Retour de Tara à Lorient ce 23 novembre

Le 23 novembre 2019, la goélette scientifique Tara rentrera à son port d’attache – Lorient – après 6 mois d’une expédition dédiée à l’étude des milliers de particules plastiques prélevées dans les estuaires et en amont de 9 des principaux fleuves d’Europe.

Rendez-vous le week-end du 23-24 novembre à la Cité de la Voile Éric Tabarly de Lorient pour célébrer le retour de l’équipage marin et scientifique !

#TaraMicroplastics2019 #FondationTaraOcéan

Premiers prélèvements sur la Tamise

Tara a pris la mer pour rejoindre la première rivière européenne à prélever, la Tamise. Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de la Mission microplastiques 2019 partage ces premiers instants de la mission, premières observations et premiers questionnements…

Un treizième coup de minuit a été sonné exceptionnellement par la goélette Tara pour son départ de Saint-Malo. Quelques fidèles ont fait le déplacement en pleine nuit pour nous souhaiter bon vent. Les cirés sont montés au-dessus des oreilles et tout le monde est sur le pont avec un grand sourire pour le départ de la « mission Microplastiques 2019 ». On se tape sur l’épaule, pour se rappeler de tout le travail de préparation qui a été nécessaire pour lancer cette nouvelle mission. C’est parti pour la chasse aux microplastiques.

Mer calme à peu agitée. Des conditions idéales pour tester le matériel. Une répétition générale qui va durer deux jours. Le temps pour créer ce lien si particulier entre les marins et les scientifiques, pour que chacun ait le temps de prendre ses marques. On discute des protocoles, on sécurise le matériel, on colle des étiquettes pour que chacun des précieux échantillons puisse trouver ensuite le chemin des 12 laboratoires partenaires.

Et c’est le fameux « smog » londonien qui nous accueillera pour faire notre premier prélèvement en mer, au large de l’estuaire de la Tamise. Nous sommes un peu tendus pour ne pas rater ce premier échantillonnage. La houle est bien formée, mais l’équipage n’en est pas à son premier déploiement de filet Manta qui permet de concentrer les microplastiques de plus de 100 000 litres d’eau. Il nous faudra 2 heures de prélèvement et 3 heures de conditionnement pour finir cette première station… Mais la marée n’attend pas, et nous devons partir vers la deuxième station dans l’estuaire sans avoir fini la première… Nous terminerons cette journée à 3h du matin. Nous ne sommes pas encore rodés !

Les échantillonnages vont se succéder le long de la Tamise. Nous utilisons une embarcation légère pour faire nos prélèvements en-dessous de Londres, alors que la goélette Tara est amarrée à deux pas du célèbre Tower Bridge. Plus tard, tout le matériel sera transporté par l’équipe à terre pour éviter les écluses et compléter l’échantillonnage au-dessus de Londres, qui nous servira de référence pour évaluer l’effet de cette grande ville sur la pollution.

Echantillons_mains_Alexandra_Ter_Halle@Noëlie_Pansiot-12 2

Alexandra Ter Halle, scientific on board Tara, studies the first samples of microplastics © Noëlie Pansiot / Tara Ocean Foundation

Sous la loupe, les microplastiques sont au rendez-vous. Par centaines. On distingue beaucoup de microbilles qui sont utilisées dans la cosmétique. Des « larmes de sirènes » également, granulés qui viennent directement des fabriquant de plastique. Il y en a beaucoup plus que ce que l’équipe a l’habitude de voir en mer. Des fibres de vêtements, des boulettes de polystyrène expansé provenant de barquettes pour la conservation des aliments, des restes de sacs plastiques. Un bâton de sucette et quelques emballages de confiserie seront les seuls « gros » déchets collectés. Les microplastiques (<5mm) constituent plus de 90 % de la récolte. Ce sera le premier constat de cette mission : la plupart des plastiques qui arrivent en mer en provenance de la Tamise sont déjà sous forme de microplastiques. S’agit-il d’une exception ou bien d’une généralité ? Qu’en est-il des autres fleuves d’Europe ? La goélette est déjà repartie pour poursuivre son périple et tenter de répondre à cette question.

 Jean-François Ghiglione

Des nouvelles de Tara : à sec !

Tara a clôturé  son tour du Pacifique après 29 mois d’expédition, soit 100 000 km : l’équivalent de deux tours du monde et demi. Pour les marins, satisfaits d’avoir ramené Tara à bon port, et après une petite pause bien méritée, le travail a repris, à sec cette fois …

Quelques jours après le retour de Tara le 27 octobre dernier, et après un repos bien mérité, tous s’activent sur le pont et à terre : c’est le moment de la mise à sec. Tara quitte le quai du port de Lorient La Base et rejoint l’aire de réparation navale de Keroman. La goélette est ensuite hissée hors de l’eau et mise à l’abri dans la cathédrale Ouest de l’aire de chantier. Jusqu’en avril, les marins et autres intervenants extérieurs vont remettre le bateau en état afin qu’il soit prêt pour son tour d’Europe, dont le départ est prévu en juin 2019.

Prévenir et guérir

Pendant le chantier, Tara subit deux maintenances : une préventive et une curative. La première consiste en la vérification d’une grande partie des instruments, dérives, safrans, générateurs, moteurs principaux, pompes, etc. Tous sont démontés et certaines pièces sont remplacées si besoin. La seconde maintenance comprend un changement de pièces ou même d’outils complets, ainsi qu’une cure de beauté : peinture du pont, nettoyage de la coque et des œuvres vives, les parties du bateau situées sous la surface de l’eau.

P0670067Tara dans la cathédrale Ouest de l’aire de chantier © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

Sécurité et conformité

Puisque Tara est un navire enregistré comme navire de la marine marchande, elle doit se conformer aux normes internationales en vigueur. Ceci implique une visite annuelle comprenant de multiples vérifications, comme les mesures des épaisseurs de coque. Pour pouvoir reprendre la mer, il est absolument nécessaire que Tara obtienne un accord certifiant sa conformité aux normes de navigation, de sécurité, de sûreté, de soin et de protection des marins en mer.

Bénévoles en renfort

Des nouveaux membres d’équipage, bénévoles et intervenants extérieurs devraient arriver dans les prochains jours, un renfort utile et très attendu. Ce chantier de 5 mois permettra à Tara de repartir pour de nouvelles aventures en toute sécurité en tout confort.

Bon courage à tous sur la Base de Lorient !

Vidéo : 27.10.2018. Retour de Tara au port d’attache

Après deux ans et demi de navigation dans l’océan Pacifique, où se concentrent plus de 40 % des récifs coralliens de la planète, Tara retrouve Lorient, son port d’attache breton, le 27 octobre 2018. L’odyssée #TaraPacific s’achève, mais la mission scientifique ne fait que commencer ! En savoir plus : oceans.taraexpeditions.org/?p=115283

Réalisation et montage : © Céline Bellanger / Fondation Tara Expeditions
Images de drone : © Muriel Vandenbempt / Fondation Tara Expeditions

Vidéo : Derniers prélèvements de plancton dans l’Atlantique Nord

Après deux ans et demi à traverser le Pacifique pour étudier les récifs coralliens, la Transatlantique signe la fin de cette expédition scientifique pour l’équipe de la Fondation Tara Expéditions. Les derniers prélèvements de plancton sont l’occasion de refaire un point sur les protocoles de filtration d’eau de mer et sur les différents filets à bord.

© Céline Bellanger – Fondation Tara Expéditions

Vidéo : Transatlantique – Tara dans la tempête !

Avec des rafales jusqu’à 57 nœuds et des vagues de plus de 6 mètres de hauteur, Tara brave les éléments et poursuit sa traversée de l’Atlantique pour se rapprocher, toutes voiles dehors, de son port d’attache, Lorient. Retour prévu le 27 octobre 2018 à la Cité de la Voile Eric Tabarly !

© Céline Bellanger – Martin Hertau / Fondation Tara Expéditions

Chronique de la Transatlantique, Tara est de retour

Tara a quitté Boston depuis sept jours et se trouve désormais à mi-chemin entre les USA et l’Irlande, pays de sa prochaine escale. En passant par le nord, la goélette a pris le « rail des dépressions » et traverse l’Atlantique par grand frais, avec un vent de Force 7 établi. Entre quarts, maintenance et siestes, les Taranautes ont pris le rythme marin et profitent chaque jour du spectacle saisissant offert par l’océan.

1 - Hissage des voiles_Celine Bellanger_Fondation Tara ExpeditionsMaëlys Bourgoin, Cyril Haëntjens et Sarah Romac hissent les voiles © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Après trois jours sans vent, l’équipage a hissé les voiles à hauteur de Saint-Pierre-et-Miquelon et a salué le phare de Cap-Race, dernier amer terrestre visible avant la transatlantique. Depuis, la goélette fait cap à l’est, et hormis la présence de quelques bateaux de pêches, elle fait route en solitaire. Cet itinéraire de retour, par l’Atlantique nord, est peu emprunté des plaisanciers à cette saison. Pour cause, des zones de basses pressions atmosphériques, appelées dépressions, génèrent des vents parfois violents qui soufflent sur des grandes distances laissant le temps à la houle de se lever et de former une mer agitée à très agitée.

5 - Transat - houle_Celine Bellanger_Fondation Tara Expeditions© Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Ce « rail des dépressions » a cependant l’avantage de conduire Tara vers l’est, en direction de l’Europe, à une vitesse moyenne de dix nœuds (un peu plus de 18 km/h). Depuis trois jours, la goélette subit des vents jusqu’à Force 9, avec des rafales allant jusqu’à 57 nœuds (107 km/h), et des creux de six mètres. Ces conditions, bien qu’habituelles pour la saison, obligent l’équipage à être attentif à chaque évolution météorologique, afin d’éviter les secteurs de vents trop forts et à la mer trop formée. Elles contraignent aussi les Taranautes à être plus prudents – dans leurs déplacements et à veiller à ce que tout soit bien amarré – et les scientifiques à cesser les prélèvements en mer. Quarts de nuit, maintenances, siestes et repas qui rassemblent l’équipage… le temps semble plus diffus et chacun prend son rythme. L’Atlantique impose sa temporalité.

Transat - dans le cockpit 3_Celine Bellanger_Fondation Tara ExpeditionsNicolas Bin, second capitaine, dans le cockpit © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Autour de Tara, l’océan offre un spectacle saisissant et difficile à photographier tant il est affaire de mouvement. Nicolas Bin, second capitaine, est de quart dans le cockpit, des airs de piano emplissent l’espace, tandis que dehors goélands et puffins semblent danser à la crête des vagues, qui moutonnent, se gonflent et s’élancent, sans fin. Au loin, l’horizon, promesse de la prochaine escale et du grand retour à Lorient le 27 octobre.

Céline Bellanger

Vidéo : Au-revoir les Etats-Unis, bonjour l’Atlantique !

« Samedi à 16h30, nous avons pris le large de Boston. Le soleil et les sourires étaient sur toutes les têtes. Je fais mon premier quart avec Monch et les étoiles guident notre traversée de l’Atlantique ! Encore 2498 miles nautiques avant de toucher terre, c’est tout droit ! D’ici là, nous ferons de notre mieux pour cohabiter avec l’Océan Atlantique », Maëlys, nouvelle recrue à bord de Tara.

© Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Goodbye Boston ! Goodbye America !

Tara quitte les USA aujourd’hui après une escale d’une semaine à Boston. Immergés dans la foisonnante vie intellectuelle de l’université de Harvard, les Taranautes ont pris part à de nombreux échanges et présenté les projets scientifiques en cours. Amarré aux quais de la plus européenne des villes américaines, l’équipage a aussi profité de cette dernière escale pour se réacclimater en douceur, avant le grand retour en France.

 Ecoliers visitant la goélette © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Après plusieurs mois passés sous les tropiques, cette dernière escale sur le continent américain a permis aux Taranautes de se réabituer au climat breton ! Eclaircies, bruine, brouillard, pluie… Il a fallu ressortir les imperméables et les polaires rangés au fond des équipets ! Ces intempéries n’ont pourtant pas freiné les petits bostoniens, qui se sont pressés pour visiter Tara et en apprendre plus sur la vie fascinante des coraux.

La goélette amarrée à deux pas d’un des centres historiques les plus anciens des USA, les Taranautes se sont aussi reconnectés culturellement ! Architecture victorienne rappelant le Royaume-Uni, quartiers irlandais ou italiens : l’escale à Boston a amorcé en douceur le retour vers l’Europe. La langue française a aussi réinvesti le pont et le carré de la goélette, lors de visites auxquelles ont participé de nombreux francophones, dont les représentants du Consulat français.

Visite du Consul de France à Boston © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Reconnection climatique et culturelle, cette dernière halte a aussi été une immersion, un bain bouillonnant, au cœur de la vie intellectuelle de la plus célèbre université américaine : Harvard ! Eric Karsenti, biologiste cellulaire, y a notamment présenté ses travaux de recherche sur l’embryogénèse et l’expédition Tara Océans (2009-2013) dont il a été le directeur scientifique. Dans le cadre de ces échanges, les Taranautes ont pris part à des discussions, autour de thématiques telles que l’aventure scientifique et humaine, l’exploration ou la transmission des savoirs.

Conférence d’Eric Karsenti à la Radcliffe Institue for Advanced Study à l’Université d’Harvard © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Le soutage et les approvisionnements sont en cours tandis que les prévisions météo concernant l’ouragan Leslie se dissipent : l’heure du départ approche et Tara semble fin prête pour le grand retour !

Céline Bellanger

Tara se prépare pour la Transatlantique

Ce soir, Tara quitte Boston pour sa transatlantique retour vers la France. Marins, marin-cuisinière et scientifiques s’affairent pour préparer cette navigation de près de trois semaines en haute-mer. A quelques heures du départ, voici leurs témoignages.

Portrait Sophie Bin : Celine Bellanger : Fondation Tara Expeditions© Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions
Sophie Bin, marin-cuisinière

« Aujourd’hui on a rempli la cale-avant de cinq caddies de nourriture : 100 kilos de farine, plus de 300 œufs, 70 litres de lait… Il faut anticiper la quantité de nourriture pour 11 personnes, en mer durant plus de deux semaines. Une fois partis, on consommera en priorité le frais, notamment les fruits… Et sinon, au niveau des recettes, rien ne m’arrête ! J’ai déjà fait des tartes au citron meringué un soir de tempête ! »

Martin Herteau et Nicolas Bin préparent la navigation:: Celine Bellanger : Fondation Tara Expeditions.jpg © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions
Martin Hertau, capitaine, et Nicolas Bin, second capitaine

« Ça fait cinq jours qu’on suit la météo pour voir l’évolution de l’ouragan Leslie, qui se trouve pour l’instant à l’est des Bermudes. On observe son déplacement et on regarde quel est le meilleur créneau météo pour partir dans de bonnes conditions. Il va se rapprocher de nous, il faudra donc surement décaler un peu le départ et passer bien au nord.  En plus de préparer la navigation, il est important de vérifier le matériel de sécurité, briefer les nouveaux arrivants, organiser les quarts de nuits auxquels tout le monde participe. »

Portrait Charlène Gicquel : Celine Bellanger : Fondation Tara Expeditions © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions
Charlène Gicquel, chef mécanicien

« Comme on sait que ça va être une traversée longue, je fais un maximum de travaux de maintenance préventive, pour que les moteurs et les groupes électrogènes soit prêts et opérationnels avant le départ. C’est plus confortable car on ne sait jamais quelles conditions météo on aura en mer ! »

François couture avant transat:: Celine Bellanger : Fondation Tara Expeditions © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions
François Aurat, chef de pont

« Sur le pont, j’ai réalisé de nombreuses réparations : j’ai vérifié que les winchs sont opérationnels, remis en place certains bouts, changé des lattes de voile, recousu des protections en cuir… Il faut aussi veiller à ce que tout soit bien amarré, en accrochant tout ce qui serait susceptible de tomber pendant la navigation sur le pont et en cale. »

Céline Bellanger

En route vers Boston

Tara a quitté New York pour rejoindre Boston où elle reste amarrée jusqu’au 4 octobre. Cette navigation mouvementée de trois jours a donné lieu à de nombreux échanges sur la pollution plastique des océans.

1- Tara devant la Statue de la liberte_Celine Bellanger_Tara Expeditions Foundation Tara devant la statue de la liberté © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions 

Comme à chaque départ, prendre la mer sur Tara est une aventure humaine ! Hormis l’assistance de quelques winchs électriques, presque tout s’y fait encore à la force humaine : larguer les lourdes amarres, mettre toute son énergie pour hisser les voiles et mouliner en rythme. Et au départ de New York, une fois les voiles hissées, la magie était au rendez-vous. Un vent qui coopère, les voiles qui se bombent et Tara qui file, à 15 nœuds, s’éloigne de Manhattan et salue la Statue de la Liberté au passage.

Depart de New York : Celine Bellanger : Tara expeditions5 Martin Herteau, capitaine de Tara et Nicolas Bin, second, à la manœuvre au “moulin à café” © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions 

Après cette belle échappée à travers la Baie de New York, les retrouvailles de l’équipage avec l’océan ont été quelque peu éprouvantes : une mer formée avec des creux de plus de trois mètres et surtout un vent peu favorable. Avec sa coque à la forme ronde et un peu aplatie, Tara s’adapte mal aux vents frontaux, aux allures de près. L’équipage a été bien secoué et les moins amarinés ont dû prendre leur mal en patience…

Nina Goodrich, directrice de l’ONG Sustainable Packaging Coalition _ Celine Bellanger _ Fondation Tara Expeditions
Nina Goodrich, directrice de la Sustainable Packaging Coalition, GreenBlue © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions 

Le troisième jour, la mer a retrouvé son calme et les échanges passionnés ont repris à bord. À New York, de nouveaux équipiers ont rejoint la goélette, dont Chris Bowler, Eric Karsenti et Emmanuel Boss, trois scientifiques qui participent à l’aventure depuis de nombreuses années.

D’autres ont mis le pied sur la goélette pour la première fois. C’est le cas de Nina Goodrich, directrice de l’ONG Sustainable Packaging Coalition (GreenBlue) et de Henrick Anden de l’entreprise Billerudkornäs. Tout deux investis dans les recherches sur la pollution plastique en mer.

Céline Bellanger

Vidéo : Traversée du Canal de Panama à bord de Tara

Tara a emprunté le mythique Canal de Panama pour rejoindre l’Océan Pacifique où débuteront les premiers échantillonnages de coraux de l’expédition. Le capitaine Samuel Audrain suit les instructions d’un pilote embarqué à bord de la goélette le temps de la traversée du canal. Sur le pont, tout l’équipage est mobilisé pour accompagner le franchissement d’une série d’écluses qui permettent d’atteindre le point culminant du canal, à une vingtaine de mètres au dessus du niveau marin. Pendant les heures que dure cette traversée, nous croisons d’immenses cargos qui franchissent avec une lenteur solennelle les écluses, tractés par des locomotives.

La construction du canal achevée il y a un peu plus d’un siècle, s’est avérée être un exploit pour l’époque. Il a ouvert une nouvelle route au commerce maritime qui depuis ne cesse de prendre de l’ampleur. Les récents travaux d’élargissement permettent aujourd’hui à des cargos encore plus imposants, de traverser l’isthme de Panama.

