EN DIRECT DU BATEAU

29/12/17

Vidéo : Noël dans le Pacifique

Les Taranautes s’étaient donnés rendez-vous sur le pont, le 25 décembre à 9h du matin. Et sous le sapin de …

Les Taranautes s’étaient donnés rendez-vous sur le pont, le 25 décembre à 9h du matin. Et sous le sapin de Noël, chacune des 15 paires de tongs accueillait un présent.
Loin de leurs familles, au coeur du lagon d’Helen Reef, les équipiers ont partagé un joli moment de convivialité. Revivez l’ouverture des cadeaux en images.

© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

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© Noëlie Pansiot / Tara Expeditions Foundation
26/12/17

Fête de Noël aux confins du Pacifique

Deux petites journées ont suffi pour rallier la République de Palau depuis Sorong, en Indonésie. La goélette a filé à …

Deux petites journées ont suffi pour rallier la République de Palau depuis Sorong, en Indonésie. La goélette a filé à bonne allure, alliant voile et moteur, en direction de son premier site d’échantillonnage : Helen Reef. Ces 48h de navigation auront permis aux nouveaux équipiers de s’ajuster à l’heure locale et d’oublier leurs longs voyages depuis les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, la France et la Hollande. Depuis leur arrivée à bord, toute l’équipe communique dans la langue de Shakespeare, avec des accents plus ou moins prononcés. C’est encore l’accent français qui chante le plus dans les entrailles de la baleine…

Désormais bien ancrée dans le lagon d’Helen Reef, la plus grande réserve maritime de Palau, la goélette a pu accueillir les festivités de Noël. Car oui, malgré les plongées d’échantillonnage de coraux, les pompages d’eau, les tâches quotidiennes à accomplir et les milliers de kilomètres qui séparent les Taranautes de leurs familles, tous font la part belle aux fêtes de fin d’année. La nouvelle équipe se constitue de 6 scientifiques, dont la plupart avait déjà embarqué sur Tara et d’un artiste néerlandais, Maarten Stok, qui ne cesse de faire vibrer la baleine au son de sa guitare.

 

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Nicolas Bin, Second et Maarten Stok artiste embarqué, lors d’une répétition musicale sur le pont © Eric Röttinger / Kahi Kai

 

Maarten Stok, Nicolas Bin, Second, et Samuel Audrain, Capitaine, ont d’ailleurs formé un nouveau groupe. Assidu et appliqué, le trio se retrouve chaque jour pour peaufiner les morceaux qu’il jouera le soir du réveillon. Les incontournables du répertoire musical de Tara, comme Liber Tango ou Tango pour Claude, seront complétés par de nouvelles créations de Maarten.

Dans la cuisine, Marion Lauters peaufinait le menu du 24 décembre : gougère au fromage ; mousse d’avocat et poisson cru. Sans oublier la touche sucrée qui est venue clôturer ce festin : une glace à la praline confectionnée par la fée cuisinière dans le PC Com, l’une des rares pièce encore climatisée du bateau, où Marion était sûre de pouvoir réussir une chantilly digne de ce nom. En cale arrière, le son de la scie sauteuse annonçait quant à elle la confection d’un sapin en bois, dessiné par Loïc Caudan, Chef mécanicien et créateur de décorations de Noël.

 

Sapin_Noel@NPansiotSapin de Noël confectionné par Loïc Caudan, Chef mécanicien – © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Même ici, les Taranautes attendaient le Père Noël de pied ferme. Chacun a offert un cadeau à un équipier dont il a tiré le nom au sort. Marin comme scientifique se sont creusé la tête depuis quelques jours déjà, avec cette envie partagée par tous : faire plaisir à l’autre et perpétuer la magie de Noël jusqu’ici, aux confins du Pacifique.

Noëlie Pansiot

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© Guillaume Bourdin / Tara Expeditions Foundation
26/12/17

Indonésie : l’océan suffoque sous le plastique

Les 4 jours d’escale technique réalisée à Sorong, province indonésienne située à l’ouest de la Papouasie occidentale, auront marqué les …

Les 4 jours d’escale technique réalisée à Sorong, province indonésienne située à l’ouest de la Papouasie occidentale, auront marqué les esprits des Taranautes. En mettant pied à terre, tous ont pu constater, un peu ahuris, l’ampleur d’une pollution qu’ils ne soupçonnaient pas. Sorong, ville de plus de 200 000 habitants, croule sous les déchets plastiques. Sorong n’est malheureusement pas une exception dans le plus grand archipel au monde.

