Le GIEC adopte le Rapport Spécial sur l’océan, la cryosphère et le climat

© Maarten Stok / Fondation Tara Océan

L’Océan sera soit l’accélérateur du changement climatique, soit le socle de notre résilience

Communiqué de presse - 25 septembre 2019, Monaco

Ce 25 septembre, à Monaco, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publie un Rapport Spécial sur l’Océan et la Cryosphère dans le contexte du changement climatique. De façon inédite dans l’histoire du GIEC, l’océan est enfin identifié comme un enjeu majeur du changement climatique : une grande victoire pour la Plateforme Océan et Climat et ses membres qui, lors de la COP 21, ont soutenu très activement, aux côtés de Monaco, la France et le Chili, la nécessité que le GIEC produise ce Rapport Spécial dans le cadre de son 6ème cycle d’évaluation.

Parler de changement climatique sans l’océan, c’est oublier le cœur-même de la machine climatique

Françoise Gaill, CNRS, Vice-Présidente de la Plateforme Océan et Climat.

Et pour cause : l’océan se trouve au cœur du système climatique planétaire. Il absorbe plus de 25 % du CO2 émis chaque année par l’Homme dans l’atmosphère et fournit 50 % de l’oxygène produit sur terre. Il absorbe également plus de 90 % de la chaleur résultant des émissions de gaz à effet de serre (GES), limitant de fait le réchauffement de l’air que nous respirons, et jouant ainsi un rôle essentiel dans la régulation du climat.

Plus de 3 milliards de personnes dépendent des ressources alimentaires et des protéines qu’il fournit, et plus d’un quart vit à moins de 100 km des littoraux.

Pour la Plateforme Océan et Climat – coalition de plus de 70 acteurs réunissant communauté scientifique, ONG, entreprises et collectivités – ce nouveau rapport est une victoire sans précédent. Il marque une étape cruciale : les interactions océan et climat font enfin l’objet d’un état des lieux très détaillé des connaissances scientifiques à ce jour disponibles. Ce nouveau rapport met nettement en évidence la biodiversité marine, reconnue de façon inédite comme une composante majeure du système climatique mondial, et les services rendus par les écosystèmes côtiers et marins à l’ensemble de l’humanité, ainsi que leur vulnérabilité face au changement.

La prise en compte de la biodiversité marine est très récente dans un tel rapport climatique, la bonne santé de l’océan est désormais reconnue comme l’un des enjeux de la lutte contre le changement climatique

Romain Troublé, Président de la Plateforme Océan et Climat et directeur général de la Fondation Tara Océan

Jeremy Bishop1200800© Jeremy Bishop / Creative Commons

Le GIEC alerte sur l’accélération des phénomènes, leur irréversibilité et leurs impacts sur les populations

Ainsi, selon le GIEC :

Le rythme des changements globaux s’accélère

L’océan se réchauffe à un rythme qui s’accélère : si plus de 90% de l’excès de chaleur produit par les activités anthropiques depuis les années 1970 a été absorbé par l’océan, celui-ci pourrait encore capter de 5 à 7 fois plus de chaleur d’ici 2100. À titre d’exemple, entre 2013 et 2015, le Pacifique Nord-Ouest a vu sa température augmenter de plus de 6°C. Cela provoque l’apparition de vagues de chaleur océaniques qui constituent un nouveau sujet d’étude et ont un impact majeur sur la biodiversité marine.

Le niveau de la mer augmente plus vite que les précédentes prévisions, du fait du réchauffement global et de la fonte des glaces. Sur la dernière décennie, le niveau marin a augmenté de 3,6 mm par an, mais d’ici à la fin du siècle, il pourrait augmenter chaque année de 1,5 cm. La hausse globale du niveau de la mer pourrait être de 110 cm à la fin du siècle.