 


© Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

Canal de Panama : de l’Atlantique au Pacifique

Dans quelques jours, Tara traversera le canal de Panama, un passage mythique pour la navigation mondiale. De récents travaux d’élargissement assurent à cette construction sa suprématie, en multipliant par trois ses capacités de transit entre l’Asie et l’Est des Etats Unis.

Pour la quatrième fois de son existence, la goélette franchira le canal de Panama. Ce sera le second passage sous le nom de Tara après l’expédition Tara Océans. Ce canal relie les océans Atlantique et Pacifique et facilite le transit maritime à des milliers de bateaux, allant d’embarcations privées jusqu’aux gros navires de commerce, appelés « Panamax » (terme désignant les bateaux ayant la plus grande taille admissible dans le canal).

 

Tara-fait-son-entrée-dans-lécluse-de-Miraflores-la-première-des-trois-écluses-du-Canal-de-Panama.-C.-BlanchardTara-Expéditions
Tara dans le Canal de Panama, en 2011 © C. Blanchard / Fondation Tara Expéditions

 

« Panama, un vrai rendez-vous »

Pour Tara, le passage se prépare depuis un certain temps. Les formalités portuaires sont nombreuses. « Taille du bateau, équipage à bord, puissance des moteurs, tout est déclaré pour permettre le meilleur transit possible » explique Clémentine Moulin, responsable logistique à terre, qui a préparé le passage avec le Capitaine. « Passer d’un océan à un autre, par l’un des canaux les plus fréquentés au monde, c’est un vrai rendez-vous ! Et tout s’organise avec un agent portuaire, intermédiaire indispensable ».

Le passage devrait durer entre 24 et 36h à une vitesse moyenne de 8 nœuds entre chaque écluse, transit pendant lequel Tara embarquera un pilote. Les manœuvres de Tara seront assez aisées contrairement à de gros cargos pour ne pas devoir être remorqué par les locomotives électriques. A quai, les « lamaneurs », chargés des opérations d’amarrage, veilleront à amarrer Tara avec l’équipage lors du passage de chaque écluse.

Le coût du passage dépend du volume du navire (de sa jauge), et se compte en quelques milliers de dollars pour Tara, et en quelques centaines de milliers de dollars pour les gros cargos. Une belle somme pour monter jusqu’au lac Gatún puis redescendre vers le Pacifique, mais finalement peu comparé au détour par le Cap Horn…

 

Panama_Canal_Map_FR
© Thomas Römer/OpenStreetMap data CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

 

Une voie maritime cruciale pour les échanges mondiaux

Cette construction a eu un impact considérable sur le commerce maritime. Depuis son ouverture en 1914, les navires n’ont plus à faire de détour par le cap Horn ou le détroit de Magellan, situés à la pointe Sud du Chili, une région bien connue pour ses mers capricieuses et ses vents violents. Ainsi, chaque année, plus de 14 000 navires transitent par cette voie, ce qui représente 5% du commerce mondial.

Des travaux titanesques ont été nécessaires pour aménager cette bande de terre de 77 km séparant les deux océans. Une série d’écluses, dont les dimensions déterminent le « Panamax », permettent d’atteindre un lac artificiel situé à 26 mètres au-dessus du niveau des océans. Ce lac est essentiel pour le transit des navires et sert aussi de réservoir d’eau pour le bon fonctionnement des écluses durant la saison sèche.

Récemment, avec l’essor du commerce maritime, la position privilégiée du Canal du Panama s’est trouvée menacée par le canal de Suez et par un projet de construction d’un nouveau canal au Nicaragua d’ici 2020. La taille de ses écluses devenait limitante. En 2011, 37 % des porte-conteneurs étaient estimés trop gros (post-panamax) pour emprunter cette route et près de 50 % des navires transitant par le canal utilisaient déjà la largeur maximale des écluses.

Des travaux d’élargissement se sont achevés le 26 juin dernier. Ils permettent le passage de navires plus longs et plus volumineux pouvant transporter jusqu’à 12 000 conteneurs, soit plus du double de la charge autorisée par le canal d’origine. Plus de 100 ans après son ouverture, le Panama garde ainsi sa suprématie sur la route maritime reliant l’Asie à la côte Est des Etats-Unis.

 

Miraflores Lock - 10 Nov 1912
Construction de l’écluse de Miraflores, 1912

 

Le Canal de Panama en chiffres

Extension du canal :
- 9 ans de travaux (sept 2007 à Juin 2016)
- 5,2 milliards de dollars : coût final de l’élargissement
- 24 000 ouvriers ont travaillé sur le chantier
- 49 navires transitent chaque jour par le canal
- 510 millions à 600 millions de tonnes de marchandises par an en 2025
- Dimensions des bateaux : largeur 49m – longueur 366m
- Bassins géants d’écluse : largeur 55m – longueur 420m – plus de 18m de profondeur

Premier canal :
- 32 ans de travaux (de 1882 à 1914)
- 20 000 ouvriers auraient péri pendant le chantier principalement à cause de la malaria et de la fièvre jaune
- 39 navires transitent chaque jour par le canal
- 203 millions de tonnes de marchandises transportées par an
- Capacité Panamax : largeur 32,3 m – longueur 294,1 m
- Bassins géants d’écluse : largeur 33,53 m – longueur 304,8 m – profondeur minimale 12,55 m

Maéva Bardy

Tara en route pour le canal de Panama

Voici trois jours que Tara a quitté Miami. A bord, la vie a repris son rythme de navigation en mer. Chacun de son côté est occupé à accomplir son travail quotidien, mais tout l’équipage se réunit autour de la vie du bord, c’est-à-dire, les repas, les tâches ménagères et les quarts en timonerie pour surveiller la navigation, le trafic maritime, la route…

 

CREDITS MAEVA BARDY-TECHNIQUE-SAMUEL AUDRAIN-CABLAGE TIMONERIE-BD-1
Samuel Audrain (capitaine) vérifie le câblage de la timonerie depuis le carré © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

A bord, nous voici neuf membres d’équipage : six marins, deux scientifiques et une correspondante de bord. Moins nombreux qu’au cours de la transatlantique, chacun est davantage sollicité pour effectuer les quarts, c’est-à-dire se relayer pour veiller à la bonne marche du bateau.

 

CREDITS MAEVA BARDY-NAVIGATION-JULIE LHERAULT-BOME-BD-3
Julie Lhérault sur la bôme aide à l’affalage de Grand Voile © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

La goélette vient de passer Cuba par l’ouest la nuit dernière. L´équipage maintient une vitesse de 6,7 nœuds, pour arriver en temps et en heure à l’embouchure du Canal de Panama. Tara passera le Canal entre le 14 et le 15 juillet, un passage mythique dans l’histoire de la navigation, avant d’embarquer à son bord à Panama city, la nouvelle équipe de scientifique qui réalisera les premiers prélèvements de corail dans le Golfe de Panama à partir du 16 juillet.

 

CREDITS MAEVA BARDY-SCIENCES-STEPHANE PESANT-AEROSOLS-BD-1
Stéphane Pesant (scientifique en charge de la gestion des données) prépare les tubes dans lesquels seront conservés les filtres aérosols © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Video : l’escale de Tara à Miami

Miami est la première escale après 30 jours de navigation depuis le départ de Tara de Lorient le 28 mai dernier. Une étape logistique indispensable pour l’avitaillement en nourriture et en carburant avant le passage du côté Pacifique.

Un arrêt de six jours pour permettre à Tara de sensibiliser le grand public venu à bord pour visiter la goélette, d’échanger avec les scientifiques et les médias et enfin, l’occasion de soutenir le message de l’un de ses partenaires industriels sur l’importance du développement durable.

 

© Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

Prélèvements au cours de la transatlantique

Sur la route de Tara Pacific, la traversée de l’Atlantique est une opportunité à ne pas manquer pour les scientifiques du Laboratoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer (France) et du Weizmann Institute of Science (Israël). Ces premiers temps de navigation sont donc mis à profit pour prélever le maximum d’informations qui compléteront la base de données planctonique déjà colossale établie lors de l’expédition Tara Océans. Ces échantillons vont permettre de poursuivre l’analyse du vivant et de l’incroyable biodiversité planctonique.

Mais la présence de plastique en mer se confirme également. Les fragments prélevés seront analysés et notamment les bactéries, virus, et autres microorganismes qui colonisent les microplastiques.

 
A découvrir, une série d’instruments de prélèvements :
- une pompe péristaltique, conçue pour ne pas détériorer les organismes prélevés
- un filet “haute vitesse”, pour prélever l’eau de surface sans devoir réduire l’allure de la goélette
- un flacon pour prélever le fer (nutriment essentiel au plancton), effectué à l’étrave du bateau afin de ne pas être contaminé par la coque en aluminium.

Ces manipulations sont complétées par différents échantillonnages automatisés et continus, comme le prélèvement de particules atmosphériques ou les relevés effectués par le spectromètre de masse dans le laboratoire sec.

 

Crédits Maeva Bardy – Foundation Tara Expéditions

 

Transatlantique : navigation et autonomie

Partie le 28 mai dernier de Lorient, cela prendra trente jours de mer à Tara pour rejoindre Miami sur la côté est des Etats-Unis (Floride). Une route tout en souplesse entre les aléas de la météo et les impératifs de la recherche scientifique.

 

Centrale de navigation reliée au GPS, au sondeur et à l’AIS (Automatique Identification System).
Centrale de navigation reliée au GPS, au sondeur et à l’AIS (Automatique Identification System) © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Vendredi 10 juin, notre position actuelle est de 33°35′ N – 37°31′ W, un point au milieu de l’Océan Atlantique. La « route fond » qui indique la progression réelle sur la carte par rapport au fond marin est de 195° (cap Sud-Sud-Ouest) et nous avançons à une vitesse de 6 nœuds, soit environ 11 km/h. Les trois voiles, Misaine, Trinquette et Grand Voile s’étirent dans le ciel. Mais, avec seulement 16 nœuds de vent, la voilure ne suffit pas toujours pour déplacer les 140 tonnes de Tara : l’un des moteurs vient parfois en aide. Encore 2270 %milles nautiques% à parcourir (4200 km) le long d’une route qui s’affine chaque jour afin de trouver le meilleur compromis pour répondre aux impératifs de temps inhérents à l’expédition. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’enjeu majeur de cette traversée n’est ni la nourriture, ni l’eau, mais bien le carburant. En effet, le dessalinisateur est capable de fournir jusqu’à 270L par heure et lors de l’avitaillement pour la dérive Arctique, 8 tonnes de nourriture avaient pu être stockées à bord, une capacité largement suffisante pour les deux tonnes de nourriture actuelles.

 

Daniel Cron, chef mécanicien, effectue la première vidange des nouveaux moteurs.
Daniel Cron, chef mécanicien, effectue la première vidange des nouveaux moteurs © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Au départ de Lorient, les cuves ont été remplies à moitié, soit 20 000L de gazole, suffisamment pour naviguer 25 jours avec les deux moteurs en régime de croisière. Ceci correspond en théorie à une consommation maximale de 800L par jour si Tara se trouvait sans vent. « Cela peut paraître énorme, mais c’est très peu comparé aux bateaux classiques. La force de Tara, c’est un faible coût d’exploitation et un impact environnemental très réduit » rappelle Samuel Audrain, le capitaine. Cette estimation prend en compte la production d’électricité stockée par les batteries, et utilisée par les instruments de navigation et le matériel scientifique : réfrigérateurs et congélateur pour conserver les échantillons, appareils de mesures fonctionnant 24H/24… Par exemple, le prélèvement de particules atmosphériques nécessite une pompe qui consomme, à elle seule, 25 Ampères/h sur les 240 Ampères/h fournis par les batteries. Une autonomie limitée à deux heures environ, lorsque le bateau avance à la voile, mais qui tend à augmenter puisque la perspective est de mettre en place plus d’énergies renouvelables.

 

Nicolas Bin, second, monte au mat avant pour remettre en place les écoutes de la voile (misaine).
Nicolas Bin, second, monte au mât pour effectuer une réparation dans les voiles (misaine) © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Idéalement, les alizés, ces vents soufflant de manière continue d’Est en Ouest, au Nord de l’Equateur, pourraient nous pousser jusqu’aux côtes américaines, mais cela implique de plonger au Sud et de rallonger la route avec le risque de ne pas trouver des vents assez puissants. En effet, en cette saison, les vents ne sont pas des plus favorables. Il faut donc trouver le meilleur compromis pour respecter le calendrier d’une expédition de 2 ans et demi. Le choix du cap est établi en fonction des prévisions météorologiques téléchargées quotidiennement par satellite. Ces relevés renseignent sur l’évolution des systèmes anticycloniques et dépressionnaires et donc sur la force et l’orientation du vent. Un outil indispensable au capitaine, pour exploiter au maximum le vent tout en optimisant la distance parcourue. Reste à espérer qu’Eole souffle un peu plus fort !

Maéva BARDY, correspondante de bord

Julie Lhérault, femme, marin et chef de pont

Premier embarquement à bord de Tara pour Julie Lhérault, marin et chef de pont. Un rêve qui se réalise à 27 ans… Elle nous dévoile avec plaisir ses passions et son parcours.

Quelques jours avant le départ de l’expédition Tara Pacific, Julie Lhérault embarque pour la première fois sur Tara, en tant que chef de pont. A bord règne une ambiance de fourmilière pour terminer à temps le chantier. Julie s’active sur le pont pour étanchéifier les hublots et entretenir les certaines pièces du pont, en cale avant pour ranger l’accastillage, en tête de mât pour contrôler les cordages (épissures) et les poulies… « Il faut avoir les yeux partout, vérifier que tout est bien propre et au clair au cas où il faille manœuvrer rapidement ». Le travail est parfois physique, mais la chef de pont a toujours le sourire et plein d’énergie à revendre : « De toute façon, je ne sais pas m’arrêter, il faut que je m’occupe ».

 

CREDITS MAEVA BARDY-JULIE LHERAULT-CHEF DE PONT-1
Julie Lhérault, chef de pont, vérifie l’accastillage sur le pont de Tara © Maéva Bardy

 

La voile, une passion transmise depuis son plus jeune âge par son père. A 13 ans, Julie sait déjà qu’elle veut en faire son métier. Elle arrête les études à 18 ans pour devenir bénévole à l’école des Glénans où elle obtient son diplôme de monitrice de voile, option croisière. A 21 ans, elle part faire du charter entre les 40ème rugissants et les 50ème hurlants, une des régions les plus dangereuses pour la navigation. Pourtant, malgré le froid, les engelures aux doigts, la mer redoutable, le brouillard, les icebergs… elle garde en mémoire cinq années de souvenirs inoubliables sur le plan humain, « on était comme dans un cocon ». Et puis, les paysages somptueux font oublier tout le reste. L’hiver dernier, lorsqu’elle retourne dans cette région avec une eau à 5°C, c’était la première fois qu’elle voyait la pluie depuis des années. Amener des touristes pour découvrir cet environnement particulièrement menacé ne lui suffisait pas : « Je ne pouvais pas rester planter-là, à regarder ».

 

CREDITS MAEVA BARDY-JULIE LHERAULT-CHEF DE PONT-3
Julie Lhérault, chef de pont, à l’étrave du bateau pour réparer la poulie du point d’écoute du yankee © Maéva Bardy

 

La première fois que Tara a croisé sa route, c’était en 2010, à Ushuaïa. Elle a réveillonné le soir de Noël à bord de la goélette avec une partie de l’équipage resté à l’occasion des fêtes de fin d’année. Une ambiance chaleureuse régnait à bord. Dans le carré, des lampes frontales clignotaient en guise de guirlandes lumineuses. Elle s’est sentie tout de suite faire partie d’une famille. Ce n’est pas toujours le cas dans le milieu de la voile où en tant que femme « il faut souvent en faire deux fois plus que les hommes, et on n’a pas le droit à l’erreur » se confie-t-elle. A partir de ce ce moment-là, elle mettra tout en œuvre pour faire partie de l’équipage. Ses diplômes de Capitaine 200 et de Yacht Master en poche, elle tente une fois, deux fois… Sa détermination aura finalement gain de cause. Aujourd’hui, à bord de Tara jusqu’à la sortie du Canal de Panama, elle a le sentiment d’avoir réussi à réunir ses valeurs, ses passions et sa sensibilité environnementale.

Maéva BARDY, correspondante de bord

Premiers instants de Tara Pacific

Tara a quitté Lorient samedi soir, sous les acclamations du public venu assister au départ. Parmi les supporters, les familles et les amis qui se sont parfois déplacés de loin pour un dernier au-revoir. Après ce bain de foule, marins et scientifiques se retrouvent, à bord de la goélette, pour les premiers instants de l’aventure. Tandis que les marins veillent au bon fonctionnement du bateau qui fait route pour Miami, les premiers prélèvements d’eau de mer sont en cours. L’expédition a déjà commencé.

 

28 Mai 2016, départ du Tara du port de Lorient.
28 mai, départ de Tara du port de Lorient © Fanch Galivel

Après la bénédiction du diacre et les derniers adieux au cortège de bateaux ayant accompagné Tara devant l’île de Groix, ne restent à bord que les douze membres de l’équipage : six marins, quatre scientifiques, une membre de la base Tara à Paris et une correspondante de bord. L’ambiance du bord s’en trouve d’un seul coup changée. Tous les membres de l’équipage profitent de ces premiers instants magiques et réalisent que l’expédition a commencé. Le temps est clément et offre un magnifique coucher de soleil qui chasse l’impatience et l’excitation liées aux intenses préparatifs de ces dernières semaines. Les sourires sont sur toutes les lèvres.

Michel Flores et Yajuan Lin assis au dessus de l’igloo, profitent du premier coucher de soleil au départ de Lorient.
Michel Flores et Yajuan Lin assis au dessus de l’igloo, profitent du premier coucher de soleil au départ de Lorient © Maeva Bardy

Chacun prend très vite ses fonctions. Marion Lauters, marin-cuisinière à bord de Tara, est déjà en train de préparer le repas du soir. Samuel Audrain, capitaine, définit les équipes de quart pour la première nuit. Les marins se relayeront ainsi à la barre toutes les quatre heures. De leur côté, les scientifiques s’attèlent à préparer le matériel pour effectuer dès que possible les premiers prélèvements en haute mer. Encore des manipulations à caler, des protocoles à affiner… Il n’y a pas de temps à perdre « parce qu’en mer tout prend deux à trois fois plus de temps qu’à Terre » commente Michel Flores, scientifique en charge des prélèvements de particules atmosphériques.

Le travail en mer est en effet bien différent. Le roulis du bateau est un frein aux gestes et aux déplacements. Les consignes de sécurité sont annoncées en anglais par Nicolas Bin, second, afin que tout le monde comprenne. A bord, quatre nationalités cohabitent : un mexicain, un américain, une chinoise et une majorité de français. Chacun d’horizon différent, avec des expériences en mer bien distinctes. Cette expédition s’annonce comme un beau challenge humain, celui d’apprendre à vivre et à travailler ensemble en huis-clos pendant plusieurs mois, voire pendant un an pour Guillaume Bourdin, ingénieur océanographe, qui jusque-là n’avait totalisé qu’une semaine en mer sur un bateau.