 

Ballet aquatique de plastique

Les bancs de sable qui bordent la ville, çà et là, débordent de détritus : objets à usage unique ; bidons d’huile ; tongs ; briquets… Dans son ballet aquatique, le ressac brasse une soupe infâme. Les propriétaires de nombreuses petites échoppes alignées le long de la route, jettent leurs poubelles sur ces mêmes langues de sable. Il leur suffit de tendre le bras pour se délester de ce qu’ils ne veulent plus. Les canaux creusés le long des habitations pour accueillir le tout à l’égout voient défiler des centaines de bouteilles vides, flottant bouchons en l’air. Comme 80% des déchets présents en mer, toutes ces bouteilles jetées à terre, suivront le fil de l’eau et termineront leur course dans l’océan. Chaque année, entre 10 et 20 millions de tonnes de déchets sont déversés dans les océans, dont 80 % sont des plastiques.*

 

Le deuxième plus grand pollueur en terme de plastique

D’après un rapport publié dans le Journal des Sciences en 2015, l’archipel indonésien serait le deuxième plus grand pollueur en terme de plastique, juste après la Chine. Situé au cœur du fameux Triangle de corail, le territoire maritime indonésien abrite pourtant le plus haut niveau de biodiversité au monde. Mais pour combien de temps encore ?

C’est d’ailleurs au départ de Sorong que les touristes, de plus en plus nombreux, empruntent le ferry pour rejoindre Waisai, porte d’entrée de Raja Ampat, site de plongée très réputé. De là, les visiteurs empruntent de petites embarcations pour séjourner dans des gîtes bordant une eau turquoise, sur l’île de Kri ou de Gam. Mais en y regardant de plus près, les jolies plages bordées de cabanons sur pilotis se révèlent, elles aussi, jonchées d’objets que les locaux ne se donnent même plus la peine de collecter.

 

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L’équipe de scientifiques atterrée devant l’accumulation d’autant de déchets en mer – © Eric Röttinger / Kahi Kai

 

Sous l’eau, malgré le statut de Parc National de Raja Ampat, la situation n’est pas plus réjouissante : produits dérivés du pétrole et organismes marins se côtoient au quotidien dans un lieu qui était, encore récemment, un véritable paradis sous-marin.

L’Indonésie doit désormais faire face à une pollution massive et son gouvernement en a pris conscience. Lors de l’un des derniers sommets mondiaux sur l’Océan, le Ministre de la coordination des affaires maritimes d’Indonésie annonçait vouloir réduire de 70% la pollution marine dans les huit prochaines années. Pourtant, la collecte des déchets relève encore du concept dans de nombreuses îles de l’archipel.

 

Des leviers pour réguler la production ?

Mais alors qui incriminer : les consommateurs, l’Etat indonésien, l’industrie pétrolière ? Que faire pour inverser la tendance ? Dans un pays où les revenus peuvent se révéler assez bas, les ventes de produits plastiques en doses uniques connaissent un grand succès. C’est toute une population qui doit alors être sensibilisée. Parallèlement, il est temps que les pouvoirs publics jouent leur rôle en assurant un service de collecte et de recyclage efficace.

 
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Accumulation de déchet en tout genre – © Eric Röttinger / Kahi Kai

 

L’industrie pétrolière et son lobby

Lorsque cette question des responsabilités se rapporte à l’échelle planétaire, certains experts pointent du doigt l’industrie pétrolière et son lobby. C’est le cas du Centre de droit international de l’environnement (CIEL) qui, dans un rapport récent, estime que les fabricants de plastique ont pris conscience des problèmes causés par leurs produits dès les années 1970. Mais une part de l’industrie plastique continue de nier ; elle combat les réglementations et met à mal les solutions proposées. Pire, elle rejette la responsabilité sur les consommateurs. Pour les fabricants, leur implication se limite aux déchets plastiques sous forme de granulés de résine et ne prend pas en compte la fin de vie des produits fabriqués avec.

Pour un traité international

Au sein de la Fondation Tara Expéditions, à travers les actions menées depuis 2003, nous nous efforçons de mettre en avant les faits scientifiques, les questionnements, et parfois même les doutes si nécessaires à la remise en cause des idées reçues. Partager cet état d’esprit, c’est apporter des éléments concrets aux débats, aux citoyens, aux entrepreneurs et aux politiques.

Aujourd’hui, nous défendons la mise en place d’un traité international qui pourrait réduire cette crise du plastique. Il nous semble indispensable de contraindre et réguler son impact tout au long du cycle de vie des produits, de leur production jusqu’à la pollution de nos Océans.

Noëlie Pansiot

* https://www.nature.com/articles/ncomms15611

A lire également sur la thématique des plastiques en mer : Le Livre bleu de Tara pour la Méditerranée.

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© Noëlie Pansiot / Tara Expeditions Foundation
14/12/17

Changement de cap, Tara n’ira pas en Indonésie

Une fois n’est pas coutume, la goélette revoit sa route. A bord, le Capitaine télécharge de nouvelles cartes marines grâce …

Une fois n’est pas coutume, la goélette revoit sa route. A bord, le Capitaine télécharge de nouvelles cartes marines grâce à la connexion satellite. A terre, l’équipe logistique s’organise pour modifier les dates et le port d’entrée de la relève scientifique. La raison de ce changement de dernière minute ? Un refus de la part du gouvernement indonésien de prélever dans ses eaux territoriales. Explications.

