De retour en Méditerranée, Tara traque la pollution des fleuves

Tara est de retour pour étudier le plastique en Méditerranée ! L’intérêt de la Fondation Tara Océan pour le plastique n’est pas nouvelle, et elle est pleinement justifiée. Le problème est devenu si important que l’on parle désormais volontiers de « continent » pour qualifier les milliards de fragments de plastique disséminés dans les océans. Cinq ans après sa première expédition entièrement dédiée à la pollution en mer, les recherches se poursuivent. Non, on ne sait pas tout du comportement du plastique et de son impact sur la biodiversité marine.

2014 : évaluer le stock de plastique et étudier sa relation avec le vivant

Voilà déjà presque dix ans que les scientifiques de Tara s’intéressent au problème du plastique en mer : après avoir constaté que ce dernier se trouvait absolument partout, l’expédition Tara Méditerranée en 2014 a permis de révéler que les microplastiques y sont quatre fois plus concentrés que dans le gyre du Pacifique Nord. Les scientifiques ont également étudié la vie associée à ces minuscules fragments.

Aujourd’hui, ils définissent volontiers le plastique comme « un nouvel écosystème », car « des microorganismes minoritaires dans la colonne d’eau ont trouvé un nouvel habitat, où ils se sentent particulièrement bien et donc prolifèrent », explique Jean-François Ghiglione, écotoxicologue au CNRS et directeur scientifique de la nouvelle Mission microplastiques 2019.

2019_07_28_Hoedic_Huitre-plastique©Lucas_Blijdorp_Fondation_Tara_OceanMorceau de polystyrène retrouvé dans une huître © Lucas Blijdorp / Fondation Tara Océan

2019 : étudier les flux de plastique pour lutter contre leur dispersion

Forte de ces premiers travaux de quantification et de qualification des microplastiques en Méditerranée, la goélette est de retour dans cette mer semi-fermée si particulière. Elle navigue en mer bien sûr, mais surtout, elle remonte trois grands fleuves prenant leur source en Espagne (Èbre), en Italie (Tibre) et en France (Rhône), mais ayant tous pour destination finale la Méditerranée. La nouvelle Mission microplastiques 2019 de la Fondation Tara Océan est motivée par le fait que 80 % du plastique en mer provient des continents et que les microplastiques représentent 60 à 80 % du plastique présent dans les fleuves.

DCIM101MEDIADJI_0007.JPGPrélèvement de microorganismes et microplastiques dans l’Èbre (Espagne) avec un filet Manta © François Aurat / Fondation Tara Océan

Étant donné la gravité du problème et l’état balbutiant des travaux sur le sujet, l’urgence est d’autant plus pressante. « Le problème du plastique n’a aucune solution en mer. Ce qu’il faut à présent, c’est comprendre les sources que sont les fleuves et caractériser l’originalité de chacun d’entre eux », ajoute Jean-François Ghiglione.

Les scientifiques impliqués dans la mission effectuent des prélèvements d’eau, de microplastiques et de plancton, en mer, dans les estuaires, ainsi qu’à différents endroits stratégiques des fleuves pour évaluer l’impact des grandes villes.

« Nous allons également nous intéresser aux microorganismes vivant sur ces déchets, ainsi qu’à d’autres organismes comme les moules, les huîtres, les oursins et les bars afin de comprendre la bioaccumulation des polluants attachés aux plastiques ». À ces mesures viendra se greffer une modélisation à l’échelle du bassin méditerranéen, permettant de décrire et de comparer les influences de ces trois fleuves sur les apports de plastique en Méditerranée.

Margaux Gaubert, journaliste

Indonésie : l’océan suffoque sous le plastique

Les 4 jours d’escale technique réalisée à Sorong, province indonésienne située à l’ouest de la Papouasie occidentale, auront marqué les esprits des Taranautes. En mettant pied à terre, tous ont pu constater, un peu ahuris, l’ampleur d’une pollution qu’ils ne soupçonnaient pas. Sorong, ville de plus de 200 000 habitants, croule sous les déchets plastiques. Sorong n’est malheureusement pas une exception dans le plus grand archipel au monde.

 

Ballet aquatique de plastique

Les bancs de sable qui bordent la ville, çà et là, débordent de détritus : objets à usage unique ; bidons d’huile ; tongs ; briquets… Dans son ballet aquatique, le ressac brasse une soupe infâme. Les propriétaires de nombreuses petites échoppes alignées le long de la route, jettent leurs poubelles sur ces mêmes langues de sable. Il leur suffit de tendre le bras pour se délester de ce qu’ils ne veulent plus. Les canaux creusés le long des habitations pour accueillir le tout à l’égout voient défiler des centaines de bouteilles vides, flottant bouchons en l’air. Comme 80% des déchets présents en mer, toutes ces bouteilles jetées à terre, suivront le fil de l’eau et termineront leur course dans l’océan. Chaque année, entre 10 et 20 millions de tonnes de déchets sont déversés dans les océans, dont 80 % sont des plastiques.*

 

Le deuxième plus grand pollueur en terme de plastique

D’après un rapport publié dans le Journal des Sciences en 2015, l’archipel indonésien serait le deuxième plus grand pollueur en terme de plastique, juste après la Chine. Situé au cœur du fameux Triangle de corail, le territoire maritime indonésien abrite pourtant le plus haut niveau de biodiversité au monde. Mais pour combien de temps encore ?

C’est d’ailleurs au départ de Sorong que les touristes, de plus en plus nombreux, empruntent le ferry pour rejoindre Waisai, porte d’entrée de Raja Ampat, site de plongée très réputé. De là, les visiteurs empruntent de petites embarcations pour séjourner dans des gîtes bordant une eau turquoise, sur l’île de Kri ou de Gam. Mais en y regardant de plus près, les jolies plages bordées de cabanons sur pilotis se révèlent, elles aussi, jonchées d’objets que les locaux ne se donnent même plus la peine de collecter.

 

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L’équipe de scientifiques atterrée devant l’accumulation d’autant de déchets en mer – © Eric Röttinger / Kahi Kai

 

Sous l’eau, malgré le statut de Parc National de Raja Ampat, la situation n’est pas plus réjouissante : produits dérivés du pétrole et organismes marins se côtoient au quotidien dans un lieu qui était, encore récemment, un véritable paradis sous-marin.

L’Indonésie doit désormais faire face à une pollution massive et son gouvernement en a pris conscience. Lors de l’un des derniers sommets mondiaux sur l’Océan, le Ministre de la coordination des affaires maritimes d’Indonésie annonçait vouloir réduire de 70% la pollution marine dans les huit prochaines années. Pourtant, la collecte des déchets relève encore du concept dans de nombreuses îles de l’archipel.

 

Des leviers pour réguler la production ?

Mais alors qui incriminer : les consommateurs, l’Etat indonésien, l’industrie pétrolière ? Que faire pour inverser la tendance ? Dans un pays où les revenus peuvent se révéler assez bas, les ventes de produits plastiques en doses uniques connaissent un grand succès. C’est toute une population qui doit alors être sensibilisée. Parallèlement, il est temps que les pouvoirs publics jouent leur rôle en assurant un service de collecte et de recyclage efficace.

 
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Accumulation de déchet en tout genre – © Eric Röttinger / Kahi Kai

 

L’industrie pétrolière et son lobby

Lorsque cette question des responsabilités se rapporte à l’échelle planétaire, certains experts pointent du doigt l’industrie pétrolière et son lobby. C’est le cas du Centre de droit international de l’environnement (CIEL) qui, dans un rapport récent, estime que les fabricants de plastique ont pris conscience des problèmes causés par leurs produits dès les années 1970. Mais une part de l’industrie plastique continue de nier ; elle combat les réglementations et met à mal les solutions proposées. Pire, elle rejette la responsabilité sur les consommateurs. Pour les fabricants, leur implication se limite aux déchets plastiques sous forme de granulés de résine et ne prend pas en compte la fin de vie des produits fabriqués avec.

Pour un traité international

Au sein de la Fondation Tara Expéditions, à travers les actions menées depuis 2003, nous nous efforçons de mettre en avant les faits scientifiques, les questionnements, et parfois même les doutes si nécessaires à la remise en cause des idées reçues. Partager cet état d’esprit, c’est apporter des éléments concrets aux débats, aux citoyens, aux entrepreneurs et aux politiques.

Aujourd’hui, nous défendons la mise en place d’un traité international qui pourrait réduire cette crise du plastique. Il nous semble indispensable de contraindre et réguler son impact tout au long du cycle de vie des produits, de leur production jusqu’à la pollution de nos Océans.

Noëlie Pansiot

* https://www.nature.com/articles/ncomms15611

A lire également sur la thématique des plastiques en mer : Le Livre bleu de Tara pour la Méditerranée.

Prélèvements au cours de la transatlantique

Sur la route de Tara Pacific, la traversée de l’Atlantique est une opportunité à ne pas manquer pour les scientifiques du Laboratoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer (France) et du Weizmann Institute of Science (Israël). Ces premiers temps de navigation sont donc mis à profit pour prélever le maximum d’informations qui compléteront la base de données planctonique déjà colossale établie lors de l’expédition Tara Océans. Ces échantillons vont permettre de poursuivre l’analyse du vivant et de l’incroyable biodiversité planctonique.

Mais la présence de plastique en mer se confirme également. Les fragments prélevés seront analysés et notamment les bactéries, virus, et autres microorganismes qui colonisent les microplastiques.

 
A découvrir, une série d’instruments de prélèvements :
- une pompe péristaltique, conçue pour ne pas détériorer les organismes prélevés
- un filet “haute vitesse”, pour prélever l’eau de surface sans devoir réduire l’allure de la goélette
- un flacon pour prélever le fer (nutriment essentiel au plancton), effectué à l’étrave du bateau afin de ne pas être contaminé par la coque en aluminium.

Ces manipulations sont complétées par différents échantillonnages automatisés et continus, comme le prélèvement de particules atmosphériques ou les relevés effectués par le spectromètre de masse dans le laboratoire sec.

 

Crédits Maeva Bardy – Foundation Tara Expéditions

 

« Au Maroc, il existe un recyclage informel du plastique »

« Soyez les bienvenus.» Depuis deux jours, les Taranautes découvrent le sens de l’accueil tangérois. Hier, c’était au tour de l’équipage de recevoir les membres des associations environnementales locales. Partenaire de cette escale, l’Association marocaine pour un Environnement Durable (AMED) est l’une d’entre elles. Son président, Lofti Chraibi, nous présente ses champs d’action.

Quels sont les objectifs d’AMED ?

Notre association vise à sensibiliser les citoyens, jeunes et moins jeunes, en les impliquant dans des ateliers pratiques. Nous pensons que c’est par la pratique que les gens apprennent, en s’impliquant.

Notre objectif est de faire découvrir les composantes du développement durable au grand public. Dans le cadre d’un plan d’action annuel, nous développons des séminaires et des ateliers de sensibilisation sur les impacts environnementaux, sur les changements de comportements à adopter. Ici, au Maroc, nous sommes encore dans une phase où nous devons sensibiliser et expliquer la nécessité de changer les comportements. Les gens apprennent sur le recyclage et la gestion des déchets, dans le but de les réduire. Nous les initions aussi à l’usage des énergies renouvelables, afin de les ouvrir à de nouveaux horizons.

Chaque année, nous organisons également les Journées Développement Durable. L’année prochaine, à l’occasion de la 7e édition, nous travaillerons sur la thématique de l’eau.

Tara Méditerranée s’atèle à étudier la pollution plastique et sensibilise le public à cette problématique. Quelle est la situation, ici, à Tanger ?

