[COP24] Accord de Paris et vents contraires. Quels enjeux ?

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Trois ans après le succès de la COP21 à Paris, les délégués, experts et citoyens engagés sur l’enjeu du climat ont déjà la nostalgie de l’historique sommet parisien. Même si les négociations pour aboutir à l’Accord de Paris en 2015 n’ont pas été faciles, il est clair que la COP24 à Katowice, capitale polonaise du charbon, n’aura pas le même « momentum ».

Pour les scientifiques qui viennent de publier un rapport spécial du GIEC sur les perspectives de réchauffement de la planète, il est tout à fait suicidaire de ne pas agir et de poursuivre le statu quo. Cela aboutirait à des changements planétaires à tous les niveaux : océan, forêt, biodiversité… Des abeilles aux stocks de pêche en passant par l’eau potable, les catastrophes naturelles, la sècheresse ou les inondations, les menaces sont grandissantes et les solutions très bien identifiées par les acteurs alors que le statu quo demeure.

Pour la Fondation Tara et les défenseurs de l’Océan, les efforts doivent porter sur la réduction immédiate des gaz à effets de serre et il n’est pas question de baisser les bras ! Nous continuons à pousser pour l’inclusion de l’Océan dans les mesures climatiques de chaque Etat et pour la création d’un point d’agenda spécifique à la CCNUCC pour les enjeux maritimes.

Autrement dit, chaque Etat doit mettre à son agenda des mesures nationales pour faciliter la préservation de l’Océan en vertu de son rôle pour le climat. Avec la Plateforme Ocean et Climat et l’initiative Because the Ocean, la communauté « bleue » reste mobilisée en Pologne, avec des side events et autour d’un « ocean day » le 8 décembre, même jour que la Marche pour le Climat en France.

because_the_ocean_banner_invitation_viewL’initiative Because the Ocean représentée à la COP 24. 

Depuis la COP21 en 2015, qu’est-ce qui a changé sur la scène politique internationale ?

Force est de constater que le sursaut de la COP21 n’a pas trouvé de suite concrète et significative. D’une part les émissions de CO2 se sont maintenues pour repartir à la hausse. D’autre part, d’un point de vue politique, en Europe, nous regrettons le changement d’ambition à Bruxelles, notamment sur l’enjeu de l’énergie au niveau Européen.

Avec l’arrivée de Mateo Salvini en Italie, la fin de la position dominante d’Angela Merkel en Allemagne et le BREXIT au Royaume Uni, l’Europe fait machine arrière sur son ambition de réduction des émissions de CO2, notamment avec un flou sur la fermeture des centrales à charbon, question qui est centrale en Pologne lors de la COP24.

Du côté des « big players », le changement le plus important est sans doute le retour en arrière de la première puissance mondiale avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris peut faire école et entrainer d’autres « départs», comme le montre l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro au Brésil qui vient tout simplement de refuser d’accueillir la COP25 sur son territoire, comme cela était prévu avant son accession au pouvoir. Même si le futur président brésilien a, à ce jour, renoncé à quitter l’Accord de Paris, un gouvernement climatosceptique au Brésil est un coup dur pour le processus de la CCNUCC. Le Brésil étant un leader historique du processus climatique parmi les pays en développement, et candidat unique à héberger la COP25 en 2019, c’est un signal inquiétant.

Bleached coral in the Tuamotu 8 _ Credit David Hannan - Ocean Ark Alliance - Tara Expeditions FoundationCoraux blanchis aux Tuamotu © David Hannan / Ocean Ark Alliance – Fondation Tara Expéditions

Quels sont les principaux enjeux de la négociation à Katowice ?

- Le financement : le Fonds Vert
Ces retours de bâton au plus haut niveau politique viennent compliquer la difficile équation financière du Fonds Vert, pierre angulaire de l’Accord de Paris. Ce Fonds devrait financer notamment l’adaptation et les actions d’atténuation des pays moins avancés et des pays en développement. Mais avec le retrait des Etats-Unis, celui-ci est loin d’être constitué.

- L’encadrement de la mise en œuvre de l’Accord : le Rulebook
L’instabilité politique menace aussi le dispositif de mise en œuvre de l’accord de Paris, le « rulebook », un dispositif complexe qui ne fait pas encore l’unanimité, censé encadrer la mise en place de l’ensemble des mesures individuelles annoncées par les Etats.

- La révision des ambitions pour 2020
L’Accord de Paris prévoit un « dialogue » tous les 5 ans entre les Etats, lequel doit les mener à réviser à la hausse les objectifs de réduction des émissions. Or, rien n’indique pour l’instant que ce dialogue aboutira en 2020, vu l’absence de signes positifs et de leadership politique. En 2015, l’implication personnelle de Barack Obama et de Xi Jinping, en plus d’un engagement total de la diplomatie française et du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, a été essentielle pour le succès de la COP21 à Paris. En 2018, l’horizon n’est pas le même… Un leadership européen pourra-t-il véritablement s’établir ?

- Les mécanismes de coopération Carbone
La nécessaire relance du marché du carbone, avec un prix à la tonne stable et des règles claires pour les pays et pour le secteur privé, reste encore un chantier ouvert. Un mécanisme devrait être créé lors de la COP24, incluant des possibilités de compensation d’émissions avec achat des « quotas » d’autres pays.  Avec le passif d’un « marché du carbone » volatile et inégalitaire très critiqué par le passé, les ONG seront au rendez-vous pour pointer les failles d’un système qui ferait la part belle aux pays plus riches, qui peuvent « acheter leur droit à polluer », sans pénaliser vraiment les émissions.

 

Pour la Fondation Tara Expéditions, il est certain que les efforts doivent porter sur la réduction immédiate des gaz à effets de serre. Parallèlement, le travail doit continuer pour faire entendre la voix de l’Océan. Face aux premières observations lors de l’expédition Tara Pacific et aux travaux du GIEC, le scénario le plus probable de 3,5 degrés  est un scénario très préoccupant pour la biodiversité marine.

Pour cette COP24, nous attendons :

1. Un engagement fort de l’Union Européenne, sans recul face aux pays les plus polluants ou réticents, comme la Pologne.

2. Un leadership au plus haut niveau avec des chefs d’Etat impliqués, comme c’était le cas en 2015, avec des financements réels (et non pas recyclés ou conditionnés).

3. La mise à l’agenda officiel des négociations d’un point sur l’Océan susceptible d’accélérer la prise en compte des mesures concrètes liées l’écosystème marin en 2020.

André Abreu
Directeur des Politiques Internationales

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