.

- Colomban de Vargas, biologiste, coordinateur de Tara Oceans : “Tara Oceans, ça  restera pour moi une histoire à la fois professionnelle et personnelle. Grâce à cette expédition, j’ai rencontré ma femme et nous avons aujourd’hui un petit Joseph. C’est donc un succès scientifique et personnel.

J’ai aussi l’appréhension que ça s’arrête, cette expédition c’est trois ans de notre vie. En permanence, nous pensions à Tara et au travail. J’ai donc l’angoisse de la fin, mais on va rebondir sur la suite. Avec Tara Oceans, j’ai réalisé l’un des objectifs de ma vie : Savoir ce qu’il y a dans l’eau des océans, des virus aux petits animaux. On a devant nous de très belles années de recherche, c’est un rêve qui s’accomplit.

Je regrette que Gaby Gorsky, l’un des concepteurs du projet avec Eric Karsenti et Christian Sardet, ne soit pas là. Mais il est retenu par ses fonctions de directeur de l’observatoire océanographique de Villefranche-sur-mer. Si l’arrivée de l’expédition dans deux jours est aussi grandiose que le départ, ça promet”.

Propos recueillis par Vincent Hilaire

Et viva…A Coruna !

Après une traversée atlantique retour sans dépressions douloureuses, nous sommes arrivés ce mardi à la pointe nord-ouest de l’Espagne. C’est le dernier sas avant Lorient. Nous sentons désormais arriver la fin de cette aventure, avec nostalgie mais aussi satisfaction de tout le chemin parcouru et la qualité du travail accompli.

Dès son lever, le soleil était plein de promesses. Avec certitude, nous savions qu’une belle journée nous attendait. Dans la brume du matin, on devinait une côte, comme des falaises. Lentement, Tara taillait sa route dans l’eau verte et calme. Un parfum de goémon et d’algues se dégageait des flots. Un parfum agréable qui rappelait aux Bretons du bord leur terre d’attache. 8H00 et déjà 20°C.

Dans la brume perçait maintenant un cône comme un clocher. Quelques miles plus loin, la côte se dessinait un peu mieux et l’on apercevait les premiers immeubles. En fait de cône, c’était le phare surplombant « Punta Eiras » qui déployait un peu de sa prestance.

La brume était maintenant bien levée quand quelques globicéphales sont sortis à quelques mètres de Tara. Placidement, ils remontaient à la surface pour respirer avant de définitivement sonder quelques secondes plus tard.

Comme à chaque atterrissage, la plupart de l’équipage était réuni sur le pont pour apprécier ce retour sur Terre. Même après quelques heures de sommeil à peine, pour ceux qui avaient les plus mauvais quarts, l’excitation était suffisante pour sortir les plus fatigués de leur bannette.

Enfin, la digue du port de A Coruna s’offrait à nos yeux. Après avoir envoyé le pneumatique en éclaireur pour s’enquérir des places disponibles, Loïc Vallette a accepté le prix de l’escale et Tara a été rapidement amarré tribord à quai.

Cette dernière étape avant « le retour à la maison », sera juste un « touch and go ». Nous quitterons la Corogne dès demain avec à bord Etienne Bourgois et Romain Troublé, respectivement président et directeur des opérations de Tara Expéditions. Avec eux, Eric Karsenti et plusieurs coordinateurs scientifiques de Tara Oceans, avec lesquels nous ferons cet ultime voyage. Un moment de partage et de joie avant ces grandes retrouvailles avec notre port d’attache et d’attachement, Lorient.

Au fait, une dernière chose. Depuis ce midi, après deux ans et demi de voyage autour du monde nous avons retrouvé l’heure de France.
Ça nous rapproche encore un peu plus de vous !  

Vincent Hilaire    

La dernière station

C’est le genre de phrase qu’on a le privilège d’écrire que quelquefois dans sa vie. Ce samedi 24 mars 2012 fera date. Dans l’océan Atlantique, à 300 miles nautiques de la côte espagnole, s’est achevée ce jour-là l’expédition Tara Oceans. C’était la 153ème et dernière station de cette aventure hors du commun. Une collecte des micro organismes marins réalisée à l’échelle  planétaire pendant deux ans et demi.

« C’est un succès, le fruit de beaucoup de travail », Eric Karsenti, directeur scientifique de Tara Oceans ne boudait pas son plaisir hier, même s’il est impatient de connaître maintenant les résultats de tous ces efforts, ce que voudront bien nous « dire » tous ces échantillons. Et il faudra pour ça encore beaucoup de patience aux chercheurs, et au moins la même ténacité que les deux ingénieurs océanographes, Sarah Searson et Marc Picheral, qui ont mis à l’eau pendant cette période 674 rosettes.

Ils se sont relayés inlassablement dans ce raid océanique, d’escales en traversées, d’avions en avions, de pays en pays avant de retrouver encore le pont arrière de Tara. Coureurs de fonds… marins !

Sarah Searson aura passé à elle seule 19 mois à bord ! Respect !

Chef scientifique de ce leg et coordinateur de l’expédition, le biologiste québécois Stéphane Pesant se disait aussi « très très satisfait » de ce leg en particulier. L’idée était de refaire une station dans la même masse d’eau que la précédente, la n°152,  mais après le passage d’un coup de vent.

Le coup de vent est bien passé, juste le temps qu’il fallait, pour permettre à l’équipe de Stéphane de sonder une nouvelle fois la masse d’eau et ses petits occupants. Avant l’analyse de ces nouveaux échantillons, une certitude déjà pour lui, « il y a des changements liés au passage de ces quarante nœuds de vent. Ce ne sont pas les mêmes types de zooplancton que nous avons pêché avant et après cet épisode venteux. Il y a eu un brassage lié au vent, c’est clair ».

Et ce brassage nous l’avons vécu de près, pendant deux jours. Tara aura accompli sous voiles des allers et retours dans cette zone d’échantillonnage, privant de sommeil nombreux d’entre nous. Dans certains creux, entre deux montagnes liquides, nos couchettes ressemblaient plus à des trampolines !

Pour Loïc Vallette, notre capitaine, « avec cet air, on aurait pu en profiter pour faire route vers la Corogne au portant. Au lieu de ça, on a viré pour retourner dans quarante nœuds. C’est pas très marin mais il fallait le faire et on l’a fait ! »

Au lendemain, après un coucher et un lever de soleil aux couleurs exceptionnelles, cette dernière station démarrait sous les meilleurs auspices. Dès les premières lueurs de l’aube, l’air était doux, la mer beaucoup plus calme avec encore un peu de roulis, tant mieux la journée allait être longue.

Dans un rythme digne d’un marathon, l’équipe scientifique assistée des marins pour l’usage du treuil, ne réalisait pas moins de 22 mises à l’eau jusqu’à 23H12. C’est à ce moment-là que le dernier filet, le WPII avec une maille à 200 microns a été remonté. Ce n’était pas une « grande » pêche, bien au contraire, mais Stéphane et Eric avait le sourire aux lèvres. Comme le disait Marc Picheral quelques minutes plus tôt, les traits tirés, « toutes les bonnes choses ont une fin ». Les sourires de Stéphane et Eric semblaient faire écho à cette phrase. Un nouveau marathon était terminé, et l’ensemble du raid aussi.

A cette satisfaction du devoir accompli, et avant de s’octroyer un repos bien mérité, l’ensemble de l’équipe trinquait à cette réussite, pensant aussi au reste de l’équipe disséminée à terre.

Lundi 26 mars, une dernière rosette symbolique sera mise à l’eau exactement là où deux ans et demi plus tôt la première station était faite, la boucle est bouclée.

Pour réussir cette nouvelle mission importante, quatre ans après celle de l’Arctique, il aura fallu encore beaucoup d’argent, l’esprit d’aventure d’un Etienne Bourgois, le président de Tara Expéditions qui a soutenu l’idée, ce rêve un peu fou d’Eric Karsenti de sonder les océans du globe sur les pas de Darwin. Mais aussi une équipe internationale : 250 personnes passionnées, disponibles et engagées, venus d’horizons et de milieux professionnels très différents. Et alors que le travail s’achève pour certains, pour les autres il ne fait que continuer et dans un sens commencer !

Alors comme l’avait crié Fridjoff Nansen et son équipe après la première dérive arctique de l’histoire des hommes, «  Hurrah, hurrah, hurrah !!! »

Tara vient d’accomplir un nouvel exploit, 60.000 miles nautiques auront été parcourus depuis notre départ en septembre 2009 de Lorient, pour connaître un peu mieux nos océans. Mais le plancton le vaut bien non ? Le plancton ou nous ?
Sans lui l’homme ne respirerait peut-être déjà plus  !

Vincent Hilaire

Le triangle olympique

Depuis ce mercredi matin Tara est sous voiles. Nous n’avons pas de destination particulière, puisqu’il faut rester dans le secteur où nous nous trouvons pour la prochaine et dernière station de l’expédition.

Alors Loïc Vallette, notre capitaine, a décidé d’improviser un parcours olympique entre trois bouées imaginaires. Histoire de rester dynamique dans une mer qui se forme, et aussi de profiter de la navigation sous voiles, écologique, économique et anti-bruit !

Après une nuit passée à la dérive à la fin de la station n°152, ce matin les marins emmenés par Baptiste Régnier, second capitaine, ont hissé les voiles. Comme toujours Loïc s’est aidé des moteurs pour mettre le nez de Tara face au vent, la misaine et la grand voile ont été établies avec un ris. C’était ensuite le tour de la trinquette puis quelques minutes après du foc yankee, le vent étant encore un peu faible vu notre cap.

Des vingt nœuds actuels, ce vent de Sud-Est devrait forcir demain pour atteindre les trente-cinq nœuds, mais dans un secteur Sud cette fois. 300 miles nautiques pour cette régate avec un seul inscrit attend Tara et son équipage jusqu’à vendredi, date de la prochaine station.

En attendant les scientifiques comme Eric Karsenti finissent ce matin certaines manipulations sur le zooplancton pêché lors de la dernière station, pendant que d’autres comme Defne Arslan prépare les « log sheets », ces documents qui permettent de tracer tous les échantillons collectés. Sarah Searson, ingénieur océanographe, télécharge elle toutes les données recueillies par la rosette.

Bref, c’est une journée de transition bien utile avant le prochain déploiement des instruments qui glaneront encore une nouvelle quantité considérable de « datas ». Les dernières.

Car ce vendredi restera surtout une journée historique, avec un chiffre à retenir le 153, le numéro de la dernière station de toute l’expédition Tara Oceans.

Pour avoir eu la chance de vivre la sortie des glaces dans l’expédition Tara Arctic, je ressens cette prochaine échéance un peu de la même manière, la fin d’un travail et d’une grande aventure. Un moment qui fera date, même si l’ensemble forme un tout.

Dans le carré à peine remué ce matin par la mer qui s’est un peu formée avec des creux d’un mètre, chacun vaque à ses occupations. Les scientifiques se remettent peu à peu de leurs deux journées de station, et les autres continuent à entretenir le bateau, faire le déjeuner, répondre à des mails, assurer le quart où vous écrire !

Notre petit village gaulois ne s’arrête jamais de vivre même pendant un triangle olympique !

Vincent Hilaire   

Le bouquet final

Alors que nous ne sommes plus qu’à 355 miles nautiques de la Corogne (Espagne), nous avons commencé ce matin l’avant dernière station de l’expédition Tara Oceans. Il s’agit d’une station longue qui serait suivie en fin de semaine de sa sœur jumelle. Pourquoi étudier à deux reprises et à quelques jours d’intervalle la même masse d’eau?

Comme un coup de vent est attendu entre ces deux phases d’échantillonnage, Stéphane Pesant, le chef scientifique de ce dernier leg, cherche à comprendre quel impact il pourrait avoir sur le plancton et son métabolisme.

Dès sept heures ce matin toute l’équipe était sur le pont pour lancer cette station n°152. Une routine bien orchestrée par les deux ingénieurs océanographes « historiques » de cette expédition, Sarah Searson et Marc Picheral. Chacun retrouvait son poste presque « naturellement » et les gestes s’enchaînaient, automatiques.

Dix rosettes et 13 filets sont prévus pour ces deux jours. Dans le laboratoire humide, en charge de la majorité des filtrations, les deux gladiatrices de service, Defne Arslan et Céline Dimier-Hugueney, attaquaient cette épreuve confiantes.

« Depuis le début de l’expédition Tara Oceans, on a jamais fait ce type de station en deux sets » me confiait cet après-midi Stéphane Pesant. « Cette masse d’eau est assez classique pour l’Atlantique nord en cette saison, l’intérêt c’est vraiment le mélange de ses eaux de surface.

Le mélange de cette couche de surface qui s’enfonce jusqu’à 250 mètres environ est dynamique. Nous voulons donc savoir comment sa structure peut se modifier, ou pas, après le passage de ce coup de vent.

Plus que la biodiversité ce qui nous intéresse ici, c’est le métabolisme du plancton. Change-t-il avec le passage de ce coup de vent parce que ces micro-organismes auraient accès du coup à des nutriments qu’ils ne trouvent pas en surface ? Comment évolue leur photosynthèse ? Comment les espèces réagissent à ces phénomènes météorologiques, à leur excursion forcée vers d’autres profondeurs ? Y-a-t-il des interactions entre elles dans ce nouveau milieu, lesquelles retrouve-t-on dans cette masse d’eau avant et après le coup de vent ? ».

Autant de questions auxquelles l’équipe du québécois Stéphane Pesant voudrait répondre par toute une série d’échantillonnages.

Mais le dynamique et bouillonnant Stéphane a d’autres expériences pour ce leg dans sa besace. Il souhaite faire des mesures de la photosynthèse en observant dans le laboratoire humide, de l’eau prise par la rosette à différentes profondeurs. Il envisage également « une incubation d’un échantillonnage pêché la nuit ». Une partie de la colonne d’eau « travaillée » cette semaine sera placée dans le noir pendant 24H, pour voir comment le métabolisme des micro-organismes présents réagit. On simulera ainsi leur excursion vers les profondeurs comme dans le coup de vent. Il a transformé pour ça l’un des coffres de rangement du matériel de pêche en baignoire.

Enfin, une bouée dérivante mesurant la salinité et la température de l’eau, a également été mise à l’eau hier soir par cette équipe. Nous l’avons recroisé aujourd’hui, à l’occasion de l’un de nos multiples repositionnements. C’est elle qui nous permet de ne pas perdre notre masse d’eau. Le corps bleu surmonté d’un appendice blanc flottait sagement sur l’eau calme de l’atlantique Nord !

Depuis hier, nous évoluons dans une mer presque plate à peine ridée par quelques nœuds de vent. Seule une houle de nord vient troubler cette quiétude avant la venue de ces vents agités.

Au fait d’où nous sommes, Lorient n’est plus qu’à 340 miles !

Vincent Hilaire

Souvenirs d’expédition, partie 2

De l’océan Indien à l’Antarctique en passant par la Polynésie française, Céline Dimier-Hugueney et François Noël sont parmi les piliers de Tara Oceans. Céline est biologiste et François, chef mécanicien. En dehors de plusieurs mois de leur vie, ils ont tous les deux apporté compétences et motivation à cette expédition.

Céline Dimier-Hugueney, biologiste : Un an et demi à bord.

Ton meilleur souvenir ?

- Céline Dimier-Hugueney : « Récemment dans une interview pour la télévision, j’ai répondu l’Antarctique, mais il fallait que je ne donne qu’une réponse. En dehors de ces paysages glacés, en second choix, je dirais la Polynésie, et particulièrement les Marquises. C’est très vert et montagneux. Un mélange de mer et de montagne. Nous sommes arrivés en plus pendant les fêtes du Hiva. Cette culture marquisienne est très riche, il y a beaucoup de sculptures mais aussi des danses, des chants. C’était plus tribal, plus guerrier que ce que j’avais vu aux îles Gambier. Il y avait aussi des beaux mecs bien musclés et avec des tatouages ! J’ai gravé un tatouage en souvenir sur ma peau, une raie manta ».

Qu’est ce que représente pour toi Tara ?

- Céline Dimier-Hugueney : « Avant Tara, j’avais déjà navigué sur plusieurs navires océanographiques : le Marion Dufresne, le Thétys, l’Urania pour l’équivalent du CNRS italien. Tara est différent de ceux là, d’abord parce que c’est un bateau à voile, et c’est rare en océanographie. A bord de Tara, j’ai beaucoup appris d’un point de vue océanographique puisque j’ai mis en application ce que j’avais appris à l’école. Dans le cadre de cette expédition, il y avait en plus une logistique particulière que j’ai mis six mois à maîtriser.

Mais j’ai aussi appris à faire des manœuvres à la voile, à naviguer autrement.

Pour moi Tara, c’est aussi une légende. Je connaissais Antarctica de nom. J’ai visité pour la première fois Tara lors de l’escale à Paris. J’avais postulé à l’époque, mais il n’y avait déjà plus de place pour Tara Oceans. Mais le temps a joué pour moi.

J’avais envie de voyager, Tara m’aura donné cette opportunité ».  

Y a t-il un esprit Tara Oceans ?

- Céline Dimier-Hugueney : « Cette expédition m’aura permis de me connecter avec plein de gens. Pour tous ceux qui n’ont passé que deux ou trois semaines à bord, c’est trop court pour intégrer ce groupe « Tara Oceans », par contre pour ceux qui reviennent régulièrement oui. Donc, en effet, il y a un esprit qui se crée puisque tout le monde se connaît à la longue, mais pour ça il faut embarquer fréquemment. Après il y a de toutes façons une communauté scientifique Tara Oceans formée par tous les porteurs de ce projet.”

François Noël, chef mécanicien : Dix mois et demi à bord.

Ton meilleur souvenir ?

- François Noël : « C’est l’arrivée aux Gambier. Il faisait beau et je n’oublierai pas l’accueil des gens. Il est facile d’y vivre, tu as tout sur place. La nourriture, avec les poissons et les fruits locaux.

Ensuite, il y a la clarté de l’eau et les baignades à 26°C, c’est comme ça que j’aime l’eau ! La vue sous l’eau est incroyable, il y a les coraux et une multitude de poissons multicolores. J’ai aussi découvert les raies pastenagues. Un professeur d’école français sifflait et elles venaient manger dans l’eau autour de nos pieds. On a visité les fermes perlières locales, et l’on a pu suivre le processus de fabrication des perles et leur extraction ».

- Qu’est ce que représente pour toi Tara ?

François Noël : « C’est la curiosité qui m’a conduite au départ vers Tara, l’envie de navigation différente, connaître ce monde de la voile que je connaissais très peu. Avant j’avais travaillé dans la pêche hauturière, le remorquage, les « supply ship » pour les plates-formes offshore, les ferries et plus récemment les bateaux à passagers pour les touristes.

Tara c’était aussi l’occasion de voir du pays, les Gambier mais aussi les glaces de l’Antarctique. A bord de Tara, il faut pas mal donner de sa personne et être attentif à tout ce qui se passe. A bord on a comme une vie familiale, on connaît davantage de monde, c’est moins monotone car il y a des femmes à bord. Dans tous mes autres embarquements, il n’y avait jamais eu de femme.

Il y a aussi des tâches ménagères, c’est un autre type de fonctionnement. Sur les bateaux sur lesquels j’avais navigué avant, le cuistot oeuvrait seul dans sa cuisine, et l’on avait même pas le droit d’y entrer ! ». 

Y a t il un esprit Tara Oceans ?

- François Noël : « Le mélange de toutes ces professions se passe bien, c’est original. Côté science tu apprends beaucoup de choses sur le plancton, et sur d’autres métiers que je n’aurais jamais connu ».

 

Propos recueillis par Vincent Hilaire

Souvenirs d’expédition, partie 1

Alors que l’expédition Tara Oceans touche à sa fin, jour après jour, photo après photo, les conversations du bord tournent de plus en plus autour des souvenirs. « Tu te rappelles aux Gambier… et en Antarctique les icebergs…. ».

Même si cette « expé » n’est pas finie, les réunions dans le carré ressemblent de plus en plus à des réunions d’anciens combattants ! Entre nostalgie, souvenirs encore bien présents et éclatements de rires, voici un peu de cette aventure. Chaque fois, les souvenirs d’un marin seront mis en parallèle avec ceux d’un scientifique.

Loïc Vallette, capitaine : 10 mois à bord.

Ton meilleur souvenir ?

- Loïc Vallette : « On est dans l’océan Pacifique et après un mois de mer dans de bonnes conditions et avec une super ambiance à bord, on arrive aux îles Gambier. On avait l’impression d’arriver au bout du monde. On s’en rendait compte, et ce qu’on voyait correspondait à ça. Un archipel perdu, un petit village, des paysages de rêve. Une gendarmerie avec deux gendarmes en poste. Les gens ne nous attendaient pas, le village était calme et l’accueil fut spontané. Il y avait une paix, une harmonie dans ce début de matinée hors du temps. Nous étions dans un délicieux flottement ». 

Qu’est ce que représente Tara pour toi ?

Loïc Vallette : « Tara je l’ai toujours connu en mode Tara Oceans puisque j’ai embarqué en cours d’expédition. C’est pour moi un bateau comme les autres, qu’il faut faire fonctionner et avancer ».

Y a t il un esprit Tara Oceans ?

- Loïc Vallette : « Tara Oceans ce sont beaucoup de gens qui défilent à bord, qui viennent de partout, qui se mélangent, qui se mettent au rythme du bateau. Ça va faire vraiment drôle quand ça va s’arrêter net à Lorient. Mais, même si le bateau sera à quai et que cette expédition sera finie, ça ne va pas s’arrêter. Des liens très forts ont été tissés, des amitiés qui vont perdurer. Et puis on attend les résultats ».

Emmanuel Reynaud, responsable du laboratoire optique embarqué : 2 mois et demi à bord.

Ton meilleur souvenir ?

- Emmanuel Reynaud : « Clairement l’arrivée aux Marquises dans le Pacifique. On venait de se prendre quinze jours de mer dégueulasse, et tu vois cette île avec son nuage au-dessus. C’était le seul nuage sur tout l’horizon. Le site était très beau. Le vent se calmait et la mer devenait très belle. On a fait une immersion de la rosette avant d’arriver. Et après nous avons rejoint l’île de Hiva Oa pour être au mouillage.

Mon pire souvenir c’était la tempête entre Beyrouth et Port Saïd en méditerranée. On avait 40 nœuds de vent dans le nez ! »

Qu’est ce que représente Tara pour toi ?

- Emmanuel Reynaud : « Tara est pour moi synonyme d’une expérience unique. On a fait à bord de ce bateau quelque chose que personne n’a fait : monter une plate-forme d’imagerie sur un bateau qui bouge !

En plus on était parti à « l’arrache » au début de l’expé et tout a tenu jusqu’au bout ! »

Y a t il un esprit Tara Oceans ?

- Emmanuel Reynaud : « Tara Oceans c’est différent de l’ambiance de labo. Tu apprends énormément surtout si tu n’es pas océanographe. La vie à quinze qui viennent de différents horizons, de différentes origines, de différents niveaux, c’est hyper enrichissant.

 

Propos recueillis par Vincent Hilaire

Bye bye les Açores !

Ce jeudi Tara a retrouvé l’océan Atlantique après une navigation de presque vingt quatre heures dans le dédale de l’archipel portugais jusqu’à l’île de Sao Miguel, la dernière dans ce sens, que nous avons laissé sur bâbord ce vendredi et avec elle la capitale Punta Delgada.