Le plastique constitue un problème. Nous essayons d’insuffler une prise de conscience, de faire en sorte que le citoyen se questionne : est-il conscient de son mode de consommation ? A-t-il une idée de ce que devient cette bouteille après l’avoir utilisée ? Comme dans toutes les sociétés modernes du XXIe siècle, la société marocaine consomme beaucoup de plastique. Les Marocains aiment beaucoup les sodas, et la plupart sont conditionnés sous plastique. Mais lorsqu’on parle de sensibilisation, il ne s’agit pas uniquement d’éduquer le citoyen, il faut aussi sensibiliser les politiciens et les décideurs pour accélérer la mise en place d’une plateforme de tri sélectif pour la filière plastique. Et à Tanger, nous n’en sommes pas encore là ! Nous constatons qu’il existe une réelle volonté de mise en place de stratégie, mais sur le terrain, il n’y a pas d’impact visible.

En revanche, ce qui est intéressant à Tanger, et c’est aussi ce que nous faisons avec AMED, c’est de penser et d’animer des réflexions sur la forme ou le concept de recyclage à mettre en place. Pourquoi ? Parce qu’ici, il existe un recyclage informel. Autrement dit, des ramasseurs vivent en collectant les plastiques pour les revendre. Les bouteilles plastiques sont, par exemple, réutilisées par les crémiers, pour le transport du lait. Nous devons donc imaginer une plateforme ou une solution de recyclage qui intègrera tous ces gens. Mais il faut le faire en suivant des normes et de meilleures conditions d’hygiène. Il nous faut donc réfléchir aux mécanismes à mettre en place pour intégrer ces travailleurs de l’ombre. Pour le moment, nous sommes toujours dans une phase de plaidoyer auprès des communes et des institutionnels.

Vous êtes partenaires de Tara Expéditions pour cette escale. Quel est le programme de la semaine à venir ?

Nous venons d’organiser une visite du bateau avec les membres des associations environnementales actives à Tanger.  Des jeunes membres d’AMED sont aussi venus faire un reportage sur le travail effectué par l’équipage. Notre association participera aux Ateliers de Tara mercredi 5 novembre et, à cette occasion, nous présenterons nos actions de sensibilisation.

Aujourd’hui, grâce à Tara, j’ai découvert une nouvelle dimension du plastique. Lorsqu’on aborde la problématique de la pollution plastique, on imagine les bouteilles ou les déchets visibles à l’œil nu. A bord, j’ai donc réalisé qu’il existe aussi de fines particules plastiques. Cette thématique pourrait, dans le futur, être intégrée au programme de sensibilisation de notre association.

Cet après-midi, nous avons prévu une visite de la médina et de la casbah avec l’équipage. Nous souhaitons leur montrer la réalité de notre ville et leur faire découvrir sa dimension humaine. Ils pourront ainsi observer le mode de vie et de consommation des Tangérois. Au cœur de la Médina, il n’y a pas de grande surface, mais il y a des épiceries et je pense que nous verrons beaucoup de plastique lors de cette visite.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

 

Montage sonore : prélèvements de nuit

Dans la nuit du 4 au 5 octobre, les scientifiques de Tara réalisaient un trait de bongo pour essayer de pêcher des myctophidés : petits poissons remontant à la surface de nuit pour se nourrir de zooplancton.

Ils souhaitaient ainsi étudier la présence de micro-plastiques dans les contenus stomacaux des poissons. Aucun poisson n’a été collecté, mais le collecteur était rempli de méduses et de Krill.

Parmi les scientifiques présents, Cristina Fossi, de l’Université de Sienne.  Professeur en écotoxicologie, Cristina étudie la présence de ces polluants dans les tissus des organismes marins, du zooplancton à la baleine. Elle souhaite détecter les polluants chimiques présents dans leurs tissus et déterminer s’il existe une bio-accumulation dans la chaîne alimentaire.

© N.Pansiot/Tara Expéditions

“Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique !”

Samedi, l’équipage recevait des personnalités à l’heure du déjeuner : Etienne Bourgois, Président de Tara et Gabriel Gorsky, Directeur scientifique de l’expédition Tara MéditerranéeL’occasion d’échanger sur les problématiques de pollutions plastiques et de philosopher sur le futur.

Un échange qui s’est étiré dans le temps, mais qu’il est difficile de retranscrire dans son intégralité. Voici un extrait de cette discussion.

Gabriel Gorsky : « Y a tellement eu d’appels (à la prise de conscience) qui n’ont pas abouti que je suis un peu pessimiste. Indépendamment de l’urgence de certaines situations, il faut lancer des appels sur des thématiques qui sont réalisables ! 8% du pétrole est utilisé pour fabriquer du plastique, la majeure partie se retrouve dans les emballages qui finissent parfois dans la nature. L’appel à la réduction de l’usage de ces plastiques a été lancé par Tara. Commençons déjà simplement par éliminer le plastique à usage unique ! »

Etienne Bourgois : « Apparemment, ça semble être en bonne voie. »

Gabriel Gorky : « C’est là où il faut taper ! Il faut y aller étape par étape. Ensuite, il faut diminuer des plastiques qui sont en 2ème et 3ème position : les bouteilles en plastique, des produits plastifiés qui n’ont pas d’usages nécessaires. A chacune des étapes, il faut associer les industriels, afin de trouver des moyens de production qui sont aussi peu chers que le pétrole et qui peuvent créer autant d’emplois. Sans cela, quelque soit l’appel lancé, il n’aura pas d’écho. »

Noëlie Pansiot (correspondante du bord) : « Il faut également sensibiliser les gens. »

Gabriel Gorsky : « Bien sûr, Tara fait cela très bien ! Alors bien évidemment, Tara utilise des outils de communication, mais c’est nécessaire. Il y en a marre que la science se fasse dans une tour d’ivoire, où les spécialistes parlent aux spécialistes. Car finalement il n’y a aucun écho, aucune compréhension et aucun effet qui suit. »

Noëlie Pansiot : « Pourquoi faut-il des catastrophes pour que les gens réagissent selon toi ? »

Gabriel Gorsky : « Ca c’est la nature humaine qui est comme ça ! La communication, la sensibilisation réalisée à bord de Tara,  cette proximité avec le peuple est très importante. On se rend compte que beaucoup de gens sont déjà convaincus. Je pense que c’est là que se situe le succès de Tara et d’autres ONG, qui sensibilisent les gens, car finalement le peuple va s’exprimer, il est déjà en train de s’exprimer. Il est donc temps de passer à l’action. Il faut absolument que cela passe par le vote, que les gens qui ont une conscience soient au pouvoir. C’est un combat de longue haleine mais c’est tout a fait faisable. Le problème est qu’il y a déjà eu beaucoup de dégâts de fait, il ne faut pas non plus induire les gens en erreur, on ne va pas pouvoir améliorer l’état de la Terre du jour au lendemain.

Noëlie Pansiot : « En ce qui concerne la pollution plastique, on peut déjà essayer de la stopper. »

Gabriel Gorsky : « Oui, on peut la stopper, notamment dans les plus petits bassins, comme en Méditerranée où la plupart des plastiques flottants se retrouvent finalement sur les rivages, où on peut les ramasser. Donc là, si on diminue les apports, on peut faire quelque chose. Ca semble plus difficile dans les grands gyres, où on ne se débarrassera pas si facilement des plastiques, car il s’agit de territoires extrêmement grands. Mais bien sûr, il faut commencer par diminuer l’usage du plastique, car y a beaucoup d’usages qui ne sont pas indispensables.

Etienne Bourgois : « Et la Méditerranée dans tout ça, va t-elle mieux qu’il y a 30 ans ? »

Gabriel Gorsky : « Cousteau avait tort ! La Méditerranée vit et vit relativement bien. Je dirais que la nature va bien. Tu as maintenant des espèces nouvelles, la biodiversité a bien augmenté, mais c’est pour l’Homme que ça va moins bien. Parce que en même temps, le plastique par exemple, dissémine des pathogènes opportunistes comme le vibrio qui pourrait amener le choléra si les conditions s’y prêtent. Il y a donc des tas d’espèces pathogènes qui se promènent en Méditerranée un peu partout. Par exemple le moustique tigre est à présent à Marseille.

 

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

Tara est à Marseille du 20 au 29 septembre

La goélette Tara réalise une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Du 20 au 29 septembre Tara fera escale à Marseille d’abord sur le quai d’honneur au Vieux Port puis en face, à la Société Nautique de Marseille.

Escale marseillaise

Une conférence de presse, une exposition Notre Planète Océan ainsi qu’une exposition interactive de sensibilisation à l’environnement « Des Montagnes à la Mer » animée par Surfrider, une conférence, des visites de la goélette pour le public et pour les scolaires et un atelier de rencontres citoyennes, seront programmés à cette occasion.

Tara sera du 20 au 22 septembre au quai d’honneur (dans le Vieux-Port en face de la Mairie) et du 22 au 29 septembre à la Société Nautique de Marseille, quai de Rive Neuve. Cette escale rentre dans le programme de Septembre en Mer.

Le Programme

- Arrivée de Tara au quai d’honneur dans le Vieux-Port : samedi 20 septembre à la mi-journée.

- Conférence de presse à bord de Tara au quai d’honneur devant la Mairie : lundi 22 septembre à 14h, en présence de Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.

- Visites publiques de la goélette guidées par un membre d’équipage et sur le quai une animation pour les juniors réalisée par la Surfrider Foundation : Le samedi 20 septembre de 14h30 à 18h, le dimanche 21 septembre de 10h à midi et de 14h30 à 18h au Quai d’honneur devant la Mairie, puis à la Société Nautique de Marseille, le mardi 23 septembre de 14h à 15h, mercredi 24 septembre de 14h à 18h, jeudi de 14h à 17h et samedi 27 septembre de 10h à 12h et de 14h à 18h, (gratuites, dans la limite des places disponibles, réservation par ordre d’arrivée).

- Exposition Notre Planète Océan : ouverte au public chez agnès b. du 9 au 29 septembre du lundi au samedi de 10h à 19h (33 Cours Honoré d’Estienne d’Orves, 13001 Marseille).

- Dans le cadre des journées du patrimoine deux expositions seront présentées, « Notre Planète Océan » par Tara Expéditions et « Des Montagnes à la Mer » par Surfrider Foundation à l’Hôtel de Ville de Marseille – salle Bailli de Suffren, les samedis 20 et dimanche 21 septembre de 10h à 17h, entrée gratuite.

- Atelier de rencontres citoyennes sur les principaux enjeux environnementaux en Méditerranée : jeudi 25 septembre.

- Conférence pour le grand public: « Méditerranée une mer sous pression ». 450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Les difficultés liées aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques. Mais des solutions concrètes existent.
Avec Gaby Gorsky, directeur scientifique de l’expédition Tara Méditerranée (CNRS/UPMC), Etienne Bourgois, Président de Tara Expéditions et Julien Le Tellier du Plan Bleu.
Samedi 27 septembre à 18h à la Villa Méditerranée, Marseille.
Cliquez ici pour s’inscrire

- Départ de Tara : lundi 29 septembre dans la matinée.

Affiche Tara à Marseille

 

L’accueil chaleureux de Beyrouth

Ce mardi 5 août 2014, Tara est arrivé à son escale la plus à l’Est de son parcours méditerranéen : Beyrouth. Notre entrée dans la marina de la capitale libanaise s’est faite en grandes pompes, sous les yeux de la presse locale et internationale.

Après deux jours passés dans les eaux de Chypre, sans possibilité de prélever des échantillons, l’équipe scientifique à bord avait profité de l’arrivée dans les eaux libanaises pour effectuer deux stations longues de prélèvement. C’est donc après une courte nuit que l’équipage arriva ce mardi en vue des premiers buildings de la capitale libanaise. Peu avant 18 heures, les premiers bateaux commençaient à rejoindre la goélette pour se transformer en véritable escorte, arborant bien entendu les couleurs du Liban, jusqu’à la Marina de Beyrouth.

A peine les amarres fixées sur le quai qui nous accueillera toute la semaine, nous étions déjà assaillis par la chaleur humaine libanaise. Dès les premiers pieds posés à terre, c’est d’abord par un collier de fleur, accroché au cou de chaque membre d’équipage, que nous fûmes accueillis, tandis que les « Bienvenue au Liban » fusaient de toute part. Puis, c’est un flot continu de journalistes qui se déversa sur le pont, accaparant tour à tour marins et scientifiques.