Depuis des mois, la Fondation Tara Expéditions et son équipe déploient une énergie continue pour organiser ce grand chapitre d’exploration contemporaine à travers l’océan Pacifique. Tracer un transect scientifique cohérent pour échantillonner différentes espèces de coraux ; s’enquérir de la sécurité de l’équipage sur une route parfois soumise au piratage ; mettre en place une logistique adéquate pour accueillir un roulement de 70 scientifiques et 6 membres de l’équipage en permanence ; entrer en contact avec les représentants de 30 pays pour présenter le projet ; effectuer des demandes d’autorisation pour échantillonner… La liste n’en finit pas.

 

1 Cap_sur_Sorong@NPansiot© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Parfois, malgré des efforts d’anticipation et d’organisation, l’équipe terre-mer doit se repositionner et revoir ses plans. C’est le cas aujourd’hui, suite à un refus de prélèvement, émanant du gouvernement indonésien. Romain Troublé, Directeur général de la Fondation Tara Expéditions réagit vivement à cette décision : « C’est regrettable d’autant que les enjeux des récifs coralliens en Indonésie sont majeurs. Regrettable aussi de constater que l’ambition de l’Indonésie, hôte de la Conférence “Our Ocean 2018″, ne soit pas suivi d’actes comme cette participation à un programme de recherche d’envergure pan-pacifique inédit comme Tara Pacific» Après 14 années d’expéditions, seulement 2% des pays sollicités ont refusé l’entrée de la goélette dans leur territoire maritime.

Tara n’ira donc pas dans l’archipel des Moluques, comme prévu. Peu importe, cette capacité d’adaptation constitue indéniablement l’une des forces majeures du projet. Le bateau effectuera malgré tout un très bref arrêt en Indonésie, pour accueillir sa nouvelle équipe scientifique à Sorong, ville portuaire de l’est de l’Indonésie. Elle quittera le pays aussitôt, pour prendre la direction de Palau, où elle est attendue. Composée de six archipels de 300 îlots et 26 îles, la République de Palau, en Micronésie, constituera un vaste terrain d’exploration pour les Taranautes et une escale accueillie par le Président des Palau, l’un des premiers à s’être associé à Tara lors de la COP21 pour faire entendre la voix de l’Océan (déclaration “Because the Ocean).

 

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Guillaume Bourdin, Ingénieur Océanographe, règle la voile - © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Le tracé réajusté du transect mènera tout d’abord l’équipage vers de petites îles reculées, encore peu étudiées : Hatohobei, Sonosol, Pulo Anna. 

Les prélèvements autour de Koror, l’île la plus peuplée de Palau, se dérouleront du 4 au 9 janvier 2018. Une autre mission spécifique menée par l’équipe de Monaco s’étirera par la suite du 11 au 20 janvier. Ce n’est qu’après avoir sillonné et échantillonné dans le fameux Triangle de corail, au cœur de ces « petites îles » (Micronésie), que la goélette réalisera une escale finale dans le port de Koror du 20 au 22 janvier 2018 avant de faire cap vers les Philippines.

Noëlie Pansiot

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© Noëlie Pansiot / Tara Expedition Foundation
28/11/17

Tara explore une biodiversité inconnue en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Ils sont six et constituent la nouvelle équipe scientifique pour un leg baptisé « Biodiversité et Interactions ». Tous espèrent découvrir de …

Ils sont six et constituent la nouvelle équipe scientifique pour un leg baptisé « Biodiversité et Interactions ». Tous espèrent découvrir de nouvelles espèces au gré d’explorations sous-marines répétées, sur 4 zones majeures, dans la baie de Kimbe, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Certains comptent percer les secrets des interactions chimiques entre espèces ; d’autres aimeraient débusquer de nouvelles molécules utiles en santé humaine… Quelle que soit leur spécialité, les chercheurs s’affairent déjà sous l’eau, mais aussi à bord, devant une paillasse ou un séquenceur génétique. 