Ces quelques jours passés dans ces îles ont été vraiment très agréables. On y trouve tout ce qui fait la différence entre une escale banale et une très bonne escale.

Sur l’île de Faial au gré de nos visites, nous avons découvert les uns et les autres l’origine et la dimension volcanique de ces îles. La « caldeira » qui est au centre de celle de Faial, par exemple, est tout simplement à couper le souffle. Son cratère culmine à 1 043 mètres et il a une circonférence de six kilomètres. Vu du versant sud ces à-pics, quelquefois cachés par les nuages qui s’y engouffrent, sont impressionnants et ils se jettent au fond du cratère dans une plaine. Quelques flaques d’eau y prospèrent, dans des coloris proches des savanes africaines.

Le site du phare de Canto, qui fut partiellement enseveli par les laves lors d’une des multiples éruptions qui suivirent la naissance de l’île, est aussi majestueux. Il surplombe l’océan Atlantique et les platiers rocheux qui brisent de manière spectaculaire la longue houle bleue.

Ce pays est vert, couvert de prés qui surplombent l’océan. Un « morceau » de Massif central sorti des entrailles de la dorsale medio-atlantique (relief sous-marin qui se situe au milieu l’océan Atlantique). A quelques hectomètres d’Horta, on est déjà à la campagne, des vaches et des chevaux paissent tranquillement. Les villages sont ruraux. On y retrouve des personnages et des scènes dignes de celles que nous pouvons vivre dans ceux de la France dite « profonde ». Les habitants y sont disponibles, accueillants, curieux et se portent naturellement vers les visiteurs. En résumé, tout est facile à des prix accessibles qui « boostent » un peu plus l’enthousiasme de l’étranger !

Tout l’avitaillement était aussi une formalité, presque le double de quantité moitié prix par rapport aux Bermudes, Julien Girardot notre cuisinier avait le sourire à la fin de son « appro » (approvisionnement), avec déjà plein d’idées de recettes. Il a commencé hier soir par un rôti de bœuf, sauce au bleu, avec un gratin de pommes de terre !

Cette nuit nous avons longé la Ilha do Pico, puis Sao Jorge et un peu plus tard Sao Miguel sur une mer qui ressemblait à un lac. Ce début de leg (étape) se fait par grand soleil et pas un poil de vent ce qui signifie aux moteurs. Les nuits sont calmes et douces et notre première station scientifique de deux jours devrait commencer normalement dimanche. Une première réunion scientifique a eu lieu aujourd’hui, mené par Eric Karsenti, directeur de Tara Oceans. Les deux ingénieurs océanographes, Sarah Searson et Marc Picheral font un check-up de tout le matériel. Tara glisse sur l’eau plate légèrement déformée par une houle de nord, escorté par quelques dauphins.

Juste le temps pour nous de redescendre de notre nuage « azoré » flottant encore au-dessus de la plus grande des caldeiras, celle de l’océan.

Vincent Hilaire

Le sacre du printemps

Après trois jours sous voiles au portant, nous ne sommes plus ce lundi qu’à 450 miles des Açores, et du port d’Horta sur l’île de Faial, notre prochaine escale. Notre pêche a repris aujourd’hui dans des eaux relativement froides, 18°C. C’est la 150ème station depuis le début de l’expédition.

Une pêche marquée par la présence de nombreuses larves de poissons, d’œufs, signe d’un début de printemps dans l’océan, selon Chris Bowler, notre chef de mission.

Si on regarde le ciel et sur le pont de Tara où ont fleuri les lunettes de soleil au milieu des tee-shirts, le printemps on y croit clairement.  Cette impression est confirmée par nos mesures scientifiques, « pour la première fois depuis New-York nous avons trouvé une DCM, une stabilisation des couches qui se forment pendant le printemps et l’été », selon Chris Bowler.

La DCM, pour Deep Chlorophyll Maximum, c’est la zone idéale sous la surface de l’eau pour la reproduction et le développement du phytoplancton par la photosynthèse. La profondeur optimale pour bénéficier du soleil qui vient de la surface, et des nutriments qui remontent des profondeurs. Pour Chris, « elle est aujourd’hui située entre 30 et 60 mètres, signe peut-être que nous bénéficions ici des remontées de la dorsale atlantique puisqu’il y a beaucoup de nutriments, comme les nitrates par exemple ».

Cette grande nurserie, cette crèche où le phytoplancton grandit, se stabilise toujours au printemps, elle se densifie devient moins volatile, plus établie que pour les autres saisons. C’est de ces DCM que seraient issus les fameux blooms, des explosions de vie sous-marines où le phytoplancton prolifère, donnant ainsi un festin au zooplancton et à toute la chaîne alimentaire. Des blooms que nous observerons probablement dans le prochain leg entre Horta et la Corogne, où nous retrouverons peut-être des espèces pêchées aujourd’hui avant les Açores.

Ici au large des Açores, Chris et son équipe ont constaté une grande variété d’espèces présentes lors de cette station avec une quinzaine de mises à l’eau. Des grandes larves de poissons, de nombreux crustacés qui sacrent l’arrivée du printemps. Il y a donc bien quelque chose dans l’air, dans l’eau !

C’est l’explosion de la vie qui commence et le phytoplancton en constitue les premiers bourgeons.

Et comme le disait Chris, le ton léger, en fin d’après midi « Love is in the air ! »

Vincent Hilaire

Pêche aux origines de la vie

Alors qu’il ne nous reste plus que 650 miles à parcourir ce samedi 3 mars, pour rejoindre l’archipel des Açores, nous évoluons sur des fonds de 5 000 mètres et nous nous approchons de la dorsale atlantique, cette colonne vertébrale qui caractérise le fond et le centre de l’océan Atlantique.

Avec les différentes stations réalisées depuis les Bermudes, et celles à venir jusqu’à l’île d’Horta, Chris Bowler notre chef de mission, espère percer un peu du mystère de la vie de cet océan. Une vie largement influencée par l’activité de ces volcans sous-marins qui courent tout le long de cette épine abyssale.

Quand on a une telle vie au fond d’un océan comme l’Atlantique, avec des sources thermales et une sismologie aussi active, probablement à l’origine de la vie sur Terre, quels types d’organismes trouve-t-on dans les 1 000 premiers mètres ? Ressemblent-ils à ceux qui se développèrent au moment de la naissance de l’Atlantique avec la dislocation de la Pangée et le début de l’activité volcanique ?

Cette quête passionne Chris, et passe d’abord par un peu d’histoire. Né il y a 450 millions d’années lorsque les continents américains, africains et européens naissent, l’océan Atlantique ne porte son nom que depuis 1507 exactement après la découverte de l’Amérique continentale par Amerigo Vespucci.

Pour mieux comprendre la quête de Chris, la géologie est indispensable pour appréhender le dynamisme de cet océan.

Au départ il y avait un seul océan : la Pan Thalassa. Après la fracture de la Pangée, la terre unique originelle, l’Atlantique née de l’activité sismique qui casse et pousse la terre des deux côtés. La chaîne volcanique continue d’ailleurs ce mouvement initié il y a des millions d’années, on estime que l’Atlantique s’élargit toujours de deux mètres tous les cent ans.

Cette dorsale n’est découverte qu’en 1850 par des navires qui posent des câbles de télégraphie au fond de cet océan entre l’Europe et le nouveau continent. Les hommes qui travaillent à bord notent une remontée très significative des fonds. Avant personne n’en avait ni même l’idée. Mais qu’en est-il de la vie ?

D’abord, l’ensemble de la communauté scientifique considère que c’est un espace azoïque, sans vie. L’expédition du Challenger explore pour la première fois un peu l’eau au-dessus de ces fonds et montre qu’il y a de la vie, des vies. Au large du Brésil, Challenger trouve avec surprise une eau à 0°, assez près des côtes, la vie n’y est pas la même que dans les courants chauds tropicaux. Cette eau qui vient de l’Antarctique parcourt les profondeurs de l’océan Atlantique jusqu’au nord. Certes, il y a bien des couches d’eau comme l’imaginaient d’autres scientifiques avant eux, mais les espèces qui y vivent, elles, se déplacent entre ces couches, ce ne sont donc pas des environnements fermés, cloisonnés. Les couches se mélangent même parfois. Mais reste le mystère de la vie au-dessus des volcans de la dorsale ? Une vie encore proche de l’explosion originelle ?

On retrouve nos navires câbliers, qui peu à peu remontent des abysses, de la vie sur leurs tuyaux. Des vers géants, des coquillages, des éponges et des nutriments entre autres. Ces vers étudiés quelques années plus tard d’un peu plus près grâce à des sous-marins du CNRS en collaboration avec l’IFREMER révèlent des choses extraordinaires.

En les analysant après une remontée dans des caissons spéciaux pour résister aux changements de pression, on découvre qu’ils ont développé des protéines très particulières qui leurs permettent de résister à des températures très différentes de chaque côté de leur corps. Il y a donc une vie riche auprès de ces fumerolles abyssales où en dehors de la chaleur on trouve du soufre, du fer, des quantités de nutriments.

Ce fond de l’océan primaire, matrice et berceau de la vie pélagique, peut-être des origines de la vie il y a trois milliards et demi d’années comportent-ils encore des représentants lorsqu’on regarde vers la surface ? 

C’est ce que Chris voudrait savoir et ce qui anime son esprit de chercheur particulièrement dans cette transatlantique : « Avec nos instruments à bord de Tara on ne vas pas très profond, jusqu’à 1000 mètres, mais c’est suffisant pour savoir si la vie que nous trouvons a pu se développer dans des conditions proches des origines, grâce à la présence de cette matrice volcanique en dessous. En faisant des études des organismes des profondeurs, puisque certains remontent en plus des grandes profondeurs la nuit, ça peut nous donner des infos sur la vie d’avant».

L’intérêt de ce leg au fur et à mesure que nous approchons des Açores, qui se situe sur la partie droite de la chaîne volcanique atlantique, c’est cette vie profonde. « À l’issue des deux premières stations et avant la prochaine, la 150ème depuis le début de Tara Oceans, on peut dire qu’il y a peu de vie dans la zone des 200 premiers mètres. Mais après ? »

Encore un point sur lequel l’expédition nous éclairera sans doute. Comme des carottages de glace, en explorant les couches des océans nous remonterons peut-être aussi à ces origines. Il a fallu longtemps pour « conquérir » l’Everest terrien, à quand pour la vie de l’Everest sous-marin ?

Vincent Hilaire  

Le compte à rebours est lancé

Oyez oyez ! Nous sommes le 1er mars. Mars, c’est une planète mais c’est aussi le mois de notre arrivée, de notre retour à Lorient, dans 31 jours. Deux ans et demi plus tard. On espère que vous serez nombreux ! 

En attendant on continue notre pêche de l’infiniment petit et il nous reste du boulot.

La rosette « Rosie » a définitivement retrouvé des couleurs. Le temps est au beau fixe, avec toujours une houle assez formée. Nous bénéficions à nouveau de températures douces 22° C, je m’étais donc avancé un peu trop lors d’un précédent texte, les bermudas sont toujours de sortie !

Nous avons démarré mercredi soir une nouvelle station courte, que nous poursuivons aujourd’hui sans aucune difficulté. Chacun est à son poste et remplit sa mission. Un petit incident a émaillé la reprise de la station ce matin, un morceau de câble s’était sectionné. Il a donc fallu le couper totalement, la réparation a pris en tout et pour tout une demi-heure.

Nous sommes donc en dérive jusqu’à ce soir 19h, après quoi nous reprendrons notre route vers l’Est. Une dépression un peu plus creusée est annoncée avec des vents aux alentours de 30 nœuds, il ne fallait donc pas rater cette fenêtre.

Depuis notre départ de Saint George Island (Bermudes), nous avons parcouru en grande partie à la voile 700 miles, soit plus du tiers de la distance totale jusqu’à Horta, l’une des îles de l’archipel des Açores. Cette étape sera la dernière avec une distance aussi importante à couvrir, 1 800 miles. Après entre les Açores et la Corogne, il nous restera à peine 1 000 miles, et enfin 300 pour rejoindre Lorient.

Quand on a en tête, les 60.000 miles nautiques, la distance globale que nous aurons parcouru pour toute l’expédition Tara Oceans, on est pas à quelques miles nautiques près. Cela représente presque trois tours du monde !

Compte à rebours ou décompte de miles, qu’importe finalement les chiffres, le sentiment général à bord est que cette arrivée est proche et lointaine à la fois. D’abord parce que cette étape n’est pas terminée, il nous reste encore 10 jours de navigation. Et ensuite parce que le programme scientifique se poursuivra quasiment jusqu’à notre arrivée. A contrario, ce qui rend proche cette arrivée, c’est l’évocation par les anciens du bord, de nombreux souvenirs de toutes nos escales ou destinations passées. On sent donc la fin venir.

Nous évoquons bien les uns et les autres cette journée lorientaise magique qui nous attend, mais comme disent nos amis les Anglais « Let’s finish the job first ! ».

Une sagesse océanique sans doute, mais que l’on cultive aussi à terre par le « ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuer », ça vous dit quelque chose non ?

Sachez qu’on pense à vous tous :  familles, amis, aficionados et fidèles de Tara Oceans, et de Tara Expéditions en général, on arrive et ce sera encore une sacré fête !!!

Ça vous laisse le temps de préparer l’accueil !

Vincent Hilaire

Paroles d’Atlantique

Chris Bowler, l’un des principaux coordinateurs scientifiques de Tara Oceans, est à bord comme chef de mission pour la troisième fois depuis le début de l’expédition. Pour cette nouvelle étape, après Dubrovnik-Athènes et Puerto Montt-Valparaiso, il navigue entre les Bermudes et les Açores, la plus grande distance qu’il ait accomplie à bord. Une transat de 1 800 miles nautiques, soit un peu plus de 3 000 kilomètres.

Professeur et chercheur en biologie à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, Chris voue une passion à la Nature, elle « qui nous donne toujours des surprises ». Poussé par ce moteur, initié par sa mère dans la campagne anglaise, cet humaniste a trouvé dans les sciences, puis la biologie de quoi étancher sa soif de recherches, avant de devenir il y a trois ans l’un des piliers de cette expédition.

- Vincent Hilaire : Chris, tu es chef de cette mission jusqu’aux Açores, avant toute chose quelles sont les nouvelles de la rosette, est-elle toujours en panne ?

- Chris Bowler : La rosette est en pleine forme ! C’était un câble électrique qui était défectueux. Sarah Searson, notre ingénieur océano l’a changé. Les bouteilles ne se fermaient plus à la profondeur souhaitée, elles ne se fermaient même plus du tout. Impossible de prélever de l’eau.
Depuis la réparation on a fait quatre plongées toutes réussies. En plus, je n’avais pas eu de rosette déjà entre Puerto Montt et Valparaiso, je me suis dit que c’était peut-être moi, mais là on est sorti du triangle des Bermudes !

- Vincent Hilaire : C’est ton troisième leg à bord de Tara, qu’est ce que t’inspire ce retour à la mer ?

- Chris Bowler : Ça me fait très plaisir d’être là, de voir à nouveau de près comment se passe la vie à bord de Tara. Il y a toujours ce mélange intéressant de personnages toujours très différents. Tout le monde trouve sa place, et « l’esprit » de Tara vit encore.
Et c’est ma première traversée transatlantique qui me replonge dans une partie de mon passé.

- Vincent Hilaire : Pourquoi ?

- Chris Bowler : Mon grand père paternel était marin dans la marine marchande. Il est mort avant que je naisse. Quand j’étais petit mon père m’a donné ses médailles, le bateau sur lequel il faisait des convois atlantiques s’est brisé au large des Canaries. On l’a recueilli après le naufrage, mais à peine sauvé, il a dû batailler pour faire comprendre qu’il n’était pas militaire. C’était en 1942, ces bateaux étaient traqués par les sous-marins U-boat.
Je pense à lui dans l’Atlantique, et je tenais à sentir ce que lui devait ressentir en étant loin de ses proches et de son Angleterre. Honorer aussi sa mémoire.

- Vincent Hilaire : Tara Oceans a maintenant deux ans et cinq mois, dans un mois on rentre à Lorient, quand tu repenses aux premiers épisodes de cette expédition, qu’est ce qui te vient à l’esprit ?

- Chris Bowler : C’est incroyable le rêve existe toujours, on ne s’est pas perdu en chemin. Ce n’était vraiment pas évident d’un point de vue logistique. Un long chemin humainement et financièrement.
Je suis content qu’Eric Karsenti ait eu le courage de commencer sans argent. A l’époque je pensais qu’il fallait d’abord trouver le financement. Mais il a dit on y va, et puis il a rencontré Etienne Bourgois (le président de Tara Expéditions) qui avait le même esprit d’aventure que lui. J’ai beaucoup appris, parfois il faut partir sans être totalement prêt. Ils ont pris tous les deux des risques énormes. La Méditerranée, au début de l’expédition, a été un laboratoire d’essai. C’était une idée brillante, après la mayonnaise a complètement pris. La passion, le savoir faire et la rigueur de tous on fait le reste, une expédition unique.
Je suis déçu par contre d’une chose c’est qu’à part agnès b. et quelques partenaires, en dehors des labos et des crédits pour la recherche, personne ne nous a vraiment aidé. Nous avons démarché à des banques, à des grandes multinationales qui font toutes de la publicité autour de l’environnement et rien. Cela m’a beaucoup déçu.
Même si tu as un projet formidable ça ne veut pas dire que tu vas trouver des sous.
Sinon je trouve clairement que les gens de toute l’équipe dans son ensemble, marins et scientifiques, et le bateau sont fatigués par ce grand tour du Monde.
Mais 95 % du programme a été fait. Tous les scientifiques qui se sont impliqués pour mettre au point les protocoles pour l’échantillonnage sont des gens de l’ombre, ils ont fait un travail extraordinaire et en plus ce sont eux qui vont traiter les données, d’habitude ce sont les techniciens qui font ça.

- Vincent Hilaire : Justement parlons des résultats ?

- Chris Bowler :  Malgré toute cette fatigue, sans financement dédié on commence à avoir les premiers résultats qui sont extraordinaires.
Un enseignement majeur qui va certainement découler de ces deux ans et demi de collecte des micro-organismes marins, c’est que l’océan ne serait pas si difficile à comprendre. Contrairement à ce que nous pouvions penser, il y a des limites à la biodiversité marine, ce n’est pas un monde infini. Dans la zone photique, jusqu’où la lumière passe sous la surface de l’eau (jusqu’à 100 mètres de profondeur) je crois que l’expédition Tara Oceans va permettre de définir les limites de la distribution des micro-organismes.
Une autre découverte, nous allons aussi réussir à comprendre les interactions entre les organismes. Certains sont solitaires, d’autres sociaux et quelquefois on retrouve toujours les mêmes ensembles, des cellules en symbiose.
Mais, l’analyse de ces données sera l’œuvre de plusieurs vies, nous en avons peut-être pour vingt ans, avec déjà en 2012 de premières publications scientifiques de haut niveau en vue. Mais il nous faut de l’argent ! Moins qu’il y a dix ans, car la technologie vient de connaître des avancées considérables notamment en matière de séquençage ADN, c’est une chance !
Nous partagerons l’ensemble de nos résultats avec la communauté scientifique mondiale. Notre philosophie est proche des Naturalistes de la grande époque.

- Vincent Hilaire : Alors quel avenir pour votre recherche, y a t-il des pistes de financement ?

- Chris Bowler : Justement, je viens d’apprendre une bonne nouvelle par mail sur Tara. Notre projet « Oceanomics », prolongement de l’expédition Tara Oceans vient d’être retenu par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Laurent Wauquiez, pour bénéficier de « L’Investissement d’avenir ». Nous pourrions enfin travailler en consortium et en étroite collaboration !

Propos recueillis par Vincent Hilaire

L’escale à Saint George’s Town (Bermudes)

A la veille de notre départ pour les Açores, on peut dire que cette escale un peu plus longue que prévue aux Bermudes aura offert à l’équipage l’occasion de se reposer et de préparer correctement la traversée retour de l’Océan Atlantique Nord.

Une partie de l’équipe scientifique, la relève, est arrivée à bon port hier, fourbue après quelquefois vingt d’heures d’avion. Demain en début d’après-midi nous mettrons le cap vers l’Est avec certainement du vent. Un peu plus de quinze jours de mer nous attendent.

Les rues de Saint George’s nous ont offert un havre de paix pour ces quelques jours, tout comme son lagon où nous mouillons jusqu’à demain. C’est une ville de 15 000 habitants, comme un petit cocon. L’archipel des Bermudes compte 65 000 âmes au total.

Les rencontres avec « les locaux » dans les commerces, les supermarchés, les restaurants ou les bars ont toujours été chaleureuses. Les regards ont toujours été bienveillants, intéressés, curieux même. Nous avons souvent entendu « Where are you from ? ».

Dans l’ensemble la communauté qui peuple cette ville est noire de peau, mais il est vrai que nous sommes hors saison. Les touristes américains qui paraît-il débarquent en masse, en été sont actuellement sous d’autres cieux.
Ces enfants, ces femmes et ces hommes sont des descendants des esclaves africains emmenés ici par les colons anglais. Avant les premiers naufrages, au départ cette île n’était pas peuplée.

Les maisons de Saint George’s Town sont pour la plupart colorées. Les jardins propres et soignés. Des palmiers, des caoutchoucs, des ficus géants et des ibiscus ajoutent à cet ensemble multicolore. Ce qui est frappant aussi lorsqu’on se promène à pied, en dehors de ce calme, c’est qu’il y a presque des églises à chaque coin de rues. Confession anglicane, africaine méthodiste, catholique, les clochers ou les croix crèvent le ciel. Le plus beau de tous ces édifices, bien visible du haut de ses marches dé-moussées très régulièrement est sans doute la Saint Peter’s Church. Elle date de 1612, classée patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les toits également ont tous retenu notre attention. Ils sont tous quasiment blanc, construits avec la même forme et comportent des rigoles qui les parcourent pour recueillir l’eau de pluie. Il n’y a pas de source dans l’archipel.

Saint George’s n’a rien à voir avec Hamilton, la ville principale des Bermudes. Hamilton est un assez grand port de commerce, sur ces quais s’entassent des containers. Les rues sont plus larges et les bâtiments plus élevés, mais déjà on perd un peu de cette taille humaine dont on est friand quand on arrive de la mer.

Vincent Hilaire

Tara est aux Bermudes

Sous un crachin qui nous rappelle la Bretagne, nous sommes arrivés en ce début de dimanche après-midi aux Bermudes. Après avoir abordé cet archipel de 123 îles par le flanc ouest de l’île principale, la grande Bermude, nous avons suivi la côte jusqu’à entrevoir le chenal d’accès au port de St George’s Town, sur l’île Saint George’s. L’équipe scientifique va être intégralement relevée, et nous resterons aux Bermudes jusqu’au 23 février.

Malgré quelques rares rayons de soleil, dès le début de la matinée nous savions que l’atterrissage aux Bermudes ne se ferait pas par beau temps. La mer était belle, la température douce, 20° C, en comparaison de notre départ New Yorkais très frisquet.

À première vue, l’île était assez construite avec quelques belles plages entrecoupées de petits bosquets. Quelques pêcheurs vaquaient sur l’eau autour de nous, en fond des maisons colorées avec des toits blancs à l’allure un peu méditerranéenne.

Entre Grande Bermude et St George’s Island se dessinait peu à peu un chenal aux balises classiques rouges et vertes, mais inversées par rapport à celles que nous avons en France. Comme aux Antilles françaises. Malgré le ciel gris, l’eau était d’un bleu turquoise extraordinaire.