Chaînes de télévision, magazines, journaux ou agences de presse, qu’ils soient libanais (comme TV Liban) ou internationaux (Reuters, par exemple), les médias étaient présents en nombre sur le pont. Pour ajouter au joyeux brouhaha qui couvrit le pont durant une bonne heure, nous pûmes inviter également à bord nos contacts locaux, comme le groupe Solidere qui organisa notre accueil, nos homologues scientifiques, comme le CNRS libanais, ou encore des ONG locales, telle l’Association Big Blue, qui lutte depuis 25 ans contre la pollution du littoral.

Une fois le pont vidé de ses invités, l’équipage put se remettre de cet accueil chaleureux au cocktail organisé en notre honneur dans la salle d’exposition retraçant les aventures scientifiques de Tara. Une pause bienvenue avant d’entamer le long programme de cette semaine, entre échanges avec les structures scientifiques et institutionnelles locales, et visites de scolaires ou du grand public – plusieurs centaines de personnes tout de même sont attendues sur le pont durant ces sept jours d’escale. Une semaine à l’heure libanaise, avant d’entamer le chemin du retour, plein ouest, pour boucler d’ici la fin de l’année ces sept mois de prélèvements en Méditerranée.

 

Yann Chavance

 

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Frontières invisibles

Si l’emplacement des stations de prélèvement répond à des exigences scientifiques, il dépend aussi de contraintes législatives : chaque pays possède au large de ses côtes une Zone Economique Exclusive. Pour que Tara puisse effectuer des prélèvements dans ces eaux, nous devons obtenir une autorisation, qui arrive parfois au dernier moment.

© Yann Chavance/Tara Expéditions

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Sazan : une préservation franco-albanaise

L’île de Sazan, qui se dessine au large face au quai où est amarré, Tara à Vlora en Albanie, est au centre d’un projet de préservation unissant structures françaises et albanaises. Une collaboration officiellement actée sur le pont même de la goélette, en escale à Vlora depuis trois jours et jusqu’à demain

 

En dix ans d’aventures sur les mers, Tara avait déjà été tour à tour plate-forme scientifique, lieu de séminaires, espace de discussions politiques, ou encore outil de sensibilisation pour le grand public. Avec notre escale à Vlora, en Albanie, la goélette s’est cette fois transformée pour quelques heures en cadre symbolique pour la signature d’un important contrat, scellant une politique de conservation commune entre le Conservatoire du Littoral français et son homologue albanais, l’Agence Nationale du Littoral. Au centre des liens entre les deux structures, l’île de Sazan, la plus grande d’Albanie, trônant face à la baie de Vlora : une richesse naturelle à préserver, dans un pays où les douleurs politiques ont longtemps chassé les consciences écologiques.

En 2010, le littoral autour de l’île est classé Aire Marine Protégée : cette AMP nommée Karaburun/Sazan devient la première – et encore aujourd’hui la seule – d’Albanie. Une initiative qui a poussé le Conservatoire du Littoral français à entamer une collaboration avec ses homologues locaux sur la question de cette île. « Nous avions déjà travaillé jusqu’en 2006 avec les structures albanaises, notamment sur des actions de conservation des lagunes, rappelle Céline Damery, chargée de mission au département Europe et International du Conservatoire du Littoral, qui gère notamment ce dossier albanais. Nous sommes revenus ici en 2011 car nous souhaitions profiter de la dynamique engagée avec la création de l’AMP pour proposer notre assistance institutionnelle et technique, et les accompagner dans la mise en œuvre d’une politique de gestion des côtes ».

En 2012 et 2013, le Conservatoire du Littoral lance ainsi via son initiative PIM, pour Petites Iles de Méditerranée, des campagnes d’études sur la biodiversité de Sazan. Des prospections qui révèleront vite la richesse naturelle de l’île : quelques 300 espèces pour la flore, 40 au niveau ornithologique, ou encore dix nouvelles espèces d’insectes jusqu’ici inconnues en Albanie. Ce riche inventaire, suivi d’une évaluation écologique et d’un état des lieux de la pollution terrestre, permet alors d’imaginer un plan de gestion de l’île. Car jusqu’ici, Sazan n’est en réalité qu’à moitié concernée par l’AMP nouvellement créée. « Les eaux entourant l’île font partie de l’AMP, mais la partie terrestre est propriété du ministère de la Défense et n’a aujourd’hui aucun statut de protection, explique Céline Damery. Nous voulions travailler sur ce projet, car cela peut être un site exemplaire pour l’Albanie, avec une vraie gestion intégrée entre terre et mer ».

Depuis le début de cette année, la réflexion sur la création d’une Aire Protégée Terrestre fait donc son chemin entre interlocuteurs français et albanais, jusqu’à la signature mercredi dernier sur Tara de la convention actant cette collaboration, sous les yeux des caméras locales et des responsables politiques. « C’est une nouvelle étape dans la coopération avec les autorités albanaises, en termes d’échanges de savoir-faire et de partage d’expérience sur les enjeux de gestion des côtes » se félicite ainsi la responsable française du projet. Du coté des équipes de Tara, fiers d’accueillir symboliquement cette signature, ce fut également l’occasion de mettre en lumière ce type d’initiatives locales. Pour que notre mission scientifique en Méditerranée soit aussi un relais des actions positives que nous croisons sur notre route.

 

Yann Chavance

 

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Escale sarde

Huit jours après notre départ d’Antibes, Tara est arrivé ce samedi 5 juillet en vue de la petite ville de Cala Gonone, en Sardaigne. Une escale de quelques jours durant lesquels le plancton et l’expédition Tara Oceans (2009-2013) seront à l’honneur.

Malgré les nombreux changements de programme pour adapter notre route et surtout nos prélèvements de plastique aux conditions météorologiques, nous sommes arrivés à l’heure face à la petite ville sarde. Un hameau de moins de deux mille âmes, perché sur une côte sauvage criblée de grottes aux eaux turquoises. Si tous à bord sont impatients de mettre un pied à terre ou la tête sous l’eau, ce n’est pas une escale farniente qui nous attend.

Tout juste arrivés, une partie de l’équipage part en ville pour une conférence de presse : ils reviendront accompagnés d’une quinzaine de journalistes venus visiter la goélette. A peine repartis, le va-et-vient du zodiac reprend de plus belle, déversant sur le pont de nouveaux arrivants encombrés de valises, quand d’autres, arrivés au terme de leur voyage, font les leurs. Tout cela au cœur d’un planning chargé, comme toujours.

Dimanche verra ainsi se succéder une conférence donnée en italien sur le plancton et les expéditions de Tara, une réunion de travail sur les recherches scientifiques menées dans la région – qui réfléchit à la création d’une station biologique et d’une aire marine protégée – ou encore une réception à l’aquarium de Cala Gonone, partenaire de cette expédition en Méditerranée.

En marge de ce programme, cette escale en Sardaigne sera surtout le théâtre d’un important séminaire pour Oceanomics, le projet titanesque visant à exploiter les données et prélèvements effectués lors des expéditions Tara Oceans et Tara Oceans Polar Circle. Durant cinq jours, les chercheurs impliqués dans ce projet à travers le monde se retrouvent ainsi à Cala Gonone pour échanger sur leurs premiers résultats.

Lundi et mardi, les scientifiques d’Oceanomics concluront ce séminaire par deux jours d’échantillonnage au large de la Sardaigne, l’occasion de former certains aux protocoles de prélèvements et de mieux comprendre d’où viennent les données qu’ils analysent depuis maintenant plus d’un an. De quoi conclure en mer cette escale ensoleillée avant notre départ mercredi pour l’Albanie, après un bref passage par la petite île d’Ustica.

 

Yann Chavance

 

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Entre la Corse et la Sardaigne

Depuis quelques jours, le programme de cette étape Antibes-Cala Gonone est une question d’adaptabilité, notre parcours se décidant au jour le jour, changeant parfois même d’heure en heure, en raison de conditions météorologiques compliquées.

Samedi 28 juin, soit deux jours après notre départ d’Antibes, le planning de prélèvement prévu par Gaby Gorsky, le directeur scientifique de l’expédition, avait jusqu’ici été suivi sans accroc. Nous avions comme prévu passé  la nuit au mouillage à l’île d’Elbe, quand les dernières données météorologiques nous firent changer nos plans : un fort vent d’Ouest se profilait autour de la Corse, alors que nous devions justement effectuer de nombreux prélèvements en longeant la côte Ouest de l’île de beauté. Dimanche nous avons donc rebroussé chemin, direction Bastia, côte Est, pour passer la nuit au mouillage. La précaution ne fut pas inutile : même protégé du vent par les montagnes corses, Tara fut ballotté toute la nuit par des vents montant jusqu’à 45 nœuds, sous un ciel déchiré par une multitude d’éclairs.

Le lendemain matin, alors que nous nous préparions à lever l’ancre, un dernier BMS (Bulletin Météorologique Spécial) changea une nouvelle fois nos plans. Un fort coup de vent allait souffler toute la journée dans notre zone, brassant la surface et empêchant ainsi nos prélèvements. La décision fut donc rapidement prise : nous resterons sur place une journée de plus, mettant à profit ces quelques heures sans science à bord. « Cela permet de récupérer un peu de la fatigue des derniers jours et de s’occuper un peu plus du bateau » explique Samuel Audrain, le capitaine. L’occasion aussi pour les marins d’aller à terre pour acheter du petit matériel pour entretenir le désalinisateur, le frigo ou encore le système électrique du bateau.

Du coté scientifique, cette journée au mouillage est aussi une aubaine. « On fait le bilan de ces derniers jours et aussi un peu de maintenance sur les appareils, détaille Stéphanie Petit, la responsable scientifique de l’étape. Pour ma part, j’ai mis à jour toutes les fiches de prélèvements et réglé un problème avec l’azote liquide. C’est donc loin d’être une journée perdue ! ». Cet arrêt forcé fut également l’occasion de faire le point par mail avec le directeur scientifique de l’expédition pour décider de la suite du programme. Après avoir évoqué la possibilité de retourner vers l’île d’Elbe, décision fut prise d’échantillonner un peu plus au large. Mais le soir même, après avoir levé l’ancre et s’être éloignés de la côte, le premier coup de filet ne remonta presque rien : peu de plancton, presque pas de plastique.

Avec la houle et une mer brassée par 24 heures de vent, la surface semblait désertée. « Même quand on ne récolte rien, c’est intéressant, relativise Stéphanie. Cela nous permet de mieux comprendre les facteurs qui influencent la répartition du plastique ». Il aura fallu attendre encore plusieurs heures et quelques miles de route vers le large pour que les filets, se succédant jusque tard dans la nuit, remontent à nouveau chargés en particules plastiques. Mais ce mardi, les bulletins météo annoncent à nouveau des perturbations à venir sur notre route. Difficile donc encore aujourd’hui de savoir où nous échantillonnerons dans les jours qui viennent. A l’heure actuelle, une seule chose est sûre : nous serons samedi prochain à Cala Gonone, en Sardaigne. Sans trop savoir quelle route nous prendrons pour l’atteindre.

Yann Chavance

 

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Interview d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions

Une nouvelle expédition, une nouvelle base Tara à Paris, un nouveau site Internet, le lancement d’une Plateforme Océan et Climat à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Océan, Etienne Bourgois fait le point sur l’actualité très riche pour Tara durant ce mois de juin.

L’expédition est lancée et le volet scientifique de l’expédition Tara Méditerranée a commencé cette semaine…

Tara est d’abord un bateau pour la recherche, c’est donc une bonne chose ! Je suis d’autant plus satisfait que le volet scientifique de l’expédition s’est étoffé ces dernières semaines avec d’avantage d’universités et d’instituts qui s’impliquent sous la direction de Gaby Gorsky, directeur de l’observatoire océanologique de Villefranche sur mer.

Mais n’oublions pas que nous consacrerons aussi 50% du temps de la mission à la sensibilisation sur les enjeux environnementaux. Nous avons d’ailleurs pour objectif de publier un livre bleu à l’issue de ces 7 mois en Méditerranée.

