ITW Romain Troublé: “Faire entendre la voix de l’Océan lors de la COP21″

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Secrétaire général de Tara Expéditions et ambassadeur de l’Appel de l’Océan pour le Climat, Romain Troublé a rejoint la mission Tara-Ecopolaris au Groenland.

L’occasion de l’interroger sur les perspectives d’avenir de Tara Expéditions et de se pencher sur les enjeux qui lient océan et climat, à la veille de la prochaine conférence internationale sur le changement climatique des Nations-unies qui se tiendra à Paris en décembre 2015 (COP21).

Comment a évolué Tara Expéditions au cours de ces dernières années ? Le Tara d’hier est-il le même que celui d’aujourd’hui ?

Il y a 11 ans, le bateau était au même endroit, sur la côte est du Groenland, avec les mêmes scientifiques du %GREA%. Nous sommes revenus sur place pour évaluer l’évolution des colonies d’oiseaux qui avaient été observées à l’époque.

En 11 années, Tara a fait du chemin : au départ, nous étions une poignée à gérer ce projet et le bateau partait pour de courtes missions de 3 ou 4 mois. Depuis 2006, avec la dérive arctique, les expéditions ont pris une autre dimension scientifique, le projet s’est structuré, l’équipe complète compte désormais 12 personnes. Nous avons développé différents axes notamment éducatif et plus politique au sens noble du terme.  Et puis, un cap a été franchi avec l’expédition Tara Oceans qui a permis aux scientifiques partenaires de publier une trentaine d’articles, dont cinq dans la prestigieuse revue Science. C’est une consécration pour l’engagement de tous, y compris de nos mécènes, pour l’effort collectif qui a été fourni tout au long de ces six dernières années. Et aujourd’hui, tout ceci transcende Tara, nous sommes en train de donner à Tara Expéditions une dimension internationale.

Quelles sont les perspectives pour les années à venir, sur quels projets travaille l’équipe ?

A court terme, la prochaine expédition scientifique sera consacrée à l’étude des récifs coralliens face aux changements climatiques et environnementaux, dans le Pacifique et en Asie, entre 2016 et 2018. A plus long terme, et pour revenir sous les latitudes où nous nous trouvons aujourd’hui, nous souhaitons remettre le bateau en dérive dans la glace de l’Arctique entre 2019 et 2021 et nous travaillons déjà sur ce projet avec des scientifiques européens. Nous avons aussi l’ambition de construire un laboratoire arctique qui accompagnera cette nouvelle dérive arctique. Nous songeons également, avec Etienne Bourgois, Président de Tara Expéditions, à réunir les fonds et à construire un autre Tara dans la décennie qui arrive. Tara a pour ambition de se perpétuer, de dépasser ses fondateurs tout en restant à taille humaine comme aujourd’hui, de rester engager pour la science afin de nourrir la réflexion sur les enjeux globaux et d’aider le public à comprendre les changements qui s’opèrent.

Tu es un ambassadeur de l’Appel de l’Océan pour le Climat, peux-tu nous expliquer ce que cela implique ?

Il y a environ un an et demi, nous nous sommes réunis avec une dizaine d’organisations autour d’une plateforme appelée Océan et Climat, afin de réfléchir ensemble à cette relation particulière, en vue de la Conférence Climat des Nations-unies (COP21). Cela implique une forte mobilisation de notre équipe, car Tara anime le projet avec quelques autres organisations.

Aujourd’hui, cette plateforme réunie une soixantaine de membres, français et étrangers. Chaque membre gère ses propres projets mais tous ont voulu développer une campagne commune incarnée par « l’Appel de l’Océan pour le Climat ». Cet appel a été lancé le 8 juin 2015 à l’UNESCO et Tara Expéditions s’en fera l’écho jusqu’aux négociations. Il s’agit d’un appel à signatures qui seront remises à des personnalités des Nations-unies lors de la COP21, en décembre prochain. Cet appel a déjà réuni plus de 10 000 signatures en un mois. Je rêve que chaque signataire la fasse signer à 10 personnes de son entourage, pour atteindre les 100 000 signatures à la fin de l’été…

Il ne reste que 6 mois avant l’ouverture de la COP21 à Paris, quels sont ces enjeux océans et climat ?

La question climatique est abordée depuis plus de 20 ans par les instances multilatérales de l’ONU… Depuis tout ce temps, l’océan est resté en marge des négociations pour le climat. Il couvre pourtant 70% de la surface de notre planète et joue un rôle prépondérant dans la machine climatique. On entend souvent parler de l’impact du réchauffement climatique sur l’océan, ou sur les écosystèmes, mais à l’inverse, on oublie que l’océan joue un véritable rôle dans la chaine alimentaire, dans la production de l’oxygène que l’on respire chaque jour… Certains scientifiques estiment aussi que l’océan stocke quotidiennement un tiers du carbone rejeté et pour des millions d’années. L’océan joue donc un rôle majeur ! Donc oui, bien sûr, il est nécessaire d’atténuer le réchauffement climatique mais pour y parvenir il faut se préoccuper de la santé des océans. Faire en sorte que la vie qu’il abrite, qui nous rend tant de services, puisse continuer à le faire demain.

L’objectif de la Plateforme Océan et Climat est simple : elle doit permettre avant tout de soutenir un accord ambitieux lors de la COP21. Elle vise également à expliquer le rôle des océans dans la machine climatique, et à éclairer sur des questions qui s’avèrent souvent obscures et auxquelles personne ne comprend grand chose. Nous souhaitons faire porter la voix de l’océan lors de la COP21, mais aussi au-delà afin que les futures accords intègrent la question océanique.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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