Des badauds en balade sur la pointe d’entrée sud du chenal nous saluaient au passage, et nous embouquions ce chenal large d’à peine cinquante mètres. Dans ce lagon tout en longueur encore des maisons colorées, des conifères, des palmiers. Une île tranquille.

Avec Alain Giese, le second capitaine, nous sondions le ponton où allait accoster Tara, pour être sûr d’avoir suffisamment d’eau. « Tribord à quai » précisait Loïc Vallette le capitaine. En quelques minutes Tara était collé au quai, et dans la foulée l’officier des douanes arrivait pour nous donner les papiers officiels d’immigration à remplir par chacun d’entre nous.

Lentement mais sûrement nous nous rapprochons de Lorient, terme de cette expédition. Par la distance qui peu à peu se réduit mais aussi par le changement d’heure opéré hier. Nous ne sommes désormais plus qu’à cinq fuseaux de l’heure de Paris.

Vincent Hilaire

Au cœur d’un « eddy »

Depuis mercredi matin, l’équipe scientifique embarquée de Tara Oceans traque un eddy, un tourbillon de l’océan Atlantique nord.

L’étude de cette colonne d’eaux froides d’environ 180 kilomètres de diamètre est intéressante d’abord pour connaître la vie planctonique qu’elle renferme, mais aussi pour comprendre comment et pourquoi ces tourbillons irriguent la vie dans des zones oligotrophiques, pauvre en nutriments comme celle que nous traversons en ce moment entre New York et les Bermudes. L’océan Atlantique nord est certainement celui des cinq océans de la planète qui a été le plus étudié, mais ces « eddies » venus des courants froids au nord du Gulf Stream restent un mystère.  

On connaissait la Mer des Sargasses pour ses légendes maritimes, à la vue de ses algues de surface certains marins auraient cru que la terre était proche mais il n’en était rien, n’oublions pas non plus les mythes autour du triangle maudit des Bermudes où de nombreux vaisseaux ou avions auraient sombré pour des raisons inconnues.
Non, depuis hier nous voyons bien aussi ces algues de surface à la couleur brune mais notre quête à nous ne se nourrit pas de légendes. Elle glisse sous la coque de Tara et s’appelle « eddy », et cela fait 48h que nous vivons en sa compagnie.

« La mer des Sargasses où nous sommes n’est pas un désert, contrairement à ce que beaucoup de gens ont pensé depuis longtemps » pour Lee Karp-Boss, notre chef de mission qui en bon chef de meute mène cette traque : « Au milieu de ce grand gyre (le courant qui parcoure en un cercle d’Ouest en Est cette surface maritime) de l’Atlantique nord, on essaye toujours de comprendre pourquoi il y a une production aussi importante de nutriments par endroits ». « Ce sont les satellites qui nous ont d’abord montré qu’il y avait dans ces tourbillons des productions de chlorophylle plus importante qu’ailleurs par exemple, de la nourriture que le zooplancton ne trouvait pas dans d’autres endroits ».

Alors Lee et son équipe de six scientifiques super motivés déploient le maximum de leurs instruments depuis mercredi pour saisir toutes les subtilités, toutes les caractéristiques de ce tourbillon. Qu’il pleuve, des seaux d’eau entre deux grains, ou qu’il fasse nuit, on a recours à tout l’arsenal des filets et des bouteilles pour capturer l’eau qui détient ces clés.
Pour arriver à ce but, Isabel Ferrera chercheuse en biologie à Barcelone, n’a pas fini de se cogner la tête dans son labo humide entre deux coups de roulis. Avec Céline Dimier-Hugueney de Roscoff, elle s’occupe des filtrations qui révèleront notamment quelles sont les bactéries qui vivent dans ce réservoir de vie.

Afin de décrypter peut-être toute la subtilité de cet eddy, Tara aura réalisé un transect de part en part de ce tourbillon, se positionnant même dans l’œil, en plein centre. Toute cette masse d’eau sera donc caractérisée comme jamais auparavant. « La plupart des études océanographiques menées jusqu’à présent sur ces masses d’eau n’ont jamais entrepris un échantillonnage « end to end » du virus à la larve de poisson, nous avons donc bon espoir de comprendre un peu mieux ces tourbillons mystérieux ». Et Lee de me préciser qu’à l’occasion de cette station les scientifiques ont remarqué une diversité particulièrement importante de protistes, un ensemble d’organismes unicellulaires qui comprend notamment du phytoplancton, la base de la vie marine.

Ce soir, après cette traque passionnante, Tara met cap sur les Bermudes. Et après 48h de rush, les scientifiques vont pouvoir enfin se reposer.

Vincent Hilaire         

Good Bye Big Apple

Ce dimanche vers 9h30, heure de New York, Tara a quitté son quai de Chelsea Pier. Dans le cadre de l’expédition en cours Tara Oceans nous entamons aujourd’hui une nouvelle étape de notre circumnavigation qui nous conduira aux Bermudes. Nous prenons le chemin du retour vers Lorient.

Deux stations « science » sont prévues lorsque nous aurons franchi à nouveau le Gulf Stream.

Un froid de canard, un vent de nord-ouest bien établi avec des « bouffes » à trente nœuds, mais un beau soleil comme à notre arrivée il y a une semaine, nous avons repris ce matin la direction de l’océan que nous aimons tant.

Bye bye Manhattan, puis la statue de la Liberté, le pont de Verrazano, un film à l’envers. Avec le vent en plus et d’autres têtes sur le pont. Toute l’équipe scientifique a changé à New-York. Lee Karp Boss, israélienne d’origine et américaine d’adoption, a pris les rênes de cette nouvelle mission, remplaçant à se poste le sympathique Lars Stemmann. Comme toujours depuis le début de Tara Oceans, Sarah Searson a relevé Marc Picheral au poste d’ingénieur océanographe. Céline Dimier-Hugueney du laboratoire de Roscoff a fait son grand retour après plusieurs mois d’absence pour raison de santé. Christian Sardet de l’observatoire Villefranche sur mer (CNRS) a repris ses marques dans le labo optique du bord. C’est en revanche le premier embarquement d’Anne Doye et Denis Dausse.

Pour le reste, marins comme scientifiques, Tara Oceans est aujourd’hui une grande famille qui se décompose et se recompose sans cesse, mais tout ceci aura bientôt une fin, dans un peu plus d’un mois. Steffi Kandel-Lewis, biologiste embarquée dans le dernier leg en charge de la filtration, me confiait lors de notre soirée de départ de samedi soir, qu’après l’arrivée « Ce ne serait plus pareil, on ne verra plus l’équipage ». Steffi qui a embarqué deux fois depuis le début de cette expédition débarquait à New York, et ne retrouvera plus Tara maintenant qu’à quai à Lorient.

Cette escale à New York restera marquée avant tout par la visite de Ban Ki-moon à bord samedi. Marquée aussi par la découverte d’une mégalopole cosmopolite aux envolées architecturales vertigineuses, mais aussi paradoxalement à taille humaine. A New York on se parle, et de la chaleur circule naturellement entre ses habitants, dans ses rues. Surprenant.

Avec cette « descente » aux Bermudes, nous espérons retrouver un peu de chaleur avant de se lancer vraiment dans la Transat retour via les Açores. Il faisait en fin d’après-midi après le coucher du soleil O degré. Une raison largement suffisante pour se régaler ce midi d’une excellente tartiflette concoctée par Julien Girardot, le cuistot qui remplace depuis cette semaine Céline Blanchard. C’est le troisième embarquement de Julien depuis le début de Tara Oceans. Le premier dans le froid.

Vincent Hilaire

New York. 8 Millions d’habitants. Big Apple.

A New York, le temps ne compte pas. La vie ne s’arrête pas de battre. Le sommeil n’existe pas. Le bruit est partout, incessant. Les lumières ne s’éteignent jamais. 5 siècles après que la nef de Verazano, pilote de JehanAngo, armateur dieppois, ait recensé clairement cette terre sur le globe.

New York vous pousse, vous tire, vous porte, vous entraîne de toute sa puissance… et vous en donne également. Tara s’est posé comme une fleur au pied des tours en reconstruction, à la Marina de North Cove, au sud de Manhattan, nous sommes là pour quelques jours de rencontres.

A l’arrivée du bateau, « l’homme en noir » était là. L’élégance discrète d’Etienne Bourgois. Un sourire un peu timide, une chaleur humaine qui n’arrive pas toujours à tout dire, mais que l’on sent si forte. Son bateau en est la preuve et respire ses idées. La science, mais aussi le côté humain. Tara est à une charnière… Au pied des tours, il ne choque pas, il rassure. Big Apple ne cesse de voir passer du monde, ne cesse de s’enrichir de projets les plus fous. Tara est un de ces projets mené par une famille hors du commun. La mode, l’art, la science. Cela donne… Tara, posé  au pied  de Manhattan, près de la Statue de la Liberté.

Tout le monde est venu : Eric Karsenti, directeur scientifique de l’expédition, Colomban de Vargas, coordinateur scientifique, Romain Troublé, directeur des opérations, tous ceux qui portent depuis si longtemps ce projet à bout de bras. Tout le monde est venu pour parler de la vie des océans, des projets futurs. Encore quelques jours au pied de Manhattan et puis le retour vers Lorient, pour achever ce tour du monde incroyable.

Alain Giese

Journal de bord de Daniel Cron, Chef Mécanicien de Tara

“New York”! Une escale symbolique que beaucoup d’entre nous attendaient avec impatience; un nom qui cristallise les rêves depuis toujours… Et peut être encore plus particulièrement pour ceux qui comme moi découvraient cette ville pour la 1ère fois ; quelle expérience !

En prenant mon quart à 4h du matin, nous avons progressivement fait route vers l’embouchure de l’Hudson River. Puis au fur et à mesure du soleil émergeant, le ciel voilé de la nuit à fini par laisser place à un bleu intense ainsi qu’à d’incessants ballets d’hélicoptères touristiques et d’avions des aéroports environnants. Je découvre alors que ce que je pensais être des feux de balises en mer se révèlent être d’immenses buildings visibles depuis des heures distant pourtant de plusieurs dizaines de kilomètres !

Puis devant nos yeux écarquillés s’est alors déroulé un véritable spectacle qui ne laissa personne insensible, pas même le pilote du coin pourtant habitué depuis 10 ans…

Nous avons hissé les voiles entre les ferries si caractéristiques, puis toute voiles dehors, le soleil bien haut nous sommes aller lécher les pieds de la “grande dame” symbole de Liberté ; c’est un véritable cri qui nous a unit lorsque nous l’avons enfin aperçu au loin. Combien de fois l’avions nous imaginée, regardée dans des films et photos depuis tout petit…

Nous nous sommes alors retrouvés faisant route droit sur Manhattan. Face à nous une concentration de gratte-ciel immenses comparables à nul autre ailleurs dans le monde. Plus nous nous approchions, plus nos yeux s’écarquillaient devant cette mixité de formes, d’époques, et matériaux à la fois. Puis nous avons remonté l’East River passant de Lower Manhattan à l’Upper en sillonnant les abords des berges de Soho et Little Italy; occasion de voir des buildings mythiques tels que l’Empire State ou le Chrysler.

Puis demi-tour devant le siège des Nations Unis ; autre endroit symbolique pour Tara puisque la coque arbore fièrement le logo du “Programme des Nations Unies pour l’environnement”; c’est un véritable engagement !

La fin du parcours nous ramènera sur nos pas jusqu’à l’extrême pointe Sud de Manhattan le long de Battery Park, rejoignant l’Hudson nous finissons par mettre un terme à notre voyage en envoyant les amarres à terre dans la petite marina de North Cove où une foule bien sympathique nous attend déjà ! Un mélange de scientifiques, marins de relève et des principaux dirigeants de Tara Oceans venus spécialement de Paris pour l’occasion. On y voit entre autre Etienne Bourgois, Romain Troublé, Eric Karsenti, Rainer, Julien, Céline, Baptiste… une véritable famille qui donne le sourire à chaque retrouvaille, même si les dernières pour certaines datent parfois d’il y a près de 2 ans !

Nous sommes en réalité tout près de “Ground Zero”, là même où il y a quelques années s’effondraient les “Twin Towers” marquant ainsi a jamais le monde entier. Nous sommes pour ainsi dire à son pied et j’ai toutes les raisons d’y être encore plus sensible car je suis né un 11 septembre.

Enfin New York finira de me marquer puisque j’y débarquerai ici, peu après 3 mois et demi d’embarquement ; c’était long, c’était court ; difficile à définir mais en tous cas : que de choses vécues ! La coupe de l’America à San Diego, l’île perdue de Clipperton, la sauvage île Coco, la traversée du canal de Panama, Bélize et son Blue Hole le temps d’un tournage, l’île abandonnée de Savanna et son feu d’artifice improvisé du Nouvel An …

Mais au delà des paysages rencontrés et de l’engagement profond dans cette expédition scientifique, ce sont la richesses des diverses rencontres et expériences humaines qui resteront gravées.
Pour moi l’aventure prendra fin le 12 février en larguant les amarres de Tara au petit matin, avec cette même émotion à chaque fois difficilement explicable que beaucoup d’entre nous ressentent au moment des adieux.
Je suis content d’avoir pu vivre cette exceptionnelle expérience 3 ans durant, du chantier de préparation de Tara Oceans à aujourd’hui.
Mais dans tous les cas on se retrouve à l’arrivée à Lorient le 31 Mars! On vous attend!

Daniel Cron
Chef Mécanicien de Tara

Tara amarré au pied de Freedom Tower (NYC)

Ce dimanche, sous un soleil généreux compensant à peine les 2° C ambiants, Tara a commencé vers 6h30 ce matin son approche finale de New York City.

Les premiers gratte-ciel ont commencé à surgir de l’horizon, crevant la surface d’un océan vierge pour nous de toute construction depuis onze jours. Nous étions encore à 25 miles nautiques de New York, environ 45 kilomètres.

Excitation sur le pont, premières photographies mais « Big Apple » se laissait encore un peu désirer. Un pilote à la barbe blanche est alors monté à bord pour nous escorter dans le dédale des îles new yorkaises. Manhattan commençait à pointer le bout de son nez.

Plusieurs d’entre nous vivaient leur première arrivée sur cette partie de la côte Est des Etats-Unis et, cerise sur le gâteau, par la mer.

Nous avons passé le pont de Verrazano (deuxième fois dans l’histoire de la goélette polaire que ce pont était franchit) conduit cette fois par notre capitaine Loïc Vallette. Avec peu de vent mais un courant assez fort, l’approche se faisait en douceur. L’occasion pour le pilote, le captain Thomas G. Britton, de faire un peu mieux connaissance avec l’histoire de Tara et d’être impressionné par le chemin déjà parcouru depuis le début de Tara Oceans, et par l’expédition de Tara en Arctique de 2006 à 2008.

Tout en contrôlant que nous embouquions bien la rivière Hudson sans se faire prendre par le trafic des ferries entre Staten Island et Manhattan, il nous a offert quelques cigares, signe de son admiration.

Puis nous avons entendu sur le pont « La Statue de la Liberté ! ». Il n’en fallait pas plus pour réveiller l’ardeur des paparazzis du bord engourdis par la fraîcheur matinale. Série de clichés devant le symbole américain internationalement connu puis Tara s’est engagé dans l’East River.

Le pont de Brooklyn Bridge, un tour devant le siège des Nations Unies, dans Upper Manhattan, pour une photographie souvenir historique.

Finalement, nous avons redescendu l’East River affalé les voiles, et pris la direction de Battery Park, pour la Marina de North Cove. La visite touristique s’achevait et la manœuvre finale se préparait. Installation des pare battages, mise à poste des amarres. Le courant rendait l’entrée de cette petite marina au pied de Freedom Tower, délicate. Après un tour d’observation Loïc Vallette et le pilote ont pris la direction de cette bouche d’entrée. Un dernier « virage » à bâbord et Tara était rapidement immobilisé le long d’un quai en bois, au pied de Ground Zero. C’est là que nous resterons pendant toute notre escale avant de repartir pour les Bermudes le 12 février prochain.

Vincent Hilaire        

Choc thermique

La dernière station longue de cette étape « Panama-Savannah » vient de débuter dans une fraîcheur que n’avait plus connu Tara depuis des mois. Mais alors que sur le pont les scientifiques semblent regretter le soleil de plomb qui nous suivait depuis le Panama ; sous la coque de Tara, le courant qui nous porte est toujours placé sous le signe des tropiques.

En entrant dans le Golfe du Mexique, nous étions déjà passés d’une chaleur étouffante à un doux été des plus agréables. Mais ce week-end, en passant le cap fatidique de la Floride pour remonter cap au Nord, le choc thermique fut bien plus violent.

Sur le pont, les gilets et les chaudes vestes de quart sont de sortie et les couettes retrouvent leur place dans les cabines. En moins de 48 heures, nous avons tout simplement perdu dix degrés. Et ça ne fait que commencer…

Mais curieusement, sous nos pieds, l’eau semble être restée à l’heure tropicale, tournant toujours autour des 25 degrés, alors qu’à quelques kilomètres de nous, le long des côtes, la température de l’eau n’est que de 15 degrés. Ainsi, entre la précédente station dans le golfe du Mexique et celle-ci, entre la Floride à l’Ouest et les Bahamas à l’Est, le courant qui nous porte garde presque toute sa chaleur. Un courant que les scientifiques à bord n’ont pas cessé d’étudier entre ces deux stations.

Durant toute la semaine, comme une routine, chaque matinée était ainsi dévolue à de courtes « stations » en miniature. Avec au programme : CTD (données physico-chimiques de l’eau), Bongo (filet prélevant les espèces les plus volumineuses entre zéro et 500 mètres), parfois TSRB (pour Tethered Spectro Radiometer Buoy, capteurs utilisés pour analyser la couleur de l’océan), et enfin prélèvements d’eau de surface pour l’étude du phytoplancton, ainsi que pour fournir des sujets photographiques à Gabriella dans le labo sec.

Autant dire que ce courant qui nous aura porté tout au long de ce leg et qui deviendra bientôt le Gulf Stream aura été scruté jour après jour avec attention par l’équipe scientifique. Les marins, eux, à défaut de l’étudier, ont bel et bien ressenti ce fameux courant, Loïc en tête. « C’est flagrant : normalement, avec deux moteurs et face au vent, on avance en moyenne à cinq nœuds. En passant le canal de la Floride, on est monté jusqu’à huit nœuds et demi ! ».

De quoi nous donner une belle avance sur le programme de cette dernière semaine en mer, même si nous voilà maintenant à l’arrêt pour les deux jours et deux nuits de cette station longue. Ensuite, tout le monde compte encore un peu sur ce courant bienveillant pour nous amener dès la fin de la semaine à bon port. Celui de Savannah, en l’occurrence.

Yann Chavance

Tara vu du ciel

Au fil des stations qui se succèdent, certains évènements viennent parfois rompre la routine de la vie à bord. Cette fois, ce fut la visite des caméras aériennes de Yann Arthus Bertrand qui vint retrouver Tara au-dessus des eaux turquoise du Belize. Souriez, vous êtes filmés…

La rencontre était prévue de longue date. Pour leur prochain film intitulé « Planète Océans », Yann Arthus Bertrand, le célèbre photographe français, et Michael Pitiot, réalisateur de la série documentaire « Tara Oceans, Le monde secret », avaient souhaité consacrer une séquence à notre expédition. Sur notre route de Panama à Savannah, le point de rendez-vous était tout trouvé : le somptueux Blue Hole, au Belize.

Rendue célèbre par Jacques-Yves Cousteau qui l’explora à bord de la Calypso en 1971, cette gigantesque faille sous-marine semble en effet destinée aux prises de vues aériennes. Avec ces 300 mètres de diamètre, ce cercle presque parfait d’un bleu profond tranche avec le reste du récif aux eaux turquoises. Portée par de bons vents, Tara arriva avec une bonne journée d’avance en vue du « Lighthouse Reef », l’atoll qui abrite ce fameux « trou bleu ». Après une demi-journée sous forme de répétition générale passée à repérer les lieux pour le lendemain, Loïc décréta le quartier libre pour les quelques heures restantes.

Un débarquement pour tous sur la petite île d’Half Moon Cay, devant une plage de carte postale. Pour les uns, ce fut l’occasion d’une marche paisible sur les petits sentiers de l’île, menant à un observatoire ornithologique perché sur la canopée, entouré d’une cacophonie de fous à pieds rouges et de frégates superbes. Pour les autres, le récif aux eaux translucides était une invitation trop belle à la plongée, nageant entre les coraux et les raies.

Le soir, retour sur Tara au mouillage non loin de là : Loïc, déjà en contact avec l’équipe de tournage, briefe une dernière fois tout l’équipage sur la journée du lendemain. Sous les yeux d’une multitude de requins tournant dans la lumière des projecteurs du pont arrière… Au petit matin, la première équipe est déjà fin prête, vérifiant une dernière fois son matériel. Ce sont les plongeurs qui entameront le bal. Bouteilles pleines, Gabriella, Lucie, Emmanuel et Daniel embarquent sur les deux zodiacs menés par Vincent et François. Direction le Blue Hole pour la première séquence de la journée. Une fois l’hélicoptère en vol stationnaire au-dessus de leur tête, les chanceux du jour plongent à la lisière du trou, le fond passant en quelques secondes de trois à 120 mètres de profondeur. Les images dans la boite, l’hélicoptère revient alors sur Tara, où le reste de l’équipage s’apprête à plonger la rosette sous la surface. Le ballet bien rodé d’une station modèle commence, avec Loïc comme chef d’orchestre, en contact permanent par VHF avec l’hélicoptère qui nous scrute de ses caméras. Enfin, une fois l’équipe au grand complet, dernière séquence de la journée : Tara met les voiles. Tout le monde s’active sur le pont pour que le voilier fende les vagues comme il se doit. Au large du récif qui s’éloigne peu à peu dernière nous, l’hélicoptère tourne encore quelques minutes autour du navire dans le vacarme de ses rotors.

Après cette petite parenthèse au parfum hollywoodien, la voix de la science nous rappelle enfin à l’ordre : cap sur la prochaine station, prévue dans quelques jours dans le Golfe du Mexique. Deux jours et deux nuits de prélèvements nous attendent. Et cette fois, ce ne sera pas du cinéma.

Yann Chavance

Deux stations, deux équipes

Nouvelle année, nouvel océan, nouveau leg (étape), nouvelle équipe : même objectif. Pour les sept scientifiques fraîchement embarqués sur Tara, le canal de Panama a constitué un parfait passage de relais entre les deux équipes : la première station de ce nouveau leg ressemble à s’y méprendre à la dernière du leg précédent.

Juste avant d’entrer au Panama, le chef scientifique Gabriele Procaccini et son équipe avaient pu obtenir au dernier moment les autorisations pour faire quelques prélèvements à l’entrée du canal, côté Pacifique. Une semaine plus tard, c’est l’équipe menée par Emmanuel Boss, le chef scientifique de ce nouveau leg, qui lance la seconde partie de l’expérience : une autre station de prélèvements, mais cette fois à la sortie du canal, côté Atlantique. « Nous cherchons à comparer la distribution et la diversité des organismes de chaque côté, explique Emmanuel, professeur d’océanographie à l’Université du Maine. Lorsque le détroit du Panama s’est fermé, il y a peu de temps dans l’histoire de la Terre, deux populations d’organismes similaires ont été séparées, chacune dans un océan. C’est intéressant pour nous de voir comment ces populations ont évolué depuis, tant d’un point de vue génétique qu’au niveau de la diversité ».