Depuis quelques jours nous accueillons aussi un artiste à bord. Ils seront 11 à se succéder en résidence à bord de Tara, ils ont carte blanche. C’est une expérience unique pour eux mais aussi pour les scientifiques et les marins qu’ils vont côtoyer à bord de Tara !

Quel message souhaitez-vous faire passer en particulier ?

Un message de détermination concernant l’environnement. Malheureusement la roue est entrain de tourner, le temps passe et les réactions des politiques sont lentes. Il faut agir, prendre des orientations fortes maintenant.

Y-a t-il déjà eu des moments forts depuis que vous êtes en Méditerranée ?

Oui je me suis rendu à bord de Tara à Port-Cros début mai lors de l’étude du coralligène profond mené par l’équipe de Laurent Ballesta et l’Agence de l’Eau. Il m’a montré des photos extraordinaires qui montrent que la mise en place d’une Aire Marine Protégée porte ses fruits et que l’écosystème méditerranéen est merveilleux. Ces zones manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020, objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique.

Je voudrais en profiter ici pour adresser mes remerciements à l’équipage très professionnel, motivé, uni, modeste etc…

Le 8 juin sera la Journée mondiale de l’Océan. Comment avance votre sensibilisation auprès des politiques ?

Cette Journée mondiale de l’Océan, donnera notamment lieu à une série d’événements pour les jeunes et la presse organisés le 10 juin au siège de l’UNESCO avec notamment le lancement de la Plateforme Océan et Climat 2015. Sous l’impulsion d’un petit groupe de fondateurs dont Tara, celle-ci réunit des acteurs de la société civile, et de la recherche avec un objectif : renforcer la place de l’Océan au cœur des discussions internationales relatives au climat, notamment en vue de la CoP 21 l’année prochaine à Paris.

Une autre source de satisfaction : l’ONU vient de rendre public la première version du texte sur les objectifs du développement durable. Et la “conservation et l’usage durable des ressources marines” sont dans la liste, avec 11 autres objectifs. Tara Expéditions avec André Abreu notre chargé de mission a aussi participé à cet effort à l’ONU.

Un prochain site Internet Tara est au programme pour la mi-juin…

Oui nous avions besoin de moyens nouveaux et plus adaptés aux nouvelles technologies afin de mieux diffuser nos messages. Ce site, réalisé en partenariat avec l’agence 76, sera plus simple d’utilisation, plus visuel et sera organisé autour des 4 grandes missions de Tara Expéditions: la science, l’environnement, l’éducation et l’art.

Tara Expéditions dispose aussi d’un nouvel espace : la base Tara…

Oui c’est la base arrière de Tara. L’équipe à terre dirigée par Romain Troublé y a désormais ses bureaux. C’est un lieu magique à côté de la Bastille, très lumineux. Nous pouvons y accueillir des expositions, des conférences, des rencontres pour les scolaires, des projections, etc…

La première exposition « Le Monde Secret du Plancton » a d’ailleurs ouvert ses portes  ce lundi et sera ouverte jusqu’au 26 juin. Fort de son expérience sur Tara en tant qu’artiste, Rémi Hamoir, professeur aux Arts Décoratifs, a proposé aux enseignants et aux étudiants de 1ère année de travailler sur un projet d’expression plastique autour de la thématique : « Tara et le monde secret du plancton ».

Un bémol à vos actions actuelles ?

Malgré le soutien et l’engagement d’agnès b depuis le début, le budget n’est jamais bouclé. C’est un stress permanent qui nous empêche de mieux nous préparer à moyen terme. Cela peut être parfois décourageant. J’en profite pour répéter ici qu’il n’y a jamais de don trop petit !

A ce sujet quels sont vos projets futurs ?

Nous préparons un projet qui nécessite un budget sur deux ans. C’est un programme scientifique sur les récifs coralliens de grande envergure. Il faut au moins 12 à 18 mois de préparation et nous sommes déjà à pied d’œuvre depuis trois mois.

10 ans c’est un cap pour Tara ou le début d’une seconde vie ?

Nous sommes dans la continuité. Depuis 10 ans nous avons fait 10 expéditions et toutes ont eu un sens. C’est notre trésor. Nos projets ont comme particularité d’avoir été initiés par des individus qui forment un groupe et non des entreprises ou des institutions.
J’espère que d’autres projets comme Tara pourront naître dans le monde.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ?

Boucler notre budget toujours plus tôt et du bon vent en Méditerranée !

Pelagos : un sanctuaire marin international dédié à la protection des cétacés

Interview d’Alain Barcelo, responsable du service scientifique du Parc National de Port Cros qui anime la partie française de Pelagos.

A chaque apparition de mammifères marins aux abords de la goélette, les Taranautes se ruent sur le pont pour observer et vivre pleinement un moment unique. L’équipage a ainsi fait la rencontre d’un dauphin de Risso entre Oran et les Baléares, et plus récemment d’un groupe de grands dauphins dans la baie de Port-Cros.

Cette année, l’expédition Tara Méditerranée traversera plusieurs fois le Sanctuaire Pelagos : un espace marin international dédié à la protection des cétacés. Une zone de 87 500 km² où évoluent principalement 8 espèces de mammifères marins. Alain Barcelo, responsable du Service scientifique au Parc national de Port-Cros, chargé de mission animation du Sanctuaire, revient sur l’importance de l’Accord Pelagos.

Où se situe le Sanctuaire ?

Pelagos dessine un grand triangle qui part de la Sardaigne, remonte à la fois vers Hyères et vers l’Italie. Il englobe l’ensemble des eaux qui se situent autour de la Corse. Il s’agit d’une immense Aire Marine Protégée dédiée aux mammifères marins en Méditerranée.

Entré en vigueur en 2002, l’Accord Pelagos fut signé par la France, Monaco et l’Italie en novembre 1999. Il vise à préserver les cétacés et rendre compatible leur présence avec l’ensemble des activités qui se déroulent dans cet espace. C’est un immense Sanctuaire, unique en son genre, qui inclut des zones en haute mer.

Huit espèces de cétacés sont régulièrement présentes dans le Sanctuaire : le rorqual commun, le cachalot, le dauphin bleu et blanc, le grand dauphin, le dauphin de Risso, le globicéphale noir, le dauphin commun et le ziphius. D’autres espèces traversent occasionnellement cette zone : des baleines à bosse par exemple. Les chiffres varient selon la saison, disons quelques dizaines de milliers pour le dauphin bleu et blanc et quelques centaines pour le rorqual commun.

Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur ces animaux?

Ces animaux sont menacés par certaines activités humaines, qui sont nombreuses au sein du Sanctuaire : le trafic maritime qui va induire des collisions entre des bateaux et de grands mammifères comme le rorqual commun ou le cachalot. Notre objectif est donc de développer des méthodes pour préserver les mammifères marins et rendre compatible leur présence avec ces activités. Énormément de plaisanciers gravitent dans la zone, il y a donc beaucoup d’activités nautiques, ce sont autant de sources de dérangements pour les animaux.

Parmi les menaces qui pèsent sur ces espèces, le site Internet du Sanctuaire répertorie également les pollutions chimiques. Qu’en est-il des pollutions plastique ?

Des études en cours montrent que les polluants se fixent sur les plastiques et remontent ensuite par ingestion tout au long de la chaine alimentaire. La panoplie de produits chimiques que l’on connaît se retrouve en bout de chaîne dans les mammifères marins, à des taux de concentration très élevés. Nous savons que pour une même espèce de cétacé à dents présente en Atlantique et en Méditerranée, la plus polluée est celle qui évolue en Méditerranée. Les macro plastiques sont embêtants mais ils se dégradent et deviennent des micros plastiques. Ce sont ceux-là que nous allons retrouver tout le long de la chaîne alimentaire.

Quelles sont les mesures mises en place par Pelagos ?

Nous avons des outils de communication et de sensibilisation. En allant sur  le site Internet de Pelagos, en deux ou trois clics, les visiteurs ont accès à la page « Devenez ambassadeurs ». Il leur suffit ensuite de lire le code de bonne conduite, de s’engager à le respecter et à le faire connaître aux plaisanciers. Ils déclarent ainsi partager les objectifs du Sanctuaire et tout mettre en œuvre pour protéger les espèces rencontrées : être vigilant aux signes de dérangement, respecter les zones et distances d’approche des cétacés, etc.

Face aux problèmes de collisions, l’Association Souffleurs d’écume s’est associée à un partenaire privé pour mettre en place un outil informatique et collaboratif à l’usage de la navigation commerciale : le système REPCET. Un dispositif qui permet aux bateaux de repérer en temps réel la position des mammifères marins et de la signaler aux autres navires équipés.

Enfin, depuis deux ans, Pelagos développe des partenariats avec des communes riveraines. Il existe une charte signée par une trentaine de communes. Elles se sont ainsi engagées à contribuer à la préservation des mammifères marins et elles relayent le message de préservation auprès du grand public.

D’autres mesures visent les opérateurs de whale-watching, activité de découverte des mammifères marins pour laquelle nous allons développer une labellisation, le trafic maritime, les activités de défense ou encore la pêche professionnelle. Les idées ne manquent pas pour favoriser la présence de ces animaux majestueux à deux encablures de nos côtes. La discussion avec les gens de mer est primordiale car tous partagent nos objectifs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot


Regardez la vidéo de présentation du sanctuaire PELAGOS

Journée sans tabac : 400 mégots ramassés sur la plage par les Taranautes

Samedi 31 mai, l’équipage répondait présent à l’appel de Surfrider Foundation Europe. Equipés de sacs poubelles et de gants, les Taranautes ont parcouru les plages des Charmettes et du Cros à Six-Fours (Var), pour procéder à une collecte de déchets. Cette « Initiative Océane », la seconde ce mois-ci, leur a permis de ramasser 200 litres de détritus, soit 20kg. Le plastique était bien évidemment présent sous toutes ses formes, mais ce sont les mégots qui ont retenu l’attention de l’équipage. Les volontaires ont collecté ces résidus de cigarettes un à un pendant deux heures, participant ainsi, à leur manière, à la journée mondiale sans tabac.

Responsable éducation Méditerranée pour Surfrider, Benjamin Van Hoorebeke lance avec un grand sourire : « les industriels du tabac ont eu une bonne idée en imaginant des filtres jaunes, ils dénotent bien sur le sable ». Benjamin Van Hoorebeke dit vrai, la couleur attire l’œil du ramasseur ! Mais une fois accroupi, le collecteur citoyen réalise vite que ce détritus n’est pas esseulé : ce sont parfois 3 à 4 mégots qui gisent tout autour du premier. Brigitte Martin, bénévole pour Surfrider depuis presque 3 ans, s’agace de trouver ces déchets à côté d’une poubelle de plage : « C’est un geste automatique de lancer son mégot, on le voit même dans les films ».

Les mégots entre lesquels les plagistes posent leurs serviettes ne sont pas seulement écrasés et abandonnés là par des fumeurs négligents. Ces petits bouts d’acétate de cellulose, autrement dit, de plastique sous forme de fibres, sont d’excellents voyageurs. Un mégot jeté par terre en ville va tranquillement voguer dans les eaux qui lessivent les trottoirs, suivre une route fluviale avant de terminer sa course sur une plage, comme ici où ils arrivent nombreux par un déversoir d’eau pluviale. « Ce mégot va ensuite se fragmenter en micro plastiques ». Benjamin Van Hoorebeke ajoute : « Selon moi, le  principal impact des mégots provient des produits toxiques qu’ils contiennent : nicotine, cyanure, mercure… Un mégot que l’on jette dans l’environnement peut polluer à lui tout seul entre 300 et 400 litres d’eau. Sur la corniche, là, j’ai parcouru 10 mètres et j’en ai trouvé 56 ! » Organisateur de l’événement, Benjamin Van Hoorebeke regrette qu’un fumeur qui jette son mégot par terre n’a souvent pas conscience qu’il pollue.

