Christian Cailleaux : la bande dessinée au fil de l’eau

© Christian Cailleaux

Parmi les artistes embarqués à bord de Tara lors de cette expédition, on comptera Christian Cailleaux. Français d’origine, illustrateur de la vie maritime, savant reporter de la vie en mer à travers la bande dessinée, il livre quelques clés pour décrypter son univers.

 

Christian, tu es illustrateur et auteur de bande dessinée. Peux-tu nous parler de ton travail ?

J’ai réalisé une quinzaine d’ouvrages de bande dessinée seul ou en collaboration avec un scénariste. Même si j’y évoque parfois des sujets divers, je m’en suis surtout servi pour raconter mon rapport au monde par le biais de la fiction car le voyage fait partie de ma vie depuis que j’ai vingt ans. Je suis d’abord parti au Congo Brazzaville où j’ai vécu quelque temps avant de sillonner l’Afrique Francophone, l’Océan Indien, puis l’Inde ou Singapour. Entretemps je me suis installé pendant deux ans à Montréal même si je n’ai jamais cessé de mener mon activité auprès des éditeurs français.

 
Christian CailleauxPortrait de Christian Cailleaux réalisé lors d’une de ses précédentes expéditions – © Marine Nationale

 

Ce n’est pas la première fois que tu embarques sur un bateau pour un long voyage. Peux-tu nous raconter tes précédentes expéditions ?

Grâce à ma rencontre avec le regretté Bernard Giraudeau il y a une dizaine d’années j’ai pu embarquer une première fois et c’est devenu une nécessité pour moi ! Dès lors, j’ai rejoint à plusieurs reprises des bâtiments de la Marine Nationale. Cela m’a permis de vivre une transatlantique de Brest à New York, de toucher Kerguelen et les Iles de la Désolation au-delà des 40èmes Rugissants ou de plonger huit jours en sous-marin nucléaire d’attaque !

 

Quel est le sentiment que tu ressens au milieu de l’eau ? Ces émotions ont-elles une influence sur ton dessin ?

Je me sens plus vivant ! Traversé par des sentiments surement un peu ésotériques difficiles à résumer comme de faire partie d’un tout, d’une grande force et d’un mystère, qui peut être autant hostile que d’une grande douceur. Cela a bien sûr beaucoup d’influence sur mon dessin, d’autant que je suis assez économe de traits, cherchant plutôt la ligne « juste ». Tenter de saisir sur le papier une vague mouvante devient alors un vrai défi !

 
©13EtrangeIllustration de couverture de la première édition de “Le troisième thé”, une BD publiée par les éditions Treize Etrange, dont le cadre est Paris, Montréal et Saint-Louis du Sénégal

 

Tes ouvrages ont le goût de l’évasion. Connais-tu les Philippines et le sud de la Chine que tu vas parcourir à bord de Tara ?

Je les ai presque frôlées puisque j’ai passé quelque temps à Singapour ou au Cambodge. Mais non, je ne connais pas ces deux endroits. On dirait que le chemin de ma vie, depuis mes jeunes années en Afrique, me pousse lentement de plus en plus loin vers l’Est. Cela me ravit !

 

Qu’attends-tu de cette participation à l’expédition Tara Pacific ?

Je sais déjà que ce sera une expérience extraordinaire avec véritablement du sens et de l’engagement. Je suis fier et heureux d’y trouver une petite place. J’ai hâte de « harceler » les scientifiques et spécialistes du bord pour tenter de restituer cela avec des images et un récit. Il y a 20 ans je voyageais le coeur léger et surtout bercé d’insouciance et d’illusions. Aujourd’hui ce n’est plus possible ! Les bouleversements du globe sont tels qu’il faut forcément donner un sens à son usage du monde. Ceci dit je compte bien également réaliser des images pour le seul plaisir du geste et de la création.

 
©Cailleaux_2Illustration réalisée par Christian Cailleaux à bord du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc au large de Punta Delgada (Açores), lors de son embarquement entre Brest et New York

 

Selon toi, quel(s) role(s) un artiste peut-il jouer pour faire connaître les enjeux environnementaux ? Te sens-tu concerné par ces problématiques ?

Oui, je me sens concerné, surtout depuis que j’ai un enfant en train de grandir dans ce monde. Avant cela je me sentais juste désarmé et désabusé. Aujourd’hui je suis prêt à me battre. Je suis convaincu que le langage particulier de la bande dessinée est un vecteur idéal pour ce genre de sujets. Sans être seulement simplificateur il peut surtout être un magnifique outil de vulgarisation et de sensibilisation.

 Propos recueillis par Mathieu Poulhalec

Retrouvez le travail de Christian Cailleaux ici

Articles associés