Mais pour le chef scientifique franco-israélien, la position stratégique de ces deux stations pourrait également apporter d’autres enseignements : le canal de Panama, à peine vieux d’un siècle, a rouvert artificiellement ce détroit. « Les bateaux relâchent de l’eau d’un côté à l’autre, sans parler des espèces qui s’attachent aux navires durant leur traversée : cela pourrait peut-être modifier la distribution des espèces de chaque côté ».

Pour avoir la réponse à cette question, il faudra comme toujours attendre les études génétiques à terre, effectuées à partir des prélèvements des stations. Pour l’heure, il s’agit donc pour la nouvelle équipe scientifique de continuer le travail de ses prédécesseurs, en entamant sans accroc cette première station.

Heureusement, parmi les nouveaux venus, certains sont des habitués de Tara. Marc, qui s’active avec Sarah autour de la rosette, totalise neuf mois à bord. Lucie, qui remplace Noan aux filtres, en est à son troisième leg. Autre habituée, Gabriella investit quant à elle le labo sec. Une grande expérience du déroulement des stations sur Tara qui profite à tous ceux qui posent pour la première fois le pied sur le pont arrière : de quoi faire une transition parfaite entre les deux équipes. Dans le labo humide, le biologiste barcelonais Francisco cède ainsi sa place à une compatriote, Beatriz. Pour compléter l’équipe, Halldor, de l’EMBL, et Olivier, du Génoscope, sont sur tous les fronts pour prêter main-forte à tout ce petit monde, sous l’œil de Vincent, seul nouvel arrivé côté marins après le départ de notre mousse favori, Baptiste. Au final, les gestes deviennent bien vite des automatismes, et cette nouvelle équipe termine cette fameuse première station en un temps record. Pari réussi.

Yann Chavance

Welcome to San Diego

Le mercredi 26 octobre, nous apercevons les côtes de la Californie, le premier signe que tout un monde existe et nous attend au-delà de l’océan qui nous paraissait infini jusqu’alors. Des baleines nous accompagnent dans la baie. Nous apercevons ensuite un groupe de voiliers blancs.

Toute l’équipe de Tara est là pour escorter le bateau jusqu’au port du musée maritime de San Diego. Le bateau prend sa place parmi la Surprise (bateau du film Master and Commander), un sous-marin soviétique de la seconde guerre mondiale et d’autres vaisseaux historiques qui y sont amarrés. 

Le lendemain, le maire de San Diego, Jerry Sanders, rend visite à la goélette et souhaite la bienvenue à Tara dans une ville qui chérit tant les océans, capitale de l’America’s Cup où se trouve le plus grand aquarium du monde, Sea World. Il se joint à Scott Peters, qui préside la commission portuaire de San Diego, pour offrir une plaque honorifique à Tara Oceans et saluer les progrès de cette expédition mondiale en présence de Romain Troublé et Eric Karsenti.

Dans l’après-midi, l’équipe de Tara se rend au SCRIPPS, un des centres de recherche océanographiques les plus importants du monde, à l’Université de San Diego (UCSD). C’est là que certaines des figures scientifiques clefs de l’expédition, dont Eric Karsenti, Chris Bowler, Mike Sieracki et Matt Sullivan, illustrent les méthodes, à la pointe de la recherche, utilisées dans l’acquisition et l’analyse des échantillons.

Après nous être immergé dans le monde des diatomées, de la génomique des virus, et autres planctons qui peuplent nos océans, nous célébrons notre arrivée sur une terrasse de ce site splendide qui domine la plage de La Jolla. Un banc de dauphins surgit parmi les surfeurs alors que nous assistons au coucher du soleil californien.

 

Andres Peyrot.

Aux portes du continent de plastique

Le mardi 4 octobre, alors que nous atteignons des latitudes au delà de 31° nord, nous apercevons pour la première fois quelques macro-débris de plastique à la dérive. Nous sommes dors et déjà dans le continent de plastique. C’est une première car d’après les études du taux de plastique dans le nord du pacifique, effectuées par Charles Moore de la fondation Algalita (1999 – 2008), la répartition du plastique est très aléatoire.

Une modélisation des différents points de convergence des océans a été élaborée par le Dr. Maximenko de l’Université de Hawaii en 2008, qui a introduit dans les courants marins des petits émetteurs flottants pour observer leur trajectoire. Plus récemment, Maximenko en conclut l’existence de cinq zones de convergence mondiales, dont le garbage patch (continent de plastique) du Pacifique.

En pratique, et en partie due à la variabilité des vents, il n’y a aucune progression stable dans le temps quand à la distribution du plastique à l’intérieur même de ces gyres (tourbillons). Nous n’avons donc aucune manière de prédire l’endroit exact où se trouve la plus grande quantité de plastique à un instant donné. En acceptant cette fatalité, nous avions abordé cette étape à la façon d’une partie de touché coulé, et nous voilà parmi les débris, à moins d’une semaine de notre départ d’Honolulu (Hawaii).

Nous jetons à l’eau le filet destiné aux échantillons de plastique (Manta trawl pour la surface). En le récupérant, nous avons tous les yeux rivés sur son contenu : une multitude de fragments de plastique multicolores qui entourent un gros bouchon vert sur lequel tout un écosystème d’algues s’est développé. Accroché à cet écosystème, deux petits crabes blancs se replient derrière leurs pinces comme pour protéger leur habitat arraché des eaux. Ce plastique, ils l’ont colonisé à la manière d’un récif corallien.

A en juger par ce que l’on voit en dessous de la ligne de flottaison des macro-déchets, ce plastique est là depuis bien longtemps et il s’est intégré à l’environnement marin. Il reste à déterminer les conséquences exactes que ce nouveau support inflige à la vie des océans et quelles sont les interactions qui existent au niveau microbien rattaché à ce plastique. Peut-être même pourrait-on découvrir des bactéries capables de digérer et dissocier certains polymères? Beaucoup de questions restent ouvertes, et nombreuses sont les analyses destinées aux échantillons plastiques que Tara rapportera à San Diego. Une chose est sûre, c’est que plastique il y a !

Andres Peyrot.

A la merci du vent, aux portes du septième continent

Le samedi 1er octobre 2011 à 00 h 30, nous concluons la station ALOHA en remontant le filet multinet qui rapporte avec lui les derniers échantillons. Nous voilà repartis en pleine nuit. Des vents d’Est soufflent en direction opposée du point que nous souhaitons atteindre.

Le bateau ne pouvant naviguer face au vent, Hervé (le capitaine) est contraint de rectifier notre trajectoire, cap sur le nord. Le but étant de remonter sur une latitude suffisamment avancée (approximativement 35° nord) pour pouvoir sortir des alizés et bénéficier de vents d’ouest qui nous porterons jusqu’en Californie.

Cela implique une remise en cause de la répartition de nos stations scientifiques. De plus, le bateau devra impérativement être amarré au port de San Diego le 26 octobre. Le nombre de jours prévus pour la science dépend des jours supplémentaires de navigation. Habitués aux aléas de ce type d’expédition scientifique, l’équipe de Tara relève le défi contre la montre.

Les scientifiques rallongent le temps de travail pour préserver le protocole d’échantillonnage, et l’équipage fait tout le possible pour optimiser le temps de navigation. Isabelle Taupier Letage, note chef scientifique, doit prendre de nouvelles décisions quant au planning des stations et leurs emplacements. En consultation avec le reste de l’équipe, elle décide d’entamer une deuxième station longue une fois que nous serons passé au dessus de la latitude 30° nord, car à partir de là, nous serons officiellement aux portes du continent de plastique*.

En attendant, nous avons deux jours de navigation pure devant nous. Le vent se lève, les moteurs s’éteignent, et nous atteignons les 9 nœuds dans le silence. François (officier de pont) jette à l’eau ses lignes de pêche. Quelques heures plus tard, il dépose des filets de dorade et mahi mahi frais à la cuisine.  Céline, la cuisinière en profite pour assouvir notre nostalgie d’Hawaii en préparant le fameux mahi mahi poke épicé des îles. Pour l’heure, nous écartons de notre pensée l’idée que le plastique ait intégré la chaîne alimentaire marine et puisse se cacher dans la chaire du poisson à l’intérieur de nos assiettes. Les résultats de nos recherches viendront en temps et en heure.

Andres Peyrot


* Le continent de plastique : une zone calme de l’Océan Pacifique, vers laquelle les courants marins amènent les déchets flottants qui s’accumulent en bancs. Cette mer de déchets, visible uniquement depuis le pont des bateaux, a été découverte en 1997 par Captain Charles Moore. Il mit alors près d’une semaine à la traverser, stupéfait par ce qu’il avait trouvé dans cette zone peu fréquentée du globe.

Kiribati, des îles en sursis

En cette fin d’après-midi équatorial, Tara longe le récif sous le vent de l’île Christmas. Le ciel bas, se confond  avec la mer assombrie par d’imposants nuages noirs poussés par les alizés.

Nous distinguons, dans les brumes salines, le rivage dont la hauteur n’excède pas 3 mètres en moyenne. Cet atoll considéré comme le plus grand et le plus vieux du monde fait partie de la république des Kiribati, un état à l’avenir incertain. Cet immense territoire océanien composé d’une multitude d’îlots à fleur d’eau subira les premiers effets du réchauffement climatique.

L’île Christmas est une petit oasis de verdure, perdu au milieu de l’Océan Pacifique et à l’écart des grandes routes de navigations. Peuplée de 5 415 habitants vivant sur une superficie de 322 km2, elle représente 70% des terres des Kiribati.

Oubliée et redécouverte le jour de Noël par Cook (d’où son nom) en 1877, l’île ne fut rattachée à la lointaine colonie anglaise des îles Gilbert qu’en 1919.

Au crépuscule, nous apercevons les lumières du village de London, baptisé ainsi par le père Rougier qui loua l’atoll entre les deux guerres pour y planter des cocotiers. Il est d’ailleurs à l’origine de la surprenante toponymie de l’ile. Ainsi face à London, de l’autre coté de la “Manche”, se trouve le village désormais abandonné de “Paris”.

A quelques encablures, d’un bateau de pêche japonais, qui nous semble abandonné, nous mouillons l’ancre dans le fracas métallique du guindeau. Le sombre de la nuit nous enveloppe, l’heure tardive ne permet pas de faire l’entrée administrative dans le territoire kiribatien, nous attendrons donc demain.

La clarté de la lune découpe l’ombre d’une imposante jetée, construite par l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise, venue mettre en place les prémices d’un projet de navette spatiale actuellement avorté.

Le lendemain, à 6h, dans la lumière rougeoyante du matin, les détails en ombres chinoises nous apparaissent de plus en plus clairement. Puis la magie du jour nous fait apparaître ce nouvel endroit à découvrir. Une longue journée nous attend. Il nous faut d’abord faire les démarches administratives qui vont nous permettre de descendre à terre. Après la visite du navire par les douanes et l’immigration, l’autorisation nous est enfin donnée de débarquer sur le sol kiribatien.

Les eaux limpides et turquoises de l’immense lagon, rendent irréelle notre arrivée en bateau pneumatique au petit embarcadère du port London. Des pirogues de pêcheurs aux couleurs vives sont amarrées où reposent sur le sable. En arrière plan, nous apercevons le village et ses baraquements écrasés sous le soleil brulant de ce début de matinée.

L’avenir de l’île

Nous rencontrons dans un premier temps notre contact local Riteta Bébé, représentante du gouvernement pour les questions d’environnement et de protections des espaces naturels. Elle nous reçoit dans son bureau où sur les murs jaunis par le temps les cartes du lagon, chevauchent des fiches signalétiques et les photos des espèces endémiques du lagon. Cette rencontre est l’occasion pour nous de pouvoir aborder les sujets environnementaux et de mieux comprendre les problématiques de cet état en sursis suspendu aux effets du réchauffement et de la montée des eaux.

Au fil de la discussion avec Xavier de Madron, notre chef scientifique, nous nous apercevons que les prémices du changement sont en route. La contamination des lentilles d’eau douce emprisonnées sous les atolls par l’eau de mer, est une des conséquences qui provoque dans la population certaines maladies associées à l’eau non potable. Dernièrement, une alerte a été donnée par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, lors de son passage au Kiribati. Une solution alternative de récupération des eaux de pluie pourrait être mise place sur les îles avec mise à disposition de grosse citerne.

Une des autres préoccupations environnementales, bien réelles, est liée à la pollution par les déchets plastiques, qu’on trouve disséminés un peu partout dans la partie habitée de l’île. “Nous avons des problèmes pour le traitement de ceux-ci, mais avant tout, c’est un problème d’éducation de la population” nous avoue Bébé. “Un effort particulier a été fait dans l’éducation des jeunes au niveau des écoles, mais le meilleur exemple a été l’escale du Plastiki ici, à London” nous dit elle en souriant. Ce voilier construit avec des produits recyclables et qui réalise un tour du monde, a beaucoup fait réagir la population locale. “Voir que l’on pouvait faire un bateau avec des bouteilles plastique a émerveillé les enfants, mais leur a aussi donné la conscience de ce que pouvait être le recyclage”, rajoute-t-elle.

Ces dernières années ont vu aussi la création d’aires de protections naturelles dans les îles Phoenix (Phoenix Island protected area). Il s’agit d’un vaste projet gouvernemental de conservation des écosystèmes, mais par manque de moyens, elles ne sont que très peu visitées. Mais pour Bébé, l’avenir est prometteur “Le projet du parc est un bon exemple, et nous espérons la même chose pour notre atoll qui possèdent de nombreuses espèces endémiques, véritables richesse pour les générations qui peut être dans le futures pourront vivre ici”, conclue-t-elle.

La vie d’îlien au quotidien

Il est temps pour nous de quitter notre hôte et de nous rendre au poste de police où nous sommes attendus pour finaliser notre entrée. Nous parcourons les rues de London où les maisons en bois basses sont ouvertes sur la rue. Des ribambelles d’enfants, un peu timides, sont étonnés de notre présence. Nous nous arrêtons dans la seule et unique station de service, épicerie de l’île pour demander notre chemin et faire quelques emplettes. La gérante, le regard désolé nous dit “le bateau qui ravitaille l’ile est en retard de 3 semaines. Il doit arriver bientôt mais personne ne sait quand, nous n’avons plus de riz, de lait et la farine commence à manquer, mais les gens ici sont habitués”. Dans la majorité des îles du Pacifique, la vie des îliens reste suspendue au passage de ces petits cargos ravitailleurs aux horaires erratiques.

A quelques pas du cimetière, se trouve le poste de police sans porte, ni fenêtre où nous reçoit le commissaire. Cet homme de type Micronésien, à l’allure fière, est originaire de  l’île. Pour lui, le mode de vie a changé. ” Les gens du pays pêchent beaucoup, c’est leurs moyens de subsistances. L’argent ici n’a pas la même valeur qu’ailleurs, l’entraide et la tradition communautaires font partie intégrante de notre mode de vie d’îlien. Nous avons 2 médecins ici, qui gèrent les urgences, pour les accouchements les femmes restent sur l’île et préfèrent la méthode traditionnelle, ici la télévision n’est même pas diffusée” conclut-il en rigolant de nos regards étonnés. L’officier de l’immigration venu nous saluer, rajoute “moi je suis en poste depuis 4 ans ici mais je suis originaire de Tarawa, une autre île des Kiribati, je ne suis pas rentré depuis tout ce temps, c’est long pour la famille”. Pas facile d’abolir les distances de ce petit pays aux frontières démesurées.

Le temps passe vite et déjà le soir commence à tomber, il est temps pour nous de rentrer sur Tara et de mettre le cap sur Hawaï afin, de continuer la mission.

Hervé Bourmaud, capitaine de Tara

Questions à Fabrice Not, chef scientifique de la mission Marquises

Nous commençons une étape bien spécifique d’une dizaine de jours autour des îles Marquises pour laquelle Fabrice Not, biologiste à la station de Roscoff, est chef scientifique. Trois autres scientifiques viennent compléter l’équipe de l’étape précédente pour cette mission spéciale : Pierre Testor, Fabrizio d’Ortenzio et Steffi Kandels-Lewis. Cette étape au large des Iles Marquises a pour but de caractériser l’écosystème planctonique présent sous le vent des îles, notamment en fonction des apports en fer.

Quel est le but de cette mission aux Iles Marquises ?

A la latitude des Iles Marquises, il y a une bande d’environ 1 000 km de large particulièrement pauvre en fer qui traverse le Pacifique, d’Est en Ouest, où la quantité de plancton est faible, malgré des eaux riches en sels nutritifs.

Plus au large des îles, nous observons un développement important du phytoplancton qui est visible sur les cartes satellite (une grande zone bleue, à l’Est des îles Marquises). Et périodiquement, nous apercevons une émergence de tourbillons verts qui signalent la présence de chlorophylle. Dans ces zones, nous relevons un apport en fer considérable qui permet au phytoplancton de proliférer (phénomène appelé bloom).

Nous voulons comprendre d’où vient cet apport en fer : est-il lié à la terre des îles portée par le vent, ou provient-il des turbulences créées par le courant en aval des îles qui provoquent une remontée d’eaux profondes plus riches en fer?

Pour résumer : Nous allons tenter de comprendre l’influence de l’apport terrigène et celle de ces turbulences. Ensuite, nous étudierons l’évolution de la communauté de phytoplancton en fonction du contexte.

Quelle est la spécificité de cette étape?

C’est mon quatrième embarquement sur Tara et le troisième en tant que chef scientifique, mais cette étape là est certainement la plus particulière : elle fait partie du projet global de Tara Oceans et est à la fois une mission très autonome.

Habituellement, Tara travaille à l’échelle des bassins océaniques, alors que cette fois, nous nous concentrons sur une zone très ciblée et sur un phénomène spécifique qu’est l’apport en fer dans l’océan. Les phénomènes étudiés sont cette fois ci beaucoup plus restreints dans le temps et l’espace.

De plus, c’est une première de combiner d’une façon aussi approfondie la biologie et la physique sur Tara. Nous disposons des instruments de mesures habituels : la CTD-rosette, pour les données océanographiques ; le pompage d’eau de mer et les filets de prélèvements pour l’échantillonnage des micro-organismes. Nous avons également mis à l’eau un « glider » (planeur sous-marin), et des bouées dérivantes, qui nous informent sur les caractéristiques physiques des masses d’eau dans lesquelles ils naviguent. Réunir un tel panel d’instruments pour un objectif commun est assez rare!

Qu’apportent ces instruments?

L’intérêt est d’être beaucoup plus précis dans le choix de la localisation de nos stations de prélèvements. Au lieu des seules données satellitaires de surface qui nous permettent d’avoir une vision globale des grands flux, le glider nous envoie des informations en profondeur bien localisées qui nous parviennent presque en temps réel. Ces données complètent celles du satellite.

Avec plus d’instruments, nos sources d’informations se multiplient, nous abordons et identifions de façon plus précise la complexité des phénomènes en surface et en profondeur.

Quel est le plan d’échantillonnage prévu?

Même si nous avons un programme prévisionnel de principe, il va être amené à évoluer sans cesse en fonction de toutes les données que nous recevrons.

Nous prévoyons une première station de référence « Gaby » au vent des îles qui correspond à la grande zone bleue sur nos cartes satellite : un lieu presque désertique. Il s’agit de la station la plus compliquée car la plus exposée au vent et à la houle.

Une deuxième station appelée « Eric » sera également effectuée sous le vent des îles, à l’endroit où prolifère soudainement le plancton (bloom), et qui correspond donc à la source de l’enrichissement en fer. Sur la carte ce sont les zones de couleur verte qui apparaissent tout près des côtes.

Mais ce phénomène de bloom est épisodique, d’où la difficulté de relever des données dans cette station. Nous devons donc scruter en permanence les cartes satellite et attendre de voir apparaître une nouvelle floraison planctonique.

Quelle est la périodicité de ces évènements ?

C’est difficilement prévisible… Mais Fabrizio d’Ortenzio, qui a étudié les données satellite sur plusieurs années, a pu déterminer qu’à cette saison il y avait des formations au moins toutes les semaines. Avec une veille satellitaire permanente et un peu de chance, nous aurons une chance d’observer un bloom au bon moment… il faut ensuite que nous n’en soyons pas trop loin pour aller sur la zone à temps! C’est une stratégie compliquée!

Pour la troisième station nommée « Romain », l’idée est de suivre la masse d’eau échantillonnée pendant « Eric » pour voir comment la structure évolue au bout de trois quatre jours.
Enfin, la quatrième station « Philippe » se ferait encore plus éloignée des îles pour continuer à suivre l’évolution de la communauté de plancton portée dans la courant.

Nous prévoyons donc 4 stations de prélèvements dans un périmètre assez restreint pour bien comprendre le phénomène. Nous observerons ainsi l’évolution dans le temps en amont puis en le suivant sur plusieurs centaines de kilomètres. Les bouées misent à l’eau resteront actives et transmettront des données pendant plusieurs mois. Nous donc à les étudier après notre départ.

Quelles sont les difficultés majeures ?

C’est un avantage d’avoir autant d’outils à disposition mais c’est aussi ce qui complexifie le travail. Nous devons prendre en compte des sources d’informations diverses, ce qui est donc plus riche mais plus difficile à traiter et les choix sont aussi parfois plus difficiles à faire (nous entrons dans toute la complexité des phénomènes). De plus, nous devons travailler avec l’incertitude liée à l’apparition soudaine de phénomènes naturels. Et le dernier paramètre crucial à ne pas oublier est la météo!

C’est un exercice de funambule que de réussir à gérer toutes ces incertitudes. Il faudra être extrêmement flexible pour être réactif, et ajuster en permanence notre stratégie d’échantillonnage. C’est la grande difficulté mais aussi ce qui est le plus excitant. Je pense que nous avons l’équipe parfaite à bord pour cela. D’autant que nous sommes nombreux à pouvoir faire des rotations.

Je pense que c’est une mission qui exploite de façon optimale les particularités d’un bateau comme Tara : Il permet cette grande flexibilité car il est plus petit et plus maniable que les habituels gros bateaux océanographiques.

Ensuite, la combinaison des différentes disciplines comme la physique et la biologie, est aussi compliquée : ce sont deux mondes très différents, le vocabulaire n’est pas le même, il faut donc trouver un langage commun. Le rapport au temps de travail en mer est très différent. Un des défis est donc de réussir à se comprendre et à travailler ensemble pour pouvoir faire converger nos objectifs. Quand on y arrive, c’est bien plus riche bien sûr!

La combinaison des expertises et la précision de la zone de travail font que cette étape est, pour moi, vraiment unique!

Sibylle d’Orgeval

4 nouvelles espèces de coraux aux Iles Gambier

Tara a pris désormais un rythme corallien. Fini les grandes distances de l’étape précédente entre Guayaquil (Equateur) et les Iles Gambier (Polynésie Française), nous sommes désormais presque des sédentaires habitant pour 15 jours le lagon des Iles Gambier.

A partir du mouillage, les deux zodiacs emmènent chaque jour Francesca, Connie et les deux Eric sur un site de plongée le matin puis un autre l’après-midi. Les plongeurs se mettent à l’eau, équipés d’un burin et d’un filet pour récolter des échantillons de corail, d’un appareil photo pour garder des images du site de prélèvement et des coraux. Pendant une heure, ils sillonnent les fonds à des profondeurs variant entre 10 et 15 mètres.

Le petit bruit métallique du marteau résonne sous l’eau et une longue colonne de bulles s’élève de chaque plongeur. Mathieu et Julien dans les zodiacs gardent un œil sur leur progression.

