Dernier jour tropézien

© N.De.la.Brosse/Tara Expéditions

Chronique de Clémence Lesacq, la lauréate du concours d’écriture Libé-Apaj.

Dernier jour tropézien

Mercredi 3 octobre

 

8h30, matin calme sur Tara. Bonheur autour du petit-déjeuner. Oranges, muesli, pain  maison, café et thé, pots de confiture et de miel… J’ai découvert sur Tara l’importance des temps de repas pour un équipage. Moment de convivialité, mais plus encore, soupape de décompression dans un huis-clos que j’imagine pouvant tourner à l’orage. Et dans Tara, qui est amenée à voguer de longs mois sans se ravitailler, c’est comme un jeu de découvrir les emplacements où sont stockés les innombrables denrées alimentaires. Dans des coffres en bois sous les bancs du carré, au fond d’une cache au centre de la table principale, et, même, sous les lits des cabines.

Petit déjeuner pris, il sera bientôt l’heure d’hisser les deux voiles de la goélette et de reprendre la parade tropézienne. Le ciel est dégagé, la température encore douce. Les yeux au ciel, une envie soudaine: entreprendre enfin l’ascension du mât de Tara.

Baudrier un peu large autour des hanches, sac à dos aux épaules. A l’intérieur, un talkie pour me rassurer, un appareil-photo pour immortaliser. Martin, le capitaine, assure la sécurité, je me remémore mes vagues cours d’escalade datant du collège. Tentative inutile. Je fais bonne figure et me lance à l’assaut du mât. Les prises sont difficiles, très éloignées, elles blessent les mains. Muscles bandés, j’avance par étapes et, plusieurs fois, je pense à renoncer. Finalement, de pauses en pauses, encouragée par les conseils très lointain du pont, le nid de pie est à portée de jambes. Au bord du vide, je suis comme au bord de ma vie. Les mains crispées contre la rambarde, le coeur au bord des lèvres.

Au fil des minutes, la peur panique s’étiole, laissant place à un étrange sentiment de plénitude. Sous moi, Tara est plus belle que jamais. Dans l’eau, elle découpe des dentelles d’écume.

L’horizon m’entoure, c’est comme un appel. Une certitude: il est temps de quitter la baie et de reprendre la mer.

 

A propos de Clémence Lesacq :

En juillet 2014, Clémence Lesacq a gagné le prix Tara à l’occasion du concours d’écriture Libe-Apaj, organisé par Libération et l’Association pour l’aide aux jeunes auteurs, dont le thème cette année était « Sur la route et les chemins ».

Pour découvrir son texte « L’aube du voyage » qui a reçu le prix, cliquez ici. La lauréate sera à bord entre Marseille et Naples et nous enverra régulièrement ses chroniques depuis la goélette pendant cette traversée d’une douzaine de jours.

 

Articles associés : 

- Précédent texte de Clémence Lesacq.

- Artistes en résidence à bord de Tara.

- Plus sur le concours Libé Apaj.