Jeu de mondanité

© F.Latreille/Tara Expéditions

Chronique de Clémence Lesacq, la lauréate du concours d’écriture Libé-Apaj.

Jeu de mondanité

Mercredi 3 octobre

C’est la première fois que Tara participe aux voiles de Saint-Tropez. Dans la baie, dès le matin, les déplacements des voiliers sur l’eau dessinent un ballet. On tournoie pour voir et, surtout, pour être vu. C’est un mécanisme bien rôdé, étonnant pour des yeux d’amateur. Tara joue le jeu et sort enfin ses deux voiles blanches sous le vent. Le soleil joue dans ses mâts.
Reconnaissable entre mille, le bateau mythique attire les regards et les flashs d’appareils. Habitué aux grands espaces et à la solitude, Tara apprend à parader, découvre un public qu’il n’espérait pas.

21 heures. C’est au tour des équipages de se montrer. Nous mettons pied à terre pour participer à la sardinerie annuelle, organisée sur le port. L’ambiance aurait pu être guindée, elle est plus que bon enfant. Cubis de rosé, salade de riz, sardines et lentilles préparées. Verres et couverts en plastique, assiettes en carton. Sur le bout de la digue, un orchestre joue des vieux morceaux de rock. Devant, quelques danseurs font tournoyer leurs partenaires. Jeux de jambes et déhanchés. Aucun dress-code, mais les écussons florissent sur les torses des marins. Chacun représente fièrement son voilier à terre. Un ballet terrestre a remplacé celui des flots.
Venus de Dunkerque, des matelots-carnavaleux détonnent soudainement dans l’obscurité. De toutes les couleurs, grimés en femmes, ils arborent des mines joyeuses et des perruques fatiguées. Dans leurs mains, le traditionnel hareng du carnaval a lui aussi fait le voyage depuis le nord.
Les groupes se forment, se dispersent, se reforment, les échanges sont faciles. Au bout d’un certain temps, comme muée par une force invisible, une troupe festive migre vers un bar le long du port. A Saint-Tropez, les nuits sont longues.

A propos de Clémence Lesacq :

En juillet 2014, Clémence Lesacq a gagné le prix Tara à l’occasion du concours d’écriture Libe-Apaj, organisé par Libération et l’Association pour l’aide aux jeunes auteurs, dont le thème cette année était « Sur la route et les chemins ».

Pour découvrir son texte « L’aube du voyage » qui a reçu le prix, cliquez ici. La lauréate sera à bord entre Marseille et Naples et nous enverra régulièrement ses chroniques depuis la goélette pendant cette traversée d’une douzaine de jours.

 

Articles associés :

- Précédent texte de Clémence Lesacq.

- La vie à bord vue par notre correspondante, Noëlie Pansiot.

- Le concours Libé-Apaj.