 

Chef scientifique de ce nouveau leg et biologiste marin au CRIOBE, Emilie Boissin est embarquée depuis plusieurs semaines. De l’ancienne équipe, elle est le flambeau et la mémoire vive qu’elle entend bien transmettre.  Avant que tous les membres de la relève scientifique n’aient mis un pied sur le pont, Emilie évoquait l’objectif de cette mission un peu à part : « Nous naviguons dans le Triangle de corail, extrêmement riche en biodiversité marine. Beaucoup d’espèces présentes ici sont probablement encore inconnues. Nous allons donc répertorier des groupes peu étudiés comme les hydraires, les ophiures ou les éponges. Nous essayerons d’identifier génétiquement les espèces de coraux à bord de Tara. Souvent, une simple observation morphologique in situ n’est pas suffisante. Nous espérons ainsi obtenir des confirmations génétiques en temps réel, à l’aide d’un petit appareil de séquençage ADN appelé MinION. »

 

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Jolies crinoïdes installées sur une éponge - © Jonathan Lancelot / Fondation Tara Expéditions

 

Lors de la « grande messe », la réunion qui ouvrait ce nouveau chapitre scientifique, Emilie pointait les zones d’exploration sur une carte : Kimbe Island ; Kapepa island ; Restorf Island…  Et chacun pu ensuite évoquer les raisons de sa présence sur la goélette. Julie Poulain, Ingénieure d’Etude au Génoscope - CEA - et habituée des embarquements Tara, piquait la curiosité des Taranautes en dévoilant le fameux séquenceur ADN : « plus petit qu’un smart phone ! »

 

En prenant la parole, Bernard Banaigs, chercheur à l’INSERM, a tout de suite fait poindre une note d’humour : « Vous avez la chance d’avoir deux chimistes sur Tara, Olivier et moi-même, deux barbares. Tout d’abord, nous allons nous concentrer sur l’espèce cible Millepora platyphylla en étudiant la compétition qui existe avec d’autres coraux. Parce qu’il a été observé qu’elle se protège assez bien des compétiteurs pour l’espace. Nous souhaitons comprendre quelle est l’influence de ses voisins sur les molécules de défense produites par l’espèce. En fait, dans le milieu marin, il existe une guerre chimique intense de tous les instants. Pour lutter contre les concurrents, les prédateurs ou les colonisateurs, tout un tas de molécules sont émises pour se protéger. Un bouclier chimique en quelque sorte ! Nous essayerons donc de comprendre si ces molécules de défense peuvent avoir un intérêt, pour l’Homme, en santé humain, domaine phytopharmaceutique ou anti-fouling. »

 

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Petites ascidies vertes et roses accrochées sur une éponge - © Jonathan Lancelot / Fondation Tara Expéditions

A ce jour, seulement 10% de la biodiversité marine, toutes espèces confondues, aurait été répertoriée : soit 200 000 espèces cataloguées sur un total estimé à 2 210 000*. En s’intéressant de plus près au seul groupe des cnidaires, qui regroupent les coraux, les hydraires ou encore les méduses, 9795 espèces ont été cataloguées. Mais aucune estimation globale n’a été réalisée pour ce groupe. Les océans n’ont pas fini de dévoiler leurs richesses aux explorateurs contemporains.

Pour Emilie Boissin, les Taranautes devront donc ouvrir l’œil et prêter attention à chaque forme de vie : « puisque même ce qui pourrait ressembler à une espèce connue à première vue, pourrait ne pas l’être. »

Noëlie Pansiot

 

*Brett R. Scheffers, et al. (2012), What we know and don’t know about Earth’s missing biodiversity, Trends in Ecology & Evolution.

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© Jonathan Lancelot / Tara Expeditions Foundation
22/11/17

Noëlie Pansiot, correspondante de bord à la relève

Après 39 heures de voyage pour rallier Paris à Kimbe Bay, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’expression populaire « ça se mérite » prend tout son …

Après 39 heures de voyage pour rallier Paris à Kimbe Bay, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’expression populaire « ça se mérite » prend tout son sens. Samuel Audrain, Capitaine entrant, Marion Lauters, Marin-cuisinière et Daniel Cron, Chef de pont seront sans doute d’accord. A nous 4, nous formons la relève des Taranautes et nous venons de traverser le globe en avion pour relayer les équipiers sortants. Voici le récit de mon voyage.

 

Après un départ quelque peu tumultueux, un vendredi soir à 18h30, lors d’une soirée de match de foot qui peut rendre le nord de Paris aussi embouteillé qu’un carrefour du Caire en pleine journée, j’ai attrapé un premier vol Paris-Dubaï. Ce n’est qu’une fois assise dans l’avion N°1, un Airbus A380, que je prends toute la mesure du périple qui m’attend : 4 vols et près de 15 000 km à parcourir. Je songe déjà aux trois mois de mission à venir, à la découverte du fameux Triangle de corail, l’épicentre de la biodiversité marine de la planète. Certains scientifiques murmurent que c’est là-bas que tout aurait commencé. Les coraux se seraient peut-être propagés sur la planète à partir de ce lieu…

La liste des sujets potentiels à traiter par écrit ou vidéo défile dans ma tête. Le premier qui me vient à l’esprit se révèle largement inspiré par le nombre de déchets à usage unique distribués dans l’avion. Je pense aux chiffres qui figureront dans un prochain article dédié à la pollution plastique. J’ai beau tendre mon gobelet pour le faire remplir, les hôtesses me le remplacent quasi systématiquement par un autre, déjà plein. Et lorsque, mue par mon instinct écologique, je pose la question du recyclage, on me fait les gros yeux en mimant non de la tête.