Au bout d’une heure les têtes émergent de l’eau. Mathieu récupère les bouteilles : «Alors intéressant? »

« Ca ressemblait beaucoup au site de ce matin » constate Francesca, « Mais rien à voir avec ceux du premier jour, où il y avait beaucoup de corail mort et abimé. Ici il est très vivant, très beau !»

« Et on a encore eu la visite d’un petit pointe noir » sourit-elle. Les petits requins du lagon semblent curieux du travail des scientifiques et viennent les observer, mais pour le moment sans sortir les dents…

En 1974, le biologiste Jean-Pierre Chevalier a réalisé la dernière étude sur les coraux des Iles Gambier et a répertorié 54 espèces, collection conservée au Muséum de Paris. « C’est fantastique d’être ici et de poursuivre son travail! Depuis dimanche, j’ai déjà trouvé 4 nouvelles espèces! Donc nous en sommes à 58 maintenant! » : Sourire éclatant, Francesca diffuse une énergie communicative.

Eric Béraud a sorti hier de l’eau un gros bloc de porytes, un type de corail. 40 kilos sur le pont qui permettront d’étudier l’histoire du lagon. « Les porytes croissent d’1 cm par an, donc imagine ce bloc de 40 cm va nous raconter les évènements des 40 dernières années. Comme pour une carotte glaciaire ou la tranche d’un tronc d’arbre, il va nous donner les informations sur l’évolution de la santé des eaux »

Eric Roettinger dit « Kahikai » est lui à l’imagerie. Il part à la pêche aux espèces qu’il remonte ensuite sur le bateau. La « table science » du pont lui sert à installer son studio photo sur le modèle exact d’un studio de mode en miniature ; Seule différence majeure les modèles mesurent quelques dizaines de centimètres et posent dans un aquarium. Un fond uniforme, deux flashes latéraux, « Kahikai » est prêt à shooter. « Tu veux pas retourner la méduse avec la pipette? On verra mieux les tentacules ». L’élégante bestiole translucide continue ses pulsations et danse sous les flashes. Il fait déjà nuit, et frais, mais « Kahikai », au chaud sous son bonnet ne voit pas passer le temps et continue ses prises de vues en nocturne.

Hervé Bourmaud le capitaine parti à Mangareva dans l’espoir d’acheter du gasoil au bateau de ravitaillement revient les mains vides. Aléa de la vie des îles, le Nuku Hau, bateau attendu depuis 2 jours n’est toujours pas annoncé « celui qui avance en paix » prend son temps pour bien porter son nom.

Demain Tara change de mouillage, deux jours sont prévus aux alentours de Taravai, l’île Ouest du lagon. Stationné à l’abri de l’île nous serons protégés du noirot, vent prévu à 25 nœuds les jours prochains.

Sibylle d’Orgeval

A la voile pure

Le ciel n’est maintenant orné que de quelques nuages d’altitude annonciateurs de beau temps, et le vent souffle entre 20 et 25 nœuds, alors depuis la station scientifique du week-end, les moteurs sont coupés, et les voiles sont ajustées. Yankee, trinquette, misaine et grand voile sont de sortie.

Des conditions de rêve. Loïc Valette le capitaine de Tara exulte : « on flirte avec les 10 nœuds sans forcer ! A ce rythme les Gambier seraient bientôt en vue ! ». Sentir le bateau filer sur les flots et jouer avec les vagues rend euphoriques.

Des poissons volants surgissent de l’eau et suivent la lancée du bateau ou parfois croisent sa route. François Aurat, officier de pont, fait une ronde régulière sur le pont avant pour ramasser les malchanceux qui y échouent. « La meilleure façon de pêcher! Les poissons viennent à nous… ».

Il est plus difficile de tenter de les faire mordre à l’hameçon. Derrière les proies volantes surgit soudain une dorade coryphène en chasse. Loic, François, Yohann se précipitent sur leur lignes. Mais la dorade ne se laisse pas un instant leurrer par le poisson en plastique qu’ils lui envoient pour l’appâter, elle nargue les pêcheurs du lundi en exhibant ses couleurs étonnantes dans l’étrave de Tara. Mais les frigos de Céline sont encore pleins, notre survie ne dépend heureusement pas de la récolte de la pêche.

Pendant ces journées de route entre deux stations scientifiques, le carré se transforme régulièrement en salle de réunion. Présentation du travail de chacun, rappel des consignes importantes, ou préparation des plannings. Marc Picheral, ingénieur océanographique, projette des photos du passage de Tara en Antarctique, et nous propulse pour un instant dans l’univers des glaces, nous qui naviguons à la latitude la plus éloignée des pôles, au raz de l’équateur, puis Marc passe en revue les différents instruments scientifiques qu’il manipule.

Nigel Grimsley, notre chef scientifique, organise un conciliabule pour déterminer le programme des prochaines stations. Les discussions se font après consultations des différents coordinateurs du consortium scientifique. Deux routes sont possibles mais dans les deux cas nous passerons d’une zone mésotrophique à un secteur oligotrophique. Après une nouvelle station longue, plusieurs jours de stations courtes suivraient. Un tel programme quotidien permettrait de mesurer l’évolution progressive entre les deux zones.

Hiro Ogata, scientifique à bord, espère lui pouvoir avoir du temps pour une journée d’échantillonnage dans un lagon à l’approche des Iles Gambier, pour étudier les écosystèmes les plus diversifiés, de l’ « open ocean » à la zone côtière. La précédente station lui a permis de récolter des échantillons provenant de la OMZ, zone d’oxygène minimum, rarement située à des profondeurs accessibles, et élargir le spectre des différentes conditions de vie des girus (virus géant) qu’il étudie.

Et devant la projection des travaux de Hiro, la soirée se prolonge sous le signe des mimivirus, ces virus géants dont il a la passion.

Sibylle d’Orgeval

La ruche Tara en pleine action

7h30 la station commence. Scientifiques et marins sont sur le pont.

Sarah est à l’avant-poste, aidée des marins, ou de toute bonne main volontaire, elle manie les outils de prélèvements, rosette ou filets qu’elle a auparavant testés, nettoyés, réparés. Tout est solidement arrimé aux bouts, et descendu par le treuil à différentes profondeurs en fonction des opérations prévues. Gestes précis, rapides, elle soulève le lest, l’accroche à l’armature, clipse le bout, manœuvre l’imposante machine, aidée aujourd’hui de Céline qui a quitté les cuisines pour s’initier à d’autres instruments.

Johan, en retrait près du laboratoire humide installé sur le pont, patiente pour récupérer le butin d’un filet aux mailles inférieures à 180 microns. Un filet remonte, il récupère le contenu du collecteur. Les deux tiers seront consacrés aux études génétiques : il filtre l’eau et la stocke dans l’azote liquide. Le dernier tiers sera dédié à l’étude microscopique. Il donne à Sophie un échantillon des prélèvements entre 20 et 180 microns, et à Silvia tous les micro-organismes inférieurs à 0,8 microns. En deçà de cette taille, plus d’eucaryotes, on ne trouve que des bactéries ou des virus, le domaine de prédilection de Silvia.

Silvia a préparé à l’avance toutes les fioles pour recueillir les échantillons, les classer avec les informations nécessaires à l’identification de la station du jour. Ils seront répartis pour différents type d’étude : ADN, ARN, FCM (Flow cytometry) dans son laboratoire de Barcelone. Mais pour l’heure, l’organisation et la rigueur sont primordiales pour récupérer et conserver au mieux les précieux organismes… et tout ceci quelque que soit le roulis du bateau. Le petit patch contre le mal de mer collé discrètement derrière son oreille rappelle que les conditions de travail sur le bateau en pleine mer demande au corps une adaptation bien particulière.

Sophie est aussi sur le pont prête à bondir pour récupérer les échantillons capturés par la rosette dans la couche d’eau DCM (Deep Chlorophyl Maximum) où le phytoplancton est le plus abondant, et ceux provenant des filets effectuant les prélèvements en surface. Elle descend au laboratoire sec et passe sa récolte dans le flowcam qui détecte les particules planctoniques, phyto ou zooplancton.

Denis, observateur équatorien, spécialiste des oiseaux, est aussi un océanographe averti. A bord de Tara pour 15 jours, il prête main forte à Sarah et à Silvia quand les manœuvres s’enchaînent.

Gaby comme tous à l’affût des filets, stocke dans le formol des échantillons de phytoplancton pour les taxonomistes et une autre partie dans l’éthanol pour des analyses génétiques. Supervisant l’ensemble des opérations, il œuvre en même temps sur tous les fronts, et prie Neptune pour que la pluie ne vienne pas perturber la station…

Christian

Pendant ce temps Christian file à l’avant du bateau muni de petits filets, pour récolter plus de macro plancton en « bon état ». Les plus rares auront droit à un traitement de faveur et passeront au studio photo. Aujourd’hui le pyrosome sera la star du shooting. Déjà redescendu dans le labo sec, Christian jette un œil au « flowcam » que Sophie manipule afin de récupérer les organismes qui l’intéressent pour sa banque d’image.

Sarah
Entre deux manipulations d’outils, Sarah plonge dans le carré pour vérifier que les données fournies par les instruments de la rosette sont traitées sur son ordinateur, et imprime les graphes de résultats.
Puis remonte en trombe préparer l’envoi d’un nouvel instrument en immersion. « Pour une station efficace, il doit toujours y avoir un outil à l’eau! » lance-t-elle dans son élan.

Gaby attrape les graphes au vol et se pose pour étudier les différentes données physiques et chimiques en fonction desquelles il adaptera la profondeur des envois.

Au milieu de cette activité de ruche, Loïc, Johann, et Daniel, les marins ne chôment pas, prêtant main forte pour toutes les manœuvres techniques, et surveillant la bonne tenue du navire! Porté par la même énergie, François s’attelle à démonter et remonter les winchs, tandis qu’Aurore, pinceau à la main, butine à tous les postes le pollen de son inspiration.

Les stations finies, nous repartirons pour 3 jours de mer, objectif Guayaquil et le débarquement des échantillons.

Sibylle d’Orgeval

De la science en intensif

Une journée aux Galapagos, c’était malheureusement bien peu pour explorer l’archipel. Certains sont partis marcher, d’autres visiter la fondation Darwin, et tenter de rencontrer des iguanes, des tortues, ou des fous aux pieds bleus. Mais tous se sont préparés aussi au départ prévu lundi matin. 

Les dernières tentatives auprès des autorités pour obtenir les autorisations de prélèvement aux Galapagos sont restées vaines.  Le programme a donc été modifié. Nous repartons vers Guayaquil où Steffi Kandels-Lewis de l’EMBL, et Rainer Friedrich de World Courrier viendront récupérer les derniers échantillons en date pour les acheminer dans les laboratoires d’étude.

8 jours de mer nous attendent ponctués de stations scientifiques qui complèteront le travail effectué sur le précédent trajet Guayaquil-Galapagos.  Gaby Gorsky notre chef scientifique, déçu de devoir quitter les îles sans aucun prélèvement se console grâce à la perspective de l’étude approfondie que permettra le retour sur la zone du courant équatorien présent entre le continent et les îles.

Nous quittons Puerto Ayora avec regret, et le sentiment d’avoir à peine effleuré l’archipel mythique. Mais le plus beau cadeau que l’homme peut faire aux Galapagos est peut-être de les laisser en paix.
 Dauphins, tortues puis otaries viennent saluer le bateau sur sa route vers le large. Nous quittons ce petit paradis animal pour retrouver les flots et ses habitants microscopiques.

A bord, les nouveaux équipiers sont vite intégrés. Le planning des quart est imprimé, ainsi que celui des tâches de bord. Les « anciens » font équipe avec les nouvelles recrues et leur transmettent les petites astuces de vie à bord. Science, navigation, mécanique ou corvées, tous les aspects de la vie à bord se succèdent et se mélangent.

Affectée au ménage avec Gaby pour la première journée, je passe l’aspirateur tandis que devant son ordinateur Christian m’énumère le noms des derniers protistes photographiés.

Loïc organise une réunion de sécurité avant le départ, puis Gaby fait un point scientifique en prévision des stations. Tout le monde est concerné car la vie de l’équipe en sera modifiée : trois courtes stations « CTD » (Conductivité-Température-Densité) sont prévues mercredi 11.La plateforme instrumentée sera immergée pour mesurer neuf différents paramètres nécessaires à la compréhension du milieu : oxygène, nitrate, salinité, turbidité, florescence du plancton et enfin quelques autres paramètres optiques utiles à la détermination du type d’eau et des courants présents.

Puis de jeudi à vendredi, une station longue permettra le prélèvement des organismes présents dans les eaux, du virus aux larves de poissons, afin d’établir le spectre du vivant de la zone. Deux jours intenses pendant laquelle l’équipe scientifique sera fortement mobilisée. Mais solidaire, le reste de l’équipage adaptera les quarts de nuit et les tâches pour soulager le travail des scientifiques. L’heure est à la science.

Sibylle d’Orgeval

Taxonomiste, une espèce en évolution

Depuis que Christian Sardet a installé un aquarium dans le petit carré, le macroplancton ne cesse de défiler sous l’objectif de sa caméra. Beroe, ceinture de Venus… le scientifique connaît chaque acteur par son nom mais il lui arrive parfois d’avoir un doute, alors il a recours aux nombreux ouvrages du bord qui permettent d’identifier les différents planctons.

L’identification ou plutôt la classification des formes vivantes est une science en soi, qui se nomme taxonomie. Charles Darwin fit partie de ceux qui apportèrent un regard nouveau sur cette science, notamment en démontrant que les espèces évoluent, que certaines disparaissent et d’autres voient le jour. Cette science statique à l’origine est devenue dynamique à présent. Le développement de la génétique est sans aucun doute la plus récente et peut-être la plus importante révolution à toucher cette science ancienne, aujourd’hui négligée par la nouvelle génération de biologistes. Retour sur cette discipline en pleine évolution.

L’histoire de la Taxonomie

Le mot taxonomie ou taxinomie provient du grec : taxis, signifiant l’ordre et nomos, la loi. C’est le botaniste suisse Augustin-Pyrame de Candolle qui en 1813 a proposé de nommer cette science de la classification. Mais la nécessité de répertorier et de nommer les formes vivantes et notamment les plantes, remontent bien avant cette époque. Deux mille ans avant Linné, trois cents ans avant JC, le Grec Théophraste, successeur d’Aristote, avait déjà décrit différentes plantes dans son ouvrage intitulé « L’Histoire des Plantes ».

Système de classification

Les organismes vivants sont classifiés à l’aide d’un système hiérarchique bien établi, permettant de les regrouper de façon arborescente.

Nomenclature des organismes vivants

On écrit le nom taxonomique d’un organisme en combinant son genre et son espèce, tous les deux en italique. La règle veut que le premier nom débute par une majuscule et le second par une minuscule. Ces noms formés de racines latines et grecques décrivent le plus souvent la morphologie de l’organisme ou son mode de vie.
Par exemple, le nom Pélagia noctiluca décrit une méduse du genre Pélagica « qui vit en pleine mer » et de l’espèce noctiluca « qui éclaire la nuit ». La ceinture de Venus ou Cestus veneris est un cténophore qui ressemble comme son nom l’indique à une ceinture. Au-delà de leur caractère descriptif, un grand nombre de méduses porte un nom inspiré de la mythologie grecque comme les méduses du genre Cassiopeia. Il arrive parfois qu’un scientifique donne le nom d’un de ses confrères à l’espèce qu’il a découverte. De plus, le nom de l’espèce est systématiquement référencé dans les registres, avec le nom du scientifique qui a découvert l’organisme ainsi que l’année de publication de sa description.

Découverte de nouvelles espèces

Lors des escales de Tara, une question revient souvent aux oreilles des scientifiques : Avez-vous découvert une nouvelle espèce ? Il faut savoir qu’il est très compliqué et fastidieux de prouver la découverte d’une nouvelle espèce et surtout de la décrire. Il faut étudier tout le cycle de vie de l’organisme afin de s’assurer qu’il n’ait pas déjà été décrit par un autre scientifique, car parfois la morphologie peut varier en fonction du sexe et du stade juvénile. Il est également difficile de déposer une nouvelle espèce à partir d’un seul spécimen, car celui-ci peut-être endommagé ou atypique. L’idéal est de posséder un male et une femelle qui puissent se reproduire. Après avoir décrit la nouvelle espèce, le chercheur doit déposer son épreuve afin qu’elle soit examinée par un jury international, puis publiée.

La disparition des taxonomistes

Aujourd’hui la taxonomie est une discipline qui a déserté les bancs de l’école, mais quelques passionnés subsistent. Franck Prejger, taxonomiste au laboratoire de Villefranche-sur-mer, fait partie de ces personnes qui puisent leur savoir d’identification auprès d’anciens taxonomistes, aujourd’hui à la retraite. Pour pallier à la pénurie des taxonomistes, il existe aussi des programmes européens. Dans le cas du plancton et tout particulièrement des virus et des bactéries, la taxonomie a ses limites et aujourd’hui c’est la génomique qui vient compléter cette science ancestrale.

 

Stéphane Pesant et Anna Deniaud

Dans le sillage du Beagle

Un chapeau panama à la main, les membres d’équipage saluent les quelques curieux du Malécon 2000 (Guayaquil, Equateur), venus assister au départ de Tara, et tout particulièrement Gabriella et Montserrat, deux scientifiques débarquées à Guayaquil.

A chaque escale, c’est le même rituel, de nouveaux équipiers embarquent et d’autres quittent l’aventure. Mais l’habitude n’y fait rien, le pincement au cœur sévit à chaque fois.

Sous une chaleur suffocante, les voyageurs descendent le Rio Guayas pour retrouver l’Océan Pacifique. Les moustiques, eux, ne semblent pas décidés à quitter le navire !

Guidée par des frégates, ces grands palmipèdes au plumage sombre, Tara prend la route des Galápagos, cet archipel mythique situé à 960 km des côtes équatoriennes. Peu à peu les embruns dissipent la nostalgie du départ, et l’excitation gagne l’équipage : nous partons sur les traces de Charles Darwin, nous allons découvrir ce laboratoire vivant qui a inspiré le biologiste pour sa théorie sur la sélection naturelle !

En septembre 1835, après plus de quatre ans de voyage autour du monde à bord du navire le Beagle, le jeune naturaliste débarque sur les îles Galápagos. Tortues, oiseaux marins, iguanes… à peine a-t-il posé le pied à terre que Charles Darwin est frappé par la richesse de la faune.

En observant de plus près les animaux des îles, il découvre aussi leur diversité. « Je n’aurais jamais pu imaginer que des îles situées à environ 50 à 60 milles de distance, presque toutes en vue les unes des autres, formées exactement des mêmes rochers, situées sous un climat absolument semblable, s’élevant presque toutes à la même hauteur, aient eu des animaux différents… » – Extrait du livre « Voyage d’un naturaliste autour du monde » de Charles Darwin.

Pour partir sur les traces du biologiste anglais, trois coordinateurs de Tara Oceans, Gaby Gorsky, Silvia Gonzales-Acinas et Christian Sardet ont rejoint Stéphane Pesant et le reste de l’équipe scientifique. Mandaté par son pays, Denis Alexander Mosquera Munoz, observateur équatorien, accompagnera les chercheurs jusqu’aux eaux du parc national. Il s’assurera qu’aucun prélèvement ne soit effectué à moins de deux cents milles de côtes équatoriennes, car jusqu’à nouvel ordre aucune autorisation d’échantillonnage n’a été obtenue.

Toujours sur cette étape Guyaquil-Santa Cruz,  un journaliste et un photographe allemands du magazine GEO ont intégré l’équipe pour réaliser un reportage sur le travail des scientifiques.

Après deux jours de navigation, la rosette a déjà replongé dans l’Océan Pacifique pour échantillonner dans une zone naturellement acide. Attention, si ces eaux sont dites « acides », il n’en demeure pas moins que leur PH de 7,9 reste supérieur au PH neutre qui est de 7. Aux abords de l’archipel des Galápagos, l’acidité de l’eau est simplement plus élevée que dans d’autres parties du globe où les eaux de  surface ont en général un PH qui avoisine 8,1.

Si dans cette zone du Pacifique, l’acidification du milieu aquatique est un phénomène naturel, de manière plus globale les océans tendent à s’acidifier en raison de l’augmentation des rejets de  dioxyde de carbone dans l’air. Cette région se révèle donc être un véritable laboratoire marin dont les conditions environnementales actuelles pourraient être représentatives des conditions futures de l’ensemble des océans du globe.

Les scientifiques espèrent à travers cette étude, comprendre les répercutions de l’acidification des océans sur la vie des micro-organismes, et anticiper les conséquences de l’activité de l’homme sur les écosystèmes marins.

Indépendamment de tout changement climatique, l’acidification des océans pourrait perturber l’existence des organismes marins comme par exemple les mollusques, les coraux et les foraminifères (plancton unicellulaire) qui ont besoin de synthétiser le calcaire pour fabriquer leur coquille ou leur habitat. Plus l’eau est acide, plus il est difficile pour les organismes de synthétiser du calcaire.

Mais l’heure n’est pas encore à l’analyse, pour l’instant les chercheurs s’évertuent à prélever des échantillons d’eau de mer. Parallèlement à la rosette, Christian Sardet a jeté un petit filet à l’eau pour récupérer du plancton. Assisté par la jeune scientifique, Sophie Marinesque, nouvellement embarquée, Christian trie sa récolte pour ensuite photographier et filmer les divers micro-organismes. Les clichés et les prises viendront compléter son projet dédié au plancton, « Les chroniques du plancton » visibles sur internet (www.planktonchronicles.org).

Peu à peu, le soleil s’incline à l’horizon, inondant la goélette d’une lumière orangée. Ce soir les scientifiques regagneront le pont arrière pour effectuer une dernière mise à l’eau de la CTD. Demain matin, après avoir parcouru près de 52 milles marins, l’équipage franchira la ligne de l’Equateur, une grande première pour certains.

Chez les marins, la tradition veut qu’un baptême ou plutôt un « bizutage » soit donné à ceux qui traversent pour la première fois cette ligne. Le statut de journaliste du bord n’y fait rien, les initiés ne souhaitent pas divulguer l’épreuve qui attend les novices…

Anna Deniaud

Tara au mouillage devant le Détroit de Magellan

C’est formidable ces rendez-vous avec l’histoire que nous offre Tara. Depuis la fin de ce samedi après-midi, nous sommes au mouillage juste à l’extérieur de l’embouchure du détroit de Magellan, devant le « Cabo Virgenes ».

C’est en 1520 que le célèbre navigateur portugais financé par Charles Quint arriva ici, comme nous par la mer. Il découvrait ce bout du monde. On imagine qu’il vit comme nous ces falaises surmontées de landes, faisant face à cette mer émeraude. Depuis, le détroit de Magellan est devenu la voie qui permet d’accéder à l’Océan Pacifique sans passer par le redouté Cap Horn.

La nécessité d’un mouillage était devenue une évidence depuis quelques jours avant notre prochaine station. L’hypothèse initiale était de descendre vers l’île des Etats qui prolonge la Terre de Feu vers l’Est. Mais les derniers bulletins météos plus contradictoires les uns que les autres, ont conduit Hervé Bourmaud, notre capitaine, à prendre une sage décision. Le dernier mouillage possible sans descendre plus au Sud avec un temps incertain était celui où nous sommes désormais ancrés.

Si nous étions descendus à l’île des Etats dans des mauvaises conditions, il aurait fallu sécuriser le mouillage sans garantie de se maintenir. Avant de revenir sur nos pas, afin de faire une station scientifique de l’autre côté du détroit de Le Maire.

