Conférence sur le Climat : L’Océan grand absent, mais une avancée vers un accord en 2015

© N.Pansiot/Tara Expéditions

La conférence des parties sur le climat des Nations Unies, ou COP20, se termine à Lima au Pérou sur une note d’optimisme quant à la possibilité d’aboutir à un accord global sur le Climat à Paris l’année prochaine, mais quel accord ?

L’engagement des deux principaux pollueurs, les États Unis et la Chine, annoncé le mois dernier, a bien créé une dynamique positive et oblige en quelque sorte les États à avancer vers des objectifs chiffrés. Plusieurs pays et l’Union Européenne ont ainsi annoncé leur accord pour dévoiler, d’ici le 31 mars 2015, des compromis de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le texte «équilibré et ambitieux» voulu par Ban Ki-moon, Secrétaire Général de l’ONU commence donc à voir le jour et sera négocié tout au long de l’année prochaine jusqu’à la Conférence Paris Climat 2015.

La Conférence de Lima a aussi permis des avancées considérables sur le thème du financement du climat, avec le «Fonds Vert» qui commence enfin à se remplir avec des engagements confirmés dépassant l’objectif initial de 10 milliards de dollars. Avant la Conférence, la France avait annoncé un apport d’un milliard d’euros, tout comme les États-Unis. Même l’Australie, qui refuse pour l’instant de s’engager sur un compromis ferme de réduction de ses émissions, a créé la surprise en acceptant de contribuer au Fonds Vert à la hauteur de 200 millions de dollars. Bonnes nouvelles, même si nous sommes encore loin du compte, puisque ce Fonds, qui viendra en aide aux pays les plus vulnérables pour l’adaptation et l’atténuation des effets des changements climatiques, doit compter 100 milliards d’euros annuels à partir de 2020.

Un autre enjeu important qui a gagné en visibilité à Lima est celui de la fin des subventions publiques aux combustibles fossiles. Malgré le poids et la présence active des lobbies du charbon et du pétrole, ce thème a été pour la première fois évoqué ouvertement par des grandes puissances. Un mécanisme de transition avec des compensations devrait être proposé pour les pays encore trop dépendants du charbon et du pétrole, comme la Pologne en Europe ou le Vénezuela en Amérique du sud.

Malgré un ton général d’optimisme et des avancées importantes, certains pays sont encore sur la défensive, notamment le Canada et l’Australie mais aussi l’Inde, avec un nouveau gouvernement loin de défendre des positions favorables à l’environnement. Les groupes de pression, les ONGs et les experts ont donc encore du travail pour débattre et convaincre les états appelés « climato-sceptiques » à accepter le « package » de mesures de réduction, d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques qui sera proposé officiellement en 2015. Au delà des « quotas de CO2 », appelés INDCs (Intended National Determined Contributions), que chaque pays doit soumettre avant fin mars, et des financements, l’enjeu pour les négociateurs est de sécuriser un nouveau cadre juridique qui concrètement remplacera l’ancien protocole de Kyoto.

C’est pourquoi le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-moon, a annoncé la tenue d’un sommet extraordinaire, à New-York, fin juin, pour mobiliser à nouveau les Chefs d’État et garantir un niveau élevé d’engagements avant la dernière ligne droite de négociations qui se tiendra à Paris en décembre 2015. M. Ban Ki-moon reste personnellement très engagé sur ces négociations climatiques et veut rééditer le succès du sommet organisé en septembre dernier, qui a permis une mobilisation sans précédent de l’opinion publique, avec une marche pour le climat réunissant plus de 400.000 personnes à Manhattan.

Du côté de la société civile, plusieurs manifestations et une grande marche dans le centre ville de Lima ont été organisées cette semaine en marge des négociations. Illustrant le lien croissant entre les changement climatiques et les enjeux de développement, un groupe de 250 ONGs travaillant sur les droits sociaux a publié une Déclaration sur les droits de l’homme en lien avec le climat. A l’intérieur et à l’extérieur de la Conférence, plusieurs séminaires et activités ont été proposés sur la sécurité alimentaire, les droits des femmes, le droit à l’eau, les migrations et d’autres thèmes importants pour l’agenda climatique.

Tara Expéditions, déjà engagé sur la préparation de la Conférence Paris Climat 2015, regrette encore une fois que la place de l’Océan soit sous-représentée au sein des négociations et des manifestations publiques. La seule question « maritime » a avoir un peu de visibilité à Lima a été celle de l’acidification de l’Océan et de son impact sur la pêcherie, grâce aux communautés de pécheurs péruviens, qui voient faiblir les stocks de sardines, une des principales ressources alimentaires et à l’exportation du Pérou.

Il nous reste tout juste un an jusqu’au Sommet de Paris, mais nous voyons qu’il y a encore du chemin pour faire comprendre aux négociateurs et à l’opinion publique qu’un Océan en bonne santé est un facteur essentiel pour l’équilibre climatique. C’est pourquoi Tara a déjà mis le cap sur Paris Climat 2015 avec la création, avec d’autres, de la Plate-forme Océan et Climat. Ce réseau informel qui regroupe des dizaines d’organisations de la société civile, des institutions de recherche et des organismes privés, vise à travailler ensemble pour que l’Océan soit entièrement pris en compte dans ses rapports avec les enjeux climatiques. Sans un Océan en bonne santé, pas de solution pour le Climat !

 

André Abreu, chargé environnement et climat pour Tara Expéditions

 

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