L’océan, les aérosols et le climat

© Maéva Bardy / Tara Expeditions Foundation

Tout en haut du mât de Tara sont fixés 2 « entonnoirs » qui ressemblent aux deux moitiés d’une orange. Jour et nuit, ceux-ci recueillent l’air extérieur afin que les chercheurs à bord de la goélette puissent étudier les aérosols — minuscules particules atmosphériques pouvant avoir un impact important sur le climat et l’écosystème océanique.

 

L’air pénètre dans les cavités en forme d’orange, puis entre dans des tubes noirs qui serpentent jusqu’à une large pompe motorisée située sous le pont de Tara. Celle-ci entraîne alors l’air vers 4 chambres filtrantes circulaires, chacune de la taille d’un palet de hockey. « La pompe fonctionne en continu », explique Guillaume Bourdin, ingénieur océanographe sur Tara. « Toutes les particules présentes dans l’air sont collectées sur ces filtres. » Après avoir extrait les aérosols atmosphériques, Guillaume envoie les filtres à l’Institut Weizmann (Israël), où Michel Flores, chercheur en chimie atmosphérique et science optique, s’appliquera à identifier les particules recueillies au moyen d’outils tels qu’un microscope électronique.

 

photo 2_les deux capteurs d aerosols places en tête de mat_VH
Les deux capteurs d’aérosols placés en tête de mat – Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Les aérosols de Tara Oceans intéressent Guillaume Bourdin (Observatoire océanologique de Villefranche-sur-mer) et Michel Flores (Weizmann institute), car l’abondance et la composition de ces aérosols sont susceptibles d’influer profondément sur le milieu marin. Comme l’explique Guillaume, les aérosols influencent le climat et modifient les conditions météorologiques. Le transfert d’aérosols entre l’atmosphère et la surface des océans a une incidence sur la formation des nuages et joue un rôle clé dans les processus climatiques à grande échelle.

Certaines particules océaniques s’élèvent dans l’atmosphère, permettant ainsi à Guillaume d’interpréter l’état de la vie sous la surface. « Le fer est un micronutriment utilisé par le phytoplancton pour sa croissance », dit-il. « Dans certaines régions du Pacifique, la très faible concentration en fer limite la croissance du phytoplancton, premier maillon de la chaîne alimentaire. » Mais le fer transporté par les aérosols peut favoriser la croissance du phytoplancton dans des écosystèmes appauvris en fer. Cet enrichissement affecte très probablement d’autres espèces à des niveaux trophiques supérieurs.

 

9-CREDITS MAEVA BARDY-SCIENCE-POLYCARBONATE FILTRE-AEROSOLS-1
Un filtre d’aérosol récupéré sur un des “entonnoirs” – Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Michel Flores s’interroge également sur le fait que des particules infectieuses atmosphériques puissent être transportées entre 2 lieux isolés. Guillaume espère recueillir des virus ou des bactéries sur ses filtres, ce qui permettrait de conclure à l’hypothèse suivante : ces micro-organismes peuvent parcourir de longues distances dans l’air et infecter des hôtes, comme indiqué dans une précédente étude. Certains de ces virus infectent le phytoplancton et peuvent interrompre la croissance d’algues en quelques jours, stoppant net la prolifération du phytoplancton. Tout comme les particules de fer, les virus peuvent jouer un rôle majeur dans les cycles océaniques.

En utilisant les données recueillies jusqu’à présent, Guillaume Bourdin espère également améliorer la précision des modèles informatiques afin de prédire comment les aérosols influencent l’écosystème océanique et le climat. Il est important d’identifier les mécanismes en jeu, dit-il, afin de comprendre l’impact futur des aérosols.

Articles associés