 

L’équipe Tara Pacific au départ de Lorient
L’équipe Tara Pacific au départ de Lorient © Maeva Bardy

Présentation de l’équipage (sur la photo de gauche à droite de haut en bas) :
- Samuel Audrain (capitaine)
- Nicolas Bin (second)
- Daniel Cron (chef mécanicien)
- Marion Lauters (marin-cuisinière)
- Julie Lhérault (chef de pont)
- Louis Wilmotte (marin-électricien dit aussi fusible)
- Léa Godiveau (bénévole)
- Maéva Bardy (correspondante de bord)

Les scientifiques :
- Thomas Leeuw (ingénieur optique)
- Michel Flores (développeur du système de prélèvements atmosphériques)
- Yajuan Lin (en charge de l’installation du spectromètre de masse)
- Guillaume Bourdin (ingénieur océanographe – en charge des prélèvements d’eau de mer à haute vitesse)

 

L’équipe Tara Pacific au départ de Lorient
L’équipe Tara Pacific au départ de Lorient © Maeva Bardy

Maéva BARDY, correspondante de bord

De retour à Lorient

Après avoir quitté Paris à la fin de la COP21 et descendu la Seine, Tara arrivait au Havre le soir du 29 décembre. Dès le lendemain, les mâts délicatement déposés sur le quai ont été révisés, nettoyés, repeints et inspectés par l’équipage pendant une semaine afin de redonner fière allure à Tara.

 

12473612_10153847121009153_2280746785148172795_o

 

S’en sont suivis 2 jours de travail dans le gréement pour tendre les haubans et reconnecter les instruments de navigation. Le chantier est réalisé sous l’œil attentif de Samuel Audrain, Capitaine. Mais à la spectaculaire manipulation de remâtage vient se mêler le vent, rendant complexe l’opération de grutage. « On se croirait en expédition » sourit Daniel Cron, chef-mécanicien.

Au matin, le vent est tombé et c’est au tour des voiles d’être regréées. La journée de travail est intense mais s’effectue dans la bonne humeur. L’équipage étant impatient de reprendre la mer, l’ambiance est au beau fixe. En soirée, tout le monde se retrouve autour du carré pour faire le point sur la sécurité et les derniers préparatifs avant l’appareillage.

 

12474036_10153847121019153_5751913060845298251_o

 

Samedi 9 janvier, au petit matin, il est 6 heures quand Tara quitte son quai au Havre. L’équipage est heureux de rejoindre le large malgré une pointe d’appréhension à l’idée de rencontrer une météo particulièrement défavorable et une mer houleuse. Le convoyage commence sous un soleil éclatant et un vent soutenu. On hisse l’une des voiles. Le vent et la mer annoncés ne tardent pas : mer forte à très forte et rafales à 8-9 Beaufort. La navigation devient très difficile puis impossible au large du Cap de La Hague en raison du courant contraire lié à la marée montante. L’équipage est contraint dans ses virements de bord par le rail des cargos au nord vers le courant contraire et le vent déporte Tara. La décision de faire demi-tour pour s’abriter à Cherbourg s’impose.

Après quelques réparations nécessaires sur les voiles et quelques heures de sommeil, il est temps de repartir avec la marée. Le passage du Raz Blanchard, l’un des plus puissants courants d’Europe, sous ces conditions météo « vent contre courant » n’est pas une promenade.

 

_HEY7221

 

12494004_10153847120924153_4363937712960961698_o

 

Bientôt, l’île de Ouessant se dessine au loin, annonçant une navigation plus sereine. Tara pourra enfin voguer au vent arrière et se diriger droit sur Lorient. Ouessant est dépassé dans la nuit de lundi et le cap est mis au large de l’ile de Sein. L’allure est bonne et l’équipage se réjouit de l’arrêt des moteurs vers 9 heures le mardi. Tara file sur une mer toujours bien formée, attirant au passage une dizaine de dauphins. Moment suspendu entre deux horizons, partage éphémère de l’océan avec ces figures de la mer, la magie des profondeurs murmurés par leur souffle joyeux. Les visages s’illuminent sur le pont. La vie en mer, sous quelle que latitude que ce soit, apporte cet infini émerveillement toujours partagé, une authentique complicité par-delà les longues ou courtes expériences en mer des uns et des autres.

 

IMG_7892

 

Le soleil est fidèle lorsque l’île de Groix est en vue. Le parfum de l’arrivée et du retour est bien là et l’équipage s’affaire pour préparer l’entrée en rade de Lorient. L’accueil y est toujours aussi chaleureux. Tara est de retour ! La goélette et son équipage rejoignent donc la terre pour quelques mois, le temps de se préparer pour la prochaine expédition scientifique qui se déroulera en Asie-Pacifique durant 2 ans (2016-2018) pour étudier les récifs coralliens. En attendant, Tara s’apprête pour ce grand chantier technique. Sa mise à sec durera 3 mois. Bon courage à tous !

Léa Godiveau

Dans le sillage des Vikings

Aujourd’hui Tara, naviguant sous les latitudes nordiques, vous propose de revenir sur une page de l’histoire, celle consacrée aux Vikings, grâce à la participation de Thomas Birkett, Professeur à l’Université de Cork, en Irlande.

Diplômé d’Oxford, ce chercheur gallois s’est spécialisé dans la culture médiévale et dans l’utilisation de l’alphabet runique (le premier système d’écriture utilisé dans le nord de l’Europe). Utilisées entre le Ier et le XVe siècle dans certaines régions de Suède, les runes apparaissaient sur une grande variété d’objets : dolmens, pièces de monnaie, petits morceaux de bois ou d’os, retrouvés de la Turquie jusqu’au Groenland.

Il semble que le nom « Groenland » provienne des Vikings…

Oui, plusieurs sources médiévales islandaises attribuent ce nom à l’explorateur scandinave Erik le Rouge, qui  avait établi une colonie sur place après avoir été banni d’Islande pour meurtre. Les %Sagas% nous racontent que le Groenland fût découvert accidentellement, quelques années auparavant, lorsqu’un navire à destination de l’Islande dévia de son cap à cause d’une tempête. Erik aurait baptisé le pays « Greenland » – « Terre verte » – pour encourager les colons à s’y établir. Il pensait qu’un nom prometteur les attirerait en nombre.

Erik établit sa colonie dans les années 980, avant que l’Islande n’adopte le christianisme. Au cours des décennies suivantes, deux zones d’installation principales se sont développées : les colonies de l’Est et de l’Ouest, toutes deux situées finalement sur la côte ouest du Groenland ! Sur place, les Vikings ont repris les pratiques agricoles utilisées en Norvège et en Islande, comme l’élevage bovins et ovins. Ils complétaient leur alimentation par le fruit de leur chasse et leur pêche. Il existe des désaccords concernant la taille de ces colonies scandinaves, mais la population s’élevait certainement à plus de 2000 personnes, peut-être même davantage. Plusieurs églises ont été construites sur place, et un évêché établi à Garðar dans la colonie de l’Est. Le site de la cathédrale est l’un des premiers excavé au Groenland et ses fondations sont encore visibles près d’Igaliku.

Avaient-il des liens avec les autres populations du nord ?

Les colons ont conservé des liens étroits avec le reste des colonies nordiques. Ils restaient tributaires de la Norvège pour leur approvisionnement en marchandises : le fer, le bois, et plus important encore, la bière ! En retour, ils échangeaient de précieuses défenses de morses et probablement des fourrures. Comme en Norvège, les Groenlandais utilisaient les runes, et les inscriptions trouvées nous en apprennent un peu plus sur leur mode de vie. Malgré leur isolement géographique, ils n’hésitaient pas à réagir aux développements entrepris dans d’autres régions du monde scandinave. Le témoignage des Sagas et des fouilles archéologiques de plus de 600 fermes scandinaves nous apporte un éclairage sur cette population. On sait par exemple que les plus grandes exploitations possédaient de vastes salles qui devaient servir de centres d’accueil à la communauté : des fêtes y étaient célébrées, des histoires racontées, des invités divertis et des affaires traitées.

Leif Eriksson, fils d’Erik le Rouge, est l’un des plus célèbres Vikings du Groenland. Il dirigea une expédition à Terre-Neuve et fut le premier Européen à explorer l’Amérique du Nord (vers l’an 1000). Ses aventures sur la « Terre des Vignes », y compris ses rencontres avec les Amérindiens sont rapportées dans la Saga des Groenlandais et la Saga d’Erik le rouge. Mais il semble que les vikings aient eu peu de contact avec le peuple Inuit, qui menait un mode de vie de chasseur-cueilleur. Mais des échanges commerciaux ont probablement eu lieu. En fait, leur réticence à apprendre et adopter les pratiques inuits pourrait avoir contribué à la disparition de leurs colonies.

thomas birkett credit Anders Jensen

Connaissons-nous les raisons de leur départ ?

Eh bien, c’est l’une des grandes questions des études menées sur les Vikings et le vieil islandais. Et il n’y a aucun consensus à ce sujet ! Nous savons que la colonie de l’Ouest fut abandonnée avant 1350, et que celle de l’Est disparut dans le courant du XVe siècle.

Certains considèrent qu’il s’agit d’une conséquence directe du changement climatique. Les températures s’étaient certainement refroidies depuis l’an 1300 environ (menant au « Petit Age Glaciaire » en Europe). Le Groenland a toujours été une terre peu propice à l’agriculture, ce changement aurait donc augmenté les pressions qui pesaient sur les Vikings. La colonie de l’Ouest, située plus au nord, a été la première à être abandonnée, ce qui corrobore la théorie de relocalisation due au climat. Malgré tout, le seul refroidissement climatique n’explique pas cet abandon. La répercussion des activités humaines sur la terre peut constituer une composante importante, y compris l’érosion des sols dûe à un surpâturage, et l’abattage du peu de couvert végétal existant. Ces impacts %anthropiques% auraient rendu les pratiques agricoles difficiles à maintenir. Il existe également des preuves d’un déclin dans le régime alimentaire des colons. Des marques de couteau sur un os de chien ont été interprétées par certains comme un acte désespéré pendant un hiver particulièrement rigoureux.

D’autres chercheurs affirment que la colonie n’était pas aussi précaire qu’on le pensait, et qu’elle aurait été abandonnée pour d’autres raisons. Le départ des Vikings peut avoir été précipité par des attaques Inuits ou des pirates européens. Mais peu de preuves appuient cette théorie. Une épidémie de peste, ou une diminution des échanges commerciaux avec la Norvège peuvent aussi expliquer leur déclin. Cet échec pourrait aussi être lié au fait que les colons se sont toujours tournés vers leurs pays d’origine plutôt que vers leurs plus proches voisins. Les Vikings ont toujours refusé d’adopter les pratiques des Inuits, comme la chasse au harpon. Ils se sont obstinément accrochés aux coutumes et traditions européennes d’élevage. La déchéance de leur colonie n’est peut-être pas dûe à une inaptitude à affronter un environnement extrême, après tout, ils avaient mis au point des stratégies efficaces pour le supporter pendant 500 ans. Mais plutôt à une incapacité à modifier leurs comportements traditionnels face au changement climatique, ainsi qu’à apprendre d’un peuple qui s’était adapté depuis bien plus longtemps et qui s’est montré plus résistant au changement.

En fin de compte, la tradition semble avoir été plus importante aux yeux des colons que l’innovation et l’adaptation, et cela aurait conduit à l’inévitable effondrement de la société – peut-être un autre enseignement important pour nous ?

Propos recueillis par Noëlie Pansiot.

Fin de mission – Cap sur Stockholm

Après 3 jours de traversée, entre le fjord de Sofia Sund au Groenland et la côte est de l’Islande, Tara était à quai pour quelques heures à Vopnafiordür.

« Nous sommes sortis de la banquise en 18 heures, une navigation intense, de longues heures de slalom. » précise le capitaine, Martin Hertau. Une traversée réalisée en sécurité à travers les glaces, qui a permis à la goélette de se frayer une voie vers le sud pour poursuivre sa route vers sa prochaine destination : la Suède. « Quand on regarde les cartes aujourd’hui, on voit que le chenal s’est déjà refermé. Nous avons ensuite eu 3 jours de navigation au près serré… Une navigation un peu mouvementée pour certains. »

N’ayons pas peur des mots, celle-ci s’est avérée houleuse. Durant 3 jours, les Taranautes ont déserté le carré pour lutter dans leurs cabines contre une souffrance insidieuse : le mal de mer. Bloqués dans un espace-temps incertain, les corps se sont repliés sur eux-mêmes, les esprits ont divagué dans un tunnel de sommeil sans fin…. Il n’y avait qu’un seule chose à faire : attendre que le mal se dissipe. Ou se réjouir de l’arrivée à quai en Islande…

N.Pansiot/Tara Expéditions

Pour les membres du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique (GREA) cette escale marquait la fin de la mission Tara Ecopolaris 2015. Brigitte Sabard et Olivier Gilg ont débarqué, cédant leurs places à bord. Malgré des conditions de glace exceptionnelles pour la saison, Brigitte et Olivier ont avancé dans leurs travaux. Les échantillons prélevés cette année, associés à l’étude des colonies ornithologiques, leur permettront de réaliser un état des lieux environnemental, 11 ans après leur première mission au Groenland avec Tara. Ces prélèvements doivent être livrés en laboratoire pour analyses : les taux de polluants seront minutieusement comparés à ceux de 2004. Côté logistique, la goélette a permis au GREA de déposer près d’une tonne de matériel sur place pour que la science se poursuive lors des 3 prochaines années. Olivier et Brigitte retourneront sillonner les mêmes latitudes, comme ils le font depuis 25 ans.

Après seulement 5h à quai, la goélette a quitté la petite bourgade de Vopnafiordür, laissant dans son sillage et sans regret, l’odeur entêtante de l’usine de traitement de poissons. La goélette avance à présent à bonne allure en direction de Stockholm, où elle est attendue dans un peu plus d’une semaine. Prochaine escale sur la route de Paris Climat 2015, cette première rencontre avec les habitants de Stockholm sera l’occasion pour Tara Expéditions de partager son regard sur les perspectives de développement durable des océans. Poursuivant son rôle de Sentinelle, la goélette partagera les découvertes et derniers résultats de Tara Oceans et arborera fièrement le pavillon de la Plateforme Océan et Climat, avant d’inviter tout à chacun à soutenir l’Appel de l’Océan pour le Climat en vue des prochaines discussions climatiques. Objectif : récolter le plus grand nombre de soutiens pour faire entendre la voix de l’Océan à Paris en décembre prochain et ainsi rappeler aux décideurs qu’un océan en bonne santé équivaut à un climat protégé.

Noëlie Pansiot

 

Articles associés :

- Tara à Stockholm : regards croisés sur le développement durable des océans

- Signez l’Appel de l’Océan pour le Climat

Le programme de Tara avant son départ en Arctique

Après avoir fait escale à Paris et avant de repartir en expédition en Arctique en mai prochain, Tara fait une tournée d’escales en France pour sensibiliser le grand public aux océans et au réchauffement climatique.

L’équipe de Tara Expéditions a terminé l’expédition Tara Oceans, une mission scientifique d’étude des océans et du plancton pendant deux ans et demi à bord de la goélette Tara.

En mai 2013, Tara entreprendra une circumnavigation de l’océan Arctique en six mois par les passages du Nord Ouest et du Nord Ouest. Cette expédition française, intitulée Tara Oceans Polar Circle se fera en collaboration avec l’ensemble des scientifiques et instituts impliqués dans Tara Oceans (la précédente expédition de Tara, 2009-2012) et avec des laboratoires canadiens et russes spécialistes de l’Arctique.

Avant cette date, venez profiter de la présence de Tara près de chez vous !
A l’occasion de ces escales, des événements seront organisés tels que des visites pour le public, pour les scolaires, des conférences scientifiques, des expositions et des projections. Les programmes seront très prochainement dévoilés.

Les prochaines escales :

- Départ de Paris le 7 février (après le démâtage prévu le 5 février)

- LORIENT du 13 au 15 février

- MARSEILLE du 26 février au 3 mars
Tara sera amarrée au coeur du Vieux Port, à la Société Nautique de Marseille.

- MONACO du 4 au 8 mars

- VILLEFRANCHE SUR MER /NICE du 9 au 14 mars

- TOULON du 15 au 18 mars

- BORDEAUX du 1er au 7 avril

- ROSCOFF du 9 au 13 avril

- LORIENT du 14 avril au 18 mai (18 mai : date du départ de la nouvelle expédition)

La dernière station

C’est le genre de phrase qu’on a le privilège d’écrire que quelquefois dans sa vie. Ce samedi 24 mars 2012 fera date. Dans l’océan Atlantique, à 300 miles nautiques de la côte espagnole, s’est achevée ce jour-là l’expédition Tara Oceans. C’était la 153ème et dernière station de cette aventure hors du commun. Une collecte des micro organismes marins réalisée à l’échelle  planétaire pendant deux ans et demi.

« C’est un succès, le fruit de beaucoup de travail », Eric Karsenti, directeur scientifique de Tara Oceans ne boudait pas son plaisir hier, même s’il est impatient de connaître maintenant les résultats de tous ces efforts, ce que voudront bien nous « dire » tous ces échantillons. Et il faudra pour ça encore beaucoup de patience aux chercheurs, et au moins la même ténacité que les deux ingénieurs océanographes, Sarah Searson et Marc Picheral, qui ont mis à l’eau pendant cette période 674 rosettes.

Ils se sont relayés inlassablement dans ce raid océanique, d’escales en traversées, d’avions en avions, de pays en pays avant de retrouver encore le pont arrière de Tara. Coureurs de fonds… marins !

Sarah Searson aura passé à elle seule 19 mois à bord ! Respect !

Chef scientifique de ce leg et coordinateur de l’expédition, le biologiste québécois Stéphane Pesant se disait aussi « très très satisfait » de ce leg en particulier. L’idée était de refaire une station dans la même masse d’eau que la précédente, la n°152,  mais après le passage d’un coup de vent.

Le coup de vent est bien passé, juste le temps qu’il fallait, pour permettre à l’équipe de Stéphane de sonder une nouvelle fois la masse d’eau et ses petits occupants. Avant l’analyse de ces nouveaux échantillons, une certitude déjà pour lui, « il y a des changements liés au passage de ces quarante nœuds de vent. Ce ne sont pas les mêmes types de zooplancton que nous avons pêché avant et après cet épisode venteux. Il y a eu un brassage lié au vent, c’est clair ».

Et ce brassage nous l’avons vécu de près, pendant deux jours. Tara aura accompli sous voiles des allers et retours dans cette zone d’échantillonnage, privant de sommeil nombreux d’entre nous. Dans certains creux, entre deux montagnes liquides, nos couchettes ressemblaient plus à des trampolines !

Pour Loïc Vallette, notre capitaine, « avec cet air, on aurait pu en profiter pour faire route vers la Corogne au portant. Au lieu de ça, on a viré pour retourner dans quarante nœuds. C’est pas très marin mais il fallait le faire et on l’a fait ! »

Au lendemain, après un coucher et un lever de soleil aux couleurs exceptionnelles, cette dernière station démarrait sous les meilleurs auspices. Dès les premières lueurs de l’aube, l’air était doux, la mer beaucoup plus calme avec encore un peu de roulis, tant mieux la journée allait être longue.