Actuellement, certaines prévisions font état de 75 nœuds dans le passage du Drake un peu plus au Sud, et au moins 45 nœuds dans la zone de l’île des Etats. Plus au Nord, là où nous sommes, certains modèles annoncent du vent d’Ouest basculant Sud-Ouest, et d’autres du Nord-Ouest. Prudence étant mère de sureté, surtout dans les cinquantièmes, ce mouillage tombait donc sous le sens.

Du coup, nous goûtons à un calme très appréciable, à l’abri des falaises de cette côte argentine. Si Magellan revenait par là, il verrait qu’au dessus du Cabo Virgenes trône désormais une antenne et un phare, qui pour les amateurs ressemblent à celui de Chassiron ou de Loctudy : Rayé noir et blanc. Le noir et blanc semble être ici la charte de couleur en dehors du ciel bleu et de la mer verte. Arborants la même charte bicolore, des dauphins de Commerson sont venus aussi nous accueillir quand nous faisions route vers la côte. C’est une espèce endémique de cette côte du sud de l’Argentine. Il s’agit d’individus d’un mètre et soixante centimètres tout au plus. Ils sont trapus et très vifs, et nous ont offert un show en sautant dans nos vagues d’étrave.

Nous resterons normalement pendant deux jours ici, et descendrons vers le Sud pour réaliser cette prochaine station ensuite, les vents étant annoncés comme mollissant dans la zone qui nous intéresse.

Après ce sera cap sur Ushuaia, terme de cette étape.

Vincent Hilaire

Tara vu du ciel

Arriver en bateau à l’île Maurice, c’est déjà un privilège… Arriver en hélico c’est carrément un honneur.

Dès 7h30 du matin, Tara nous dépose sur une île plate à quelques dizaines de milles de Maurice avec Jérôme, le cameraman de Thalassa.
Un hélicoptère de la gendarmerie se pose au beau milieu des herbes folles. Un homme en tenue kaki saute à terre et nous ordonne par gestes d’enfiler des gilets de sauvetage. Nous grimpons à bord dans un vacarme assourdissant.

Jérôme s’assoit à l’arrière, je passe à l’avant, à côté du pilote et du copilote. Ils me tendent un casque équipé d’un micro. Les insupportables décibels s’atténuent un peu, et j’entends leurs voix qui semblent résonner directement dans ma tête. « Bonjour ! Si vous voulez nous parler, il faut bien coller le micro à votre bouche ».

Ceintures-harnais bouclées, l’hélico quitte déjà le sol. On se croirait à bord d’un ascenseur de verre, la terre s’éloigne sous nos pieds, sans heurt. Notre monture volante est une alouette. Un modèle robuste construit il y a près de 40 ans, avec une verrière panoramique à la place des yeux. Pas de porte : les côtés de l’appareil sont ouverts pour nous permettre de faire des prises de vues. On dégaine les appareils photos et caméra. Il faut être réactif : le vol ne durera pas plus d’une heure.

Tara de son côté a hissé les voiles et navigue dans le soleil du matin en direction de l’île Maurice. Clic. Clic. Clic. Le bateau sous toutes les coutures, de face et de profil.

Hervé ordonne d’envoyer le spi, notre grande voile blanche d’avant sur laquelle « Tara Oceans » est fièrement proclamé.

Tara joue à cache-cache avec les îlots. La silhouette des montagnes de Maurice se dessine à l’horizon.

Jérôme, familier de ce genre d’exercice, guide le pilote. « Est-ce  que vous pourriez tourner devant l’étrave du bateau ? Un peu moins vite s’il vous plaît et le plus bas possible… ». L’appareil descend jusqu’à frôler les mâts. Moi je ne dis rien, je me concentre et je mitraille jusqu’à en avoir des crampes dans les épaules et les mains.

« Encore un tour du bateau et il faut rentrer » prévient le pilote.
Déjà ! Le temps s’est écoulé en un quart de seconde, suspendus dans notre libellule d’acier au-dessus de l’Océan Indien.

Derniers clichés des installations scientifiques à l’arrière de Tara  et nous regagnons l’île principale. A proximité des côtes, l’eau vire du bleu profond au turquoise. Vert canne à sucre dans le centre  des terres. Pointillés colorés des maisons. Les immeubles de Port-Louis, adossés aux montagnes, sont en vue. C’est un terrain de football qui nous offre une large piste d’atterrissage. Tara pointe déjà le bout de son étrave en vue de Port-Louis.
Il est seulement midi, l’île Maurice est déjà une escale inoubliable.

Sacha Bollet

Quand le plancton se fixe dans le corail

Voilà 8 mois que Tara a quitté Lorient. Lecteurs assidus, vous devriez normalement être complètement bilingues franco-plancton… nous pouvons donc passer aux subtilités d’un dialecte tropical localisé : celui du corail. 

Les dinoflagellés on ne vous les présente plus. Seule l’éventuelle présence de quelques cancres du fond de la classe me pousse à répéter que ce sont des organismes formés d’une seule cellule, tantôt capables de photosynthèse, tantôt de se nourrir de particules et tantôt des deux à la fois.
Observons l’un de ces dinoflagellés se débattre dans le courant marin grâce à ses deux flagelles. Il dérive, dérive en plein océan… jusqu’à toucher un récif corallien. De l’extérieur c’est très beau : des volutes de calcaire, des buissons solides et des patates sillonnées de labyrinthe… Quand on s’approche c’est encore plus joli. Le calcaire est une enveloppe créée par les petits animaux que sont les coraux.
Ôtez-leur cette concrétion protectrice : les coraux en eux-mêmes ressemblent à une colonie de minuscules anémones de mer.

Notre dinoflagellé se dépose sur ce support providentiel. Il se débarrasse de ses deux petites queues et se fixe à l’intérieur des coraux. De quelle manière ? C’est ce que tente de déterminer l’université de Miami, où travaille Roxanne Boonstra : « On les appelle alors des zooxanthelles, ces dinoflagellés, et ils vivent en symbiose avec le corail ». Pendant la journée, les zooxanthelles créent de la matière en synthétisant la lumière du soleil. Les coraux prennent le relais quand la nuit tombe. Ils déploient leurs minuscules tentacules pour happer ou filtrer les petites particules dans l’océan. Dans cet échange de bons procédés, chacun des deux organismes fait profiter l’autre de ses bienfaits.

La récolte a été bonne aujourd’hui pour Francesca Benzoni, la responsable du programme corail sur Tara. Elle étale sur une table les échantillons de coraux qu’elle a prélevés sous l’eau. « J’essaie d’en récolter 3 exemplaires de chaque. Les premiers resteront au Mauritius Oceanographic Institute à l’île Maurice, les deux autres seront envoyés à l’Université de Milan Bicocca pour être analysés ». L’équipe corail de Tara combine des spécialistes de la morphologie comme Francesca et des biologistes moléculaires, qui s’intéressent à l’ADN du corail. « On peut assez facilement déterminer le genre d’un corail à l’œil nu, mais pour son espèce, c’est beaucoup plus compliqué, il faut souvent regarder son ADN pour être sûr ».
Cette approche combinée n’est possible que depuis une dizaine d’années, depuis l’apparition d’outils qui permettent de plonger au cœur du génome, « … et bien souvent, ils remettent en cause tous les classements traditionnels des coraux !» complète Francesca.

Chaque échantillon est soigneusement étiqueté et identifié. Francesca et Roxanne découpent de petits morceaux qu’elles glissent dans des éprouvettes pour l’analyse ADN. Un peu de liquide fixateur et les voilà au frais dans la cale à trésor de Tara.
Les gros morceaux de coraux sont nettoyés à la javel pour ne conserver que le squelette de l’animal, et soigneusement emballés dans du papier journal pour les entreposer.

L’objectif de Francesca, c’est de répertorier les différentes espèces de coraux dans l’Océan Indien. « La zone est déjà étudiée, mais nous nous intéressons à des aires rarement échantillonnées : Djibouti, Mayotte et Saint Brandon ». David Obura, autre spécialiste de l’équipe corail, confirme : « Saint Brandon est un endroit spécial, très isolé.
Il y a peut-être moins d’espèces que dans d’autres régions de l’Océan Indien, mais pour nous c’est intéressant parce qu’il y a très peu d’impact des activités humaines ici. On peut observer comment le corail récupère après une augmentation du niveau de la température par exemple… ».
Quelques centièmes de degrés en plus, et toute l’harmonie d’un récif peut être rompue. Terminée, la belle symbiose qui unit corail et zooxanthelles. Les dinoflagellés retrouvent alors la pleine eau où ils peuvent continuer une nouvelle existence… en attente d’un nouveau corail sur lequel se fixer.

Sacha Bollet

Quart de nuit

Guillaume Bracq chef mécanicien à bord de Tara nous raconte un quart de nuit à bord de Tara, au mouillage au large de Djibouti.

“Être sur Tara est pour tous une part de rêve. Je voudrais, au travers de ces quelques lignes, vous faire partager un petit moment de vie à bord, un moment magique.

Nous sommes au mouillage. La pleine lune éclaire le bateau d’une douce lumière blanche. Cette nuit, pas besoin de lampe frontale pour faire le tour du bateau et s’assurer que tout va bien. J’ai d’ailleurs repéré un passager volant installé sur le balcon à l’étrave!

Sur notre tribord, on aperçoit les lueurs de Djibouti, on imagine l’agitation nocturne de la ville. Sur notre bâbord, les quelques lumières d’un petit village où tous doivent dormir. De temps à autre, les feux d’un cargo glissent sur l’horizon. Il part vers Bab El Mandeb, ou le Golfe d’Aden avec à son bord d’autres marins, d’autres gens, d’autres vies. Que transportent-ils? Les zébus que nous avons vus sur le quai ? Le ciment chargé avec d’énormes grues? Bientôt, les feux disparaissent dans la nuit, emportant leurs mystères.

Il n’y a plus un bruit de moteur à bord. Nous nous servons de nos batteries pour les quelques instruments qui ont besoin d’électricité. Ce silence après le ronronnement constant du groupe électrogène pendant de longues heures en journée est comme une grande gorgée d’eau fraîche quand on est assoiffé. C’est le signal bienveillant qu’il faut dormir, se reposer.

Une petite houle berce le navire. On entend le cliquetis des drisses le long des mâts. En tendant un peu l’oreille, on distingue le souffle sourd des brisants sur le platier de corail près de la côte.

Notre mouillage tient bien. La position de Tara oscille doucement, gribouillant d’une tâche rouge l’écran de notre carte électronique. Le sondeur semble s’être installé sur 27m. A la VHF, tout est calme.

Tout le monde dort à bord car les journées sont chargées pour les plongeurs scientifiques, pour Sam et Mathieu qui assurent leur sécurité en surface, pour Bertrand et Christophe qui nous ramènent des images ainsi que pour Olivier, Daniel, Julien et moi qui prenons soin du bateau.

J’aime ces quarts de nuit. Toute la beauté  du ciel et de la mer rien que pour moi. Le passage d’un petit nuage devant la lune nous plonge pour quelques instants dans l’obscurité, révélant de nouvelles étoiles.

Et puis les minutes se transforment en heures, et c’est le moment de réveiller le suivant… Ce sera à son tour de profiter de la nuit, du calme du mouillage et de la beauté nocturne des lieux. Il est temps d’aller se faire bercer dans sa bannette! Bonne nuit!”

Guillaume Bracq
Chef mécanicien de Tara

Pourquoi la Mer Rouge est-elle rouge ?

En général, à moins d’être daltonien, l’acception commune fait de la mer un liquide bleu. Alors pourquoi associer une autre couleur à cette mer là?

Le nom de « Mer rouge » semble venir de l’Antiquité. Déjà les Hébreux de la bible l’appellent Mer d’Edom, ou encore « Mer des Eduméens », Edom signifiant « rouge ». Les turcs également l’appellent depuis longtemps « Kizildeniz » – Kizil désignant également le rouge.

Plusieurs hypothèses circulent quand à l’origine de ce nom. L’hypothèse la plus répandue viendrait de la présence d’une algue qui donnerait périodiquement à l’eau sa couleur. Deux algues pourraient être concernées : la Trichodesmium Erythraeum et l’Oscillatoria Erytrhraeum. Toutes deux sont des cyanobactéries, c’est-à-dire des bactéries qui font de la photosynthèse, un peu à la manière des plantes terrestres : elles récupèrent le CO2 et utilisent la lumière pour en faire de la matière organique.

Dans les deux cas, ces algues microscopiques forment des colonies, rassemblant ainsi suffisamment de matière pour former une masse organique visible à l’œil nu. La première algue, la Trichodesmium, serait à l’origine de couleur bleue et prendrait une teinte rouge-brun à sa mort. La seconde, l’Oscillatoria, possède quand à elle un pigment qui la rend naturellement rouge-brun, sans avoir besoin de mourir pour ça. Elle ne mesure comme sa collègue que quelques micromètres et agglutinée à ses semblables autour d’un centre par des filaments, elle forme un genre de boule de poils qui fait environ un centimètre et forme ensuite des bancs qui changent ainsi la couleur de l’eau telle qu’on la connaît.

Pour s’agglutiner, ces algues choisissent une période de leur cycle de vie que l’on nomme le bloom, ou efflorescence : c’est un phénomène cyclique de prolifération massive dans un laps de temps relativement court. Le phénomène de bloom suppose, pour se produire, que certaines conditions soient réunies : Lumière, température et présence de sels nutritifs en quantité suffisante forment ainsi les conditions nécessaires au bloom, mais je m’explique :

Au printemps les jours rallongent (il y a donc plus de lumière), les températures augmentent, et les eaux sont abondamment chargées en sels nutritifs amenés depuis les différents bassins versants par les pluies hivernales.

Et là, bloom!

Certaines espèces blooment plus tôt que d’autres selon des gradients de conditions qui leurs correspondent. Le bloom se termine par un épuisement des ressources ou par l’apparition de prédateurs, comme par exemple le zooplancton (plancton animal), ou encore par des attaques virales.

Pour schématiser, on pourrait ainsi situer ce phénomène dans un cycle qui serait le suivant :
Bloom – puis arrivée des prédateurs qui se nourrissent du phytoplancton (plancton végétal) – mort du zooplancton qui n’a plus à manger, ou se fait éventuellement manger lui-même par d’autres prédateurs – formation de nutriments avec les restes du zooplancton et des autres bestioles qui vont nourrir ainsi la prochaine génération de phytoplancton – re-bloom et ainsi de suite…
Pardon aux spécialistes qui ne manqueront pas de s’offusquer de ce genre de simplification…

Revenons en à la Mer Rouge. En dehors de tous ces blooms phytoplanctonesques, j’ajouterai bien une explication de photographe qui me semble plus poétique : Lorsque le soleil caresse de ses derniers rayons les crêtes des montagnes du Sinaï, par exemple, l’eau prend ainsi des teintes chaudes par réflexion, mélangeant face à nos yeux éblouis les teintes du sable ou des roches et celles de la mer. On se croirait presque dans une toile impressionniste et croyez moi c’est un délice pour les yeux.

Une autre hypothèse à propos de la Mer Rouge, piochée celle-ci dans une encyclopédie, suggère que son nom provienne de la désignation universelle du point cardinal sud, depuis la haute antiquité, selon le code géo-chromatique… Comme je ne connais pas le code géo-chromatique et que je me trouve à bord d’un bateau d’expédition sur lequel nous n’avons pas internet, le premier qui trouvera gagnera une éprouvette de phytoplancton – écrivez à Tara Expéditions qui transmettra.

Demain, je vous expliquerai pourquoi la Mer Rouge est bleue – pardon à nos amis daltoniens, vous pouvez dès à présent préparer votre tube d’aspirine.

David Sauveur

Des robots océanographes

Des robots océanographes

Glider est leur nom courant – planeur en français. Et de fait, les gliders sont des robots téléguidés sous marins qui planent dans l’eau à la manière des manchots et des dauphins. Quoiqu’avec beaucoup moins d’aisance et de rapidité tout de même ! Au large de Chypre, six d’entre eux vont jouer les indics pour l’expédition Tara Oceans. Par Lisa Garnier

« C’est la première fois que nous couplons activement l’utilisation de tant de gliders avec des méthodes d’échantillonnage de l’eau, plus classiques, de type rosette, dont est équipée Tara » explique Fabrizio D’Ortenzio, chercheur au Laboratoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer en France. L’objectif étant de décortiquer la structure  physique, chimique et biologique d’un tourbillon marin que les scientifiques appellent un gyre.
Au sud de Chypre, fait exceptionnel, un tel tourbillon existe de manière quasi permanente : large de 60 km, sa durée de vie atteint entre sept et douze mois. « Normalement, les tourbillons ne s’observent qu’entre deux et trois mois. Mais le mont sous marin Eratosthene situé au sud de Chypre fonctionne comme un piège à tourbillons. Sa hauteur de 2 000 m environ sur un fond de 2 750 mètres emprisonne de façon mécanique les eaux en rotation. » Une exception océanographique idéale pour qui veut les étudier.

« Une semaine avant le départ de Tara de Athènes, les six gliders ont été envoyés en parallèle depuis Chypre vers la zone à étudier. Comme ils envoient leurs informations en temps réel, nous pouvons à l’aide des données récoltées dans les profondeurs par ces robots sous-marins, construire une carte tridimensionnelle de certaines conditions physiques, chimiques et biologiques de la colonne d’eau. Ainsi, quand Tara arrivera sur la zone du tourbillon, nous saurons précisément où réaliser les mesures plus spécifiques qui seront réalisées à partir du bateau ».

Armés d’une flopée de capteurs, plongeant jusqu’à 1 000 m de profondeur, les gliders sont en effet des robots océanographes bien pratiques. Mesures d’oxygène dissous dans l’eau, salinité, température, profondeur, fluorescence émise par les organismes phytoplanctoniques sont autant de données qu’ils peuvent mettre en mémoire et envoyer aux chercheurs via leur antenne lorsqu’ils reviennent en surface. « Ils envoient leurs informations par satellites » explique Pierre Testor, spécialiste de l’engin et chercheur du CNRS au Laboratoire d’Océanographie et du Climat à Paris, « et nous pouvons leur en fournir de nouvelles aussi. Comme un changement de trajectoire. »

L’avantage des gliders repose aussi sur leur autonomie. Leurs besoins énergétiques ne nécessitent que 2 Watts, soit l’équivalent de ceux de deux petites ampoules sur une guirlande de Noël, assez pour voyager durant 2 à 3 mois. « Les gliders n’ont pas d’hélice » enchaîne Pierre Testor. « Ils se déplacent verticalement dans l’eau par des modifications de leur volume (ballast). En surface, le volume est réduit à l’aide d’un piston, ce qui tend à les faire couler. Puis à une profondeur déterminée, ils actionnent le mécanisme servant à augmenter leur volume. Cela les fait remonter en surface ». C’est pourquoi un glider ne voyage jamais rapidement. Tout au plus 30 km par jour et ce, toujours selon une trajectoire en dents de scie : de bas en haut puis de haut en bas, etc.

Mais pourquoi coupler ces robots avec les techniques d’échantillonnages de Tara ? « Les gliders vont très finement caractériser la position du tourbillon. Cela fait déjà plusieurs années que des études sont menées par le CNRS à ce sujet, comme la campagne océanographique BOUM , mais cette fois, nous allons plus loin dans la démarche. Nous souhaitons savoir si le tourbillon représente une frontière physique pour les microorganismes planctoniques. Est-ce que sa présence favorise tel ou tel espèce phytoplanctonique par rapport aux conditions océanographiques périphériques, par exemple ? La Méditerranée étant dans cette région plutôt pauvre en nutriments et en espèces planctoniques, on suppose que « l’œil » du tourbillon représente une région à part. Il est possible que ses caractéristiques environnementales favorisent la croissance phytoplanctonique, ou le contraire. Souvent associés à des flux d’eau, ces tourbillons peuvent en effet augmenter les flux de nutriments, qui situés au fond des océans, remontent vers la surface et permettent à une certaine « faune et flore » de se nourrir et de se développer ». Ce sont les espèces de cette faune et flore qu’aura pour but d’échantillonner Tara à l’aide de sa batterie d’instruments embarqués à bord.

« Dans un contexte de changement climatique, nous voulons savoir si lorsque l’océan se désertifie, l’activité biologique de petites structures, telles que ce tourbillon, peut représenter la vie des oasis de demain » explique Fabrizio D’Ortenzio. « Le phytoplancton s’adapte aux grandes structures physiques et environnementales, tout comme le font nos forêts et nos plantes terrestres. Les écosystèmes de montagne sont différents de ceux de bord de mer par exemple. Là, nous voulons savoir comment agit cette petite structure marine sur la dynamique de l’écosystème. »
Cette opération effectuée, Fabrizio D’Ortenzio et Pierre Testor enverront ensuite deux des gliders sur les frontières du tourbillon. Une mission de 2 mois prévue pour décrire avec le plus de précisions possible la structure et déterminer si oui ou non, les eaux internes et externes restent imperméables entre elles. Une première mondiale !

Lisa Garnier

Fiche signalétique des gliders :

Longueur : 1m50
Diamètre : 20 cm
Poids dans l’air : 50 kg
Poids dans l’eau : +/-200 g
Autonomie : 2 à 3 mois
Vitesse moyenne : 30 km/jour
Couleur : rose, jaune ou rouge

Cette expérience est le résultat d’un partenariat international qui regroupe plusieurs équipes et instituts de recherche en France, a Chypre, en Italie et en Belgique.
1)  Ecole Nationale Supérieure de Techniques Avancées (ENSTA, France, Paris)
2)  Laboratoire d’Océanographie de Villefranche (LOV, France, Villefranche/m)
3)  Laboratoire d’Océanographie et du Climat (LOCEAN, France, Paris) 4)  Division Technique (DT-INSU/CNRS, France, LaSeyne/m)
5)  Oceanography Centre of the University of Cyprus (OC-UCY, Cyprus, Nicosia)
6)  Istituto Nazionale di Oceanografia e di Geofisica Sperimentale (OGS, Italy, Trieste)
7)  Université Libre de Bruxelles (ULB, Belgium, Bruxelles)
8)  Stazione Zoologica di Napoli (SZN, Italy, Naples)

Dans le canal de Corinthe

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir l’ensemble de l’équipage sur le pont. Même Julien le chef mécanicien est sorti de sa machine : ce matin on passe le canal de Corinthe. Une tranchée de 6 kilomètres, creusée par l’homme… et qui semble si étroite sur nos cartes de navigation !

Tara s’engage prudemment. Le navire mesure 10 mètres de large ce qui ne laisse que 5 mètres d’eau de chaque côté. Au pilotage, Hervé ne quitte pas la proue des yeux. L’eau bleue prend une couleur menthe glaciale en se superposant sur la pierre jaune crayeuse dans laquelle est taillé le canal.
Tara s’insinue entre les falaises. Vertigineuse vision. 50 mètres au-dessus de nous, plusieurs ponts se jettent d’un bord à l’autre du canal de Corinthe. Des bus, des voitures, des camions traversent à toute vitesse. Quelques touristes nous font signe, minuscules points agités, loin au-dessus de nos têtes. En bas, c’est le calme, personne ne dit mot.

Le canal de Corinthe nous permet d’éviter de faire le tour de la presqu’île du Péloponnèse. Un gain de temps précieux de 400 kilomètres. Seuls les navires de moins de 10 000 tonnes peuvent se faufiler dans cet étroit passage inauguré en 1893. Il a fallu près de 10 ans pour percer cet isthme de calcaire et plusieurs tentatives ratées, dont les prémices remontent à l’Antiquité.

