One Planet Summit : à quand une finance bleue pour l’océan ?

© J. Girardot / Tara Expeditions Foundation

Le 12 décembre prochain, le One Planet Summit – un sommet sur la « finance climatique » à l’initiative de E. Macron – réunira à Paris des acteurs économiques et de la finance. Ces investisseurs seraient-ils susceptibles de développer une finance bleue pour l’océan ?

 

L’Accord de Paris conclu en 2015 a été un succès pour la communauté internationale engagée sur le changement climatique. Toutefois, l’application des mesures promises à la COP21 reste laborieuse et sans réel financement. La « finance climatique » reste donc un défi pour concrétiser une transition écologique aujourd’hui hypothétique si les ressources budgétaires restent limitées. C’est pourquoi la France cherche à attirer le monde économique, au-delà des contributions des Etats, pour soutenir le « Fonds Vert » et d’autres fonds climatiques. Pour les experts, cette opportunité de financer les technologies vertes ne trouveront toutefois de pérennité que si on redonne un prix au carbone. Une tonne d’émissions de carbone payante dès le départ, véritablement régulée pour empêcher les dérives du passé et avec un cours plus équilibré.

Mais comment fonctionne ce financement carbone ? Qu’est-ce que serait un « carbone bleu » ?

Avant de parler de l’océan, revenons brièvement à la forêt. Un des poumons de la planète, la forêt est un écosystème connu et étudié depuis des décennies. Des mécanismes pour financer sa préservation ont été créés, sur base du calcul de la quantité de carbone qu’elles absorbent. Mais où en sommes nous avec l’autre poumon de la planète, l’océan ? Aujourd’hui, avec la prise en compte croissante du rôle de l’océan dans le système climatique, il est absolument nécessaire pour la communauté océan – dont la Fondation Tara Expéditions -  d’avancer aussi coté finance bleue, pour en assurer sa préservation.

 

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© Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Du coté des scientifiques, les études démontrent bien que le carbone est séquestré par les écosystèmes marins, grâce à la photosynthèse, mais ses taux de séquestration – la quantité de CO2 absorbée – sont encore difficiles à définir précisément. Aujourd’hui, à l’ère de la génomique et du big data, les progrès scientifiques nous permettent d’en savoir plus. Tout d’abord sur les écosystèmes côtiers – mangroves, herbiers, zones humides -  pour lesquels des projets « Carbone Bleu » émergent déjà, permettant à certains pays comme les Seychelles de financer la préservation de ces écosystèmes. C’est un premier pas, important mais encore insuffisant, car ces écosystèmes côtiers représentent très peu face au carbone séquestré par des écosystèmes planctoniques. Or ce rôle crucial de l’océan pour le climat, avec une pompe à carbone biologique assurée depuis des millions d’années par le phytoplancton, est aujourd’hui peu à peu révélée. L’étude planétaire du plancton avance et contribue à éclairer ce calcul des « services écosystémiques » rendus par l’océan.

L’engagement du président Macron sur le financement du climat est donc bien accueilli par la communauté océan. Les recherches où la France est à la pointe sur le rôle de l’océan dans la machine climatique doivent aujourd’hui être davantage considérées pour éclairer les acteurs politiques comme économiques. Si les décideurs s’engagent, les chercheurs avanceront plus vite vers des modèles qui mesurent de facto ce carbone bleu et les services écosystémiques, permettant de lancer des financements pour la préservation du cœur de la machine climatique : l’océan.

 

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