L’océan perd de l’oxygène, une tendance enfin mise en évidence dans ce rapport. La consommation d’oxygène dans certaines zones devient supérieure à l’oxygène que produit l’océan. Sur les dernières décennies, l’océan a très probablement perdu entre 0,5 et 3,3 % de son oxygène, entre la surface et 1000 m de profondeur. Sur la même période, les zones de minimum d’oxygène ont augmenté de 3 à 8 %. Dans ces zones, de nombreuses espèces ne peuvent survivre, et la désoxygénation pourrait mener à une perte de 15% de la biomasse globale des animaux marins d’ici 2100.

Des phénomènes irrémédiables et irréversibles

Chaque phénomène observé dans l’océan comme dans la cryosphère comprend des seuils de changements brusques, qui deviennent, à une certaine échéance, irrémédiables et irréversibles. Par exemple, si le fait que l’océan absorbe du carbone a conduit à ce que 95 % des eaux de surface se soient davantage acidifiées, l’arrêt des émissions de CO2 ne permettra pas d’inverser le processus.

Par ailleurs, la fonte des glaces et l’augmentation des températures altèrent le fonctionnement des courants marins dont le cycle global s’étend sur un cycle extrêmement long. Entre autres, le ralentissement du courant Nord Atlantique diminue la productivité marine, provoque des tempêtes hivernales en Europe, et réduit les précipitations au Sahel et en Asie du sud.

Un rapport résolument tourné vers les impacts sur les sociétés humaines

Le facteur humain apparaît désormais comme incontournable. Si la particularité de ce rapport est d’observer les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes côtiers et marins, le rapport offre pour la première fois une vision globale des différents changements qui impacteront le plus les sociétés humaines.

Au total, plus d’un quart des habitants de la planète est directement menacé par les conséquences du changement climatique sur l’océan et la cryosphère. Les zones côtières abritent 28 % de la population mondiale, dont 11 % vit à moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, et près de 10 % de la population mondiale vit dans les régions arctiques ou de haute montagne.

Cassie Matias 1200800© Cassie Matias / Creative Commons

Des mesures politiques concrètes, fondées sur les acquis scientifiques soulignés par ce rapport du GIEC, s’imposent dès la COP25

Face aux nombreux défis, l’ensemble des membres de la Plateforme Océan et Climat appelle de toute urgence à une action politique ambitieuse, fondée sur l’ensemble des éléments scientifiques mis en lumière par ce rapport du GIEC.

Pour soutenir ces actions, la Plateforme Océan et Climat et ses 70 acteurs de la communauté Océan poursuivent leur action de mobilisation, à l’interface de la science et de la politique.

Elle publie le document « Océan et Changement Climatique : les nouveaux défis ». Cinq thématiques abordées dans le rapport du GIEC y sont présentées de façon didactique. Les médiateurs scientifiques y décryptent les grands enjeux et mécanismes relatifs aux interactions entre l’océan et le climat : rôle de l’océan dans la régulation du climat mondial ; réchauffement, changement climatique et Océan Austral, montée du niveau des eaux, événements extrêmes, et désoxygénation.

La Plateforme Océan et Climat publie également 13 fiches scientifiques qui accompagnent la sortie de ce livret et apportent des informations scientifiques très récentes qui n’ont pas été intégrées dans le rapport.

Cap sur la COP25

Forte d’un consensus scientifique majeur au sein des discussions climatiques de la CNUCC, la Plateforme Océan et Climat présentera au Chili lors de la COP25 son plaidoyer intitulé « Un océan en bonne santé, un climat protégé » dans lequel elle formule 18 recommandations politiques relatives à l’océan et au climat dans les domaines de l’atténuation, de l’adaptation, de la recherche et du financement.

Ce prochain rendez-vous ne doit plus être manqué et doit permettre la mise en place concrète et rapide par les Etats et l’ensemble des acteurs, de mesures pour préserver la biodiversité marine, les populations les plus vulnérables, et le climat grâce à l’océan.

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