Dans un rythme digne d’un marathon, l’équipe scientifique assistée des marins pour l’usage du treuil, ne réalisait pas moins de 22 mises à l’eau jusqu’à 23H12. C’est à ce moment-là que le dernier filet, le WPII avec une maille à 200 microns a été remonté. Ce n’était pas une « grande » pêche, bien au contraire, mais Stéphane et Eric avait le sourire aux lèvres. Comme le disait Marc Picheral quelques minutes plus tôt, les traits tirés, « toutes les bonnes choses ont une fin ». Les sourires de Stéphane et Eric semblaient faire écho à cette phrase. Un nouveau marathon était terminé, et l’ensemble du raid aussi.

A cette satisfaction du devoir accompli, et avant de s’octroyer un repos bien mérité, l’ensemble de l’équipe trinquait à cette réussite, pensant aussi au reste de l’équipe disséminée à terre.

Lundi 26 mars, une dernière rosette symbolique sera mise à l’eau exactement là où deux ans et demi plus tôt la première station était faite, la boucle est bouclée.

Pour réussir cette nouvelle mission importante, quatre ans après celle de l’Arctique, il aura fallu encore beaucoup d’argent, l’esprit d’aventure d’un Etienne Bourgois, le président de Tara Expéditions qui a soutenu l’idée, ce rêve un peu fou d’Eric Karsenti de sonder les océans du globe sur les pas de Darwin. Mais aussi une équipe internationale : 250 personnes passionnées, disponibles et engagées, venus d’horizons et de milieux professionnels très différents. Et alors que le travail s’achève pour certains, pour les autres il ne fait que continuer et dans un sens commencer !

Alors comme l’avait crié Fridjoff Nansen et son équipe après la première dérive arctique de l’histoire des hommes, «  Hurrah, hurrah, hurrah !!! »

Tara vient d’accomplir un nouvel exploit, 60.000 miles nautiques auront été parcourus depuis notre départ en septembre 2009 de Lorient, pour connaître un peu mieux nos océans. Mais le plancton le vaut bien non ? Le plancton ou nous ?
Sans lui l’homme ne respirerait peut-être déjà plus  !

Vincent Hilaire

Le bouquet final

Alors que nous ne sommes plus qu’à 355 miles nautiques de la Corogne (Espagne), nous avons commencé ce matin l’avant dernière station de l’expédition Tara Oceans. Il s’agit d’une station longue qui serait suivie en fin de semaine de sa sœur jumelle. Pourquoi étudier à deux reprises et à quelques jours d’intervalle la même masse d’eau?

Comme un coup de vent est attendu entre ces deux phases d’échantillonnage, Stéphane Pesant, le chef scientifique de ce dernier leg, cherche à comprendre quel impact il pourrait avoir sur le plancton et son métabolisme.

Dès sept heures ce matin toute l’équipe était sur le pont pour lancer cette station n°152. Une routine bien orchestrée par les deux ingénieurs océanographes « historiques » de cette expédition, Sarah Searson et Marc Picheral. Chacun retrouvait son poste presque « naturellement » et les gestes s’enchaînaient, automatiques.

Dix rosettes et 13 filets sont prévus pour ces deux jours. Dans le laboratoire humide, en charge de la majorité des filtrations, les deux gladiatrices de service, Defne Arslan et Céline Dimier-Hugueney, attaquaient cette épreuve confiantes.

« Depuis le début de l’expédition Tara Oceans, on a jamais fait ce type de station en deux sets » me confiait cet après-midi Stéphane Pesant. « Cette masse d’eau est assez classique pour l’Atlantique nord en cette saison, l’intérêt c’est vraiment le mélange de ses eaux de surface.

Le mélange de cette couche de surface qui s’enfonce jusqu’à 250 mètres environ est dynamique. Nous voulons donc savoir comment sa structure peut se modifier, ou pas, après le passage de ce coup de vent.

Plus que la biodiversité ce qui nous intéresse ici, c’est le métabolisme du plancton. Change-t-il avec le passage de ce coup de vent parce que ces micro-organismes auraient accès du coup à des nutriments qu’ils ne trouvent pas en surface ? Comment évolue leur photosynthèse ? Comment les espèces réagissent à ces phénomènes météorologiques, à leur excursion forcée vers d’autres profondeurs ? Y-a-t-il des interactions entre elles dans ce nouveau milieu, lesquelles retrouve-t-on dans cette masse d’eau avant et après le coup de vent ? ».

Autant de questions auxquelles l’équipe du québécois Stéphane Pesant voudrait répondre par toute une série d’échantillonnages.

Mais le dynamique et bouillonnant Stéphane a d’autres expériences pour ce leg dans sa besace. Il souhaite faire des mesures de la photosynthèse en observant dans le laboratoire humide, de l’eau prise par la rosette à différentes profondeurs. Il envisage également « une incubation d’un échantillonnage pêché la nuit ». Une partie de la colonne d’eau « travaillée » cette semaine sera placée dans le noir pendant 24H, pour voir comment le métabolisme des micro-organismes présents réagit. On simulera ainsi leur excursion vers les profondeurs comme dans le coup de vent. Il a transformé pour ça l’un des coffres de rangement du matériel de pêche en baignoire.

Enfin, une bouée dérivante mesurant la salinité et la température de l’eau, a également été mise à l’eau hier soir par cette équipe. Nous l’avons recroisé aujourd’hui, à l’occasion de l’un de nos multiples repositionnements. C’est elle qui nous permet de ne pas perdre notre masse d’eau. Le corps bleu surmonté d’un appendice blanc flottait sagement sur l’eau calme de l’atlantique Nord !

Depuis hier, nous évoluons dans une mer presque plate à peine ridée par quelques nœuds de vent. Seule une houle de nord vient troubler cette quiétude avant la venue de ces vents agités.

Au fait d’où nous sommes, Lorient n’est plus qu’à 340 miles !

Vincent Hilaire

Bye bye les Açores !

Ce jeudi Tara a retrouvé l’océan Atlantique après une navigation de presque vingt quatre heures dans le dédale de l’archipel portugais jusqu’à l’île de Sao Miguel, la dernière dans ce sens, que nous avons laissé sur bâbord ce vendredi et avec elle la capitale Punta Delgada.

Ces quelques jours passés dans ces îles ont été vraiment très agréables. On y trouve tout ce qui fait la différence entre une escale banale et une très bonne escale.

Sur l’île de Faial au gré de nos visites, nous avons découvert les uns et les autres l’origine et la dimension volcanique de ces îles. La « caldeira » qui est au centre de celle de Faial, par exemple, est tout simplement à couper le souffle. Son cratère culmine à 1 043 mètres et il a une circonférence de six kilomètres. Vu du versant sud ces à-pics, quelquefois cachés par les nuages qui s’y engouffrent, sont impressionnants et ils se jettent au fond du cratère dans une plaine. Quelques flaques d’eau y prospèrent, dans des coloris proches des savanes africaines.

Le site du phare de Canto, qui fut partiellement enseveli par les laves lors d’une des multiples éruptions qui suivirent la naissance de l’île, est aussi majestueux. Il surplombe l’océan Atlantique et les platiers rocheux qui brisent de manière spectaculaire la longue houle bleue.

Ce pays est vert, couvert de prés qui surplombent l’océan. Un « morceau » de Massif central sorti des entrailles de la dorsale medio-atlantique (relief sous-marin qui se situe au milieu l’océan Atlantique). A quelques hectomètres d’Horta, on est déjà à la campagne, des vaches et des chevaux paissent tranquillement. Les villages sont ruraux. On y retrouve des personnages et des scènes dignes de celles que nous pouvons vivre dans ceux de la France dite « profonde ». Les habitants y sont disponibles, accueillants, curieux et se portent naturellement vers les visiteurs. En résumé, tout est facile à des prix accessibles qui « boostent » un peu plus l’enthousiasme de l’étranger !

Tout l’avitaillement était aussi une formalité, presque le double de quantité moitié prix par rapport aux Bermudes, Julien Girardot notre cuisinier avait le sourire à la fin de son « appro » (approvisionnement), avec déjà plein d’idées de recettes. Il a commencé hier soir par un rôti de bœuf, sauce au bleu, avec un gratin de pommes de terre !

Cette nuit nous avons longé la Ilha do Pico, puis Sao Jorge et un peu plus tard Sao Miguel sur une mer qui ressemblait à un lac. Ce début de leg (étape) se fait par grand soleil et pas un poil de vent ce qui signifie aux moteurs. Les nuits sont calmes et douces et notre première station scientifique de deux jours devrait commencer normalement dimanche. Une première réunion scientifique a eu lieu aujourd’hui, mené par Eric Karsenti, directeur de Tara Oceans. Les deux ingénieurs océanographes, Sarah Searson et Marc Picheral font un check-up de tout le matériel. Tara glisse sur l’eau plate légèrement déformée par une houle de nord, escorté par quelques dauphins.

Juste le temps pour nous de redescendre de notre nuage « azoré » flottant encore au-dessus de la plus grande des caldeiras, celle de l’océan.

Vincent Hilaire

Le sacre du printemps

Après trois jours sous voiles au portant, nous ne sommes plus ce lundi qu’à 450 miles des Açores, et du port d’Horta sur l’île de Faial, notre prochaine escale. Notre pêche a repris aujourd’hui dans des eaux relativement froides, 18°C. C’est la 150ème station depuis le début de l’expédition.

Une pêche marquée par la présence de nombreuses larves de poissons, d’œufs, signe d’un début de printemps dans l’océan, selon Chris Bowler, notre chef de mission.

Si on regarde le ciel et sur le pont de Tara où ont fleuri les lunettes de soleil au milieu des tee-shirts, le printemps on y croit clairement.  Cette impression est confirmée par nos mesures scientifiques, « pour la première fois depuis New-York nous avons trouvé une DCM, une stabilisation des couches qui se forment pendant le printemps et l’été », selon Chris Bowler.

La DCM, pour Deep Chlorophyll Maximum, c’est la zone idéale sous la surface de l’eau pour la reproduction et le développement du phytoplancton par la photosynthèse. La profondeur optimale pour bénéficier du soleil qui vient de la surface, et des nutriments qui remontent des profondeurs. Pour Chris, « elle est aujourd’hui située entre 30 et 60 mètres, signe peut-être que nous bénéficions ici des remontées de la dorsale atlantique puisqu’il y a beaucoup de nutriments, comme les nitrates par exemple ».

Cette grande nurserie, cette crèche où le phytoplancton grandit, se stabilise toujours au printemps, elle se densifie devient moins volatile, plus établie que pour les autres saisons. C’est de ces DCM que seraient issus les fameux blooms, des explosions de vie sous-marines où le phytoplancton prolifère, donnant ainsi un festin au zooplancton et à toute la chaîne alimentaire. Des blooms que nous observerons probablement dans le prochain leg entre Horta et la Corogne, où nous retrouverons peut-être des espèces pêchées aujourd’hui avant les Açores.

Ici au large des Açores, Chris et son équipe ont constaté une grande variété d’espèces présentes lors de cette station avec une quinzaine de mises à l’eau. Des grandes larves de poissons, de nombreux crustacés qui sacrent l’arrivée du printemps. Il y a donc bien quelque chose dans l’air, dans l’eau !

C’est l’explosion de la vie qui commence et le phytoplancton en constitue les premiers bourgeons.

Et comme le disait Chris, le ton léger, en fin d’après midi « Love is in the air ! »

Vincent Hilaire

Pêche aux origines de la vie

Alors qu’il ne nous reste plus que 650 miles à parcourir ce samedi 3 mars, pour rejoindre l’archipel des Açores, nous évoluons sur des fonds de 5 000 mètres et nous nous approchons de la dorsale atlantique, cette colonne vertébrale qui caractérise le fond et le centre de l’océan Atlantique.

Avec les différentes stations réalisées depuis les Bermudes, et celles à venir jusqu’à l’île d’Horta, Chris Bowler notre chef de mission, espère percer un peu du mystère de la vie de cet océan. Une vie largement influencée par l’activité de ces volcans sous-marins qui courent tout le long de cette épine abyssale.

Quand on a une telle vie au fond d’un océan comme l’Atlantique, avec des sources thermales et une sismologie aussi active, probablement à l’origine de la vie sur Terre, quels types d’organismes trouve-t-on dans les 1 000 premiers mètres ? Ressemblent-ils à ceux qui se développèrent au moment de la naissance de l’Atlantique avec la dislocation de la Pangée et le début de l’activité volcanique ?

Cette quête passionne Chris, et passe d’abord par un peu d’histoire. Né il y a 450 millions d’années lorsque les continents américains, africains et européens naissent, l’océan Atlantique ne porte son nom que depuis 1507 exactement après la découverte de l’Amérique continentale par Amerigo Vespucci.

Pour mieux comprendre la quête de Chris, la géologie est indispensable pour appréhender le dynamisme de cet océan.

Au départ il y avait un seul océan : la Pan Thalassa. Après la fracture de la Pangée, la terre unique originelle, l’Atlantique née de l’activité sismique qui casse et pousse la terre des deux côtés. La chaîne volcanique continue d’ailleurs ce mouvement initié il y a des millions d’années, on estime que l’Atlantique s’élargit toujours de deux mètres tous les cent ans.

Cette dorsale n’est découverte qu’en 1850 par des navires qui posent des câbles de télégraphie au fond de cet océan entre l’Europe et le nouveau continent. Les hommes qui travaillent à bord notent une remontée très significative des fonds. Avant personne n’en avait ni même l’idée. Mais qu’en est-il de la vie ?

D’abord, l’ensemble de la communauté scientifique considère que c’est un espace azoïque, sans vie. L’expédition du Challenger explore pour la première fois un peu l’eau au-dessus de ces fonds et montre qu’il y a de la vie, des vies. Au large du Brésil, Challenger trouve avec surprise une eau à 0°, assez près des côtes, la vie n’y est pas la même que dans les courants chauds tropicaux. Cette eau qui vient de l’Antarctique parcourt les profondeurs de l’océan Atlantique jusqu’au nord. Certes, il y a bien des couches d’eau comme l’imaginaient d’autres scientifiques avant eux, mais les espèces qui y vivent, elles, se déplacent entre ces couches, ce ne sont donc pas des environnements fermés, cloisonnés. Les couches se mélangent même parfois. Mais reste le mystère de la vie au-dessus des volcans de la dorsale ? Une vie encore proche de l’explosion originelle ?

On retrouve nos navires câbliers, qui peu à peu remontent des abysses, de la vie sur leurs tuyaux. Des vers géants, des coquillages, des éponges et des nutriments entre autres. Ces vers étudiés quelques années plus tard d’un peu plus près grâce à des sous-marins du CNRS en collaboration avec l’IFREMER révèlent des choses extraordinaires.

En les analysant après une remontée dans des caissons spéciaux pour résister aux changements de pression, on découvre qu’ils ont développé des protéines très particulières qui leurs permettent de résister à des températures très différentes de chaque côté de leur corps. Il y a donc une vie riche auprès de ces fumerolles abyssales où en dehors de la chaleur on trouve du soufre, du fer, des quantités de nutriments.

Ce fond de l’océan primaire, matrice et berceau de la vie pélagique, peut-être des origines de la vie il y a trois milliards et demi d’années comportent-ils encore des représentants lorsqu’on regarde vers la surface ? 

C’est ce que Chris voudrait savoir et ce qui anime son esprit de chercheur particulièrement dans cette transatlantique : « Avec nos instruments à bord de Tara on ne vas pas très profond, jusqu’à 1000 mètres, mais c’est suffisant pour savoir si la vie que nous trouvons a pu se développer dans des conditions proches des origines, grâce à la présence de cette matrice volcanique en dessous. En faisant des études des organismes des profondeurs, puisque certains remontent en plus des grandes profondeurs la nuit, ça peut nous donner des infos sur la vie d’avant».

L’intérêt de ce leg au fur et à mesure que nous approchons des Açores, qui se situe sur la partie droite de la chaîne volcanique atlantique, c’est cette vie profonde. « À l’issue des deux premières stations et avant la prochaine, la 150ème depuis le début de Tara Oceans, on peut dire qu’il y a peu de vie dans la zone des 200 premiers mètres. Mais après ? »

Encore un point sur lequel l’expédition nous éclairera sans doute. Comme des carottages de glace, en explorant les couches des océans nous remonterons peut-être aussi à ces origines. Il a fallu longtemps pour « conquérir » l’Everest terrien, à quand pour la vie de l’Everest sous-marin ?

Vincent Hilaire  

L’escale à Saint George’s Town (Bermudes)

A la veille de notre départ pour les Açores, on peut dire que cette escale un peu plus longue que prévue aux Bermudes aura offert à l’équipage l’occasion de se reposer et de préparer correctement la traversée retour de l’Océan Atlantique Nord.

Une partie de l’équipe scientifique, la relève, est arrivée à bon port hier, fourbue après quelquefois vingt d’heures d’avion. Demain en début d’après-midi nous mettrons le cap vers l’Est avec certainement du vent. Un peu plus de quinze jours de mer nous attendent.

Les rues de Saint George’s nous ont offert un havre de paix pour ces quelques jours, tout comme son lagon où nous mouillons jusqu’à demain. C’est une ville de 15 000 habitants, comme un petit cocon. L’archipel des Bermudes compte 65 000 âmes au total.

Les rencontres avec « les locaux » dans les commerces, les supermarchés, les restaurants ou les bars ont toujours été chaleureuses. Les regards ont toujours été bienveillants, intéressés, curieux même. Nous avons souvent entendu « Where are you from ? ».

Dans l’ensemble la communauté qui peuple cette ville est noire de peau, mais il est vrai que nous sommes hors saison. Les touristes américains qui paraît-il débarquent en masse, en été sont actuellement sous d’autres cieux.
Ces enfants, ces femmes et ces hommes sont des descendants des esclaves africains emmenés ici par les colons anglais. Avant les premiers naufrages, au départ cette île n’était pas peuplée.

Les maisons de Saint George’s Town sont pour la plupart colorées. Les jardins propres et soignés. Des palmiers, des caoutchoucs, des ficus géants et des ibiscus ajoutent à cet ensemble multicolore. Ce qui est frappant aussi lorsqu’on se promène à pied, en dehors de ce calme, c’est qu’il y a presque des églises à chaque coin de rues. Confession anglicane, africaine méthodiste, catholique, les clochers ou les croix crèvent le ciel. Le plus beau de tous ces édifices, bien visible du haut de ses marches dé-moussées très régulièrement est sans doute la Saint Peter’s Church. Elle date de 1612, classée patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les toits également ont tous retenu notre attention. Ils sont tous quasiment blanc, construits avec la même forme et comportent des rigoles qui les parcourent pour recueillir l’eau de pluie. Il n’y a pas de source dans l’archipel.

Saint George’s n’a rien à voir avec Hamilton, la ville principale des Bermudes. Hamilton est un assez grand port de commerce, sur ces quais s’entassent des containers. Les rues sont plus larges et les bâtiments plus élevés, mais déjà on perd un peu de cette taille humaine dont on est friand quand on arrive de la mer.