 

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Noëlie Pansiot, correspondante de bord, fera de nouveau partie de l’équipage jusqu’aux Philippines - © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Paris – Dubaï – Brisbane – Port-Moresby – Kimbe Bay. Trois avions plus tard et X gobelets en plastiques au compteur, me voici à la sortie de l’aéroport international de Port Moresby, capitale de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une chaleur humide m’enveloppe et j’avance, sourire aux lèvres, vers l’aérogare domestique pour un dernier vol. Direction Kimbe Bay, dans la province de Nouvelle-Bretagne située sur la plus grande île de l’archipel Bismarck. Cette large baie figure parmi les sites majeurs du Triangle de corail, elle abriterait 60% des espèces présentes dans la zone Indopacifique.

L’avion N°4, opéré par l’unique compagnie locale contient seulement 36 places. Je m’installe côté hublot pensant naïvement profiter de la vue au décollage. Je scrute l’intérieur du « coucou » qui semble déjà avoir dépassé son quota d’heures de vol. La fatigue aura raison de mon inquiétude…

Une heure plus tard, une main se pose sur mon épaule et me tire doucement de mon sommeil. Ma voisine m’explique : « Nous devons changer d’avion, celui-ci à un problème technique. » L’appareil n’a pas bougé d’un centimètre.

 
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Kimbe Bay, lieu de destination de notre correspondante de bord, Noëlie, qui embarque à bord de Tara pour 3 mois - © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Je reprends mes esprits, rassemble mes affaires et me dirige vers l’avion N°4 Bis. Regina, 50 ans, s’installe à mes côtés et se confesse : « J’ai prié Dieu pour que l’on change d’avion. Il m’a exaucée ! » Je la remercie. Avoir parcouru tout ce chemin pour ne rien voir du territoire Papou aurait été désobligeant. La discussion se poursuit. La charmante institutrice m’explique que nous ne sommes plus très loin de l’aéroport d’Hoskins : « Lorsque nous survolerons une grande étendue de palmiers à huile, nous serons arrivés. »

Derrière mon hublot, les rangées de palmiers ont remplacé une épaisse forêt. Nous atterrissons sans encombre. Paris n’est plus qu’un vieux souvenir… Dans quelques heures les deux mâts de la goélette se dresseront devant moi, dans une baie du bout du monde. Et je retrouverai quasiment le même équipage que j’avais laissé il y a un peu plus de 4 mois aux îles Fidji. Mais avant le temps des retrouvailles vient celui du repos.

 

Noëlie Pansiot

 

 

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16/11/17

Des coraux résistants à la chaleur de l’activité volcanique?

Ce mardi 14 novembre à 15h30 locale, Tara est arrivée à quelques kilomètres de Kimbe, capitale de la province de la Nouvelle-Bretagne …

Ce mardi 14 novembre à 15h30 locale, Tara est arrivée à quelques kilomètres de Kimbe, capitale de la province de la Nouvelle-Bretagne occidentale. Longeant la côte nord de cette île de Papouasie Nouvelle-Guinée, nous avons accompli les derniers miles sans vent et à l’aide des moteurs.

Simon Rigal, capitaine de Tara depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande) va quitter le bord en passant le relais à Samuel Audrain.

Avec 110 kilomètres de large pour 60 de long, Kimbe Bay est considérée comme le cœur du Triangle de Corail. Pour l’équipe scientifique emmenée par Rebecca Vega Thurber (Oregon State University), trois nouveaux sites d’échantillonnage y sont prévus.

 

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Les “bateaux-île” sur le chemin © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Une succession de volcans, dont certains encore en activité. Des îles-bateaux dont la coque est de la pierre de lave au-dessus de laquelle s’épanouit une végétation luxuriante, tropicale. Pendant ces dernières heures de navigation, le paysage ne cessait de nous raconter que nous nous rapprochions de l’équateur et de l’Indonésie. Ce soir, bien à l’abri au mouillage, Tara n’est plus qu’à 5° sud de cette ligne qui sépare la planète bleue en deux hémisphères.

Nous ne sommes pas là par hasard : Kimbe Bay est un site majeur de la biodiversité et comprendrait à lui seul 60% des espèces de coraux présents dans la zone Indo-pacifique. Ce cœur du Triangle de Corail serait d’ailleurs le lieu d’origine de tous les coraux. Selon Alfred Yohang Ko’ou, notre observateur scientifique papou, bientôt débarquant, « c’est ici le berceau, le nid premier de tous les coraux du Pacifique. Les courants océaniques auraient ensuite fait le reste en disséminant ces souches-mères ».

