Voyage en Géorgie du Sud, par Loulou Picasso

© Voyage en Géorgie du Sud 2005 A découvrir dans lexposition TARA 10 ANS 20 REGARDS D’ARTISTES

Loulou Picasso revient sur son oeuvre réalisée à partir de son voyage à bord de la goélette en novembre 2005

À l’occasion des 10 ans de Tara Expéditions, les artistes embarqués pendant les expéditions scientifiques à bord du voilier Tara se partagent les murs de la maison agnès b. à Paris.

“Arrivé de Paris avec le photographe Francis Latreille après avoir passé une journée à Santiago du Chili, nous avons retrouvé le Tara à Port Stanley dans les Falklands (les Malouines). Je n’avais jamais fait de voyage en haute mer. Ce fut une expérience saisissante, impressionnante. La vie à bord parmi les marins et les scientifiques anglais, les mouvements de Tara dans la forte houle, les grands albatros tournoyant autour du bateau, le premier iceberg, tout était nouveau.

Pendant les 5 jours de la traversée depuis le continent pour aller rejoindre les côtes nord de la Géorgie du Sud, je passais mes journées dans le petit carré que j’avais transformé en un sommaire atelier. Je photographiais tout ce que je pouvais voir, tout ce qui arrivait. Je transformais toutes ces images en courtes animations que j’envoyais pour le site Internet, tous les soirs. La tenue quotidienne de ce blog illustré était au départ ma principale activité artistique.

Un fois en vue des côtes, je fus saisi par les pentes abruptes des montagnes, des très hauts sommets brusquement sortis de la mer, des collines grises ou vertes zébrées de neige, et par les plages bruyantes peuplées d’innombrable animaux.

Pendant le voyage, dans la bibliothèque du bord, j’avais feuilleté les livres relatant l’expédition de Shackleton et les nombreuses péripéties de son voyage en Géorgie du Sud. J’étais empli d’admiration et d’inquiétudes. Et durant les moments agités de navigation, où toutes autres activités étaient impossible, j’avais relu “les aventures d’Arthur Gordon Pym” de Edgar Alan Poe où une grande partie du roman se passe sous ces latitudes. J’avais cette vision romantique du paysage en tête lorsque j’entrepris de représenter la côte qui se déployait devant moi. Une approche plus littéraire, descriptive.

Je me mis à peindre sur le pont du bateau, au mouillage, pendant que le reste de l’équipage débarquait sur les plages. Je passais ainsi des heures, engourdi par le froid, à dessiner ce qui se dressait devant moi. Un point de vue loin de la contemplation, ne pas tourner autour mais être dans le paysage. Peindre d’un territoire éprouvé, pénétré, traversé du regard. Présenter ensuite les peintures en un long déroulé, un ruban, une longue marche.

Les autres moments, j’accompagnais Francis lors de ses prises de vues photographiques. Nous marchions longtemps le long des grèves et sur les collines en surplomb. Parfois il fallait courir pour échapper à la fureur des otaries, frôler presque les éléphants de mer. Mais quel émerveillement de se retrouver seul parmi des dizaines de milliers de manchots royaux. Quel étrangeté de retrouver tous ces animaux, au détour d’une rue, derrière une porte dans les villes fantômes que sont devenues les stations baleinières. C’est une expérience unique d’être là à ce moment.

L’exposition “Tara, 10 ans, 20 regards d’artistes” est aussi enrichissante. Elle permet de confronter d’autres approches, d’autres sensibilités et d’entrevoir d’autres possibilités de voyage.”

Loulou Picasso