Vincent Hilaire

Tara est aux Bermudes

Sous un crachin qui nous rappelle la Bretagne, nous sommes arrivés en ce début de dimanche après-midi aux Bermudes. Après avoir abordé cet archipel de 123 îles par le flanc ouest de l’île principale, la grande Bermude, nous avons suivi la côte jusqu’à entrevoir le chenal d’accès au port de St George’s Town, sur l’île Saint George’s. L’équipe scientifique va être intégralement relevée, et nous resterons aux Bermudes jusqu’au 23 février.

Malgré quelques rares rayons de soleil, dès le début de la matinée nous savions que l’atterrissage aux Bermudes ne se ferait pas par beau temps. La mer était belle, la température douce, 20° C, en comparaison de notre départ New Yorkais très frisquet.

À première vue, l’île était assez construite avec quelques belles plages entrecoupées de petits bosquets. Quelques pêcheurs vaquaient sur l’eau autour de nous, en fond des maisons colorées avec des toits blancs à l’allure un peu méditerranéenne.

Entre Grande Bermude et St George’s Island se dessinait peu à peu un chenal aux balises classiques rouges et vertes, mais inversées par rapport à celles que nous avons en France. Comme aux Antilles françaises. Malgré le ciel gris, l’eau était d’un bleu turquoise extraordinaire.

Des badauds en balade sur la pointe d’entrée sud du chenal nous saluaient au passage, et nous embouquions ce chenal large d’à peine cinquante mètres. Dans ce lagon tout en longueur encore des maisons colorées, des conifères, des palmiers. Une île tranquille.

Avec Alain Giese, le second capitaine, nous sondions le ponton où allait accoster Tara, pour être sûr d’avoir suffisamment d’eau. « Tribord à quai » précisait Loïc Vallette le capitaine. En quelques minutes Tara était collé au quai, et dans la foulée l’officier des douanes arrivait pour nous donner les papiers officiels d’immigration à remplir par chacun d’entre nous.

Lentement mais sûrement nous nous rapprochons de Lorient, terme de cette expédition. Par la distance qui peu à peu se réduit mais aussi par le changement d’heure opéré hier. Nous ne sommes désormais plus qu’à cinq fuseaux de l’heure de Paris.

Vincent Hilaire

Au cœur d’un « eddy »

Depuis mercredi matin, l’équipe scientifique embarquée de Tara Oceans traque un eddy, un tourbillon de l’océan Atlantique nord.

L’étude de cette colonne d’eaux froides d’environ 180 kilomètres de diamètre est intéressante d’abord pour connaître la vie planctonique qu’elle renferme, mais aussi pour comprendre comment et pourquoi ces tourbillons irriguent la vie dans des zones oligotrophiques, pauvre en nutriments comme celle que nous traversons en ce moment entre New York et les Bermudes. L’océan Atlantique nord est certainement celui des cinq océans de la planète qui a été le plus étudié, mais ces « eddies » venus des courants froids au nord du Gulf Stream restent un mystère.  

On connaissait la Mer des Sargasses pour ses légendes maritimes, à la vue de ses algues de surface certains marins auraient cru que la terre était proche mais il n’en était rien, n’oublions pas non plus les mythes autour du triangle maudit des Bermudes où de nombreux vaisseaux ou avions auraient sombré pour des raisons inconnues.
Non, depuis hier nous voyons bien aussi ces algues de surface à la couleur brune mais notre quête à nous ne se nourrit pas de légendes. Elle glisse sous la coque de Tara et s’appelle « eddy », et cela fait 48h que nous vivons en sa compagnie.

« La mer des Sargasses où nous sommes n’est pas un désert, contrairement à ce que beaucoup de gens ont pensé depuis longtemps » pour Lee Karp-Boss, notre chef de mission qui en bon chef de meute mène cette traque : « Au milieu de ce grand gyre (le courant qui parcoure en un cercle d’Ouest en Est cette surface maritime) de l’Atlantique nord, on essaye toujours de comprendre pourquoi il y a une production aussi importante de nutriments par endroits ». « Ce sont les satellites qui nous ont d’abord montré qu’il y avait dans ces tourbillons des productions de chlorophylle plus importante qu’ailleurs par exemple, de la nourriture que le zooplancton ne trouvait pas dans d’autres endroits ».

Alors Lee et son équipe de six scientifiques super motivés déploient le maximum de leurs instruments depuis mercredi pour saisir toutes les subtilités, toutes les caractéristiques de ce tourbillon. Qu’il pleuve, des seaux d’eau entre deux grains, ou qu’il fasse nuit, on a recours à tout l’arsenal des filets et des bouteilles pour capturer l’eau qui détient ces clés.
Pour arriver à ce but, Isabel Ferrera chercheuse en biologie à Barcelone, n’a pas fini de se cogner la tête dans son labo humide entre deux coups de roulis. Avec Céline Dimier-Hugueney de Roscoff, elle s’occupe des filtrations qui révèleront notamment quelles sont les bactéries qui vivent dans ce réservoir de vie.

Afin de décrypter peut-être toute la subtilité de cet eddy, Tara aura réalisé un transect de part en part de ce tourbillon, se positionnant même dans l’œil, en plein centre. Toute cette masse d’eau sera donc caractérisée comme jamais auparavant. « La plupart des études océanographiques menées jusqu’à présent sur ces masses d’eau n’ont jamais entrepris un échantillonnage « end to end » du virus à la larve de poisson, nous avons donc bon espoir de comprendre un peu mieux ces tourbillons mystérieux ». Et Lee de me préciser qu’à l’occasion de cette station les scientifiques ont remarqué une diversité particulièrement importante de protistes, un ensemble d’organismes unicellulaires qui comprend notamment du phytoplancton, la base de la vie marine.

Ce soir, après cette traque passionnante, Tara met cap sur les Bermudes. Et après 48h de rush, les scientifiques vont pouvoir enfin se reposer.

Vincent Hilaire         

Good Bye Big Apple

Ce dimanche vers 9h30, heure de New York, Tara a quitté son quai de Chelsea Pier. Dans le cadre de l’expédition en cours Tara Oceans nous entamons aujourd’hui une nouvelle étape de notre circumnavigation qui nous conduira aux Bermudes. Nous prenons le chemin du retour vers Lorient.

Deux stations « science » sont prévues lorsque nous aurons franchi à nouveau le Gulf Stream.

Un froid de canard, un vent de nord-ouest bien établi avec des « bouffes » à trente nœuds, mais un beau soleil comme à notre arrivée il y a une semaine, nous avons repris ce matin la direction de l’océan que nous aimons tant.

Bye bye Manhattan, puis la statue de la Liberté, le pont de Verrazano, un film à l’envers. Avec le vent en plus et d’autres têtes sur le pont. Toute l’équipe scientifique a changé à New-York. Lee Karp Boss, israélienne d’origine et américaine d’adoption, a pris les rênes de cette nouvelle mission, remplaçant à se poste le sympathique Lars Stemmann. Comme toujours depuis le début de Tara Oceans, Sarah Searson a relevé Marc Picheral au poste d’ingénieur océanographe. Céline Dimier-Hugueney du laboratoire de Roscoff a fait son grand retour après plusieurs mois d’absence pour raison de santé. Christian Sardet de l’observatoire Villefranche sur mer (CNRS) a repris ses marques dans le labo optique du bord. C’est en revanche le premier embarquement d’Anne Doye et Denis Dausse.

Pour le reste, marins comme scientifiques, Tara Oceans est aujourd’hui une grande famille qui se décompose et se recompose sans cesse, mais tout ceci aura bientôt une fin, dans un peu plus d’un mois. Steffi Kandel-Lewis, biologiste embarquée dans le dernier leg en charge de la filtration, me confiait lors de notre soirée de départ de samedi soir, qu’après l’arrivée « Ce ne serait plus pareil, on ne verra plus l’équipage ». Steffi qui a embarqué deux fois depuis le début de cette expédition débarquait à New York, et ne retrouvera plus Tara maintenant qu’à quai à Lorient.

Cette escale à New York restera marquée avant tout par la visite de Ban Ki-moon à bord samedi. Marquée aussi par la découverte d’une mégalopole cosmopolite aux envolées architecturales vertigineuses, mais aussi paradoxalement à taille humaine. A New York on se parle, et de la chaleur circule naturellement entre ses habitants, dans ses rues. Surprenant.

Avec cette « descente » aux Bermudes, nous espérons retrouver un peu de chaleur avant de se lancer vraiment dans la Transat retour via les Açores. Il faisait en fin d’après-midi après le coucher du soleil O degré. Une raison largement suffisante pour se régaler ce midi d’une excellente tartiflette concoctée par Julien Girardot, le cuistot qui remplace depuis cette semaine Céline Blanchard. C’est le troisième embarquement de Julien depuis le début de Tara Oceans. Le premier dans le froid.

Vincent Hilaire

New York. 8 Millions d’habitants. Big Apple.

A New York, le temps ne compte pas. La vie ne s’arrête pas de battre. Le sommeil n’existe pas. Le bruit est partout, incessant. Les lumières ne s’éteignent jamais. 5 siècles après que la nef de Verazano, pilote de JehanAngo, armateur dieppois, ait recensé clairement cette terre sur le globe.

New York vous pousse, vous tire, vous porte, vous entraîne de toute sa puissance… et vous en donne également. Tara s’est posé comme une fleur au pied des tours en reconstruction, à la Marina de North Cove, au sud de Manhattan, nous sommes là pour quelques jours de rencontres.

A l’arrivée du bateau, « l’homme en noir » était là. L’élégance discrète d’Etienne Bourgois. Un sourire un peu timide, une chaleur humaine qui n’arrive pas toujours à tout dire, mais que l’on sent si forte. Son bateau en est la preuve et respire ses idées. La science, mais aussi le côté humain. Tara est à une charnière… Au pied des tours, il ne choque pas, il rassure. Big Apple ne cesse de voir passer du monde, ne cesse de s’enrichir de projets les plus fous. Tara est un de ces projets mené par une famille hors du commun. La mode, l’art, la science. Cela donne… Tara, posé  au pied  de Manhattan, près de la Statue de la Liberté.

Tout le monde est venu : Eric Karsenti, directeur scientifique de l’expédition, Colomban de Vargas, coordinateur scientifique, Romain Troublé, directeur des opérations, tous ceux qui portent depuis si longtemps ce projet à bout de bras. Tout le monde est venu pour parler de la vie des océans, des projets futurs. Encore quelques jours au pied de Manhattan et puis le retour vers Lorient, pour achever ce tour du monde incroyable.

Alain Giese

Journal de bord de Daniel Cron, Chef Mécanicien de Tara

“New York”! Une escale symbolique que beaucoup d’entre nous attendaient avec impatience; un nom qui cristallise les rêves depuis toujours… Et peut être encore plus particulièrement pour ceux qui comme moi découvraient cette ville pour la 1ère fois ; quelle expérience !

En prenant mon quart à 4h du matin, nous avons progressivement fait route vers l’embouchure de l’Hudson River. Puis au fur et à mesure du soleil émergeant, le ciel voilé de la nuit à fini par laisser place à un bleu intense ainsi qu’à d’incessants ballets d’hélicoptères touristiques et d’avions des aéroports environnants. Je découvre alors que ce que je pensais être des feux de balises en mer se révèlent être d’immenses buildings visibles depuis des heures distant pourtant de plusieurs dizaines de kilomètres !

Puis devant nos yeux écarquillés s’est alors déroulé un véritable spectacle qui ne laissa personne insensible, pas même le pilote du coin pourtant habitué depuis 10 ans…

Nous avons hissé les voiles entre les ferries si caractéristiques, puis toute voiles dehors, le soleil bien haut nous sommes aller lécher les pieds de la “grande dame” symbole de Liberté ; c’est un véritable cri qui nous a unit lorsque nous l’avons enfin aperçu au loin. Combien de fois l’avions nous imaginée, regardée dans des films et photos depuis tout petit…

Nous nous sommes alors retrouvés faisant route droit sur Manhattan. Face à nous une concentration de gratte-ciel immenses comparables à nul autre ailleurs dans le monde. Plus nous nous approchions, plus nos yeux s’écarquillaient devant cette mixité de formes, d’époques, et matériaux à la fois. Puis nous avons remonté l’East River passant de Lower Manhattan à l’Upper en sillonnant les abords des berges de Soho et Little Italy; occasion de voir des buildings mythiques tels que l’Empire State ou le Chrysler.

Puis demi-tour devant le siège des Nations Unis ; autre endroit symbolique pour Tara puisque la coque arbore fièrement le logo du “Programme des Nations Unies pour l’environnement”; c’est un véritable engagement !

La fin du parcours nous ramènera sur nos pas jusqu’à l’extrême pointe Sud de Manhattan le long de Battery Park, rejoignant l’Hudson nous finissons par mettre un terme à notre voyage en envoyant les amarres à terre dans la petite marina de North Cove où une foule bien sympathique nous attend déjà ! Un mélange de scientifiques, marins de relève et des principaux dirigeants de Tara Oceans venus spécialement de Paris pour l’occasion. On y voit entre autre Etienne Bourgois, Romain Troublé, Eric Karsenti, Rainer, Julien, Céline, Baptiste… une véritable famille qui donne le sourire à chaque retrouvaille, même si les dernières pour certaines datent parfois d’il y a près de 2 ans !

Nous sommes en réalité tout près de “Ground Zero”, là même où il y a quelques années s’effondraient les “Twin Towers” marquant ainsi a jamais le monde entier. Nous sommes pour ainsi dire à son pied et j’ai toutes les raisons d’y être encore plus sensible car je suis né un 11 septembre.

Enfin New York finira de me marquer puisque j’y débarquerai ici, peu après 3 mois et demi d’embarquement ; c’était long, c’était court ; difficile à définir mais en tous cas : que de choses vécues ! La coupe de l’America à San Diego, l’île perdue de Clipperton, la sauvage île Coco, la traversée du canal de Panama, Bélize et son Blue Hole le temps d’un tournage, l’île abandonnée de Savanna et son feu d’artifice improvisé du Nouvel An …

Mais au delà des paysages rencontrés et de l’engagement profond dans cette expédition scientifique, ce sont la richesses des diverses rencontres et expériences humaines qui resteront gravées.
Pour moi l’aventure prendra fin le 12 février en larguant les amarres de Tara au petit matin, avec cette même émotion à chaque fois difficilement explicable que beaucoup d’entre nous ressentent au moment des adieux.
Je suis content d’avoir pu vivre cette exceptionnelle expérience 3 ans durant, du chantier de préparation de Tara Oceans à aujourd’hui.
Mais dans tous les cas on se retrouve à l’arrivée à Lorient le 31 Mars! On vous attend!

Daniel Cron
Chef Mécanicien de Tara

Tara amarré au pied de Freedom Tower (NYC)

Ce dimanche, sous un soleil généreux compensant à peine les 2° C ambiants, Tara a commencé vers 6h30 ce matin son approche finale de New York City.

Les premiers gratte-ciel ont commencé à surgir de l’horizon, crevant la surface d’un océan vierge pour nous de toute construction depuis onze jours. Nous étions encore à 25 miles nautiques de New York, environ 45 kilomètres.

Excitation sur le pont, premières photographies mais « Big Apple » se laissait encore un peu désirer. Un pilote à la barbe blanche est alors monté à bord pour nous escorter dans le dédale des îles new yorkaises. Manhattan commençait à pointer le bout de son nez.

Plusieurs d’entre nous vivaient leur première arrivée sur cette partie de la côte Est des Etats-Unis et, cerise sur le gâteau, par la mer.

Nous avons passé le pont de Verrazano (deuxième fois dans l’histoire de la goélette polaire que ce pont était franchit) conduit cette fois par notre capitaine Loïc Vallette. Avec peu de vent mais un courant assez fort, l’approche se faisait en douceur. L’occasion pour le pilote, le captain Thomas G. Britton, de faire un peu mieux connaissance avec l’histoire de Tara et d’être impressionné par le chemin déjà parcouru depuis le début de Tara Oceans, et par l’expédition de Tara en Arctique de 2006 à 2008.

Tout en contrôlant que nous embouquions bien la rivière Hudson sans se faire prendre par le trafic des ferries entre Staten Island et Manhattan, il nous a offert quelques cigares, signe de son admiration.

Puis nous avons entendu sur le pont « La Statue de la Liberté ! ». Il n’en fallait pas plus pour réveiller l’ardeur des paparazzis du bord engourdis par la fraîcheur matinale. Série de clichés devant le symbole américain internationalement connu puis Tara s’est engagé dans l’East River.

Le pont de Brooklyn Bridge, un tour devant le siège des Nations Unies, dans Upper Manhattan, pour une photographie souvenir historique.

Finalement, nous avons redescendu l’East River affalé les voiles, et pris la direction de Battery Park, pour la Marina de North Cove. La visite touristique s’achevait et la manœuvre finale se préparait. Installation des pare battages, mise à poste des amarres. Le courant rendait l’entrée de cette petite marina au pied de Freedom Tower, délicate. Après un tour d’observation Loïc Vallette et le pilote ont pris la direction de cette bouche d’entrée. Un dernier « virage » à bâbord et Tara était rapidement immobilisé le long d’un quai en bois, au pied de Ground Zero. C’est là que nous resterons pendant toute notre escale avant de repartir pour les Bermudes le 12 février prochain.

Vincent Hilaire        

Log de Catherine Chabaud embarquée sur Tara jusqu’à New York

Bonjour à tous,

Comment vous exprimer le bonheur d’être là, à bord de Tara, dérivant au large du cap Hatterras, si ce n’est en vous parlant du privilège que je ressens d’être au plus près de l’exploration des océans, de la connaissance, de partager des moments finalement très simples, avec les découvreurs de l’infiniment petit, de ces « poussières de mer », pour reprendre la belle image d’Anita Conti quand elle parlait du plancton.
Je les trouve touchant ces biologistes, ingénieurs océanographes, spécialistes des bactéries ou des protistes, qui manipulent leurs  instruments de prélèvements avec d’infinies précautions, recueillent la semence océane finalement dérisoire et pourtant si riche et si fragile au fond de leurs filets. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux gestes des enfants explorant l’estran, avec un seau et une pelle et collectant crevettes, crabes, coquillages et lambeaux de laminaires.

Ce jeu d’enfant est devenu un pan de leur métier : aller prélever  l’infiniment petit de l’océan à la source. Les micro-organismes collectés après filtrages, ne sont pas abandonnés dans un coin du jardin, mais sont précieusement conservés dans des flacons ou petits tubes, déjà étiquetés de leur code barre (et là je ne peux m’empêcher de penser aux tubes de l’infirmière venue me faire une prise de sang). Quelques gouttes de formol pour certains, la congélation pour d’autres, et ces précieux échantillons prendront l’avion à la prochaine escale, direction l’un des 21 laboratoires européens ou américains impliqués dans Tara Oceans.

Ce dimanche après-midi, le vent a enfin un peu molli, la mer a cessé de faire rouler la grosse baleine, le groupe électrogène nécessaire pour actionner les 2100 mètres de câble indispensables à l’immersion de la « rosette », des « bongos » ou du « régent », a bien voulu redémarrer (suite aux bons soins de Daniel, le « chef mec » et de Loïc, le skipper).