Une première plongée de repérage et d’échantillonnage a déjà eu lieu à l’entrée de Kimbe Bay. Elle a confirmé l’extraordinaire biodiversité et santé du polype dans ces eaux très chaudes, en moyenne autour de 30°C. C’est d’ailleurs un autre point qui intéresse particulièrement les chercheurs : Pourquoi le corail ne subit-il pas de blanchissement dans des eaux aussi chaudes ? Les coraux de Kimbe Bay apporteront ils de nouveaux éléments pour comprendre plus finement pourquoi ces colonies résistent à de telles températures, liées à une activité volcanique environnante intense ?

 

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La Papouasie Nouvelle-Guinée : pays des volcans et des coraux © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Car à deux pas d’ici, au milieu d’un parc de plus d’une centaine de volcans visibles depuis le bord, nous avons eu la chance de longer, en toute sécurité, les plus destructeurs de cette zone : les monts Vulcan et Tavurvur, proches de la nouvelle Rabaul. Alors que des fumerolles s’échappent encore de la caldeira du Vulcan, avec de fortes odeurs de souffre, l’histoire nous rappelle que ces géants en partie endormis ont littéralement englouti l’ancienne Rabaul en 1994. Une Pompéi papoue toujours enfouie sous une lave aujourd’hui solidifiée.

Le corail vit donc ici dans des eaux dont les températures sont, entre autre, influencées par cet environnement, où les stress thermiques se conjuguent. Ces nouvelles plongées, dans le cadre de l’expédition Tara Pacific, s’avèrent donc passionnantes.

 

Vincent Hilaire

 

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© Vincent Hilaire - Tara Expeditions Foundation
08/11/17

Yanaba Island : l’art de la coutume en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Après avoir quitté le site d’études sur l’acidification, les Taranautes se sont enfoncés un peu plus en territoire papou, en …

Après avoir quitté le site d’études sur l’acidification, les Taranautes se sont enfoncés un peu plus en territoire papou, en naviguant une nuit vers le nord-est, jusqu’à l’atoll d’Egum. Une nouvelle coutume a eu lieu à terre sur l’ile de Yanaba, au milieu de toutes ces cases traditionnelles sur pilotis qui font face au lagon. Ces coutumes, indispensables pour pourvoir continuer nos échantillonnages, nous rappellent aussi la nécessité de prendre le temps d’écouter et se parler. Celle-ci aura quand même duré quatre heures.

Nous sommes arrivés tôt ce matin dans la petite et peu profonde passe de l’atoll d’Egum. Nicolas Bin, le second, était dans le nid de pie pour signaler les récifs, pas de cartes marines dans ce coin qui n’a pas été hydrographié encore. Nous avons pris un mouillage devant le village de l’île de Yanaba.

 

Des marins chevronnés

Une pirogue bien toilée, manœuvrée avec dextérité est venue nous aborder, c’était celle du chef coutumier Andrew, homme mûr, sec, au regard pétillant. Il nous a invité à rejoindre sa communauté à l’issue de l’office religieux du dimanche pour que nous expliquions notre venue dans l’atoll.

Une délégation de taranautes composée de Loïc, Vincent, Joern, Cristoph et bien sûr Alfred Yohang Ko’ou notre scientifique observateur papou et moi-même, a débarqué sur la plage dans le ressac en tout début d’après-midi.

 

 

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Pirogue à la voile traditionnelle © Vincent Hilaire -  Tara Expeditions Foundation

 

L’attente

Nous avons passé deux heures à attendre à l’ombre de la cabane du chef tribun que la communauté se rassemble et que les principaux se joignent à nous.

Les enfants nous observaient de leurs regards espiègles, déjà les questions fusaient et la confiance s’installait.

Une fois que le chef du conseil (différent du chef de tribu), le magistrat et le directeur de l’école étaient avec nous, nous avons pu présenter l’expédition Tara Pacific et expliquer pourquoi nous avions choisi cette île. En grand orateur, calme et posé, Alfred a su présenter au mieux le travail que nous envisagions ici.

Environ cinq cents personnes vivent en autarcie sur les deux îles habitées de l’atoll. Cent vingt enfants y sont scolarisés. Aucune liaison régulière vers les “grandes” îles proches, seulement leurs canoës avec de petites voiles et cordages faits de matériaux entièrement naturels. Ces iliens sont d’excellents marins. Pour rejoindre la capitale de la province, Alotau, il leur faut deux jours de voyage.

Le conseil a délibéré et nous a autorisé à prélever des échantillons de coraux dans leurs eaux après négociation des droits.

 

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La coutume va commencer, l’équipage est au centre de l’assemblée, abrité du soleil sous cette hutte © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

La visite du village 

Nous avons ensuite visité ce village très bien tenu en bord de plage puis l’école où nous avons offert quelques fournitures et magazines Tara Junior aux enseignants.