Chaque année, 4 300 milliards de mégots de cigarettes sont ainsi jetés inconsciemment dans les rues. 137 000 par seconde ! De quoi procéder à une collecte sans fin. Le travail de sensibilisation de Surfrider est donc essentiel. D’après Benjamin Van Hoorebeke : « la prise de conscience constitue la première étape vers la responsabilisation. »  Partenaire de Tara Méditerranée, Surfrider sera présente lors de l’escale de la goélette à Nice, dans 10 jours. Une belle occasion de jouer les agitateurs de consciences et de sensibiliser le grand public à ces problématiques de pollutions.

Noëlie Pansiot

Tara en rodage avant les premiers protocoles en mer

Interview du capitaine Samuel Audrain

«Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles» 

Depuis une semaine, c’est l’effervescence à bord : le téléphone du capitaine n’arrête pas de sonner, l’équipage attend des livraisons, les groupes de visiteurs se relaient sur le pont à l’occasion de cette escale toulonnaise… Dans l’atelier situé en cale arrière, fief du chef mécanicien Martin Hertau, on effectue des réglages au niveau des étambos. Paul Dufay, stagiaire électronicien débrouillard, optimise le câblage du tableau électrique. Il faut donc procéder aux derniers achats et trouver les pièces nécessaires aux petites réparations. Et c’est François Aurat, officier de pont, qui gère la liste des courses : vessie d’hydrophore, tuyauterie pour le laboratoire sec, pince ampèremétrique, bâton de cyalume… Tous les membres de l’équipage s’activent pour préparer le bateau et ne rien laisser au hasard pour l’expédition. Samuel Audrain, capitaine, revient sur cette escale.

Tara est en escale à Toulon depuis une semaine, sur le quai d’honneur. L’équipage a accueilli près de 1000 visiteurs en seulement trois jours. En dehors des horaires de visites, que s’est-il passé à bord ?

Je suis arrivé récemment sur le bateau et cette escale nous a permis de mettre les bouchées doubles pour terminer les préparatifs du bateau. Nous sommes encore à portée des fournisseurs français que nous connaissons, il nous est donc plus facile de commander des pièces. Nous devons anticiper pour les sept mois d’expédition à venir.

Nous avons fait un point sur la sécurité et testé toutes les vestes de flottabilité individuelles. Nous faisons en sorte de partir avec tout le matériel nécessaire. Du côté des machines, au niveau motorisation, nous avons toujours des choses à suivre, c’est du quotidien.

Nous partons en Méditerranée et il va faire chaud, nous cherchons donc des ventilateurs. Bref, toutes ces petites choses prennent du temps. Hier, des techniciens sont intervenus à bord pour vérifier la climatisation qui se trouve dans le carré. Notre escale à Nice, qui sera aussi longue que celle-ci, nous permettra de terminer cette mise en place. Il nous faut avancer tous les jours et ne pas attendre le dernier moment. Le tout en accueillant des visiteurs : grand public ou scolaires, comme hier. Mais je trouve ça super sympa de lancer l’expédition et de pouvoir partager notre expérience avec le public lors des escales.

Des scientifiques sont arrivés à bord, qui sont-ils ?

Depuis quelques jours, Hervé le Goff, ingénieur au CNRS, se charge de réarmer le laboratoire sec (à l’intérieur de Tara) pour cette mission Méditerranée. Jean-Louis Jamet, coordinateur scientifique de l’étape et professeur de l’Université de Toulon, vient d’embarquer. Il est en relation avec Gaby Gorsky, directeur scientifique du projet TaraMedPlastic, qui a réfléchi en amont à tout notre programme scientifique. Nous discutons tous ensemble de la mise en place des protocoles de collecte de données et d’échantillonnage.

Bref, beaucoup de choses sont en train de se caler et il est vrai que cette escale était assez intense. Nous sommes dans une phase de mise en place des protocoles, avec cette volonté d’être efficaces dès les premières sorties en mer, c’est à dire du 2 au 9 juin.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

L’expédition Tara Mediterranée 2014

Après plus de quatre ans à naviguer autour de la planète et en Arctique, Tara réalise une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Elle comportera à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée et un volet scientifique sur le  plastique.

450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Par ses caractéristiques géographiques et climatiques, la Méditerranée abrite aussi près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan. Aujourd’hui ses mégapoles sont saturées, la Méditerranée concentre 30% trafic maritime mondial, les difficultés liés aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question. Il est donc urgent d’avancer vers des solutions concrètes comme l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable ou la création d’Aires Marines Protégés préconisées depuis des décennies par la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU ainsi que par l’Union Européenne.

Cette expédition, la dixième pour Tara depuis 2003, sera l’occasion pour Tara Expéditions de promouvoir les efforts d’associations locales et régionales sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer quasi fermée.

Une étude scientifique sera menée à bord de Tara sur le plastique, par l’Université du Michigan aux Etats-Unis et le laboratoire de Villefranche-sur-mer (CNRS) en France. L’accumulation de débris plastique dans la nature est « l’un des changements récents le plus répandu et durable sur la surface de notre planète » et l’une des grandes préoccupations environnementales de notre temps. Pourtant nous connaissons trop peu de choses sur ce qu’il advient de ces plastiques et sur leurs rôles dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète.

Pour combler cette lacune, les scientifiques réaliseront une mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. Elle quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer, et explorera les dynamiques et la fonction des communautés microbiennes qui vivent sur le plastique – ce dernier sujet étant quasiment inexploré.

Plus d’informations sur le programme scientifique de l’expédition Tara Méditerranée

Une exposition itinérante et des films seront aussi partagés avec les publics rencontrés. Nous recevrons également des classes à bord lors des différentes escales. Et des artistes seront accueillis en résidence sur Tara pendant toute la durée de l’expédition.

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia, Serge Ferrari, IDEC, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone.

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement

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Résidences d’artistes pendant l’expédition Tara Méditerranée


Tara Expéditions organise des missions scientifiques, artistiques et éducatives avec le voilier d’exploration Tara. A l’image des expéditions du XIXème siècle, scientifiques et artistes se côtoient sur Tara pour partager une même expérience.

En 2013 à l’occasion des 10 ans de Tara Expéditions, l’exposition collective Tara 10 ans, 20 regards d’artistes avait déjà réuni sur les murs de la maison agnès b. le travail d’une vingtaine d’artistes embarqués à bord du bateau. Pour 2015, une nouvelle exposition se prépare, cette fois à la Base Tara, suite à l’expédition Tara Méditerranée 2014.

agnès b., propriétaire et mécène de Tara mais aussi galeriste, styliste et collectionneuse depuis 30 ans, soutient les artistes à travers sa Galerie du Jour à Paris et sa collection d’art. C’est ainsi naturellement qu’elle invite régulièrement, avec Etienne Bourgois, des artistes à bord de Tara. Leur présence à bord devient ainsi une manière de sensibiliser à l’environnement autrement, à un public plus large. Dans ce cadre, un comité de sélection s’est réuni cette année pour choisir parmi les nombreuses candidatures, des projets pour des résidences à bord de 2 à 3 semaines pendant Tara Méditerranée.

10 artistes de 4 nationalités différentes ont été sélectionnés pour poser leur regard sur l’expédition :
- Yoann Lelong (vidéo) des Embiez à Monaco
- Spencer Lowell (photo et vidéo) d’ Antibes à Cala Gonone
- Carly Steinbrunn (photo) de Cala Gonone à Athènes
- Lorraine Féline  (vidéo) de Cala Gonone à Athènes
- Emmanuel Régent (dessin et installations) d’Athènes à Tel Aviv
- Christian Revest (peinture et gravure) de Haifa à Bizerte
- Lola Reboud (photo/ vidéo) de Bizerte à Marseille
- Katia Kameli (vidéo) d’Alger à St Tropez
- Sylvain Couzinet Jacques (photo 3D) de St Tropez à Calvi
- Malik Nejmi (photo / film)    de Genes à Tanger

Début 2015, une exposition collective de ces artistes sera donc organisée à la suite de l’expédition Tara Méditerranée à la Base Tara, le nouveau espace de Tara Expéditions. D’une surface de 400m2 sur le Port de l’Arsenal à la Bastille (11 boulevard Bourdon, dans le 4e arrondissement de Paris) il accueillera librement également des projections, visites et conférences à partir du 2 juin 2014.
Une première exposition réalisée par les élèves de l’école des Arts Déco y sera présentée jusqu’au 26 juin : Le monde secret du plancton. Cliquez ici pour plus d’informations

Les enjeux environnementaux en Méditerranée

LES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX EN MÉDITERRANÉE

Le développement urbain et industriel pose aujourd’hui des nombreux défis de gestion de la Méditerranée notamment sur la gestion des déchets et des pollutions, à plus de 90 % d’origine terrestre. S’ajoute au défi de la diminution de la pollution, la bonne gestion du transport maritime, de l’exploration d’hydrocarbures, de la pêche industrielle et du tourisme, éléments essentiels dans les efforts en cours pour une Méditerranée en bonne santé écologique.

Il est également important de soutenir la création et la gestion de zones protégées pour restaurer les écosystèmes les plus touchés, soutenir les stocks de poissons et pour préserver certaines espèces en danger. Au delà des cris d’alarme et d’un simple constat, nous voulons promouvoir les solutions et l’innovation pour les plastiques du futur et les faire avancer concrètement dans les processus politiques en cours dans les sphères régionales, nationales et internationales.

POUR STIMULER LE DÉBAT : QUELLES SOLUTIONS?

> Réduction de la pollution à la source : éducation, recyclage, promotion de l’économie circulaire.
> Gestion intégrée des bassins versants : nettoyage des canaux et rivières.
> Écologie des emballages : responsabilité des producteurs.
> Bioplastiques : biosourcés, biodégradables, oxofragmentables. Quels types ? Quels impacts réels et lesquels sont une vraie solution ?
> Réduction de la pollution chimique à la source : réglementations internationales.
> Recherche et innovation : plastique et micro-organismes, quels organismes pourraient dégrader quel type de plastique ?
> Interdiction du sac plastique à usage unique : la France peut montrer l’exemple dans ce domaine. L’Europe a déjà adopté en mai 2014 un texte fixant des objectifs de réduction des sacs plastiques à usage unique par les pays membres. Tara considère ce texte comme une avancée mais elle est insuffisante.

DEUX FORMES DE POLLUTION PLASTIQUE EN MER

> DÉCHETS ET DÉBRIS PLASTIQUES : Bouteilles, bouchons, morceaux… Environ 6 millions et demi de tonnes de déchets sont déversées par an dans les océans et les mers du monde dont 80 % sont en plastique, soit 206 kilos par seconde…

> MICROPLASTIQUES (- 5MM) : granulés, billes, microbeads, fibres textiles… Une pollution complexe, invisible et difficile à traiter. Alors que les macro-déchets impactent directement les poissons et oiseaux marins, les microplastiques ont un impact sur les micro-organismes marins et donc sur toute la chaine alimentaire.

LA MÉDITERRANÉE EN CHIFFRES

> 450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains.
> De 1970 à 2000, en 30 ans, la population d’ensemble des pays riverains a cru fortement de 285 millions à 427 millions d’habitants. Avec deux phénomènes collatéraux: la littoralisation et l’urbanisation.
> La Méditerranée abrite près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan.
> On recense aujourd’hui 925 espèces invasives en Méditerranée dont 56% sont pérennes selon une étude menée par le Plan Bleu (UNEP).
> La Méditerranée concentre 30% trafic maritime mondial au passage du canal de Suez.
> Il existe une soixantaine de plateformes côtières d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en Méditerranée.
> On estime que 90% de la pollution de la Méditerranée vient de la terre.
> La région méditerranéenne est la région touristique la plus importante du monde ; elle attire environ 30% du tourisme international.

Tara Expéditions et Surfrider Foundation unis contre les déchets plastiques.

Tara Expéditions et Surfrider Foundation unis contre les déchets plastiques.

