ITW d’Etienne Bourgois : Tara, de l’Arctique à Paris Climat 2015

© N.Pansiot/Tara Expéditions

En mission Tara-Ecopolaris, Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions lance, depuis le Groenland, un appel en faveur de la prise en compte de l’océan dans les enjeux climatiques.

En vue de la prochaine conférence Paris Climat 2015 qui se tient à Paris cet automne, Etienne Bourgois fait le point sur les enjeux Océan et Climat. De son engagement pour l’environnement, il espère clairement sensibiliser les négociateurs de la COP21 et rappeler le rôle crucial de l’océan dans la machine climatique.

Vous avez organisé cet été une mission Tara-Ecopolaris au Groenland. Cette expédition s’inscrit-elle dans la suite des autres missions arctiques ?

Dix ans après notre première mission avec Ecopolaris, menée au Groenland avec le %GREA%, nous allons pouvoir comparer les données avec les résultats de l’époque. C’est une région que Tara connaît bien et cette année est assez particulière pour le Groenland… C’est une année à glace ici. Dans tout l’Arctique, la surface de la banquise a diminué d’un million de km2  à la fin de l’hiver par rapport aux 30 dernières années, c’est un record.  L’hiver a été très froid. Le vortex polaire s’est effondré à plusieurs reprises. Cette glace reste très dense et descend le long de la côte Est et de la côte Ouest aussi. C’est assez rare à cette époque de l’année. C’est une conséquence directe de la fonte des glaces et du climat qui se réchauffe, très rapidement.

Tara sera à Paris en décembre lors de la prochaine conférence climatique des Nations-unies. Qu’attendez-vous de la COP21 ?

Cet accord est en négociation depuis des décennies, il faut à la fin de l’année que les 195 pays s’engagent concrètement pour le climat. Malgré la crise mondiale, il faut qu’une dynamique soit enclenché afin que chaque pays, chaque région, chaque ville ou chaque entreprise s’engage dans cette voie-là. En 2020, les accords de Kyoto seront caducs. Non seulement il faut que tous les pays soient autour de la table, que cette conférence donne lieu à un accord, mais surtout que l’accord soit ambitieux pour que nous puissions maintenir le réchauffement à deux degrés à la fin de ce siècle.

Quelles sont les avancées scientifiques permises par l’expédition Tara Oceans à propos de l’impact du changement climatique sur l’océan ?

Les données récoltées pendant l’expédition Tara Oceans sont une ressource absolument inédite pour la compréhension des océans. D’abord, les milliers d’échantillons prélevés ont permis pour la première fois d’établir une cartographie détaillée de la biodiversité planctonique. C’est en quelque sorte le génome des mers que nous avons pu établir.

Cela veut aussi dire que l’on peut à présent explorer les interactions entre les micro-organismes qui étaient jusque-là inconnus. Mais surtout, ces résultats vont permettre d’identifier l’impact des conditions environnementales sur cet écosystème microscopique. Avec les dernières publications de Tara Oceans nous pouvons aujourd’hui montrer que la température de l’eau est un facteur majeur dans la distribution du plancton. Cela nous amène à la base de la chaine alimentaire et à ses variations… Sur Terre, deux milliards de personnes vivent à moins de 100 km des côtes et un milliard dépend directement des ressources de l’océan…

D’autres chercheurs ont également pu montrer que l’acidification, c’est à dire le pH de l’eau qui diminue et qui varie aujourd’hui en raison du CO2 que nous émettons, influe aussi sur la distribution du plancton. Tous les mers ou les océans n’ont pas la même densité, salinité, acidité, ni le même taux d’oxygène. Il y a donc de plus en plus d’informations qui viennent compléter le travail effectué au cours de cette longue expédition sur les mers du globe. L’ensemble de ces résultats contribuera donc à modéliser l’évolution de la biodiversité marine, appréhender un monde jusqu’alors inconnu, au regard d’un climat futur.

Pensez-vous réussir à mobiliser le débat autour des océans?

Il ne s’agit pas de mobiliser le débat ! Obtenir un accord est essentiel. Pour Tara, il s’agit de permettre aux décideurs de mieux comprendre les services que nous rend l’océan dans la régulation du climat et de les convaincre que plus les impacts sur l’océan seront importants, moins il sera en mesure de nous rendre ces services climatiques. Ceux sont eux qui produisent 50% de l’oxygène qu’on respire et séquestrent près de 25 % du CO2. On ne se rend pas bien compte des évolutions majeures qui sont en cours dans l’océan.

Mais aujourd’hui, des avancées scientifiques considérables nous offrent une légitimité en plusieurs endroits. Car Tara s’est aussi engagé depuis longtemps pour porter la voix des océans dans les discussions climatiques. Depuis notre expérience de rassemblement à %Rio% +20, Tara a développé un plaidoyer, des éclairages pour les décideurs que nous devons être nombreux à porter. Faire entendre la voix de l’océan ne se fait pas seul !

Nous avons travaillé, avec d’autres organisations, bien en amont à la création de la plateforme Océan & Climat qui réunit aujourd’hui une soixantaine de partenaires. Ensemble, nous avons lancé l’Appel de l’Océan pour le Climat lors de la Journée Mondiale des Océans à l’UNESCO le 8 juin 2015. En réponse, un premier engagement de Laurent Fabius doit permettre de dédier une journée aux océans pendant la COP21. Toutes les parties prenantes doivent monter au créneau.

Quel est le rôle de Tara pendant la COP21?

La goélette sera l’Ambassadeur de l’océan à Paris. Pour Tara, remonter la Seine, c’est en quelque sorte amener l’océan jusqu’à la COP21. Au Pavillon Tara – Océan et Climat, installé sur les quais de Seine sous le Pont Alexandre III, aux cotés de Tara, nous organiserons des débats, des conférences, des ateliers éducatifs, des échanges avec les ONGs et avec les scientifiques afin que la société civile s’empare de cette problématique. Parmi les scientifiques, Françoise Gaill a réuni autour de cette plateforme une trentaine de chercheurs dont Eric Karsenti et les scientifiques de Tara Oceans. Ce seront des paroles fortes. Nous avons un rôle de catalyseur pour que toutes ces initiatives travaillent ensemble à faire entendre enfin la voix de l’océan.

Propos recueillis à bord de Tara par Dino Di Meo

Ensemble, faisons entendre le voix de l’Océan !

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