Les deux cabanes en ruine proches étaient le dispensaire médical et le bureau de poste fermés depuis presque dix ans…Où est l’Etat ???

Si proches et tellement isolés. Pas de courant, un panneau solaire et une batterie çà et là. Pas de radio émetteur, pas de communication satellite, pas d’internet.

Un moteur hors-bord de 30 CV offert par la province qui ne fonctionne qu’en marche arrière trône seul dans un cabanon cadenassé. Ici “rien ne se perd tout se transforme” encore : les matériaux en plastique (bouées, bidons…) amenés par la mer sont tous utilisés ou recyclés.

 

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Les enfants de Yanaba Island devant Tara © Vincent Hilaire -  Tara Expeditions Foundation

 

Une communauté isolée

Les derniers étrangers à leurs rendre visite étaient deux anthropologues australiens qui ont passé deux mois avec eux, il y a plus d’un an. Les bateaux de passage sont extrêmement rares.

Malgré tout, les habitants osent espérer qu’un jour des touristes leurs rendront visite et qu’ils pourront créer ainsi leur petit business….

Mon sentiment est mitigé : je ne peux m’empêcher de penser que ces gens vivent dans un petit paradis, mais les blessures vives et infectées que nous montrent ces jeunes en nous demandant des médicaments, me rappellent à la dure réalité.

Dès que l’autorisation fut donnée, Jon, Becky, Grace et les deux Guillaume sont partis sur l’une de nos deux annexes, en reconnaissance, pour trouver le lieu de nos futurs prélèvements.

Demain vers 5h30 nous lèverons l’ancre pour nous rapprocher de cette nouvelle zone d’échantillonnage.

 

Simon Rigal, capitaine de Tara

 

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© Vincent Hilaire / Tara Expeditions Foundation
03/11/17

Rencontres rituelles en terre Papoue

Depuis notre départ d’Alotau le 1er novembre dernier en milieu de journée, nous avons fait route pendant 80 kilomètres au nord-est, …

Depuis notre départ d’Alotau le 1er novembre dernier en milieu de journée, nous avons fait route pendant 80 kilomètres au nord-est, avant d’atteindre l’île de Normanby. Après un mouillage effectué en début de nuit, très près de la côte ouest de cette île, nous avons vécu le lendemain matin la première coutume de ce leg, avant certainement bien d’autres.

 

À 7h30 locale, alors qu’un soleil encore rasant s’était établi depuis une bonne heure au-dessus de la forêt tropicale, nous avons mis à l’eau l’une des annexes pour aller à terre, rencontrer nos hôtes. Une demi-heure avant, des pirogues conduites par des enfants et des adolescents tournaient déjà autour de Tara, avec curiosité et sans aucune animosité, bien au contraire. Nous étions toujours au pays des sourires.

Embarquée dans l’annexe, une délégation improvisée emmenée par Simon Rigal, notre capitaine et notre observateur scientifique papou, Alfred Yohang Ko’ou a débarqué sur Soba Island. Les enfants de cette communauté étaient aux anges et les adultes, plus en retrait, dans l’attente de vivre ce premier contact. Nous avons été conduits près de deux cases, l’une à même le sol et l’autre sur pilotis, toutes deux construites principalement en feuille de palmiers tressés.

 

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Le lieu de notre première coutume autour des maisons de cette communauté © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Assis à même le sol autour d’une natte en palme sortie de la case principale et déployée pour nous, devant la famille réunie au complet, au milieu des chiens, des poules et d’un cochon, la coutume a débuté.

Alfred a commencé par expliquer en langue papoue d’où nous venions et ce que nous faisions à bord de Tara, tout en montrant sur son tee-shirt bleu notre parcours depuis la France. Kanagola, le chef de la communauté, écoutait avec attention.

Puis, notre chef scientifique actuelle, Rebecca Vega Thurber, Beckie, pris la parole pour expliquer plus précisément notre intérêt scientifique pour cette baie et ce que nous aimerions y faire.

Le chef écoutait toujours, très calme, sans que son visage n’exprime aucune réaction particulière. D’un coup, il sortit de son silence pour dire : « *Ah, the bubbles ! (traduction : Ah, les bulles !)

Beckie expliquait alors qu’une mission était déjà venue en 2013 pour réaliser un travail de recherche sur ces bulles, des bulles de CO2 qui émanent des fonds marins et intéressent tant les scientifiques. Kanagola acquiesçait. Aujourd’hui, enchaîna-t-elle, « Nous venons pour faire une nouvelle campagne sur ces bulles de gaz carbonique et leurs conséquences sur l’écosystème corallien. Nous comparerons ensuite ces futurs résultats aux plus anciens. L’océan s’acidifie en ce moment et vous avez au bout de votre plage, un laboratoire exceptionnel. »

Kanagola était rassuré : « Je vous donne l’autorisation de faire ce que vous avez à faire ici. Mais si vous allez dans la baie suivante, il faudra demander à l’autre communauté son accord ».

