Rencontre avec Tara

© F.Latreille/Tara Expéditions

Chronique de Clémence Lesacq, la lauréate du concours d’écriture Libé-Apaj.

Rencontre avec Tara

Lundi 29 septembre

J’ai d’abord aperçu ses deux mâts. Grandes antennes oranges, surplombant la masse de bateaux amarrés au vieux-port de Marseille. Puis, peu à peu, sa coque en aluminium, reconnaissable parmi toutes. Puissante, d’un gris lourd et métallique. Une sensation d’usé. Et, comme un éclair découpée dans la nuit, quatre lettres sur fond orange: T, A, R, A. Tara. Frissons depuis la digue.

A quai, devant la goélette mythique, un stand sous chapiteau blanc. T-shirt, pin’s, sweats et livres sont à vendre. Tout autour, une petite foule amassée attend son tour pour visiter Tara. Je me faufile entre les adultes et les enfants, passe sous la ligne d’interdiction de passer. Privilégiée.

Depuis le pont, un marin m’interpelle : Clémence ? Premier contact, premier sourire. Bienvenue à bord de Tara.

La première visite est brève. Echelle périlleuse pour monter sur le pont, suivie de pas maladroits pour atteindre la timonerie et l’alcôve extérieure qui la précède. Coup d’oeil sur la barre en entrant. Escalier raide depuis le cockpit. En bas à gauche, la salle des machines, où l’on me présentera par la suite Brigitte et Thérèse, les deux moteurs (pour bâbord et tribord, bien entendu). A l’opposé des machines, le carré, qui est l’espace de vie à bord. Véritable cocon, il se divise en une cuisine toute équipée à bâbord, légèrement en contrebas, et de deux tables bordées de bancs confortables à tribord. Dominantes de bois clair et de bleu marin. Luxe ultime: une bibliothèque toute en longueur, où se tutoient livres d’expédition et romans oubliés. Puis, un long couloir sinueux, qui ouvre sur un labo sec, les cabines doubles, les WC et les douches. Tout est minimaliste, pensé confort mais pratique. Rien n’est de trop. Par endroit, des signes que la vie humaine ne quitte pas le navire. Une corde où pendent des serviettes humides, du linge. Plus profondément encore vers la proue, la cale avant multiplie les frigos : alimentaires ou réservés aux échantillons scientifiques. Au plafond, un rond de lumière, une ultime échelle, on ressort sur le pont à la tête de Tara. A l’air libre, je lève les yeux. Tout en haut des mâts, deux corbeilles de pirate. Un flash. Le personnage de Baba dans Astérix. Je me promets de vaincre ma peur pour y grimper au moins une fois. J’ai 13 jours pour tenir ma parole.  

Clémence Lesacq 

 

A propos de Clémence Lesacq :

En juillet 2014, Clémence Lesacq a gagné le prix Tara à l’occasion du concours d’écriture Libe-Apaj, organisé par Libération et l’Association pour l’aide aux jeunes auteurs, dont le thème cette année était « Sur la route et les chemins ». 

Pour découvrir son texte « L’aube du voyage » qui a reçu le prix, cliquez ici. La lauréate sera à bord entre Marseille et Naples et nous enverra régulièrement ses chroniques depuis la goélette pendant cette traversée d’une douzaine de jours.

 

Articles associés :

- Première chronique de Clémence Lesacq.

- Seconde chronique de Clémence Lesacq.

- Résidence d’artistes à bord de Tara Méditerranée.