Etudier et préserver les richesses connues et inexplorées de la biodiversité marine

© Tara Expeditions Foundation

C’est une des grandes questions environnementales actuelles, l’évolution de la biodiversité. Parmi les deux millions d’espèces décrites par l’humanité jusqu’ici, seulement un peu plus d’une sur dix habite les océans. La vie est née, s’est développée et complexifiée en mer bien avant de coloniser les terres. Mais en comparaison à son homologue terrestre, ne nous connaissons encore que très partiellement la biodiversité marine. Ce qui se trouve sous la surface de l’Océan, parce que mal connu, renferme donc un potentiel de découverte très important, une ressource inestimable pour la recherche.

Mais il y a urgence, urgence car nous sommes entrés dans ce que les scientifiques appellent « une crise d’extinction ». Une part de la biodiversité, marine comme terrestre, est en train de disparaître, de disparaître à une vitesse alarmante. Mais ce n’est pas juste une liste d’espèces qui se raccourcit ou la richesse des écosystèmes qui s’épuise, c’est aussi tout le potentiel qu’elles renferment. La surpêche, la pollution, la destruction du littoral ou encore le changement climatique sont autant de phénomènes qui sont en train de nous priver des services que l’écosystème marin rend déjà et pourrait rendre aux humains. Autrement dit, nous sommes peut-être en train de détruire, avant même de l’avoir déniché, ce dont nous aurons besoin dans l’avenir pour nous soigner, nous nourrir ou encore nous développer de manière durable.

 

photo 6_Crinoïde_VH Crinoïde – © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Ce potentiel de la biodiversité marine, l’humanité le connaît car elle l’exploite déjà : molécules antibiotiques, anticancéreuses, cosmétiques, biocarburants etc. 25 000 molécules marines ont déjà été identifiées comme molécules d’intérêt pour l’espèce humaine. Derrière cette biodiversité marine se cache donc une « chimiodiversité » qui trouve des applications dans des domaines extrêmement variés. Nous n’imaginons sans doute pas encore les solutions que l’océan pourrait nous apporter.

Les apports de la fondation Tara Expéditions

Depuis déjà plus de 10 ans, la fondation Tara Expéditions travaille à la description, l’étude et la compréhension de cette biodiversité marine à la fois très complexe mais aussi très prometteuse. C’est le cœur de l’ambitieux projet scientifique qu’elle mène à la fois sur l’eau, à bord de la goélette, mais aussi et surtout dans les laboratoires.

Au sein de cette biodiversité océanique, les scientifiques associés au projet scientifique de l’expédition Tara Oceans 2009-2013 et réunis en un consortium interdisciplinaire, se sont plus spécifiquement intéressés aux organismes les plus discrets : ceux du plancton. Pour la plupart microscopiques, dérivants au gré des courants, les organismes planctoniques sont peu connus mais présentent une très grande diversité d’espèces et une grande complexité d’interactions. C’est donc sans doute là que se trouve le potentiel le plus intéressant.

 

Plancton en cours d'authentification Plancton en cours d’authentification © C. De Vargas, Damian Brunner, Eric Karsenti, Picture taken at EMBL on an iverted zeiss microscope with a 10X objective.

 

Tara Oceans : décrire un écosystème planétaire

Grâce à un échantillonnage robuste et de grande ampleur (45.000 échantillons) puis à des analyses de longue haleine faisant appel à une science de pointe, les scientifiques impliqués dans le projet Tara ont décrit 100 000 nouvelles espèces marines et environ 150 millions de nouveaux gènes. La biodiversité invisible du plancton marin a donc bénéficié d’une mise à jour inédite. Tara a permis de décrire un écosystème planétaire, quasiment complet.  Grâce aux méthodes de séquençage, de stockage de données et d’analyses bioinformatique, les scientifiques de Tara ont pu décrire les organismes et également commencer à décrypter les interactions entre ces derniers.

Un richesse inexplorée en voie de disparition ?

Au-delà de l’objectif important d’étoffer la connaissance du monde marin, toutes ces nouveautés représentent aussi le premier pas vers la découverte de nouvelles applications. La Fondation Tara a également intégré dans sa philosophie de recherche le partage et l’accessibilité de ses données, résultats et découvertes. Les potentielles applications, auxquelles son activité de recherche mènera, pourront donc bénéficier au plus grand nombre. Pour autant, les mystères de la complexité et la diversité du système océanique sont encore loin d’être tous révélés. Certains écosystèmes très particuliers, comme l’océan profond, qui représente en réalité la majorité du volume de l’océan, ont à peine été effleurés à ce jour.

Margaux Gaubert

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