Au VIIème siècle déjà, les navires étaient convoyés par la terre pour relier le golfe Saronique à la mer Egée. Ils étaient hâlés sur des chariots et tractés sur une voie pavée jusque de l’autre côté. La légende veut que l’empereur Néron ait été le premier à imaginer un passage maritime pour les bateaux, inaugurant les travaux avec une pelle en or ! L’ouvrage fût ensuite abandonné par son successeur qui le jugeait trop coûteux. Il faudra attendre 1882 pour qu’une entreprise française, la Société Internationale du Canal Maritime de Corinthe, entame le forage du passage qui existe aujourd’hui.

Les murs témoignent de ce passé tumultueux sur le passage de Tara. Rémi, notre peintre à bord, a juste le temps d’esquisser une aquarelle et déjà nous voilà de l’autre côté, dans l’éblouissant soleil qui baigne la mer Egée.
Mon voyage sur Tara s’arrête à Athènes sur cette somptueuse vision. L’équipage vivra de nouvelles aventures scientifiques, de nouvelles explorations dès la semaine prochaine que vous suivrez désormais sous la plume et l’œil de David !
Merci Tara et bonne route à tous !

Sacha Bollet

Il y a un an …

Il y a un an …

A quelques milles, derrière un rideau de  brume, se dissimule  la côte escarpée de l’ile de Groix. Le temps est calme et la mer d’huile reflète l’image de l’étrave de Tara. Nous parcourons les quelques milles qui nous séparent des premières bouées du chenal de Lorient. Après 6 mois de vagabondage le long des côtes atlantiques et méditerranéennes ainsi qu’un séjour de 3 mois sur les quais parisiens, Tara est de retour dans son port de rattachement.

Il y a un an jour pour jour, Tara escorté de nombreux autres navires, rentrait à Lorient après une expédition de 16 mois en dérive sur l’océan Arctique afin de collecter des données atmosphériques et océanographiques pour le projet européen Damocles.  Nous étions reçus de façon ô combien chaleureuse par la population lorientaise et un public venu de tous horizons. C’était pour nous  la fin d’une grande aventure. Le navire allait, durant 4 mois, rester en chantier pour faire quelques réparations et travaux d’entretien nécessaires après les conditions difficiles de l’Arctique.

Aujourd’hui, la silhouette massive de la goélette polaire réapparait sur les pontons de la base sous marine au côté des « formules 1 de la mer » aux coques futuristes. Dans une semaine, après avoir été vidée, la baleine va être hissée sur le terre-plein de Keroman, et ce, pour une période d’un mois afin de réaliser les travaux en perspective du prochain périple autour du monde : Tara Oceans.

Certaines modifications techniques vont être apportées pour répondre au mieux à la demande et aux protocoles de collecte  des scientifiques. Il va être installé à bord de nombreux appareillages de précision qui permettront de pouvoir observer le monde de l’infiniment petit. Un des autres points importants de ce chantier est aussi de renforcer les structures du portique arrière et de rendre le travail  avec le  treuil océanographique la plus sécurisé possible ; En effet, à bord pendant 3 ans lors d’arrêts de plus de 10 heures tous les 2 jours, nous réaliserons des sondages jusqu’à 2 000 m de profondeur, ainsi que des prélèvements de plancton à l’aide de filet. Des instruments de filtration vont être installés dans un laboratoire humide construit sur le pont. En tout, 4 mois de chantier et de tests vont être nécessaires pour que Tara soit prêt à accomplir de nouveau son rôle de base navigante au service de la science, pour une meilleure connaissance de notre planète.

Hervé Bourmaud, capitaine de Tara.

Tara sera à Barcelone à l’occasion du Congrès mondial de la nature de l’UICN

Tara sera à Barcelone à l’occasion du Congrès mondial de la nature de l’UICN

5-14 octobre 2008, Barcelone

Contexte : Le Congrès mondial de la nature de l’UICN rassemble 8 000 personnalités de tout premier plan,  représentant le secteur public, les gouvernements, les entreprises et les ONG, dans ce qui sera le sommet du développement durable le plus important de 2008. Pendant 10 jours, elles débattront des meilleures réponses à apporter aux défis en matière d’environnement et de développement. Elles partageront des solutions pragmatiques à des enjeux urgents. Et elles s’engageront à agir en collaboration.
Trois grands thèmes seront mis en avant:
• Comment répondre au changement climatique, à la mondialisation et à la demande d’énergie
• De quelle façon un environnement sain contribue à la santé des collectivités humaines et des économies
• Comment sauvegarder la diversité unique de la vie sous toutes ses formes

Principaux événements :
• 6 octobre: Dernière mise à jour complète de la Liste rouge UICN des espèces menacées: plus de 45
000 espèces évaluées, y compris les résultats de l’Evaluation mondiale des mammifères.
• 6 octobre: Environnement et sécurité, des défis pour le changement. Point presse de l’OTAN.
• 7 octobre: Exploitation minière et conservation : conflit ou consensus? Conseil international des mines
et des métaux (ICMM)
• 7 octobre: Le changement climatique en Amérique Latine et ses impacts économiques. Point presse de
la Banque Mondiale.
• 8 octobre: Quels sont les effets du changement climatique sur l’extinction des espèces? Evénement du
Programme des espèces de l’UICN
• 8 octobre: Pêche et sécurité alimentaire : la pêche industrielle et la conservation. Point presse de l’UICN
• 9 octobre: La géoingénierie dans les océans : réponse au changement climatique ou menace inacceptable pour la biodiversité ? Point presse UICN.
• 9 octobre: Un excès de bonnes choses ? Biodiversité, biocarburants et équilibre des priorités. Evénement de la Banque Mondiale.
Pour la liste complète des principaux événements du Congrès mondial de la nature de l’UICN, cliquez ici: http://cmsdata.iucn.org/downloads/key_events_congress.pdf

L’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, aide le monde à trouver des solutions à nos défis les plus urgents en matière d’environnement et de développement, en soutenant la recherche scientifique, en gérant des projets partout dans le monde, et en réunissant des gouvernements, des ONG, les Nations unies, les conventions et les sociétés internationales afin de développer ensemble des politiques, des lois et de bonnes pratiques. www.iucn.org

L’Armada Bleue

27 septembre : départ de l’Armada Bleue
Les bateaux ambassadeurs s’unissent pour la sauvegarde des océans

Quatre bateaux français, emblèmes de la connaissance et de la protection du milieu marin, navigueront de concert en rade de Marseille le 27 septembre de 9h à 12h puis se rendront au Congrès Mondial de la Nature à Barcelone (Espagne) pour représenter la France et porter les enjeux de la protection des océans.  Le 5 octobre, l’Armada Bleue participera également à la parade de l’opération « Cap sur Barcelone ! »

Une volonté commune : la protection des océans

Par cet événement commun sans précédent, Fleur de Lampaul de la Fondation Nicolas Hulot pour la  Nature et l’Homme (32 mètres), Le Garlaban de l’Institut océanographique Paul Ricard (27 mètres), Tara de Tara Expéditions (36 mètres) et Le WWF-Columbus (18 mètres) veulent attirer l’opinion sur la fragilité des mers et des océans et l’urgence de les préserver.

75% des pollutions marines proviennent directement du continent !

Les mers et océans représentent 71% de la surface de la Terre… et ces derniers sont encore largement inconnus ! Pourtant, leur rôle est primordial : échange avec l’atmosphère, influence des vents et le climat de la planète.
Les très médiatiques marées noires, qui marquent l’opinion publique, font oublier que la pollution par les hydrocarbures ne représente qu’un faible pourcentage de la pollution totale qui atteint le milieu marin.
75% des pollutions marines proviennent directement du continent ! (Rejets agricoles, urbains et industriels, phosphates, PCB, médicaments…)

L’activité humaine à travers l’exploitation des ressources, l’aménagement du littoral, la fréquentation  touristique de masse rentre en conflit direct avec les écosystèmes nourriciers. C’est toute la chaîne alimentaire qui est touchée entraînant ainsi la disparition de la biodiversité.
La moitié des écosystèmes côtiers dans le monde est ainsi menacée. Ce sont les zones les plus riches en biodiversité (littoraux, plateaux continentaux, récifs coralliens) qui sont les plus fragiles car soumises aux plus fortes concentrations d’activités humaines et leurs impacts multiples.

Quelques chiffres

65%  de la population mondiale vit à moins de 80 Km des côtes.
75 % des espèces de poissons commercialement exploitées sont surpêchées
En Europe, 1 Km d’espace naturel côtier est artificialisé chaque jour.

Connaître et sauvegarder les océans

En suivant l’exemple de Fleur de Lampaul, du Garlaban, de Tara et du WWF-Columbus, bateaux mis à disposition pour les scientifiques, la société civile doit s’engager pour permettre aux scientifiques d’aller sur l’eau pour continuer leur travail de connaissances.

À titre individuel, avoir un comportement écologiquement responsable contribue à la protection des océans. Il est également urgent de mettre en place une gestion concertée et durable des ressources marines à l’échelle mondiale.

Le Congrès Mondial de la Nature de l’UICN

L’UICN est le plus ancien et le plus vaste réseau environnemental du monde.
L’UICN est une union démocratique de plus de 1000 membres, gouvernements et ONG, et de quelque 10 000 scientifiques bénévoles répartis dans plus de 150 pays. Le travail de l’UICN est soutenu par 1100 professionnels dans 62 pays et par des centaines de partenaires des secteurs publics et privés et des ONG dans le monde entier.
Le Congrès Mondial de la Nature se tient à Barcelone du 5 au 14 octobre 2008. C’est l’occasion pour les organisations et les spécialistes de confronter leurs expériences et d’échanger avec les participants venus du monde entier sur les principaux défis liés à la biodiversité. Plus de 8 000 personnalités, des décideurs du monde entier dans le domaine du développement durable : des gouvernements, des ONG, des entreprises, des agences des Nations Unies et des universités sont réunis en un seul lieu pour débattre, partager, travailler en réseau, apprendre, s’engager, voter et décider.
Du 4 au 9 octobre, l’UICN lance l’initiative “Cap sur Barcelone”, un rassemblement international de bateaux pour communiquer, soutenir et promouvoir la protection de l’environnement marin.
www.iucn.org

Pour en savoir plus sur les bateaux ambassadeurs

• Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
Depuis sa création en 1990, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme s’est donné pour mission de modifier les comportements individuels et collectifs pour préserver notre planète. Seule fondation française reconnue d’utilité publique dédiée à l’éducation à l’environnement, ses actions visent à :
- Inciter les citoyens à agir au quotidien, notamment avec le Défi pour la Terre,
- Influer sur les décideurs politiques et économiques et les mobiliser, grâce à l’initiative du Pacte écologique ,
- Initier et soutenir des projets en France et à l’international.
Il s’agit pour la Fondation de contribuer aux changements des comportements afin d’aller vers une nouvelle forme de société et de culture basée sur un développement durable.
Son voilier Fleur de Lampaul, classé Monument historique, porte ses messages de protection de la planète et vogue à la rencontre de l’ensemble des publics (individuels, scientifiques, élus…) sur les côtes atlantiques et méditerranéennes.
www.fnh.org

• Institut océanographique Paul Ricard
Depuis sa création par Paul Ricard en 1966, l’Institut participe à la connaissance et à la protection de l’environnement marin. Ses actions s’organisent autour de trois axes principaux : étudier la mer, sensibiliser le public à sa richesse et à sa fragilité, éduquer les adultes de demain.
www.institut-paul-ricard.org
Le Garlaban est l’ancien bateau de Paul Ricard. Il est désormais le porte drapeau de l’Institut océanographique Paul Ricard avec trois missions spécifiques :
- Support logistique scientifique
- Support logistique cinématographique
- Support  des croisières pédagogiques pour sensibiliser les
enfants

• Tara Expéditions
De septembre 2006 à janvier 2008, Tara a dérivé en Arctique avec le programme scientifique européen Damocles, au coeur d’une région essentielle au devenir du climat de la terre. Les résultats scientifiques de cette mission seront connus en fin d’année.
Tara Expéditions est dirigé par Etienne Bourgois et soutenu par la marque agnès b.
www.taraexpeditions.org
Depuis 2004, le projet Tara Expéditions a pour objectif, avec la goélette polaire Tara, de comprendre ce qui se passe sur le plan climatique, prendre le pouls de la planète et l’expliquer simplement.
Tara est à la fois un bateau, un engagement soutenu par le Programme des Nations Unies pour l’environnement et un poste avancé, notamment pour les scientifiques.
En 4 ans, la goélette a parcouru 100 000 kilomètres et réalisé 7 expéditions.

• WWF – France
Implantée dans une centaine de pays, le WWF est l’une des plus importantes organisations indépendantes de protection de la nature et de défense de l’environnement dans le monde.
Depuis sa création en 1961, le WWF a pour mission d’enrayer la dégradation de l’environnement et de
construire un avenir dans lequel l’homme vivra en harmonie avec la nature :
- en réduisant son empreinte écologique
- en préservant la biodiversité du globe
- en garantissant une utilisation durable des ressources naturelles durables
- en encourageant des mesures destinées à réduire la pollution et la surconsommation

http://wwf-columbus.org

www.wwf.fr
Le WWF-Columbus est le bateau « ambassadeur, militant et relais du WWF-France ». Egalement base logistique pour accueillir des équipes scientifiques pour des missions en haute mer, telle la Mission cétacé en Méditerranée .
Pour la première fois le WWF-France est spécialement représenté sur l’océan. Avec l’aide de Jean-Yves Terlain, ambassadeur de renom, cette coopération permet d’élargir le périmètre d’action du WWF , pour offrir aux générations futures une planète et une mer vivante

Tara aux Embiez

Tara sera sur l’île des Embiez du 16 au 23 septembre prochain pour témoigner de son expédition en Arctique, invité par l’Institut Océanographique Paul Ricard.

Une exposition photographique retraçant l’histoire de la dérive sera visible sur les quais du 17 au 22 septembre.
De la route vers le Nord, à la prise en glace de Tara, de l’angoissante nuit polaire, à l’importante campagne scientifique en avril 2007 jusqu’à la sortie des glaces, l’exposition est un journal de bord de l’expédition présentée en 39 photographies réalisées par Francis Latreille. En toile de fond, l’Océan Arctique, l’un des endroits les plus isolés et les plus fragiles de notre planète.

Le film de 52 minutes « Prisonniers volontaires de la banquise » sera projeté gratuitement en boucle au Musée Paul Ricard.
Deux chiens et huit hommes, au milieu de l’immensité arctique, enfermés dans la longue nuit polaire, vivent une expédition scientifique mais aussi une aventure où la moindre erreur peut être fatale.Ce documentaire rythmé par l’aventure hors du commun de Tara pris dans les glaces est basé sur les impressions des hommes sur le terrain: remises en question, doutes, apprentissage un milieu hostile. La mission scientifique, sentir et comprendre les messages de la banquise seront les préoccupations de l’équipage de Tara pendant cette première partie de dérive.

Vendredi 19 septembre, conférence ouverte au public à Six Fours-les-Plages suite à la projection du film avec des membres d’équipage de Tara. Cette séance de questions/réponses sera animée par Patricia Ricard (Présidente de l’Institut Paul Ricard) et Nardo Vicente (responsable scientifique de l’Institut Paul Ricard).

Des visites guidées de Tara auront lieu pour les scolaires les après-midi des 17, 18 et 19 septembre et pour le grand public les après-midi des 20 et 21 septembre (14h à 18h).

Pour accéder à l’île des Embiez dans le Var :
Traversée de 12mn depuis le port de pêche du Brusc – Six Fours les Plages (à 18 km de Toulon et à 70 km de Marseille).
La navette assure des rotations fréquentes l’été du matin (6h00) à la nuit tombée (1h00).

Tara fait escale à Hyères du 10 au 15 septembre

La Goélette Tara fera escale au port d’Hyères du 10 au 15 septembre prochain pour témoigner d’une aventure humaine et scientifique extraordinaire 

507 jours d’expédition sur la banquise arctique.
De retour de mission en février dernier, au terme de 16 mois de dérive, Tara est
invitée par le Pôle Régional Grande Plaisance Riviera Yachting NETWORK.
Le public pourra reproduire certaines expériences menées par l’expédition et les plus jeunes auront la chance de visiter le navire. Une grande exposition didactique sera mise en place, des conférences et des projections du film se dérouleront sur toute la période à l’espace nautique.

A l’occasion des manifestations organisées autour de l’accueil de TARA, ce sont ainsi, plus de 3 000 enfants de niveau CM2 et 6ème qui seront sensibilisés aux enjeux du réchauffement climatique.

Les évènements autour de la venue de Tara :
Mercredi 10 sept : de 14h à 16h à l’espace nautique, conférence « la pollution en Méditerranée ».
Mercredi 10 septembre : 18h, arrivée de Tara au quai d’honneur.
Du jeudi 11 au lundi 15 septembre : la visite de Tara sera ouverte aux scolaires.
Samedi 13 septembre : point de départ des concours photo et dessin.
Samedi 13 septembre : 15h à 16h30 à l’espace nautique, conférence « Les conséquences du réchauffement climatique sur les modes de vie des habitants du Groenland.
Samedi 13 septembre : 17h à 18h30 à l’espace nautique, conférence « Les premiers enseignements de l’expédition Tara ».
Dimanche 14 septembre : 15h à 16h à l’espace nautique, conférence « La vie au Groenland ».
Dimanche 14 septembre : 17h à 19h à l’espace nautique, conférence « Tara, une aventure humaine ».
Dimanche 14 septembre : 19h30 au quai d’honneur, remise des prix des concours photo et dessin.
Lundi 15 septembre : 18h, départ de Tara.

Tara à la Rochelle du 24 au 30 juin

Du 24 au 26 juin : le film Tara en vedette au Sunny Side of the Doc (Marché international du documentaire)

À cette occasion, une projection publique du documentaire de 90 minutes, « Tara, voyage au coeur de la machine climatique »* aura lieu le mardi 24 juin à 20 heures à Auditorium de l’Encan. Cette projection sera suivie d’un débat avec les membres de l’équipe.
Ce film réalisé dans des conditions extrêmes, raconte le quotidien de cette mission sans équivalent. Nous découvrons comment les membres de l’équipage, prisonniers des glaces à bord de Tara, ont livré un combat incessant contre le froid, la nuit ou le jour permanents, contre les mouvements des plaques de glace ou les tempêtes qui détruisent sans cesse les installations sous la menace des ours, poussés au cœur de l’Arctique par la disparition de la banquise. Mais au-delà de l’exploit, ce documentaire nous montre que la mission scientifique a révélé une réalité beaucoup plus alarmante que prévu pour le climat de la planète…

Du 27 au 30 juin : la goélette Tara s’ouvre à tous les charentais-maritimes

Des visites guidées de la goélette auront lieu les 27, 28 et 29 juin de 14h à 18h. Le 30 juin de 15h à 17h puis en nocturne de 19h à 22 h en même temps que la nocturne de l’Aquarium.
LES INSCRIPTIONS SE FERONT DANS LA TENTE DEVANT TARA.
Une exposition retraçant toute l’expédition Tara Arctic sera visible dans la tente. De la route vers le Nord, à la prise en glace de Tara, de l’angoissante nuit polaire, à l’importante campagne scientifique en avril 2007 jusqu’à la sortie des glaces, l’exposition est un journal de bord de l’expédition présentée en 36 photographies réalisées par Francis Latreille.

*Un documentaire d’Emmanuel Roblin et Thierry Ragobert
Coproduction : ARTE France, MC4, Tarawaka, Off The Fence, RTBF, Direction Générale Recherche/Commission européenne (France, 2008, 1h30mn)
Ce film a reçu le soutien du Conseil Général de la Charente-Maritime

A bord ce sont les retrouvailles

Retrouver Tara sur la mer et les équipages qui ont participé à cette incroyable expédition est un privilège spécial.

Je pense qu’il est rare qu’un chef d’entreprise offre à tous les acteurs de ce genre d’aventure la possibilité de se réunir et de fêter la pleine réussite de la mission. Etienne Bourgois a orchestré « Tara Arctic »,   ce pari insensé de la grande dérive arctique, avec une humanité hors du commun. C’est d’ailleurs grâce à cet ingrédient que l’expédition s’est si bien passé. Bien sûr tout n’a pas été simple : beaucoup de difficultés, de moments d’incertitudes, de coups durs, de coups au moral ont été rencontrés mais toujours enveloppés dans la bienveillante énergie d’Etienne et du QG de Paris. Tara entre dans l’histoire, non seulement de l’aventure polaire mais surtout dans celle de l’humanité au service de la planète. Cette formidable chaîne humaine qui s’est mise au service du projet « Tara Arctic » été perçu par les hivernants tout au long de la traversée comme un soutien infaillible. Les glaces ont accouché d’un nouveau Tara et chacun des participants, qu’il fasse parti de l’équipage ou de l’équipe logistique ou scientifique à terre, ressent aujourd’hui une grande émotion. A bord ce sont les retrouvailles : comme par magie les mois qui nous ont séparé semblent s’être effacés, c’était hier, c’était il y a quelques heures, quelques minutes : les visages se reconnaissent, se ressentent, revivent par un simple regard tout ce qui a été leur vie sur la glace, un clin d’œil suffit pour exprimer ou ressentir la connivence de cette expérience hors du temps dans l’immensité de la banquise.

Nous longeons les côtes bretonnes, les voiles de Tara sont gonflées à bloc, dans la soirée six membres éminents de l’expédition rejoindront le bord : Jean-Claude Gascard, coordinateur du programme scientifique Damocles, Christian de Marliave dit Criquet, Nicolas Quentin, Gamet Agamerzaiev, Victor Karasev et Alexander Petrov. Les équipages seront au complet pour des retrouvailles presque parfaites puisque Guillaume Boehler le chef mécanicien navigue en mer de Chine n’a pas pu revenir.

Bruno Vienne

(Bruno a participé à bord de Tara au premier hivernage de septembre 2006 à avril 2007.)

Le temps du partage

Cela fait deux jours que nous avons touché terre. Et en deux jours, il s’est passé tellement de choses. De choses très positives.

Nous nous sommes d’abord retrouvés toute l’équipe Tara. Les forces à terre et les forces en mer. C’était un moment simple, plein de pudeur mais d’une intensité rare. D’abord accolades chaleureuses, bises, félicitations : le plein de chaleur après les froids polaires. Plus tard dans la soirée quelques heures après notre arrivée : chants, musique, mais pas n’importe quoi un bœuf improvisé. Petit concert privé de musique « de carré ». Improvisation très rythmique de musique tzigane  avec les musiciens d’un soir du bord emmené par un vrai de vrai. Samuel Audrain, chef mécano et chef accordéoniste. Télés, radios, journalistes de presse écrite étaient là, sans vouloir paraître ni convaincre, nous étions simplement heureux de les emmener avec nous dans ce bonheur d’un rêve accompli ensemble.

Alexander Petrov, le scientifique russe du bord me disait aujourd’hui du haut de ses 52 ans, que ce genre de moments n’arrivaient pas souvent dans une vie. Je crois qu’il a raison. Mon ami Sasha Petrov, de St-Petersbourg. Je ne le connaissais pas il y a quatre mois quand nous sommes partis de Longyearbyen pour relever le deuxième équipage. Nous sommes aujourd’hui frères de glace.