Une vingtaine de bénévoles se sont retroussés les manches, pour nettoyer les plages de Port-Cros samedi 17 mai. A l’occasion de cette « Initiative Océane », les courageux volontaires ont arpenté les plages de la Fausse Monnaie et de Port Man à la recherche d’objets indésirables. Une petite équipe de plongeurs s’est également prêtée au jeu dans la baie de Port Man.

L’équipe de Tara Expéditions s’associe aux membres de Surfrider Foundation Europe pour sensibiliser aux problèmes de pollution plastique. Comme hier, à Port-Cros, lors d’une opération nommée «Initiative Océane», imaginée par Surfrider Foundation. Ce type  d’événement constitue un outil pédagogique probant : les volontaires ont pu constater la pollution par eux-mêmes. De nombreux détritus dérivent jusque sur les plages de Port-Cros, un site pourtant protégé et régulièrement nettoyé par les agents du Parc National.

Une fois le ramassage terminé, les participants se sont retrouvés sur la rade de Port-Cros pour procéder à un véritable inventaire par le tri. Le plastique a malheureusement été classé en tête des déchets les plus abondants : une heure de collecte a suffi pour remplir un sac de 100 litres de détritus plastiques en tous genres. Parmi lesquels figuraient d’improbables bâtonnets : 200 résidus de cotons tiges.

Marion Lourenço, membre de la fondation et accompagnatrice du groupe, explique : «  En fait, les gens les jettent dans les toilettes. C’est un geste complètement incongru ! » Et la présence de ces bâtons n’a rien d’exceptionnel, puisque « 80% des déchets que l’on retrouvent sur nos plages provient des terres ». Les déchets voyagent de l’amont vers l’aval, une longue course fluviale qui prend fin dans les océans. Ce phénomène, les Taranautes le connaissent bien, ils ont pu l’observer à chaque expédition. En janvier 2011, une étude menée à bord révélait même la présence de plastiques dans les eaux antarctiques.

Cette année, avec l’expédition Tara Méditerranée,  les scientifiques embarqués sur la goélette essaieront de mieux comprendre quels sont les impacts de ce plastique sur l’écosystème méditerranéen. Et plus précisément l’impact des micro-plastiques, de très fines particules qui voguent au gré des courants marins en quantité colossale. Les chercheurs essaieront de collecter, quantifier et qualifier ces micro-fragments.

Face à cette problématique, Marion de Surfrider Foundation nous rappelle que le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Il faut donc faire appel à la règle des 4 R : refusons, réduisons, réutilisons et recyclons !

Noëlie Pansiot

Port-Cros, île isolée où le ravitaillement est indispensable

Vivre à bord de Tara, c’est un peu comme vivre sur une île, comme à Port-Cros : il faut veiller à ne pas gaspiller l’eau. Un réflexe que les Port-Croisiens connaissent bien, véritables gardiens des 7 km2 de terres émergées qui constituent l’île.

Parmi eux : Noël Laurent, Belge d’origine, est arrivé sur l’île pour deux mois en 1972 et n’en est jamais reparti. Cet employé de mairie à la retraite surveille toujours le précieux stock d’eau potable de Port-Cros. Quatre forages permettent d’alimenter les vingt habitants de l’île, mais ne suffisent plus dès le mois de mai, lorsque les premiers visiteurs débarquent en nombre. « Ici, on prélève un peu dans la lentille d’eau douce », explique Noël. « Lorsqu’on exploite cette lentille, si on prélève plus d’eau qu’il n’en tombe du ciel, elle peut se remplir d’eau de mer. C’est pour ça qu’on fait très attention, pour ne pas que le biseau salé pénètre sous l’île. »

Au fil des années, depuis la création du Parc National en 1963, beaucoup de choses ont changé à Port-Cros. L’île s’est dotée d’une station d’épuration, soigneusement cachée dans la colline ; les déchets ne sont plus brûlés sur place mais acheminés sur le continent. Port-Cros s’est donné les moyens pour trouver des solutions en accord avec son ambition de Parc National. Toutefois, une chose reste inchangée : la problématique de l’eau potable.

« Nous sommes toujours obligés de faire venir de l’eau en bateau », souligne Hervé Bergère, chef de secteur du Parc National. « Nous avons essayé l’usine de dessalement, Port-Cros a été l’un des premiers à le faire, mais nous nous sommes aperçus qu’il y avait un impact négatif sur l’environnement, à cause des rejets de produits chimiques qui servent à nettoyer la station. »

La lourde tâche du ravitaillement en eau potable est donc confiée au Saint Christophe, un bateau citerne qui dessert les îles de Port-Cros et Porquerolles. Lorsqu’il arrive à quai, c’est Noël qui supervise l’opération : « Les aller et venus de la barge varient selon la saison ». Tous les deux mois lorsque la poignée d’irréductibles Port-Croisiens affrontent l’hiver et l’isolement, et tous les quatre jours en été. En haute saison, l’île peut accueillir jusqu’à 2000 visiteurs par jour et 1500 plaisanciers, des visiteurs souvent gourmands en eau potable.

Bien rempli à son arrivée au port, le Saint Christophe allège ses larges flancs à l’aide de grands tuyaux et déverse près de 400 tonnes d’eau potables, soit 20 semi-remorques. La barge s’amarre à quai au petit matin et y reste jusqu’à ce que sa cale soit vide. Signe qui ne trompe pas : au fil des heures son pont remonte de plus en plus au-dessus du niveau de la mer.

« C’est un gros pinardier, précise Noël, des bateaux comme ça il y en avait beaucoup dans le temps, mais maintenant il n’y en a plus dans le coin. Je crois qu’actuellement, s’il tombe en panne, ça va être difficile de trouver un bateau pour nous dépanner. Entre Marseille et l’Italie je ne pense pas qu’il y en ait d’autres. Ou alors on tombe sur de gros bateaux de la marine mais ils ne peuvent pas venir ici, dans le port. »

Dépendant du Saint Christophe, les habitants de Port-Cros savent qu’il ne faut prélever que le juste nécessaire, ne pas gaspiller pour être à l’abris. C’est d’ailleurs ce qui plait tant à Noël, voilà pourquoi il n’a jamais quitté l’île au quatre forts : « Ici la vie est spéciale, elle est rude en hiver, il faut donc être capable de prendre ses responsabilités. »

Noëlie Pansiot, correspondante de bord.

Interview de Florian Holon d’Andromède

Interview de Florian Holon : “Il s’agit d’un habitat que nous n’avions encore jamais observé en Méditerranée française.”

A l’issue de leur cinquième journée d’exploration dans le parc marin de Port Cros, l’équipe d’Andromène est remontée à bord de Tara avec le sourire. Florian Holon, Laurent Ballesta et Thibault Rauby se disent satisfaits du déroulement de leur mission. C’est avec enthousiasme que Florian est revenu sur le déroulement de cette journée de plongée un peu atypique.

Comment se déroule votre mission ?

La mission se passe très bien, nous bénéficions d’un temps magnifique, ce qui nous avantage beaucoup et nous permet de travailler en continu, en réalisant deux à trois plongées par jour. Nous avions un programme d’une vingtaine de plongées et nous en avons déjà effectué 8, presque la moitié. Nous avons plongé dans les zones les plus exposées, où il peut y avoir du vent. La météo annonce du mistral dans les prochains jours, nous avons donc gardé quelques plongées du côté abrité, ce qui nous permettra de continuer à travailler malgré des conditions moins clémentes.

Qu’avez-vous observé dans les profondeurs du parc national marin ?

Nous avons exploré des sites très divers : nous sommes allés à Port Cros et autour de l’île du Levant, nous avons exploré le nord et le sud des îles et ça n’a strictement rien à voir. Entre le nord, vers la baie de Hyères, et le sud plus au large, on ne trouve pas les mêmes courants, pas les mêmes sédimentations au fond, et du coup on observe des choses très différentes. Aujourd’hui, nous avons couvert une zone située très au large de l’île du Levant, le Banc du Magaud, qui abrite une série d’affleurements rocheux sur la zone des -80 à -75 mètres. Il s’agit d’un habitat que nous n’avions encore jamais observé en Méditerranée française, pourtant nous commençons à avoir un peu d’expérience sur ce type de plongées. C’était donc une journée très sympa !

Ce que nous avons découvert sur place, ce sont des forêts de laminaires, et on peut vraiment appeler ça des forêts. On a plutôt l’habitude de trouver ces algues en Bretagne, même s’il ne s’agit pas de la même espèce : ici il s’agit de Laminairia rodriguezii, qui mesure environ un mètre de long. Nous en avons observé une tous les mètres, ce sont des laminaires profondes, donc visibles à -75 mètres et plus. Nous en avions déjà vus à Bonifacio il y a peu de temps, ainsi qu’en Tunisie, mais c’était sans commune mesure avec ce que nous avons découvert aujourd’hui. Il y en avait à perte de vue, en grande densité. Cette zone est traversée par de forts courants, nous étions avec des scooters sous-marins très puissants, à vitesse maximale, mais c’est à peine si nous parvenions à avancer à contre-courant. Il y avait une luminosité importante, une très belle lumière, et toutes ces laminaires prenaient des formes tortueuses, un peu comme les arbres de la côte qui forment des circonvolutions en fonction des vents et des vallons où ils se trouvent. Il y avait des laminaires à perte de vue, avec des formes assez bizarres. Nous savions qu’il était possible de tomber sur ces algues, mais c’est une véritable surprise d’en avoir vu autant et qu’elles soient aussi belles.

Après, ce qui est intéressant c’est de voir toute la flore et la faune associée et c’est ce que nous allons étudier au niveau scientifique. Nous avons réalisé un inventaire photographique des espèces observées dans ces algues. C’est une partie du travail très intéressante, car cela n’a jamais été observé.

Vous semblez satisfait de cette journée ?

Je suis très heureux de ma journée ! Nous avons été sur des sites qui n’ont jamais été explorés, qui sont pourtant juste à côté de nos côtes et c’est ça qui nous plait aussi dans ces plongées. Nous avons le sentiment d’explorer des zones marines sans avoir besoin de partir à l’autre bout du monde. Nous sommes en face de Hyères, de Port Cros et finalement ces roches profondes ont encore plein de choses à nous faire découvrir alors que nous sommes juste à quelques minutes en bateau du littoral de la région PACA.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Tara accueille trois plongeurs émérites

Tara accueille trois plongeurs émérites

Laurent Ballesta, Florian Holon et Thibault Rauby, qui forment une partie de l’équipe d’Andromède, sont connus pour leurs explorations à des profondeurs vertigineuses. L’utilisation de recycleurs à gestion électronique de mélange, alliée à une maîtrise de la plongée sous-marine, leur permettent de sillonner des zones méconnues à -70 mètres et plus. Venus étudier les profondeurs du Parc National de Port-Cros pendant 15 jours, les plongeurs travaillent en étroite collaboration avec l’équipage de Tara.

La goélette leur sert de plateforme logistique pour se tenir au plus près des sites d’étude. Si les conditions météorologiques le permettent, ils devraient explorer une vingtaine de zones, à raison de deux plongées profondes quotidiennes. Laurent Ballesta, biologiste et photographe sous-marin, nous présente cette mission.

Quelles sont les attentes du Parc National pour cette mission ?

L’idée est d’explorer toutes les zones profondes, parce que ce sont des zones que le Parc National de Port-Cros connait assez mal, qui n’ont été explorées qu’avec des robots, donc pas de façon poussée. Nous avons d’abord effectué un travail avec un sonar latéral, des sonars multi-faisceaux, pour découvrir des pierres isolées au large, ce qui nous a ensuite permis de déterminer les endroits qui méritent d’être explorés en plongée profonde. Florian Holon, collègue et plongeur, a effectué tout ce travail en amont : il a déterminé ce qui semblait être des zones remarquables. Ici, on est souvent dans des fonds meubles, de sable ou de vase, et puis tout à coup il y a une pointe rocheuse qui est là, plus ou moins grande, et ça mérite d’y aller. Florian a déterminé une vingtaine de sites autour de Port-Cros et de l’île du Levant, qui semblent intéressants à découvrir.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces fameuses plongées profondes ?