 

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Deux générations de la communauté sur cette photo © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Simon Rigal sortait de son sac à dos quelques revues Tara Junior en anglais et les remettait à Kanagola, en expliquant avec un trait d’humour, que « ce sont des revues pour les enfants, mais en tant qu’adulte j’y ai appris plein de choses ». Kanagola remerciait Simon d’un sourire.

La coutume touchait à sa fin. Privilège nous fut donné de pouvoir prendre quelques photos dans ce cadre de vie traditionnel, sans électricité, ni eau.

 

Vincent Hilaire

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31/10/17

Premiers instants en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Tara et son équipage sont arrivés à Alotau – Papouasie – Nouvelle Guinée, chef-lieu de l’une des 20 provinces de …

Tara et son équipage sont arrivés à Alotau – Papouasie – Nouvelle Guinée, chef-lieu de l’une des 20 provinces de l’île. Bien protégée dans une anse située sur la côte nord de la profonde Milne Bay, Alotau compte un peu plus de 15.000 habitants alors que, pour l’ensemble du pays, on dénombre presque six millions et demi de papouasiens, aussi appelés Papouans-Néo-Guinéens. Nous repartirons d’Alotau le 1er novembre avec pour objectifs trois premiers sites de prélèvements, dont un consacré exclusivement à l’étude de l’acidification de l’eau et ses conséquences sur le corail : ici les émanations de CO2 naturel, venant des fonds marins, modifient la chimie de l’Océan et offriront un laboratoire naturel pour les scientifiques qui se préoccupent de l’impact du CO2 atmosphérique sur la biodiversité marine.

« Je suis agréablement surpris par les Iles Salomon », me confiait Simon Rigal, notre capitaine au moment de quitter Gizo et cet archipel. Un peu plus de deux jours de navigation et 750 kilomètres nous attendaient pour rallier Alotau, sans vents, à l’aide des moteurs.

Comme Simon, alors que Gizo s’éloignait peu à peu, je quittais cette petite bourgade agricole, paisible, avec un pincement au cœur.

Les quelques minutes passées le matin à arpenter la rue principale et le marché, toutes ces couleurs au milieu de tant de sourires, les barques échouées à même le sable devant les échoppes, tout cela me manquait déjà.

 

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 Dans l’allée centrale du marché de Gizo, Iles Salomon © Vincent Hilaire – Tara Expeditions Foundation

 

Alors que nous longions les dernières iles de l’archipel des Salomon, dame nature nous concoctait un de ces instants magiques dont elle seule a le secret, le pouvoir. D’abord, un banc de cinq dauphins venait jouer devant l’étrave de Tara, devant mes objectifs.

Ensuite, au travers d’un magnifique nuage cumuliforme, le soleil nous préparait un coucher d’anthologie, un tomber de rideau digne d’un des plus grands actes du spectacle vivant. Comme j’avais déjà pu l’observer en quittant Nouméa, au moment de commencer à traverser la ligne de l’horizon, l’astre se transformait un peu en montgolfière, de feu.

La navigation entre les Salomon et la Papouasie, quelquefois sur une mer d’huile et par une chaleur écrasante, fut rythmée par les quarts et les mises à l’eau d’instruments océanographiques, une somme de routines habituelles.

 

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Tara over the rainbow, entre les Salomon et la Papouasie, Simon Rigal (capitaine) et Nicolas Bin (second capitaine) © Vincent Hilaire – Tara Expeditions Foundation

 

Cette nuit, alors que j’étais de quart avec le chef-mécanicien, Loïc Caudan, nous nous régalions pendant ces derniers milles, d’un ciel extraordinairement étoilé, constellé de milliers et de milliers d’étoiles pour celles que nos yeux étaient en capacité de voir.

Au petit matin, à l’entrée de Milne Bay, qui fut en 1942 le théâtre de la première défaite japonaise dans le Pacifique, nous découvrions une nouveau pays montagneux et vert.

Le soleil faisait une entrée plus timide, avant de s’établir finalement généreusement.

Nicolas Bin, second capitaine, à son tour de quart, prenait son café en terrasse, sur le pont. Imitant notre Bebel national, faisant référence à ces expériences patagonnes, il me déclarait l’œil malicieux : « Milne Bay, c’est un Beagle tropical en quelque sorte ! » (rires)

Sur le quai où Tara était désormais amarrée, un comité d’accueil improvisé venait observer cette curieuse goélette, avec tous ces tee-shirt bleus s’agitant sur le pont :

- « Tara, Tara, it’s the name of the boat ? Where do you come from ? »
- « France ! »
- « Where is it ? »
- « … »

Aux antipodes de la Papouasie – Nouvelle Guinée, ou presque…

 

 

                                   Vincent Hilaire

 

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