Les stratégies du corail face au changement climatique

© A. Amiel - Kahikai - Tara Expeditions Foundation

Vianney Denis, est un scientifique français installé à Taïwan depuis 8 ans qui enseigne à l’Université Nationale de Taiwan, à Taipei, la capitale. Son laboratoire, le FRE Lab, lui permet de mêler ses deux passions, la plongée et l’étude des coraux dont la diversité est fleurissante à Taïwan. Rencontre avec un professeur qui étudie les réponses écologiques du corail dans les environnements marginaux.

 

Tu t’intéresses à la fonctionnalité des coraux, qu’est-ce cela signifie ?

Il s’agit d’identifier la fonction, le rôle de l’organisme dans l’écosystème. On sait maintenant que chaque espèce a une réponse différente aux perturbations, au stress qu’elle reçoit. Mon travail consiste à identifier et préciser les différentes stratégies développées par les coraux afin de survivre aux stress environnementaux.  Par exemple, souvent après un blanchissement corallien sévère, seules les espèces les plus résistantes survivront. A plus grand échelle cela permettra d’appréhender les changements dans l’écosystème, notamment quelles espèces coralliennes peupleront les récifs de demain.

 

Comment fais-tu pour étudier les coraux en situation de stress ?

Je travaille environ sur dix espèces communes autour de Taiwan que je sélectionne dans différents habitats. Cela peut être en eaux plus profondes (60 mètres), ou dans des régions situées à des latitudes plus élevées, comme par exemple au Nord de Taiwan. Dans cette dernière en été, quand la marée se retire, certaines espèces colonisent des vasques où la température peut atteindre 37 degrés. Taïwan m’offre un véritable laboratoire naturel pour mes études. J’analyse les modifications physiologiques se produisant et permettant aux coraux de coloniser ces différents habitats, comme des changements affectant leurs zooxanthelles, les protéines, la densité du squelette, etc. En analysant ces traits que je combine ensemble, j’identifie leurs fonctions (performance) dans l’écosystème. Je prends notamment en compte leur régime alimentaire. En temps normal, les coraux se nourrissent principalement de ce que produisent leurs algues symbiotiques, et dans une moindre mesure en attrapant du plancton. Nous avons observé que lors d’un blanchissement corallien, certaines espèces arrivent à changer cette tendance. Cela signifie que certains coraux pourraient être capables d’adapter leurs régimes alimentaires en fonction des conditions environnementales.

 

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Vianney Denis en plein échantillonnage du corail à bord de Tara sur le site de Green Island – © Noémie Olive / Fondation Tara Expéditions

 

Taïwan est une bonne aire de jeu pour l’étude des coraux ?

Ce que j’apprécie à Taïwan, c’est la présence d’environnements contrastés à une échelle relativement réduite. Il y a de magnifiques récifs diversifiés dans le Sud-Est de Taiwan, avec plus de 300 espèces de coraux. Ces récifs bénéficient des eaux chaudes d’un courant fort, le Kuroshio. Le Nord de Taïwan n’est pas sous son influence, et la température de l’eau en hiver y empêche le développement de vrais récifs coralliens. Avec le réchauffement climatique, certaines espèces pourraient migrer vers le Nord, dans des régions où elles étaient absentes auparavant, modifiant ainsi leurs aires de distribution. Les conséquences de cette tropicalisation potentielle ne sont pas encore bien connues à Taiwan, mais nous surveillons de très près si de tels changements se produisaient.

 

Quel est le but ultime de travailler sur les coraux pour toi ?

A terme, mon objectif est de démontrer l’importance des rôles des coraux dans l’écosystème afin de mieux les préserver. A Taiwan, rien ne se ressemble. Le Nord, le Sud, les récifs à faible profondeurs ou plus profonds : chaque zone a sa spécificité ! Pour conserver cette diversité, il ne faut laisser tomber aucune zone et repenser à une échelle globale la gestion des récifs coralliens dans la région.

 

Noémie Olive

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