Depuis deux jours, petit à petit, avec tous nous parlons, nous échangons, nous décantons, nous évoquons cette vie arctique. Neuf mois pour les uns, un an et demi  pour le chef d’expédition Grant Redvers, et quatre mois pour « notre fournée ». Le dernier des trois équipages, parmi les vingt hommes et femmes embarqués qui ont rendu cette aventure et mission scientifique possible.

Pour l’heure, nous vivons à l’heure du partage. Partage avec les habitants de Longyearbyen (Spitzberg) qui viennent visiter avec beaucoup de recueillement notre goélette, partage avec Karl et Berit un couple de restaurateurs locaux qui régulièrement nous acceuille, comme à la maison. Hier soir, ils avaient organisé pour nous une soirée exceptionnelle autour d’un feu dans une habitation traditionnelle. A côté des flammes, un plat que même dans nos rêves polaires nous n’aurions pas imaginé déguster : du faon braisé en sauce avec des pommes de terre. Je suis désolé si je heurte les végétariens, mais les trente personnes présentes dans cette hutte en bois n’ont pas laissé grand chose dans l’assiette.En un mot, nous retrouvons tous les joies de la terre, grâce à cette escale avant de retrouver l’océan.

Demain, après cette période de libations le travail reprend à bord de Tara. Nous devons vider la soute avant de plusieurs tonnes de matériels scientifiques. Tara doit reprendre la mer plus léger, en toute sécurité, afin de boucler la boucle en revenant à son port de départ Lorient. Même si nous avons fêté une étape dans la réalisation de notre mission ce n’est que là que l’expédition « Tara-Arctic » sera bel et bien terminée.

Vincent Hilaire

La liberté ça se mérite

Toute la nuit de dimanche à lundi, les équipiers de Tara se sont relayés pour faire « avancer la machine » dans la glace. Deux équipes de quart de quatre personnes. Une en 21H00-03H00, l’autre en 3H00-9H00. Après une avancée tout en douceur pendant le début de la nuit, les choses se sont corsées de 23H00 à 4H00 du matin. Par chance, la pleine lune était là dégagée pour nous guider dans la nuit. D’une glace assez fine et brisée en des milliers de petites plaques, nous sommes arrivés dans un champ de petits icebergs compacts. Dangereux. Des fois très hauts, et donc à même d’endommager des choses sur le pont. Entre la personne de quart à l’avant du bateau essayant de déchiffrer, de détecter un éventuel passage entre les amas de blocs et le barreur, c’était une concentration de tous les instants : « 2° babord, pousse les blocs avec les moteurs. Machine 0. Arrête tout on est monté sur le glaçon, j’attends de voir ce qui se passe. Bon c’est bon, fais un peu de marche arrière, on va passer autrement. OK, marche arrière, confirmait depuis la cabine de navigation le barreur ». Les yeux d’un côté, la main sur la poignée des gaz de l’autre. Par la magie de la VHF, ces deux esprits étaient comme à côté l’un de l’autre. En symbiose. Pendant des heures, sous des aurores boréales, Tara s’est obstiné à garder son cap pour retrouver l’eau libre. La lutte continue. On ne sort pas des glaces comme ça. Mais le résultat de cet acharnement est là. Tara a parcouru 30 miles depuis la mise en route des moteurs hier midi. Selon les cartes satellites les plus fraîches, il resterait encore la même distance à parcourir. Il est neuf heures les deux équipes vont se relayer la mienne va recommencer un cycle jusqu’à 13H00.

Tout le monde n’a dormi que quelques heures. La fatigue se fait sentir un peu. Mais elle n’a vraiment aucune importance, nous savons tous que nous vivons un des grands moments de l’expédition. Les dernières au milieu de la glace aussi. Toutes les bonnes choses ont une fin, dit l’adage. Il faut qu’il y en ait une, car Tara a quand même cette nuit essuyé plus d’un choc contre ces morceaux « de métal blanc » de toutes formes et de toutes tailles. Notre travail n’est rien comparé à ce qu’encaisse en ce moment la baleine. Tout son squelette d’aluminium vibre sous les derniers assauts de la glace qui pensait conserver son butin.
Quitter la glace, c’est comme quitter un monde, une jungle profonde où la lisière de la forêt ne paraît jamais loin, mais le chemin pour y arriver est interminable.

Vincent  Hilaire

Pas de « Tara Arctic » sans partenaires techniques

Comme un équipage est une somme de compétences  subtilement choisies et utilisées, Tara Expéditions est le fruit de partenariats  précis. Dénominateur commun : la résistance au froid.

Les marins, professionnels et amateurs connaissent tous cette marque : Sika. C’est un petit peu comme le « Frigidaire », alias le frigo pour conserver les aliments. Dans Tara, le sika noir est présent à peu près partout pour assurer l’étanchéité. Les hublots du carré par exemple sont totalement  isolés grâce au Sika. Des réserves  de ce produit de grande qualité permettraient  même en cas de destruction du plexiglas, de reconstituer un hublot de fortune avec du bois.
Le sika, c’est comme une pâte qui colle progressivement, sèche ensuite mais surtout ne casse pas au contact des grands froids. Le sika s’est révélé tellement bien adapté pour ces latitudes qu’il a même servi pour les connections du mât météo par exemple. Un mât avec ses anémomètres et ses capteurs de températures  qui fonctionne de jour comme de nuit sur la banquise.

Autre partenaire de cette aventure  humaine scientifique et matérielle: Primagaz. La cuisine revêt dans la vie du bateau une importance majeure. Après plusieurs heures passées à l’extérieur dans des températures de – 20°C, un bon plat chaud cuisiné au gaz réchauffe le corps et l’esprit. En plus, « la répartition sur le pont de ces vingt grandes bouteilles vertes permet de travailler  l’assiette du bateau » souligne avec humour Hervé, le capitaine de Tara. Et d’ajouter toujours sur le mode humoristique, « pour la prochaine expé il faut simplement qu’il prévoit des poignées comme pour les petites bouteilles de maison ».

Pour les dix occupants du bord l’une des activités quotidiennes majeures, c’est de couper la glace. La plupart du temps nous faisons d’abord des trous pour les expériences scientifiques. Des treuils descendent des sondes à 2 000 mètres de fonds tous les deux jours pour analyser la salinité et les couches d’eau de l’Océan Arctique. Il faut parfois aussi dégager le bateau lorsqu’il est pris entre des crêtes de glace. Pour tout ce travail, y compris pour couper du bois, les tronçonneuses Stihl se sont révélées  adaptées. Toujours en verve, Hervé a une formule très imagée pour résumé l’intérêt de ces tronçonneuses : « la Stihl, c’est le couteau de l’Arctique ».

Reste enfin les partenaires électroniques. Sécurité garantie lors des sorties lointaines sur la glace grâce à Icom et ses VHF. Enregistrement de données sur les increvables ordinateurs Toughbook de Panasonic. Des ordinateurs résistants à tous les chocs et au froid extrême. Impossible d’oublier les appareils photos Canon. Il y a deux  EOS 350 D à bord. Avec les phénomènes météo exceptionnels que nous avons la chance d’observer sur Tara, ces boîtiers et leurs objectifs nous suivent partout sur la glace et vous permettent de partager avec  nous ces merveilles.

À tous ces partenaires félicitations, car tous « leurs bébés » ont absolument trouvé  leur place à bord. Ils peuvent être fiers de leurs réalisations  et comme pour Tara,  de la passion déployée par les femmes et les hommes qui composent « leurs équipages ».

S’adapter au quotidien – un exemple

10 Juillet 2007
Position : 88°13’N 057°43’E
Vitesse : Nord Ouest pour 0.2nds
Vent : 9nds de Sud Est
Visibilité : Moyenne, temps couvert
Jour : jour permanant
Banquise : beaucoup d’ouvertures et quelques mouvements
Température de l’air : 0°C
Température de l’eau : -1.7°C

Aujourd’hui mardi. La sortie « EM31 » du mardi a été annulée puisque l’instrument de mesure est en panne. Sam responsable de cette activité et moi accompagnatrice officielle avons été un peu déstabilisés dans notre routine hebdomadaire, mais très vite nous avons trouvé une autre occupation.
Avec Charles, nous avons continué le rangement de fond en cale et aujourd’hui il s’agissait de remiser les « Kapchdva ».

Kapchdva : type de tentes russe, qui nous a servi pendant la courte saison en avril, comme lieu de stockage ou de couchage, lorsque nous étions si nombreux sur la banquise.

J’ai donc passé l’après-midi à rafistoler et à coudre des pièces sur une « kapch ». Ensuite, quelques vêtements sont apparus comme par magie à côté de la machine à coudre… en attente eux aussi d’une pièce ou d’une réparation. Mais quoi de plus naturel qu’une activité de couture à bord d’un bateau agnès b. !!

Minh-Ly

Solstice d’été au pays du jour permanent

Nous avons passé un cap important de cet été. Le solstice d’été ou la moitié de l’été, marquant le jour de l’année où le soleil se trouve à son plus haut dans le ciel. A des latitudes moins élevées, cet évènement signifie le jour le plus long. Mais ici, au pays du jour continu, le soleil ne se couche jamais.

Du coup il faudrait célébrer le jour le plus long, tous les jours pendant environ 6 mois (ce qui ne serait pas si mal). Plus sérieusement, le solstice marque surtout le début de la chute du soleil vers l’horizon et son retour vers l’hémisphère Sud.

Cette semaine, nous avons eu un temps radieux avec un ciel dégagé ce qui nous a permis de réaliser un peu de navigation astronomique en utilisant le soleil. Même si le GPS a pris une place incontesté dans l’art de la navigation, nous trouvons toujours plaisir à déterminer notre position en utilisant le bon vieux sextant.

Comme chaque année, le premier jour de l’été est marqué par l’incontournable fête de la musique. Avec un orchestre composé de 4 guitares, 2 digeridoos, un djembe, 2 accordéons, 3 harmonicas, une flute Incas, des sifflets et quelques autres instruments improvisés (cuillères, casseroles, castagnettes…) nous avons fait trembler la banquise. A part les sismomètres qui n’ont pas du trop apprécié, nous sommes heureux de ne pas avoir eu de plaintes de nos voisins…

Charles

Plus Nord que le Fram !

Poussé par un vent tempétueux depuis deux jours, nous avons franchi le 86°N aujourd’hui à 13H locale, dépassant du même coup la position la plus nord de Nansen et du FRAM ! C’est un bel exploit après seulement six mois de dérive, dépassant largement les estimations les plus optimistes.

Ce vent qui souffle à plus de trente nœuds nous ramène aussi à l’est, infléchissant notre route vers le pôle, ce qui n’est pas forcément une bonne option. En effet si nous passons trop près de pôle, nous courrons le risque de tourner autour assez longtemps retardant la descente de Tara vers le Spitzberg et du même coup sa libération des glaces.
Autre évènement d’importance est le passage du soleil sur l’horizon qui est donc retardé à cause de cette progression vers le nord. Nous ne le verrons que dimanche 11.
Ce vent soulève la neige qui rend la visibilité horizontale quasi nulle et espérons qu’il soit calmé d’ici là. D’ailleurs cela fait deux jours que nous n’avons aucune couleur d’aube. La météo reste mauvaise nous rappelant que nous sommes encore en hiver sous des latitudes hostiles. Nous espérons maintenant des jours meilleurs pour profiter de la banquise les derniers jours avant la relève.

Denys

Manipulation de la CTD

La CTD (Conductivité, température, densité.) enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan.

Tara continue sa lente remontée vers le pôle poussé par le vent du sud. À l’extérieur -35° avec un blizzard qui souffle en rafales. L’équipe de CDT se relaie à tour de rôle pour contrôler la descente et la remontée du câble à l’extrémité duquel se trouvent soit une sonde CTD (c’est à dire qui enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan). Dans le carré, au cœur de la baleine,  les communications VHF fusent de la cale arrière où se trouve le treuil piloté par Nico ou Hervé.

Ces communications sont destinées à l’autre équipe à poste dehors, à l’arrière du bateau. Devant un trou dans la glace de 1m sur 2, on surveille le bon fonctionnement du treuil au bout duquel est fixé la sonde qui s’enfonce dans l’océan à la vitesse de un mètre par seconde et qui enregistre les données à l’aide de capteurs électroniques. « 1500m !  …–1500m, bien reçu ! » est répété comme un écho dans la VHF par le gardien du câble qui se refroidit sur la banquise tandis que dans la cale arrière dans le vacarme du groupe électrogène, le casque sur les oreilles, Nicolas dirige la manœuvre. La profondeur de sondage a été définie par Matthieu avant le début du sondage avec un autre sondeur de bathymétrie acoustique qui indique précisément le fond de l’océan.

Ce sondeur relié à un câble électrique est pratiquement en permanence immergé dans l’eau, attaché à un bout, sauf quand la banquise se met à bouger. Il peut indiquer le passage des bancs de poissons et le frasil qui est une zone de petites formations de glace que l’on peut rencontrer dans les couches supérieures de l’océan. « Sonde en vue ! » indique Matthieu dans la vhf, Nicolas aux commandes du treuil ralenti puis stoppe l’enroulement lorsque Matthieu lui indique qu’il a retiré la sonde de l’eau.

Une fois sortie de l’eau, la sonde est ramenée à bord pour éviter le gel et là, Matthieu la nettoie et télécharge les données récoltées dans un ordinateur.
Les données recueillies sont envoyées dans la foulée par email aux scientifiques des différents laboratoires de DAMOCLES ; Les opérations CTD ont lieu entre 3 et 4 fois par semaine dans la mesure où la banquise est stable.

Chaque semaine, on effectue également un prélèvement d’eau à différents niveaux de profondeur grâce aux bouteilles de Nansen équipées d’un système de clapets permettant de récolter des échantillons d’eau à des profondeurs établies. L’eau de ces bouteilles faites de bronze, à la conception inchangée depuis plus de 100 ans, est recueillie dans de petits flacons plastique dûment répertoriées et datées par Matthieu qui conserve ces précieux échantillons pour le laboratoire.

Une opération CTD peut durer entre 2 à 4 heures selon la profondeur et si elle est suivie d’une opération bouteilles de Nansen. Nous nous relayons pour surveiller le câble à l’extérieur et quand le vent souffle ou que le froid dépasse les –30° ; c’est parfois difficile de tenir. Dans ce cas, nous nous remplaçons plus fréquemment.
L’autre difficulté est d’entretenir les trous dans la glace qui ne cessent de se refermer. Nous devons avoir accès en permanence à l’eau de mer pour, soit récupérer les sondes (en urgence au cas où la banquise se brise), soit continuer les sondages. Il faut souvent de servir de la tronçonneuse pour ouvrir la glace quand les températures sont vraiment basses autrement, le pic à glace suffit pour briser la couche qui est alors moins épaisse.

La nuit succède à la nuit et les sondages aux sondages.

Bruno

Anniversaire de Grant

Hier nous avons fêté l’anniversaire de Grant, événement important que de souffler ses bougies sur la banquise. C’est le cinquième et le dernier pour cette équipe et nous commençons donc à être rodé.

Nous lui avons fait la surprise d’envahir le carré déguisés en maoris, simulant leur danse traditionnelle et avons entraîné  Grant à nous faire  un HAKA. Nous savions qu’il le faisait très bien puisqu’il nous en avait dansé un au début de la dérive pour inaugurer notre première base. Mais  nous l’avons obligé à le danser à l’extérieur sur la banquise ! Et hier était le jour le plus froid que nous avons rencontré, moins 40° !

Ce fut un moment chargé d’émotion que nous n’oublierons pas, les chiens non plus, surpris de notre accoutrement. La banquise a résonné  mais ne s’est pas rompu, le cœur y était pourtant. Ensuite, retour à l’intérieur, et distribution des petits cadeaux : Montre Agnès b, disques provenant de NZ de la part de sa famille, dessins et morceau de corne de mammouth  sculpté par Gamet. Puis dîner avec gigot, bien entendu et le gâteau garni de ses trente quatre bougies.

Denys

W-e de fête sur Tara

Même sur la banquise il y a des week-ends qui comptent plus que d’autres, et ces deux derniers jours ont été riches !

Cent vingt cinquième jour de dérive.
Position : Dérive par 83° 44′ N-138° 44′ E, vitesse 0.2 nœuds 180° .
Vent : 10 nœuds secteur nord ouest
Visibilité : Bonne, ciel clair,
Lune : Rousse, sur l’horizon.
Jour : Nul
Banquise : Stable.
Température de l’air : – 36˚C
Température de l’eau : -1,7˚C

Même sur la banquise il y a des week-ends qui comptent plus que d’autres, et ces deux derniers jours ont été riches !
L’anniversaire de Matthieu, qui coïncide avec l’Epiphanie nous a donné l’occasion d’un dîner amélioré commencé par une petite mise en scène : L’arrivée des rois mages, symbolisme important ici puisque nous sommes à la verticale de l’étoile du berger, personnifiés par Grant en Balthazar, Bruno en Melchior, Nicolas en Gaspar et Hervé en Jésus. Et au moment de l’apéritif, le téléphone sonne pour m’annoncer la venue de mon premier petit fils, Raphaël, fils de ma fille Lucie, né à Grasse. Ce fut donc une belle fête qui s’est finie tard dans la nuit, après un bon repas (magrets de canard) et gâteau au chocolat avec fève.
La semaine commence maintenant par un froid à moins 36°C, une très belle lune rousse sur l’horizon qui va nous quitter de nouveau pour une quinzaine de jour. Ce sera sans doute la dernière période de nuit complète puisqu’à partir de février nous devrions avoir les premières lueurs du soleil.
Bienvenue à Raphaël qui a déjà son ours blanc dans son berceau !

Denys

 

Hervé : spécialiste du treuil

Compte tenu de son expérience de patron pêcheur, Hervé est le spécialiste du treuil pour la descente des sondes océanographiques.

Hervé Bourmaud, 35 ans est sûrement le marin le plus expérimenté de l’expédition. Il est de ces personnes que la mer a pris tout petit et ne peuvent s’en éloigner, même à terre la mer ne le quitte pas puisqu’il habite l’Ile d’Yeu. Il a commencé à naviguer à l’age de 6 ans avec son père sur un bateau de pêche promenade, a fait partie de l’équipe de nationale de class 8, a convoyé des voiliers et surtout a été patron pêcheur sur de nombreux bateaux à Saint Jean de Luz, aux Sables et à l’Ile d’Yeu.

Cette navigation quasi immobile, sans roulis ni tangage, sans embruns ne te donne-t-elle pas un peu le mal de mer?
« Si, ce n’est pas une navigation normale, c’est plus un métier de terrien et en plus on marche sur l’eau ! »

Compte tenu de son expérience à la pêche, Hervé est bien entendu le spécialiste du treuil pour la descente des sondes.

La remontée de ces sondes inertes en acier inoxydable te procure-t-elle la même excitation que la remonté des filets ?
« Oui, quasiment, ça procure beaucoup de plaisir de remonter des données ou de l’eau dans les bouteilles de Nansen. Le résultat n’est pas immédiat, mais j’espère qu’ils apporteront, une fois analysés, des avancées scientifiques. J’y trouve beaucoup de satisfaction et c’est très valorisant. »

Hervé est aussi le « maître chien » de Zagrey et Tiksi, après plus de trois mois de cohabitation, on peut dire qu’il a été adopté par ces deux husky sibériens et vice versa.

Tu observes très souvent leur comportement sur la banquise, qu’est-ce qui te surprend le plus ?
« Leur adaptation très rapide aux conditions extrêmes rencontrées ici, ils savent reconnaître les dangers de la banquise. Ils sont très indépendants, très intelligents et très câlins. Leur adaptation au froid est tout à fait extraordinaire. »

Propos recueillis par Denys

La dépense énergétique

Nicolas, le chef mécanicien est le personnage clef de la réussite de notre mission. S’il est presque débarrassé des soucis des deux moteurs de propulsion qui sont en sommeil jusqu’à la débâcle libératrice de mi 2008, il doit gérer au mieux la dépense énergétique et le bon fonctionnement des deux groupes électrogènes.

Nico, as-tu conscience de l’importance de ta mission à bord ? :« Oui, c’est d’ailleurs ma motivation quotidienne ! »
Les consommations sont-elles raisonnables ? : « Elles sont raisonnables compte tenu de notre environnement extrême et des besoins nécessaires pour mener à bien les travaux scientifiques ».
Quelles sont la ou les pannes que tu redoutes le plus ? : « Les groupes sont les pièces maîtresses de la production d’électricité, il est certain qu’une panne simultanée, scénario improbable, sur ces deux machines nous entraînerait dans la survie ! Une gîte supérieure à 35° en est un exemple, le feu d’un groupe avec propagation vers l’armoire électrique principale en est un autre». Compromettraient-elles la poursuite de l’expédition ? : « Oui, car sans électricité, pas de chauffage et aucun appareil ne fonctionnerait… ».

Tu gères aussi le chauffage à bord. C’est un sujet très sensible et important pour tout l’équipage. Est-ce un souci de plus pour toi ? : « Oui, sujet très sensible effectivement. Nous en avons eu un aperçu il y a un mois avec des problèmes de pompe de circulation. Les conséquences sont très importantes sur le confort, sur le moral, sur le travail et sur l’énergie nécessaire à l’organisme pour combattre le froid ».
Malgré tout, Nico mange de très bon appétit et dort comme un loir !

Denys

Au-revoir le soleil

Aujourd’hui fut une journée particulière : le soleil ne passe plus au-dessus de l’horizon. Nous le reverrons maintenant que le 3 mars 2007.
Nous en avons profité pour lui faire un clin d’œil en nous rassemblant à
’heure de midi sur la banquise pour un pique nique et deux heures de distractions : petite partie de rugby et jeux de boulespour rester franco-kiwis.

Ce jour marque pour nous l’entrée dans une nouvelle période synonyme de froid, de nuit, d’un peu plus d’isolement et sans doute d’imprévus. Nos journées seront maintenant rythmées par nos activités et la notion de temps prendra une autre dimension : Un dicton africain dit « Le blanc a la montre, nous avons le temps ». Peut-être arrivera-t-il un moment où nous ne regarderons plus notre montre, ce que beaucoup pourront nous envier ! Nous espérons que Tara trouve rapidement sa place au mieux sur la banquise pour pouvoir installer du matériel scientifique autour de nous (il est actuellement déployé sur le bateau) et satisfaire la légitime impatience des laboratoires de recherche partenaires et soutien de notre expédition.

Denys

Ambiance château hanté

Position : Dérive par 81° 08′ 5137″ N – 145° 53′ 9255″ E, vitesse 0.4 noeuds
Vent : 0 – 5 noeuds
Mer : calme
Visibilité : très moyenne, ciel couvert
Jour : 6h-16h
Température de l’air : – 8°C
Température de l’eau : -1,5°C

Depuis deux jours, Tara est soumis à des compressions de glace qui s’accompagnent à l’intérieur de bruits typique de film d’épouvante, ambiance vieux château hanté : grincements de gonds, claquement de portes sous fond de tremblement de terre. En effet Tara dans le même temps prend un peu de gîte puis se redresse et ainsi de suite. Ces compressions ne sont pas très fortes car la glace autour de nous n’est pas dure, c’est ce que l’on appelle du brash constitué de nouvelle glace (slush) peu consistante et d’anciennes plaques ou floes.
Nous avons fabriquer un inclinomètre permettant de connaître la gîte, nous sommes la plupart du temps autour de 6° sur bâbord, ce qui n’entraîne pas trop de désagrément pour la vie à bord.
Aucun signe de vie animal ces dernières quarante-huit heures.

Denys