Dans l’oeil de… ITW de François Aurat, chef de pont et photographe à bord de Tara

© Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Tara Oceans, Tara Méditerranée, Tara Pacific… Depuis 10 ans, François Aurat a été de toutes les expéditions. Quand il n’entretient pas les winchs ou les gréements sur le pont, Fanch’ – c’est ainsi que le surnomment les marins – s’empare de son appareil photo et c’est avec quelques milliers de clichés qu’il revient chaque fois. Les deux expositions qu’il présente ce mois-ci sont l’occasion de découvrir le travail de ce marin passionné.

Qu’est-ce qui t’inspire le plus à bord de Tara, en tant que photographe ?

Au début, je n’arrêtais pas de faire des photos du bateau, aujourd’hui, j’essaie de faire varier les sujets. Pendant les escales, j’aime rencontrer les gens et des animaux marins, découvrir des paysages… Je fais de la photo depuis que j’ai 14 ans et j’ai dû faire au moins 10 000 clichés au cours de l’expédition Tara Pacific (rires) !

Et parmi ces 10 000 photos, quelle sont celles dont tu es le plus fier ?

Hum… Je dirais celles que j’ai pu prendre pendant notre circumnavigation en Arctique, lors de Tara Oceans. De la Russie au Canada, l’océan Arctique recèle d’endroits quasi-inaccessibles où je doute pouvoir retourner de si tôt… Chaque image est unique.

_DSC0444Circumpolar – Expédition Tara Oceans © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

Et celles que tu aurais manquée, celles que regrettes le plus ?

Ce sont les photos au drone, par gros temps, lors de la Transat’ retour de Tara Pacific. La mer était déchaînée et pendant une semaine, Tara naviguait par 50 à 60 nœuds, cela équivaut à 95 – 110 km/h de vent. En temps normal, je vais en haut du mât, je me balade un peu dans tous les coins, je connais les angles et les endroits où me mettre pour avoir un cadre idéal. Là, j’aurais pu faire de très belles photos aériennes ou même depuis le mât, mais ça bougeait tellement que, sur le moment, je n’y ai pas pensé une seconde !

Le monde de Tara à travers un objectif est-il si différent de celui que tu vois à l’oeil nu comme marin ?

À vrai dire, j’aimerais beaucoup réaliser des petits sujets sur la vie à bord. Quand j’ai 5 minutes, je prends quelques photos, mais on forme une équipe alors j’évite d’embêter le capitaine ou la cheffe mécano à l’oeuvre et on ne chôme pas sur Tara

Et même après 100 couchers de soleil, on ne se lasse pas un peu ?

Jamais ! Mais en général, je ne fais pas de photos des couchers, je profite du moment. Aussi, je crois que je préfère presque le matin au soir, quand je suis seul, sur le pont aux premières lumières. Mais plus que le soleil ou les paysages, ce qui fait la richesse de la vie à bord, ce sont les rencontres à travers les océans et les pays notamment avec les scientifiques. En 10 ans, on a créé beaucoup de liens et j’ai tant appris sur le corail ou le plancton… C’est vraiment fort ! Avec la photo, j’arrive à immortaliser des moments que j’aurais certainement oubliés. Alors, je voyage 5 ou 6 ans en arrière, je replonge dans les expéditions, je retrouve ces visages que je n’ai pas revus depuis. C’est la magie de la photo…

François Aurat en haut du mât de Tara François Aurat en haut du mât de Tara © Francis Latreille / Fondation Tara Expéditions

En mars, tu as exposé ton travail à deux reprises. Quel est l’angle artistique pour chacune de ces expositions ?

Pour Impressions, j’ai choisi de montrer les dessins réalisés en utilisant la technique du “Gyotaku”, une technique d’empreinte japonaise. Avant la naissance de la photo, les pêcheurs locaux utilisaient cette technique pour immortaliser leurs plus belles prises, les plus gros poissons pêchés. C’était leur fierté. Quand je suis passé au Japon, j’ai trouvé le papier traditionnellement utilisé alors je me suis lancé. J’ai réalisé ces empreintes à partir des poissons pêchés sur Tara et j’ai offert mes illustrations aux personnes à bord. Mais j’en ai quand même gardé un petit peu pour faire mon expo… (rires)

Le thème de Tara, voyage au coeur de la machine climatique, c’est l’eau. L’exposition porte sur l’Arctique, mais pas uniquement. J’ai choisi des photos en lien avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces. Il y a des régions où on ne réalise pas que la Terre se réchauffe alors que dans certains endroits, tu as juste à regarder et tu t’en rends compte tout de suite. Il y a aussi ces photos de personnes qui vivent proches de l’eau comme les pêcheurs japonais justement.

Un petit mot sur tes prochaines aventures ?

J’aimerais retourner tout au nord du Canada où j’ai notamment rencontré des pêcheurs de narval vers Arctic Bay. J’aimerais bien faire un photo-reportage sur la vie de ces communautés depuis que la fonte des glaces s’est accélérée. De nombreux Inuits de Pond Inlet, au Nunavut, ont dû s’adapter et changer leurs habitudes… Une vie pourtant méconnue. Mais avant ça, nous avons une nouvelle mission à réaliser en Europe, avec Tara, et notamment sous le soleil de la Méditerranée que j’aime tant !

 

Photos de Tara Oceans Polar Circle en Arctique © François Aurat / Fondation Tara Expéditions

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