Tara a rejoint le waypoint fixé par Lars Stemmann, océanographe-biologiste et chef de mission sur cette étape, et Daniele Iudicone, océanographe-physicien et l’un des coordinateurs de Tara  Oceans. Nous voici donc surplombant le « corps » du Gulf Stream pour lequel ils sont tous venus. Ce courant chaud qui débite en ces lieux 55 millions de mètres cubes d’eau par seconde, soit 5 000 fois le  débit du Rhône ou 300 fois le débit de l’Amazone, intrigue et passionne.

Quels sont les différentes espèces de micro-organismes, des virus aux larves de poissons, qui l’habitent ? Comment évoluent-elles au cours de leur voyage portées par ces masses d’eau chaude ? Quels sont les organismes qui vont survivre dans ces anneaux d’eau chaude qui se « détachent » du Gulf Stream et s’isolent au sein des eaux froides du courant du Labrador plus au nord ?

A bord, les observateurs que nous sommes, comme à terre les médias ou les enfants, pressent les femmes et hommes de science de questions ? Quels sont ces micro-organismes que l’on voit gesticuler au fond du réceptacle ? Peut-on les voir au microscope ? Avez-vous découvert de nouvelles espèces ? Que vous enseignent Tara Oceans ? Mais les femmes et hommes de science, savent avant tout qu’ils ne savent pas, « il faut attendre », « cela peut prendre des années », « l’analyse des premiers échantillons de quelques stations nous révèle un grand nombre de gènes inconnus ».

On voudrait en savoir plus, tout de suite. Mais à les écouter, à les interroger les uns les autres, je comprends que la richesse de  Tara Oceans est aussi dans la vision globale qu’elle permet de tirer des 144 stations déjà effectuées autour de la planète, dans le travail collectif qui associe biologistes, océanographes, biologistes moléculaires, bio-informaticiens, dans le partage de la science avec le plus grand nombre. De les voir prendre autant de soin, avoir autant d’attention pour cet infiniment petit des océans, je comprends aussi plus que jamais à quel point la mer est précieuse.

Le soleil vient de se coucher, la collecte va se poursuivre une partie de la nuit semble-t-il, car il faut profiter de ce temps calme avant le prochain coup de vent. Sur le pont, on commence à empiler les couches, car la température a chuté à 10°. Et les filets et la rosette continuent leur ronde.

Bon vent à tous !

Catherine Chabaud

Tara tourne la page Savannah

A dix heures locales ce matin, Tara et son équipage composé de quinze personnes, a descendu la rivière Savannah pour rejoindre l’Océan Atlantique nord. Cap sur New-York avec au programme deux nouvelles stations scientifiques dont l’une dans le célèbre courant chaud du Gulf Stream.

La brume, épaisse ce matin, s’est levée une heure avant notre départ. Longtemps les piliers de l’Eugene Talmadge Memorial bridge sont restés dans le coton. Après le traditionnel coup de corne de brume annonçant un départ imminent, et au moment où Loïc Vallette le capitaine de Tara lançait sa marche arrière, le soleil avait définitivement pris le dessus. Lentement la coque grise s’est décollée en douceur du quai longeant la « River street ». La marée était légèrement descendante.
 
Les opérations habituelles se sont enchaînées. Le pneumatique a été remonté à bord et arrimé. Les pare-battages et les aussières remisées jusqu’à la prochaine escale.

En à peine deux heures accompagnés par des sternes en quête de nourriture, survolés quelquefois par des pélicans, nous avons rejoint l’océan Atlantique. Mer calme, léger flux de vent sud-est des conditions idéales pour une première nuit en mer.

Pour cette étape « Gulf Stream » il y a principalement des français à bord, également une cubaine et une allemande ainsi qu’un italien. La langue anglaise sera de rigueur comme toujours pour accomplir au mieux cette nouvelle étape de notre mission scientifique autour du monde.

Ce soir, nous sommes sous voiles, toute la toile a été établie : grand-voile, misaine, trinquette et yankee. Nous progressons au milieu de la mer des sargasses à un peu plus de six nœuds, déjà poussé certainement par une partie de ce « Gulf Stream ». Une partie seulement parce que selon Lars Stemmann, notre chef de mission, vu la puissance de ce courant chaud qui remonte des tropiques avant de traverser l’Atlantique nord nous saurons tout de suite quand nous serons dans son flux.

« Le Gulf Stream a une puissance comparable au débit de 300 fleuves Amazone, ou de 5 000 Rhône. Son débit moyen est de 55 millions de m3/s », nous expliquait-il hier soir lors d’un premier briefing. Un courant auquel on doit notre climat en Europe. C’est un acteur important de la circulation globale de l’eau sur notre planète. 

Avant d’effectuer notre première station, la 144ème depuis notre départ de Lorient il y a plus de deux ans, nous devrions parcourir environ 400 miles et dépasser le cap Hatteras, ou le Gulf Stream vient lécher la côte.
La première station devrait avoir lieu après deux jours de navigation, le 28 ou le 29 janvier. Ce sera une station longue exclusivement consacrée au Gulf Stream. La seconde, trois jours plus tard, nous amènera au dessus d’un tourbillon chaud, un « eddy » évoluant cette fois dans un courant froid venant du Labrador. Seuls dix petits jours de mer nous séparent de la « North Cove Marina » de New-York, à Battery Park.

Vincent Hilaire

Tara bientôt dans le Gulf Stream, par Catherine Chabaud

Tara est arrivé vendredi 20 janvier à Savannah, au nord de la Géorgie, dans le sud-est des Etats-Unis. Ce jeudi, la goélette larguera les amarres pour rejoindre New-York et prélever durant l’étape des échantillons d’eau de mer au cœur du Gulf Stream naissant. Parmi les 15 membres d’équipage, la navigatrice et journaliste, Catherine Chabaud, embarque sur cette étape, et retrouve Tara avec un bonheur non dissimulé.

Tous ceux qui sont revenus naviguer sur Tara le savent, retrouver la « baleine » est toujours un moment émouvant. On cherche d’abord ses deux mâts, de même taille, avec leur tâche orange fluo en tête, puis une fois repérée la mâture, on aperçoit les flancs arrondis et hauts sur l’eau. Et reviennent alors les émotions vécues à bord, les skis que l’on déchargeaient avec l’équipe des Montagnes du Silence, au départ de la Route de Shackleton, en Géorgie du Sud, la navigation dans les glaces de la péninsule antarctique, les longues heures d’attente sur le pont, à l’avant, avec le photographe Sebastiao Salgado, dans l’attente de l’apparition d’un léopard de mer, les conversations dans la timonerie ou dans le carré…

Avec Tara Oceans, le pont s’est encombré d’une cabane, le local « humide », qui permet aux scientifiques de filtrer l’eau de mer remontée par la « rosette », qui siège elle  aussi sur le pont à l’arrière. Une cabine est transformée en laboratoire « optique » : les scientifiques passent leurs échantillons de micro-organismes fraîchement prélevés sous l’œil des microscopes, des appareils photos et caméras.

Une chose m’a frappée depuis mon embarquement il y a deux jours : dans les expéditions que j’ai vécues à bord auparavant, en Géorgie du Sud ou en Antarctique, les  stars s’appelaient icebergs, manchots, otaries, et on les photographiait, filmait, sous toutes les coutures. Aujourd’hui, avec Tara Oceans, les stars ont pour noms virus,  bactéries, diatomées, copépodes… Elles font l’objet de toutes les attentions, alimentent toutes les conversations. Un écran les passent en boucle sur une cloison du carré, où ces « poussières de mer », invisibles pour la plupart à l’œil nu, affichent leurs formes si originales et belles.

Dans les jours qui précèdent le départ, c’est l’effervescence à bord : les scientifiques de ce « leg » (étape), préparent leurs tubes, selon le protocole défini au préalable  pour l’ensemble de l’expédition ; avec Loïc Valette, le capitaine, ils analysent les cartes des courants et étudient quel sera le lieu idéal des « stations » du leg ; le matin,
Tara reçoit la visite de collégiens et lycéens de Savannah ; mardi matin, je faisais partager cette expérience aux conseillers du Conseil Économique Social et Environnemental, en direct par Skype ; mardi après-midi, les deux chefs scientifiques de l’étape, Lars Stemman et Daniele Iudicone, présentaient les travaux de Tara Oceans à l’université de Savannah ; et le soir, apéro pour l’équipage, Marc Picheral, ingénieur de recherche au laboratoire océanographique de Villefranche, venait  d’apprendre que le CNRS allait lui remettre le « Cristal », la plus haute distinction pour les ingénieurs de recherche.

Ce jeudi, nous descendrons la Savannah River, à l’instar des porte containers qui transitent par ce que l’on tient pour le deuxième port de commerce des Etats-Unis. La  mer est à une vingtaine de milles et nous devrions avoir des vents portants pour ce départ.

Bon vent à tous et à très bientôt depuis le large !

Catherine Chabaud

Choc thermique

La dernière station longue de cette étape « Panama-Savannah » vient de débuter dans une fraîcheur que n’avait plus connu Tara depuis des mois. Mais alors que sur le pont les scientifiques semblent regretter le soleil de plomb qui nous suivait depuis le Panama ; sous la coque de Tara, le courant qui nous porte est toujours placé sous le signe des tropiques.

En entrant dans le Golfe du Mexique, nous étions déjà passés d’une chaleur étouffante à un doux été des plus agréables. Mais ce week-end, en passant le cap fatidique de la Floride pour remonter cap au Nord, le choc thermique fut bien plus violent.

Sur le pont, les gilets et les chaudes vestes de quart sont de sortie et les couettes retrouvent leur place dans les cabines. En moins de 48 heures, nous avons tout simplement perdu dix degrés. Et ça ne fait que commencer…

Mais curieusement, sous nos pieds, l’eau semble être restée à l’heure tropicale, tournant toujours autour des 25 degrés, alors qu’à quelques kilomètres de nous, le long des côtes, la température de l’eau n’est que de 15 degrés. Ainsi, entre la précédente station dans le golfe du Mexique et celle-ci, entre la Floride à l’Ouest et les Bahamas à l’Est, le courant qui nous porte garde presque toute sa chaleur. Un courant que les scientifiques à bord n’ont pas cessé d’étudier entre ces deux stations.

Durant toute la semaine, comme une routine, chaque matinée était ainsi dévolue à de courtes « stations » en miniature. Avec au programme : CTD (données physico-chimiques de l’eau), Bongo (filet prélevant les espèces les plus volumineuses entre zéro et 500 mètres), parfois TSRB (pour Tethered Spectro Radiometer Buoy, capteurs utilisés pour analyser la couleur de l’océan), et enfin prélèvements d’eau de surface pour l’étude du phytoplancton, ainsi que pour fournir des sujets photographiques à Gabriella dans le labo sec.

Autant dire que ce courant qui nous aura porté tout au long de ce leg et qui deviendra bientôt le Gulf Stream aura été scruté jour après jour avec attention par l’équipe scientifique. Les marins, eux, à défaut de l’étudier, ont bel et bien ressenti ce fameux courant, Loïc en tête. « C’est flagrant : normalement, avec deux moteurs et face au vent, on avance en moyenne à cinq nœuds. En passant le canal de la Floride, on est monté jusqu’à huit nœuds et demi ! ».

De quoi nous donner une belle avance sur le programme de cette dernière semaine en mer, même si nous voilà maintenant à l’arrêt pour les deux jours et deux nuits de cette station longue. Ensuite, tout le monde compte encore un peu sur ce courant bienveillant pour nous amener dès la fin de la semaine à bon port. Celui de Savannah, en l’occurrence.

Yann Chavance

Un leg (étape) au fil de l’eau

Après avoir longé les côtes du Panama jusqu’au Mexique, en passant par le Belize et sa parenthèse cinématographique avec Yann Arthus Bertrand, Tara se lance maintenant dans le Golfe du Mexique. Les choses se précipitent, nous entrons enfin dans le cœur scientifique de ce leg. Une remontée vers le froid placée sous le signe des courants marins.

Pour Loïc, le capitaine, ce leg était vraiment coupé en deux. « Il y a eu une première partie avant le Belize, qui a été plutôt tranquille pour nous. Mais à partir de maintenant, on reprend un planning un peu plus serré ». Il faut dire que cette première partie a laissé l’équipe scientifique un peu sur sa faim. Après une unique station courte en sortant du Canal de Panama, la rosette est restée bien sagement sur le pont, faute d’autorisations de prélèvements. Maintenant que Tara arrive en vue des eaux américaines, les choses vont pouvoir changer, avec deux stations de prélèvements longues, l’une au beau milieu du Golfe du Mexique et l’autre le long de la Floride.

Particularité de ce leg : Tara se laissera porter tout du long par les courants marins. Après avoir suivi le courant des Caraïbes, devenant le courant de Yucatan en entrant dans le Golfe, le « Loop current » nous remontera vers la côte Est en devenant le courant de la Floride. Ce dernier, rejoint par d’autres courants, formera le fameux Gulf Stream. « Pour nous, c’est la possibilité de suivre les mêmes masses d’eau et l’évolution des organismes qu’elles transportent, explique Emmanuel, le chef scientifique de ce leg. Ces organismes font tous partis du même système, donc d’une certaine manière cela nous permet d’étudier les changements de diversité, de quantité d’organismes dans un système qui est connecté ».

Pour suivre le plus précisément possible ces courants, l’équipe scientifique peut se fier aux cartes satellites qu’elle reçoit. Température de l’eau, niveau de la mer ou concentration de phytoplancton, chaque carte met en relief le courant sinueux qui remonte vers la côte Est. Un tracé qui se superpose parfaitement avec l’itinéraire de Tara. Mais deux seules stations longues pour un aussi long chemin, est-ce bien suffisant ? « Tout au long de notre parcours, en plus des stations, nous avons prévu au moins six ou sept profils CTD » réplique Emmanuel.

Concrètement, une CTD (pour Conductivity-Temperature-Depth) permet de relever une multitude de facteurs : conductivité, température et profondeur, comme son nom l’indique, mais aussi salinité, concentration en oxygène ou encore fluorescence. Après avoir plongé la rosette, les chercheurs ont alors accès à un véritable profil détaillé des caractéristiques de l’eau que nous traversons. « De plus, même s’il n’y a pas de prélèvements, une caméra nous dévoile la distribution du zooplancton, en nous donnant une idée de la quantité et des espèces présentes » reprend le scientifique Franco-israélien.

Ces nombreuses CTD permettront donc de suivre les masses d’eau pour faire le lien entre les deux stations longues, offrant une vision globale de ces fameux courants. Mais la disposition de ces deux stations n’est pas uniquement motivée par l’étude des courants. Dans le Golfe du Mexique, la station longue se déroulera non loin d’un triste souvenir pour les océans : l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, qui causa en avril 2010 une des plus terribles marées noires aux Etats-Unis.

« Apparemment, on ne trouve plus aucune trace de la catastrophe dans l’eau, mais il sera peut-être possible d’en retrouver dans les micro-organismes marins » s’interroge Emmanuel. Comme souvent, il faudra attendre des études plus poussées à terre pour répondre à cette question. Pour les scientifiques à bord, ce leg offre donc de multiples axes de recherches.

Mais pour les marins, la remontée vers Savannah revêt un aspect bien plus symbolique. « En dépassant la Floride, on va rencontrer un climat plus rude, avec du vent froid qui pourra venir du Nord, explique Loïc. Pour Tara, c’est le leg qui signe la fin de l’été ! ». Un été qui aura duré près d’un an.

Yann Chavance

Tara vu du ciel

Au fil des stations qui se succèdent, certains évènements viennent parfois rompre la routine de la vie à bord. Cette fois, ce fut la visite des caméras aériennes de Yann Arthus Bertrand qui vint retrouver Tara au-dessus des eaux turquoise du Belize. Souriez, vous êtes filmés…

La rencontre était prévue de longue date. Pour leur prochain film intitulé « Planète Océans », Yann Arthus Bertrand, le célèbre photographe français, et Michael Pitiot, réalisateur de la série documentaire « Tara Oceans, Le monde secret », avaient souhaité consacrer une séquence à notre expédition. Sur notre route de Panama à Savannah, le point de rendez-vous était tout trouvé : le somptueux Blue Hole, au Belize.

Rendue célèbre par Jacques-Yves Cousteau qui l’explora à bord de la Calypso en 1971, cette gigantesque faille sous-marine semble en effet destinée aux prises de vues aériennes. Avec ces 300 mètres de diamètre, ce cercle presque parfait d’un bleu profond tranche avec le reste du récif aux eaux turquoises. Portée par de bons vents, Tara arriva avec une bonne journée d’avance en vue du « Lighthouse Reef », l’atoll qui abrite ce fameux « trou bleu ». Après une demi-journée sous forme de répétition générale passée à repérer les lieux pour le lendemain, Loïc décréta le quartier libre pour les quelques heures restantes.

Un débarquement pour tous sur la petite île d’Half Moon Cay, devant une plage de carte postale. Pour les uns, ce fut l’occasion d’une marche paisible sur les petits sentiers de l’île, menant à un observatoire ornithologique perché sur la canopée, entouré d’une cacophonie de fous à pieds rouges et de frégates superbes. Pour les autres, le récif aux eaux translucides était une invitation trop belle à la plongée, nageant entre les coraux et les raies.

Le soir, retour sur Tara au mouillage non loin de là : Loïc, déjà en contact avec l’équipe de tournage, briefe une dernière fois tout l’équipage sur la journée du lendemain. Sous les yeux d’une multitude de requins tournant dans la lumière des projecteurs du pont arrière… Au petit matin, la première équipe est déjà fin prête, vérifiant une dernière fois son matériel. Ce sont les plongeurs qui entameront le bal. Bouteilles pleines, Gabriella, Lucie, Emmanuel et Daniel embarquent sur les deux zodiacs menés par Vincent et François. Direction le Blue Hole pour la première séquence de la journée. Une fois l’hélicoptère en vol stationnaire au-dessus de leur tête, les chanceux du jour plongent à la lisière du trou, le fond passant en quelques secondes de trois à 120 mètres de profondeur. Les images dans la boite, l’hélicoptère revient alors sur Tara, où le reste de l’équipage s’apprête à plonger la rosette sous la surface. Le ballet bien rodé d’une station modèle commence, avec Loïc comme chef d’orchestre, en contact permanent par VHF avec l’hélicoptère qui nous scrute de ses caméras. Enfin, une fois l’équipe au grand complet, dernière séquence de la journée : Tara met les voiles. Tout le monde s’active sur le pont pour que le voilier fende les vagues comme il se doit. Au large du récif qui s’éloigne peu à peu dernière nous, l’hélicoptère tourne encore quelques minutes autour du navire dans le vacarme de ses rotors.

Après cette petite parenthèse au parfum hollywoodien, la voix de la science nous rappelle enfin à l’ordre : cap sur la prochaine station, prévue dans quelques jours dans le Golfe du Mexique. Deux jours et deux nuits de prélèvements nous attendent. Et cette fois, ce ne sera pas du cinéma.

