« La seule crainte que j’avais, c’était celle de la page blanche. »

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Ils étaient 300 au départ et il n’en reste qu’une, tel pourrait être le teaser d’une émission de téléréalité d’aventure bien connue. Mais il n’en est rien, Clémence n’a pas eu à se distinguer par la force ou par l’endurance, elle s’est juste adonnée à ce qu’elle aime le plus : l’écriture. Gagnante du concours Libération APAJ pour l’aide aux jeunes auteurs, Clémence a été sélectionnée pour embarquer à bord de Tara pendant 15 jours, entre Marseille et Naples. L’occasion de faire connaissance avec cette jeune plume.

Quel est ton parcours ?

Je suis originaire de Lille, où j’ai effectué toute ma scolarité jusqu’à ma licence. A partir de la 3ème, j’ai su que je voulais devenir journaliste, j’ai donc passé les concours des écoles de journalisme et j’ai choisi celle de Strasbourg. J’ai réalisé mon dernier stage au mois de juillet, dans la rédaction du Figaro, donc ma scolarité est désormais dernière moi.

Ce passage à bord de Tara, c’est une transition…

C’est exactement ça ! Mais ce que je fais à bord de Tara ce n’est pas encore un « vrai travail » parce qu’il y a ce côté plaisir qui fait que je ne considère pas ça comme du travail. C’est loin d’être une corvée ! J’adore écrire…

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste le concours Libération APAJ que tu as gagné ?

Il s’agit d’un concours pluridisciplinaire, dédié aux moins de 30 ans : des bourses sont accordées aux meilleurs écrits. Il y a également des prix pour les meilleurs carnets de voyage et carnets sonores. Cette année, le thème était « le voyage » et en plus des deux bourses habituelles pour les écrits, il y avait un nouveau prix, le prix Tara, que j’ai remporté. Je ne pensais pas être sélectionnée, j’ai envoyé mon papier la veille de la dead line. Cela faisait un an que je n’avais pas voyagé, parce que mes études ne m’en laissaient pas vraiment le temps. La date limite d’envoie était le 29 avril, et 3 jours après je partais en Birmanie, ce qui était extrêmement frustrant parce que j’aurais bien aimé pouvoir écrire sur ce voyage. Et puis 2 jours avant la date clé, je me suis dit que j’allais quand même rédiger quelque chose, j’ai donc un peu détourné le thème et au lieu d’écrire sur un voyage que j’avais fait, j’ai écrit sur le voyage que j’allais faire, sur la partie « rêvée du voyage ». On rêve tous avant de partir, surtout lorsque ce sont des endroits comme la Birmanie où il est impossible de réellement savoir ce qui s’y passe. J’ai écrit sur ce qui se passe dans notre tête avant d’aller quelque part.

Avais-tu des craintes ou des attentes avant d’embarquer ?  Quel était ton état d’esprit ?

La seule crainte que j’avais, c’était celle de la page blanche. Tous les jours, je dois écrire un billet sur le quotidien à bord. On m’a laissé carte blanche, on m’a dit qu’on avait confiance en moi et que ça allait bien se passer. Du coup, j’avais peur de ne pas répondre aux attentes et de na pas être à la hauteur. J’avais aussi une autre crainte : le mal de mer. Mais elle était moindre, et je me disais que je m’en sortirais toujours, même avec le mal de mer.

J’ai été dans un état d’excitation à partir du moment où j’ai su que j’allais embarquer, j’y ai pensé tous les jours jusqu’au jour J. Et à Marseille, lorsque j’ai aperçu Tara  pour la première fois, j’ai vraiment eu un frisson.

Et maintenant que tu es à bord ?

Pour ce qui est de ma peur de la page blanche, ça ne m’est pas encore arrivé. Je découvre énormément de choses, avec un regard un peu naïf de quelqu’un qui n’est jamais monté à bord d’un bateau. Un voilier  scientifique de surcroit, moi qui suis une littéraire ! Dans ces conditions, la page blanche est quasiment impossible. En ce qui concerne le mal de mer, disons que j’ai eu 3 jours un peu tristes au fond de mon lit, mais j’ai l’impression que ça va mieux maintenant. Quant à la vie à bord et à la joie d’être là, elles correspondent exactement à ce que j’avais imaginé.

Comment peux-tu qualifier cette aventure ?

C’est une aventure humaine, pleine de rencontres. Et puis tout ce qui constitue Tara, le côté scientifique et le côté marin sont des choses que je ne connaissais absolument pas, c’est donc extrêmement enrichissant. Les 1000 euros de la bourse APAJ que j’aurais pu gagner à la place, n’auraient pas changé ma vie, alors qu’une expérience comme celle-ci, je m’en souviendrai toujours.

Comment s’annonce ton retour à terre ?

C’est le retour à ma réalité quotidienne. Ici, nous sommes dans une réalité à part, dans un espace temps complètement différent. Tous les repaires sont brouillés : l’équipe travaille jour et nuit, le rythme est particulier, il y a pas de weekend etc. Je risque donc d’avoir un petit coup de mou à mon retour, les premiers jours ne seront pas forcément faciles parce que j’aurai toutes les images en tête. Et je me demanderai ce que l’équipage est en train de faire, ou de voir. Mais le côté triste laissera place aux bons souvenirs, et ce passage à bord de Tara m’offrira peut être des opportunités professionnelles avec des gens rencontrés à bord.

Le mot de la fin…
Tara est un projet auquel je crois et je lui souhaite longue vie.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

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