[2018] Des victoires pour l’Océan

© Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

Alors que 2016 et 2017 ont été des années plutôt favorables à l’émergence des problématiques Océan et Climat, l’année 2018 témoigne d’un net recul en terme de mobilisation internationale. Avec l’affaiblissement des leaderships américain, brésilien, français et anglais entre autres, les interactions entre Océan et Climat ne sont plus à l’ordre du jour des discussions climatiques. Malgré ce recul, la question de la pollution plastique devient de plus en plus une priorité, régulièrement prise en compte par de nombreux pays et faisant l’objet de nouvelles réglementations. Découvrez notre tour d’horizon des victoires de l’Océan en 2018.

Des victoires-clés sur la pollution plastique

À l’international, le plastique à l’ordre du jour du G7 et du G20 

Lors du dernier sommet du G7, les Etats signataires de la nouvelle charte contre la pollution plastique des océans se sont engagés à recycler et à réutiliser au moins 55 % de leurs emballages de plastique d’ici 2030. Au sein du G20, le Japon a annoncé que le plastique en mer sera à l’agenda en 2019. Il a par ailleurs avancé une loi pour interdire le plastique à usage unique, loi destinée à lutter contre la pollution des océans par les microplastiques, bien que celle-ci ne soit pas assortie de sanction envers les pays qui y contreviendrait.

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L’île de Koror, aux Palaos © Guillaume Bourdon / Fondation Tara Expéditions

En Europe, une directive sur l’interdiction des plastiques à utilisation unique

En mai 2018, la Commission Européenne a présenté un projet de directive qui cible les dix produits en plastique à usage unique les plus présents sur les plages et dans les mers européennes, ainsi que les engins de pêche perdus ou abandonnés.
Le texte classe ces produits, en fonction des possibilités de remplacement et de l’évolution possible des modes de consommation. Il vise à interdire la mise sur le marché de cinq d’entres eux (coton-tiges, assiettes, couverts, pailles, bâtonnets mélangeurs pour boissons) et soumet les autres à diverses mesures pour réduire leur usage et compenser leur impact environnemental. Cette directive a été approuvée par le Parlement européen le 24 octobre dernier. Le 19 décembre, le Parlement, les Etats Membres et et la Commission se sont également accordés sur un texte (un vote final des deux institutions devra encore avoir lieu).

D’autres pays ont pris des mesures pour interdire la commercialisation des plastiques à usage unique et sacs plastiques.

  • Sacs plastique à usage unique :

- L’Allemagne a choisi de rendre 80 % de ses sacs payants
- La Nouvelle-Zélande à a annoncé le 10 août 2018 leur interdiction progressive
- Le Chili  a annoncé leur interdiction devenant ainsi le premier pays d’Amérique du Sud à prendre ce type de mesures.

  • Pailles, bouteilles et couverts en plastique :

- La Dominique est le premier pays au monde à prohiber les pailles, plaques et couverts en plastique ainsi que les tasses et récipients en polystyrène
- L’État du Maharashtra en Inde, a interdit depuis le 25 juin, les couverts, assiettes, sacs et bouteilles en plastique. En cas de non-respect de la loi, les contrevenants sont passibles d’une amende et, dans le pire des cas, d’une peine de prison.

Et en France, où en sommes-nous ?

Les députés français ont voté le 15 septembre 2018  l’interdiction des «couverts, couvercles à verre jetables, plateaux-repas, pots à glace, saladier, boîtes» dès 2020. Cette interdiction s’ajoute à celle des pailles et des bâtonnets mélangeurs pour boisson en plastique, adoptée par le Sénat en juin 2018.

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© Jonathan Lancelot / Fondation Tara Expéditions

Crèmes solaires

Afin de protéger leurs coraux soumis à une très forte pression touristique, Les Palaos, îles paradisiaques de Micronésie, interdiront en 2020 l’usage de certaines crèmes solaires sous peine d’une amende de 1000 dollars : une première mondiale ! L’interdiction concerne les produits contenant trois principaux composants chimiques, soit ceux de la plupart des grandes marques (oxybenzone, de l’octocrylène et des parabènes). L’État américain d’Hawaï a voté une interdiction similaire en mai dernier qui entrera en vigueur en 2021.

Océan et changement climatique, un recul préoccupant

CCNUCC : l’Océan retourne en marge des négociations

Après la COP24 qui vient de s’achever à Katowice, il est difficile de parler de victoire. Le bilan ressemble plutôt à un “service minimum”, avec certes l’approbation du cahier de charges – le “rulebook”- pour l’Accord de Paris mais un manque de financement criant. Il est aussi important de noter le très faible leadership politique et surtout le manque d’ambition pour les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Malgré cela, une bonne nouvelle reste celle de l’annonce de la prochaine COP25 au Chili, pays leader sur le nexus Océan-Climat, notamment avec l’initiative “Because the Ocean”.

Objectifs du Développement Durable : quelle suite ?

Force est de constater que le sursaut de la COP21 n’a pas trouvé de suite concrète et significative. D’une part les émissions de CO2 se sont maintenues, pour ensuite repartir à la hausse. D’autre part, l’Europe regrette le changement d’ambition à Bruxelles, notamment sur l’enjeu de l’énergie au niveau Européen. La conférence de Lisbonne, prévue en 2020, laisse espérer un regain d’énergie ainsi que l’enclenchement d’un processus concret.

Visite des représentants des pays participants aux négociations sur la haute-mer à l'ONU - New York © Céline Bellanger_ Tara Expéditions Foundation 1

Tara était à New-York lors des négociations sur la Haute-Mer © Céline Bellanger / Fondation Tara Expéditions

Campagne ‘Our Ocean’ : un faible impact

La conférence ‘Our Ocean’ promeut une coopération globale entre décideurs politiques, scientifiques, experts et hommes d’affaires pour un Océan préservé. Cette année, elle s’est déroulée les 29 et 30 octobre à Bali, en Indonésie. Néanmoins, elle n’a pas obtenu l’effet escompté puisque peu de chefs d’Etat étaient présents et que son impact médiatique fut faible.

Eaux internationales : le flou persiste

Le 4 septembre, à New-York, les États ont entamé la première session de la conférence intergouvernementale sur la haute mer afin de se doter d’un cadre juridique sur la protection et l’exploitation de la biodiversité des eaux internationales. Pourtant, certains pays se refusent à accepter un texte base pour le moment, appelé “zero draft” dans le jargon onusien. Nous devons donc attendre la prochaine session, en mars, qui permettra sans doute d’avoir plus de visibilité sur un texte et commencer a visualiser des mesures et réglementations concrètes.

 

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