Nous utilisons un recycleur électronique, nous plongeons avec des gaz à base d’hélium pour moins souffrir de l’ivresse des profondeurs et pouvoir rester longtemps au fond. Ce que nous réalisons à Port-Cros, c’est véritablement un travail d’observation naturaliste et d’illustration. Les responsables du Parc National aimeraient, par exemple, savoir si certains sites abritent du corail rouge en quantité importante. Ils souhaitent savoir quelles espèces remarquables ou emblématiques sont présentes dans le Parc National.

Que pouvez-vous observer lors de ces plongées ?

Du coralligène. Le coralligène est un écosystème méditerranéen, qui se développe en moyenne vers -40 mètres et jusqu’à une centaine de mètres de profondeur.
On connaît bien la roche infralittorale à algues photophiles, ainsi que l’herbier de Posidonie, mais c’est au-delà de -30 à -40 mètres de profondeur, que se développe le coralligène, qui est un assemblage de très grands nombres d’espèces.

Des espèces qui ont souvent la caractéristique de fabriquer du calcaire, de fabriquer leur propre support en quelque sorte. Il s’agit d’une roche biologique. Lorsque nous descendons sur ces massifs coralligènes, il y a souvent une roche mère (un granite, un calcaire), qui est suivi d’un encroûtement pouvant parfois mesurer plusieurs mètres de haut. Il s’agit en fait d’une roche biologique fait d’agrégats d’algues calcaires, de vers, de coraux, etc. Ainsi que d’autres organismes qui, au contraire, se nourrissent de toute cette roche biologique, ce qui fait quelque chose de très chaotique, de très alvéolaire et c’est sans doute l’écosystème de Méditerranée le plus diversifié. On a longtemps dit que c’était l’herbier de Posidonie parce que c’était celui qu’on étudiait, parce qu’il était moins profond et plus facile d’accès. Mais maintenant que nous avons les moyens de plonger à ces profondeurs là, il y a tout un nouveau domaine de recherche qui s’ouvre aux chercheurs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Romain Troublé : « Tara Méditerranée va être riche en science, riche en rencontres avec le public, mais aussi avec des associations qui s’engagent »

Romain Troublé : «Tara Méditerranée va être riche en science, riche en rencontres avec le public et avec des associations qui s’engagent»

A l’occasion de la première escale de la goélette à Port-Cros (Var), Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, revient sur les objectifs de Tara Méditerranée : une aventure circumméditerranéenne de 16 000 km.

Pour sa dixième expédition, Tara navigue en Méditerranée, un lieu cher aux Français. Quel est l’enjeu de cette expédition ?

L’enjeu consiste à poursuivre les recherches sur le plastique que nous avions commencées en 2011 pendant l’expédition Tara Oceans. Cette expédition sera dédiée aux problématiques des pollutions aux plastiques en Méditerranée. Pour l’équipe, les mois à venir seront aussi l’occasion de sensibiliser le public : expliquer d’où vient le plastique, comment il arrive en mer…

Pourquoi aborder cette problématique ?

Cela fait pas mal de temps que les scientifiques impliqués dans nos expéditions observent la présence de plastiques dans toutes les mers du globe. Le plastique est partout ! La goélette a traversé le fameux gyre du Pacifique dont on entend beaucoup parler : le « continent de plastique ». Nous nous sommes donc dit qu’il serait intéressant de consacrer une expédition à ce sujet important. Nous souhaitons contribuer à la recherche, dans le bassin occidental, ainsi que dans le bassin oriental qui a très peu été étudié.

C’est une problématique qui touche tout le monde ; tous les pays riverains du bassin méditerranéen sont concernés, tous ont un impact. Et ce n’est pas parce qu’il y a du plastique au large des côtes françaises, qu’il s’agit de plastique français. La Méditerranée constitue un véritable bouillon de courants, ce qui signifie que les plastiques issus du Maroc arrivent sur le littoral français, que ceux de France se retrouvent en Italie et ainsi de suite.

Les recherches menées par les scientifiques à bord, vont également s’intéresser à l’interaction de ce plastique avec notre chaîne alimentaire, avec le premier maillon de cette chaîne : le plancton. Voilà quatre ans que les scientifiques qui collaborent avec Tara étudient le plancton. Nous allons donc continuer à nous intéresser au plancton et à son interaction avec le plastique.

En quoi cette expédition est-elle novatrice ?

La problématique du plastique touche tout le monde au quotidien. Le plastique c’est ce que nous mettons à la poubelle tous les jours, ce que nous consommons, c’est notre rapport à la consommation.

Cette année, Tara est près de chez nous, en Méditerranée ; le bateau navigue sur notre mer, nous nous y sommes tous baignés lorsque nous étions enfants.

Et puis la Méditerranée est une mer fermée. Elle constitue donc un enjeu majeur, car si  nous parvenons à la gérer dans un futur proche, en terme d’impact humain, nous parviendrons à gérer l’océan mondial. La Méditerranée subit de fortes pressions anthropiques : population croissante, trafic maritime, tourisme, pêche…
Cette expédition nous permettra de pointer du doigt des enjeux très sérieux comme l’importance des systèmes d’assainissement, l’éducation des populations au tri des déchets, etc.

On dit souvent que la mer Méditerranée se meurt, mais certains scientifiques soulignent qu’elle n’a jamais été aussi productive, que beaucoup de grands prédateurs et de cétacés y viennent toujours. A travers cette expédition, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice et comprendre les processus qui s’y jouent.

Tara ce n’est pas uniquement de la science, c’est aussi de l’éducation, de la sensibilisation ?

Les gens font preuve d’un réel intérêt pour ce sujet, ils souhaitent en apprendre plus sur les conséquences de cette pollution : est-ce que le plastique entre dans la chaîne alimentaire et finit dans nos assiettes ? Est-ce que les molécules émanant des plastiques ont un impact sur la reproduction des organismes marins ? Existe-t-il d’autres impacts ?

Les nombreuses escales à venir nous permettrons d’inviter les gens à bord pour discuter de cette problématique : comment les sacs plastiques qui finissent par inadvertance dans la nature, terminent leur voyage en mer.

Nous voulons montrer qu’il est possible d’agir. Oui, la mer est sale, mais nous pouvons arrêter de rejeter des plastiques dedans, c’est un objectif atteignable, ce n’est pas de l’utopie. Nous parlons d’actions réalisables : éduquer les populations, mettre en place des équipements adéquats, soutenir la recherche pour trouver des plastiques vraiment biodégradables (non pas biosourcés, ni bio-fragmentables), mais des plastiques qui soient digérés par le plancton, digérés par des bactéries ou des enzymes. Il y a des entreprises qui commencent à se pencher sur ces thématiques et qui ont des idées. Il faut les encourager car il existe de forts lobbies pétrochimiques.

Le mot de la fin :

Cette expédition va être très dense : le rythme des recherches scientifiques en mer, mais aussi les nombreuses escales. Je pense que Tara est à présent connu et reconnu par le public, les gens voudront donc venir à bord, découvrir le bateau, tout au long des escales. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un beau projet, qu’il va être riche : riche en science, riche en rencontres avec le public, mais aussi avec des associations qui s’engagent, avec des bénévoles qui offrent leur temps libre et leur énergie à gérer des espaces marins. Des gens qui s’attèlent à partager leur passion pour une cause : pour la Méditerranée et pour la mer en général.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Escale de Tara à Port-Cros

Du 5 au 23 mai

Le Parc National de Port-Cros , créé en 1963, est l’un des deux plus anciens Parc Nationaux de France et le premier parc marin européen. Tara y fait escale du 5 au 19 mai avec le biologiste-plongeur Laurent Ballesta et son équipe Andromède pour étudier le coralligène.

Ce milieu particulier se développe entre 50 et 90 mètres de profondeur, là où la luminosité est faible. Ce sont des algues calcaire qui en forment la base. Lorsque l’algue meurt elle laisse une partie calcaire. Au fur et à mesure des années s’accumulent ainsi des roches calcaires qui servent de support ou de cachette à des coraux, des poissons, des oursins… Plus de 1 700 espèces ont ainsi été observées. C’est donc un milieu très riche et important pour la biodiversité de la Méditerranée.

Étant difficile d’accès il est peu étudié. Il faut, en effet, utiliser des techniques de plongée spécifiques pour pouvoir plonger à ces profondeurs. L’équipe d’Andromède qui maitrise la plongée avec des recycleurs d’air et connait parfaitement les techniques d’inventaires sous-marins a donc été mandatée pour effectuer cette étude. Tara servira de plateforme logistique au plus près des sites d’étude. Cette escale permet également à Tara Expéditions de mieux préparer la prochaine expédition corail qui se déroulera à partir de 2015 dans le Pacifique.

A Port-Cros, les objectifs des scientifiques de l’équipe d’Andromède seront :
– D’acquérir à l’aide d’outils océanographiques (sonar latéral et sondeur mulitifaisceaux) des informations sur les fonds marins afin de cartographier précisément les roches à coralligène.
– De réaliser des plongées profondes entre -40 mètres et -90 mètres sur ces roches à coralligène afin d’en préciser les faciès, d’inventorier les espèces et de décrire les pressions observées.
– De réaliser des séries de quadrats photographiques afin de renseigner le protocole RECOR pour le suivi biologique de la qualité des masses d’eau côtières.
– D’illustrer la diversité des paysages et des espèces.

La zone d’étude étant en partie en plein cœur du Parc National de Port-Cros, ces données permettront également aux gestionnaires de mieux connaitre la diversité de cet habitat, sa répartition ainsi que les pressions y agissant.

Après cette première escale à Port-Cros, la goélette poursuivra l’expédition Tara Méditerranée jusqu’en novembre 2014. Cette dixième expédition comporte à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux de développement durable de la Méditerranée et un volet scientifique sur le plastique.

Noëlie Pansiot, correspondante de bord.

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Gibraltar

Le fameux détroit est un véritable noeud au centre de quatre points cardinaux: l’Europe au nord,  l’Afrique au sud, l’Atlantique à l’ouest et la mer Méditerranée à l’est. Tara est entrée ce 25 avril en Méditerranée, son nouveau champ d’investigation pour les 7 prochains mois.

Gibraltar est aussi une ville, une enclave anglaise (depuis 1704) en Espagne, aujourd’hui une zone franche, un pied en Méditerranée pour les Anglais et un point de surveillance du trafic maritime, un rocher devenu une véritable base navale.
Quand on vient de l’Atlantique c’est d’abord Tarifa que l’on aperçoit. Un petit port  mythique pour les fanatiques de planches à voile et de kite-surf. Au vu du nombre de jours de vent frais dans l’année cette ville, nichée au bord de l’eau et au pied de collines coiffées de centaines d’éoliennes, est au cœur d’un régime de vents soufflants alternativement d’ouest en est selon la saison, un vrai ventilateur pour le bonheur des aficionados des sports de glisse.

Avec ses 40 kilomètres de long et 8 kilomètres de large entre l’Espagne et le Maroc,  le détroit de Gibraltar est un carrefour étroit où transite une grosse partie du transport maritime mondial de marchandises et de matières premières. Sa situation géographique singulière en fait aussi un lieu de trafic en tout genre, de drogue comme de clandestins.
Il représente malheureusement aussi une épreuve ultime, la dernière étape d’un odyssée effectué par des Africains qui misent  sur ce droit de passage l’argent économisé pendant des années par toute une famille pour pouvoir aborder l’Europe, l’eldorado qui cristallise les rêves de réussite et de vies meilleures. L’issue de ce voyage est souvent tragique.
Ce détroit fait figure de porte naturelle de la mer Méditerranée, aujourd’hui Tara se faufile au travers de l’effervescente activité du lieu pour effectuer sa prochaine mission cette année.