Yann Chavance

Deux stations, deux équipes

Nouvelle année, nouvel océan, nouveau leg (étape), nouvelle équipe : même objectif. Pour les sept scientifiques fraîchement embarqués sur Tara, le canal de Panama a constitué un parfait passage de relais entre les deux équipes : la première station de ce nouveau leg ressemble à s’y méprendre à la dernière du leg précédent.

Juste avant d’entrer au Panama, le chef scientifique Gabriele Procaccini et son équipe avaient pu obtenir au dernier moment les autorisations pour faire quelques prélèvements à l’entrée du canal, côté Pacifique. Une semaine plus tard, c’est l’équipe menée par Emmanuel Boss, le chef scientifique de ce nouveau leg, qui lance la seconde partie de l’expérience : une autre station de prélèvements, mais cette fois à la sortie du canal, côté Atlantique. « Nous cherchons à comparer la distribution et la diversité des organismes de chaque côté, explique Emmanuel, professeur d’océanographie à l’Université du Maine. Lorsque le détroit du Panama s’est fermé, il y a peu de temps dans l’histoire de la Terre, deux populations d’organismes similaires ont été séparées, chacune dans un océan. C’est intéressant pour nous de voir comment ces populations ont évolué depuis, tant d’un point de vue génétique qu’au niveau de la diversité ».

Mais pour le chef scientifique franco-israélien, la position stratégique de ces deux stations pourrait également apporter d’autres enseignements : le canal de Panama, à peine vieux d’un siècle, a rouvert artificiellement ce détroit. « Les bateaux relâchent de l’eau d’un côté à l’autre, sans parler des espèces qui s’attachent aux navires durant leur traversée : cela pourrait peut-être modifier la distribution des espèces de chaque côté ».

Pour avoir la réponse à cette question, il faudra comme toujours attendre les études génétiques à terre, effectuées à partir des prélèvements des stations. Pour l’heure, il s’agit donc pour la nouvelle équipe scientifique de continuer le travail de ses prédécesseurs, en entamant sans accroc cette première station.

Heureusement, parmi les nouveaux venus, certains sont des habitués de Tara. Marc, qui s’active avec Sarah autour de la rosette, totalise neuf mois à bord. Lucie, qui remplace Noan aux filtres, en est à son troisième leg. Autre habituée, Gabriella investit quant à elle le labo sec. Une grande expérience du déroulement des stations sur Tara qui profite à tous ceux qui posent pour la première fois le pied sur le pont arrière : de quoi faire une transition parfaite entre les deux équipes. Dans le labo humide, le biologiste barcelonais Francisco cède ainsi sa place à une compatriote, Beatriz. Pour compléter l’équipe, Halldor, de l’EMBL, et Olivier, du Génoscope, sont sur tous les fronts pour prêter main-forte à tout ce petit monde, sous l’œil de Vincent, seul nouvel arrivé côté marins après le départ de notre mousse favori, Baptiste. Au final, les gestes deviennent bien vite des automatismes, et cette nouvelle équipe termine cette fameuse première station en un temps record. Pari réussi.

Yann Chavance

D’un océan à l’autre

Durant le long périple de Tara depuis son départ de Lorient en septembre 2009, le voilier-laboratoire a traversé bien des lieux mythiques, des étapes qui font date lors d’une si longue expédition. La traversée du Canal de Panama fait désormais partie de cette longue liste. Partis le matin de l’océan Pacifique, nous voici maintenant de l’autre coté du continent, voguant dans les eaux de l’Atlantique. Chronique d’une traversée vers l’autre monde.

 

 

7h00 Le calme de la nuit laisse la place au vacarme si familier des moteurs mis en marche. Doucement, la lourde coque se met en mouvement, illuminée par les premiers rayons du soleil.
 
7h15 Aux abords d’une petite bouée, un rapide bateau nous accoste. À son bord, le pilote panaméen qui nous accompagnera une bonne partie de la journée. Sur le pont de Tara, il guidera Loïc Valette, notre capitaine, lors des manœuvres dans les écluses ou il lui indiquera les passages difficiles.
 
7h20 Nous arrivons aux premières bouées signalant le début du Canal. Un périple de près de 80 kilomètres vient de débuter. Nous voici prêts à traverser un continent.
 
7h45 Tara passe sous le « Pont des Amériques », qui fut pendant longtemps le seul moyen de franchir le canal d’un côté à l’autre. Ici, les deux rives semblent se rapprocher pour guider notre route : l’estuaire se transforme en canal.
 
8h20 Les premières écluses commencent à apparaître au loin. Le soleil se met à réchauffer le pont et ses occupants, de plus en plus nombreux à se presser au bastingage.
 
8h55 Nous voici dans les écluses de Miraflores. Un coup de téléphone nous apprend que nous sommes désormais sous le feu des projecteurs, la webcam du Canal braquée sur nous, diffusant l’image de ce drôle de bateau à travers le monde.
 
8h56 Les amarres sont jetées, les portes se ferment, laissant derrière nous l’océan Pacifique. Devant nous, un immense cargo rouge ferait passer Tara et ses 36 mètres pour une simple barque. Imperceptiblement, l’eau élève les deux navires de quelques mètres.
 
9h35 Nous passons dans la seconde chambre. Le ballet des portes colossales s’ouvrant sur notre passage avant de nous emprisonner reprend de plus belle, sous l’œil blasé de quelques pélicans.
 
9h50 Les dernières portes s’ouvrent devant le nez de Tara. Nous pénétrons dans le lac de Miraflores, plein gaz vers la prochaine des trois écluses du canal.
 
10h30 Nous voici repartis dans le jeu d’ascenseur aquatique des écluses, celles de Pedro Miguel cette fois. Seulement deux portes à passer, pour nous amener au niveau du lac Gatún, 26 mètres au-dessus du niveau de la mer.
 
10h50 L’équipage largue les amarres qui retenaient Tara au quai des écluses. Le béton et l’acier laissent place à la végétation luxuriante sur les berges.
 
11h05 Nous passons sous le « Pont centenaire ». Sous un soleil de plomb, la nouvelle équipe scientifique fraîchement embarquée commence à préparer leur première station, prévue dès le lendemain, vérifiant une dernière fois la rosette ou le labo humide.
 
12h00 Le lac Gatún et sa multitude de petits îlots s’ouvrent à nous. Loïc et le pilote panaméen guident les 120 tonnes de Tara à travers les bouées du chenal.
 
13h30 Après un repas sur le pont, c’est le moment du briefing d’accueil à bord, même si parmi les nouveaux venus se trouvent pas mal d’habitués de Tara. L’équipe scientifique enchaîne alors sur une petite mise au point sur le déroulement et les enjeux des stations de ce leg.

14h40 Petit imprévu, il faut changer de pilote. Tara coupe ses moteurs et jette l’ancre dans un des recoins du lac. L’attente sera longue… Nous resterons au mouillage jusqu’à la tombée de la nuit, avant de pouvoir enfin passer les dernières écluses avant l’Atlantique.
 
19h40 Après cinq heures dans le silence sous un ciel embrasé par le soleil couchant, les moteurs se remettent en route. Le nouveau pilote est à bord, la voie est libre, nous pouvons enfin entamer la dernière étape de notre périple.
 
20h10 La nuit est tombée sur le canal, nous voici aux écluses de Gatún. Cette fois, ces dernières nous feront descendre peu à peu vers le niveau de la mer. Encore quatre écluses à passer avant de pouvoir naviguer sur un autre océan, sous un ciel étoilé.
 
22h00 Lentement, la dernière porte s’ouvre. Derrière elle, c’est l’océan Atlantique qui se dévoile à nous. Enfin.
 
22h40 Nous dépassons la dernière bouée qui nous guidait jusqu’au grand large. Nous abandonnons ici le pilote, pour se retrouver tous les 15 sur le pont, fins prêts pour ce nouveau leg (étape) qui commence. Une longue traversée s’achève : ce matin, nous voguions encore sur le Pacifique, nous voici maintenant face à l’Atlantique. Tara ne le quittera plus jusqu’à Lorient.

Yann Chavance

Tara et le deuxième élément

Depuis son départ du Cap pour cette deuxième année d’expédition, Tara a en ligne de mire l’Antarctique, avant de rejoindre le Pacifique. Pour la goélette et une partie de son équipage ayant participé à Tara Arctic, cette étape aura la saveur des retrouvailles avec les milieux polaires, et la glace. Son deuxième élément.

Christian de Marliave, « Criquet », est une mine de connaissances sur les pôles, sa passion. Il a joué un rôle majeur dans l’expédition Tara Arctic grâce à cette expertise. J’ai fait sa connaissance dans ce cadre. Criquet peut vous citer autant une référence d’un livre que seule une poignée de personnes connait ou vous parler du petit mouillage qui attend Tara lorsqu’il arrivera en péninsule, sur l’île du Roi Georges.

Pour Criquet, voilà à peu près le scénario qui nous attend pour cette nouvelle étape : « Après avoir quitté Ushuaia, la ville la plus australe du monde et quitter le canal Beagle, passer le mythique Cap Horn, Tara devra d’abord traverser le passage de Drake. Large d’un peu plus de 1 000 kilomètres, il faut compter entre deux et trois jours, suivant les conditions ». Elles peuvent être très relevées, on est dans les fameux 50èmes rugissants.

« Comme à la fin décembre, nous sommes en plein été austral, la lumière sera quasi permanente ». Pour certains après la nuit polaire sur l’océan glacial arctique, ce sera donc la découverte près du pôle Sud, du « jour polaire ». Un jour presque sans fin.
« Passer le 60ème parallèle sud, « la latitude 60 » comme disent les marins, elle entoure tout le continent blanc, l’atterrissage en Antarctique se fera  normalement sur l’île du roi Georges ».

Les prélèvements d’eau et de plancton devraient avoir lieu principalement dans cette zone où les glaces permettent la navigation en été, en mer de Bellingshausen. Tara aura alors retrouvé le cercle polaire, antarctique cette fois. Le dernier voyage de la goélette ici remonte à 2006.

« Déjà sur l’île et autour de l’île du Roi Georges, le caractère international de l’Antarctique se fera sentir. Sur cette île située dans les Shetland du Sud, archipel qui borde au Nord, la péninsule, il y a une piste d’atterrissage chilienne, des bases scientifiques russe, argentine, coréenne, chinoise et uruguayenne ».

Sur l’île on est à environ 150 kilomètres de la péninsule Antarctique, mais déjà le décor est composé d’icebergs et de colonies de manchots papous ou de phoques de Weddell. « Cette saison estivale est en plus le moment où la vie explose littéralement là-bas ». Intéressant pour la science. « C’est aussi la pleine saison touristique ! ». Criquet hausse les sourcils et ouvre une parenthèse sur l’aventure polaire d’un baleinier, presque agacé par ces évolutions économiques.

« J’espère que vous aurez le temps d’aller aussi à Deception Island. Ce serait un pèlerinage pour Tara, à quatre reprises déjà la coque grise a visité cette baie dans un cratère. Il y a aussi Bailly head où se trouve la plus grande colonie de manchots à jugulaire. Ils sont tous blancs avec un anneau noir autour du cou… »
A force de voyager par la pensée avec Criquet et d’imaginer cet ailleurs, on en entendrait presque les cris de ces ravissants manchots en smoking noir et blanc !
Mais le rêve s’arrête brutalement, le téléphone sonne et Criquet répond. Il est l’une des chevilles ouvrières du voyage de Michel Rocard en Antarctique.

Vincent Hilaire
Propos recueillis en Aout 2010

selon Christian de Marliave (alias « Criquet »), spécialiste des pôles.

 

Christian de Marliave alias « Criquet » est consultant de nombreuses missions polaires, il a une expérience de 20 ans aussi bien en Arctique qu’en Antarctique. Les connaissances et la base de données qu’il a accumulé font de lui un des meilleurs spécialistes de cette thématique. Il a participé à de multiples publications et développe une collection d’ouvrages sur les régions polaires.
« Criquet » était coordinateur scientifique du programme Tara Arctic (dérive arctique de Tara de 2006 à 2008).

Tara aux portes du grand Sud

52 nœuds dans une rafale ! Heureusement qu’au moment d’établir les voiles après la station courte avant-hier, Olivier Marien, le capitaine avait décidé d’anticiper une forte montée du vent en réduisant à deux ris d’emblée. Les bulletins de prévisions météorologiques avaient vu juste. Depuis cette nuit, nous évoluons dans des vents qui vont de 30 à 50 nœuds. Et Tara « étale » sans difficulté, comme on dit dans le jargon maritime.

Une station longue était envisagée en début d’après-midi aujourd’hui, elle est donc annulée. La plupart des équipiers sont réunis dans le carré, et attendent que cette tempête passe. Serait-ce par ce que nous tutoyons les 40ème rugissants ? Nous naviguons actuellement par 36° 18’ Sud, mais nous avons déjà la sensation d’avoir franchi les portes d’entrée du Grand Sud, d’être dans le hall d’entrée en quelque sorte.

Dans les hublots du carré, l’Océan Atlantique Sud descend et monte, laissant apercevoir quelquefois un albatros. Nous avons toujours notre escorte d’oiseaux de mer. Quand on observe les albatros par exemple, on a l’impression qu’ils continuent de jouer avec le vent avec le plus grand naturel. 50 nœuds de vent ne les perturbent pas, au contraire on a l’impression que plus il y a du vent plus ça les inspire. Ils décrivent dans le ciel des trajectoires de plus en plus osées, auquel un pilote même chevronné ne se risquerait pas.  Ils sont nés pour voler voilà la différence. Virage sur l’aile gauche ou droite, piqué entre les lames, ils dansent avec la mer et le vent, et cette aisance les rend fascinants.  Que font-ils ? Chassent-ils ? Volent-ils simplement pour goûter à ce sentiment que nous appellerions la liberté, ou est ce simplement l’instinct, le code de leur ADN qui leur commande cette parade aérienne parfaite ?  Finalement peu importe, que les ornithologues me pardonnent mais je me contenterai de me nourrir de la beauté pure de ce qu’ils dégagent.

Normalement, nous en avons pour encore 24h de tempête et après le vent devrait se calmer. Nous allons continuer cette route Sud-Est pendant cette période avant de revirer pour mettre le cap sur Buenos Aires.

Ce matin, Olivier Marien et son second Julien Daniel ont effectué un virement dans ce gros temps. « Chacun est à sa tâche concentré, comme nous nous connaissons bien, nous n’avons pas besoin de vérifier si tout va bien » me disait-il après que nous ayons vécu ce moment ensemble sur le pont. Des moments qui donnent tout son sens au mot marin. Connaissance et maîtrise des gestes à accomplir, même par gros temps, esprit d’équipe, calme et sens de la sécurité pour soi et pour les autres. « Une main pour soi, une main pour le bateau » comme disait ce regretté Tabarly.

En mer par gros temps, tous les marins du monde se ressemblent et se donnent la main sans le savoir ! Quel que soit le but de leur navigation, ils éprouvent tous à un moment donné les mêmes sensations. Humilité face aux éléments hyperpuissants, et jubilation de réussir à composer avec.

Pensées océaniques et amitiés à tous ceux qui nous suivent nous pensons bien à eux surtout dans ces moments de vie de « marin ».

Vincent Hilaire   

Aux portes de Rio

La dernière station de cette étape Ascencion-Rio s’est terminée ce midi sous des applaudissements. Linda, Sarah, Jean-Louis ont marqué ainsi ensemble la fin de ce marathon de 30 heures.
Dans ce laps de temps environ vingt cinq mises à l’eau de matériel ont été effectuées. Avec quelquefois plusieurs manipulations réalisées en même temps, une vraie fourmilière.

Dans le laboratoire humide, là où l’eau remontée des différentes profondeurs est aussi filtrée, il n’y a pas de répit non plus. Il n’y aura eu qu’une pause cette nuit entre deux heures et six heures du matin, le reste du temps le pont arrière a toujours été animé avec la quasi totalité de l’équipage, en roulement.

Et comme on s’y attendait, les premières observations de cette station longue confirment que nous avons bien changé d’écosystème : « Il y a d’avantage de vie, autant dans ce que nous avons observé dans le laboratoire sec au microscope, que dans ce que nous avons filtré, nous sommes sortis du désert océanique où nous étions depuis Ascencion » m’expliquait après cette station Jean-Louis Jamet, le chef de cette mission qui s’achève. Nous sommes donc bien dans le courant du Brésil désormais.

Ce dimanche, nous avons revu notre premier panache d’avion dans le ciel depuis Capetown. Des sternes et des pétrels tempêtes viennent aussi jouer plus régulièrement dans notre sillage. Rio n’est plus qu’à 450 miles nautiques, soit environ 900 kilomètres, la même distance que la traversée du golfe de Gascogne de la Bretagne Sud à San Sébastien (une paille, après la traversée de l’Atlantique sud en long et en large !).

Cette mission, Le Cap/Rio est donc terminée et notre arrivée au Brésil est prévue le 22 octobre prochain. Nous quittons progressivement cet océan au rythme duquel nous vivons maintenant depuis presque deux mois pour ceux embarqués en Afrique du Sud. Une nouvelle rotation de l’équipe scientifique va avoir lieu à Rio ainsi que d’une partie de l’équipage. De la fournée de Capetown, nous serons encore quatre à rester à bord à Rio, direction Buenos Aires.

Rio est désormais devant nous à quelques encablures, et une page de cette aventure ne va pas tarder à se tourner, avant une nouvelle page plus exotique.

Vincent Hilaire@font-face {
font-family: “Cambria”;
}p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 12pt; font-family: “Times New Roman”; }div.Section1 { page: Section1; }

Le grand bain océanique

L’un des évènements de cette semaine pour l’équipage restera ce bain dans l’Océan Atlantique Sud. « A 17 h aujourd’hui, nous nous arrêterons et ceux qui le souhaiteront pourront se baigner » avait annoncé mardi en début d’après-midi Olivier Marien, notre capitaine.

Un bain dans l’océan, ce n’est pas rien. Surtout avec 5 000 mètres de fonds. Même si en matière de flottaison rien ne change par rapport à une bonne planche à quelques mètres d’une plage ! Mais la psychologie humaine est ainsi faite que certains paramètres changent beaucoup de choses.

A l’heure dite, les premiers candidats à la baignade sont apparus en maillot de bains sur le pont. Certains mêmes plus hardis avec masque et tuba pour essayer de percer un peu mieux le mystère de ce bleu profond et soyeux comme du velours. L’échelle de mise à l’eau a été installée, des cordes flottantes et des bouées flottantes immergées par sécurité. Julien Daniel, notre chef mécanicien a lancé la baignade par un plongeon dans le bleu suivi de Marion Lauters, pour qui s’était une grande première. Pas vraiment rassurée Marion, craignant de servir éventuellement d’appât, mais elle l’a fait. Et puis en deux groupes tout le monde s’est jeté à la baille. Sarah Searson s’est ensuite fendue d’un beau plongeon aérien depuis le toit du laboratoire humide.

Les cordes de sécurité se sont révélées très utiles car il y avait du courant, la corde d’une dizaine de mètres de longueur nous permettait alors de nous hisser vers Tara. Nous avons réalisé des photos de sauts, images vidéo pour immortaliser cette belle récréation. Et puis le bain a touché à sa fin, et Tara a repris sa route.