Un salut au rocher, gardien de l’entrée, Tara sort sa garde robe complète, grand-voile, misaine, yankee, trinquette et profite de l’effet venturi de Gibraltar pour glisser sur une eau plus chaude, plus salée.
Ce sont des retrouvailles pour Tara qui en 2004 et en 2009 lors de Tara Océans était déjà venue travailler sur cette mer.

Martin Hertau

Rencontre avec un requin pèlerin

Mercredi  23 Avril. Fin d’après-midi. Tara file sur sa route vers le sud, le long des côtes portugaises. La mer est belle et une petite houle berce le bateau.

Alors que nous profitons du soleil de fin de journée, Christophe Tissot aperçoit une forme dans l’eau. Il pense au départ à un globicéphale, avec une tête arrondie.  Rapidement, l’équipage sur le pont voit deux nageoires à la surface de l’eau. Un requin ? Deux requins ensembles ?

Martin Hertau, notre capitaine, prend les commandes en mode manuel du Tara et se dirige doucement vers les ailerons afin de voir de plus près ce curieux ballet aquatique.

Il s’agit en fait d’un seul requin, mais pas n’importe lequel ! Un joli requin pèlerin (Cetorhinus maximus) qui mesure autour de 3 mètres (certains peuvent mesurer jusqu’à 12 mètres). Rencontre rare. Nous observons.

En Bretagne, ce requin, inoffensif pour l’Homme, est connu pour vivre près des iles Glénan à une période de l’année. D’ailleurs, quelques jours avant notre départ on nous avait signalé la présence de l’un d’entre eux du côté de l’île de Groix…

Le requin pèlerin est un géant qui se nourrit de plancton.

Nous l’observons nager gueule ouverte juste sous la surface. Ce poisson est un véritable filet à plancton, dont le collecteur n’est rien d’autre que son estomac.

La plus grande menace actuelle pour ce requin est la pêche intensive des pays asiatiques. Néanmoins, hors de l’Asie, les activités de pêche (lorsqu’un Pèlerin s’emmêle dans un filet maillant, il y meurt ou est tué par le pêcheur) et les collisions avec les bateaux sont les facteurs qui menacent le plus les populations de Pèlerin.

Celui ci est beau avec son nez en pointe, son corps effilé, sa taille imposante et sa lenteur. Pendant quelques minutes, il est là, à quelques mètres du Tara.

Pour beaucoup d’entre nous, cette observation est une première. Ainsi, en quelques minutes, des années de travail autour du plancton (expéditions Tara Oceans, puis Tara Oceans Polar Circle) prennent tout leur sens. Des animaux sont directement dépendants du plancton, le requin pèlerin en fait partie… Il est important de comprendre la base de l’écosystème marin pour mieux comprendre la vie des espèces dépendantes du plancton.

Mathieu Oriot, officier de pont à bord de Tara

Un prochain départ de Tara pour la Méditerranée

Samedi 19 avril à 11h, la goélette Tara a quitté Lorient, son port d’attache, pour une expédition de sept mois en Méditerranée. Son équipage mènera des études sur le plastique et sensibilisera sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée.

450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Par ses caractéristiques géographiques et climatiques, la Méditerranée abrite aussi près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan.

Aujourd’hui ses mégapoles sont saturées, la Méditerranée concentre 30% du trafic maritime mondial, les difficultés liées aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question. Il est urgent d’avancer vers des solutions concrètes comme l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable ou la création d’Aires Marines Protégées préconisées depuis des décennies par la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU ainsi que par l’Union Européenne.

Cette mission Tara Méditerranée comportera plusieurs volets, en particulier :

 1.     Une étude scientifique sur le plastique en mer sera menée à bord, coordonnée par le Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-Mer (Université Pierre et Marie Curie et CNRS) en France et l’Université du Michigan aux Etats-Unis, en collaboration avec l’Université de Bretagne-Sud et d’autres universités en France.

2 .     Un volet de sensibilisation pour promouvoir les efforts d’associations locales et régionales (2) sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer quasi fermée avec en particulier :
- La promotion des Aires Marines Protégées en collaboration avec le MedPAN, réseau des Aires Marines Protégées en Méditerranée
- La promotion des solutions pour la réduction des déchets
- Le partage des premières analyses en Méditerranée obtenues de l’expédition Tara Oceans (2009-2012).

Durée : 7 mois dont 115 jours en mer et 115 jours en escale
Nombre d’escales : 22
Nombre de pays visités : 11
Distance à parcourir : 16 000 kms
L’équipe à bord est constituée de 5 marins, 2 scientifiques, 1 correspondant d’expédition et 1 artiste

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement.

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, IDEC, Carbios, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone.

Découvrez la carte de l’expédition

Cliquez ici pour découvrir les temps forts et les dates des escales

La science de l’expédition Tara Méditerranée

L’expédition Tara Méditerranée, de mai à novembre 2014

Après plus de quatre ans à naviguer autour de la planète et en Arctique, Tara réalisera une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Elle comportera à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée et un volet scientifique sur le  plastique.

Une étude scientifique sera menée à bord de Tara sur le plastique, par l’Université du Michigan aux Etats-Unis et le laboratoire de Villefranche-sur-mer (CNRS) en France. L’accumulation de débris plastique dans la nature est « l’un des changements récents le plus répandu et durable sur la surface de notre planète » et l’une des grandes préoccupations environnementales de notre temps. Pourtant nous connaissons trop peu de choses sur ce qu’il advient de ces plastiques et sur leurs rôles dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète.

Pour combler cette lacune, les scientifiques réaliseront une mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. Elle quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer, et explorera les dynamiques et la fonction des communautés microbiennes qui vivent sur le plastique – ce dernier sujet étant quasiment inexploré.

Plus d’informations sur le programme scientifique de l’expédition Tara Méditerranée

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement

Découvrez la carte de l’expédition

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LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, IDEC, Carbios, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone..

Concours Libé Apaj 2014 : Tara entre dans la course

Nouveauté cette année, un des vainqueurs du concours sera invité à bord du bateau pour trois semaines d’expédition-reportage entre Marseille (29 septembre) et Naples (9 octobre).

Ce concours comporte quatre catégories : texte, carnets de voyage, photos et son.
Le thème de cette année est “Sur la route et les chemins”. Un programme a priori iterrestre qui n’empêchera pas l’un des lauréats de prendre le large à la rentrée à bord du célèbre voilier.

Cette année, Tara quitte les mers du pôle pour la Mediterranée où il naviguera pour une expédition scientifique et de sensibilisation, d’avril à décembre 2014.

Le 29 septembre, un des vainqueurs du concours, désigné en juin par un jury présidé par Erik Orsenna, obtiendra le prix Tara et montera à bord pour trois semaines de mer.
Il partagera la vie et les travaux de l’équipage et nous contera son odyssée, au jour le jour, dans un blog qui sera relayé sur Libévoyage, le site de Tara, le site Apaj etc… A son retour, il rédigera un texte qui sera présenté sous forme de livre numérique lors de la remise des prix de décembre chez agnès b.

Toutes les infos  sur le concours afin de participer à cette nouvelle aventure exaltante.

Fabrice DROUZY

Aux portes du continent de plastique

Le mardi 4 octobre, alors que nous atteignons des latitudes au delà de 31° nord, nous apercevons pour la première fois quelques macro-débris de plastique à la dérive. Nous sommes dors et déjà dans le continent de plastique. C’est une première car d’après les études du taux de plastique dans le nord du pacifique, effectuées par Charles Moore de la fondation Algalita (1999 – 2008), la répartition du plastique est très aléatoire.

Une modélisation des différents points de convergence des océans a été élaborée par le Dr. Maximenko de l’Université de Hawaii en 2008, qui a introduit dans les courants marins des petits émetteurs flottants pour observer leur trajectoire. Plus récemment, Maximenko en conclut l’existence de cinq zones de convergence mondiales, dont le garbage patch (continent de plastique) du Pacifique.

En pratique, et en partie due à la variabilité des vents, il n’y a aucune progression stable dans le temps quand à la distribution du plastique à l’intérieur même de ces gyres (tourbillons). Nous n’avons donc aucune manière de prédire l’endroit exact où se trouve la plus grande quantité de plastique à un instant donné. En acceptant cette fatalité, nous avions abordé cette étape à la façon d’une partie de touché coulé, et nous voilà parmi les débris, à moins d’une semaine de notre départ d’Honolulu (Hawaii).

Nous jetons à l’eau le filet destiné aux échantillons de plastique (Manta trawl pour la surface). En le récupérant, nous avons tous les yeux rivés sur son contenu : une multitude de fragments de plastique multicolores qui entourent un gros bouchon vert sur lequel tout un écosystème d’algues s’est développé. Accroché à cet écosystème, deux petits crabes blancs se replient derrière leurs pinces comme pour protéger leur habitat arraché des eaux. Ce plastique, ils l’ont colonisé à la manière d’un récif corallien.

A en juger par ce que l’on voit en dessous de la ligne de flottaison des macro-déchets, ce plastique est là depuis bien longtemps et il s’est intégré à l’environnement marin. Il reste à déterminer les conséquences exactes que ce nouveau support inflige à la vie des océans et quelles sont les interactions qui existent au niveau microbien rattaché à ce plastique. Peut-être même pourrait-on découvrir des bactéries capables de digérer et dissocier certains polymères? Beaucoup de questions restent ouvertes, et nombreuses sont les analyses destinées aux échantillons plastiques que Tara rapportera à San Diego. Une chose est sûre, c’est que plastique il y a !

Andres Peyrot.

A la merci du vent, aux portes du septième continent

Le samedi 1er octobre 2011 à 00 h 30, nous concluons la station ALOHA en remontant le filet multinet qui rapporte avec lui les derniers échantillons. Nous voilà repartis en pleine nuit. Des vents d’Est soufflent en direction opposée du point que nous souhaitons atteindre.

Le bateau ne pouvant naviguer face au vent, Hervé (le capitaine) est contraint de rectifier notre trajectoire, cap sur le nord. Le but étant de remonter sur une latitude suffisamment avancée (approximativement 35° nord) pour pouvoir sortir des alizés et bénéficier de vents d’ouest qui nous porterons jusqu’en Californie.

Cela implique une remise en cause de la répartition de nos stations scientifiques. De plus, le bateau devra impérativement être amarré au port de San Diego le 26 octobre. Le nombre de jours prévus pour la science dépend des jours supplémentaires de navigation. Habitués aux aléas de ce type d’expédition scientifique, l’équipe de Tara relève le défi contre la montre.

Les scientifiques rallongent le temps de travail pour préserver le protocole d’échantillonnage, et l’équipage fait tout le possible pour optimiser le temps de navigation. Isabelle Taupier Letage, note chef scientifique, doit prendre de nouvelles décisions quant au planning des stations et leurs emplacements. En consultation avec le reste de l’équipe, elle décide d’entamer une deuxième station longue une fois que nous serons passé au dessus de la latitude 30° nord, car à partir de là, nous serons officiellement aux portes du continent de plastique*.

En attendant, nous avons deux jours de navigation pure devant nous. Le vent se lève, les moteurs s’éteignent, et nous atteignons les 9 nœuds dans le silence. François (officier de pont) jette à l’eau ses lignes de pêche. Quelques heures plus tard, il dépose des filets de dorade et mahi mahi frais à la cuisine.  Céline, la cuisinière en profite pour assouvir notre nostalgie d’Hawaii en préparant le fameux mahi mahi poke épicé des îles. Pour l’heure, nous écartons de notre pensée l’idée que le plastique ait intégré la chaîne alimentaire marine et puisse se cacher dans la chaire du poisson à l’intérieur de nos assiettes. Les résultats de nos recherches viendront en temps et en heure.

Andres Peyrot


* Le continent de plastique : une zone calme de l’Océan Pacifique, vers laquelle les courants marins amènent les déchets flottants qui s’accumulent en bancs. Cette mer de déchets, visible uniquement depuis le pont des bateaux, a été découverte en 1997 par Captain Charles Moore. Il mit alors près d’une semaine à la traverser, stupéfait par ce qu’il avait trouvé dans cette zone peu fréquentée du globe.