A bord tout le monde savourait le bénéfice de ce bain revitalisant et rafraichissant, gommant comme par magie fatigue et chaleur. Les langues se déliaient aussi pour partager les sensations, les émotions.

In aqua veritas !

Tintin et le TSRB

Hergé aurait été à bord de Tara ce jour là, c’est sûr qu’il aurait vu en cet engin une source d’inspiration pour l’une de ces planches de B.D. Personnellement, j’y ai tout de suite vu une fusée. Ses deux propulseurs latéraux, et son nez élancé pour fendre l’atmosphère. Un peu comme la fusée rouge et blanche d’ « Objectif lune ». Mais celle ci, elle est noire,  aurait été celle du méchant Rastapopoulos.

Dans la vie hors des bulles de B.D. cette fusée est en réalité un outil très perfectionné. Le TSRB sert à étalonner les mesures entre ce que nous faisons sur Tara et ce qui nous parvient des satellites. Une fois la fusée envoyée, dans l’eau, un capteur regarde vers le fonds et un autre vers les airs et c’est comme cela que cet outil permet de paramétrer et harmoniser ce que disent les satellites avec notre langue à nous à la surface de l’océan.

En plus TSRB, ça veut dire Tethered surface Radiometric buoy, ça fait très science… fiction. Ca aurait plu aux Dupont(d) !

Rancard avec un brancard

Récemment je vous ai déjà parlé d’exercice de sécurité en cas d’abandon du navire, de l’équipement de nos hommes du feu en matière de lutte contre l’incendie à bord, cette fois, nous avons fait l’exercice de l’évacuation d’un blessé sur le pont avant.

Pour cela un matelas coquille et des stagiaires. Mathilde Ménard, second capitaine nous a formé cette semaine au transport d’un traumatisé de la colonne vertébrale après la simulation d’une chute de plusieurs mètres de l’un des deux mâts de Tara. C’est Julien Daniel qui a joué le cobaye. Il a fallu d’abord lui mettre une protection cervicale, puis le soulever et l’installer sur le brancard avant de le gonfler pour qu’il épouse ses formes et le cale au mieux. Ca paraît facile comme ça, mais tout tient dans la coordination de ceux qui opèrent. Un chef d’opération donne le tempo indispensable. Et puis ensuite il y a le transport jusqu’à la passerelle pour donner les premiers soins dans un endroit sécurisé. Il faut slalomer entre les haubans sans heurter la victime. Et à l’usage, le côté tribord s’avère plus aisé pour mener à bien cette évacuation d’urgence.

Conclusion au terme de ce nouvel exercice de sécurité, en dehors de bases techniques indispensables, il n’y a que la pratique collective qui garantie l’efficacité. A la semaine prochaine donc pour un prochain atelier.

Vincent Hilaire

Le courant passe et un autre courant s’installe

Selon toute vraisemblance, notre station de prélèvement (courte) d’hier était la dernière dans le courant équatorial du Sud-Est. Dans les filets les prises étaient encore maigres, comme depuis plusieurs jours, depuis que nous traversons ce désert océanique. La DCM (Depth chlorophyll maximum), cette couche sous-marine dans laquelle se développe la vie phytoplanctonique est toujours aussi profonde, aux alentours de 170 mètres.

Localement sur l’eau, en dehors de notre position GPS qui nous situe désormais au sein d’un autre courant celui du Brésil, divers signes montrent qu’effectivement nous serions en train de changer d’environnement, donc de biodiversité. Hier, des mammifères marins nous ont rendu visite après un grand oiseau blanc difficile à identifier.

La couleur de l’océan reste toujours d’un bleu aussi intense, mais semble-t-il, la zone dans laquelle nous venons de mettre un orteil est différente.

La station courte que nous ferons demain matin, nous confirmera si ces indices sont bons. Si c’était le cas cela voudrait dire que nous sommes effectivement rentrés dans le courant du Brésil. Un courant qui longe la côte Est de l’Amérique du Sud. Au large de l’Amérique latine, il rencontre un autre courant, froid celui-là, venu de l’Antarctique. Cette zone antarctique extrêmement riche en nutriments sera étudiée par les équipes de l’expédition Tara Oceans, dans quelques mois maintenant.

Autant dire que cette entrée dans le courant du Brésil fait que nous basculons dans la deuxième partie de notre étude du grand Océan Atlantique Sud. Nous regardons désormais à nouveau vers le Grand Sud. Et vers les glaces.

Une partie de la traversée de l’Océan Atlantique Sud dans la longueur et la largeur touche à sa fin. Reste la descente.

Presque deux mois de navigation pour arriver à Rio, et quelques 5 000 miles sur la mer, presque 10 000 kilomètres, ce fût une belle navigation. Pour rappel, dans l’hémisphère Nord entre la Bretagne et les Antilles françaises par exemple, il y a environ 3 800 miles nautiques.

Mais revenons à la rencontre de notre courant du Brésil qui va du Nord vers le Sud, et de celui, froid, des Malouines qui remonte lui du Sud. De leur union nait la partie Sud du grand gyre (tourbillon) de l’Atlantique Sud. Et cette branche Sud du grand gyre rejoint ensuite l’Afrique du Sud pour remonter et suivre la route que nous avons faite jusque là. La boucle est bouclée !

Pour l’instant, nous profitons de températures chaudes avant ces futures navigations fraiches.
30° C au thermomètre ce matin. Et paradoxalement nous sortirions du désert océanique ! C’est vrai qu’il nous semble apercevoir derrière les dunes d’eau les premiers cocotiers…

Muito obrigado !

Vincent Hilaire

Echos du bord


Sarah Searson championne d’automne (printemps pour nous !) de pêche océanique 

Déjà au top sur la plage arrière pour mettre à l’eau tous les matériels scientifiques, Sarah a une grande qualité en plus, elle a le sens de la pêche (pas de n’importe laquelle, celle des calamars). Lorsque dans les faisceaux lumineux arrières de Tara, à quelques mètres sous la surface, ils traversent tels des fusées cet espace une fraction de seconde, elle est l’une des rares à bord à savoir qu’ils sont là.
Et lorsqu’elle en a le temps (c’est rare), elle s’empresse une fois ce signal donné, de mettre une petite ligne à l’eau.

C’est esthétique et efficace à la fois, comme Sarah. Elle lance sa ligne avec son leurre par dessus bord dans un geste aérien, qui lui permet d’atteindre une dizaine de mètres. Après, méthodiquement pat petits coups du poignet elle ramène son leurre fluorescent. En deux pêches, elle a ramené sur le pont avec un petit cri de joie à chaque fois «yeshhhh», de beaux spécimens. Depuis notre départ de Capetown, six calmars ont croisé la route de Sarah.

Le seul qui à bord, à relever le défi s’appelle Patrick Chang de l’ancienne équipe scientifique, il a sorti un black jack de huit kilos au mouillage à Ascencion. L’honneur masculin était à ce moment là sauf, mais depuis Sarah à relancer son leurre fluo. Et on s’est tous régalé, puisque Marion détient maintenant la recette secrète de Patrick Chang pour préparer et cuisiner ces dons des mers.

Smorbrodt….fisk….tac

Depuis Ascencion, deux suédois sont à bord. Linda Mollestam matelot polyvalent embarquée à Capetown, et Mattias Ormestad un des quatre scientifiques de la relève. De temps en temps, ils discutent dans leur langue natale à bord et nous apprennent quelques mots aussi “Smaklig maltid (bon appétit), watten (eau), tac tac (merci beaucoup).” Mais le plus souvent nous échangeons en anglais à bord bien sûr. Ils parlent cette langue presque couramment. A tel point que nos deux suédois nous apprennent aussi des mots en anglais ! Linda est passionnée par la mer, la voile les rencontres et le voyage, Mattias par la photographie. Il a une collection étonnante de photos de poissons prises dans des aquariums.

Tara retrouve le vent et ses voiles

Depuis hier matin après la station longue, foin des moteurs : Nous avons retrouvé le vent et toutes nos voiles. Grand voile, grand voile de misaine, foc yankee, trinquette. Tara file à nouveau sur l’onde, slalomant entre les vagues et les moutons. Nous avons fait des pointes à neuf nœuds et notre moyenne est de sept.

Nous avons envoyé toutes nos voiles à la main, sans aucun winch électriques, s’il vous plaît. Après ces premiers jours de grand calme qui ont été parfaits pour roder la nouvelle équipe avec une station scientifique longue tout en douceur, nous avons donc retrouvé les sensations de navigation d’un voilier qui fait sa route sur l’océan. Ce flux d’Est doit durer jusqu’à demain, si les prévisions météorologiques s’avèrent exactes.

Nous basculons cet après-midi à GMT -1 ou TU – 1 suivant les écoles, fini l’heure anglaise et à nous les fuseaux qui nous conduisent à l’heure brésilienne.

Vincent Hilaire

La première station longue de cette deuxième année

Dès sept heures ce matin, les premières têtes ont fait leur apparition dans le carré de Tara pour le petit-déjeuner. La mer était belle, le soleil au rendez vous.

Après les dernières vingt-quatre heures agitées que nous avons connu avec des vents à plus de 30 nœuds, c’était un réveil agréable après une nuit calme passée à dériver au gré du courant du Benguela*.

Ce réveil matinal général était organisé pour réaliser la première station longue de cette deuxième année, c’est une remise en route de l’expédition pour les scientifiques présents à bord dans le cadre de cette étape Le Cap-Ascencion.

Une première CTD a ouvert le bal de toutes les manipulations qui allaient suivre. La CTD (conductivité, température, profondeur) c’est la manipulation de base de toute activité océanographique, elle permet de visualiser les couches d’eau qui sont en dessous du bateau à un moment « t ».

Ingénieurs « océano », comme on dit à bord de Tara, Sarah Searson et Marc Picheral comme des chefs de ballet, réglaient cette chorégraphie qui ne faisait que commencer. Et en station longue leur spectacle dure quelquefois jusqu’à 48 h, avec de courts entractes.

Après cette CTD initiatique effectuée par une profondeur de 160 mètres, et un premier butin d’eau salée ramené à la surface par toutes ces bouteilles qui forme « la rosette», des filets à plancton étaient mis à l’eau.
Pendant ce temps là, Céline Dimier, Lucie Subirana et Patrick Chang, ingénieurs biologistes, préparaient le laboratoire humide installé sur le pont arrière.
Une préparation indispensable : cela faisait presque deux mois que tout ce matériel n’avait pas servi depuis la dernière station longue en date au large de Capetown.

Il régnait donc sur le pont arrière une excitation particulière pour ces scientifiques dont la plupart ne sont pas des novices à bord. Pour Céline, après une première relève de ses filets à plancton et observation du précieux liquide, les choses étaient claires, « la pêche était bonne ».
Pendant ces manipulations tout autour de Tara, l’eau était verte et il n’y a quasiment pas eu un moment où des mammifères ne jouaient pas dans l’eau à proximité. Des dauphins, des phoques et dans chaque filet de plancton remonté à la surface, des crevettes et une foule de micro-organismes, de larves de poissons. Une certitude, il y avait beaucoup de vie sous Tara.

Il faut dire que cette zone de l’upwelling du Benguela, avec ses remontées de nutriments est l’une des plus riches au monde avec l’upwelling du Pérou ou de la Mauritanie, par exemple. « Le principe de l’upwelling, textuellement de la remontée, est tributaire du vent. Mais il faut un vent ni trop fort, ni trop faible », m’explique Philippe Koubbi, l’actuel chef de mission scientifique à bord de Tara.
« Ici au large de la côte ouest de l’Afrique du Sud, le vent souffle parallèlement à la côte, ils chassent les couches d’eaux chaudes vers le large provoquant cette remontée d’eaux froides profondes. Le phytoplancton s’il bénéficie en plus de soleil trouve ici un terrain très propice à son développement. Et par là, toute la chaine alimentaire. Cette station est donc particulièrement importante pour prendre le pouls de cet upwelling, même si nous savons qu’il est plus actif entre octobre à février ».

L’objectif de cette station est d’essayer de répondre par exemple à la question de l’incidence du réchauffement climatique sur le régime des vents, et donc le maintien de l’upwelling en recensant la présence ou non de plancton, ou de certains types de plancton.

Autre point intéressant, on sait qu’à cause de pêches massives dans ce secteur dont le calendrier correspond d’ailleurs aux moments d’activité forte de l’upwelling, et des changements dans le régime des vents, il y aurait une incidence sur les espèces présentes ici et donc sur toute la chaine alimentaire.
Récemment certaines espèces, comme l’anchois ou la sardine ont déserté la zone. Mais certains prédateurs eux sont restés ici et sont affamés. On a constaté par exemple aussi dans cette zone une recrudescence de méduses et certains petits poissons s’en nourriraient désormais, pourquoi ?  Que nous dit le plancton sur cette situation ? Prolifère-t-il ? Se raréfie-t-il ? Certaines de ces microorganismes disparaissent-ils ? Changent-ils ? Est-il responsable du départ des sardines et de certaines espèces ?
Pourquoi ces changements de comportements, le départ de certains et l’arrivée d’autres ?
L’habitat des espèces est-il en train de changer ici ?
L’upwelling du Benguela révèlera peut-être ses secrets aux scientifiques, et par là les éclairera sur des évolutions ici et ailleurs.
A chaque fois que Sarah et Marc entame leur ballet c’est à cela qu’ils pensent. Et ce spectacle aura pour décor ce soir une nuit noire, c’est ça une station longue. Comme la performance d’un artiste en quelque sorte.

Vincent Hilaire

* Le courant de Benguela est un rapide courant froid océanique qui coule depuis l’Afrique du Sud, remontant les côtes de Namibie et d’Angola, vers le nord-nord-ouest pour rejoindre un courant chaud équatorial. Il est alimenté par une remontée d’eau froide des profondeurs le long de la côte Ouest de l’Afrique.

Bilan de trois semaines de navigation le long des côtes atlantiques

Tara, au cours de ces trois semaines de navigation le long des côtes atlantiques, a laissé dans son  sillage, bon nombre de souvenirs et de rencontres au gré des escales durant lesquelles s’installait notre chapiteau.

De La Rochelle à Brest en passant par Camaret et les îles du Ponant telles que Hoedic et Yeu, Tara a pu être visité par le public, même si quelques fois compte tenu de la foule, cela n’a pas été possible. En tout, près de 2 200 visiteurs ont été guidés par groupe par des membres de l’équipage dans  le ventre de la baleine.

Les visiteurs sont toujours impressionnés par les importants volumes de ce navire peu ordinaire ainsi que par  ses dimensions peu communes et  sa forme ronde. Les visiteurs ont pu poser des questions sur l’expédition Tara Arctic mais aussi sur les caractéristiques techniques de notre chère goélette. Les discussions se sont aussi tournées sur les sujets très actuels du  réchauffement climatique et de l’environnement. Tara est donc devenu une plate forme mobile d ‘échange et de discussion sur le monde qui nous entoure, quoi de mieux pour ce navire qui a servi de base polaire pendant 16 mois à l’écoute de notre planète.

Au delà de la présentation du film à chaque escale, ces moment ont été aussi le moyen de rencontrer les amis du Tara, des gens qui, de prêt ou de loin, ont fait l’histoire de ce navire.

Des grands moments d’émotion ont ainsi jalonné notre route. Le passage à Camaret , où le bateau a laissé une empreinte indélébile restera un des moments forts de ce mois de juillet. Sans parler des vieux gréements que nous avons eus l’occasion de côtoyer durant notre séjour à Brest et avec qui nous avons pus tirer quelques bords en rejoignant Douarnenez.

Les acrobates, les musiciens ont quant à eux pu donner à l’Ile d’Yeu libre cours à leur imagination avec Tara comme scène de spectacle, lui réservant un accueil on ne peut plus chaleureux.

Pour le mois d’août, le bateau, après avoir rechargé le treuil océanographique et ses 3 000 mètres de câble, partira de Lorient pour rejoindre la Méditerranée  par le détroit de Gibraltar. Il réalisera alors au début du mois de septembre des essais de sondage en dynamique en baie de Villefranche.

Tara aura l’occasion de faire ensuite escale dans les ports de la grande bleue. (Monaco, Hyères, les Embiez, Marseille pour rejoindre ensuite Barcelone)

Hervé Bourmaud, capitaine de Tara

Tara danse l’arlésienne

Sortira. Sortira pas. Et un pas en avant et deux pas en arrière. C’est exactement le jeu que Tara joue avec la glace et l’océan depuis trois semaines. Nul ne sait quand cette danse avec la banquise se finira. 

Hier, la glace faisait un pas en avant se disloquant en silence après le déjeuner. Pendant ce temps là pousser par le vent d’est, la baleine mettait elle cap sur le nord et l’ouest. Nouveau rendez-vous manqué. L’Arlésienne continue.
Ce matin, nous avons réintégré notre bon vieux tapis roulant, le courant du Groenland qui lui n’en démord pas, il veut nous conduire en Islande. Bref, statu quo. D’autant que depuis après une bonne nuit de compression, bousculée comme une auto-tamponneuse, Tara, est à nouveau cernée par les glaces.

A bord, plus personne ne parie sur rien. Malgré les cartes satellite qui montrent la proximité avec les eaux libres, c’est l’incertitude.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’on sent beaucoup plus qu’on est prêt de cette frontière (ice-edge) entre la glace et l’eau. Par endroits, l’horizon est particulièrement sombre, ce qui signifie qu’il y a des zones d’eaux libres autour de nous. Des fractures, ou l’eau est en permanence à l’air libre. Tant que la houle est là et qu’il ne gèle pas. Les températures sont d’ailleurs très clémentes : – 1° C ce matin.

On a donc changé de régime climatique, c’est le régime de l’Atlantique qui prédomine maintenant. Avec ces wagons de dépressions hivernales. A notre latitude elles génèrent plutôt des vents d’est et de Nord pour l’instant. En France, elles sont plutôt orientées à l’Ouest. Avec ces courants sous marins d’eau chaude qui rabotent peu à peu par en dessous la banquise. Une banquise moins épaisse et donc beaucoup plus dynamique. Lorsqu’elle est soulevée par la houle, cette peau blanche craquelée, ondule sous le passage de chaque vague. C’est d’ailleurs cette houle qui inquiète à bord au moment où nous passerons l’ice-edge. La crainte, c’est que la houle empêche la goélette de pousser cette glace.

« On est prêt, mais c’est la glace qui n’est pas prête » me disait hier le capitaine Hervé Bourmaud. « A la sortie des glaces, il y aura deux routes potentielles : l’Islande ou le Spitzberg. Mais tout dépendra des vents, et du nombre de miles nautiques qui nous séparent de ces deux îles à ce moment là. De toute façon, soit nous sortons à gauche avant l’île de Jan Mayen. Soit nous descendons encore plus bas en glissant sur le courant du Groenland. Mais ça veut dire que nous nous dirigerions alors vers le détroit du Danemark, entre Islande et Groenland. C’est peut-être ce qu’il y aurait de plus délicat pour nous ».

Comme prévue la sortie sera de toute façon un moment difficile. Une fenêtre qu’il ne faudra pas rater. L’objectif est de l’ouvrir au bon moment.

Vincent Hilaire